Oh, mais on est pas dimanche, comment cela se fait-il que je publie? Parce que les grandes vacances approchent, et donc je vais prendre un rythme plus irrégulier, et aussi parce que je voulais faire plaisir à Coco07. Je sens que tu vas bien aimer ce chapitre ^^

Voilà, j'entame ma partie II, je change de P.O.V, et vous laisse découvrir lequel j'ai choisi.

Bonne lecture, et merci d'inaugurer la nouvelle partie avec une review!


PARTIE II: L'ERRANCE.

Chapitre 11: Flocons d'été.

Du sang.

Je frissonne un peu à la vue de ce liquide. D'habitude, je ne ressens rien, mais là c'est différent. C'est mon sang qui s'échappe de moi. C'est mon sang qui s'incruste dans mes ongles. Mon cou me fait souffrir. Tant mieux. Je lève ma main pour entamer un énième mouvement : mes ongles se plantent dans la chair, derrière mon oreille, et d'un geste brusque, je descends ma main jusqu'au bas de mon cou, continuant d'y enfoncer mes ongles. Le sang coule. Il semble que rien ne puisse arrêter cette hémorragie. Bientôt, on n'arrivera plus à distinguer les nombreuses traces de griffures présentes sur mon cou.

Dehors, il pleut. Une fine pluie qui s'immisce partout. La grotte n'offre qu'une faible protection, peu profonde, mais c'est assez pour elle. Je n'ose pas trop me rapprocher d'elle. Elle me fait peur et me captive tout à la fois. Alors, je garde mes distances, et je reste sous la pluie, à tenir la garde. Ma main repart mécaniquement en haut de mon cou, et je lacère une nouvelle fois ma peau. Je me concentre sur la douleur.

Hier, il y a eu quatre morts. Je les compte sur les doigts : Edwidge, Kaylin, Herbie et Meryl.

Wyrd m'avait dit lors de mes tout premiers Hunger Games de ne pas retenir les noms de mes ennemis. Mais je le fais quand même. Lui désobéir, c'est ma révolte à moi. C'est ma façon de leur montrer que je m'appartiens encore un peu. Si peu pourtant. Je retiens les noms de tous ceux que j'ai tués. Peut-être que je fais cela pour me tourmenter encore plus, pour me punir de ce que je suis.

Peut-être.

Le jour est sur le point de se finir. De la journée, il y a eu quatre nouveaux morts qui sont allés gonfler le nombre des victimes de ces jeux. Je compte une nouvelle fois sur mes doigts, comme si faire des gestes simples me rassurait, et je dénombre un total de cinq survivants. Qui sont les quatre morts ? A ma dernière connaissance, il restait Azura et Eero du 1, Phantom, le tribut du district 2, Wolfram du 3, Avril du 5, Tiago du 6, Gale et Katniss du 12…et moi.

Katniss est à mes côtés, il y a donc trois survivants à compter parmi et les sept autres. Mais qui ? Je pense de suite à Eero. Je me souviens de sa volonté à se raccrocher à la vie durant ses séances de tortures, là-bas au capitol. Eero ne peut pas être mort, c'est un fait qui n'admet aucune contestation. Reste deux places. La dernière fois que j'ai vu Azura, elle était devenue folle. Elle doit vouloir ma mort, et si elle ne m'a toujours pas trouvé à l'heure qu'il est, c'est qu'elle doit être morte. Avril non plus n'a pas la capacité à survivre aussi longtemps.

Je continue mes déductions, et compte deux places pour quatre personnes, dont deux carrières. Comment Tiago a-t-il réussi à survivre jusque-là, à seulement quatorze ans ? C'est qu'il a dû faire équipe. Or jamais il ne ferait équipe avec Wolfram et Azura, il ne reste donc plus que Gale. Cependant, Gale est resté avec Katniss tout ce temps, donc Tiago est indéniablement seul. Un tribut seul est un tribut mort. Je le raye donc de la liste. Peut-être que les deux survivants sont tous simplement les deux carrières. De toute façon, j'aurai ma réponse dans quelques heures.

