Chapitre 13

Le matin, nous partons chasser, revenons, mangeons, repartons chasser, revenons, mangeons, dormons. Deux jours passent ainsi, sans morts. Le Capitole doit bouillir d'impatience. Parfait, ils vont être servis !

Notre plan est parfait. Il n'y aura aucune anicroche. Nous avons pris en compte une dizaine de phénomènes que les Juges pourraient déclencher. Nous sommes prêts.

Julian nous réveille à l'aube. Nous descendons de la montagne et la contournons pour arriver derrière la Corne d'Abondance. Epona et Céré partent alors en courant, passant devant les carrières. Le gars du Un, la fille du Un et le gars du Deux les suivent. Pile comme on avait prévu ( en les espionnant, Julian avait découvert qu'ils fonctionnaient par équipe, une de 3 une de 2, celle de 2 étant pile celle qui m'intéresse ).

Au même moment, le sol tremble. Un séisme. Et d'autres arrivent. Si c'est tout ce que les Juges ont en réserve...

Les deux carrières restantes s'abritent dans leur campement. Nous les attaquons. Lordan est blessé au bras.

Un grondement sourd se fait alors entendre.

Une avalanche fonce sur nous !

Mais ce n'est pas une avalanche de neige ordinaire. Celle-ci ne fond pas. Pire, elle est chaude ! Si, dans les dix minutes qui viennent, nous n'en sommes pas sortis, les premières brûlures apparaîtront. Carn ous sommes tous les 5 emportés par le flot de neige qui déferle dans la jungle, les jambes coincés mais le buste dégagé. Il faut éviter les arbres, les lianes, les animaux. Je brandis un couteau. L'adrénaline se propage dans mes veines.

Heureusement, Céré, Epona et leurs poursuivants ne sont pas partis dans cette direction !

La fille du Deux est à moins de 5 mètres de moi. Elle me bombarde de shuriken. L'un d'eux m'atteint au front. Je lance un de mes couteaux, enduit de poison de Narcaus, submergée par ses attaques. Coup de chance ou du destin, il se fiche directement dans sa gorge.

La fille émet un gargouillis étouffé et disparait sous la couche de neige qui nous emporte vers la plage. Mais l'avalanche se stoppe bientôt et toute la neige disparaît, comme si elle n'avait pas existée. Le canon tonne quelques minutes plus tard. Ca y est, Killeen est morte.

Jordan et Julian ne sont plus là. Par contre, la fille du Quatre me regarde avec un sourire cruel en ramassant son filet. Je lis de la haine dans ses yeux.

- Tu vas payer, espèce de... sale petite morveuse ! Pour Killeen et pour Vilger !

Aie, elle a assisté à la mort de sa coéquipière.

Elle brandit son filet et tente de m'attraper. Je l'esquive, encore, et encore. Voyant qu'il ne lui est pas efficace, elle le jette au loin et se contente de son trident.

Elle est redoutable, et je suis aveuglée par le sang qui coule de ma blessure. Pour la énième fois, j'essuie mes yeux, ce qui me fait perdre un dixième de seconde. C'est trop, car elle en profite pour me planter son trident dans la cuisse.

Douleur lancinante, qui fait écho à mon front. Je hurle et, malgré mes blessures, attaque avec ma hache. C'est la rage qui m'anime. Je pare ses coups, en porte d'autres qu'elle pare aussitôt.

Soudain, je remarque qu'elle a du mal à protéger son côté gauche. Ni une, ni deux, ma hache vient se ficher dans son flanc gauche. Elle pousse un hoquet de surprise, et s'effondre. Je l'achève d'un couteau dans la gorge. Là, par contre, pas de Narcaus. Le coup suffit. Un second coup de canon se fait entendre.

J'ai réussi.

Et je m'évanouie.


- Attention, elle a perdu beaucoup de sang...

- Elle a tué les DEUX, toute seule, sans Jordan et Julian pour la protéger ?

- Faut croire.

- Et ben dis donc, si il y a une semaine on m'avait dit que ma future alliée était aussi forte...

