3_ Nouveau camp

Le groupe piégé sous la terre se mit à déblayer un des passages sous les directives de l'ingénieur. Ils n'avaient réussi qu'à faire une petite ouverture, mais elle était suffisamment large pour faire passer chacun d'entre eux. REDs et BLUs débouchèrent dans un nouveau tunnel qui n'avait subi aucun dégât et s'engagèrent à travers ce boyau de roche éclairés par le lance-flamme. Demoman devait aider le pyromane à porter sa flamme, il avait encore trop mal à son bras. Peut-être un muscle déchiré.
Ils durent marcher un long moment avant de tomber sur un croisement. Le groupe tourna à gauche et se trouvèrent devant une sortie barrée par de grosses planches en bois qui brisait la lumière du soleil en centaine de faisceau lumineux.
Ils s'arrêtèrent, non pas à cause des planches, mais à cause d'un bruit étrange : celui que Soldier avait entendu quelques heures plus tôt. On envoya l'éclaireur pour s'approcher le plus discrètement possible du barrage. Il vit alors une chose à laquelle il ne s'attendait pas.

-Eh ! Les mecs, z'allez pas m'croire mais… Y a… Y a des putains de robots qui nous ressemble ! Avec un super grand camion ou un putain de tank, j'saurai pas dire c'que c'est !

-Pardon ? répondit l'ingénieur.

Il s'approcha à son tour et constata que Scout ne délirait pas.

-Qu'est-ce que c'est qu'cette supercherie ! tonna le militaire.

-Chut ! Pas si fort imbécile ! chuchota le poseur de bombes.

L'homme trapu et le gamin reculèrent au passage d'une troupe de soldats mécaniques.

-J'crois qu'ils s'en vont, on va attendre qu'y reste p'us personne et on filera prévenir les autres, vous m'suivez les gars ? suggéra celui au casque jaune.

-Ma foi, ça m'a l'air d'une bonne idée ! affirma Soldier.

Ils n'eurent pas à attendre longtemps avant de pouvoir faire exploser une partie des lattes de bois pour se frayer un passage. Mais en sortant, ils furent surpris par un robot équipé d'une arme lourde semblable à la fameuse Sasha. L'Ecossais et le Texan était devant lui et ne purent esquiver les premières balles. Les trois autres réagirent au plus vite. Scout harcelait l'ennemi en lui tournant autour et l'homme de guerre lui envoya ses rockets. Pendant ce temps, Pyro trainait le mécano à l'intérieur du tunnel.

-Mmmoomaaam ! Mmmmgmgfr mpmmhg ! s'adressait-il au Demoman.

-Oui, j'y vais !

Et l'homme noir pris le lance-grenade qu'il avait lâché et partit aider ses compagnons.

-Hmf ! Un Heavy… J'crois pas… un Heavy, grommelait l'ingénieur.

-Mmmh… ssshhhhff…Mmmfmgrre phtrffh mpggh mmffmfm !

-J'comprends rien à c'que tu dis, mon garçon, mais c'est gentil d'm'avoir mis à l'abris.

Pyro était accroupi à côté de l'homme à terre. Il lui soulevait la tête d'une main et serrait la salopette de l'autre. Il cherchait autour de lui, paniqué, il voulait trouver quelque chose pour soulager se corps transpercé de plusieurs balles. Mais ne voyant rien, il se mit à genoux pour servir de coussin au blessé en marmonnant pour lui-même. L'homme aux lunettes serrait les dents mais esquissa un sourire :

-Eh, t'en fais pas, petit, ce n'sont que quelques balles, j'ai connu pire ! Gnh !

-Mmmh… Mfmfmgmhp mpp… répondit le masque à gaz peu convaincu.

Un bruit d'explosion et des cris de joie leur firent comprendre que les autres s'étaient débarrassés du Heavy métallique.

-Hey ! R'gardez ça ! Y a du fric là-dedans ! s'exclama Scout.

-Tu as l'œil, bravo ! Garde le ! répondit Soldier qui alla ensuite voir Pyro , comment se porte notre ingénieur ?

-Je m'porte plus ou moins bien, assez pour parler et r'fléchir en tous cas.

-Bien ! Mais j'vais t'porter ça ira plus vite, il y a la base RED tout près.

-Me v'là bien !

