Salut tout le monde, je suis prise d'une soudaine inspiration, donc le chapitre 4 est déjà là ! Comme vous l'avez surement remarqué, cette fic monte en crescendo; chaque chapitre est plus long que le précédent, mais je compte m'arrêter au 5ème, donc pas de panique lol.

J'aimerais remercier Super-Wiki, sans qui cette fic ne serait rien; ce site a plus qu'aidé ma mémoire défaillante à propos de certains détails de la série^^

PS: Le titre de ce chapitre est bien "langueur" et non pas "longueur", parce qu'il est tiré du verbe "languir" ;-)

Sur ce, bonne lecture !


Dean aperçoit Castiel, sa chemise ensanglantée, son visage livide qui le fixe sans le reconnaitre, et ses lèvres se mettent à trembler. Gadriel se remet de sa surprise plus vite que l'ange blessé et saute sur ses pieds:

- Comment... ?!

La question meurt sur ses lèves quand son regard se pose sur la marque boursouflée et rougeoyante qui pulse sur l'avant-bras de Dean.

- Non... C'est impossible !

Le chasseur le charge en lâchant d'une voix gutturale:

- Toi... !

Gadriel sort une seconde épée angélique de sa veste, l'autre étant toujours fichée dans l'abdomen de Castiel, et attaque le premier: Dean esquive le coup avant de se servir de son élan pour le déséquilibrer et le jeter à terre, grâce à son savoir-faire d'ex-champion de lutte.

L'air s'échappe en sifflant des poumons de l'ange lorsque son dos heurte le sol bétonné. Sans lui laisser une seconde de répit, Dean piétine son poignet jusqu'à ce qu'il entende un os craquer et que Gadriel lâche l'arme en gémissant.

Il sourit, satisfait, un horrible sourire de bourreau.

- Dean, attends ! Il travaille avec Métatron, intervient Castiel.

- Très bien... (Il s'accroupit.) Où est Métatron ?

- Je n'en sais rien ! Dean, je n'en sais rien, je t'assure...

Gadriel est terrifié à présent. Toute sa fierté et sa vaine détermination ont disparu parce qu'il sait qu'il ne fait pas le poids face à la Marque; il n'est plus qu'un adversaire défait qui attend le coup de grâce en pleurnichant. Dean lui donne un coup de poing de la main qui tient le manche de la Première Lame et le cogne encore et encore, ses jointures se couvrant de sang à l'image du reste de son corps, déjà maculé par celui des démons.

- Dean, arrête !

Comme une flèche, la voix tremblante de Castiel transperce le bourdonnement dans ses oreilles et son poing se fige en l'air. Il tourne la tête vers le cercle de feu, avec la lenteur grotesque d'un somnambule.

- Dean, il dit la vérité. Métatron n'est malheureusement pas assez bête pour révéler sa position à un simple sous-fifre...

Dean parait réfléchir un moment en contemplant les yeux pâles de Gadriel. Vie ou mort ?

- Je t'ai fait confiance... et tu m'as trahi.

Sa voix est un murmure rauque presque incompréhensible.

- Je le sais et j'en suis navré... Mais j'ai tenu ma parole ! J'ai soigné ton frère...

Gadriel sait qu'il va mourir et ses phrases n'ont plus grand sens, bousculées par la panique:

- Tu es quelqu'un de bien, Dean, je le sais ! Au fond de toi... Je l'ai su dès que je t'ai rencon-

Le chasseur a planté sa Lame dans sa gorge, juste sous le menton.

- Ta langue de menteur ne te servira plus jamais, fils de pute.

Il retire l'arme et se protège les yeux tandis que la bouche grand-ouverte de l'ange s'illumine avant de s'éteindre subitement; des ailes de suie s'étalent sur le sol de chaque côté du cadavre.

Dean se relève et étudie la mâchoire aiguisée d'un regard rempli d'amour malsain.

- Comme ça tu peux tuer les anges, murmure-t-il pour lui-même en souriant.

Il semble avoir oublié l'existence même de Castiel.

Crowley, qui a assisté à toute la scène caché dans l'ombre, arrête son chronomètre: 13 minutes 07 secondes pour nettoyer l'intégralité du secteur.

