Salut à tou(te)s, voici le dernier chapitre de cette douloureuse fic ! Merci d'avoir tenu jusque-là et de n'avoir pas fui devant mon amour pour l'angst et le gore hahaha

Cupcake virtuel à qui se rappelle d'où vient la citation utilisée dans la scène de la salle de bain :3 Petit indice: c'est la meilleure scène de Jensen Ackles, toutes saisons confondues.

ATTENTION, brève description de torture au milieu du chapitre ! Vous devriez y être habitués si vous regardez régulièrement Supernatural, mais c'est toujours mieux d'avertir^^

Ce chapitre est très long, désolée pour ça... Mais il est super badass, je me suis vraiment dépassée et cela pourrait bien être le meilleur chapitre de cette fic. Sur ce, bonne lecture !


Dean se lève d'un seul mouvement leste; ses articulations ne le font pas souffrir contrairement aux autres matins et il s'étire en soupirant d'aise quand ses vertèbres craquent l'une après l'autre. Son corps se porte à merveille; son esprit, c'est une autre histoire.

Il observe le mur couvert d'armes qui lui fait face en grattant sa barbe de trois jours.

Des fusils de chasse à canon scié, des pistolets automatiques, des dagues en argent...

Et trônant au milieu de cette armurerie, la hache de fortune qu'il avait récupéré sur le cadavre d'un vampire au Purgatoire; il la décroche et la dépoussière avec tendresse. Il se rappelle encore, tapi dans une grotte humide, des longues heures passées à affuter le silex noir jusqu'à ce qu'il devienne aussi tranchant qu'une lame de rasoir. Le vampire l'avait peut-être fabriquée, mais il l'avait perfectionnée.

Il la repose et sort de sa chambre. Comme à son habitude, Sam est penché sur son ordinateur portable dans la pièce principale.

- Hey ! fait-il lorsqu'il aperçoit son grand frère.

- Hey.

- ... Bien dormi ?

- Comme un bébé, répond Dean en esquissant un sourire.

Il va à la cuisine prendre une bière dans le réfrigérateur et revient s'installer en face de Sam pour la siroter.

- Du nouveau ?

- Non, malheureusement. C'est mort. Pas la moindre trace d'activité démoniaque dans tout le pays... On dirait qu'Abbadon fait profil bas.

- Tss...

Dean gratte son avant-bras sans s'en rendre compte. Les yeux de chien battu du cadet l'étudie attentivement:

- Et toi ? Pas de nouvelles de Crowley ?

- Non. Je vais prendre une douche.

Il aurait voulu sonner moins contrarié.

- Ok...

Ainsi fuit-il une fois de plus les questions dérangeantes qu'aurait fini par poser Sam, questions auxquelles il n'avait de toute façon pas de réponses. Il s'enferme dans la salle de bain et sursaute en voyant son reflet dans le miroir; il ne s'est pas tout de suite reconnu.

Des restes de sang séché collent encore à ses tempes et à ses cheveux auburn malgré sa toilette rudimentaire dans les WC de l'usine désaffectée, mais surtout, ses yeux.

Ils ont quelque chose de... changé.

Ils sont plus grands, plus sombres, plus... animaux.

Dean approche son visage du miroir; il a l'impression qu'il pourrait être happé par la noirceur de son âme, révélée à travers eux.

Un souvenir refait surface, telle une vieille prophétie oubliée: "Tu vas mourir, Dean ! Et ça ? C'est ce que tu deviendras !" Soudain ses yeux sont entièrement noirs et il recule brusquement, heurtant les catelles jaunes derrière lui en un bruit sourd. La respiration saccadée, il passe une main sur son visage, et retrouve avec soulagement la vraie couleur de ses iris.

"Et maintenant des hallucinations... Manquait plus que ça !"

- Dean, tout va bien ? dit la voix étouffée de Sam depuis l'extérieur.

- Oui, oui, je me suis pris les pieds dans le tapis, s'empresse-t-il de répondre avant que son petit frère ne défonce la porte.

- Fais gaffe, ce serait bête que le grand Dean Winchester trépasse dans sa baignoire.

- Je te le fais pas dire.

Un sourire passe sur ses lèvres et son cœur retrouve brièvement de la légèreté grâce à la plaisanterie de Sam avant que son éternel fardeau ne retombe sur ses épaules.

Dean se déshabille et entre dans la douche avec la ferme intention de nettoyer son corps de fond en comble, à défaut de pouvoir en faire de même pour son cerveau corrompu.


