Désolée pour la confusion. Pour te répondre Solène, tu confonds deux choses : les hunger games qu'a remportés Peeta quatre années de suite, et où il y a donc eu 25 concurrents (12 districts + lui), et l'épreuve de qualification où il a dû faire face à 13 autres concurrents pour devenir le représentant (unique) du capitol. Pour te faciliter la tâche, j'écrirai les nombres de des districts en chiffres. J'espère avoir clarifié les choses :)

Sm33, merci pour ta review. Trop court? Mais c'est la longueur moyenne de mes chapitres xD Non non, t'inquiètes je compte faire un effort pour Hunger Games. Voilà un bon chapitre de 5000 et quelques, j'espère que ça te suffira.

Ps :j'ai un rythme de publication lent par rapport à d'autres écrivains de ce site, par conséquent j'ai choisi de ne publier que le dimanche, afin de vous éviter d'attendre en semaine, en vous demandant si oui ou non je posterai. Surveillez les dimanches donc(j'ai pas dit tous les dimanches ^^), tout en sachant que mon rythme dépend aussi en partie des reviews, qui, il est vrai, me boostent pas mal.

Chapitre 2 : Levée de rideau.

Peeta est assis dans un coin. La salle d'entraînement est en effervescence. Les vingt-quatre autres candidats sont là, à s'entraîner. Il ne leur jette pas un coup d'œil, trop concentré sur la série de nœuds qui servira à son nouveau piège. Personne d'autre ne côtoie l'atelier des nœuds. Tant mieux, il n'a pas besoin de compagnie. Après une dizaine de minutes, la tentative s'avère fructueuse. Le nœud est si complexe, que le temps d'en comprendre le mécanisme, il sera trop tard pour le malheureux qui sera tombé dedans. Il sera réduit à se balancer au bout de la corde. Peeta aime se concentrer sur les pièges. C'est facile à poser, et ça élimine sans trop d'effort la plupart de ses adversaires. Il s'essuie le front, et ne peut pas s'empêcher de jeter un coup d'œil furtif aux tributs du district 12. La fille tente quelques lancers de marteau, mais c'est assez navrant au vu des résultats. Les armes lourdes ne lui réussissent pas. Par contre, le garçon est doué. Un peu trop à son goût. Il la voit se pencher vers elle pour lui administrer des conseils. Il lui montre que le bras doit être plus souple, et que tout se fait dans le poignet. Elle hoche pensivement de la tête. Il détourne ses yeux et tombe sur les deux jumeaux. Il a décidé de les surnommer ainsi car quiconque d'assez clairvoyant aurait relevé la ressemblance entre les tributs du 4 et 5. Ils doivent d'ailleurs avoir le même âge.

-T'as compris Alec ? Tu sais que je compte sur toi.

Le tribut du 5 fait oui de la tête, mais ne dit rien. Ils se séparent rapidement, craignant d'être vus. Du côté des stands de tir, le tribut du district 6, Tiago s'il s'en rappelle bien, âgé de quatorze ans, aborde sans gêne la fille du 10. Il lui décoche un sourire avec des dents bien blanches, et s'accoude à une étagère, faisant tomber quelques flèches au passage. Il ne semble pas le remarquer, mais cela fait rire la fille.

-Je suis trop vielle pour toi, laisse tomber.

Tiago ne se laisse pas démonter pour autant.

-Tu n'as qu'un an de plus Meryl. Nous sommes peut-être éloignés par le temps mais…l'espace nous réunit.

Il se rapproche maladroitement comme pour appuyer ce qu'il dit, le visage malicieux, mais elle passe sa main dans les mèches bouclées du garçon, et se dégage.

-Désolée, peut-être dans d'autres circonstances que celles-ci, mais je te tuerai dans l'arène. Si quelqu'un d'autre ne s'en charge avant.

Et elle détale. Le brun rit. Il ne va pas en démordre pour si peu.

