Bonjour tout le monde
Voici donc le chapitre 10 de la fanfiction. L'histoire avance, à son rythme bien sûr, mais les moments intéressants s'en viennent. J'espère que ce chapitre vous plaira. Le onzième sera bientôt bouclé et envoyé à la correction. Je voudrais encore une fois remercié Lucretia pour son travail, ainsi que Noin, liberlycaride et Chamalow pour leur soutient. Vous savez, c'est un petit moment de bonheur que vous créez en partageant votre opinion sur l'histoire ou en montrant (indirectement ou pas) que vous la suivez. N'hésitez pas à créer des moments de bonheur donc!
Bonne Lecture!
Chapitre 10
Mercredi matin. Le froid lacérait mes joues et l'herbe du parc était gelée. Je tournais et retournais dans ma tête les évènements des dernières semaines. Le calme avait définitivement été troublé à Poudlard et cette perturbation avait commencé avec Katie Bell. Cette dernière avait été ensorcelée par un collier. Je la revoyais inconsciente dans un lit de l'infirmerie, sa peau livide et ses yeux injectés de sang.
Je savais qu'Harry avait été traumatisé par la vision de son corps suspendu dans les airs dans une position horrifiante. Ron et Hermione n'avait pipé mot de son état psychologique mais je voyais bien qu'il était très tendu. Son obsession pour Malfoy avait quelque peu diminuée, remplacée par cette nouvelle énigme à résoudre.
Depuis l'annonce de cet événement, les spéculations allaient bon train et le nom de « Vous-Savez-Qui » revenait souvent.
Je resserrai mon écharpe et frottai mes mains gantées contre mes joues. Depuis Halloween, le temps s'était considérablement refroidi. C'était comme si une horde de détraqueurs se trouvait à proximité de Poudlard et aspirait la chaleur qui s'en dégageait.
Cependant la température ne ferait pas annuler le match de Quiddicth qui se déroulerait bientôt. Serpentard contre Gryffondor. J'étais excité par la perspective de voir les serpents se faire battre à plate couture. Ron, lui, devait sûrement être assis sur son lit en train d'angoisser. Il avait beaucoup de pression sur ses épaules, car il devait à la fois prouver ses capacités à notre maison toute entière et aux Serpentard. Vu sa maladresse, je doutais honnêtement qu'il réussisse sans qu'il n'y ait de casse. Harry avait démenti mes doutes le matin même en souriant. Je ne savais pas ce qui le rendait si certain et pour être franc je m'en fichais un peu. J'étais fatigué de vouloir résoudre les mystères entourant Harry Potter, ayant moi-même un bon nombre de problèmes à solutionner.
« Marche matinale? »
Je me retournai, Dean se tenait devant moi et arborait un cache oreille en fourrure de kneazle.
« Oui, pour…réfléchir. »
Il acquiesça semblant considérer qu'effectivement ma petite méditation était de circonstance.
« Je suis un peu eff-…j'anticipe le match, me confia-t-il.
- Ouais, j'imagine. Comment t'as fait pour les entraînements? Il te restait un peu de temps pour te préparer?
- Ouais…Harry m'a fait faire quelques trucs intensifs, puis je vole souvent en dehors des heures de cours. Mais c'est vrai que remplacer Katie comme ça…ça me stresse énormément. Heureusement que Ginny est là. »
Il sourit. J'imaginai très bien la rouquine en train de remonter le moral à son copain, avec son tact légendaire et ses embrassades chaleureuses. Un petit sourire ironique se forma au coin de mes lèvres. D'ailleurs, en parlant de l'hippogriffe, on en voit le bout des ailes… Une fille aux cheveux flamboyants très reconnaissables s'approcha de nous d'un pas énergique. Elle me salua avec un sourire et se colla contre Dean qui passa un bras possessif autour de sa taille. Elle venait nous informer que le match allait bientôt avoir lieu et que la présence de Dean était requise pour la dernière réunion avec l'équipe.
