Chapitre 7 arrivé! Merci pour les reviews. La confrontation, enfin! Tu n'auras pas eu à attendre trop longtemps Lullaby-dx :) ps; J'ai fait un effort pour la fin de ce chapitre, elle te mettra moins les nerfs à vif ;) Enfin, normalement.

Chapitre 7: Vestiges du passé

-Gale ?

Non, le bruit ne venait pas de son meilleur ami.

-Reste là Alec, je ne serai pas longue.

Elle attrape son arc et s'approche à pas de loup, aussi furtivement que lorsqu'elle chasse en forêt. Quelqu'un rôde non loin. Elle n'est pas rassurée, surtout que la nuit, elle tire beaucoup moins bien, et ses réflexes semblent ralentis. Katniss se colle d'un coup contre un tronc, frémissante. Un tribut est là, à quelques mètres. Elle ne sait pas si elle se sent prête à tuer. Elle ne l'a pas encore fait. Enfin, pas tirer sur un être humain quoi ! Son sang bouillonne. Le tribut respire assez bizarrement. Il doit être blessé, mais il essaie de rester discret. Ça ne veut dire qu'une chose, il est une proie, plus qu'une prédateur. Ok Katniss, calme-toi, se dit-elle, pour se donner du courage. Elle tend son arc et sort de sa cachette. Il l'a entendu et lui fait face. Ses yeux brillent à la lueur de la lune. Des yeux bleus. Il tient ses côtes d'une main, l'autre tient un petit couteau. Vu son état, elle devrait avoir l'avantage…oui, sauf que ce n'est pas n'importe qui, il s'agit de Peeta. Plusieurs émotions mêlées jaillissent en elle, et la troublent un moment : la peur, la tristesse, l'adrénaline, la satisfaction. Finalement, un sourire s'étire sur son visage. Un sourire cruel. Il la tourmentait depuis si longtemps. Avec sa mort, Katniss espérait que cela finirait. Et puis, ce sera Gale qui sera content.

-Non, ne tire pas Katniss !

Quoi ? Avait-elle bien entendu ?

-Non ! répète-t-il, lui-même étonné d'empêcher Katniss de lui ôter la vie. Peut-être était-ce dû à ces derniers moments intenses qu'il a vécus, peut-être à la faim, à la fatigue, ou plus simplement aux jeux. Il arrive à hauteur de son amie, et considère Peeta. Lui aussi est étonné de cette interruption. Il s'était préparé à riposter de toutes ses forces.

-Qu'est-ce qui te prend Gale ? dit-elle en gardant son arc tendu.

-Fais pas ça Catnip. Je ne sais pas, mais j'ai le sentiment qu'il ne faut pas le faire.

-Mes mains sont occupées là, tu peux te toucher ton front et me dire si tu as de la fièvre ?

-Baisse ton arme, dit-il simplement, pas d'humeur à plaisanter.

-Mais tu rigoles ? rétorque-t-elle. C'était pas toi le premier à le vouloir mort et enterré ?

-Bien sûr que si…mais…

Il cherche ses mots. Mais il sait combien Katniss peut être têtue quand elle le veut, il s'agit donc de donner une excuse vite fait avant d'avoir le loisir de former plus correctement son pressentiment.

-Il est blessé. Tu ne serais qu'une lâche si tu l'attaquais alors qu'il peut à peine se défendre. Tu ne vaudrais pas mieux que tous les autres.

-Merci, je peux très bien me défendre, réplique l'intéressé, mais le sang qui s'échappe de son maillot serré prouve le contraire.

Elle baisse finalement son arc, incapable de le tenir tendu plus longtemps, mais sans le lâcher pour autant.

-Si on le tuait…c'est comme si on faisait ce qu'on nous demandait de faire…tu comprends ?

Peeta se fige après ces mots. Ce garçon a raison, mais comment le sait-il? L'instinct sans doute, car personne d'autre que lui ne peut savoir ce qui vient de se passer. Il décide de le leur dire quand même :

-Allez-y, tuez-moi si ça vous chante. De toute façon, ce n'est pas le capitol qui vous en empêchera.

