Chapitre 11
Je me sens toujours un peu faible. Je paries que ces moustiques sont programmés pour affaiblir certaines personnes. Mais je récupère vite.
Sortir des marécages est une nécessité. Un instant, je pense à retrouver Bran dans le désert. Mais c'est impossible. Il a fait son choix, j'ai fait le mien. A présent, peut-être ne nous reverrons plus jamais.
A nos pieds, le sol devient plus ferme, tout à coup. Les premières pousses apparaissent et la moiteur étouffante ainsi que l'odeur horrible des marécages s'estompent, pour laisser place à une fraîcheur agréable et un petit vent reposant.
La prairie est sans doute l'endroit le plus attirant des Jeux, et je suis sûre qu'elle cache un piège. De plus, un grand nombre de tributs doivent s'être réfugiés là. Le risque de tomber nez-à-nez avec un adversaire est bien plus élevé que dans les marécages ( où il n'y a d'ailleurs personne ).
- Un ruisseau ! s'exclame Julian.
Ce n'est qu'un mince ruban d'eau, mais le niveau de nos gourdes a bien baissé. Je fais un petit feu et fais bouillir le contenu des gourdes l'une après l'autre. Puis nous prenons chacun une barre de céréales et une lanière de boeuf.
- Il va falloir chasser demain, fait Jordan. Je parie qu'il y a des lapins, ici. Puis nous pourrons repartir dans la jungle.
- Excellent.
Nous reprenons les tours de garde, à défaut de trouver un campement où nous serions plus en sécurité. Lorsque j'ai fini le mien, je me pelotonne dans le sac de couchage, contre Epona. Il n' y a pas eu de mort, aujourd'hui.
Toute la matinée, nous chassons. Ce n'est pas comme la forêt où mon père et moi braconnons de temps en temps, mais je me révèle être la meilleure chasseuse du groupe. Jordan est plutôt bon, aussi, car il a l'habitude de ce type de paysages. Les trois autres se débrouillent.
Une fois que nous avons attrapé 10 lapins ( 2 pour chacun d'entre nous ), nous ne perdons pas de temps et repartons vers le Sud, vers la jungle. Soudain, un cri se fait entendre. Je courre vers sa provenance, suivie des autres et m'allonge dans les herbes pour mieux voir.
Clever, le type du Trois, est en train d'attaquer le gars du Huit. Apparemment, celui-ci a récupéré quelques provisions, ce que Kyle n'a pas fait. On peut compter ses côtes aisément, il doit ne pas avoir manger depuis longtemps. Mais son regard luit de la même lueur qui me laisse penser qu'il ne se laissera pas faire. Il serre dans sa main une pierre tranchante.
Soudain, il frappe violemment le gars du Huit, Jan Urity si mes souvenirs sont bons, à la tempe, avec sa pierre. Le sang coule. Jan titube, désorienté, et Kyle en profite pour frapper, encore et encore. Quand son adversaire est à terre, il le laisse comme mort et s'en va avec ses affaires.
J'aurais voulu tuer Kyle, mais il est parti trop vite, je pensais qu'il achèverait son adversaire. Nous repartons vers la forêt tropicale au moment où le canon retentit. Jan n'avait aucune chance, ses blessures étaient trop graves. Cela me conforte dans l'idée que Kyle est très, très dangereux.
Kyle est parti vers la montagne. Parfait. Le moment venu, quand l'alliance sera rompue, j'irais m'occuper de lui. Je ne le ferai pas de gaieté de coeur, mais je n'ai pas le choix. Ou mieux, j'attend qu'un carrière s'occupe de lui. Oui, c'est moins dangereux.
Nous retrouvons le couvert des arbres avec choix. Enfin !
Nous faisons un feu dans le crépuscule. Nous mangeons un de nos lapins, puis nous mettons en quête d'un campement. Je repère soudain un arbre gigantesque. Ses branches sont chacunes assez épaisses pour accueillir un sac de couchage où se tiennent deux personnes.
Et voilà, nous sommes installés. L'hymne retentit, et l'image du garçon du Huit brille dans le ciel étoilé. Bran a survécu à cette journée là, aussi. J'en suis... presque heureuse.
Je sombre dans le sommeil.
Le lendemain, je propose d'aller dans la montagne explorer un peu. Nous ramassons nos affaires et partons.
Dans la montagne, je repère bien vite une source. Soudain, je vois la fille du Deux. Perchée sur le rocher d'où sort l'eau, elle affute ses shuriken. Sur le rocher est gravé " PRopRIéTé DeS cARRIèrES "
La fille se lève et va faire ses besoins, probablement. Une petite ombre, vive comme l'éclair, sort de sa cachette et va remplir une bouteille vide. La carrrière revient à ce moment-là. Nous entendons les suppliques du garçon, mais elle le blesse et le laisse agoniser dans la poussière. Puis elle s'en va. Elle n'était probablement ici que pour tuer un tribut faible et asseoir la domination des carrières. Je la laisse filer et examine en plissant les yeux le garçon. Sa peau est pâle... ses cheveux blond sale lui descendent jusqu'en bas des oreilles... J'ai comme un électrochoc. Des cheveux blond sale qui descendent jusqu'aux oreilles ? Une peau blanche ?
Mes alliés me regardent, attendent que je propose de partir. Mais je me rue vers le tribut.
Je ne m'étais pas trompée. C'est Bran, qui baigne dans son sang. Il luit de sueur et parait très amaigri.
C'est la deuxième que j'assiste à une mort en deux jours, la deuxième fois que le tribut ne meurt pas tout de suite... et, pour la deuxième fois, je n'ai rien pu faire.
Son visage se fend d'un sourire en me voyant.
- Leeloo...
- Bran ne t'inquiètes pas, tu vas t'en sortir. Tu vas t'en sortir, tu vas t'en sortir, tu vas...
- Non, et tu le sais aussi bien que moi... murmure-t-il d'une voix faible.
- J'étais là, j'aurais pu te sauver, si je t'avais reconnu, je sanglote douloureusement. Oh, Bran...
- Je ne t'en veux pas. Après tout, il n'y a qu'un vainqueur. Je serai aussi mort, de déshydratation...
Il baigne dans son sang, et je sais qu'il souffre beaucoup.
- Tu te rappelles ta promesse ?
- Oui.
- Alors, achève-moi.
J'en étais sûre, je savais qu'il demanderait ça. Et je n'ai pas le droit de lui refuser. Alors, je prends un couteau dans ma veste, et, je l'achève d'un coup sec en plein coeur. Le canon tonne, tandis que je m'effondre en larmes.
J'ai tenu ma promesse. J'ai tué Bran.
