L'attente a été longue, surtout dû à un manque de temps, mais je compenserai en publiant les deux dimanches suivants :)
Chapitre 5 : Les Tenailles
Le coup de canon retentit. Hayden n'est plus de ce monde. Alois prend une respiration pour tenter de se calmer. On fait toujours des bêtises quand on laisse nos sentiments prendre le pas sur notre raison. Ils sont quatre face à lui. Pourtant, Peeta a osé se montrer. Il n'a pas froid aux yeux. Il doit y avoir une raison. Dans les autres Hunger Games que sa mère lui avait fait visionner, il ne l'avait jamais vu aussi confiant. Dès le deuxième jour quoi ! D'habitude, la confrontation tant redoutée avec les carrières ne se produisait que vers la fin des Jeux. A moins que…non, impossible. Peeta ne peut être au courant de la révolte. Il ne peut PAS savoir qu'ils ne sont pas de « vrais carrières ». Ils ont tout faits pour le paraître. D'ailleurs, il en est un. Sa mère l'a bien entraîné pour. C'est juste qu'il ne s'attendait pas à le devenir à quinze ans. Et à cause de son erreur stupide, son frère avait dû se débrouiller pour aussi être éligible. C'était ça le plan. Passer les mêmes Hunger Games pour doubler les chances. Un seul des deux en ressortirait vivant. Elle avait décidé que ce serait lui. Si sa mère n'avait pas été aussi égoïste, il en aurait été autrement.
Peeta les fixe d'un air méprisant, puis s'enfuit soudainement en les défiant de le suivre. Edwidge, la tribut du 2, fait un geste, mais Wolfram la stoppe :
-Idiote. Tu ne sais donc pas que sa technique préférée, c'est de nous séparer, puis de nous attaquer séparément ? Pour avoir toutes nos chances, il faudrait que nous le pistions à quatre, mais dans ce cas, personne ne garderait nos affaires. Et dans cette obscurité, il a l'avantage. On ne pourra pas rester groupé. Il court vite. Laissons-le filer.
Edwidge se rembrunit. Ils se sont faits avoir en beauté. Et Hayden en a payé le prix cher. Alois s'irrite :
-Tout ça, c'est de la faute des deux autres. Peeta a dû guetter le bon moment pour nous surprendre.
Il sourit intérieurement. Ça l'arrange de semer la confusion au sein du groupe.
-Allons, ne jetons pas la pierre aux autres. On aurait dû redoubler de vigilance avec cette pluie.
Kaylin, la plus jeune des quatre, âgée de quinze ans, rejoint le garçon loup:
-Wolfram a raison, ça ne sert à rien de s'énerver.
A ce moment les deux éclaireurs reviennent en haletant.
-On a entendu un coup de canon…
Phantom n'achève pas sa phrase. Il a vu la dépouille de Hayden.
-Oh merde, il laisse échapper.
-Une petite visite surprise de notre pire ennemi, informe Edwidge.
Il s'est arrêté de pleuvoir. Le ciel orange indique que l'aube se lève.
-Suivons-le, enrage Azura.
-Inutile, la pluie a effacé ses traces, explique Hayden.
Un silence gênant s'installe. Finalement, c'est Wolfram qui le rompt :
-Mettons-nous à la recherche de victimes. Tuer nous remettra d'aplomb.
Alois sourit intérieurement. Décidément, il a l'impression d'être le seul à tenir moralement le coup. Les autres ont la mine sombre. Leur moral a flanché. Le sien par contre se porte à merveille. Il a une pensée pour son frère. J'espère qu'il s'en sort de son côté, se dit-t-il en regardant le ciel s'éclaircir. Depuis tout jeune, celui-ci a des talents de pisteurs né. Il a déjà dû rejoindre les tributs du district 12. La question est de savoir s'il a réussi à les convaincre de faire équipe avec lui.
Elle est douée. Extrêmement douée.
