Merci à celles qui ont pris le temps de laisser une review, et à Seve2904 qui a été la première à mettre ma fic dans ses favoris ;)

Bonne lecture!

Chapitre 4 : Dernière réunion de famille

-Passe-moi ton couteau Peeta.

Il hésite. Il n'a jamais donné sa confiance à personne. Et ces quelques secondes perdues sont fatales. Une silhouette se dresse devant eux. Le garçon a du mal à la distinguer tant les ténèbres recouvrent la forêt. Néanmoins, il reconnaît le corps amaigri de Travis, le partenaire de Jill. Ils doivent vraiment mourir de faim dans leur district. Il se demande s'il les a repérés, mais les tics qui secouent le corps de leur adversaire indiquent qu'il est au courant d'un danger. Peeta est certain qu'il sent leur présence.

-Jill, je sais que tu es là. Montre-toi.

La voix est tombée comme un couperet. Jill tremble.

-Donne-moi le couteau, répète-t-elle.

-Je croyais que tu ne te sentais pas capable de tuer.

Mais il desserre sa prise. Elle attrape habilement l'arme, et se positionne en face de lui.

-Je vois que tu es devenu ami avec Peeta. C'est mieux que de le voir à la télé, hein ?

Elle hoche silencieusement la tête.

-Je ne sais pas comment tu l'as convaincu de s'allier avec une tueuse, mais tu es douée. Bravo ma chère.

Sur ce, il applaudit lentement en riant bruyamment. Lui, l'arène ne l'a pas rendu fou. Mais on ne peut dire que son état de santé se soit amélioré avec ces conditions.

-Tu as déjà tué ? demande le blond.

Quoique neutre, sa voix trahissait un étonnement.

-Et menteuse en plus de cela ! Je ne te félicite pas Jill. Voyons Peeta, tu ne croyais quand même pas qu'elle était innocente ? PERSONNE n'est innocent dans cette arène. Et spécialement ces 74eme Jeux.

-Qu'est-ce que tu entends par là ? dit-il méfiant.

-Oh, le capitol ne t'a rien dit ? Si on est tous là, c'est pas parce qu'on a été tiré au sort…

-Arrête Travis ! S'il te plaît.

-C'est parce qu'on a enfreint les règles…

Il ne va pas plus loin car elle se jette sur lui. Il l'évite avec beaucoup d'adresse et continue :

-Les règles du capitol, oui. On a tous dû faire quelque chose qui leur a déplu.

Jill fait jouer de son couteau pour le faire taire. Mais il continue d'esquiver. Les deux adversaires se déplacent en cercle concentrique autour de lui.

-On est ici parce que c'est notre châtiment. On paie. On paie pour ce que nos districts ont faits.

-Arrête ! ils vont te tuer si tu continues.

Mais il n'en fait qu'à sa tête :

-Les districts ont tenté…

Jill le plaque sur le dos, et pose sa lame contre la gorge de Travis.

-Ne prononce pas le mot.

Le garçon de quinze ans se tortille sans grande conviction, mais elle tient bon. Sa pomme d'adam tressaute :

-Vas-y, tues moi. Comme tu l'as fait avec mon père adoptif.

La fille secoue la tête.

-C'était…c'était pour ton bien. Tu ne peux pas comprendre.

-Oh, mais j'ai très bien compris ! Tu étais jalouse ce jour-là ! Pour une fois que la chance m'avait souri ! il fallait que tu t'emmêles ! Toi et tes instincts. J'aurai enfin pu quitter cette misère dans laquelle on vivait. Mais tu n'as pas pu le supporter.

-Tu allais nous laisser tomber.

-Il y avait encore Craig. Vous vous seriez débrouillés !

-Pas sans toi…sa voix est empreinte d'amertume.

Ils se taisent. Peeta ne sais plus où il en est. Toutes ces paroles n'ont pas beaucoup de sens. il manquerait quelques fils conducteurs pour relier les morceaux du puzzle entre eux, et éclaircir le sujet.

