Chapitre 3: Le sort est jeté

-Sale gamin !

Pour la énième fois, le major tourne dans la cabine comme un fauve en cage.

-Calme-toi un peu Wyrd.

C'était Claudius Templesmith qui venait de parler. En tant qu'organisateur, il n'était pas mécontent de cette inattendue alliance.

-Mon taux d'audience a grimpé en flèche, reprend-t-il. Et puis ça permet de calmer les districts. Je pense que la mort de la fille du district 9 a refroidi les ardeurs de la révolte.

-Mouais. On aurait mieux fait d'engager le garçon du district 1. Tu as vu la lueur dans ses yeux quand il a dépecé le corps ? On aurait dit un enragé. A marmonner entre ses dents qu'il est le purificateur. Lui est digne de représenter le capitol. Pas comme cette mauviette qui n'a même pas réussi à laisser cette fillette agonisant.

-Elle lui servira un temps puis il la tuera, dit Claudius en haussant les épaules tout en ajustant les différentes séquences pour la diffusion de la suite.

Wyrd fait la moue.

-J'espère que mon entraînement portera ses fruits. Surveille-les bien Claudius, si tu vois que ça dérape, n'hésite pas à intervenir.

-Arrête de te tracasser, et viens plutôt voir les manigances des deux jumeaux.

Le major s'approche de l'écran. Les deux garçons se tiennent là où Peeta a trouvé Jill.

-Tu as vu les traces de sang ? demande Alec.

-Ce doit être la petite qu'Hayden a chopée. Dommage que la fille du 12 s'est interposée. Elle n'aurait pas eu à souffrir. Mais tu détournes la conversation, s'impatiente Alois.

Il marque une courte pause, puis reprend :

- Ça fait huit longues années qu'on s'est pas vus. Maintenant on a tous les deux quinze ans. T'as changé vieux.

-Et toi donc, marmonne Alec. Mère t'a bien entraîné ? Je n'ai reçu aucune nouvelle de toi à l'orphelinat du district.

-Ouais, je suis désolé, je pouvais pas trop, tu sais comment elle est, soupire son sosie. On a plus trop le temps vieux. Faut que je rejoigne les autres carrières, ils doivent se demander où je suis passé. Tu te souviens du plan ?

-Quand il ne restera plus que les carrières, tu siffles et j'arrive. A deux on devrait en venir à bout. Après tout, mon entraînement à l'orphelinat m'a préparé dans ce but.

Alois dévisage son frère avec une certaine tristesse dans le regard.

-Désolé, il souffle. J'aurai aimé que ça se passe autrement. Qu'on continue à jouer innocemment comme on avait l'habitude de le faire avant nos sept ans.

-On a pas la même destinée, j'ai juste tiré le mauvais numéro.

Alec tente de sourire, mais il n'y arrive pas. Trop de mauvais souvenirs ont rendu amère son enfance.

-Commence par te lier d'amitié avec les tributs du district 12, puis amène-les sur notre route.

-Je croyais que vous leur aviez proposé une alliance à l'entraînement, dit sombrement Alec.

-Ouais. Le garçon nous intéressait, mais ils ont refusé. Je pense qu'il reviendra sur notre décision si la fille est amenée à disparaître…malencontreusement. Si tu vois ce que je veux dire.

Son frère passe un doigt sous sa gorge et fait mine de s'étrangler.

-Et comment je suis censé me faire accepter d'eux ?

-Tu te débrouilleras Alec. Je te fais confiance.

Il lui donne une tape affectueuse. Mais la lueur malsaine qui brille dans son regard hérisse Alec. Ils se quittent. L'esprit embrouillé, Alec n'a malheureusement retenu qu'une seule évidence après cette rencontre. Le temps passé auprès de sa mère avait fait perdre à Alois son humanité.