Drôle de cru cette année. Et ce n'est pas fini. Gale et Katniss s'approchent sans bruit, et s'assoient au même atelier que lui. D'abord un peu énervé de les voir s'approprier SON lieu, il finit par faire mine de les ignorer, mais son corps est tendu. Pourquoi viennent-ils ? Les deux n'ont pas l'air de faire attention lui. Il s'autorise alors à glisser un regard de leur côté. C'est un piège pour attraper les petites proies qu'ils confectionnent. Ils savent bien s'y prendre et le finissent en quelques minutes. Le blond est assez surpris, mais ne le laisse pas transparaître. Il sent un mouvement. Ils se sont levés. Peeta lève discrètement les yeux et croise le regard de la fille. Celle-ci se détourne immédiatement. Il la regardait ! Elle qui ne lui avait même pas accordé la moindre attention depuis le début de l'entraînement. Il passe la main dans ses cheveux, comme il le fait toujours lorsqu'il est gêné. Gêné ? Qu'est-ce qui lui prend ? C'est cette fille. Son regard. Il ne sait pas pourquoi, et ça le met encore plus en rogne. Il se lève, et remarque la petite fille du 7. Elle est assise et le fixe de ses grands yeux gris clairs. Il passe devant elle. Elle le suit du regard. De loin, il entend le garçon du 2 qui se plaint auprès de sa partenaire :

-Ce n'est qu'un gâté du capitol, il a toute la salle d'entraînement à lui les autres jours de l'année pour s'entraîner, c'est déloyal !

Peeta préfère les ignorer, à quoi bon leur dire la vérité ? Ils ne le croiraient pas s'il lui disait qu'il détestait sa place, qu'il se détestait pour tout ce qu'il avait fait, et ce qu'il fera encore.

Cette première arène, Peeta s'en souvient comme si c'était hier. Il a les mains moites, les membres tremblants. Il n'a que douze ans, et ne soufflerait jamais ses treize bougies s'il ne se qualifiait pas face aux treize autres concurrents. Tous postulent pour être le pantin du capitol. Seulement treize, s'était étonné Peeta. Puis il comprit. Personne n'aimait le capitol dans les districts, même ceux réputés pour être bien traités, comme le district 1 ou 2. Ils préféreraient garder leurs meilleurs atouts pour représenter leur district, et non le président Snow. Mais surtout, gagner signifiait servir le capitol pour une durée indéterminée. Même les jeux étaient moins cruels. Le gagnant était renvoyé dans son district, et lui, au moins on lui foutait la paix.
Il a devant lui quelques affamés de différents districts, venus pour donner une meilleure vie à leur famille. Ceux-là étaient les plus dangereux. Ils étaient prêts à tout, n'ayant plus rien à perdre. Le reste du groupe se constituait d'âmes en mal de vivre, et autres fous. Un ou deux se retrouvent ici par égoïsme, afin d'élever leur famille et de la rendre prospère comme jamais. L'entraînement dura un jour seulement. Un jour durant lequel il courut plus vite qu'il ne l'avait jamais fait, il rampa sur une centaine de mètres dans la boue, il fut malmené comme jamais.
Des courbatures partout à la fin de l'horrible journée, lorsqu'il arriva avec son plateau à la main au réfectoire, il n'y avait plus de places. Il en trouva une, mais le garçon lui jeta un regard mauvais qui le poussa à s'éloigner. Finalement, quelqu'un le héla. Un adolescent à la tignasse noire lui indiqua une place à ses côtés. Il se présenta sous le nom de Dandelion.

-Comme la plante ? demanda Peeta.

-Ouais, celle où on souffle dessus pour faire un vœu. Et toi c'est quoi ton nom ?

-Peeta.

Il y eut un silence pendant lequel on n'entendait que les couverts racler le fond des assiettes.

-Pourquoi t'es là toi ? Se risqua le blond.

-Pour elle.

Il sortit un pendentif accroché à son cou, et lui montra une photographie. On pouvait y voir deux adolescents squelettiques qui souriaient. Il présuma que la fille était sa copine.