Alec avait proposé de manger les baies qui saillaient des buissons alors qu'il était seul avec elle et que le garçon s'était éloigné un petit peu. Ça aurait pu passer pour un parfait accident. Il lui avait tendu une poignée de baies. Elle l'avait saisi en le remerciant, mais inspectait les baies d'un œil expert. Alec avait alors enfourné exprès les baies qu'ils savaient empoisonnées dans sa bouche, en prenant garde à ne pas les manger. Il souhaitait ainsi l'inciter à faire de même. Au lieu de cela, elle s'était jetée sur lui en lui hurlant de recracher, décrochant presque sa mâchoire au passage. Alec était resté médusé. Depuis quand sauvait-on des adversaires dans l'arène ?! Elle aurait dû le laisser crever. Mais elle n'avait rien fait de cela. Pourquoi ? Gale était arrivée en courant. Katniss, si tel était bien son nom, l'avait alors pointé du doigt :
-Il a failli se suicider en mangeant ces baies. Alec, va te rincer la bouche au lac.
Et maintenant ? Il est assis auprès de ses nouveaux alliés, en train de déguster diverses plantes, dont il ne devait en connaître que la moitié. Katniss lui désigne des racines :
-Elles ont mon nom. Tant que tu les vois, tu peux être sûr que tu ne mourras pas de faim.
Gale sourit. Alors il fait de même, pour essayer de s'intégrer au groupe. Jamais il n'aurait cru les tributs du district 12 aussi fort. Il comprend à présent pourquoi Alois veut de Gale. Et s'il avait vu les capacités de Katniss, il aurait aussi intégrer la fille dans son alliance. Malheureusement, il en avait décidé autrement. Et Alec ne peut rien faire d'autre que d'accepter les choix de son frère. Prenant son inspiration, il demande timidement :
-Si je peux vous poser une question…vous n'êtes pas obligés de répondre, loin de là, mais…comment vous vous êtes retrouvés là ?
C'est Gale qui lui répond d'un ton neutre :
-Vol de gibier du capitol. La forêt leur appartient.
Alec est frappé par la haine qui émane de ces simples mots. Ainsi donc, Gale et Katniss auraient une forte aversion pour le capitol ? Il en profite pour essayer de s'attirer leurs grâces :
-Tout leur appartient de toute façon.
Cette phrase n'a rien de provocant en soi, il ne dit aucun mal du capitol, c'est une vérité générale, et pourtant, un certain sarcasme pointe dans sa voix. Une moquerie sous-jacente qui dénonce le plein pouvoir du capitol. Gale et Katniss se regardent. Puis elle se tourne vers Alec :
-Les organisateurs semblent nous laisser tranquilles pour le moment : pas de feu, pas de tremblement de terre. Et surtout…pas de mutations rampantes, volantes. Toutes les mutations sont horribles…
La dernière phrase avait été lentement prononcée. Alec se raidit. Son cœur tambourine dans sa poitrine. Cette phrase, c'était le signal. Le signal de reconnaissance. Tout résistant connaissait ce signe. C'est ainsi qu'on reconnaissait l'autre en tant qu'allié, prêt à se dresser en travers du capitol, ou au contraire, un simple habitant, bien loin des révoltes et de tous les risques encourus. Mais quoi, s'il répondait, alors ils sauraient qu'il est un révolté, et personne ne le sait. PERSONNE. Personne à l'orphelinat, personne de son entourage. Pas même Alois, car s'il avait su, il ne lui aurait jamais pardonné. Les soirs du week-end, il lui arrivait de s'échapper silencieusement des dortoirs pour se réunir avec d'autres résistants, et revenait avant l'aube. Alec a peur, peur de se dévoiler. Mais s'il le fait, alors ce sera sûr : Gale et Katniss lui feront confiance. Ils sont dans le « même camp » après tout. Il finit par se lancer, alors que Katniss commençait à se dire qu'elle s'était trompée.
-Non…Pas toutes les mutations. Regarde les geais moqueurs. Leur chant est magnifique.
Aucune réaction. Comme si rien ne s'était passé. En tout cas, en apparence. Gale prend sa hache et la coince à sa ceinture. Katniss s'affaire à effacer les traces de leur passage. Et pourtant, la lueur dans leurs yeux trahit le changement. Alec se sent bien. Il a réussi à lever les plus gros soupçons. Non. Ce n'est pas pour ça qu'il est heureux en fait. Le blond n'ose se l'avouer, mais il le sait, c'est parce qu'il a trouvé des compagnons. Des résistants tout comme lui. Et il se sent proche d'eux. Non ! Toutes ces pensées contradictoires qui se heurtent dans son esprit. Il ne doit pas se sentir proche d'eux. Il va la tuer. Alors quand Katniss lui touche le bras, il sursaute.
