Chapitre 2
« Je propose Los Angeles ! » s'enthousiasma Emmett en se voyant déjà faire du surf.
« Et pourquoi pas Hawaï ? » proposa Rosalie.
« Vous savez très bien où nous devrons aller. » leur dit Esmé.
« Pfff… Je ne vois pas pourquoi. » râla la blonde.
« Rien ne nous dit qu'elle voudra encore de nous mais nous devons essayer. Plus rien ne la menace désormais et dès qu'Edward le pourra, il ira la rejoindre. Nous retournons à Forks. » déclara Carlisle en prenant Esmé dans ses bras.
La perspective de retourner à Forks les ravissait tous, même Rosalie bien qu'elle ne l'aurait admis pour rien au monde. Parler de Bella avait été tabou pendant huit mois, désormais ils pouvaient penser à leur sœur sans culpabilité. Ils voulaient lui faire une surprise et si ça n'avait tenu qu'à eux, ils y seraient déjà. Mais Edward devait y aller seul et voir si Bella acceptait qu'ils reviennent tous dans sa vie.
« J'ai faim ! râla Emmett. Avant je n'avais pas besoin de manger plusieurs fois par jour… ça n'est pas pratique. »
Il se leva et se dirigea vers la cuisine mais tomba quand il trébucha sur un tapis. Tous éclatèrent de rire, sauf Emmett bien sur.
Depuis qu'ils s'étaient réveillés le matin même, le sourire ne quittait pas leur visage à tous, même Emmett qui était devenu incroyablement maladroit.
« Tu es pire que Bella ! » rigola Alice.
« Quand on y pense, c'est logique, dit Rosalie à son compagnon. Quand je t'ai sauvé de cette ourse, tu avais tiré par erreur vers elle et ses petits, c'est pour cela qu'elle t'a attaqué. Tu es un maladroit.»
« C'est ma blessure à la jambe ! » prétendit Emmett, qui boitait depuis son réveil.
« Alors où allons-nous passer l'été ? » relança Alice.
« Partons tous à Hawaï pour les vacances, décida Esmé. De toute façon, nous devons attendre que Bella décide avant d'organiser notre nouvelle vie. »
« Tu as raison ma chérie. »
Carlisle regarda avec émerveillement sa femme. Il l'avait rencontrée quand elle avait seize ans et jamais il n'avait oublié sa beauté d'alors et sa douceur. Depuis leur réveil, il ne lâchait pas la main d'Esmé, bouleversé de percevoir son pouls et sa chaleur.
_oOo_
Emmett était émerveillé de voir sa Rosalie humaine. Il n'avait de cesse de lui dire qu'elle était encore plus belle maintenant, que son regard violet était hypnotique et que ses formes plus généreuses encore le ravissaient. En effet, Rosalie était redevenue cette jeune femme de dix huit ans, avec trois kilos de plus et des cheveux difficiles à coiffer. Et elle resplendissait tant par sa beauté que par son bonheur.
Quand elle s'était réveillée dans les bras d'Emmett, elle avait senti son érection et s'était dit que rien n'avait changé mais elle réalisa bien vite qu'elle s'était endormie, que le bras d'Emmett sur sa taille était chaud et que les rayons du soleil matinal ne se réfléchissaient plus en un million de rayons sur sa peau. Elle avait ôté le drap sous lequel ils se trouvaient, s'était levée et avait longuement observé son corps nu, chaud, hâlé, aux hanches plus larges et ventre légèrement rebondi. Elle avait préféré ne pas s'attarder sur les ecchymoses sur ses bras et cuisses, sur sa joue enflée et sa lèvre inférieure fendue mais déjà en bonne voie de guérison.
Ses joues inondées de larmes de joie, Rosalie avait éveillé Emmett avec ses baisers, le réveillant ainsi. Il s'étira, bailla, ressemblant plus que jamais à un ours. Son regard bleu foncé s'était rivé à celui de sa compagne. Il n'avait pas réalisé le changement aussitôt, son esprit en état d'alerte maximale s'était focalisé sur le fait que sa femme pleurait.