Le couple s'éloigna vers le terrain de Quidditch tandis que je retournai au château pour prendre un petit-déjeuner. Je remontai la colline et autour de moi, tous les étudiants se dirigeaient comme un seul homme vers le stade. Ils sortaient par les grandes portes d'entrée. Le match allait vraiment bientôt commencer. J'essayai de remonter le courant noir mais une main me happa par l'épaule et m'entraîna dans la direction opposée. C'était Hermione. Luna se tenait à ses côtés, déguisée aux couleurs de Gryffondor.
« Tu n'auras pas le temps d'aller manger. Je t'ai pris un scone et des biscuits sablés. »
Je les suivis aussi vite que mes jambes me le permettaient. Les gradins du stade étaient déjà noirs de monde. Ceux des Gryffondors étaient particulièrement bruyants. On y aperçu Seamus qui nous faisait signe avec de grands gestes; il avait gardé des places pour nous. De là où nous étions situés nous avions une parfaite vue d'ensemble du terrain et des airs où voleraient les équipes dans quelques minutes.
L'ensemble des spectateurs s'installèrent et entonnèrent diverses chansons. Madame Bibine fit son habituelle introduction et invita les joueurs à pénétrer sur le terrain. Les Serpentards apparurent les premiers sous la salve d'applaudissements de leurs compères et enfin les Gryffondors leur succédèrent. Des exclamations et applaudissements accompagnèrent leur entrée. Coote et Peakes s'inclinèrent exagérément devant le public tandis que Ron angoissait tout en essayant tant bien que mal de cacher son trouble. Les capitaines se serrèrent la main en une poignée très raide. Chacun monta ensuite sur son balai et s'envola lorsque le Souaffle fut lâché. Les Cognards apparurent également et enfin le Vif d'Or dans un bruissement d'aile, ce qui marqua le début de la partie.
Comme d'habitude Seamus, Hermione et moi étions crispés sur le banc. Luna semblait imperturbable et se contentait d'acclamer les Poursuiveurs lorsqu'ils marquaient un but. Le gardien des Serpentards venait d'ailleurs de faire un arrêt spectaculaire. L'action fut complimenter généreusement par la commentatrice qui se trouvaient être une serpent. Sa partialité me faisait crissé des dents, elle n'hésitait pas à rabaisser les Gryffondors à chaque faux pas. J'essayai de l'oublier et de me concentrer sur le match mais ses paroles provocatrices raisonnaient contre les parois de mon crâne :
« Et Thomas perd une nouvelle fois le Souaffle. On se demande ce qui à bien pu l'amener à jouer dans l'équipe. N'oublions pas que sa petite amie est très proche du capitaine, lança-t-elle narquoisement. Harry Potter semble avoir profiter de sa position pour remplir l'équipe de ses amis. Il est d'ailleurs étonnant que Weasley ne lui ait toujours pas fait honte. »
MacGonagall incendia l'élève qui ne pipa mot et afficha un sourire en coin. Je vis Harry piquer furieusement vers elles et parler avec le professeur MacGonagall. J'observai un instant leur échange avant que Hermione ne tire ma manche et me pointe l'attaque musclée des Serpentards. Ils volaient en lignes serrées, les batteurs menant la procession. À ce moment précis passèrent les Cognards qu'ils s'appliquèrent à lancer sur Ginny et Demelza Robins. Deux des poursuiveurs se chargèrent de couper la route à Dean Thomas et le troisième fila directement vers les buts. Il feinta et lança dans les anneaux. Ron réussit à arrêter le ballon in extremis en le dégageant du pied. Les supportèrent des lions bondirent alors dans un rugissement, couvrant les paroles de la commentatrice.
Le match se poursuivit et apporta quelques surprises de plus. Ron fit un travail extraordinaire et Dean devint de plus en plus efficace. Après le troisième but des Gryffondors, Malfoy fit soudain un piquet en plein milieu du terrain et Harry lui emboîta le pas. Ils s'engagèrent dans un coude à coude qui augmenta la tension et notre appréhension à leur paroxysme. Ils disparurent de notre champ de vision pendant une fraction de seconde puis Harry revint en brandissant fièrement et victorieusement le Vif d'Or. La foule était en délire.