Peeta tourne sa broche improvisée au-dessus du petit feu. Il sait qu'ils ne craignent rien tant qu'il ne fait pas nuit. Le soleil brille haut dans le ciel. Il doit être aux alentours de 14 heures. A force d'avoir été nourri avec la ponctualité d'une horloge suisse, il n'a pas grand mal à se repérer dans le temps. Depuis sa rencontre avec Jill jusqu'à maintenant, il s'est écoulé quatre heures.

En ce court laps de temps,il était ressorti vivant du bain de sang, avait fait la connaissance de Jill, avait emmené son alliée à l'abri en la hissant sur un chêne massif et en l'attachant aussi confortablement qu'il le pu au tronc, bandé son épaule, l'avait laissé se reposer en descendant explorer les alentours, et en avait profité pour poser quelques pièges. Puis il avait fait demi-tour avec sa gourde vide à la rivière de glace, cassé la surface dans une zone de végétation afin de masquer autant que possible le trou.

En remplissant sa gourde, il avait entendu des bruits étouffés, des lames qui s'entrechoquaient, des échanges brefs. Cela provenait du nord, à l'amont de la rivière. Il s'était levé, le cou tendu vers l'appel du sang, mais avait su résister en repensant à sa protégée. Il ne s'était que trop absenté. Il avait rendu visite à ses pièges sur le chemin du retour, et relevé un lièvre sauvage pas bien gras. Tant pis, ça ferait l'affaire. Puis il était retourné retrouver Jill, qui n'avait pas bougé de son arbre, et qui somnolait, affaiblie par la blessure et le froid. Il avait démarré un feu après avoir rassemblé un tas de fagots, dépecé méthodiquement le lièvre à l'aide de son couteau et embroché les cuisses dans une branche de genévrier afin d'essayer de relever le goût. Puis il avait porté Jill près du feu afin de la réchauffer.

Il ne le savait pas, mais s'il était intervenu dans la querelle, deux alliances n'auraient jamais vues le jour.


Meryl respire d'un rythme saccadé. Un peu plus tôt, elle avait vu son partenaire du 10 s'effondrer devant ses yeux sous les coups sifflants du fouet. Le hasard avait voulu qu'il se retrouve à deux socles d'elle. Elle avait tout vu. La fille du district 4, Kaylin, une fille de seize ans qui avait un visage avenant lors de l'entraînement, avait saisi la lanière en cuir de bœuf et l'avait fait claquer sèchement dans le dos de tribut, alors que celui-ci s'enfuyait vers le bord. Puis elle s'était tournée vers elle. Et là, elle avait pensé sa dernière heure venue. Elle réussit tant bien que mal à esquiver la première attaque, mais le fouet avait mordu son cou. Une douleur subite lui avait irradié le corps. Et c'est à ce moment qu'il était apparu. Il avait tranché sec le fouet avec son épée. Surprise par le retournement de situation, elle avait dégainé la hache accrochée à sa ceinture.

-Pars devant Meryl. Et n'oublies pas les sacs, avait lancé Tiago, non sans oublier de lui décocher son sourire confiant.

Et maintenant, elle se bringuebalait ce type qui trottinait tranquillement derrière elle.

-Dommage qu'elle se soit enfuie. Mais elle a bien vu qu'elle n'avait aucune chance face à mes deux épées.

-C'est surtout parce qu'elle devait aider ses alliés à abattre Peeta. Elle n'avait pas de temps à t'accorder.

Mais au fond d'elle, elle reconnaît que s'il avait été son adversaire, elle aurait sûrement fui aussi. Il manie ses deux épées remarquablement. Ni trop longues pour alourdir les mouvements, ni trop courtes pour pouvoir infliger de lourds dommages. Il les porte placées en croix dans son dos, pour pouvoir les sortir à tout moment. Il tient à sa main un des deux sacs qu'elle a réussi à dérober pendant qu'il se battait. Sa blessure au cou l'oblige à respirer difficilement, mais elle n'est pas mortelle. A quinze ans, elle est l'aînée d'une famille nombreuse. Elle s'est toujours occupée seule d'elle, veillant au bien-être de ses frères et sœurs. Elle n'avait pas l'habitude qu'on prenne sa défense.

