Guérison – Chapitre 12


A Forks

Charlie continuait à se poser une question : qui était cette jeune fille ? Il ne croyait pas à l'histoire d'Edward, aussi séduisant qu'il fut, il était rare qu'une adolescente en vienne à tenter de tirer sur un garçon.

Il avait eu le temps de souffler un mot à sa fille, sous aucun prétexte, ni elle ni Edward devaient dire aux policiers qu'ils connaissaient cette Victoria. Bella avait acquiescé avant qu'il ne soit emmené au poste et qu'elle ne parte dans un hôtel avec Edward.

Dans le Maine

Carlisle et Esmé furent soulagés quand Edward les prévint de la décision de Charlie mais par précaution et en tant que tuteurs légaux, ils partirent sur le champ pour Forks. Malgré les circonstances, les parents se réjouissaient de revoir Bella, Alice aussi ne tenait plus en place. Emmett avait perdu quant à lui sa joie de vivre, sa simple motivation à continuer depuis que Rosalie était partie. Cela ne remontait qu'à la veille pourtant elle lui manquait terriblement.

A regret, il laissa un mot à l'attention de Rosalie quand les membres de la famille quittèrent leur demeure du Maine. Il lui donnait rendez-vous à Forks et lui demandait de faire vite. Il savait bien pourtant que la décision du retour de sa femme ne dépendait pas de lui.

A seulement deux kilomètres, Emmett ne pouvait pas se douter que Rosalie venait de perdre soudainement le contrôle de sa voiture. S'il eut été encore vampire, il aurait entendu le bruit des pneus freinant difficilement sur l'asphalte. Une autre voiture percuta par deux fois le coupé BMW de Rosalie.

La jeune femme ne put s'empêcher de paniquer, elle n'était humaine que depuis quelques jours, elle ne voulait pas mourir évidemment, mais surtout elle ne voulait pas mourir sans avoir revu Emmett. Elle se maudit de ne pas lui avoir téléphoné en quittant Rochester.

Quand finalement sa voiture lui obéit, une balle siffla et vint se ficher dans un des pneus. La route était étrangement déserte, elle n'avait pas fait attention jusqu'alors. Derrière la fumée de son moteur mort, elle distingua deux silhouettes. Elle ne les avait jamais rencontré mais Carlisle possédait un portrait d'eux, Aro et Caius marchaient à allure humaine. Ainsi donc ils avaient eux aussi subi ce miracle, se dit Rosalie, soulagée.

Le cliquetis d'une arme la fit de nouveau paniquer, Aro se pencha à sa portière et la visa de son pistolet. Elle sortit lentement de sa voiture et leva les mains en l'air. Elle qui avait prêté si peu d'attention aux films d'action que son mari adorait aurait bien voulu connaître la technique pour désarmer deux adversaires d'un seul coup de pied.

Caius lui attrapa un bras puis l'autre et la menotta. Ensuite il fit signe à un des gardes resté en voiture derrière celle de Rosalie. Il était temps de lever le barrage routier improvisé et d'aller chez les Cullen.

« Rosalie, tu es sublime, tes yeux surtout sont magnifiques. » la complimenta Aro tout en la guidant à l'arrière d'une confortable berline.

« Qu'est ce que vous me voulez ? » tenta-t-elle de demander sans paraître effrayée.

« Comprendre pourquoi personne ne nous a prévenu que nous allions tous redevenir humains. »

« Nous l'ignorions aussi ! »

« Et Alice ? »

« Elle l'a su une heure à peine avant que cela ne se produise. » mentit Rosalie.

Elle n'avait plus qu'à espérer qu'Aro ait perdu son don, comme Jasper et Alice avaient perdu le leur.

« C'était il y a deux semaines… »

« Tout s'est passé si vite et maintenant que nous devons dormir… »

« Suffit ! tonna Caius. Nous voulons savoir pourquoi est-ce arrivé et si cela est permanent. Qu'en penses Carlisle ? »

« Il est ravi, comme nous tous. » admit Rosalie, elle se doutait que ce n'était pas le cas des Volturis.

Caius grogna, ce qui était ridicule, Aro se concentra plus pour déstabiliser Rosalie que pour réfléchir.

« Il tenait à vivre comme un homme, évidemment qu'il est ravi. Mais qu'en pense-t-il ? » insista Caius.