Harry se posa sur le sol aux côtés de Ron et Ritchie Coote. L'ensemble de notre maison vint à leur rencontre; une vague noir, rouge et or enveloppa les joueurs. Deux sixièmes années très costauds portèrent Ron sur leurs épaules tandis que tous s'époumonaient en reprenant la chanson créée par les Serpentards : Weasley est notre roi.
Weasley est notre roi
Avec lui, le Souafle ne passe pas
J'observai curieusement Hermione dont le sourire éblouissant mangeait la moitié du visage. Elle acclama Ron et Harry. Il était certain que ce soir une fête aurait lieu dans la tour de Gryffondor. Les joueurs se dirigèrent vers les vestiaires pendant que les Serpentards en sortaient et retournaient maussadement au château. Il n'y avait aucun vert et argent sur le terrain, tous s'étaient éclipsés une fois le Vif d'Or attrapé. Je tournai mon regard un instant vers la tribune des professeurs où Dumbledore semblait radieux et Rogue particulièrement irrité. Seamus suivit mon regard et ricana.
« Je sens qu'il sera détestable demain ». J'acquiesçai avec gravité et le suivit ainsi que tous les autres Gryffondors.
Comme je l'avais prédit, la fête battait son plein. L'ensemble de l'assistance avait remarqué le soudain rapprochement entre Lavande et Ron. Harry discutait avec animation avec Ginny, Dean, et Seamus. Hermione s'était, quant à elle, mystérieusement volatilisée et j'étais assis dans un des fauteuils de la salle commune, une Biéreaubeurre à la main et un amuse-gueule dans l'autre. Parvati Patil, assise sur l'accoudoir, m'expliquait avec beaucoup d'intérêt la passion qu'elle avait pour la divination. Troisième œil, cartomancie et lecture des feuilles de thé ou des boules de cristal n'étaient pas du tout mon truc mais je l'écoutais avec respect, essayant de rester concentré sur ses mots à travers le brouhaha.
« C'est absolument incroyable, je te le jure. L'autre fois j'étais assise au toilette et je pensais à cette fois où je m'étais perdue dans Pré-au-Lard et… » Son babillage continua et je pris une autre gorgée tout en hochant la tête.
«…et alors à travers le miroir j'ai vu le reflet de mon destin. Tu te rends compte? C'est complètement fou! C'est pour cette raison que j'aime la divination avec Mme Trelawney. Ce qu'elle nous enseigne est tout à fait tangible et elle n'est absolument pas une charlatane comme beaucoup pensent. Elle m'a prédit plusieurs évènements et ils se sont tous réalisés. Pour Lavande, c'est la même chose, tu vois. Elle lui avait prédit qu'elle trouverait l'amour de sa vie cette année et maintenant elle est avec Ron! Vu la solidité de leurs sentiments, c'est une histoire faite pour durer, tu vois. Tout ce qu'elle raconte est vrai. Et toi tu aimes…la botanique, c'est ça? »
Son changement de sujet me prit de court. J'hochai la tête.
« Et qu'est-ce qui te plait dedans? »
Je réfléchis un instant. « J'aime…nourrir les plantes, les voir grandir. Savoir que je permets à quelque chose de vivant de grandir et juste de l'observer. J'aime la beauté d'une plante, son odeur, son utilité, le fait de la rempoter, la magie qu'elle dégage. J'aime la texture des feuilles et j'aime me documenter sur les plantes. Je ne sais pas comment t'expliquer mais ma passion est bien au-delà de tout cela. » Je me cachai timidement en plongeant mon nez dans ma bouteille.
« C'est intéressant, vraiment. J'imagine que tu ressens le même genre de passion que moi pour la divination.
- Probablement ».
Nous nous tûmes un instant. Cette conversation semblait irréelle, pour nous deux. Hermione passa soudainement en coup de vent devant nous et monta les escaliers précipitamment. Elle claqua brusquement la porte du dortoir des filles mais le son se perdit dans le brouhaha qui emplissait la pièce. On se regarda, Parvati et moi, surpris, puis elle se leva pour aller chercher d'autres amuse-gueules. C'est avec une assiette pleine qu'elle revint et s'installa encore une fois sur l'accoudoir. Elle enfourna un canapé à la salamandre et reprit la parole :
« Tu vois, commença-t-elle avec hésitation, je remarque souvent que tu disparais le soir sans raison. Tu aurais une petite copine? » Elle me fixa en souriant et en plissant ses yeux noirs. Je déglutis. Mince alors, aucune échappatoire possible. Je supposai qu'il serait temps de dire la vérité.