-Pardon, dit-elle. Mais tu ne répondais pas. Faut qu'on bouge.
Alec se lève comme un robot, ramasse le sac dont il est chargé, et se remet en marche.
-Eh Alec.
Celui-ci se tourne vers Gale, juste à temps pour rattraper un bâton qu'il lui lance. A bien le considérer, c'est un pieu, taillé en pointe. Ils avaient refusé de lui donner une arme. Il sont revenus sur leur décision. Alec le regarde, éberlué.
-T'en auras besoin si tu croises des mutations, fait-il, un sourire en coin.
Claudius Templesmith s'humecte les lèvres. Ses talons claquent dans le couloir tandis qu'il se dirige d'un pas décidé vers le bureau du président. Il tire sur un pan de sa chemise pour se rendre plus présentable. Un peu plus tôt, Wyrd lui avait presque sauté dans ses bras de désespoir lorsqu'il avait vu cet idiot de Travis révéler à Peeta la situation critique. Toute l'équipe avait perdu son sang-froid, et on avait opté pour la mesure la plus radicale : l'élimination du gêneur. Claudius se tamponne un peu le front pour se calmer. Il a dû trafiquer les images pour faire croire à une mort « naturelle ». Le capitol n'est pas censé intervenir dans les jeux, mais là, il a dû recourir à une mesure d'urgence. Pas le choix. Bien entendu, il était hors de question que le président sache quoi que ce soit à propos de ce malheureux incident. Mais il est difficile de cacher quelque chose au président, surtout si ce quelque chose est une erreur monumentale.
Travis avait péri de la main de Peeta, point barre. Fin de l'histoire. Claudius toque à la porte, attend un instant, puis pénètre dans l'obscure salle au signal du président. Celui-ci est occupé à rentrer une boule de billard dans le trou. Un avox se tient en retrait en costume de majordome. Claudius attend poliment qu'il rentre la boule rouge, mais le président prend son temps. Finalement, il vise et tire. La boule rouge roule lentement et traverse toute la table avant de rentrer dans le trou. Claudius la regarde se diriger vers son destin fatal, avant qu'elle ne disparaisse, comme avalée par le tissu vert qui recouvre la table.
-Eh bien, ce rapport mon cher Claudius ? Vous vous faites attendre.
Claudius frissonne, mais il rassemble son courage :
-Excellent début, bien prometteur président Snow. Peeta a parfaitement obéi aux ordres que vous aviez donnés. Six tributs n'ont pas survécu au bain de sang. Et ce matin, dès l'aube, Peeta a tué deux autres tributs, Travis, le tribut du district 7 et Hayden, la fille du district 3.
Il y a un silence. Le président Snow est concentré sur la table de billard. Il lâche enfin :
-Peeta aurait donc attaqué les carrières ?
-C'est que…commence Claudius.
-La petite Hayden était bien au sein du groupe de carrières lorsqu'elle a été tué, n'est-ce pas Claudius ?
-Oui Président Snow, dit-il en se liquéfiant sur place. Il a dû profité qu'il faisait encore nuit pour passer à l'attaque. Très ingénieux de sa part Monsieur le Président.
-Et vous allez me dire que faire alliance avec la fille du district 7, ça aussi c'était ingénieux ?
Claudius voit du coin de l'œil l'avox sourire. Il ne perd rien pour attendre celui-là.
-Il l'a quitté ce matin Président, ayant compris son erreur.
Le président tire un coup sec, la boule rebondit sur le bord. Claudius ne peut s'empêcher de se comparer à la boule, malmenée en tous sens. Snow tend la queue à l'avox, qui s'empresse de la lui changer.
-Vous jouez au billard Templesmith ?
Claudius fait signe que non. Il a les mains moites. Quand le président l'appelle par son nom, ce n'est jamais bon signe.
-Eh bien sachez Templesmith, qu'au billard on calcule la trajectoire que va parcourir la boule pour entrer dans le trou. La force, l'adresse, la précision, sont de rigueur pour triompher face à l'adversaire. On ne peut pas rectifier son tir, une fois la boule frappée par la queue. On n'a pas le droit à l'erreur. Comprendre son erreur, c'est bien joli, mais à quoi cela avance-t-il une fois l'acte fait ? J'espère pour vous, mais surtout pour votre collègue Wyrd, qu'il n'arrivera plus de semblable bêtise de la part de la machine. Un mauvais dysfonctionnement n'est jamais la faute de l'outil, mais de son concepteur, ne trouvez-vous pas ?