-Mais tu es conscient que …même si tu gagnes, tu ne la reverras pas ?

-Huum, je sais. Tu n'as personne à qui tu tiens comme à la prunelle de tes yeux ?

-Non, personne, dit le petit blond en songeant à sa mère.

-Eh bien, quand toi aussi ça t'arrivera, tu comprendras qu'il vaut mieux se sacrifier si l'on peut sauver sa moitié, que de risquer une mort assurée à deux, si tu vois ce que je veux dire.

Il dit cela en pointant ses côtes qui saillent. Mais Peeta n'a jamais connu la faim. Ça risquait de changer maintenant.


L'altercation a lieu le dernier jour. Les tributs du district 3, Wolfram et Hayden, s'entraînent au lancer de couteau. Pas loin, Phantom, le tribut du 2 se bat à l'épée avec Eero, le carrière du 1. Il réussit à désarmer ce dernier, et lui passe la lame sous la gorge. Eero ricane, et annonce froidement, tel un prophète :

-De toute manière, vous allez tous mourir. Personne ne sera épargné, car vous avec tous commis des péchés. L'arène, c'est le jugement dernier. Je me chargerai personnellement de tous vous punir.

Ça n'a pas plu à Phantom. Le garçon se dresse de toute sa hauteur, et empoigne l'autre au col. Subitement, il a perdu son air d'enfant, et l'adolescent de dix-sept ans rejaillit :

-Dis donc, tu te prends pour qui ? T'es pas un envoyé du ciel à ce que je sache. On est tous dans la même merde, alors montre un peu de respect pour les autres.

Eero rit doucement. Ses yeux vairons, l'un bleu et l'autre vert, ajoute un aspect glauque au sombre tableau. Phantom ne sait pas lequel des deux yeux fixer, et ce regard lui fiche la frousse. Il a vraiment l'air dérangé ce type. Le carrière du district 2 préfère le relâcher. Peeta se rend compte que tout le monde s'est figé durant la rencontre. Et c'est sur cette note amère que s'achève l'entraînement.


Avant même d'entendre le verrou se tourner, Peeta ouvre les yeux. Aucun indice dans la cellule capitonnée ne présage de l'aube, et pourtant il le sait. Il le sent, comme un animal doté d'un instinct. On est venu le chercher car c'est aujourd'hui que ça commence. Il se fait conduire à une salle où on l'équipe d'un drôle de vêtement qui serre sa taille et qui assure une bonne isolation thermique, empêchant le corps de refroidir. Un simple pantalon en treillis gris qui se fond avec le décor complète l'ensemble. Puis il est emmené dans la salle de lancement. Le major est là. Il se lève à l'arrivée du carrière.

-Interdiction de tuer plus de trois personnes de toute la première journée, compris ? déclare-t-il avec son habituelle voix qui n'admet aucune contestation.

Le regard incrédule de Peeta laissant entrevoir l'incompréhension totale, agace le major.

-Un ordre est un ordre, on discute pas, c'est clair ? il gueule.

Peeta se souvient de ce que lui a dit le garde. Les organisateurs voulaient ces jeux mémorables. Les districts devaient souffrir de la lente mort de leurs enfants. Un signal d'alarme retentit à ce moment. L'heure est venue. Il se place sur la plateforme de métal et campe fermement sur ses deux pieds. Le tube se referme sur lui. Un mécanisme se déclenche et il se sent hisser lentement vers la lumière. Il va enfin savoir dans quel milieu il évoluera pour cette année.