Les heures passent lentement. Beaucoup trop lentement. Le temps semble s'être suspendu à cause de leur manque d'occupation et leurs journées se ressemblent toutes; Sam se lève de bonne heure pour aller courir pendant que Dean prépare le petit déjeuner, ils parlent de tout et de rien en scrutant les infos à la recherche d'une affaire, puis Dean sort conduire pour se changer les idées, des fois pour faire des courses. Sam s'occupe du ménage au bunker et Dean - étant beaucoup plus doué que lui en cuisine - leur prépare de bons petits plats.

Tout ceci pourrait passer pour des vacances si Dean n'allait pas de plus en plus mal; il tremble et se gratte l'avant-bras dès que ses mains ne sont pas occupées à consulter son portable toutes les cinq minutes, attendant désespérément un message de Crowley. A chaque fois que Sam aperçoit la Marque en sang, elle parait n'avoir jamais été mise à vif quelques secondes plus tard et ce phénomène l'inquiète bien sûr au plus haut point. Hélas, il est impuissant face au mal qui ronge son ainé, même s'il fait tout ce qui est en son pouvoir pour lui faire penser à autre chose qu'à la Lame.

Tous les soirs, Sam prie Castiel de venir au bunker pour aider Dean mais seul le silence lui répond.


Un matin, le portable de Dean se met enfin à sonner et son propriétaire lâche sa poêle remplie de bacon pour se jeter dessus:

- Oui ?

- Hey salut, Dean. Comment tu vas ? le salue Crowley de sa voix mielleuse.

- Bien.

Ils savent tous les deux que c'est un mensonge.

- J'ai réussi à capturer un serviteur d'Abbadon... ça te dirait de venir m'aider à lui faire cracher le morceau ?

"Avec joie."

- Où ?

- Au nord de Red Cloud, Nebraska; envoie-moi un texto quand tu arrives, je t'attendrai au bord de la route.

- Ok.

Dean raccroche, éteint la cuisinière en laissant tel quel le bacon à moitié grillé dans la poêle et décide de laisser un mot pour Sam sur la table en bois massif du salon:

"J'ai été me changer les idées, ne t'inquiètes pas pour moi. Serais de retour ce soir."

Il court jusqu'au garage récupérer son bébé et trace la route jusqu'au lieu de rendez-vous, qui heureusement, cette fois, n'est qu'à une demi-heure du bunker. Une fois avoir passé la bourgade, il aperçoit la forme trapue de Crowley sur le bord de la chaussée et parque l'Impala sur une voie secondaire qui s'enfonce dans un bois.

- T'as fais vite dis donc ! sourit le démon.

- On était dans le coin pour une affaire..., mentit le chasseur en s'extirpant de l'habitacle.

- Je vois. Viens, c'est par là.

Le Roi de l'Enfer conduit Dean à une cabane dissimulée dans le sous-bois. C'est un coquet refuge de bûcherons qui est sur le point d'être réservé à un usage bien moins coquet; un démon est ligoté au centre d'un pentacle, juste à côté d'une table sur laquelle reposent toutes sortes d'outils intéressants. Le regard de Dean balaie les instruments de torture avec impatience.

- Je t'aiderais bien, mais je tiens de source sûre que l'élève à dépassé le maître... J'ai hâte de te voir mettre en pratique ce qu'Alastair t'a appris ! exulte Crowley en s'asseyant sur un tabouret dans un coin.

- La ferme.

Dean s'approche du démon qui s'agite nerveusement sur sa chaise; décidément, sa réputation n'est plus à faire.

- Où est Abbadon ?

- Ce que tu peux me faire ne sera rien comparé à ce qu'elle me ferait si jamais elle apprend que je l'ai balancée ! crache le prisonnier une fois que le chasseur lui a retiré son bâillon.

- J'en serais pas si sûr à ta place, répond Dean en haussant les épaules.

Il lui remet son bâillon et s'approche de la table pour prendre la bouteille d'eau bénite et en asperger le couteau de Ruby. Il revient vers le démon et lui entaille le bras, le faisant gémir de rage tandis que sa peau fume.

Il commence lentement. La torture doit se construire petit à petit, elle doit monter en flèche et atteindre toujours un nouveau maximum. Crowley le regarde faire, impressionné par son inventivité; son visage arbore l'expression d'un père fier de son fils.

Au bout de quatre heures en comptant les pauses, le démon n'a toujours pas craché le morceau. Il est dans un état misérable, mais il résiste encore. Malheureusement pour lui, Dean a une idée.

Une terrible idée.

Il remplit une seringue d'eau bénite, en trempe la pointe dans du sel et attrape l'avant-bras du démon qui le dévisage vaguement d'un air interrogateur. Puis il la plante juste dans la pointe du coude, en plein dans le nerf ulnaire.