« Emmett, regarde… écoute, sens. » rit-elle.
« Quoi ? Oh ! Tes yeux ! »
« Nous sommes humains ! C'est un miracle ! Mais dis-moi, je te plais encore ? Tu m'aimeras quand même, hein ? Promets-le moi ! » l'avait-elle pressé.
Deux heures, quatre orgasmes et trois crises de larmes plus tard, Rosalie était enfin rassurée.
_oOo_
Emmett avait gardé un appétit féroce, il avait d'abord rechigné à gouter la nourriture stockée pour les apparences, pour finalement dévorer la moitié des provisions.
« Hawai ! C'est là qu'avait lieu ma vision, j'en suis sûre maintenant ! » dit Alice à sa famille.
« Tu ne peux plus être sûre. » tempéra Carlisle.
Alice et Jasper avaient tous deux perdu leur don, il était à parier qu'il en était de même pour Edward et tous les autres vampires auparavant doté de pouvoirs. Alice avait un peu paniqué, elle avait l'habitude de s'en remettre pour tout à ses visions. Jasper était soulagé de ne plus être assailli par les autres.
_oOo_
Le réveil d'Alice et Jasper avait été progressif. Ils étaient allongés par terre (lieu de leur dernière étreinte) face à face. Ils s'étaient observés longuement, conscients et ravis de leur nouvelle apparence, les prunelles bleu acier de Jasper face à celles marron foncé d'Alice. Cette renaissance ne changerait pas leur amour, ni leur capacité à se comprendre, à communiquer simplement en se regardant. Aussi ils n'avaient pas parlé alors que leurs doigts s'étaient mêlés, que leurs bras s'étaient accrochés à l'autre, que leurs corps s'étaient confondus. Lorsque Jasper s'était enfoncé en Alice, celle-ci avait étouffé un cri de douleur.
« Tu as mal ? » s'était alarmé Jasper, se blâmant de ne pas avoir été plus doux avec elle.
« Je… oui mais c'est tellement bizarre. Je crois que… je viens de t'offrir ma virginité. » s'était-elle émue à travers ses larmes.
« Tu pleures. »
« Des larmes de joie… Oh Jasper, j'en avais toujours eu le pressentiment et j'en suis sûre maintenant. Tu es le premier, tu seras toujours le seul. »
_oOo_
Quand les Denali téléphonèrent aux Cullen, leurs cris de joie résonnaient dans le combiné, forçant Esmé à l'éloigner. Elle les informa de leur destination pour l'été et les Denali acceptèrent de les rejoindre au plus tôt à Hawaï. Le clan d'Alaska prévoyait déjà de vivre aux États-Unis proche des Cullen. À chaque fois où ils s'étaient essayés à vivre tous ensemble, la suspicion des humains les avaient rapidement forcés à s'éloigner. Carmen s'inquiétait surtout de ne pas parvenir facilement à vivre normalement, tous les membres du clan Denali étaient devenus vampires bien avant les Cullen, à l'exception de Carlisle, et surtout ils n'avaient jamais poussé leur intégration au milieu des humains comme leurs cousins.
Esmé les rassura et leur promit qu'ils resteraient tous soudés. En raccrochant, Esmé posa sa main sur son bas ventre pour la centième fois depuis son réveil.
_oOo_
Elle avait été réveillée par un oiseau à l'aube, celui qui avait pris pour habitude de chanter sur le rebord de la fenêtre de leur chambre. Elle s'était levée et s'était approchée de l'oiseau sans faire de bruit pour le surprendre comme elle le faisait souvent. Mais ce matin, elle n'avait pas du tout été discrète, ses gestes plus lents et ses pas plus lourds. Alors qu'elle avait tendu la main pour saisir un peignoir de soie, elle avait découvert les cicatrices sur ses bras. Elle s'était examinée entièrement dans la salle de bains, son corps était couvert d'ecchymose, de cicatrices et elle se sentait courbaturée. Elle était d'autant plus décontenancée en sentant du sang couler sur ses cuisses.