-Peeta, approche-toi s'il te plaît.

C'était Travis. Il avait dit cela d'une voix nouée. Le blond jugeant qu'il n'y a pas de danger imminent, s'exécute lentement.

-C'est cool de te voir enfin en vrai. Quand notre moral était à zéro, quand on n'avait plus rien à se mettre sous la dent, alors on venait te voir. On se collait tous à la vitrine, et on t'encourageait à travers l'écran de télé. Une bande de mômes pas plus hauts que trois pommes, sales et barbouillés. Voilà ce qu'on était. Mais quand on te voyait te battre avec autant de ferveur, ça nous mettait un peu de baume au cœur. Laisse-moi te dire un petit secret. Ces jeux vont être inoubliables. Tu sais pourquoi ?

Il a une voix calme maintenant. En un éclair, il repousse Jill sur le côté et crie :

-Parce que les districts se sont révoltés…

Il n'a pas fini la phrase qu'une pointe jaillit du sol et le transperce. Ça n'a visiblement pas plu aux organisateurs qu'il lui révèle cette information. Puis elle se retire comme elle est venue, laissant un trou béant dans le ventre du tribut. Un coup de canon retentit. Jill sanglote et cherche de ses mains le visage de son ami. Alors c'était ça la vérité. Peeta a l'impression d'avoir reçu un coup de massue sur la tête. Ce garçon s'était sacrifié pour lui dire qu'une révolte grondait dans les districts. Voilà pourquoi le capitol lui avait ordonné de les tuer lentement. Pour que les districts souffrent à travers leurs enfants. Et quels enfants ! Le capitol les a donc choisis cette année. Ces enfants qui ont eu le tort d'aller à l'encontre du président Snow. Peeta repense à l'âge des candidats. Seul Jill a 12 ans.

-Viens, l'hovercraft ne va pas tarder.

Elle acquiesce, les yeux gris noyés de larmes. Ils ramassent les quelques affaires qui leur appartiennent, et se remettent en route. Ils ne disent rien. Il n'a pas envie de raviver les mauvais souvenirs de son amie, mais c'est elle qui décide d'en parler.

-J'ai tué son père adoptif, c'est pour ça que je suis ici.

Peut-être cela la soulage d'en parler ? L'adolescent ne dit rien. C'est sa manière à lui de l'inciter à continuer.

-On formait une bande d'une dizaine d'enfants. Il était notre leader. Toujours à savoir où dégotter nos repas. On traçait notre route, et on volait pour se nourrir. Il prenait toujours les plus gros risques. Mais on était heureux, on survivait, c'était l'essentiel. Puis l'homme est venu.

Peeta la voit se replonger dans ses souvenirs.


-Peeta est à terre ! Il a du mal à se relever. Oh ! Il a ramassé une grosse pierre et l'a fracassé sur le nez de son ennemi ! Là ! Là ! Il a roulé sur le dos pour se dégager ! crie l'enfant d'une voix surexcitée.

-Et alors ? Qu'est-ce qui se passe ?

La fillette s'accroche au bras de son ami pour le presser. Autour, plusieurs enfants sont regroupés devant la vitrine crasseuse d'où émanent les lumières si captivantes qui sortent de la petite boîte communément appelée télévision. Ils hurlent et chahutent, ne pouvant détacher leurs yeux de l'arène.

-Raconte Travis ! Supplie la petite voix.

-Peeta a tué le carrière, s'exclame-t-il d'une voix triomphante. Jill ! Tu te rends compte, il vient de gagner les 73ème Hunger games !

Et il la prend par les bras pour effectuer une danse maladroite, afin de marquer la victoire de leur héros. Soudain, la vendeuse sort en criant avec un balai, et ils se dispersent sans demander leurs restes. Jill se retrouve avec Travis au coin de l'épicerie. Le gérant les regarde d'un mauvais œil. Il se fait quelque fois voler par cette petite bande, mais n'ayant jamais réussi à les prendre sur le fait, il reste condamné à voir oignons et tomates disparaître sous ses yeux.

