Guérison – Chapitre 11


Volterra, Italie

Le grand départ était prévu pour le soir. Aro et ses frères n'avaient jamais songé à y avoir recours mais les circonstances ne leur avaient laissé pas de choix. Ils avaient appris à se servir d'armes, dans l'urgence ils s'étaient équipés d'une véritable armurerie. Chacun des gardes avaient eu le choix entre la mort ou leur fidélité renouvelée aux rois des vampires, ils étaient aussi nombreux qu'avant ce coup du sort.

Après avoir grassement dormi, Marcus annonça à ses frères qu'il ne les suivrait pas dans leur quête de vengeance.

« Sans toi, nous perdons notre crédibilité. » tenta Aro.

« Je ne vous servirai à rien. Ma décision est prise. Je ne compte pas devenir un mafieux, Aro. Je ne souhaite qu'une chose, vivre la fin de ma vie au soleil dans la douceur de notre cité. En tant que vampire, je suis resté pour nos responsabilités auprès de notre race. Désormais, je n'ai plus de responsabilités. »

Caius baissa la tête, il était en colère et prêt à bondir sur l'ainé des trois rois. Malgré sa nouvelle condition, il avait toujours cette soif pour le pouvoir de vie et de mort. Il était évident que pour continuer à vivre dans le luxe, la fratrie avait suffisamment amassé au cours des siècles. Mais à quoi bon, selon lui, ne rien faire d'autre qu'attendre la mort ? Caius rêvait de nouvelles conquêtes et de nouveaux défis.

Aro se contenta de sourire à Marcus, il avait anticipé cette décision puisque Chelsea n'avait plus le pouvoir de lier les personnes entres elles. Il n'était d'ailleurs pas mécontent que son frère préférât rester en Italie, il avait toujours été trop modéré. Aro savait que seul Caius partageait son propre désir de vengeance.

« Mon frère, déclara Aro, acceptes-tu au moins de continuer notre travail d'ici ? »

« Quel travail ? » s'étonna Marcus.

« Nous devons redevenir humains à tous points de vue, nous devons aller plus loin que de nous créer de nouvelles identités. Je voudrais que tu gères notre argent. »

« Soit, il me semble que cela est la moindre des choses. Partez l'esprit tranquille, Volterra est entre de bonnes mains. » promit l'aîné.

Ce soir-là, Aro et Caius sans leurs épouses et avec leurs gardes les plus compétents embarquèrent pour New York. Les Cullen avaient disparu de leur dernière adresse connue, valait mieux donc commencer par la côte est. Tandis que le vol se déroulait sans problèmes, Aro et Caius mirent au point les derniers détails de leur plan même si Aro souffrait du mal de l'air et que Caius avait une peur bleue d'un crash aérien...

Rochester, États-Unis

Rosalie était arrivée le matin dans la ville qui l'avait vue naitre quatre vingt dix ans plus tôt. Elle avait parcouru son quartier de long en large, s'était rendue à son école pour jeunes filles, au parc où elle aimait regarder les familles se détendre, au salon de thé toujours existant où sa mère et elle partageaient les potins avec les autres femmes fortunées de la ville. Elle se sentait épuisée de cette longue marche mais elle tenait à faire le trajet prévu avant la fin de la journée. Il lui restait à se rendre au domicile de son amie Véra puis jusqu'à l'endroit où sa vie avait viré au cauchemar.

Avant son départ, elle avait fait quelques recherches. Ses deux frères étaient morts pendant la deuxième guerre mondiale, ils avaient eu à peine le temps de vivre. Ses parents s'étaient exilés pour la Floride au moment de leur retraite. Véra était morte à l'âge honorable de soixante et onze ans. Son fils Henry et ses deux files, Rosalie et Juliet étaient tous encore en vie. Il était évident que son amie ne l'avait jamais oubliée et Rose tenait à rencontrer celle qui portait son prénom sans aucun doute en son souvenir.

La maison de Rosalie Strauss, la fille de Véra, se trouvait en bordure de la ville. Avec appréhension, Rose frappa deux coups à la porte et entendit aussitôt une chaise être tirée puis la porte s'ouvrit. Elle ne put s'empêcher de penser qu'elle aurait du être cette femme aux cheveux gris et au visage marquée.

« Bonjour, vous êtes bien la fille de Véra, Rosalie ? »

« Oh mon dieu ! Vous lui ressemblez comme deux gouttes d'eau ! » s'exclama la vieille femme.

« Vous parlez de mon ancêtre, n'est-ce pas ? »

« Oui, entrez ! »

Rosalie la suivit à l'intérieur, elle fut installée sur un canapé confortable. La maison était petite mais en bon état et coquette. Elle remarqua une photo en noir et blanc d'elle-même et Véra, le jour du mariage de cette dernière.

« Vous êtes qui ? » lui demanda finalement la descendante de Véra.