Claudius acquiesce précipitamment. Il sait ce qui est arrivé à son prédécesseur. Dévoré. Vivant. Le président décide que le message est bien passé, et décide de changer de sujet :
-Faites-moi donc le rapport des survivants et des alliances crées.
-Bien. Le groupe des carrières :
Azura 17 ans, district 1
Phantom 17 ans district 2
Edwidge 18 ans district 2
Wolfram 18 ans district 3
Alois 15 ans district 4
Kaylin, 16 ans district 4.
Une alliance entre un batailleur et une guérisseuse
Alastar 17 ans district 9
Avril 18 ans district 5.
Des outsiders :
Gale 18 ans district 12
Katniss 16 ans district 12
Alec 15 ans district 5.
Peeta fait route à part, tout comme Eero, mais je ne pense pas avoir besoin de préciser qui il est.
-Bien sûr que non idiot. Je sais très bien qui il est ! Continuez !
Une note d'agacement pointe dans sa voix.
-La fille du district 7, Jill, est seule. Enfin, un groupe de jeunes s'est formé, sans doute dans l'espoir de tenir plus longtemps :
Meryl 15 ans district 10
Tiago 14 ans district 6
Herbie 14 ans district 8.
Voilà, la liste des survivants est terminée.
-Rien de grave à signaler ?
Rien ne sert de cacher la vérité, alors Claudius se lance, non sans une grande appréhension :
-Bien entendu, un léger petit détail, une minuscule information qui nous a par mégarde échapper. Il s'agit de la mort du garçon du district 7. Oh bien sûr nous avons modifié sa mort à l'écran, mais disons…
-Allez-en aux faits, dépêchez-vous.
Le président Snow vise la boule noire. C'est la dernière sur le tapis. Il recule la queue et ferme un œil.
-Il a tout avoué à Peeta. A propos du système de cette année, et de la révolte.
La queue dévie et frappe la boule maladroitement. Celle-ci s'en va frapper le bord vert et revient au centre de la table. Manqué ! Snow peste, et jette un regard meurtrier envers le gêneur. Il s'apprête à ordonner la mise à mort de cet incapable, quand une idée lui traverse soudain l'esprit. Il sourit de ses dents. Claudius retient son souffle. Le parfum écœurant de rose lui parvient aux narines.
-Vous dites…qu'il est donc au courant ?
-Affirmatif.
-Mais…mais en voilà une idée !
Il ricane de plaisir en pensant à son nouveau plan. La mort de Claudius attendra, tant pis. Mais il a besoin de lui. Il repose la queue et se rend dans la salle d'à côté.
-Venez Claudius, allons parler dans mon bureau.
Le bonhomme s'empresse de le suivre. Que lui réserve-t-il encore ?
-Aïe, gémit Tiago.
-Bouge pas, j'ai presque fini.
Elle retire un autre piquant, arrachant en passant un autre jappement de douleur du jeune garçon.
-Cesse de pleurnicher, fillette.
-Oh, on t'a rien demandé Herbie.
-On ne t'a jamais dit que c'était pas comestible ces machins-là ? réplique ce dernier.
-A priori, de là où il vient, non, pouffe Meryl.
Un peu plus tôt, il avait eu la bonne idée de s'attaquer à un animal bizarre, dont le dos était hérissé de piquants. Tiago ne pensait pas que ça pouvait être aussi rapide. Ça s'était replié sur lui-même d'un coup, et sa main avait morflé. Herbie, le rescapé qu'il avait sauvé, et Meryl s'étaient de suite bien entendus. Ça l'avait un peu rendu jaloux au départ, mais finalement, il en était plutôt content. Ainsi, il pourrait demander à Herbie de l'aider un peu. Et puis, ça resserrait leurs liens. Ils seraient plus aptes à se défendre contre les autres tributs. Le garçon à la peau mat regarde le soleil. Les rayons oranges caressent son visage.
-Il se fait tard, dit-il à l'adresse de ses camarades. Et on a rien eu à se mettre sous la dent depuis midi. Faudrait peut-être songer à entamer nos réserves, non?
-A cette allure, on ne tiendra pas deux jours, soupire la fille.