-Belle journée, n'est-ce pas, Monsieur Folliger ? dit Travis tout sourire.

L'épicier grogne son mécontentement. Mais à dire vrai, il aime l'animation du petit village. Ils sont assez loin de la grande ville du district, en retrait. Cela leur évite l'angoisse d'une omniprésence des pacificateurs. Un homme bien vêtu et bien gros sort d'une rue parallèle et vient à l'encontre des deux gamins. Monsieur Folliger ne l'avait encore jamais vu. Peut-être venait-il du quartier plus haut, celui des riches. Monsieur Folliger n'aime pas ces gens, alors il rentre dans sa petite boutique sombre et exiguë. Le type s'approche de Travis. Instinctivement, il place son amie derrière lui. Au moindre pépin, ils sont prêts à détaler.

-Je me présente, Evans Thegen, dit-il d'une voix douce. Je t'ai observé ces derniers temps, tu m'impressionnes beaucoup par ton courage, ta bienveillance envers tes…il regarde la fillette décharnée…petits camarades dans le besoin.

Il a du mal à trouver les mots. Travis a peur de cet homme. Il ne lui inspire pas confiance. Celui-ci continue son petit discours maladroit, puis finit sur une invitation :

-Tu sais, ma femme, c'est dur pour elle d'avoir un enfant, et moi aussi, et…

Il s'arrête un temps, puis reprend :

-ça te dirait de venir habiter avec nous ? La maison est là-bas, en haut de la colline.

Travis n'en croit pas ses oreilles. La colline ? C'était comme l'eldorado pour lui. Jamais ses amis et lui n'avaient envisagé mettre un jour les pieds chez ces riches. Il paraît même qu'ils se font servir leur petit déjeuner le matin ! tous les soupçons envolés, Travis a les yeux qui brillent.

-Vous voulez m'adopter parce que vous ne pouvez pas avoir d'enfants? Et mes amis, je peux les emmener ?

-Eh bien, ça va être difficile, nous n'avons pas assez de place pour eux…

La mine du garçon s'assombrit d'un coup. Il ne peut pas les abandonner.

-Et Jill ? Elle est aussi petite qu'une souris, elle se fera discrète.

Il aime bien Jill. Bien qu'elle soit aveugle, elle est pourtant l'une des plus douées en ce qui concerne le vol. Elle sent les gens. Alors le plus souvent, elle guette la nuit, lorsque personne ne peut rien voir.

-Huum, elle t'aide bien dans tes petites…quêtes de nourriture ?

-Affirmatif !

-Dans ce cas, elle est la bienvenue !

Mais la fillette tire sur les vêtements chiffonnés de son ami.

- Allons-nous-en. Je ne l'aime pas.

-Mais Jill…

-Il a un fond mauvais. Retournons voir Craig et les autres.

-L'écoute pas, tente de rassurer Evans. Viens, ma femme a fait d'excellents gâteaux, je suis sûr qu'ils vont te plaire.

-Jill, viens ! On reviendra voir les autres après !

-Tu mens Travis ! Je le sens dans ta voix. Vas-y si ça te chante, je viendrai te rendre visite dans ta luxueuse maison.

Et il était parti. Jill avait fulminé. Peut-être avait-elle laissé échapper une belle occasion. Travis avait été adopté par une riche famille, tant mieux pour lui ! Mais il les avait abandonnés. Elle avait ruminé sa déception toute la soirée.

-Travis devrait avoir honte. Il devrait avoir honte !

Elle jette rageusement une pierre dans le ruisseau où elle a l'habitude d'aller avec son ancien ami. Puis elle essuie les petites larmes qui coulent sur son visage, et se reprend :

-Peut-être que j'ai été injuste…il a toujours voulu notre bien à tous, et on ne pouvait pas lui rendre la pareille. Et maintenant qu'il a eu cette chance, je la lui gâche. Non, je n'ai pas été sympa avec lui. J'aurai dû me réjouir au lieu de cela.