Le militaire fit passer le bras de l'ingénieur par-dessus son épaule et il le souleva.

-Hm ! Va falloir penser à freiner sur les desserts mon vieux !

-Toi, t'as les muscles, moi, j'ai l'cerveau, on peut pas tout avoir ! riposta le blessé vexé.

Demoman étouffa un rire et ils partirent en direction de la base RED.
Arrivés là-bas, les deux REDs restant, Sniper et Heavy, furent surpris de voir arriver leurs coéquipiers accompagnés de leurs ennemis. Le borgne noir leur expliqua rapidement ce qu'il c'était passé ainsi que leur découverte surprenante. Il les pressa également d'aller chercher l'équipe BLU. Avant de partir, le Sniper leur précisa que leur médecin restait introuvable et que s'il fallait des soins, mieux valait prier pour que le Medic BLU soit resté en vie.
Pendant ce temps, on installa l'ingénieur dans le canapé de la salle de séjour et Pyro parti chercher en boitillant quelques bières pour hydrater la gorge sèche de ses camarades. Il prit plaisir à redresser Engineer pour l'aider à boire et l'observer avec un air attendrit que personne ne pouvait voir.

-Merci, mon garçon, ouch ! Ça va aller, merci.

Ses yeux si bleus cherchaient ceux du pyromane à travers les verres noirs du masque à gaz. Il se souvint de cette œil blanc qu'il avait aperçu après l'avoir frappé et eut un peu de peine à nouveau.

De l'équipe BLU il ne restait plus que le Medic qui jugea bon de fusionner les deux camps en un pour se défendre contre ces nouveaux venus. Il s'occupa de chaque blessure avec minutie jusqu'au soir. Heavy avait préparé le repas pendant que l'Australien tentait de contacter l'administrateur.
Ce fut pendant leur repas qu'une petite femme en tailleur violet leur rendit visite :

-Bonsoir, mercenaires, et bon appétit. Nous avons reçu votre appel et trouver quelques images plutôt curieuses prisent par les caméras. Nous n'avons encore aucune idée de la provenance de ces robots, mais quoi qu'il en soit, ils se dirigent vers l'une des usines Mann Co. et cela ne présage rien de bon. Nous comptons vous envoyer là-bas pour surveiller leur manigance et défendre les lieux en cas d'attaque.

-Eh miss ! J'm'attaquerai à tous les robots qu'tu veux si j'ai un p'tit bisous en prime ! la hélait Scout.

Comme récompense, on nous à mentionner que de l'argent était contenu dans le corps de ces machines. Il est à vous si vous défendez Mann Co. , ignorait miss Pauling.

-Heavy sera content de casser tous ces petits robots méchant ! fit le gros homme.

-Dois-je en conclure que vous êtes d'accord ?

-Et bien… J'imagine qu'on a pas trop l'choix, donc oui, nous irons dès demain matin. Mais laissez nous nous r'poser cette nuit, répondit l'ingénieur encore épuisé.

-C'est inévitable. À demain alors, je vous attendrais avec votre convoi. Emportez vos affaires.

Puis elle partit, laissant les hommes dans un profond silence devant leur assiette. Seul Heavy mangeait goulument, inconscient de ce qui l'attendrait au front. Puis l'appétit revint et un à un les hommes se levait pour aller se coucher pour les uns, prendre une douche pour les autres. Il ne resta plus que l'ingénieur et l'incendiaire à table. Engineer avait remis ses lunettes mais les rides sur son front lui donnaient l'air d'être concentré. Pyro, invisible à ses yeux, attendait, le masque tourné vers lui. Enfin le Texan sortit de ses pensées et remarqua qu'il n'était pas seul :

-Tu n'vas pas te coucher, petit ?

L'autre haussa les épaules puis il mima la poche de l'ingénieur. Celui-ci mit un moment à comprendre puis il tira l'ours en peluche.

-Il est toujours là.. oh ! Merde, son bras s'est déchiré ! Eh… hm ?

Le pyromane était debout devant lui, une main tendu. Machinalement il lui donna le petit ours et le regarda disparaitre dans le couloir. Ne sachant que faire il se chargea de la vaisselle qui s'était entassée. Une fois cela finit, il entra dans le couloir pour aller occuper la chambre de l'ingénieur décédé comme on le lui avait dit de faire. Mais avant même qu'il n'ouvre la porte, un marmonnement l'interpella. Se tournant, il vit Pyro qui lui tendait son ours recousu et comme neuf.