« Quand je pars, c'est pour faire un travail que m'a donné le professeur Chourave : nourrir les plantes du directeur, les entretenir, etc.
- Oh! » Elle se tut un moment sous la surprise. Parvati semblait d'ailleurs impressionnée « Et il a des plantes intéressantes?
- Oui tr- euh non! Les plantes que tout le monde a, des plantes moldues aussi. »
Elle ne releva pas mon hésitation et croqua dans un cracker au poisson.
« Ça doit être spécial de travailler pour le…vieux »
Elle me regarda avec des yeux interrogateurs et, étrangement, l'appellation « vieux » avait été dite avec une inflexion tendre. L'ensemble des élèves de Poudlard, excepté sûrement quelques Serpentards, avait un immense respect pour le directeur et l'aimait beaucoup. Sa phrase me remit une fois de plus devant l'évidence : j'avais effectivement intégré le cercle très fermé d'élèves que le directeur chérissait. Je n'étais pas très sûr quant au « chérissait », mais disons que j'avais tout de même gagné sa confiance!
« Oui, mais c'est également assez stressant. Tu vois, j'ai peur d'être maladroit ou de faire un truc de travers. »
Elle acquiesça, comprenant totalement mon point de vue. Parvati mangea d'autres amuse-gueules qu'elle partagea avec moi. J'interceptai à un moment le regard d'Harry qui nous observait du coin de la pièce. J'aperçu l'ombre d'un sourire auquel je répondis et mon interlocutrice agita également une main dans sa direction.
« C'est dommage cette histoire avec…Cho Chang je crois? Il n'a pas encore trouvé chaussure à son pied. J'ai dansé avec lui au bal d'hiver, c'est un danseur très médiocre; mais il ne faut pas le
lui dire. Je ne pense pas qu'il serait heureux de l'entendre, continua-t-elle. »
Machinalement, je cherchai Ginny des yeux, mais celle-ci semblait avoir disparue.
La soirée continua, assez longtemps pour fatiguer l'ensemble des Gryffondors. MacGonagall intervint aux douze coups de minuit et renvoya tout le monde dans ses quartiers. Je souhaitai une bonne nuit à Parvati, puis nous nous séparâmes pour aller dans nos dortoirs respectifs.
Harry s'endormit très vite, éreinté, suivit d'un Ron, au comportement distrait, et de Seamus. Dean arriva cinq minutes plus tard et se coucha sans un mot sous le regard mauvais de Ron. Je m'allongeai derrière les rideaux de mon lit à baldaquin. Toutes les chandelles étaient soufflées mais la lumière blafarde de la lune continuait d'éclairer le dortoir. Je pensai un instant à Remus Lupin avant de m'endormir pour de bon.
...
Ce vendredi, ce fut les lueurs du soleil qui me réveillèrent. J'avais oublié de tirer les rideaux de mon lit et celui-ci se trouvait exactement tourné vers l'est. J'ouvris mes yeux et observai un instant le manège de Dean qui cherchait une paire de chaussette sous son lit. Ron fouillait également dans sa malle, la chemise à moitié sortie du pantalon.
« Bonjour les gars »
Ron me répondit gaiement et Dean agita une main. Je repoussai mes couvertures d'un mouvement de jambe et bondis hors de mon lit. Les lits d'Harry et Seamus étaient déjà vides. Je m'apprêtai rapidement : le petit-déjeuner serait bientôt servi et je voulais absolument manger une gaufre au sucre avant qu'elles disparaissent.