L'air lui fouette le visage. Il cligne plusieurs fois des yeux, aveuglé par le froid mordant. Il regade autour de lui. Un néant blanc. Les autres sont aussi déconcertés que lui. Il n'y a rien à perte de vue. Puis il remarque la forme circulaire de l'espère de banquise sur laquelle ils sont, et une vague forêt de pins qui s'étend en contrebas. Ils seraient donc plutôt sur un glacier qui surplombe une petite montagne, dont la végétation offre un abri non négligeable. On se sent si vulnérable, seul sur cette glace. Malgré la température qui doit frôler le zéro, il n'a pas froid. Les organisateurs ont prévu le coup avec ces vêtements qui ne laissent pas filtrer le froid. En revanche, ses mains sont glacées, sans protection, et son visage s'est durci. La cornutopia se dresse devant lui, comme pour narguer les adolescents. Autour, les armes et provisions sont disséminées par-ci par-là. Il ne neige pas, la vue est bien dégagée. Il voit à sa gauche Wolfram, le gars du district 3. Il garde étonnamment son sang-froid dans cette situation.

Le compte à rebours commence. Il inspire l'air frais. Les autres concurrents se tendent, prêt au départ. Peeta s'était toujours demandé pourquoi ils ne leur étaient jamais venus à l'idée que s'ils se mettaient à vingt-quatre, ils n'auraient aucun mal à l'achever. Mais la réalité est bien différente. Ils sont des adversaires, et l'alliance finit toujours par voler en éclat. Une fois, ils s'y étaient mis à dix dès le coup d'envoi. Dix à se ruer sur lui. Mais tout de suite après, la tentation était devenue trop forte, ils avaient fini par s'entretuer, se plantant chacun le couteau dans le dos, comme des traîtres, en profitant de l'effet de surprise. Un vrai carnage. Sur les dix morts, il n'en avait tué finalement que trois. Plus que cinq secondes. Peeta se concentre. Le début est toujours le plus dangereux. Il faut qu'il fasse son boulot vite fait. A sa droite, le carrière du district 1. Il n'a pas l'air de se soucier de lui.

Ça y est, la stridente alarme retentit. La même que lors de tous ses entraînements. L'adolescent bondit en un éclair du socle métallique et s'empare de la première arme qui lui passe par la main. Une batte. Quelle horreur, il va se tâcher. Il court vers la plus proche, c'est la fille du district 8. Elle s'en aperçoit, et tend le bras vers une dague. L'arme s'abat sur elle avant qu'elle n'ait même effleuré le couteau. Le sang gicle. Peeta sait que c'est fini. Elle n'a pas souffert. Il essuie sa main poisseuse négligemment sur son haut pour éviter à la dague de glisser lors de la prise en main. Tous ses sens sont à l'affut. Le tribut du district 11 lui fonce dessus avec un javelot, s'imaginant pouvoir le tuer seul. Peeta pare la première attaque, et tente une botte, qui échoue. Sa partenaire de district a dérobé quelque chose dans un sac, et se dirige vers eux. Sans plus réfléchir, Peeta tend son bras pour lancer un nouveau coup. L'ouverture est trop tentante, et le tribut en profite pour saisir l'occasion de lui planter son épée. Peeta sourit. Il est tombé droit dans le piège. Aussitôt il se replie sur lui, pivote sur son buste, et plante sa dague à l'estomac. Un glapissement retentit. Le blond fait la grimace. Il aurait préféré le tuer du premier coup. Il retire la dague qui fait un horrible bruit de succion. Entretemps, la fille les a rejoints. Il la voit sortir quelque chose de ses manches. Des aiguilles empoisonnées !

Il attrape le blessé et le place entre lui et le danger, de manière à s'en servir comme bouclier. Dans la seconde qui vient, la rafale d'aiguilles vient se planter dans la poitrine du blessé. Le visage du garçon se tord en une affreuse grimace. Il hoquète un temps, et s'écroule à terre. Un dernier soubresaut, et le tribut retrouve une sérénité impeccable de mort. La fille se met à crier, voyant qu'elle a tué son binôme, mais elle n'a pas le temps de se lamenter que le javelot fend l'air, et se fiche dans sa poitrine. Une expression d'incompréhension reste figée dans ses yeux, alors que la vie quitte son corps. Le sang coule à flots sur la surface blanche et froide.