Voilà, il l'a dit. Il a fait passer le message subtilement. Les deux autres ne doivent sûrement pas avoir saisi le deuxième degré de la phrase, tant pis. Ce qui compte, c'est que lui le sache. Le capitol veut sa mort. Peeta resserre sa main au niveau de son abdomen. Ça brûle de l'intérieur.

-Tuez-moi donc, répète-t-il, un sourire en coin. Mais sachez que peu importe la vitesse de tes flèches, ou de ton épée –en disant cela il pointe tour à tour les armes de Katniss et de Gale- je serai quand même assez rapide pour lancer mon couteau et abattre l'un de vous deux.

A ce moment, le ciel s'illumine. C'est l'heure du compte-rendu. Mais ni Peeta, ni Katniss et Gale n'osent lever les yeux au ciel. Finalement, la tentation est trop grande, et voyant l'adversaire tituber un peu à cause de la blessure, Katniss risque un coup d'œil sur l'écran. On voit d'abord le garçon du district 7, mais elle ne se souvient plus de son nom, puis une fille, celle du district 3 qui faisait partie du groupe des carrières. Gale comprend que c'est Peeta qui l'a tué. Et enfin, le visage enfantin de la fillette qu'il a aidé à partir s'affiche. Elle venait donc du district 7 aussi, le garçon devait donc être Travis par déduction. Mais il s'arrête net en voyant Peeta. Celui-ci essaie de cacher sa surprise, mais Gale voit bien qu'il se sent mal. Il est devenu d'un blanc laiteux. Et la blessure qui n'arrange rien. Katniss l'a aussi remarqué. Peeta ne peut s'empêcher de fixer le ciel, même une fois éteint. Il lâche sans s'en apercevoir son couteau, et chancelle un peu en arrière. Alec apparaît à ce moment.

-Peeta ?! S'étrangle Alec, en cherchant son arme.

Mais Peeta s'est déjà écroulé, épuisé d'avoir couru pour sauver sa vie. Gale retient Alec alors qu'il cherche à le tuer.

-Pourquoi tu m'en empêches ? Demande Alec en le regardant avec incompréhension.

-C'est juste que…soupire Gale, en constatant que l'amitié qui s'était formée entre son ennemi et la fillette avait été réciproque, que si nous le tuons, le capitol ne restera pas sans rien faire. C'est sûr qu'on sera sur la liste des morts pour la prochaine partie. Tu n'as pas envie qu'ils nous envoient des mutations quand même, pas vrai Alec ? Ce ne sera pas de mignons geais moqueurs tu sais.

Alec se rétracte, ne voulant manifester plus longtemps son désaccord. Gale risquerait de perdre patience, et de le tuer. Cependant, il continue à regarder le corps inanimé de son ennemi. Une envie de tuer le tenaille, mais il la réfrène. Katniss regarde son ami. Il est vraiment bizarre depuis qu'il est rentré. Et puis cette excuse qu'il vient d'invoquer devant Alec, après ce que Peeta a dit, cela n'avait aucun sens. Elle regarde son coéquipier, qui lui jette un regard silencieux, qui dit ne pose pas trop de questions, je t'expliquerai plus tard. Elle lui rend son regard.

-Ok, on fait quoi maintenant ? Dit-elle en pointant le garçon blond par terre.

-Bah…ça, Gale n'y avait pas pensé. On le constitue prisonnier.

-Prisonnier ? S'exclament en cœur Alec et Katniss.

Ça ne s'était encore jamais vu.

-Je refuse ! Et puis quoi encore ! dit-elle férocement.

Elle ne veut pas ! Pas lui ! Pas…pas lui. Quelques souvenirs de son enfance sont sur le point de resurgir. Elle se dépêche de les chasser loin d'elle. Non ! Elle ne veut pas se rappeler de lui ! cela lui cause tant de souffrances. Et de le voir comme ça, changé par le capitol, elle ne pourra pas le supporter. Il faut le tuer ! Tout ira bien une fois les derniers liens coupés. Mais Gale n'en démord pas. Il attrape Peeta sous l'épaule et demande un coup de main à Alec, qui soutient l'autre bras avec réticence.

