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Guérison – Chapitre 10
A Forks
Charlie travailla plus tard que prévu. Il avait bien conscience que sa fille était toute à ses retrouvailles avec le garçon qui l'avait quittée huit mois plus tôt. Tandis qu'il signait une liasse de documents, il se remémora la nuit où Bella avait été retrouvée dans la forêt. Un indien de la réserve, Sam Uley l'avait ramenée, il l'avait portée sur près de deux kilomètres, une force de la nature. Charlie n'avait même pas envisagé que sa fille avait pu s'enfoncer si loin dans les bois. Il l'avait si souvent mise en garde contre les randonnées en solitaire, il n'apprit que plus tard pourquoi elle se trouvait si loin de chez elle ce jour là.
Son adjoint le salua avant de partir, il ne posa pas de question, il avait l'habitude que Charlie travaille beaucoup plus.
Le commissariat avait été pendant de très longues années la maison du sheriff, puis Bella était revenue vivre avec lui, malgré sa réticence envers Forks, elle l'avait fait pour sa mère. Il l'admirait pour ça, il avait aimé la nouvelle vie que sa fille avait créée pour eux deux. Quand Edward et sa famille étaient partis du jour au lendemain, Charlie se retrouva de nouveau seul. Sa fille devint une âme en peine, silencieuse le jour, hurlante la nuit. Rien ne parvenait à apaiser sa souffrance, pas même le temps.
Il savait parfaitement qu'elle fumait et qu'elle buvait, il avait été furieux et déçu mais n'avait rien dit à sa fille. Il avait téléphoné aussitôt à Renée pour savoir si Bella avait déjà eu ces mauvaises habitudes à Phoenix. Son ex femme l'avait rabroué, et vexée elle lui avait raccroché au nez après lui avoir ordonné de lui renvoyer Bella en urgence.
Puis Charlie se souvint de ce qu'il avait vécu quand sa femme et sa fille étaient elles aussi parties du jour au lendemain. Il avait cru que Renée se ferait à Forks, l'arrivée de Bella, bénédiction inattendue, aurait du solidifier leur couple. Après les premières semaines passées à supplier en vain Renée de revenir, lui aussi avait cherché à faire taire cette souffrance. Il avait beaucoup bu, Billy lui avait même fait fumé de l'herbe de chamane… La pente avait été longue et difficile à remonter. Comme Bella, il avait fait l'effort de vivre la journée, la nuit venue, il n'était qu'une épave. Personne ne l'aida à s'en sortir, sa femme ne revint pas, sa fille grandit loin de lui. Un matin ordinaire, il vida dans l'évier son stock de whisky. Le trou béant dans sa poitrine, celui qui avait aspiré son cœur, n'avait pas disparu, Charlie s'était juste habitué à la douleur. Puisqu'il ne pouvait pas se guérir seul, il se dit que le temps le ferait et ça avait presque marché. Son travail devint alors son unique préoccupation, entrecoupé de quelques conversations téléphoniques avec Bella et un mois par an où elle venait chez lui.
Il était près de minuit quand il se décida à rentrer chez lui, il hésita à charger son arme. Réveiller Edward ce matin avait été libérateur pour lui, il avait rêvé de lui faire ravaler son air toujours poli et hautain, et même de lui botter les fesses pour avoir fait tant souffrir sa fille. Charlie espéra presque qu'Edward ne se trouverait pas endormi dans le canapé. Il ralentit avant d'arriver devant chez lui et sortit de sa voiture sans faire de bruit. Il s'étonna que la porte d'entrée soit verrouillée puis se dit que Bella et Edward avaient surtout voulu se donner quelques secondes de plus pour ne pas être surpris en mauvaise posture. Il jeta un coup d'œil dans le salon et comme il le pensait, le canapé était vide. Charlie monta les escaliers, prenant bien soin de ne pas marcher sur la huitième marche qui grinçait. Une fois sur le palier, son instinct de flic l'emporta sur sa colère de père. Quelque chose n'allait pas, il réalisa que toutes les portes de l'étage étaient entre ouvertes, or jamais sa fille n'allait dans sa chambre et encore moins dans le grenier.