Une fois ma cravate correctement mise, j'attrapai ma besace et rejoignis Ron au bas des escaliers qui était d'ailleurs accompagné de sa nouvelle petite copine, Lavande. Celle-ci s'enquit de mon état tout en fixant amoureusement son copain. La mise en couple n'avait pas été longue, au plus grand déplaisir semblait-il d'Hermione et de Parvati qui, du coup, se retrouvait à tenir la chandelle. Le trio semblait donc avoir de nouveau implosé, ce qui m'inquiétait pour une raison qui m'échappait.
L'arrivée dans le Hall mit un terme à mes réflexions. Le bourdonnement des conversations s'échappait des portes ouvertes de la Grande Salle. Nous arrivâmes à notre table et je pris place aux côtés de Demelza Robins. Dean me faisait face et j'écoutai d'une oreille la conversation qu'il entretenait avec Hermione.
« Le père de Peakes a eu une dérogation du directeur pour pouvoir venir le chercher quatre jours avant la fin des cours. Il aurait apparemment peur que son fils ne subisse une attaque dans le Poudlard Express, disait-il.
- C'est tout à fait ridicule, trancha Hermione. De cette façon il agit exactement comme les Mangemorts le souhaitent, c'est-à-dire qu'il entretient la peur. Je pense qu'il faut rester fort, avoir la tête haute et surtout ne pas perdre son sang froid.
- Personnellement j'aurais fait exactement la même chose que le père de Peakes. Je ferai n'importe quoi pour protéger mes enfants.
- Je comprends, mais je pense que ce n'est pas la bonne stratégie à adopter.
- Hermione, la sécurité est la meilleure stratégie à adopter. Tu vois, je vais moi-même partir à Cornouailles en portoloin avec ma famille au lieu de prendre le train comme d'habitude. Ma famille préfère alimenter la peur que de prendre des risques inutiles. »
Son dernier argument eut raison d'Hermione et celle-ci se replongea pensivement dans son porridge.
Demelza me passa le plat de gaufre à ma demande et je constatai qu'il n'en restait plus que deux. Ma voisine de table se contentait de tartine à la confiture de coing et d'un lait de poule. Lorsque je me servis un verre de jus de groseille, une chouette vint s'installer près de mon assiette et commença à picorer des miettes de pain.
« Hé! Qu'est-ce que tu fais là, toi! Non mais va picorer ailleurs!
- Elle a un message pour toi, Neville.
- Oui et bien elle peut attendre d'être nourrie au lieu de voler dans mon assiette! »
Demelza ricana en m'observant me débattre avec l'animal têtu qui exigeait d'être nourri avant de délivrer son message. Je lui offris un morceau de mie de pain et elle tendit sa patte en retour avec une certaine prestance. Une fois la missive décrochée, elle s'envola aussitôt. L'écriture ronde me rappela celle de ma grand-mère et mes sourcils se froncèrent. J'avais peur qu'elle m'annonce notre départ en voyage au Pays de Galles pour rendre visite à notre famille éloignée. Passer deux semaines en tête à tête avec eux et elle ne m'enthousiasmait absolument pas. Plus loin je me trouvais de ma grand-mère, mieux je me portais.
Hermione m'interrogea du regard en remarquant mon trouble mais j'éloignai ses inquiétudes d'un geste de la main. J'enfouis la lettre, non ouverte, au fond de ma poche et continuai à manger.
Après le déjeuner j'avais Botanique puis Défense Contre les Forces du Mal après une pause d'une demi-heure. J'étais très enthousiaste pour le premier cours, mais moins pour le deuxième. Dean, une fois son repas fini, embrassa Ginny puis me suivit aux serres. En chemin, nous croisâmes Hagrid qui nous salua chaleureusement et m'avertit que le directeur souhaiterait qu'on lui offre des berlingots pour son anniversaire. D'une certaine manière, je me réjouissais de pouvoir rendre visite au directeur ce soir. Cela faisait une semaine que je n'avais pas franchi le seuil de sa porte à cause des problèmes qui étaient survenus ces derniers temps.