Les yeux de Herbie s'allument. Il regarde ses amis:
-Et si...on allait relever des filets?
-Mais on n'a pas posé de pièges. D'ailleurs, on ne sait même pas comment en fabriquer...marmonne Tiago.
-Qui te dit que je parlais de nos filets?
Les deux autres s'immobilisent.
-Tu veux dire...commence Meryl.
-Exactement, annonce Herbie fièrement. J'ai vu des pièges posés un peu plus au nord ce matin. Si on allait y faire un tour? Le gars qui l'a posé n'a peut-être pas eu le temps de les vérifier.
-C'est du suicide!
-C'est brillant!
Les deux ont parlé en même temps. Un long débat s'ensuit, durant lequel la voix de la sagesse, Meryl, se confronte aux harcèlements intempestifs des deux garçons. Elle finit par céder, et une demi-heure plus tard, ils sont sur place. Le plan est simple. Elle risque sa peau pendant que les deux font le guet. Herbie tient l'arbalète. Tiago a récupéré ses deux épées. Ils se couchent à plat ventre et attendent. Une dizaine de minutes plus tard, ils jugent la situation sûre. Avec une infime précaution, elle se relève, et commence à se déplacer à l'abri des branchages. Son nunchaku heurte sa hanche à chaque pas. Sa respiration est tremblante. Puis, sans crier gare, elle se jette dans la zone. Prenant garde à mettre ses pieds aux bons endroits, elle se dirige vers le piège le plus proche. Il n'a pas été enclenché, pas de chance. Elle se déplace furtivement au prochain piège. Une sorte d'hermine y est accrochée. Elle est morte en se débattant. Les pics ont percé sa fourrure blanche de part en part. Meryl démêle le corps inerte du piège quand elle entend un bruit de froissement et des couinements. Elle se couche instinctivement. Il se passe d'interminables secondes avant qu'elle n'entende Tiago lui crier d'en haut:
-Qu'est-ce que t'attends? La voie est libre!
Tant pis pour la discrétion. Elle dévale la pente en direction du bruit. Lorsqu'elle arrive au niveau du piège, elle comprend l'origine du froissement. La sorte de grosse marmotte s'est débattue sur des feuilles mortes, mais la corde autour de son cou n'a fait que se rétrécir, jusqu'à devenir un nœud coulant. Elle s'est étouffée. Sans réfléchir plus longtemps, la fille se jette sur la nourriture pour l'extraire du piège. Et c'est là qu'elle s'est faite avoir. Un deuxième piège se referme, cette fois-ci sur elle. Un piège qui doit être désamorcé avant de retirer la proie. La corde s'enroule autour de son cou soudainement, et elle est tirée brutalement en arrière. Même pas le temps de crier à l'aide, elle sent ses pieds quitter le sol. Elle tente de se dégager et d'appeler ses coéquipiers, mais le nœud se resserre davantage. Elle arrête immédiatement de bouger, repensant au sort de la marmotte. C'est ce qui l'attend maintenant. L'air commence à parvenir difficilement. Ses poumons ne se remplissent plus qu'à moitié. Accrochée à son arbre, elle se balance doucement. Les yeux globuleux de la marmotte morte la regardent. Ridicule, pense Meryl. Puis elle ferme les yeux. Elle voit le visage de tous ses frères et sœurs. Et la libération. Elle se sent tomber, tomber. Quel rêve! Quel délice que cette liberté! Quel...Aïe! La chute lui arrache un cri. Un cri! Elle respire? Des hurlements et des cris lui parviennent. Elle aimerait ne pas en être mêlé, mais elle a la désagréable sensation qu'elle ne peut y échapper. Quelqu'un la soulève et elle se sent ballottée comme un sac de pommes de terre. Une poigne puissante. Elle vole sur un peu plus de trois cents mètres avant d'être déposée à terre.
-Qu'est-ce qui se passe? Arrive-t-elle à articuler.
-Il se passe qu'on se bat pour sauver notre peau!
La voix familière est entrecoupée par la respiration. Il est à bouts, il doit reprendre haleine. Mais pas question d'abandonner Herbie. Il se relève avec peine.
-Attends moi ici, je reviens.
Et il refait le chemin en sens inverse.
-Que...?!
Tiago lâche un seul mot, qui se suffit à lui seul.
-Eero.