La pluie me tombe dans le dos, c'est désagréable comme sensation quand on sait l'affinité que j'ai avec l'eau. Elle efface mon sang. Si seulement elle pouvait aussi effacer mes péchés. Mais je sais que ce n'est pas aussi facile. J'éternue sans le vouloir. Je me retourne, effrayé à l'idée de l'avoir réveillé, mais elle n'a pas bougé d'un pouce. Rasséréné, j'entreprends d'inspecter la blessure que m'a faite Azura la veille. Elle n'est pas bien grave, mais quand je bouge le bras, je ne peux m'empêcher de serrer les dents. Je lève mes yeux vers le ciel, mais il n'y a rien. Ce n'est pas encore l'heure. J'ai un mauvais pressentiment. Comme si quelque chose de grave est en train de se produire dans le monde extérieur. Le monde réel. Pourquoi ne sommes-nous plus que cinq à la fin du sixième jour ? Pourquoi ai-je l'impression que nous sommes délaissés ? Que je suis délaissé plutôt. Le capitol ne veut plus de moi. Mes parents m'ont renié le jour où ils m'ont envoyé à cet abattoir. Il ne me reste plus rien. Je suis sûr de ne plus participer aux prochains jeux. Il faut que je me raccroche à quelque chose avant de sombrer. Instinctivement, mes yeux se posent sur la forme endormie à mes côtés, mais je me détourne immédiatement. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je devrais mieux me concentrer sur ma mère. Il faut qu'elle paie. Qu'elle paie. Qu'elle paie. J'ai l'impression d'être un disque trop utilisé, et qui s'est rayé depuis si longtemps.

Qu'elle paie.

Qu'elle paie.

Et j'accompagne chaque phrase en me tailladant le cou un peu plus. Une main m'attrape soudainement le poignet pour me forcer à arrêter ma mutilation.

-Qui doit payer ?

Je sursaute et me tourne pour croiser le visage de Katniss. Je comprends que j'ai parlé à voix haute. Elle a un regard sévère, et en même temps, j'ai l'impression qu'elle compatit avec moi. Mais ce doit bien n'être qu'une illusion. Personne ne peut prendre en pitié le tueur que je suis. Je retire brutalement ma main et lui tourne le dos.

-Peeta, quel jour sommes-nous ?

-Fin du sixième jour, je réponds. Tu n'as pas bougé pendant plus d'un jour. Tu as cumulé trop de fatigue, et le poison était plus puissant que prévu.

J'entends un gargouillement sonore.

-Ta part, dis-je en indiquant un petit tas posé pas loin, sans la regarder pour autant. J'en meurs d'envie cependant, j'aimerai savoir si elle va bien, si elle a repris des couleurs, si ses blessures se portent mieux, mais je joue l'indifférent. Je continue à fixer un point imaginaire dans l'horizon.

-Pourquoi tu me gardes en vie ? demande-t-elle.

Je ne réponds pas.

-Je suis ta prisonnière maintenant ?

Je ne réponds pas non plus à sa provocation. Elle pousse soudainement un cri. Je me retourne vivement.

-Peeta ! Qu'est-ce que c'est que ça ?

Elle me désigne le petit pain rond que j'ai pris le soin de laisser à l'abri de la pluie, et que j'ai posé sur son tas de nourriture, en évidence.

-C'est un pain, je dis d'une voix neutre.

-Mais où l'as-tu eu ? Dit-elle en me secouant comme un prunier. Réponds !

Je ne sais pas trop ce qu'il m'arrive, mais cela ne me plaît guère d'être ballotté dans tous les sens, alors je pose mes mains sur les siennes et l'oblige à lâcher mon col.

-Du calme, ça vient d'un parachute. Comme il indiquait clairement qu'il venait de ton mentor, je me suis dit que ça serait pas très sport de le manger à ta place.