-Oh ! Tu l'as réparé ! On n'voit rien, on croirait presque que c'est toi qui l'a…

Stupéfait, il leva la tête vers le pyromane qui tressaillit.

-C'est toi qui l'as fait ?

L'homme en combinaison ignifuge s'affola cherchant comment se tirer de là et… il s'enfuit en courant dans le couloir pour aller s'enfermer dans sa chambre.
L'autre rit gentiment hochant la tête de droite à gauche :

-Sacré Pyro !

Puis il entra dans la chambre, posa la peluche sur la table de chevet et s'allongea sur le lit.

Le lendemain, chacun avait préparé ses affaires et comme prévus, la secrétaire et le convoi était prêt à les embarquer. On les emmena au beau milieu de nul-part. Leur base était une vieille maison peu entretenu avec plusieurs chambres non loin de l'usine Mann Co. formée de simples cabanes de bois. En piteux état elles aussi mais elles cachaient des souterrains de béton encore secrets pour les mercenaires.
Ils s'installèrent dans la vieille baraque et s'aperçurent qu'il n'y avait que quatre chambres. La secrétaire leur dit de se débrouiller et partit. Heavy demanda à être avec le médecin, sous prétexte qu'il était plus rassuré ainsi. L'Australien et l'Ecossais s'installèrent dans la même chambre et le gamin fit de même avec le militaire. Il Ne restait plus que Pyro qui évitait le regard de l'ingénieur, sa valise à ses pieds.

-S'tu veux, occuper le salon ne m'gêne pas !

-Mmh mfh mfh mfh ! répondit-il en secouant la tête.

L'autre répondit par un sourire accompagné d'un haussement d'épaule et ils entrèrent dans la chambre. Elle était très petite et sentait le renfermé. Deux lits simples séparés par une petite table de chevet. Aux pieds de chaque lit il y avait une malle et derrière la porte une penderie.

-Hum… J'investirais la cave pour entr'poser mes machines j'pense … Tu pourras poser ton matériel dans c'coin libre.

Pyro acquiesça et commença à déballer ses affaires et pendant que son voisin de lit fut partit explorer la cave, il cacha Balloonicorn, sa peluche rose sous ses draps et déposa sa hache dessus pour signifier que ce lit était à lui.

-Ils se retrouvèrent tous dans le salon. Sniper était déjà allé faire un tour sur le terrain et n'avait vu encore aucun signe des robots.

-J'pourrais profiter qu'il n'y ait personne pour faire un tour là-bas, histoire de r'pérer les emplacements appropriés pour mes tourelles, non ? Suggéra l'ingénieur.

-C'est une bonne idée ! s'enquit le soldat, ça nous fera gagner du temps, mais fait toi accompagner, on n'sait jamais !

-Tu n'viens pas ?

-Non, moi et le Demo on va analyser un peu ces robots avec les quelques infos de l'administrateur ! S'avancer sur nos stratégies…

-Oui, oui c'est bon je vois, Scout ?

-Oh j'ai d'jà fait un tour, y a rien à voir, c'est d'la merde c'est que des foutues baraques abandonnées !

-Quel enthousiasme !

Tête baissé, Pyro leva la main timidement. Tous se tournèrent vers lui.

-Qu'est c'tu veux aller faire là-haut ?! interrogea l'homme au chapeau.

-Mmhmhf ! Mmgmgrrrh mgrmh mmppmf mpgmmmfpm… Mmgpfmfp mm ! mgpfmfm mgf…

-Ouais, ouais, ouais, aller va-t'en, j'sais même pas pourquoi j'ai demandé !

Engineer eut un haussement de sourcil puis il emmena son compagnon dehors.
Ils découvrirent un endroit potentiellement dangereux si on y mettait une bombe et l'incendiaire fit remarquer qu'il y avait des trous à certains endroits. Ils examinèrent chaque recoin, recensèrent chaque cachette utile, retinrent chaque post de tir.
Tous les deux s'arrêtèrent sur le toit du bâtiment central. Il était midi passé.

-Eh bien ! Y a d'quoi faire, dis-moi !

-Mmmh ! acquiesça Pyro. Mmmhm mppggr mou !