Tiago l'avait fait. Et cela l'énervait. Elle se sentait faible. Pourtant, elle n'est pas mécontente de se retrouver avec lui quand elle y pense. Cela lui offre une meilleure chance de survie. En plus, grâce à son divertissement, elle a pu se procurer cette précieuse arme. Meryl resserre sa prise dessus pour s'assurer qu'elle est bien là. C'est une espèce de nunchaku. Une chance qu'elle ait réussi à l'avoir, c'est son arme favorite. Son grand-père lui avait appris à le maîtriser.

-Imagine que c'est le prolongement de ton bras, avait-il dit. Laisse l'arme te guider. Le manche doit revenir dans ta main après avoir heurté l'adversaire.

La première fois qu'elle avait essayé, elle s'était prise dans les chaînes métalliques. Fort peu réjouissant comme souvenir. Surtout lorsqu'il est coupé par un cri. Et ça, ça ne faisait pas partie de son souvenir.

Les deux adolescents lèvent la tête en même temps, à l'affut. S'ils continuaient, ils tomberaient droit sur la personne qui venait d'émettre le cri. Au moment où Meryl propose de faire un détour en vue de contourner le danger, elle voit son partenaire foncer droit devant lui, et disparaître dans les fourrés.

-Faut l'aider, dit-il simplement.

-Qu'est-ce que tu fiches idiot ? S'exclame-t-elle, mais il n'y a déjà plus personne.

Devait-elle le suivre ?

Tiago court. Il a reconnu la voix. Le tribut du district 8. Le seul ami qu'il s'est fait dans cet univers pourri. Il attrape inconsciemment les deux épées et les sort de leur fourreau, et surgit dans une clairière au moment où une fille vise puis tire sur son ami. Tiago détourne la flèche du plat de sa lame. La fille se tourne immédiatement vers lui, et pointe son arbalète dans sa direction pour le tenir en respect.

-Tiago ?!

-Toujours là quand il faut, répond l'interpellé.

Il examine la situation. Cette fille qu'il ne reconnaît pas s'accroche fermement à son arme. Il la voit légèrement trembler. Elle est beaucoup plus grande, peut-être dix-huit ans, alors que son ami a le même âge que lui. De plus il n'est pas armé. Il se relève et se tient face à l'adversaire. Tiago lui tend une de ses deux épées qu'il s'empresse de prendre.

-Tu n'as rien ?

-Impec', tu es intervenu à temps.

-Bien. On va l'avoir, sourit Tiago.

Il se lance en premier. Il voit la peur dans les yeux de son adversaire. Celle-ci tremble de plus en plus, et a du mal à réajuster son arbalète. Elle tire, mais la flèche part à côté. Elle n'a pas le temps de recharger une autre flèche que son arme s'envole sous le coup violent de l'épée de Tiago. Son partenaire saute au-dessus de lui et s'apprête à lui donner le coup de grâce lorsqu'un adolescent surgit de nulle part et bloque son arme. Le tribut du district 8 bat précipitamment en retraite.

Le type a une longue hache à la main et les regarde avec calme. La fille ouvre de grands yeux. A priori, elle ne s'attendait pas à ce qu'on la défende. C'est à ce moment que Meryl les rejoints. Maintenant, ils sont cinq. Personne ne bouge. Personne n'ose plus respirer. Tiago regarde son ami, qui regarde la fille d'en face, qui regarde son arbalète à terre. Et d'un coup, c'est la confusion la plus totale.

La fille plonge pour saisir son arme. Le garçon a prévu le coup, et assène son épée. Trop tard, le type la défend avec sa hache, et lance une offensive, qui oblige Meryl et Tiago à venir à la rescousse. Très agile, Meryl arrive à passer sa défense tandis que les deux garçons bloquent sa hache. Elle brandit son nunchaku. Le manche heurte le type qui recule en titubant. Avec dextérité, elle fait revenir son arme dans sa main gauche.