-Quand est-ce qu'il est arrivé ? Hurle Katniss, visiblement au bord de l'apoplexie.

J'ai l'impression de devenir sourd avec cette sirène qui me hurle dans les tympans, mais je parviens tout de même à articuler qu'il est arrivé cet après-midi. Elle semble soulagée, mais se fige d'un coup.

-Haymitch m'a envoyé ce pain cet après-midi, alors que j'étais sonnée, et que tu étais la seule personne à pouvoir le récupérer…dit-elle incrédule.

Puis elle explose.

-Haymitch, espèce de… !

Je ne vous rapporterai pas la suite de ses paroles, mais sachez qu'elle a employé un vocabulaire très imagé que je ne pensais même pas pouvoir exister. Après s'être, disons, énervée contre son mentor, elle ramène son attention sur moi, et me scrute avec des yeux effrayants.

-Toi…dit-elle d'un ton menaçant. Mais qu'est-ce que tu as derrière la tête ? Je n'arrive pas à te cerner. Pourquoi tuer tout le monde et me laisser en vie ? De quel côté tu es ?

-J'ai dit que je voulais te protéger, c'est pourtant clair non ? Je me risque à lui répondre.

-Non ! Je ne peux pas te faire confiance. Toi, tu es un produit du capitol. Tu as certainement des manigances. Je dois te servir, sûrement. Je suis ton appât peut-être.

-Mais réfléchis un peu, je proteste. Qui voudrais-tu que j'attire ?

-Gale. Qui d'autre ?

Ça y est, elle a perdu la tête. Je soupire en mon for intérieur. Je devrais mieux la tuer maintenant, non ?

-On ne sait même pas s'il est en vie celui-là, dis-je pour ma défense.

-Moi je sais.

Ah bon ? Et comment peut-t-elle en être aussi certaine ? Je m'apprête à le lui demander quand elle me pointe le pain.

-Regarde.

Je m'exécute, et remarque un détail qui m'avait échappé au moment de la réception du colis.

-Il y a deux oiseaux dessinés sur le pain, je constate.

-Exact, dit-elle. Donc Gale est toujours vivant.

Bon, je renonce à comprendre. Cette fille doit avoir un taux de poison encore élevé dans son sang. C'est la seule explication possible. Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose, puis se ravise.

-Peeta, que comptes-tu faire à présent ?

Tuer les autres, te tuer à la fin, et sortir vainqueur de ces 74ème jeux afin de recommencer le cercle vicieux dans lequel je suis depuis déjà si longtemps. Mais je sais que c'est faux. Je ne souhaite plus revivre cela. Et surtout, je sais que jamais je ne la tuerai. Parce que…parce que…Oh, je ne suis pas sûr de le savoir moi-même. Je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce sentiment qui me tiraille le ventre depuis que je me souviens. Peut-être parce que c'est la première fois que je le ressens. Non. J'ai dû l'expérimenter auparavant, mais je ne m'en souviens plus, c'est tout. La haine ? Non. La frustration ? Non plus. Alors quoi ? Je m'aperçois qu'elle attend toujours une réponse.

-Rien, je lâche.

Je me sens vide. Je suis vide. Je n'ai plus d'émotion.

-Je sais que tu peux me trahir à chaque instant, et sans doute le feras-tu lorsque je deviendrai trop gênante. Mais…Peeta-elle me regarde avec gravité-accepterais-tu de m'accompagner au glacier ? Peut-être que…

Mais elle ne finit pas. La manière dont elle me regarde avec insistance me met mal à l'aise. J'ai l'impression d'être à l'église et de confesser mes péchés. J'ai l'impression qu'elle agit pareillement à une prêtresse cherchant à sauver mon âme. Comme si mon âme pouvait être sauvée ! Ridicule.

-Je dis ça pour toi. Parce que…j'ai une dette à rembourser. Si on se sépare, on ne se reverra plus, sois en sûr.