Il se hâta de rejoindre la chambre de Bella, regarda depuis l'embrasure et la vit. Son visage était si détendu, elle semblait tellement heureuse, même en dormant profondément. Il préféra ignorer les épaules nues de sa fille, son corps sur celui aussi dénudé d'Edward, ils avaient à peine ramené la couverture sur eux.
Charlie ne se sentit pas la force de les réveiller et de leur remonter les bretelles. Il lui fallait se faire une raison elle aimait Edward qui était parti pour la protéger, ils avaient dépéri l'un sans l'autre. Ça n'était plus qu'une question de jours avant qu'elle ne s'en aille avec lui. Charlie ne voulait que le bonheur de sa fille, il savait que seul Edward était capable de le lui offrir. Il les regarda une dernière fois avant de rejoindre la salle de bains. Quand il se détourna, il vit dans le miroir de Bella le reflet d'un pistolet. Il avança son visage tout en posant sa main sur sa ceinture.
Face au lit, une jeune fille rousse tenait une arme, elle entendit le juron que poussa le shérif et n'eut pas le temps de réagir plus vite. Charlie avait dégainé et lui avait tiré deux balles dans la poitrine. Edward et Bella s'éveillèrent, hagards, puis virent devant eux Victoria, un rictus mauvais aux lèvres, les bras baissés. Charlie entra dans la chambre et plaqua violemment au sol l'intruse qui trouva encore la force de se débattre et de crier un prénom : James.
Edward se leva et s'agenouilla devant Victoria, poussé par la curiosité. Charlie avec soulagement nota que le jeune homme avait enfilé un caleçon. Bella aussi sortit de son lit après s'entre enroulée dans sa couverture.
« Elle est humaine. » dit-elle, faisant écho aux pensées d'Edward.
Ce dernier la saisit par le bras pour l'éloigner de leur ennemie mourante. Charlie regarda la vie quitter les prunelles grises de la jeune fille.
« Que s'est-il passé papa ? »
Il releva son visage vers sa fille, elle tremblait et avait enserré son torse avec ses bras, la même posture qu'elle avait eue après le départ d'Edward, quand sans rien avoir à faire, elle se croyait à l'abri pour souffrir.
« Elle était ici, elle a voulu vous tuer… Pourquoi ? »
Charlie se redressa et courut au rez-de-chaussée pour appeler le médecin légiste. Puis il pressa les jeunes gens à se vêtir et à ne plus quitter le salon. Edward pensa enfin à sa famille et ne voulut pas attendre une heure décente pour les joindre.
Carlisle décrocha au bout de cinq sonneries, le temps pour Edward d'imaginer les pires scénarios. Il assura à Edward qu'ils allaient tous bien, il s'enquit de la réaction de Bella et Edward lui dit qu'elle les acceptait tous à nouveau dans sa vie. Il était temps que tous reviennent à Forks. Carlisle n'eut pas le cœur d'annoncer à son fils que Rosalie était partie seule quelques heures plus tôt.
Charlie redescendit de la chambre de Bella et écouta un instant Edward discuter au téléphone, il était tenté de demander à parler à Carlisle. Le jeune homme raccrocha et vit le chef Swan sur le qui-vive à quelques mètres de lui.
« Victoria m'en voulait personnellement, j'ai eu peur qu'elle ait tenté de s'en prendre aussi à ma famille. »
« Tu veux dire que c'est à cause de toi qu'elle a failli vous tuer tous les deux ?! »
« Je n'ai rien… c'est une histoire bête, des enfantillages même. »
« Tu me prends pour un crétin ? Elle avait une arme, elle allait vous tuer ! »
« Elle était jalouse de Bella, elle me voulait pour elle. » mentit Edward.
« Ma fille… ma fille a failli mourir parce que tu as éconduit cette fille… Bella ? »
Bella n'agissait plus qu'en automate, elle s'était assise à même le sol et ses bras encerclaient ses jambes, son regard semblait perdu et apeuré. Son père se précipita pour la sortir de sa torpeur.