Le cours de botanique se déroula trop rapidement à mon goût, on avait abordé le système digestif des plantes aquatiques carnivores. Un sujet que je considérais comme intéressant, mais apparemment ce n'était pas le cas de tous. A la fin du cours, le professeur Chourave me demanda de lui rendre un petit service et me donna rendez-vous devant une des serres. Elle ouvrit la porte la numéro deux, celle réservée aux expérimentations de l'enseignant. De très beaux spécimens multicolores et multiformes s'y trouvaient.
« Vous voyez cette belle plante? On va recueillir le jus qu'elle sécrète. Celui-ci est très utilisé dans la préparation de potions et d'onguents.
- Elle est magnifique.
- N'est-ce pas? Elle est cependant très capricieuse et désire être chouchoutée. Elle dort actuellement alors il va falloir y aller en douceur, pour éviter de la réveiller en sursaut. »
C'était un énorme tournesol aux pétales écarlates et aux yeux fermés d'où s'échappaient de longs cils recourbés. Une plante femelle. Sa respiration, telle une brise, faisait bruisser les feuilles pendantes le long de sa tige qui semblait robuste et délicate à la fois. J'enfilai mes gants en peau de Vert Gallois et caressait d'un doigt le menton de la dame. Elle gloussa dans son sommeil mais n'ouvrit pas les paupières. Pendant ce temps, le professeur appuyait sur une partie de la fleur située à la base de sa tige et une substance brillante et collante perla sur ses feuilles en s'échappant des nervures. Une dizaine de flacon furent remplis totalement. Au onzième, le jus s'amoindrit jusqu'à ne plus être sécrété. La fleur émit un soupir après l'effort mais se détendit sous mes chatouillements.
« Le travail a été rapide. Merci beaucoup de ton aide Neville. On a eu beaucoup de chance qu'elle n'ouvre pas ses yeux ».
Et c'était le moins que l'on puisse dire. Ses yeux étaient, d'après les on-dits, des boîtes de Pandore, comme le personnage grec. Personne ne savait réellement ce qu'il se cachait sous ces paupières, ceux qui le savait n'étaient plus là pour le dire... Personnellement, je n'avais aucune envie de savoir à quoi ressemblaient ses yeux.
Mme Chourave m'informa que mon aide serait la bienvenue pour d'autres tâches futures. Le jus que l'on avait recueilli devrait reposer 24 heures au chaud avant de pouvoir être utilisé. Je saluai mon professeur et courus à mon prochain cours. J'arrivai avec cinq minutes de retard au plus grand plaisir de Rogue qui m'assaisonna de reproches avant de commencer la leçon.
...
« Berlingots »
La statue se déplaça et l'escalier apparut. La porte du bureau était déjà ouverte mais le directeur semblait absent. Phinéas soupira à mon entrée mais ne fit aucun commentaire. Fumseck dormait sur son perchoir mais ne se réveilla pas. La moitié des portraits étaient absents et les autres semblaient faire la sieste. Même les plantes semblaient endormies.
J'enfouis mes mains dans mes poches et sentis le parchemin de la lettre que j'avais reçue plus tôt. Cela me fit tirer une énième grimace. Je ne voulais pas répondre à sa lettre, ni expliquer mon choix de rester au château durant les vacances d'hiver. Je n'avais pas besoin de décacheter l'enveloppe pour savoir quels reproches et remarques elle contenait. Je ne me considérais pas comme un enfant malheureux. Je me savais chanceux, ce qui n'était, par exemple, pas le cas d'Harry, mais il était parfois très dur de supporter la personne qui vivait avec moi.
Je mis de côté mes pensées et fis mon tour d'inspection, nourris les plantes qui en ressentaient le besoin. Le bonsaï me parut plus tortueux que d'habitude, mais je me détournai rapidement de lui pour m'intéresser aux diverses fleurs. Étrangement je sentis le directeur dans mon dos avant même qu'il ne s'annonce.
« Bonjour Neville
-Bonjour Monsieur ».
Je le saluai d'un signe de tête. Il s'installa sur un divan aux motifs floraux disposé le long d'un mur. Il se calla contre le dossier capitonné, sa main reposant sur l'accoudoir en bois sculpté. Je m'assis dans la chaise en face, elle aussi en coussin capitonné.