-On les achève tous les deux, hurle Meryl.

Le tribut ennemi essuie le sang qui aveugle son œil droit, et jauge la situation. Elle ne peut rien faire pour l'aider. Trois ennemis lui foncent dessus, armés jusqu'aux dents. Certes, ils doivent avoir trois ou quatre ans de moins que lui, mais ils sont solidaires. Ne voyant qu'une seule chose à faire, il prend sa hache et s'attaque un vieil arbre. En trois coups, le chêne cède, et descend à vitesse grand V entre eux et les opposants. Ces derniers reculent précipitamment pour éviter de se faire écraser. Parfait. Il en a choisi un assez costaud pour servir de barrage, mais pas trop pour ne pas réussir à l'abattre. On entend un petit hurlement rageur de l'autre côté. La fille à qui il est venu en aide place son épaule pour le soutenir, et ils décampent sans plus attendre. En se retournant, il voit un des garçons essayer de franchir les branches en pestant. Une petite voix suit :

-Laisse tomber, on les rattrapera pas. Le gars est juste sonné, ils courent plus vite que nous, on va s'épuiser.

Ils courent jusqu'à rejoindre des hautes herbes. Hors d'haleine, ils se regardent. Et dire qu'ils fuient devant des mômes qui font deux fois moins leur taille. C'est elle qui rompt le silence :

-Pourquoi ?

Il la regarde toujours sans rien dire, une main posée au niveau de l'arcade sourcilière, là où la blessure a été ouverte.

-Pourquoi tu m'as sauvé ? répète-t-elle. J'allais mourir !

-Parce que je t'ai vu à l'entraînement. Tu sais te débrouiller dans la nature. Moi pas.

-Tu es en train de dire que tu as besoin de moi ?

-Et toi aussi tu as besoin de moi.

-Comment ça ? dit-elle, les sourcils froncés.

-Tu tenais ton arbalète n'importe comment. Quand on prend une arme, on s'assure qu'on sait s'en servir avant. Sinon, elle s'avère inutile.

-C'est pas ma faute. J'ai pris la première qui me passait sous la main. Tu sais pas qui était la personne à ma gauche ! Eero ! le cinglé du district 1. Heureusement pour moi, il a préféré s'acharner sur celle qui était de l'autre côté.

Il la considère un instant.

-Tu sais pas te battre, c'est ça ?

-Co…comment tu peux dire ça ?

C'était plus de l'étonnement que de la colère qui perçait dans la voix.

-Tu n'adoptais même pas les positions de bases de défense.

Elle ne dit rien. Il a raison, elle ne sait pas se battre. Elle a essayé d'apprendre durant l'entraînement, mais n'en a tiré que des rudiments. On ne lui a jamais appris. Par contre, elle avait passé son enfance auprès de sa grand-mère, et avait appris auprès de la guérisseuse tout ce qu'il fallait savoir sur les plantes. Après tout, Grandma habitait en bordure de forêt. On la surnommait la vieille folle. Mais Avril n'en avait jamais cru un mot.

-C'est quoi ton nom ? demande-t-elle.

Elle avait dit cela d'un air détaché. Mais cela voulait tour dire. Le nom est la dernière chose qu'on veut savoir dans l'arène. Il faut connaître les aptitudes de l'adversaire, ses points forts, ses faiblesses. Mais le prénom ? Tout le monde s'en fichait. Alors qu'elle le lui demande, là maintenant, cela ne voulait dire qu'une chose : elle voudrait créer une alliance.

-Alastar, j'ai 17 ans.

Ils se serrent la main.

-Avril, 18.

Elle se lève.

-Attend moi ici, je vais chercher de quoi te soigner.