Carlisle s'était réveillé un peu plus tard, seul et confus. Il avait découvert sa femme sanglotant dans leur salle de bains. Ses mains étaient couvertes de sang et par réflexe, Carlisle avait retenu sa respiration. Puis il avait compris.
« Esmé, que t'arrive-t'il ? »
« Je saigne, j'ai mal… je suis défigurée… » avait-elle peiné à articuler.
Son mari s'était précipité dans son bureau et en avait ramené sa sacoche de médecin. Il n'avait pourtant rien à soigner, la guérison était presque terminée. Elle était dans cet état suite à sa chute d'une falaise. Heureusement son corps avait déjà commencé à se guérir, son visage était seulement tuméfié, son corps portait les traces de ses blessures mais Carlisle l'avait rassurée, elle allait finir de guérir et il n'y aurait presque plus de marques sur son corps. Quant au sang, c'était une conséquence d'un accouchement qui avait pourtant eu lieu des décennies plus tôt.
Esmé s'était ressaisie et calmée pour enfin admirer pour la première fois le regard bleuté de son mari. Son corps sensiblement plus petit et moins musclé n'avait pas perdu de sa grâce et de sa virilité. La cicatrice au creux de son poignet avait disparu tout comme celle que Carlisle lui avait faite en la mordant dans le cou. Il était également blessé, elle avait embrassé légèrement la longue cicatrice dans son dos et quelques ecchymoses sur ses membres. Le plus extraordinaire pour elle avait été de le voir rougir sous son regard amoureux.
Finalement Esmé s'était souvenu d'Edward. Si comme elle et Carlisle, leur fils était dans un état similaire à celui avant d'être transformé, il y avait urgence. Edward était mourant quand Carlisle l'avait mordu, la grippe espagnole avait déjà pris ses parents. Ils s'étaient empressés de contacter Edward mais ce dernier n'avait pas répondu pas à leurs appels.
« Il doit être en phase de rémission, comme nous tous. Ne t'inquiète pas, bientôt il nous contactera. » avait supposé Carlisle.
« Je me sens si mal. Nous aurions du insister hier. »
« Alice avait prévu qu'il ne répondrait pas quoiqu'il en soit. Ne t'inquiète pas mon ange. »
_oOo_
Quand la famille s'était retrouvée dans la même salle à manger où la veille ils avaient évoqué leur humanité à recouvrer, l'ambiance était légère, enthousiaste, définitivement positive. Ils échangèrent leurs impressions, les souvenirs qui leur revenaient en masse de leur passé d'humain, l'apparition des blessures pour certains et pour tous, la disparition de leurs facultés sensorielles, de leurs morsures de vampires, de leurs yeux dorés et de leur soif de sang.
Le reste de la journée ne fut pas chômée, il fallait tout reprendre à zéro. Ils avaient décidés de tous reprendre leurs noms et âge d'origine. Jasper parvint à falsifier quelques données, son homme de main à Seattle se chargerait de leur faire parvenir leurs nouveaux papiers d'identité.
_oOo_
Dans sa mansarde au Brésil, Edward délirait. Il avait conscience d'un changement majeur mais il n'avait pas la force d'analyser. Il croyait entendre sa mère Elisabeth lui murmurer de tenir bon. Puis il pensa à son père mort quelques semaines plus tôt. Il revit aussi le visage étrangement familier d'un docteur. Mais ce qui l'aida un peu fut ce silence dans son esprit, tous les bruits environnants et surtout toutes les pensées des humains s'étaient tus, qui lui permit de penser à cette jeune fille brune qui lui manquait cruellement.