-Oui, comme tu dis, ces gouffres peuvent être un piège à exploiter ! Hm on est pas encore allé du côté d'l'entrée d'mine !

Ils descendirent et firent la course dans la pente qui menait au trou béant dans la paroi protégée par de vieilles poutres. Pyro atteint les planches qui barricadaient l'entrée sombre le premier. Il lança un rire au perdant puis son attention fut appelée par un grincement dans la mine. Il se pencha entre deux lattes de bois pour satisfaire sa curiosité quand tout à coup, une poigne ferme sur son col le tira en arrière et le plaqua de face contre la palissade de sécurité. Il n'avait pas pris la peine d'emporter ses bouteilles d'air qu'il avait habituellement dans le dos et pus sentir alors le corps de l'ingénieur le presser contre la paroi. Il s'affola, prêt à se débattre mais vit une ombre glisser sur le sol et un cliquetis mécanique. Quelque chose atterrit juste derrière eux et se mit à courir : un robot Scout. Ils étaient même six, apparemment en repérage eux aussi et ils passaient par au-dessus la mine.
Pyro avait peur, il n'était pas armé et les autres étaient loin. Il frissonna à l'idée que ses choses ne se retournent et ne les voit. L'autre homme ne desserrait pas sa prise et l'incendiaire crut un moment qu'il voulait les enfoncer tous les deux dans le mur. Les bombes incendiaires alignées sur son torse lui faisaient mal et il laissa échapper un faible gémissement. Il sentit Engineer sursauter et relever la tête contre sa joue. Il venait de prendre conscience de cette situation plutôt ambiguë, de ce corps entre le mur et le sien, du souffle légèrement précipité dans le filtreur du masque à gaz, de la chaleur du pyromane… Ce dernier sentit bientôt quelque chose dans le bas de son dos. Une clef à molette ? Pourtant, il ne se souvenait pas de l'avoir vu avec… Pyro frissonna et oublia totalement les robots qui parcourant le terrain qui pouvaient les repérer à tout moment. Il sentait le regard de l'ingénieur sur lui et la main gantée de jaune glissa inconsciemment vers la sienne. Sa jambe lui faisait mal et il changea d'appui, se frottant malencontreusement contre l'érection du mécano qui soupira :

-Aah… bouge pas Pyro, faut pas s'faire r'pérer…

Ça voix était d'une douceur ! Elle fit fondre le pauvre pyromane qui aurait tant aimé l'entendre encore, mais les robots étaient toujours là, quoiqu'un peu plus loin déjà. La main nu de l'ingénieur glissa sur le ventre de la combinaison ignifuge et remonta pour se caller entre le torse et les bombes incendiaires, redressant au passage le corps du démarreur de feu, troublé par cette caresse. Un « Chuuuuuuut » siffla tout près de son oreille et il frémit de nouveau en fermant les yeux. Il sentait toujours le bas ventre de son coéquipier contre lui et crut qu'il allait devenir fou, enlever son masque pour l'embrasser et lui demander d'être à lui. Mais les Scouts mécanique disparurent et l'ingénieur libéra Pyro, se retournant pour cacher honteusement l'érection dans sa salopette.

-Hem, i… Ils sont partis, rentrons prév'nir les autres !

Il avança mais n'entendit pas de pas le suivre. Il se tourna vers son compagnon de chambre il avait la tête baissé sur ses mains serrées contre sa poitrine. Engineer se mordit la lèvre inferieur :

-Je… hem… Je suis désolé de c'qu'il s'est passé, j'voulais pas… enfin… ça s'contrôle pas hein ? hm… tenta-t-il d'expliquer nerveusement.

L'autre détourna la tête.

-Naaaaah… Ecoutes, j'veux pas t'mettre mal à l'aise, j'veux…

Il s'arrêta dans sa phrase. Pyro avançait vers lui jusqu'à être au plus près. Il entendit un « mh » étouffé, il s'apprêtait surement à parler mais s'était tue. Finalement, il lui tapota l'épaule et il prit le chemin du retour, suivit de l'homme en salopette.

-Au fait… Tu peux m'appeler Dell, après tout, on dort dans la même chambre.

Il ne sut pas comment il l'avait deviné, mais lorsque Pyro tourna la tête vers lui, il avait l'air heureux.