-Attention glissant ! hurle Phantom en lui sautant dessus avec une lance, tandis qu'il enjambe la flaque de sang. Bien que la sonnerie soit passée, Peeta en ressent encore les effets provisoires, et un rictus se forme sur ses lèvres. L'excitation est à son comble.

Cette année-là, comme toutes les autres, les carrières tentent leur chance contre lui. Les deux binômes du district deux et quatre, et la fille du district un. Peeta pare le premier coup et attrape la long manche en bois. Il tire un coup sec vers lui. L'adversaire bascule en avant, n'ayant pas lâché l'arme. Peeta balance sa dague vers lui, mais Phantom réussit en se contorsionnant à l'éviter de peu. Il hurle pour se donner du courage, et repart à l'attaque. Peeta fronce les sourcils. Il comprend un peu tard que c'est une feinte. Sa coéquipière s'est approchée en douce, et lance vers le blond des couteaux affûtés comme des lames de rasoir. Edwidge pousse un petit soupir de déception en voyant Peeta lui échapper. Il les pare avec son arme, et voit du coin de l'œil Eero, le carrière du district 1 s'emparer d'une faux avec envie, puis s'éloigner à toute vitesse. Trop tard pour le rattraper celui-là.

Le jumeau lui fond dessus et frappe un coup puissant avec son pied, réussissant à désarmer Peeta. Les deux blonds se font face et commencent une lutte à mains nues. Il essaie de se rappeler de ce qu'il sait sur son adversaire grâce à l'entraînement. Il a eu la note de 10. Pas mal. Maintenant qu'il y pense, il a souvent vu le garçon de quinze ans traîner du côté des salles de gymnastiques. Doucement mais inévitablement, le blond cendré prend l'avantage sur le combat rapproché. Un coup de pied le heurte à l'estomac, lui coupant la respiration. Peeta fait un bond en arrière, et se saisit d'une barre de fer. Il n'a pas le temps de réfléchir qu'Azura reprend le relais, avec un sabre particulièrement tranchant.

-Je le prends Alois, dit-elle en s'adressant au jumeau.

Ils sont bien organisés cette année-là, ne lui laissant aucun répit. Elle frappe à plusieurs reprises, et c'est un miracle si la barre de fer accuse les coups. Cette fille a eu un 11 pense Peeta. Mais il n'a pas le loisir de prolonger sa réflexion, car il se retrouve projeté en arrière sous la force de la jeune fille de dix-sept ans. Il heurte brutalement la glace, et roule sur lui pour se relever plus loin. Une lame vient se planter là où il se tenait un instant plus tôt. Azura tente de retirer son sabre du glacier, mais il semble planté dans la glace.

-Attention, crie Phantom.

Elle n'a que le temps de se reculer pour éviter le pied de Peeta. Celui-ci avait profité qu'elle était occupée à vouloir retirer l'arme pour prendre appui sur sa barre de fer et se propulser vers elle. Un long hurlement grave s'élève dans l'air. Des loups ?

-Laisse tomber l'arme Azura. Venez, c'est l'appel de Wolfram, il a dû terminer de son côté, indique Alois.

Sans crier gare, ils font volte-face et se dirigent vers le bord du glacier, où les attendent les deux tributs du district 3. Un peu déconcerté par cette rapide fuite, Peeta se rend compte qu'il ne reste que lui et les cadavres sur la glacier.

Les autres se sont enfuis. Il lâche la barre et jette un coup d'œil autour de lui. A part les trois morts dont il est responsable, trois autres corps sont étendus sans vie. Il s'approche lentement et reconnaît la fille du 6, la partenaire de Tiago. Plus loin, c'est le garçon du 10 qui a succombé à un fouet. On voit encore les multiples éraflures qui lacèrent son dos. Il n'a rien vu venir, se dit-il. Le dernier corps, ou du moins ce qu'il en reste, semble avoir appartenu à la fille du 9 a un trou béant à la place du cœur, et d'innombrables entailles sur tout le corps. On s'est acharné sur elle. Peeta repense à la faux que s'est procuré Eero. Ce doit être lui le meurtrier. Devant la dépouille, il retient un haut-le-cœur, à deux doigts de recracher son petit-déjeuner. Il a rarement vu une mort aussi atroce. Il se détourne. Ne pas montrer qu'on est faible. De toute façon, s'il l'avait fait, le capitol aurait coupé la scène. Son image de tribut froid et calculateur, sans aucune once de compassion est la carte jouée par le président Snow.