« Triste affaire, cette histoire avec Katie Bell. (J'acquiesçai) Je sens les ennuis pointer le bout de leur nez crochu, et ça ne me plait pas. »
Un de mes ennuis avait également un nez crochu, pensai-je alors distraitement.
« Et au milieu de tout ça, il y a aussi votre avenir à construire. Avez-vous une idée quant à celui-ci, Neville?
- Je pensai éventuellement travailler dans le domaine des plantes, je ne sais pas vraiment.
- Évidemment, vous êtes bien trop jeune pour décider de votre destin maintenant. Ce qui m'attriste c'est que les évènements actuels troublent vos choix et votre destinée. »
Il parlait de manière générale et je ne pouvais m'empêcher de faire un lien avec Harry. Il avait des capacités pour être joueur de Quidditch professionnel mais semblait vouloir se diriger vers une carrière d'Auror pour contrecarrer les plans des Mangemorts.
« Tant de destins gâchés. Les enfants ne devraient pas être impliqués dans tous ces problèmes. »
Un certain malaise accompagna ces mots. J'avais eu ouï-dire de certains agissements de Dumbledore vis-à-vis d'Harry mais je n'étais pas certain que ce soit réellement le cas.
« Je ne pense pas être le plus à plaindre, repris-je. Harry semble avoir fait de la guerre l'une de ses principales préoccupations. Et avec tous ces Mangemorts qui lui courent après, et plus particulièrement Voldemort. »
Son front se rida un peu plus encore après mes paroles. Cela ne me plaisait pas de le rendre soucieux mais la dure vérité entravait chaque mot positif que je prononçais.
« Je ne voulais pas vous attrister, signifiai-je tout de même avec une voix gênée. »
Son visage se recomposa et il dissipa mon inquiétude :
« Vous ne m'avez pas attristé. Je suis conscient de tout cela, mais te l'entendre dire rend la chose encore plus cruelle et horrible ».
Sa tentative de dissipation ne fonctionna pas et eut tout à fait l'effet inverse. Quelque chose dans son ton m'avait particulièrement rendu mal à l'aise, comme si la situation actuelle dépendait aussi de moi.
« Elle dépend également de toi. Mais aussi de Mademoiselle Granger, Monsieur et Mademoiselle Weasley et tous les autres étudiants de cette école, qu'ils soient d'un côté ou de l'autre. Le même schéma se répète inlassablement, mais j'avais pensé que Poudlard vous aurait préservé de cette guerre encore quelques temps. »
Et cela était tout à fait vrai. Quelques élèves avaient été transférés dans d'autres écoles au début de l'année. La conversation entre Hermione et Dean me revint également en mémoire. La guerre était bien là, de retour. Aussi insidieusement perverse et froide que la dernière fois, comme me l'avaient contée mon oncle et ma grand-mère à de nombreuses reprises.
« Nous avons choisi de nous impliquer dans ce conflit.
- Je sais, et je crois que c'est ce qui m'effraie le plus. Votre rôle n'aurait jamais dû être de jouer les enfants soldats. »
Ces paroles me rappelèrent distraitement les soldats de plomb que Dean possédait lorsqu'il avait onze ans. Albus Dumbledore sembla s'affaisser subtilement et fronça les sourcils. Semblant s'apercevoir que je l'observais intensément, il se reprit et regarda les étoiles à travers la baie vitrée de son bureau. Cela signifiait que ma présence n'était plus requise. Je me relevais donc mais sa voix m'interrompit alors que ma main serrait la poignée de la porte.
« Rappelez-vous une chose à propos de nos temps troublés, M. Londubat : il faut rester uni et non pas se diviser, énonça-t-il clairement, mais une inflexion de fatigue pouvait être entendue. Ceci est valable avec les amis mais aussi la famille. Il faut à tout prix entretenir les liens forts avec votre famille, ne la mettez jamais à l'écart.»
Il m'observa par-dessus ses lunettes et je sus qu'il savait. Il avait deviné la lettre dans ma poche et ce conseil était exactement à propos de ce parchemin. Je le saluai de la tête puis franchis le seuil.
« Ne faites pas la même erreur que moi ».
A suivre...