Elle se lève, se repère avec le vent. Il doit être le soir, assez tard, mais la lune ne s'est pas encore levée. Avec détermination, elle prend le chemin de la colline, afin de souhaiter à Travis ses meilleurs vœux pour la suite.

Lorsqu'elle arrive enfin, elle demande le chemin aux quelques rares passants. Heureusement, les ténèbres camouflent sa pauvreté, et les gens ne font pas attention. Une vieille dame lui indique la route, non sans la mettre en garde.

-La famille Thegen n'est pas bien fréquentable, jeune fille. Faites bien attention. Ils ne cessent de lorgner vers leurs voisins, beaucoup plus riches qu'eux.

-Merci bien Madame, je suivrai vos conseils.

Jill suit le sentier qui mène à la maison, presque en courant. Les doutes l'assaillent de nouveau. Son ami est-il en danger ? Arrivée à la résidence, elle en fait le tour en longeant les murs. Tout semble tranquille. Elle s'est encore trompée. Travis lui reprochait d'avoir une imagination débordante. Des bruits de conversation à voix basse lui parviennent à l'oreille. Elle réussit à atteindre un tronc d'arbre, et entame une montée dans les feuillages. Il fait nuit noire à présent. Son terrain de prédilection. La fenêtre est ouverte. L'air est lourd, aucune brise ne souffle. La voix d'Evans franchit la fenêtre :

-Il va nous rapporter gros, ne t'inquiètes pas, je l'ai vu faire plusieurs fois.

-J'espère bien, dit une voix de femme. Il est absolument repoussant. Et le bain qu'il a pris n'a pas aidé à le décrasser. On voit à peine la différence.

-Pourtant, il y est resté deux bonnes heures, murmure Evans. Je ne comprends pas.

-Et tu as vu la part qu'il a englouti ce soir ? On aurait dit ta belle-mère !

-Oh, tu ne vas pas recommencer hein ! Je te garantis que c'est une mine d'or. J'ai déjà tout prévu. Demain, il s'infiltre chez les Adams. J'ai entendu dire qu'ils ont un coffre secret qu'ils gardent à l'abri des regards inquisiteurs. Jeudi, il rendra visite aux Creeks, et…

-Et s'il se fait attraper ? Tu y as pensé gros bêta ? Crache la femme.

L'homme au ventre bedonnant ne dit rien. Il n'avait pas prévu le coup. Jill change de position sur son arbre, sentant des fourmis dans ses jambes. Elle se rapproche, car elle n'entend plus rien.

-On a qu'à lui couper la langue, lâche-t-il.

Jill pousse un cri d'effroi, et perd son équilibre. Elle chute et finit par une pirouette insensée sur la hanche. L'air se vide de ses poumons sous le choc. Elle n'arrive pas à respirer pendant une longue minute. Cela suffit à Monsieur Thegen pour sortir, armé d'un long couteau de cuisine.

-Toi ?! S'exclame l'homme bouffi lorsqu'il l'aperçoit. Gretchen, appelle les pacificateurs. Ne t'inquiètes pas, ma puce, l'orphelinat s'occupera bien de toi.

Il s'approche lentement d'elle. Elle sent les pas lourds et patauds sur la pelouse. Les herbes lui chatouillent les jambes. Ils se tournent autour, Jill veillant à rester hors de sa portée. Elle voudrait s'enfuir, mais il y a son meilleur ami ici. Soudain, l'homme bondit. Trop lent. Elle a le temps de se placer sur le côté, et tend son bras vers ce qu'elle suppose être la main de l'homme. Mais il est plus petit que ce qu'elle pensait, et c'est son bras qu'elle rencontre. Au vu de la crispation, ce doit être celle qui tient l'arme. L'homme pousse un cri de surprise.