Le démon hurle, un long hurlement de douleur pure et dévastatrice, avant de le supplier d'arrêter, en larmes; il leur dit enfin tout ce qu'ils voulaient savoir et le chasseur l'achève.


Dean rentre au bunker en fin d'après-midi et se précipite vers Sam, tout sourire:

- On a trouvé Abbadon !

- Dean ? Quoi ?! Comment ? répond Sam en se levant du canapé, troublé.

- Crowley a tiré les vers du nez d'un de ses sbires et il vient de m'appeler pour me dire sa position, mentit Dean.

- Ah... Parfait. On y va quand ?

- On part à l'aube. Crowley nous rejoint là-bas.

- Très bien...

Sam se doute bien que l'escapade de Dean et cette information n'ont rien d'une coïncidence, mais il en est venu à redouter sa réaction si jamais il l'accusait d'y avoir joué un rôle, alors il garde le silence.

Cette nuit, aucun des deux frères ne réussit à dormir plus de quelques heures, pour des raisons diamétralement opposées.


Sam et Dean rejoignent le lieu de rendez-vous, un vieux bâtiment locatif attendant d'être démoli. Ils sortent de l'Impala et scrutent leur environnement. Tout parait calme et inhabité.

- Tu es sûr que c'est là ? demande Sam.

- Bien sur que c'est ici, réplique Crowley derrière lui, le faisant sursauter.

- Salut, l'Orignal ! ça fait un bail.

Sam serre les dents, agacé par le surnom qui lui colle à la peau.

-Alors, voici le topo, poursuit le Roi de l'Enfer. Abbadon se cache au dernier étage, dans les combles, gardée par une trentaine de démons au moins. Dean, donne le couteau à Sam, tu auras bien mieux...

Dean s'exécute et Crowley lui tend la Première Lame, le fixant avec insistance comme pour s'assurer qu'il comprenne bien le plan:

- Sam et moi nous nous occupons des ouvrières pendant que toi, tu descends la reine des abeilles. Des questions ?

- Comment sait-on s'il ne s'agit pas d'un piège ? dit Sam, une profonde ride creusée entre ses sourcils.

- Ça, l'Orignal, on en sais rien. Allons-y !

Il ouvre la voie, les deux chasseurs sur les talons; à peine ont-ils atteint la porte d'entrée que deux démons se jettent sur eux, sortis de nulle part. Crowley les descend rapidement grâce à son épée angélique avant d'ouvrir la porte d'un geste de la main.

- Fonce, Dean !

Dean se jette dans la pénombre de l'immeuble, sans aucune crainte. Trois démons l'y attendent et tentent de l'immobiliser, le tenant chacun par un bras, et le dernier essaie de le poignarder avec un couteau de cuisine.

- Dean ! crie Sam en tuant celui qui tient l'arme.

L'ainé se débat vigoureusement et éjecte ses agresseurs contre la paroi couverte de papier peint décollé, si fort qu'ils la traversent. Son petit frère le dévisage, choqué par sa force surhumaine.

Le boucan a attiré quelques démons qui dévalent l'escalier, armés jusqu'aux dents, mais Dean est là pour les accueillir; il en décapite deux d'un seul geste avant de jeter le reste d'entre eux par dessus la rambarde, laissant Sam et Crowley s'en occuper.

Il monte lesdits escaliers quatre à quatre avec la souplesse d'un fauve et rien ne saurait empêcher sa progression; il se taille littéralement un chemin à travers la foule infernale, frappant, tranchant, mutilant dans toutes les directions. Il sent de tant à autres la douleur cuisante d'un coup de poignard dans son ventre ou ses bras, mais elle disparait presque immédiatement, submergée par l'adrénaline et le plaisir que lui procure le combat.

Dean défonce la porte du dernier appartement, essoufflé et taché de sang.

- Bienvenue, Dean, l'accueille Abbadon avec un grand sourire sur ses lèvres rouges.

Elle reconnait l'arme qu'il tient au poing et son sourire se fane immédiatement.

- Non... Comment... ? Caïn... ?

- Surprise, salope. Ton ancien pote m'a filé un cadeau très sympa...

Il s'avance en faisant des moulinets et les quatre démons de la garde personnelle du Chevalier de l'Enfer se jettent sur lui. Un instant plus tard, ils ne sont plus qu'un amas ensanglanté et informe sur le sol. Abbadon l'attaque elle aussi et essaie de le projeter contre le mur, sans succès; ses pouvoirs n'ont plus aucun effet sur lui. Elle passe alors aux armes blanches et le poignarde plusieurs fois; Dean titube en crachant une gerbe de sang. Elle pense l'avoir à sa merci, mais il se relève comme si de rien n'était et fait un pas en avant.