-Bien, si tu t'entêtes à le garder, mais si ton protégé a le moindre écart, compte pas sur moi pour retenir ma main, dit-elle en brandissant son arc.

Et c'est ainsi qu'ils rejoignent le campement. Katniss ne jette même pas un coup d'œil aux garçons et s'en va dormir sans rien dire.

-Là elle est bien fâchée, siffle Alec.

-Ça lui passera, Gale hausse les épaules. Va te reposer, je prends le premier tour de garde.

Alec s'exécute, et choisit une place, éloignée de l'arbre où son allié attache le prisonnier. Gale soupire. Il ne sait pas s'il a véritablement bien fait, mais s'il revient sur sa décision, Katniss ne manquera pas de lui en faire la remarque. Gale baille. Il aurait bien besoin de se reposer, mais il ne peut pas. Peeta est toujours évanoui. Si un jour on lui avait dit qu'il aurait à s'occuper d'une personne qu'il haïssait tant auparavant, il ne l'aurait pas cru. Avec la sorte de combinaison spéciale qui garde la température pour survivre au glacier, Gale ne peut pas voir grand-chose de ses blessures. Surtout qu'avec le faible éclairage qu'offre la lune, ça n'aide pas. Il se contente de retirer le haut, d'asperger maladroitement les blessures du garçon avec une bouteille d'eau, de l'essuyer avec un morceau de tissu, puis, n'ayant pas de bandages, il improvise ce même morceau de tissu comme pansement. Le résultat n'est pas terrible, mais il a fait ce qu'il a pu. Il n'est pas guérisseur, lui. Au moins, il n'y aura pas d'infection. Pour finir, Gale fait enfiler à Peeta son haut pour lui éviter de devenir un glaçon sur pattes, et s'en va se percher sur un rocher. Il se frotte les yeux pour tenter de rester éveillé. Lorsque Katniss vient prendre le tour de garde, il s'affale sur un petit terrain sec, et laisse les ténèbres l'engloutir avec reconnaissance. La nuit peut enfin commencer pour lui.

Alec est penché sur le malade. Il tient son pieu des deux mains. Peeta ne bouge pas, mais sa respiration est régulière. Avec ce nouvel obstacle, il sera d'autant plus dur d'accomplir le plan de son frère. Les deux autres sont encore endormis, il doit en profiter. C'est l'occasion ou jamais. Gale n'a sûrement pas pu vérifier les blessures de Peeta en pleine nuit, alors…un coup de pieu près du cœur, et personne pour en témoigner, cela devrait régler le petit incident…Alec dira qu'il a décédé durant la nuit. Il lève son pieu lorsqu'un bruit se fait entendre, il s'éloigne rapidement, juste le temps de voir arriver Katniss. Elle le regarde d'un air suspicieux tandis qu'il s'éloigne.

-Je…je vais faire un tour, dit-il mal à l'aise.

Elle le regarde s'éloigner, le pieu à la main, puis elle se tourne de l'autre côté où Gale est encore endormi, roulé en boule. Finalement, son attention se reporte sur la silhouette adossée au tronc, enchaînée avec la solide corde qui se trouvait dans le sac. Irrémédiablement, elle se sent attiré vers cet endroit. Elle jette un dernier coup d'œil à Gale, puis s'approche discrètement du prisonnier. Il est encore inconscient. Elle tâte son pouls. Ça va, se dit-elle en le trouvant. Et elle décide d'inspecter ses blessures. En retirant son haut, elle a une grimace. L'envie de s'enfuir lui prend soudain, mais il faudrait qu'elle lui remette son haut avant, et elle abandonne l'idée. Gale n'est vraiment pas doué. Au moins, il lui aura administré les premiers soins. Elle retire les bandages usés, et met sa main à la bouche pour éviter de hurler. De longues marques de griffes tailladent l'abdomen du jeune homme, et quelques morsures peuvent se distinguer à travers les tâches de sang.