- Elle a eu 9 à l'entraînement, rappelle-toi.

Une voix de fille, douce, et une voix de garçon, profonde.

Epona et Céré.

- D'ailleurs, ils sont où, Jordan et Julian ?

- Je sais pas... Ils ont être emporté ailleurs à cause de l'avalanche.

- Ouahh... T'as fait un garrot génial ! Et le pansement au front est super bien fait !

- C'est pas un pansement, c'est un cataplasme, idiot.

- Tu crois qu'elle va s'en sortir ? Elle a l'air sérieusement dans les vapes.

- Attends, t'a vu les sponsors qu'elle a ? Si dans deux minutes elle a pas reçu un produit qui efface les blessures, je te donne mon reste de fruits secs !

Deux minutes passent.

- Un parachute !

- Deux, non trois parachutes !

- Un district Sept, un Neuf et un Onze.

Froissement.

- J'avais bien parié.

On m'applique un truc froid.

- Dans deux jours on verra plus rien !

- Oui mais t'a vidé le pot... Et pas sûr que les sponsors en redonnent, après ça va devenir trop cher !

- T'as pas tort. Regarde, ils m'ont offert une autre faux

- Et moi, regarde... Un couteau multi-fonctions !

- C'est parce qu'on est avec elle.

J'ouvre les yeux. Epona et Céré me sourient.

- Enfin revenue chez les vivants ! s'exclame Céré. Comment tu te sens ?

- En pleine forme.

- On a perdu Julian et Jordan, m'avoue Epona. Bien peur qu'on les reverra plus...

- Pourquoi ? je demande.

- Bah, t'avais bien dit qu'on romprait l'alliance le soir où il ne restera que 5 adversaires en plus de nous.

- Mais... il en reste 7 !

- T'es resté dans les vapes tout l'après-midi, explique Céré. Il y a eu deux coups de canon, entre temps.

- J'espère que ce n'est pas les garçons, je murmure.

L'hyme retentit à ce moment là.

La première est la fille du Deux. La deuxième la fille du Quatre. Pas de surprise jusque là. Ensuite, il y a le garçon du Cinq.


Les carrières viennent de rentrer. Il en manque deux. Probablement les deux coups de canon de ce matin.

Celui qui semble le chef, le garçon du Deux, est à cran. Il fait les 100 pas en grommelant.

Le garçon est arrivé pile quand ils revenaient. Dommage, il aurait pu piquer de la nourriture en toute impunité. Là, il va devoir attendre.

Mais la faim le rend à moitié fou, il n'a rien mangé depuis le début des Jeux... A part des bois d'écorce d'arbres et des racines qui ne comblent pas son ventre affamé.

Il contourne le campement, se glisse dans la Corne. Ca y est, il a réussi ! Il prend une gourde pleine, par acquis de conscience, trois pommes et un bout de fromage.

Mais le garçon du Deux entre dans la Corne d'Abondance. Il cherche quelque chose. Le garçon se fige, paralysé par la peur. Quand le garçon du Deux le découvre, il hurle.

L'épieu dans son ventre le fait taire.


Pitié, par Jordan, ni Julian... Je pense pour moi-même en observant le ciel.

Ce n'est pas eux, par miracle, c'est la fille du Onze. Le visage de Céré se ferme. La fille avait le même âge que Bran, je ne peux m'empêcher de penser.


Malgré l'avalanche de ce matin, la montagne est plus sûre que le reste de l'arène. Elle sort de sa cachette, un amas de rochers, et grimpe sur une espèce de promontoire. Peut-être trouvera-t-elle des nids avec des oeufs.

Un énorme nid, au-dessus de sa tête. Soudain, une ombre plane, et descend en piqué vers elle. c'est un aigle gigantesque, qui doit bien faire deux fois son poids et deux fois sa taille.

Il l'attaque sans relâche. Elle hurle, elle dégouline de sang. Elle recule, et, tombe dans le vide.

Son corps désarticulé se brise contre les rochers.