Alec est tapi derrière les fourrés. Ils sont là. En contrebas. Vu comment la fille a aidé la gamine à descendre du glacier, il devrait y avoir une chance pour qu'il ne soit pas tué lorsqu'il se dévoilera. Le garçon aux cheveux blonds cendrés se lève, serre son poing, puis sans plus se poser de questions, il le frappe de toutes ses forces contre un tronc. Le poing en sang, il recueille le précieux liquide et s'en barbouille les bras. Sa main le fait souffrir, il en a les larmes aux yeux. Tant mieux, ça fera plus réaliste.

C'est le moment de se jeter dans la gueule du loup. Il descend la pente sans tenter d'être discret. Ils les voient lever la tête vers lui. La fille a déjà encoché une flèche, le garçon tient une épée et se poste en position d'attaque. Alec a le sang qui bouillonne. S'il rate son coup, il peut dire adieu à sa vie. Néanmoins, il continue sa course folle, prenant un air égaré, et s'étale de tout son long devant eux, feignant d'avoir trébuché sur une racine imaginaire. Il a pris soin de choisir de s'écraser à distance respectable, pour qu'ils ne se sentent pas menacés, mais assez près pour qu'ils aient le sentiment de le dominer, et que toute fuite à présent est impossible. Alec les fixe alors avec des yeux horrifiés.

-Comment a-t-il pu essayer de me tuer ?

Les deux adolescents le regardent toujours, mais sont indécis. Ils ne savent pas trop quoi faire. Il en profite pour enchaîner habilement :

-Mon propre frère…il disait vouloir créer une alliance avec moi…Alois, pourquoi ?

Il enfouit son visage dans ses mains, et e met à gémir doucement. Alec sent le garçon bouger. il déglutit. Il a vu du coin de l'œil le brillant de l'épée. La fille l'arrête :

-Il n'est pas armé Gale.

Alec les regarde de nouveau. Ils parlent à voix basse, puis commencent à faire demi-tour. Ils comptaient le laisser là !

-Attendez !

Ils se retournent d'un seul homme. Tout se jouait maintenant.

-Je dois me venger. Il a trahit ma confiance, jamais je ne lui pardonnerai. Mais si je reste seul, je ne pourrai pas survivre. Laissez-moi vous rejoindre. Je connais le plan des carrières. Alois me l'avait dit, en pensant que je ne survivrai pas au bain de sang. S'il vous plaît.

La fille le dévisage. Essaie-t-elle de savoir s'il ment ou non ? Alec lui jette un regard implorant. Elle l'examine, en s'attardant sur sa vilaine blessure à la main. Son partenaire le voit aussi. Finalement, elle lâche :

-On ne peut pas le laisser.

-C'est une menace Katniss, dit froidement son coéquipier.

-Pas dans cet état. Il ne pourrait pas tenir une branche de peuplier dans sa main.

-Raison de plus. Il ne nous servira à rien. Allez viens, on s'en va.

-Non Gale. Je ne me pardonnerai pas de voir son visage dans le ciel ce soir. Et puis, il a côtoyé un carrière. il a peut-être des informations.

-Arrête de chercher des excuses Catnip. Les sentiments, ce n'est pas dans l'arène qu'ils peuvent s'exprimer. Faut qu'on tienne. Le plus possible. N'oublies pas ce qu'Haymitch nous a dit.

-J'en ai rien à faire de ce qu'a dit ce vieil alcoolo! Enfin si, je connais notre plan. Mais lui, c'est différent. Lui, il a été trahi…tout comme moi.

Gale comprend qu'elle parle de sa mère. Il soupire :

-Elle ne t'a pas laissé tomber de son plein gré Catnip. C'est juste qu'elle a été plus affecté que…

Il ne poursuit pas. Il sent l'énorme gaffe venir. Katniss avait fait preuve d'une grande maturité en se reprenant pour nourrir sa famille. Elle avait endossé le rôle de sa mère. Comme elle avait du souffrir elle Gale sait qu'il n'y a rien à dire de plus pour la faire changer d'avis. Il s'approche du garçon à terre, et lui tend, non sans une certaine méfiance, sa main :

-Alec, c'est ça ? bienvenue parmi nous. Mais attention, à la moindre action suspecte, tu finis embroché sur mon épée.