-Qu'est-ce que…murmure Katniss.

-Mutations, lâche Peeta indifférent.

Elle bondit en arrière.

-Depuis quand… ?

-A l'instant, répond Peeta d'un ton neutre.

-Je ne les ai même pas vues…

-Elles ont été lâchées dans ma zone.

Katniss reste silencieuse.

-Alors tu étais sérieux hier…constate-t-elle.

Pour une raison qui lui échappe encore, le capitol tente de tuer sa propre arme. Cela explique pourquoi il n'a pas reçu de parachute.

-Tu es peut-être devenu gênant pour eux…suggère la chasseuse.

-Je suis gênant pour tout le monde, déclare-t-il.

Un silence s'ensuit.

-Il vaut mieux que je disparaisse, laisse tomber Peeta.

-Non ! C'est exactement ce qu'ils veulent ! S'écrie la fille aux cheveux nattés. Gale a raison, si on te tue, alors on n'aura juste agi exactement comme ils attendent que nous le fassions !

-En attendant, je ne te demande pas de me soigner, mais si tu pouvais au moins me remettre mon pull, je gèle là…

Katniss s'aperçoit qu'elle tient encore les vieux bandages dans ses mains. Elle s'empresse de lui en fabriquer de nouveaux, comme elle avait vu si souvent sa mère le faire. Elle passe de l'eau sur son torse, Peeta ne bronche pas, mais elle sait que cela doit faire horriblement mal, surtout vu la profondeur des entailles, puis elle lui applique les pansements improvisés, et lui remet son haut. Il hoche la tête. C'est sa façon de remercier. Elle entend Gale se lever doucement. Katniss se relève prestement, et attrape son arc.

-Je vais rejoindre Alec, mais pas un mot sur notre petite discussion. Je ne t'ai pas adressé la parole.

Et elle rejoint les buissons, laissant derrière elle un Peeta interrogateur.

Katniss court se réfugier dans un arbre. Là, elle se sent plus en sécurité. Des images du passé la frappent. Elle les repousse, en vain. Ce jour-là, elle ne peut pas l'oublier. C'était un dimanche, la boulangerie était fermée. Elle avait choisi ce jour pour remercier son sauveur, en pensant pouvoir éviter la sorcière plus facilement. Ça a été long. Il lui a fallu un temps fou pour prendre son courage. Elle a choisi son plus bel écureuil. On ne voyait même pas le trou qu'avait fait la flèche dans la tête de l'animal. Elle s'est coiffée à la va vite, puis elle est partie. Prim l'a regardé d'un drôle d'air. Elle s'en souvient.

-Où vas-tu ? lui a-t-elle demandé.

-Régler une histoire de pains. Ce ne sera pas long.

Elle a sauté la barrière et s'est faufilée par l'arrière de la maison. Elle s'est approchée de la fenêtre des Mellark, et a risqué un coup d'œil. Et là, elle a tout vu. Elle se rappelle de tout. La mère qui lui tirait l'oreille, le discours du président Snow, la peur qu'elle ressentait à ce moment, et pire encore, lorsqu'il s'était porté volontaire. Katniss s'est collée contre la façade de la maison. Non, pas lui. Pas lui ! Elle regarde l'écureuil qu'elle tient dans la main. Je…je dois encore le remercier. Il ne peut pas partir comme cela. Il va mourir. Il n'a que douze ans. Il a mon âge. Elle longe le mur pour regagner la clôture lorsque la porte de derrière s'ouvre en fracas. Une petite silhouette en sort et s'assoit sur le perron, lui bloquant la route. Le petit blond se frotte l'oreille rougi. Il enfouit soudainement la tête dans ses bras. Katniss n'ose pas respirer. Il lui suffit de tourner la tête pour l'apercevoir. Il est un peu secoué de temps en temps. Katniss comprend qu'il pleure silencieusement. Elle ne sait pas quoi faire. Jamais elle n'aurait pensé qu'une mère pouvait se comporter ainsi envers son enfant. Elle pense à sa mère. C'est vrai, elle a été injuste de l'avoir traité. Katniss regarde le petit garçon en face d'elle. Elle a envie de lui crier de se révolter, de ne pas se laisser faire. Mais elle sait que c'est impossible. Et c'est l'occasion ou jamais, maintenant, de le remercier. Elle s'avance un peu. Il ne l'entend pas. Alors, elle tousse légèrement. Il se relève soudainement :

-Katniss ? fait-il étonner.