Pas mal.

Il se téléporte à côté de Dean, tout sourire.

- Bien joué, mon petit !

Dean n'en parait ni flatté, ni agacé. Crowley lui jette un dernier coup d'œil en coin et lève une main en direction de Castiel: les flammes descendent puis s'éteignent autour de lui comme si l'on avait coupé l'arrivée de gaz. L'ange n'ose pas bouger cependant; une main pressée contre sa plaie, il regarde tour à tour le chasseur et le démon.

Ce qui l'effraie le plus est le regard de Dean, qui, même s'il est posé sur lui, n'est pas chaleureux. Il semble... Noir. Éteint.

Vide.

Il paraît redevenir l'homme soucieux qu'il a connu, assez de temps pour lui demander:

- Cass, ça va aller ?

- Oui, ne t'inquiètes pas pour moi..., répond l'ange en se relevant avec peine.

Prudemment, les yeux bleus de ce dernier rencontrent les prunelles étincelantes du Roi de l'Enfer. Que faire ? Tenter de dire à Dean que Crowley a tout manigancé et qu'il l'a piégé lui, lui-même et Gadriel en même temps ? Que Gadriel était de mèche avec Crowley, et que c'était lui qui l'avait emprisonné dans un cercle de feu sacré, laissant l'ange assassin le torturer ?

Castiel reporte son attention sur Dean et doit se rendre à l'évidence: il refusera de l'écouter, ou pire, ne le croira pas.

Alors, il fait la seule chose qui est en son pouvoir:

- Merci, Dean.

Et il se volatilise en un battement d'ailes.

Dissimulant à peine son plaisir, Crowley arrache la Première Lame des mains de Dean et lui dit, tout en l'empêchant de la lui reprendre:

- Tout doux, mon mignon... Tu n'en as plus besoin pour l'instant. Mais on se rapproche... Très bientôt je t'appellerai et on coincera Abbadon. D'ici-là... Repose-toi bien !

Le démon disparait, le laissant seul dans l'usine qu'il a transformé en cimetière.


Lorsque Dean est de retour au bunker, lessivé, il sait à l'expression de Sam que ce dernier ne le laissera pas s'en tirer sans lui avoir posé une centaine de questions, comme par exemple:

- Putain, Dean mais où étais-tu ?!

- Du calme, Sammy... Crowley m'a appelé parce qu'il avait appris que Gadriel retenait Cas prisonnier, répond l'ainé en allant à la cuisine pour se servir un verre d'eau, qu'il avale d'une traite.

- Quoi ?! Et pourquoi tu m'as rien dit ? Je rentre des courses, et je vois le bunker désert, pas de SMS, pas même un mot griffonné à la hâte ! J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose... Quelque chose de grave...

Ses sourcils se froncent un peu plus à cette pensée, si c'était encore chose possible.

- J'avais pas le temps de t'attendre, ok ? se défend Dean en buvant verre après verre, tel un homme assoiffé revenu du désert. Cass était en danger, et il fallait que je l'aide au plus vite.

- Il... Il va bien ?

- Ouais, Gadriel l'a un peu amoché mais il s'en sortira.

- Et Gadriel... ?

- Je l'ai buté. C'est fini, dit le chasseur en déposant la lame angélique du défunt sur la table, telle une preuve de ses dires.

Sam ne peut retenir un soupir de soulagement.

- Y'a un truc qui me chiffonne... Pourquoi Crowley t'a-t-il donné ce renseignement ? Il ne fait jamais rien par bonté de cœur, alors... Pourquoi ?

Dean réfléchit un instant à la question et y répond sans y croire:

- Peut-être parce qu'il veut Métatron mort tout autant que nous et qu'il sait que Cass peut en venir à bout... Après tout, c'est à cause de ses maudites tablettes que son Enfer a failli être scellé.

- Pas faux...

Les deux frères restent silencieux, plongés dans les mêmes souvenirs; Dean sait que Sam aurait voulu se sacrifier pour fermer les portes de l'Enfer dans cette chapelle et qu'il le tient pour responsable de ne l'avoir pas fait.