Alec sourit. Il a réussi la première étape.


Jill se réveille. Elle se sent parfaitement bien. Bizarre. Il fait nuit. Une chouette ulule au loin. L'odeur de cendres lui assaille les narines. Mais la chaleur s'est dissipé. Le feu a perdu de sa puissance, elle en conclut qu'il a été allumé il y a longtemps. Elle porte une main à son épaule qui ne lui fait plus mal. Une drôle de mixture y est appliqué et forme une croûte.

-Écorce de bouleau mâchée. Viens prendre ta cuisse, elle est froide.

Cette voix, c'est Peeta. Elle tend vite fait la main, et rencontre un piquet. Elle le saisit, et mord la viande embrochée. Il y a même porté une petite attention, le parfum du genévrier lui monte au nez.

-Le glacier…comment tu as fait ? demande-t-il.

Il n'aime pas tourner autour du pot. Sa question directe ne dérange pas pour autant la fillette.

-Je n'en sais rien, avoue Jill, après avoir posé le pique, et reposé les os méticuleusement nettoyés. J'avais encore mes chaussures, donc je n'ai pas pu m'aider du toucher. Je sentais juste un sol glissant, et j'avais froid, alors j'ai compris qu'on était sur de la glace. A peine la sonnerie avait retenti qu'une violente douleur à l'épaule a surgi, et j'ai compris qu'on m'attaquait. J'ai boulé sur plusieurs mètres à cause du coup, et j'ai senti un vide derrière moi. J'étais au bord du glacier. Les cris me sont parvenus de manière confuse, et c'est là que la fille du 12 est venue. Elle m'a aidé à descendre du glacier. Puis elle m'a dit qu'elle devait retrouver son partenaire de district, et m'a demandé de la suivre. Seulement, je ne l'ai pas fait. Je ne fais jamais confiance aux gens. Sauf à toi, parce que je te connais depuis longtemps.

Peeta hausse un sourcil. Même pas quatre heures, et elle a déjà perdu la tête ? il attend un éclaircissement qui ne vient pas, et n'insiste pas plus. Le ciel s'éclaire soudain. C'est l'heure du compte rendu. Il avait vaguement entendu les coups de canon du bain de sang, mais là, 6 tributs apparaissent à l'écran. Peeta espère qu'ils sont satisfaits d'avoir aussi peu de morts. Sur les six, il en a tué la moitié. En tout, les tributs masculins du district 10 et 11, et les tributs féminins du district 6, 8, 9 et 11 sont décédés.

-Merci d'avoir veillé sur moi toute l'après-midi. Sans ton aide, j'aurai sans doute fait partie des têtes qui ornent le ciel. Maintenant c'est à moi de veiller sur toi. La nuit, c'est mon domaine.

Peeta ne dort jamais à poings fermes. Il est sans cesse en alerte. Il sait qu'il ne peut pas compter sur elle, mais pour ne pas la contrarier, il se couche, un peu plus loin, et ferme les yeux. Lorsqu'il les rouvre une vingtaine de minutes plus tard, elle n'a pas bougé. Perchée sur son rocher, elle guette les dangers. Rassénéré, il s'accorde une sieste un peu plus longue. En réalité, il n'est réveillé que vers 6 heures. L'aube ne s'est pas encore pointée en raison de l'hiver. Les nuits s'allongent. C'est Jill qui l'a réveillé en secouant son bras.

-Quelqu'un vient.

-Qui ? souffle Peeta en tirant son couteau, sans rien voir.

-Mon partenaire de district. Il vient me tuer. Mais ça n'arrivera pas. Passe-moi ton couteau Peeta.

Le garçon se tend. Il entend des bruissements. Mais est-ce simplement le vent ? Ou quelqu'un, quelque chose s'approche d'eux ?