« Mon grand-père était un des frères de Rosalie Hale. Je m'appelle aussi Rosalie. J'aurais voulu en savoir plus sur celle qui nous valu d'être prénommées ainsi. »

« Ma mère m'a souvent parlé de Rosalie. Elles étaient amies depuis leur tendre enfance. Même si elle était d'un milieu moins favorisé, ma mère a toujours été la bienvenue chez les Hale, jusqu'à son mariage. Après Rosalie a continué à fréquenter ma mère. Un soir, elle est venue la voir et n'est jamais rentrée chez elle. Ma mère s'en est voulue toute sa vie, elle me disait souvent qu'elle avait insisté pour que Rosalie reste diner ce soir là car mon père était sur un chantier et rentrerait tard. Quand il est arrivé, il a proposé à Rosalie de la raccompagner mais elle est devenue bizarre et est partie rapidement. »

Rosalie se souvint de cette soirée avec une trop grande précision, elle aurait aimé tout oublier mais rien ne s'était effacé de sa mémoire. Elle avait été si jalouse de son amie quand elle s'était mariée et avait eu un magnifique petit garçon. Mais quand elle-même se fiança avec Royce, elle avait cru que cette jalousie était définitivement morte, ça n'aurait du être qu'une question de temps avant qu'elle même ait sa famille. Ce soir-là, en voyant le mari de Véra revenir chez eux, elle avait reçu comme un coup au cœur, elle avait été témoin d'une scène tendre et intime entre deux époux qui s'aimaient vraiment. Rosalie avait alors réalisé que Royce ne l'aimait pas et qu'elle ne l'aimait pas non plus.

Perdue dans ses réflexions, elle avait fait le trajet seule vers chez elle jusqu'à rencontrer Royce et ses amis, ils étaient tous ivres et décidés à la soumettre à leurs perversions. Si il l'avait vraiment aimée, Royce n'aurait jamais permis qu'un autre homme la touche, il ne l'aurait jamais donnée en pâture à ces bêtes.

« Le lendemain, des policiers sont venus frapper chez ma mère et lui ont posé beaucoup de questions, continua la vieille femme. Les parents de Rosalie ont soupçonné ma mère d'avoir caché leur fille pour qu'elle file avec un homme de petite condition, comme mon père. Ma mère a voulu en savoir plus aussi mais la famille de Rosalie a refusé de l'écouter. Elle a fait le chemin comme Rosalie l'avait fait la veille et ma mère a remarqué une mare de sang dans une allée qui jouxtait la banque où Royce travaillait. Elle ne l'avait rencontré qu'une fois et avait cerné son arrogance. Il a joué à l'amoureux délaissé et a injurié Rosalie face aux questions de tous. Il est mort ainsi que quatre de ses amis dans des circonstances étranges moins de six mois plus tard. »

« Et Rosalie ? »

« Personne ne l'a jamais revu, mais pour ma mère et pour tout le monde, elle est morte et ses assassins sont morts aussi. »

« Quelle histoire… » soupira Rosalie faussement effrayée.

« C'était la plus belle jeune fille du comté selon certains, ma mère m'a toujours dit qu'elle était bien plus que cela si seulement on se donnait la peine de la connaître. »

« Votre mère était une vraie amie. »

« Oui, quand je suis née, elle m'a nommée Rosalie et toute sa vie elle n'a cessé de me raconter que son amie aurait du être ma mère car elle voulait plus que tout fonder une famille. »

Les deux Rosalie continuèrent de parler quelques minutes avant que la plus jeune en apparence ne s'excuse et s'en aille.

Elle avait été secouée mais aussi comme guérie. Durant soixante-douze ans, elle s'était demandée ce que sa vie aurait été si elle n'était pas morte ce soir-là. Aurait-elle épousée Royce ? Auraient-ils pu être heureux avec le temps ? Aurait-elle eu de beaux enfants ? Toutes ces questions elle ne se les poserait plus jamais, se jura-t-elle en s'asseyant sur un banc près du parc de son enfance. Elle ne voulait même pas retourner là où on l'avait tuée, cela ne lui apporterait rien. Si sa mémoire devait rester infaillible à propos de cette nuit terrible, il était temps de se créer de nouveaux souvenirs.

Elle décida de rentrer chez elle auprès d'Emmett sur le champ. Certes il ne correspondait pas à l'image qu'elle s'était faite de son mari alors qu'elle était adolescente, mais il était celui qui l'aimait véritablement. Comme il l'avait si bien dit, il l'aimait malgré tous ses défauts et ses erreurs. Et elle l'aimait plus que tout. Elle réalisa avec tristesse qu'elle ne savait pas ce que lui avait voulu quand il était humain. Avait-il voulu se marier et avoir des enfants ou bien partir de longues années sur les routes de l'aventure ? Avait-il déjà aimé avant elle ?

Tandis qu'elle roulait, elle eut une pensée pour son frère Edward. Avait-il pu retrouver Bella ?


Voilà donc l'histoire qui avance et ça craint avec les Volturis... Rosalie n'a pas joué les chieuses trop longtemps, hein? C'était nécessaire selon moi car c'est celle qui a le plus regretté d'être vampire. Elle a fait le deuil de sa vie d'humaine d'avant et de sa vie de vampire aussi. J'espère que vous avez aimé ce chapitre. A bientôt!