Je ne veux pas qu'on se sépare, je pense instantanément. Ça a jailli de mon esprit d'un coup, et je réalise à quel point elle m'est précieuse. Depuis ce jour…

-Je te suivrai où que tu ailles.

Elle hoche lentement de la tête, et le ciel s'illumine. Il est minuit. Nous levons la tête. Je remarque que Katniss est sereine. Elle doit être certaine que Gale soit vivant. Dans ce cas, qui de Phantom ou Wolfram a survécu ? Les morts répondent à mes estimations, ce sont Azura, Tiago, Avril, et Wolfram. Elle pousse un soupir de soulagement après avoir eu cette confirmation.

-Repose-toi, je vais monter la garde, me dit-elle. Demain va être un jour très long, crois-moi.


Septième jour.

J'émerge rapidement de mon sommeil. Je me sens encore un peu fatigué, mais ça ira. Je commence à effacer nos traces mais Katniss m'arrête.

-On n'a pas le temps, et puis ça ne servirait à rien.

Elle est pressée de rejoindre le glacier et fait de grands pas. Je la suis comme une ombre. Elle tourne la tête pour voir si je la suis.

-Tu es discret. Je ne t'imaginais pas comme ça.

Je pense que je vais prendre ça pour un compliment. A mon arrivée au capitol, j'ai passé des semaines à m'entraîner sur ça. Wyrd m'avait dit que je marchais comme un éléphant.

-Sois discret, ou sois mort.

Leçon numéro 56. Horrible leçon. Je pénétrais dans une maison noire, et je devais subtiliser la bague portée par la propriétaire. On faisait ça au capitol. Quand j'y arrivais, on prétextait qu'il s'agissait d'un voleur qui avait réussi à s'infiltrer au capitol, puis on prenait un prisonnier d'un district quelconque et on l'accusait à travers un procès public avant de l'exécuter. Cela permettait en quelque sorte de raffermir l'autorité du capitol sur ses pantins, et de montrer sa toute-puissance. Si j'échouais et que l'habitant me découvrait, on l'exécutait purement et simplement. Personne ne posait de question au capitol. Votre voisin disparaissait mystérieusement, et était remplacé par quelqu'un d'autre. Eux aussi, je les ai sur la conscience. Surtout que l'échec était toujours suivi de sanction.

Nous arrivons à la rivière. Je constate épouvanté que celle-ci n'est plus de glace.

-Il faut traverser, dit katniss imperturbable.

-Plus bas, je dis d'un ton autoritaire pour masquer l'angoisse qui m'étreint. Le courant est moins fort.

Elle me dévisage en silence, mais je reste impassible. Finalement, elle se laisse convaincre et nous longeons la rive. Je cherche désespérément un autre moyen de la faire changer d'avis, mais elle ne quitte pas des yeux le glacier.

-Ici c'est bon.

Le moment fatidique est arrivé. Je la vois entrer doucement dans le cours d'eau. L'eau lui arrive bientôt aux chevilles, puis aux genoux, au buste…elle marche jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus, et se met à nager. Jamais je n'y arriverai. Ce n'est que lorsqu'elle atteint le versant de la rive qu'elle réalise que je ne la suis pas. Je suis tout simplement paralysé devant cette eau.

-Peeta, dépêche-toi.

Je fais des allées et venues, j'essaie de prendre mon courage à deux mains, mais sans succès. Je déglutis :

-Vas-y sans moi, je te rejoins plus tard.

Bien sûr, tout cela est faux. Je ne me risquerai pas à traverser ce torrent fou. C'est alors qu'elle rentre dans l'eau. Je ne peux m'empêcher de la contempler :

-Qu…Qu'est-ce que tu fais Katniss ?

-Je viens te chercher bougre d'âne.

-Non, non non non ! Je dis, en proie à une panique.

-Peeta !

Elle écarquille les yeux.

-J'ai dit non, je proteste.

-Non, derrière toi !