Il gesticule pour se débarrasser d'elle, peureux au point d'avoir peur d'une fillette de douze ans aveugle et sans défense. Jill ne lâche pas prise, elle a trop peur qu'il en profite pour lui planter la lame dans le dos. Elle a toujours eu horreur des coups traîtres. Si la mort doit la frapper, alors qu'elle le fasse en face. Dans une dernière tentative désespérée pour se libérer, l'homme crie et rue comme un cheval fou.

Une fenêtre s'allume à l'étage. Travis passe la tête à travers, et crie son nom, puis il dévale les escaliers. Dans le même temps, Jill cale ses pas sur les siens pour éviter d'être emportée, et retourne le bras de son adversaire tout naturellement quand celui-ci s'arcboute et change de position. Le couteau de cuisine traverse son corps flasque. Il ouvre des yeux ronds. Pendant un moment ils sont immobiles, puis le corps ratatiné s'affaisse lentement. C'est là que la fillette comprend qu'elle l'a tué. La suite est beaucoup plus confuse. Elle entend son nom, crié de la bouche de son meilleur ami, mais le son est déformé par la colère et le désespoir. Il s'approche et tâte le pouls. C'est à ce moment que les pacificateurs arrivent.

-Oh bon sang, ces misérables l'ont tué. Plus un geste. Le capitol vous arrête pour homicide volontaire.

Trois pacificateurs se jettent sur Travis. Jill sent qu'on l'attrape de force et qu'on la met à genoux. De loin, elle entend cette voix qui lui était si familière.

-Jamais je ne te pardonnerai d'avoir ruiné mon avenir. Si le capitol ne se charge pas de nous, tu es morte Jill. Tu m'entends ? Je te hais ! Je te hais !

Elle a envie de répondre. De lui exposer le quiproquo. Mais sa gorge est beaucoup trop serrée, et ne laisse sortir que des sons incompréhensibles avec des accents douloureux.


-Il n'est pas venu me tuer, lâche Jill en repensant à ce fameux soir. S'il avait voulu le faire, il n'aurait pas choisi la nuit.

Son dernier message a été clair, songe-t-elle. Travis s'est sacrifié pour que Peeta ait une chance de gagner. Le plus triste dans cette affaire, c'est qu'elle n'aura jamais plus l'occasion de clarifier la situation à son partenaire de district. Il valait sûrement mieux qu'il n'en sache rien. Elle porterait ce fardeau pour qu'il ne soit pas blessé par la vérité. Mais que se passerait-il si la révolte l'emportait ? Peeta est mal vu des districts, ils voudront sûrement sa mort. Après tout, n'est-il pas le symbole du capitol ? Bien qu'il n'en soit que le misérable pantin qui se balance au bout du fil, commandé par le président Snow, cela ne doit pas faire grande différence pour les habitants assoiffés de vengeance depuis si longtemps. Jill secoue la tête. La révolte est loin d'aboutir. En ce moment, la répression doit être forte. On doit les obliger à suivre les Jeux de la Faim. Visionner ces images atroces devraient calmer les districts. Le président Snow fait passer un message clair et sans détour : je peux m'en prendre à tout le monde. Aucun de vous n'est à l'abri, et tous ceux qui se dresseront en travers de ma route, même les enfants, je les materai.

Mais si tel était la décision de Travis, de faire gagner le garçon qu'ils connaissaient en un sens depuis presque quatre ans, alors elle ferait de même.

-Où va-t-on ? demande Jill, en zigzaguant entre les troncs.

-A la chasse aux faux carrières, dit-il, un sourire aux lèvres.

Ils s'étaient moqués de lui. Ils ne se sont pas portés volontaires, mais ont été désigné par le capitol. Quoiqu'ils aient faits, ils n'ont pas véritablement cherché à être là. Ils ont joué les durs pour assurer leur couverture, mais après ce que Travis a dit, l'illusion s'est envolée. On ne peut décidément faire confiance à personne. Il fait soudain volte-face.