Comment connaît-il son prénom ?

-Je…je…

Mais rien ne vient. Elle regrette de s'être montrée. Elle ne veut pas qu'il se sente mal à l'aise parce qu'elle l'a vu dans un de ses moments de faiblesse, alors sans réfléchir plus, elle jette l'écureuil à ses pieds, et s'enfuit sans se retourner. Il reste un instant éberlué, à la regarder courir, puis lorsqu'elle n'est plus dans son champ de vision, il baisse les yeux sur la petite créature morte à ses pieds. Il l'attrape avec précaution. Son corps est doux, mais la vie ne bat plus à l'intérieur du fragile corps.

-Merci, souffle-t-il, même si je l'aurai préféré vivant.

Katniss ouvre grand les yeux. Du haut de son arbre, elle voit Alec se battre avec un tribut. Elle saute de son arbre et court. Elle négocie un dérapage sur la terre boueuse et arme en voyant le tribut sur le point d'asséner un coup fatal à son partenaire. Il la voit. Elle tire. Il veut parer l'attaque avec sa longue hache, mais elle est trop rapide. La flèche se fiche dans la cuisse de l'adolescent.

-Alastar !

C'est là que Katniss repère la présence de la fille qui l'accompagnait. Le garçon dénommé Alastar lance sa hache vers elle. Elle se jette sur le côté pour esquiver. En se relevant, elle s'aperçoit qu'ils ont pris la fuite. Elle aide Alec à se relever péniblement.

-Ils…ils m'ont sauté dessus par surprise, je suis désolé.

Il se sent honteux. Elle l'oblige à relever la tête.

-Hé, on est alliés non ?

Non, on ne l'est pas, a envie de crier Alec, mais rien ne sort. Il ne veut pas la tuer. Mais son frère en a assez d'attendre. Il doit l'attirer vers les carrières. faire ?


L'adolescent tombe à genoux, épuisé.

-A chaque fois que je tente quelque chose, je rate joliment mon coup. Avril, je crois que je suis maudit.

-Dis pas ça, t'as juste pas eu de chances. Comment aurais-tu pu savoir qu'elle interviendrait juste après que les deux jumeaux se soient quittés?

-Ouais, dit-il en grommelant.

Il repense à la scène. Eux cachés dans les fourrés. Les deux jumeaux en train de comploter. Le premier s'en va. C'est le moment idéal. Et là, paf. Elle surgit de nulle part.

-Je vais te retirer la flèche, Alastar, dit-elle en se baissant à sa hauteur.

-Là maintenant ? s'étrangle la voix.

-Oui, maintenant.

-Attends, euh…y a pas un autre moyen ? Il cherche une excuse.

-Non, ça va faire mal, alors serre les dents.

-Avril ! dit-il avec des yeux affolés.

-Quoi ?

-Fais pas ça…

-Pourquoi ?

-J'ai…J'ai pe…avoue-t-il, mais il ne finit pas sa phrase.

Il hurle. Elle a tiré un coup sec.

-Oh, oh ! gémit le garçon, peinant à croire qu'elle ait osé faire ça sans crier gare.

-Voilà, c'est fait. Y avait pas de quoi en faire tout un plat tu vois.

-C'est pas toi qui t'es fait transpercer le genou, ça se voit ! dit-il en examinant piteusement le trou béant dans sa cuisse.

Elle ramasse de grandes feuilles rondes et lui dit de les appliquer sur sa blessure.

-Ça soulagera un peu, je vais chercher de l'eau.

-Non ! Me laisse pas.