La tension retombée, il balaye les alentours en quête de quelque chose qui peut encore être sauvé. Plusieurs sacs ont disparu. Il s'aperçoit qu'il manque aussi un arc, une belle arbalète dont il aurait bien aimé en être le propriétaire, ainsi qu'une hallebarde et pas mal de haches à courte portée. Pour le reste, i n'a pas eu le temps de les mémoriser. Peeta repère un sac, et l'ouvre, en retire une paire de chaussures de montagne qu'il s'empresse de troquer contre ses chaussures à la semelle décollée. Il fourre dans l'espace ainsi libéré une nourriture non périssable, une boîte d'allumettes qui devrait bien servir dans cet univers hostile, une lampe torche, quelques bandages, et un petit couteau pratique, seule arme qu'il décide d'emporter pour ne pas s'encombrer, et ne s'attarde pas plus. Il repère une traînée rouge et décide de la suivre. Arrivé au rebord, il tombe sur une paroi escarpée, mais en suivant les traces de sang, il remarque un chemin sinueux qui permet de descendre plus aisément. La pente est raide, mais pas impossible. Il arrive au bas du glacier en quelques longues minutes. Finalement, le bloc de glace ne s'élevait pas si haut.

Et maintenant ? Regagner la forêt de pins et de bouleaux. Mais une rivière se dresse entre eux. Une rivière dont le courant est figé par la glace. Il constate que la couche est fine, et que le cours d'eau débite des eaux rapides en-dessous. Si la glace ne tient pas son poids, ce sera un plongeon dans l'eau froide. Avec une infinie précaution, il se déplace dessus en répartissant son poids du mieux possible, afin d'optimiser la surface de contact. Un effrayant craquement, et quelques mètres plus loin, Peeta rejoint la terre ferme avec soulagement. Il déteste l'eau. Et cette aversion semble réciproque. Les traces de sang continuent vers les fourrés, mais se font plus rares. Le jeune blond se saisit de son couteau et plonge dans la forêt à son tour. Six coups de canons, tirés successivement, viennent interrompre le silence. Le bain de sang est terminé. Il s'agit plutôt d'une douche, se renfrogne Peeta. Ils sont encore dix-neuf. Il est tiré de ses pensées par un léger bruissement à sa gauche. Il se dirige silencieusement, étouffant ses pas dans les feuilles humides des ifs. Ce qu'il y découvre le déconcerte. La petite fille de douze ans aux yeux gris le fixe avec un sourire timide, assise à l'abri d'un saule.

-Peeta ? demande-t-elle d'une voix à la fois hésitante et fébrile.

Inutile de se cacher, elle l'a repéré. Peeta s'avance à découvert, le couteau à la main. Elle continue de lui sourire simplement tandis qu'il s'avance. Finalement il s'arrête à quelques mètres d'elle, incapable de retenir son étonnement :

-Pourquoi tu souris ? Tu saignes à l'épaule, et tu as en face de toi quelqu'un qui n'hésitera pas à t'achever.

C'était de l'épaule que venaient les traces de sang qu'il avait repérés du haut du glacier, et qui l'avaient conduit jusqu'ici. Elle presse un peu plus fort sa main sur l'épaule, pour empêcher le sang de s'écouler trop abondamment.

-C'est la première fois que je t'entends parler depuis l'entraînement, dit-elle en guise de réponse.