Je regarde dans la direction qu'elle me pointe, et je hoquète de surprise. Des vagues déferlent sur nous à vitesse grand V. Etant dans une sorte de cuvette, l'eau glisse naturellement sur la pente. Le glacier est au centre. Et à présent, il est notre unique espoir d'échapper à ce tsunami. Je cours sans réfléchir vers Katniss. Elle me tend la main.

-Je ne sais pas nager, je l'admets ! Criai-je, un peu honteux de le dire.

Nos mains se cherchent frénétiquement. Au moment où elle m'attrape, nous sommes balayés par une trombe d'eau qui s'écrase sur nous. Je tournoie comme une toupie. Le courant m'entraîne de manière irrésistible vers le fond. Des bulles s'échappent de ma bouche. Je bats des pieds par réflexe mais ma progression se résume à zéro centimètres. Je me heurte soudainement à une paroi et je comprends que je suis au pied du glacier. Je m'accroche au bloc de glace à l'instant où la vague se retire, et comprend mon erreur. Je ne suis pas au pied, mais à plusieurs mètres de haut. Pris de vertige, je raffermis ma prise sur la glace. Si je fais le moindre faux pas, c'est la chute dans le néant. Une voix crie mon nom. Je lève lentement les yeux. C'est Katniss. Elle est sur un rebord, sûrement la route qui serpente à travers le glacier, et que j'avais pris pour descendre la première fois. Si j'arrive à l'atteindre…je pourrai m'en sortir.

-Prends ma main !

Je secoue la tête. Si je fais ça, c'est le plongeon pour nous deux. Elle n'arrivera pas à me remonter. Le froid me glace entièrement, et je ne sens plus mes mains. Je respire difficilement, et commence à me hisser à la force des poignets.

La pente de la falaise est très raide, et je manque plusieurs fois de m'écorcher sur la paroi de glace. Tous mes muscles sont mobilisés dans cet ultime effort. Je grimace sous l'effort. Alors que je crois être tiré d'affaire, une autre vague vient s'écraser au niveau de mes jambes. Je perds l'équilibre et pendant un affreux moment je me vois tomber dans le vide. Je n'ai pas le temps d'avoir peur, ni de crier.

Je tombe.

Une force gigantesque me repousse et m'élève.

Une autre vague qui part dans l'autre sens.

Je voltige sur plusieurs mètres dans les airs avant de m'écraser lourdement sur le chemin que je convoitais tant d'atteindre. Maintenant au moins, c'est fait. Je reste ainsi, allongé sans pouvoir faire le moindre mouvement. Je réalise que je suis passé à côté de la mort, et je me mets à trembler de plus en plus. La mort, c'est traître. Ça vous guette tout le long de votre vie, et ça vous saute dessus sans crier gare durant vos faiblesses.

-Peeta.

La voix est douce. Une forme s'approche de moi. C'est Katniss.

-Rien de cassé ? T'as chuté de plus de dix mètres de haut.

Je secoue la tête, mais je suis encore sous le choc. Elle me regarde avec des yeux inquiets. Bon, va falloir que je la rassure. J'ouvre la bouche, mais aucun son n'en sort. Serai-je devenu muet ?

-On devrait bouger avant que le rapide ne nous emporte.

J'acquiesce, incapable de dire le moindre mot. On se lève et je sens une faiblesse à ma cheville. Elle s'est foulée. je serre les dents. Hors de question qu'elle s'en rende compte. Sauf que c'est le cas. Elle me regarde de ses yeux sombres. J'esquisse un sourire, mais ses yeux descendent au niveau de mon entorse. Raté pour la discrétion. Je ne veux pas qu'elle me prenne en pitié, alors j'accélère le pas.

-On va arranger ça en haut.

Mon cœur rate un battement. C'est exactement ce que je voulais entendre. Pas d'apitoiement, mais des paroles sensées. Je me tourne vers elle mais soudainement, quelqu'un d'autre attire mon attention.

-Hello.