C'était sorti tout seul. Elle le regarde. Pendant un instant, ce garçon ressemble à un gamin de dix ans, perdu. Avril ne pensait pas qu'il était aussi émotif sous sa carapace de dur à cuire. Elle revient sur ses pas, et s'assoit à côté de lui. Pour la première fois depuis le début du jeu, c'est elle qui va devoir mener. Il est là, salement amoché. Il lui tient la main. Elle fixe ses yeux noirs. Ses cheveux en brosse lui font ressembler à un militaire. Est-ce qu'il est dangereux ? Avril n'en a pas douté un seul instant depuis qu'ils s'étaient rencontrés, mais elle a le sentiment qu'elle peut lui faire confiance. Il a l'air si droit. Elle sait que quand il la tuera, il le fera en face, sans coup bas. Mais peut-être se trompe-t-elle complètement sur lui ? Elle lui pose une question qui la tiraille depuis :

-Dis Alastar…pourquoi tu es là toi ?

-Tu veux vraiment le savoir ? dit-il après un temps de pause.

Elle fait oui de la tête.

-J'ai…il hésite. J'ai tué mon père. C'était…un pacificateur tyrannique, qui martyrisait le district entier. Pourtant, il m'aimait beaucoup. J'étais…son seul fils. Un jour, je suis rentré avec un œil eu beurre noir. Mon père m'a obligé à me dire qui m'avait fait ça. Je lui ai dit que ce n'était rien, mais le lendemain, je n'ai plus vu mon oppresseur à l'école. Personne ne l'a plus jamais revu. Il l'avait supprimé. Est-ce que…ce pauvre gosse…méritait vraiment cela ?

Avril le sent sur le point de pleurer.

-Hé, ça va aller, elle lui chuchote doucement, comme pour ne pas effrayer un oiseau blessé.

-Je l'ai tué. Il était devenu fou. A moins qu'il l'ait toujours été.

Il se tourne vers elle.

-Tu as peur de moi maintenant ?

Elle secoue la tête.

-J'ai fait pire.

-Comme…

Elle pose ses lèvres sur les siennes. Il ferme les yeux. Ils restent ainsi de longues minutes. Quelle sensation merveilleuse. Ils ont l'impression d'être arrachés de l'arène, de planer vers un idéal. Il relâche finalement l'étreinte.

-Va-t-en.

-Quoi ?!

-Je suis condamné. Si tu restes avec moi, toi aussi tu le seras.

-Hors de question !

-Avril…

-Il n'y a pas de « Avril… » qui tienne, dit-elle en imitant la voix pathétique de son partenaire. Je ne te laisserai pas tomber, point barre.

-Tu n'as donc pas remarqué qu'on croise souvent les autres ? C'est parce que cette année, l'arène est plus petite, et le glacier occupe une grande place. Comme il se situe au centre d'une sorte de vallée, tout est en pente, il est donc plus facile de repérer les autres. Si on reste ici, on ne tardera pas à se faire remarquer.

-Je t'aime, dit-elle tout simplement, et ces quelques mots suffisent à tous les arguments qu'il vient d'énumérer.

Il lui sourit, mais son cœur saigne. Il ne la laissera pas mourir avec lui.


-Pas un foutu chat dans ce coin perdu, crie Azura.

Elle en a assez de marcher au hasard. Toute la journée, ils ont arpenté la zone, et rien. Et puis, pas le moindre coup de canon aujourd'hui. Peeta chôme ou quoi ? et eux, s'ils ne s'activent pas, les juges pourraient perdre patience et leur envoyer de bonnes petites mutations.

-Ce sera pour demain, sourit Phantom, à ses côtés.

Elle le dévisage.

-Tu peux pas arrêter de sourire bêtement toi ? dit-elle férocement.

Mais son sourire ne disparaît pas pour autant. S'il le fait, c'est pour elle. Pour ne pas qu'elle craque derrière l'écran. Elle doit le regarder jour et nuit, osant à peine dormir. Rowan. Il a mal en repensant à son regard ce jour-là, et son sourire s'accentue exagérément, crispé. Azura se détourne, soupirant de cet imbécile.

Elle lui tient la main.

-N'y vas pas, s'il te plaît.