-Toi, tu restes là.

-Comment ça ? je veux t'aider. Sois en sûr.

-Non, c'est ici que nos chemins se séparent. Tu n'auras pas de mal à récupérer de ta blessure, tu n'as plus besoin de moi.

-Même si tu refuses mon aide, je te suivrai.

Peeta soupire. Il savait qu'il n'aurait jamais dû faire d'alliance. Les alliances, c'était réservé aux faibles. On ne peut pas gagner en étant faible. Qu'est-ce qui lui a pris ? Maintenant, il va devoir rompre le fragile lien qui avait commencé à se tisser entre eux. Il respire un bon coup, puis entre dans une furie telle que Jill se pétrifie.

- J'en ai assez de jouer la nounou ! Tu comprends pas ? Je ne t'ai pas tué parce que tu me faisais pitié ! PITIÉ ! Tu piges ? Maintenant, sors de mon chemin, ou je sens que je vais revenir sur ma décision. Si on se recroise, ne t'attends pas à ce que l'on fête les retrouvailles, autrement que par ton sang qui viendra tacher mes mains.

Puis il la pousse brutalement et s'en va à grands pas. Voilà, maintenant l'image du gentil garçon attentionné qu'elle avait de lui vient de voler en éclats. Il espère qu'avec ça, l'envie de le suivre a parfaitement disparu de ses pensées. Il ne lui a rien laissé pour se protéger, et ressent un poids pesant sur son cœur. Ce doit être la culpabilité. Foutu effet indésirable, résultat d'une alliance déjà vouée à l'échec avant de commencer. Bientôt la solitude le gagne. Elle se colle à lui, comme une odeur dont on ne se débarrasse pas. Et le comble de tout, c'est qu'il s'est mis à pleuvoir. Les organisateurs essaient d'ajouter un côté dramatique à la scène, mais cela lui brouille l'ouïe. Il entend beaucoup moins bien avec ces trombes d'eau qui s'abattent sur lui. Jill a déjà dû trouver un coin pour s'abriter. Elle est intelligente. Puis il se tape le front. Pourquoi pense-t-il à elle ? C'est fini, elle est sortie de son monde. Il n'a plus besoin de se préoccuper d'elle.

-Tu as fait le bon choix en l'écartant.

Allons bon, voilà maintenant que sa conscience lui parle.

-Non, reviens la chercher, ce que tu as fait est mal, dit un petit Peeta qui se matérialise sur son épaule.

-Oh ! On est pas au pays des ours roses et des jolies fleurs ici ! Il a bien agi, réplique son côté démon.

-Ne l'enrôle pas dans les forces du mal !

-Mais tu vois bien qu'il est mauvais ! Profondément mauvais ! Il ne vit que pour se venger de sa mère ! Quel noble but dis donc ! clame le Peeta démon.

L'ange n'en peut plus, et lui saute à la gorge. Ils se battent sur son épaule. Peeta les vire d'un geste lassé. Lui sait pourquoi il l'a laissé en plan. C'est parce qu'il ne veut pas qu'elle le voit lorsqu'il tue, car il devient un vrai monstre, incapable de se contrôler. La plupart du temps, il réussit à conserver sa lucidité, mais il lui arrive de perdre la raison quelque fois, et cela le dégoûte. Il se dégoûte. Les habitants du capitol en raffolent, à croire qu'ils sont moins humains que lui. Qu'importe. Pour l'instant il doit se concentrer sur son unique but : trouver les carrières.


Azura baille ouvertement. Cela fait deux heures qu'on l'a réveillé pour prendre le tour de garde. Quelle barbe ! Il ne se passe absolument rien ! Pas le moindre signe de danger en vue ! Elle qui s'attendait à de l'action ! Elle n'a même pas pu tuer un seul tribut, on l'avait chargé de ramasser les sacs avec les deux tributs du district 3. Le district 3 quoi ! On ne s'alliait jamais avec eux, ils devaient bien le savoir, non ? Bah non. Faut dire que ce ne sont pas de vrais carrières. Azura n'a pas cherché à savoir pourquoi ils ont été choisis. Sans doute pour un malheureux vol, ou quelque autre sottise vu leurs compétences. Elle fait partie d'un vrai groupe de boiteux.