C'était vrai. Il n'avait pas pipé mot depuis. D'ailleurs les seuls sons émis lors de ses derniers hunger games n'étaient autres que des grognements ou des cris de fureur. Il était incapable de créer des alliances. Peeta s'avance encore de quelques pas. La blessure a l'air vilaine, si elle ne la soigne pas aujourd'hui, elle ne sera plus là demain. Peut-être vaut-il mieux la laisser à son propre sort. Surtout que le major lui a interdit plus de trois morts pour aujourd'hui. Soudain, il se voit sur le petit terrain, projeté en arrière, comme dans un rêve éveillé. Le terrain de sable de ses entraînements.

Encore cet horrible terrain de sable. Il attend le coup strident. Il se prépare mentalement à affronter un costaud trois fois plus grand que lui. Le coup siffle, et à sa grande surprise, c'est une petite fille qui rentre. Il ne sait pas comment réagir. Elle le regarde, terrifiée. On entend un second sifflement, mais Peeta ne bouge pas. Il a peur de la punition qui l'attend s'il ne la tue pas, mais c'est l'incompréhension chez lui : il ne peut juste pas se résoudre à lui ôter la vie. Un haut-parleur grésille, et une menace est hurlée à travers toute l'arène, amplifiée. La petite fille ne devait pas dépasser les sept ans. Elle pleure et balbutie :

- Je veux juste retrouver ma maman.

Cinq longues minutes s'écoulent sans que l'un des deux n'esquisse le moindre geste. Un garde entre finalement et attrape Peeta par le bras. Il est reconduit en cellule. Personne ne vient lui donner à manger pendant trois jours. Il a soif. Très soif. La tête lui tourne. Finalement, le troisième jour, le major, entre en coup de vent avec un verre d'eau. Peeta se lève en chancelant, et saisit le verre que daigne lui accorder son salvateur. Il le vide d'un trait. Le major est rouge de colère :

-Si tu la tues pas, tu crèves. Et si tu crèves, j'ai échoué à ma mission, et je donne pas cher de ma peau à moi non plus, alors tu vas te bouger et me la tuer sur le champ !

Il le pousse dans le couloir en lui assénant une raclée au passage, et l'oblige à entrer sur le terrain. La même fille est là, mais elle ne tremble plus. Peeta la regarde se diriger lentement vers lui. S'il croit vraiment qu'il va changer d'avis, il se trompe fortement. Elle n'est plus qu'à quelques mètres. Il se sent faible à cause du manque de nourriture. Il s'apprête à ouvrir la bouche pour la rassurer quand un objet étincelant attire son regard. Trop tard, il n'a que le temps d'esquisser un mouvement de recul que la lame vient se planter dans sa cuisse. Le garçon hurle de douleur. Il saisit la main qui empoigne le couteau et la tord. La fillette gémit et retire sa main. Peeta tombe à genoux en grimaçant, et retire lentement le couteau fiché dans ses muscles. Elle repart à l'attaque :

- Rends-moi ma maman !

Il sursaute et évite ses griffes. Il arrête ses coups comme il peut, mais elle s'acharne comme une tigresse. Il ne peut pas tenir le rythme dans sa situation actuelle. Avec un geste maladroit, il l'envoie valser avec un coup habilement dosé. On entend les craquements des fragiles os de la nuque, et elle s'étale de son long, gisant inerte. La mort avait frappé la petite enfant. A partir de ce moment, il s'exécutait lorsqu'il voyait un enfant plus faible, sans se demander si celui-là aussi se révéler être ou non un kamikaze envoyé par le capitol. La sonnerie, un mort. La sonnerie, un mort. Parfois, le visage des enfants trépassés venait le hanter. Mais ça aussi, il s'y était fait.


Peeta revient brutalement à la réalité. Là aussi il a une enfant devant lui. Et pourtant il ne doit pas hésiter. Il a été bien entraîné, n'est-ce pas ? il s'oblige à se remettre en mouvement et marche en diagonale en décrivant un demi-cercle autour d'elle. Mais il s'arrête aussitôt. La fille. Elle ne l'a pas suivi du regard, et pourtant sa tête a tourné pendant qu'il se déplaçait. Il retente l'expérience. Elle lève la tête et la tourne avec une fraction de secondes de retard. Ses yeux gris clairs semblent vides. Il hasarde, à moitié surpris :

-Tu…tu es aveugle ?