- Dean, voyons... On peut être amis, après tout, le courant passe bien entre nous, essaie-t-elle de l'amadouer en reculant.

Dean attrape sa chevelure rousse de la main gauche et la tire, la forçant à pencher la tête en arrière; il sourit en laissant son regard parcourir la peau blanche de son cou, et Abbadon croit l'espace d'une seconde qu'il va l'embrasser. Il enfonce subitement la Première Lame dans son cœur jusqu'à la garde et se régale de l'expression de surprise qui se peint sur son visage de porcelaine.

Sam et Crowley font irruption dans la pièce au moment même où le Chevalier de l'Enfer s'effondre sur le parquet, soulevant un nuage de poussière.

Dean ne bouge plus; il se tient au milieu du carnage et fixe la Lame en tremblant. Tout l'air semble vibrer de concert avec lui et il parait écouter l'arme comme si des voix que seul lui pouvait entendre lui murmuraient des choses plaisantes.

Sam ne sait absolument plus quoi faire. Cet homme n'en est plus un et n'est plus son frère.

Crowley semble aussi effrayé que lui. Il esquive juste à temps la mâchoire qui se plante dans le cadre de la porte, les faisant sursauter tous les deux.

- Je t'avais dit que tu serais le prochain, rugit Dean d'une voix méconnaissable.

La panique déforme les traits du Roi de l'Enfer; le monstre qu'il a créé est devenu incontrôlable et se retourne à présent contre lui; il le charge et récupère l'arme mais le premier se volatilise. Dean lâche un cri de frustration.

- Dean ? Dean, c'est fini... Lâche-la, lui dit Sam les mains levées devant lui.

Ce qui a été son grand frère le regarde comme s'il était un étranger et grogne:

- Non.

- Dean, donne-la moi ! supplie Sam, désespéré.

- Non !

Soudain, trois anges apparaissent dans les combles et encerclent Dean, essayant de le désarmer, cependant même les êtres célestes ne sont pas de taille face à lui; il en tue deux avant qu'une demi-douzaine d'autres ne parviennent enfin à le plaquer au sol. Ils lui retirent l'arme et il hurle comme si on lui avait arraché un membre. Sam aperçoit Castiel que lorsqu'il se relève de la mêlée générale pour venir lui donner la Première Lame.

- Cass ? Mais comment-

- Crowley.

Il revient ensuite vers Dean qui se débat furieusement entre les mains qui le maintiennent à genoux. Il peut voir chacun de ses muscles tendus à l'extrême s'activant dans ses bras noueux, chacune de ses veines gonflées pulsant sous sa peau mat, chaque goutte de sueur tombant de son menton. Ses yeux, d'habitude d'une couleur chaleureuse de forêt à l'automne ont la teinte sombre et brumeuse d'une épaisse jungle où jamais un rayon de soleil ne touche le sol.

Ses lèvres tremblent et dévoilent par intermittence ses dents serrées, comme un loup.

Et Castiel ne peut s'empêcher d'y voir une certaine beauté.

- Dean. C'est fini. Arrête de lutter.

Il n'arrête toujours pas de se démener et les anges peuvent le lâcher d'une minute à l'autre. Castiel s'accroupit face à lui et prend son visage en coupe, frissonnant au contact de sa barbe naissante:

- Dean, je sais que tu es là, quelque part. Tu dois juste lâcher prise...

Ses yeux papillonnent et se perdent dans ceux de l'ange.

- Dean, je ne t'abandonnerai jamais plus, tu as ma parole. On trouvera un moyen de te guérir.

Castiel oublie tout autour de lui, Sam, ses disciples, il n'y a plus personne d'autre dans la pièce à part Dean.

Il incline la tête et embrasse les lèvres frémissantes de ce dernier.

Le temps s'arrête.

Il sent Dean se raidir contre lui puis se relâcher progressivement; ce baiser a traversé toutes les barrières de la peine et de la violence pour parvenir à son cœur, là où le vrai Dean, celui qui est tendre et seul, s'était retranché.

Castiel recule, perplexe; il ne sait pas pourquoi il a fait ce qu'il vient de faire, mais au fond de lui, il sait que c'est juste. Le chasseur cligne des yeux et, avec l'expression de quelqu'un qui vient de se réveiller d'un long rêve, marmonne:

- Cass... ?

+THE END+


Notes: Il y a vraiment une ville qui s'appelle "Red Cloud" à proximité du bunker ! (vive Google Maps). Je n'ai pas pu m'empêcher de la choisir parce que "nuage rouge" = la forme incorporelle de Crowley ;-) Seul démon à avoir une forme rouge, pas noire... Mais est-on sûrs que c'est un démon ?