Je sens Katniss qui se tend. Eero est devant nous. Il nous barre la route alors que nous sommes presque arrivés. Heureusement pour nous, il n'est pas en possession de sa faux. Il a dû la perdre en échappant au raz-de-marée. Je scrute les alentours à la recherche des deux autres survivants. Logiquement, ils ne devraient pas être bien loin, mais je ne les vois pas.

-Je te propose un marché.

Cela m'irrite beaucoup car il me met expressément à l'écart en ne fixant que Katniss.

-Je te laisse passer.

Jusque-là, ça me convient. Si Katniss peut passer, ça me rassurera.

-Et tu me laisses Peeta.

-Une vie contre une autre, ton marché me paraît juste.

Eero sourit. Pas moi.

Elle s'avance, elle va le dépasser. Je réalise que jouer le gentil ne sert à rien si l'on veut s'en sortir. C'est dommage. Ce n'était pas l'image que je gardais d'elle dans mes souvenirs. Pas celui d'une fille froide, qui enchaîne un coup sur la nuque brusquement, qui se fait attraper le bras et retourner en arrière, qui crie sous la douleur, qui…

Je sors de mon mutisme.

-Katniss !

En deux bonds je les rejoins et attrape Eero pour le projeter de toutes mes forces sur le glacier.

Un vrombissement titanesque me vrille les tympans. Je lève les yeux pour apercevoir une masse sombre, sans comprendre de quoi il s'agit.

-Qu…

-C'est Haymitch ! Dit Katniss qui sourit pour la première fois depuis le début des jeux.

Haymitch ? Qui c'est lui ? C'est dans les jeux ça ?

Je ne peux plus respirer subitement. Une poigne puissante me bloque la respiration. Je pivote pour reprendre l'avantage, mais le colosse est fort et ne se laisse pas déstabiliser. Je plonge dans ses yeux vairons. Un vrai gouffre. Je suffoque, l'air n'arrive plus à mes poumons. Je rejette brutalement ma tête en arrière et doit cogner son nez car il lâche prise. Je tombe à genoux, mais me remet en position de défense, prêt à riposter. Seulement voilà, un couteau finit sa course dans la poitrine de mon adversaire. Je vois du coin de l'œil Phantom et Gale courir en me pointant du doigt l'hovercraft.

Mes oreilles bourdonnent, j'ai l'impression de devenir sourd. Mes yeux se posent sur le tribut au sol. Il me regarde avec pitié et articule des sons, mais je n'entends rien. Puis je regarde Katniss. Elle aussi semble me parler en me pointant l'énorme machine qui amorce l'ouverture de la soute, mais je n'entends rien. Pourtant, je sais exactement ce qu'elle me dit.

-Non, je ne peux pas.

Katniss ouvre des yeux ronds. Comment lui expliquer que je ne suis pas prêt à affronter le monde réel ? Comment lui dire que toute ma vie, j'ai vécu dans une arène, que c'en est presque devenu ma maison ? Comment lui faire comprendre que je ne suis bon qu'à tuer et dépecer ? Je ne pourrai jamais me réhabiliter à la vie.

-Je reste ici, dis-je alors qu'elle s'est rapproché de moi.

Je la regarde sérieusement, et elle me rend mon regard. Sans trop réaliser ce qu'il m'arrive, elle m'attrape la main et l'enveloppe dans les siennes. Elle chuchote, mais cette fois-ci, je l'entends très distinctement :

-Montre-leur que tu n'es pas qu'un simple pion.

Je suis stupéfait.

Quelqu'un crie le nom de celle qui est là, juste à côté de moi, elle se retourne et répond qu'elle arrive. Puis son attention se reporte sur moi, ses yeux brillent, elle me demande de la suivre.

Et je m'exécute. Mes pieds bougent seuls. Je me mets à courir, la main toujours dans la sienne. On arrive presque à la machine. Je peux déjà apercevoir Gale et Phantom avalés par le monstre mécanique.

Et je m'arrête. Je fais volte-face et je cours dans l'autre sens.