-Et toi, tu es un adolescent renfermé, solitaire, et effrayé par la compagnie, dit-elle en affichant un grand sourire.

Le blond ne comprend pas comment elle peut le défier aussi ouvertement alors qu'elle est mal en point, mais il se rend compte que ce n'est qu'une blague lorsqu'elle se met à rire doucement.

-En plein dans le mille, monsieur le tueur.

-Alors comment tu as su que j'étais là ?

-Tu te déplaces avec autant de discrétion qu'un éléphant boiteux, annonce la fille en tentant de se relever.

-Eh ! C'est faux ! dit-il un peu vexé.

C'est fou, il n'avait jamais aligné plus de trois phrases depuis ses douze ans, et voilà qu'il était un vrai jacasseur, se prenant dans les plaisanteries d'une gamine.

-Oh, sois pas si susceptible. En réalité, je compense la vue avec les autres sens, mais surtout avec l'ouïe.

-Tu veux dire que tu m'as entendu venir ? Et comment savais-tu que c'était moi ?

-J'ai eu l'occasion d'apprendre à reconnaître les pas de tous les tributs pendant l'entraînement. D'ailleurs, je ne faisais que ça, car je suis incapable de tuer quelqu'un je pense.

-L'arène change les gens, dit Peeta pensif.

Il l'observe à la dérobée. Elle est de petite taille, sa tête doit lui arriver à l'épaule. Son visage est maigre et blafard, ses cheveux auburn sont emmêlés. Les épaules étroites, elle ressemble presque à une petite souris. combien avait-elle eu à l'entraînement? un malheureux 6, à peine la moyenne. méritait-elle cette note?

-Et tes chaussures ? dit-il en pointant ses pieds nus, bien qu'elle ne puisse le voir.

-Je ressens beaucoup mieux les vibrations sans ces fichus machins encombrants, dit-elle d'un ton neutre, en haussant les épaules. Ce qui lui vaut immédiatement une grimace en sentant la douleur poindre de nouveau. Elle se pétrifie d'un coup.

-Ils arrivent.

-Qui ? demande le blond, n'ayant rien entendu.

-Même démarche, ce sont les jumeaux, chuchote-t-elle.

-Comment tu sais qu'ils sont jumeaux ? tu ne les as pas vus…

Mais il se tait en pensant à la gaffe qu'il vient de faire. Il se contente de dégainer le couteau et de se diriger dans la direction indiquée par la fille.

-A ta place je ferai pas ça, le groupe des carrières est un peu plus loin. On devrait partir dans l'autre direction, ils se rapprochent, dit-elle d'un ton pressant.

A contrecœur, il acquiesce, et ils s'enfuient dans l'autre sens. Il sème sans faire attention la fillette, et fait demi-tour. N'entendant plus Peeta, elle panique un peu et accélère le pas en tendant devant elle sa main libre pour la guider. Ça n'a pas suffi. Elle se prend un tronc en pleine figure et tombe en arrière. Une main puissante la saisit et la relève. Entraînée par la prise qui enserre sa main, elle se laisse guider.

-Ah, je dois avoir le nez cassé, renifle-t-elle bruyamment pour stopper l'hémorragie.

Le garçon jette un coup d'œil et voit le petit nez tout sanguinolent.

-Non non, il est juste un peu de travers, lui assure-t-il.

Le visage de la petite fille s'illumine.

-C'est sympa d'être revenu me chercher. Est-ce que ça veut dire…qu'on forme une équipe ?

-Ouais, ça se pourrait, grogne Peeta, mal à l'aise. Tu pourrais m'être utile.

-Au fait, moi c'est Jill.

Mais Peeta entend à peine son nom. À cet instant, il n'a qu'une pensée en tête.

Que va penser le capitol de son alliance ?