Un instant plus tôt, ils rigolaient encore.

-Si je ne fais rien, elle risque d'y passer. Tout va bien se passer.

Pourquoi a-t-il fallu qu'ils se retrouvent là à ce moment précis ?

-Pourquoi cherches-tu sans cesse à jouer les héros ? s'emporte Rowan.

Mais il est déjà parti. Phantom court et stoppe le pacificateur juste au moment où le fouet descend pour frapper le gamin.

-S'il vous plaît, implore Phantom, ce n'est qu'un enfant. Il a compris la leçon. Il ne dessinera plus sur les murs.

Pour toute réponse, le pacificateur finit son mouvement. Le fouet claque sec sur Phantom, qui ferme juste à temps les yeux pour éviter de perdre la vue. Une estafilade sévère apparaît au niveau de son œil droit. L'adolescent se prend l'œil qui éclabousse sa chemise de sang.

-Enfoiré…grogne-t-il.

-Phantom, non !

Mais il frappe en plein visage le pacificateur, qui s'écroule en arrière.

-Attrapez-le, crie-t-il à ses collègues.

Deux pacificateurs encadrent l'élément perturbateur, en frappant son ventre au passage.

-Alors comme ça, tu fais le malin, dit-il en se relevant péniblement. Mais je vais personnellement te recommander pour les Hunger Games prochains. Tu sais bien, ceux qui commencent dans moins d'une semaine.

-C'est impossible, intervient Rowan. Vous ne pouvez pas l'obliger à être tiré au sort.

-Ah tu crois ça ? Les règles ont changé il y a tout juste quelques jours. Après l'arrestation d'un dénommé Eero. Vous n'avez qu'à vous en prendre qu'à lui, ricane-t-il.

Et ils ne se sont revus que le jour du départ. Elle a bondi dans la pièce, et il l'a serré fort. Elle pleure.

-Hé, je vais revenir t'inquiètes.

-Tu as une chance sur vingt-cinq mon cœur, comment veux-tu que j'y croie ? dit-elle entre deux sanglots.

-Tu ne crois pas en moi Rowan ?

-Toi ? Le gentil garçon farceur que je connais ne ferait pas de mal à une mouche.

-Tu oublies mon passé Rowan. J'étais un vrai bad boy à l'époque. C'est toi qui m'as changé, dit-il en souriant avec un doux regard.

-Mais, même en admettant que tu réussisses, tu en ressortirais tellement différent. J'ai peur Phantom.

-Je vais faire mon possible pour tuer tout le monde le plus vite possible, et je reviendrais, d'accord ? Et tout ça, dans la joie et la bonne humeur, tu verras, je ne perdrai pas mon sens de l'humour.

-Tu serais capable de sourire avec un couteau planté dans le dos, murmure son amie, en rigolant un peu.

-Oui, et le plus dur pour toi en regardant ces jeux, ce sera de choisir qui tu voudras supporter. Moi…ou ton idole dont tu ne manques aucun jeu depuis quatre ans.

-Tu parles de Peeta ? rit-elle. Abats-le vite quand tu le verras, je suis de tout cœur avec toi.


Le ciel reste obstinément noir ce soir-là. Pas de morts à l'horizon. Kaylin tient la garde. Du haut de ses seize ans, elle paraît bien maigre. L'eau lui manque terriblement. Dans son district, elle allait tous les jours à la pêche avec son père. Dommage que le lac soit gelé, elle aurait pu en tirer quelque chose. Ce soir, il fait terriblement froid. Devant sa bouche se forment de petits nuages de vapeurs. Heureusement qu'avec le maillot qui lui colle à la peau, elle ne ressent pas le froid. Juste aux extrémités. Elle réchauffe ses doigts en serrant son javelot contre elle. Un craquement à ses côtés s'élève. Elle sursaute et pointe son javelot.

-C'est moi, dit Wolfram, en lui faisant signe de se taire.

Elle remarque qu'il est équipé d'un sac.

-Que fais-tu ? Chuchote-t-elle.

-Je m'en vais. Ne dis rien, ou je serai obligé de te tuer.