« Bella ! Réagis ! Tout va bien ! »
Edward passa ses mains sur les épaules de la jeune fille et s'assit à côté d'elle. Il embrassa ses cheveux puis ses joues, lui murmura plusieurs fois que tout allait bien, que plus rien ne lui arriverait, il s'excusait beaucoup. Bella reprit peu à peu le contrôle de ses émotions et se lova contre Edward. Charlie s'éclipsa et alla attendre son adjoint et le médecin légiste qui allaient arriver.
Tout en regardant le ciel noir, le sheriff sentit sa gorge se nouer, il réalisait peu à peu à son tour ce qu'il s'était vraiment passé. Sa file aurait pu mourir et pour la protéger, lui, avait tué une autre fille, une fille du même âge sans doute que Bella, une fille avec un avenir à construire et une famille autour d'elle. Jamais auparavant il n'avait eu à tuer, il n'avait dégainé que deux fois son arme en près de vingt ans de service, dont une fois le matin même en surprenant Edward dans le lit de sa fille. Pourquoi avait-il fallu qu'il tue une jeune fille ? Pourquoi avait-il fallu qu'il tue ? Il s'était toujours dit que si un jour il aurait à tirer sur quelqu'un de dangereux, il viserait les jambes et les épaules. Pourtant cette nuit il avait tiré vers le cœur de cette gamine, il n'avait pas réfléchi et n'avait pas hésité.
Il repensa aussi à ce qu'Edward lui avait dit, il avait menti et Charlie ne comprenait pas pourquoi. Cette fille qui était étendue au milieu de la chambre de Bella, baignant dans son sang, les yeux ouverts et la bouche grimaçante, avait appelé James. Pour avoir déjà assisté à la mort de personnes, Charlie savait que les derniers mots étaient soit l'expression de la folie ou d'un regret. La gamine avait appelé James, comme on appelle au secours quand il n'y a déjà plus d'espoir.
Les voitures du médecin et de son adjoint arrivèrent l'une après l'autre, Charlie les guida jusqu'à la scène de crime, il ne pourrait plus rien toucher désormais, il connaissait la procédure. Il téléphona à son ami Billy et lui demanda d'héberger sa fille et son petit ami.
« Je ne peux pas Charlie, désolé. »
Le shérif fut décontenancé par ce refus et se promit de faire avouer à son ami pourquoi il haïssait tant les Cullen. Il rejoignit le salon et se dit que vraiment, il ne pouvait laisser vivre sa fille sous le même toit qu'une scène de crime.
« Que va t'il se passer chef Swan ? » le questionna Edward.
« Je vais être placé en garde à vue préventive. »
« Non ! Tu nous as sauvé la vie ! » s'insurgea Bella.
« Ne t'inquiète pas chérie. C'est une procédure normale, je suis sheriff et j'ai tué dans ma propre maison, hors de mes heures de service avec mon arme de service… il va y avoir une enquête, c'est la loi. »
Bella approcha de son père, toujours un peu tremblante. Elle se sentait tellement coupable, il ne méritait pas la moindre once de suspicion. Il avait agi en légitime défense.
« Billy ne peut pas vous accueillir, il faut que vous alliez vous reposer, demain vous serez interrogés. »
« Nous permettez-vous d'aller dans un hôtel de Port Angeles ? » tenta Edward.
« Je n'ai pas vraiment le choix… » grommela Charlie.
Au petit matin, Edward téléphona à son père et lui expliqua en détail cette fois-ci les évènements de la nuit passée.
« Tu n'aurais pas du affirmer la connaître Edward, lui dit Carlisle. Ils vont enquêter et ne trouveront rien sur toi et sur elle. Jasper a travaillé d'arrache-pied pour nous construire un passé, mais il lui manque encore des documents. »
« Je suis désolé, je n'ai pas pensé à ça. »
« Il faut tu arranges tout cela et vite. »
Le prochain chapitre verra le retour des Volturis... A bientôt
