Chapitre 20

Je pénètre sur le plateau dans un silence assourdissant. Rien que les flash des caméras mises en route, rien à voir avec l'assourdissante clameur dont j'ai l'habitude.

Caesar, toujours en vert anis ( ah, je ne l'avais pas précisé ? ), me sert chaleureusement la main. Il me sourit avec gentillesse, et je sens que, bien qu'il soit un homme célèbre au Capitole, il est sincère. Je lis dans ses yeux que a barbarie des Jeux le lassent peu à peu. Caesar fait tout pour nous aider.

Cela me met du baume au coeur. Je lui souris à mon tour.

- Comment vas-tu, Leeloo ?

- Très bien, merci.

- Allons donc nous asseoir !

Il me guide vers mon fauteuil et s'assoit en face de moi.

- Alors, qu'est-ce que cela t'as fait de revoir tes deux semaines dans l'arène, hier ?

- Un gros choc. Un énorme choc. Je ne me croyais pas comme cela. Dans l'arène, une autre part de moi s'est dévoilée.

- Quels sont les moments de cette rediffusion qui t'ont le plus marqués ?

- La mort de Bran et de tous mes anciens alliés. Je ne savais pas que Céré était mort comme cela. Ni Jordan.

J'inspire lentement.

- Oui, je te comprends. Que penses-tu faire, une fois rentrée chez toi ?

- Revoir toute ma famille, et mes amis. Et puis, emménager dans ma nouvelle maison avec mes parents et mes soeurs, et après... je ne sais pas. Je n'arrive pas à me projeter si loin.

A ce moment, par inatention, tous mes souvenirs déferlent dans ma tête. Je revois tout, pire qu'à la rediffusion parce que je n'étais que spectatrice. Les larmes commencent à me monter aux yeux.

- Quels sont tes adversaires qui t'ont le plus impressionnée ?

Je me reprends en main, et, sans la moindre émotion apparente, je lâche:

- Kyle, pour commencer. J'avais tout de suite repéré une sorte de lueur... malsaine dans ses yeux. Et j'étais surprise par son intelligence. Ensuite, Golden. Elle était très arrogante, mais aussi très douée et manipulatrice. Je crois que je me serais retrouvée contre elle en finale si elle n'avait pas été moins négligente ( donc si elle s'était assurée une protection pendant son sommeil ) et si Bloody n'avait pas eu l'idée de la tuer avant qu'elle ne mette son projet à éxécution.

- Et Bloody ?

- C'était une brute, mais quand même assez rusé.

- Bien, bien. Peut-on avoir ton avis sur l'arène ?

- C'était une belle arène, mais bien retorse. Les marécages étaient... horribles. La plage, elle était très bien, c'était un piège parfait avec ses crabes tueurs.

- Ce qui d'ailleurs tué la fille du Cinq.

- Ah bon ? Je ne savais pas. Bref, cette arène était dangereuse. Je ne sais pas combien ont péri dans la montagne, par exemple...

- Quatre minimum, d'après mes souvenirs. Penses-tu que les carrières ont fait des erreurs ?

- Oh oui. Ils étaient trop arrogants, ils m'ont négligé ainsi que l'alliance en général. C'est ce qui les a perdu.


Le président Snow pose la couronne des Vainqueurs sur ma tête. Lorsque mes yeux croisent son regard de pierre, j'étouffe un frisson. Son odeur de rose artificielle me donne la nausée.

Il ne suffit que de quelques mots à mon oreille pour comprendre que j'aurais dû m'en douter.

Il veut me prostituer, sous peine de quoi il tuera ma famille. Et mes amis.


La campagne défile sous mes yeux, mais je ne la vois pas.

Je ne peux pas me prostituer, je ne veux pas. C'est impossible à envisager, et ma famille mérite de vivre.

Je sais très bien qu'ils ne m'ont pas attendu en vain pour me voir repartir. Mais je n'ai pas le choix.

Je veux être libre.

Cela sera simple.

J'ai déjà tout prévu. Ce soir, après le repas.

Wendy me fait goûté au champagne. C'est bon, mais, dans ma bouche, tout a un goût amer.

Wost explique patiemment à Vincia que non, elle n'a jamais bu du champagne, parce que, non, elle n'était pas trop jeune, elle ne savait même pas ce que c'est.

Je réfléchis encore; est-ce la seule solution ? Je veux ma liberté, cette liberté que le Capitole m'a ravi à la Moisson.

J veux montrer un exemple à tous ces anciens vainqueurs qui n'ont pas eu le choix. Je veux q'on se souvienne de moi comme celle qui s'est affranchie de la tyrannie du Capitole.

Est-ce que Wendy s'est prostituée ? Sûrement, peut-être qu'elle se prostitue encore. Elle a encore sa mère, son père étant décédé des suites d'un accident en forêt, et son grand frère, marié et père de trois enfants, tenant une papeterie.


Je rentre dans ma chambre. C'est la dernière fois que je vois du luxe.

La corde.

Une grosse corde de chanvre, bien épaisse, qui ne rompra pas. J'ai réussi à descendre de nuit au gymnase du Centre d'Entraînement, juste avant de repartir, et de la dérober. Cela n'a pas été sans mal, je l'avoue.

Je fais un noeud coulant comme je l'ai appris là-bas. Puis je me mets au lit et j'attends.

Vers une heure, tout bruit a cessé. Jusqu'à au moins six heures, personne ne se relèvera, je l'ai bien compris.

La salle à manger. J'ai une petite faim, alors je mange des pâtisseries, et tout. Lorsque je suis bien gavée, je pousse la table au-dessus de laquelle est accrochée l'antique lustre ( des bougies, il faut les allumer ) et je le décroche de son crochet. Je monte sur une chaise, et y noue l'autre extrémiité de la corde bien solidemment. Je passe le noeud coulant autour de mon cou, et repousse la chaise. Le noeud commence à se resseré.

L'oxygène me manque. Je pourrai me décrocher, mais je ne peux pas. J'ai fait mon choix.

Des taches noires apparaissent au bout de mon champ de vision. Le président Snow ne sera pas content. C'est même un début de révolte, ce que je suis en train de faire. Je suis fière de me sacrifier pour la liberté de Panem.

En plus, il ne pourra pas tuer ma famille, cela ne me ferait rien puisque je serai déjà morte.

Il sera acculé.

Au pied du mur, comme moi quand je n'avais pas encore trouvé cette solution.

Et les Hunger Games finiront.

Il faudra du temps, bien sûr, mais cela viendra.

Et Panem sera libre.

Panem libre.

Libre.

Lib...

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