« Nous ne savions rien, je le jure. »

« Pourquoi sont-ils partis à Forks ? » lança Aro.

Rosalie se tassa sur la banquette, elle était avant tout vexée que sa famille soit partie sans la prévenir. Emmett ne lui avait même pas téléphoné.

« Pourquoi Forks ! »

Caius dégaina son arme et la colla sur la tempe en sueur de Rosalie.

« Pour Edward, il y était, on devait tous se réunir. »

« Mon frère, je crois qu'elle ne sait vraiment rien. Elle n'avait pas de pouvoir, et donc pas de rôle d'importance dans ce clan. Allons à Forks. » décréta Aro et Caius acquiesça.

A Forks

Charlie répondit aux questions de son adjoint, l'un comme l'autre savaient que la procédure devait être respectée à la lettre. Dans une petite ville, le chaos était vite venu si les hommes de justice étaient soupçonnés de délit. Chacun voulait en finir au plus tôt. Charlie nomma Billy Black comme sa garantie et l'attendit de pied ferme au commissariat.

Quand son ami arriva enfin, flanqué de Sam Uley, Charlie les entraina dans son bureau, poussant le fauteuil de Billy avec autorité. Il savait qu'il y avait peu de chances pour que son plan aboutisse et il s'en voulait vraiment, mais il était à court d'idées et à court de temps.

« Que s'est-il passé shérif ? » s'enquit Sam.

« Une jeune fille a tenté de tuer Bella ainsi qu'Edward Cullen. »

Sam eut un hoquet de surprise puis il se tourna vers Billy. Ce dernier ne le regarda pas en face, exprimant ainsi sa connaissance de certains faits dans cette histoire. A la place, il s'adressa à Charlie.

« Tu seras sorti de cette histoire dans combien de temps ? »

« Deux mois minimum. Pendant l'instruction, je suis relevé de mes fonctions. Mark attend qu'un shérif de Tacoma arrive, en attendant je suis encore le chef ici. Il est grand temps que vous me disiez ce que vous savez sur les Cullen. »

« Pourquoi ? » se rembrunit Billy.

« J'ai de bonnes raisons de croire qu'ils ont un lien avec cette fille que j'ai tuée hier soir. L'enquête va conclure à un cambriolage raté, je ne peux pas impliquer Bella après ce qu'elle a vécu. Mais je ne vais pas en rester là. Je te le redemande Billy, quelle est l'histoire avec les Cullen ? »

L'indien gigota dans son fauteuil roulant, mal à l'aise. Sam finalement posa une main rassurante sur le bras de Billy.

« Vous savez sans doute que cela est lié à l'une de nos légendes. » dit Sam à Charlie.

« Oui, je n'en sais pas plus. »

« C'est idiot, nos légendes ont la peau dure. Il n'y a rien qui cloche avec les Cullen, enfin je crois. Dès qu'ils sont arrivés il y a trois ans, les anciens se sont méfiés d'eux sans savoir. Pour moi, ils ne sont qu'une famille comme les autres. »

Charlie eut de nouveau la désagréable sensation qu'on le menait en bateau. Le commissariat n'était peut-être pas le meilleur cadre pour avoir cette conversation. Il se dit qu'il n'obtiendrait rien de plus pour le moment.

« Je dois venir vivre chez toi Billy, ma maison est une scène de crime. Tu veux bien ? » le força Charlie.

« Bien sûr. »

« Merci, j'arriverai vers dix-neuf heures. J'ai pas mal de choses à régler. A ce soir. »

Sam se leva, comprenant qu'il était temps pour lui et Billy de partir. Quand les deux hommes atteignirent la camionnette de Billy, Charlie sortit de son tiroir un boitier noir et l'actionna. Les voix de Sam et Billy crépitèrent dans l'appareil et le shérif n'en perdit pas une miette.

« Il faut revoir le traité. » dit Billy, la voix tendue.

« Ils ne sont plus une menace, ils sont sous notre protection, lui répliqua Sam très solennellement. Désormais, il n'y a plus aucun danger. »

« Et la rousse ? »

« Tu as entendu, la police va conclure à un cambriolage, la seule chose importante est qu'elle soit morte. »

Leurs voix se turent, Charlie en conclut que le fauteuil roulant sur lequel il avait placé un mouchard avait été rangé à l'arrière de la camionnette.