Heureusement qu'elle est là pour remonter un peu la barre. Sa mère a piqué une crise quand elle a su qu'elle ne pourrait se porter volontaire pour les 74ème Jeux. Mais elle avait plus d'un tour dans son sac. Elle a obligé sa fille à enfreindre les règles du capitol pour pouvoir être éligible. Très astucieux, personne d'autre n'y avait pensé. Azura frissonne en repensant à ce qu'elle a dû faire pour être ici, et s'empresse de le chasser de son esprit.

Et soudain, c'est un miracle. Un miracle qui vient du ciel : un coup de canon bien fort, comme elle les aime depuis sa plus tendre enfance. Celui qui annonce la mort d'un ennemi. Mais à cette heure-ci ? On l'avait prévenu que Peeta était un vrai tueur, extrêmement dangereux, mais elle pensait tout de même qu'il lui arrivait de se reposer un peu ! Le jour ne s'est même pas levé qu'il s'active déjà ! Et eux, pauvre carrières qu'ils sont, continuent de roupiller ! Elle descend de son rocher, quittant son poste de sentinelle.

-ça se remue à l'ouest, dit-elle en les voyants tous réveillés.

A peine a-t-elle achevé cette phrase qu'il se met à pleuvoir. En quelques minutes, ce sont de véritables torrents qui semblent se déverser sur leur tête.

-Mettons-nous à l'abri, déclare Wolfram d'une voix lugubre.

-Tu plaisantes ? s'écrient en cœur Azura et Phantom.

Puis elle reprend :

-Allons les surprendre, c'est le moment.

-Et risquer de mourir d'une pneumonie ? Non non, ce serait irréfléchi. Seul un fou s'aventurerait sous la pluie battante.

-Peeta doit bien le faire !

-Aux dernières nouvelles, je ne m'appelle PAS Peeta, et toi non plus, rétorque-t-il, perdant patience. Allez, cette discussion ne mène nulle part. Allons plutôt nous abriter sous ce chêne.

Ils ramassent leurs affaires et se déplacent lentement, trempés jusqu'aux os. On voit les deux rebelles se concerter, et Phantom prend la parole :

-Azura et moi, nous allons partir en reconnaissance, histoire de vérifier que le secteur est sûr. On n'en a pas pour longtemps.

Wolfram ne cherche pas à les retenir, il sait que cela ne servira à rien. Alois approuve de la tête. Ça les occupera se dit-il. Et tant mieux s'ils se font tués par Peeta. Il n'aura pas à le faire. Ils se munissent de quelques armes. Au loin, les rayons rouges de l'aube font leur apparition, mais il est encore trop tôt pour pouvoir y voir plus loin qu'à cinq mètres devant soi. Ils se munissent d'une parka pour se protéger, et s'enfoncent dans les buissons. Hayden, la tribut du district 3 soupire.

-Ils sont vraiment têtus ces deux-là.

Elle scrute la direction qu'ils ont pris. Dix minutes se sont seulement écoulées quand elle entend un bruissement. Juste à côté d'elle.

-Ah, vous avez fait vite. A croire que vous aviez un démon aux trousses.

Elle rit en se moquant un peu, mais ses cordes vocales lâchent tout à coup, tranchées nets par un canif. La gorge ouverte, elle n'a même pas eu le temps de s'étonner. L'ombre atterrit près d'elle, ruisselante sous la pluie. Les tributs bondissent sur leurs pieds.

C'est Peeta. Il est venu les chercher. Et Phantom et Azura qui ne sont toujours pas rentrés de leur balade nocturne.

ça s'annonce mal.