- Et tu t'es occupé de Gadriel tout seul ... ? D'ailleurs, pourquoi avait-il piégé Castiel ?

- Bien sûr que je m'en suis occupé tout seul, je suis le meilleur chasseur, tu le sais, réplique l'aîné sur le ton de la plaisanterie. Et j'en sais rien, apparemment il bossait avec Métatron, après, j'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir, dans le feu de l'action...

Le regard perdu dans le vide, il se souvient de la chaleur de ce feu et sa main se crispe instinctivement autour de son verre. Tout à coup, il remarque que Sam l'observe avec inquiétude et secoue la tête avant d'annoncer d'un air désinvolte:

- Bref, l'interrogatoire est fini ? Je suis cassé, j'aurais bien besoin d'une sieste...

- Une sieste ? Le soleil vient de se lever.

- Et alors ?

Dean se dirige vers sa chambre d'un pas chancelant et se laisse tomber tout habillé sur son lit; il sombre rapidement dans un sommeil peuplé de batailles et de sang.


Castiel apparait dans le manoir de Bartholomé, qu'il s'était approprié à sa mort. Ceux qui sont encore fidèles à ce dernier - et ils sont peu - étaient partis sans demander leur reste, lui laissant la voie libre à lui et à ses nouveaux suiveurs.

L'un d'entre eux, le premier à l'avoir rejoint, remarque la blessure de Castiel et lui dit de s'allonger; il s'exécute, prenant appui sur le dossier d'un fauteuil somptueux avant de se coucher sur le bureau d'ébène tandis que son disciple ôte délicatement sa chemise.

Castiel contemple le lever de soleil par la baie vitrée en serrant les dents, préférant se concentrer sur un des miracles de Dieu plutôt que sur la douleur qui lui déchire le ventre quand on retire la lame de ses entrailles.

- Je vais devoir te recoudre, Castiel, sinon -

- Fais-le.

L'ange disparait puis revient avec le matériel de premier secours. Castiel regarde toujours dehors. Il ne sent pas l'aiguille qui recoud ses chairs, tant son esprit est obnubilé par l'image de Dean.

Dean couvert de sang brunâtre, volant à son secours, féroce et mortel, beau et terrifiant à la fois, mais qu'est-ce que la beauté sans une dose de terreur ?

Dean qui est à présent l'arme de prédilection de Crowley, Dean qu'il n'a pas réussi à sauver de son emprise, Dean qu'il n'a pas réussi à sauver tout court.

Castiel ferme les yeux.


Dean se réveille. Dans ce instant béni où il n'est encore rien ni personne, il tend la main par automatisme et attrape son portable, qui indique 18:25.

"Et merde..."

Il bascule sur le dos en grognant puis croise les bras sur son ventre. Le bien-être matinal n'est pas au-rendez-vous; tout lui revient en mémoire, spécialement les évènements de la veille. Toutefois, il esquisse un sourire quand la scène de la mort de Gadriel se rejoue avec une surprenante clarté sous ses paupières closes.

Il passe une main sur son visage, et réalise qu'elle est moite de sueur. Alors il ouvre les yeux et étudie sa paume avec une attention ensommeillée; il lui semble qu'il lui manque quelque chose, qu'elle est vide et son avant-bras droit le démange.

Dean réfléchit à ce qu'il est devenu. Il a envie de pleurer et de frapper quelqu'un, il veut crier et rire.

"Ca craint si je suis pire qu'une meuf qui a ses règles après chaque utilisation de la Lame..."

Il a envie de la tenir, de la sentir épouser sa peau. Cette partie de lui a-t-elle toujours été là, ou est-elle née à force de vivre sa chienne de vie ?

Au fond de lui, il le sait. Il n'aurait jamais fait ce boulot si son père ne l'y avait pas embarqué de force et si Sam n'était pas là.

"Chasser des monstres, sauver des gens, l'entreprise familiale, mon œil !"

Il s'en fiche des gens comme de sa première chemise. Il chasse parce qu'il aime ça.

Ainsi, il en vient à l'horrible conclusion qu'il n'est pas quelqu'un de bien.


Et vous ?