Voici un chapitre super court, mais j'ai dû le taper en un temps record, donc excusez-moi. Prenez cela plutôt comme une transition qui relancera un peu le dynamisme de ma fic. Merci aux reviews, et à Rosinette pour m'avoir poussé à publier )
Chapitre 15 : Le jugement
Il pleuvait. Il pleuvait même très fort. Il est dur de se rappeler de ce que j'étais avant, lorsque je vivais encore dans le district 12. Mais ce jour de pluie est resté gravé dans ma mémoire, il n'attendait qu'une étincelle pour réapparaître. Je me souviens comme si c'était hier, des gouttes de pluie qui s'écrasaient sur le sol en créant de grosses flaques, des nuages qui recouvraient tout le ciel, de ma joue qui me cuisait après la claque que j'avais reçu, mais surtout et avant tout, de sa mine affamée. L'idée est arrivée spontanément. Dès que je l'ai vu, j'ai su ce que je devais faire. J'ai fait brûler les pains de mon propre gré. Je préférais m'imaginer l'expression qu'elle aurait plutôt que celle de ma mère.
Mais j'ai tout gâché. La faute à ma nervosité ? Ma maladresse ? Qu'importe. Ce qui compte, c'est que je lui ai jeté les pains de la pire sorte. Alors là, Peeta, bravo, on peut dire que tu t'es mouillé ! Au sens littéral comme au figuré. J'aurais dû courir pour les lui apporter. Maintenant il est trop tard.
Trop tard…je réalise que je fixe le pain rassis et je reviens lentement à la réalité. Katniss me regarde.
Je la dévisage. Ses yeux bleus gris lui donnent un air mélancolique que je ne lui connaissais pas, ses longs cheveux châtains forment une natte, malgré quelques mèches rebelles qui lui tombent sur le front, les traits de son visage sont fins, ses lèvres m'appellent, mais je sais que c'est impossible. Il me faudrait trois vies entières pour me faire pardonner. Je m'agenouille et ramasse le pain en passant ma main à travers les barreaux. Puis je le lui tends et murmure :
-Je suis désolé pour tout. Désolé d'être entré dans ta vie.
Ma voix tremble. Je suis ému. Elle prend la miche de pain pour signifier qu'elle accepte mes excuses, mais comme je garde la main tendue, elle finit par comprendre et se penche vers moi. Je caresse avec délicatesse la grosse bosse en haut de son front. Ça aussi, c'est l'œuvre du monstre que je suis. Je blesse les gens qui me sont proches.
-Tu n'as pas à l'être Peeta. Ce jour-là, tu ne le savais pas, mais tu m'as sauvé la vie.
Et elle répète, la voix grave :
-Tu es le garçon des pains.
-Je vois…dis-je, mais ma voix trahit ma déception.
-Non ! se reprend-elle. Tu sais bien que tu es plus que ça à mes yeux, mais ne me force pas à répéter ce que j'ai dit tout à l'heure. Je ne suis pas douée avec les mots.
Je souris devant sa maladresse, mais je me referme aussitôt.
-Qu'est-ce qui ne va pas ?
-Je repense à ce qu'a dit Eero avant de rendre l'âme. Il avait raison. J'ai deux personnalités différentes. Je ne le savais pas, c'est tout, soupirai-je.
-As-tu retrouvé tes souvenirs ?
-Je ne sais pas, avouai-je. C'est très confus dans ma tête. Je me souviens de ce jour de pluie…
-Réel, elle m'interrompt.
-Comment ? Fis-je.
-C'est réel. Dis-moi ce dont tu te rappelles, je te dirai si c'est réel ou non.
Devant sa marque d'encouragement, je me lance et essaie de replonger au plus profond de moi.
-Je m'appelle Peeta, j'ai…-j'hésite-, j'ai seize ans, dis-je finalement.
-Réel.
-Je me suis porté volontaire pour être le représentant du capitol.
-Pas réel. Ta mère t'a forcé.
Je déglutis.
-Où est ma mère ? fis-je soudainement.
Elle semble bien gênée par la question.
-Je l'ai tué…murmurai-je, c'est ça ?
-Pas réel, c'est moi qui l'ai fait. Je l'ai tué avec une casserole.
Je ne dis rien, et elle pâlit, mais j'éclate d'un rire compulsif.
-Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? proteste-t-elle. Je pensais que tu m'en voudrais.
-Oh non, dis-je entre deux respirations, c'est juste que je la pensais invincible, et je t'imagine en train de lui administrer un bon coup de casserole sur la tête.
-C'était pas très drôle sur le coup. Toi tu étais pâle comme un fantôme.
Je ris encore de plus belle quand une douleur aiguë s'empare de ma mâchoire. Je serre les dents pour arrêter cet élancement.
-Une cicatrice de la rencontre avec ta mère. J'ai essayé de dévier la balle, mais elle s'est fichée dans l'os de ta mâchoire. Une nuit entière pour la retirer, mais y avait plus de peur que de mal au final.
Je hoche la tête en me frottant le bas de la joue. Il y a comme un trou, mais je ne l'avais pas remarqué auparavant. Puis une idée horrible m'envahit. Et une autre, et une autre, à mesure que je réfléchis.
-J'ai tué, réel ou pas réel ?
-réel.
-J'ai vécu quatre hunger games, réel ou pas réel ?
-Réel, même si ta cinquième édition ne s'est pas terminée.
Les questions se bousculent dans ma bouche, et je parle de plus en plus vite.
-Tout le monde me déteste, c'est réel ça non ?
-Pas réel. Je ne te déteste pas moi.
-Oui, bon, ça fait UNE exception, génial…grommelai-je.
Elle prend mon visage entre ses mains :
-Tu n'es pas un monstre Peeta, tu es…elle cherche ses mots, tu es une victime voilà !
-Une victime, répétai-je bêtement. Tu te fiches de moi là ?
-Pas du tout. Ils t'ont considéré comme un pion depuis le début de la partie, mais tu n'es pas un pion, tu ne leur appartiens pas.
-Je leur ai appartenu, dis-je d'un ton glacial. J'ai été un pion, continuai-je. Mais je refuse d'en être un plus longtemps. A partir de maintenant, je vais prendre ma destinée en main. Je me résous à ne plus tuer personne.
Elle garde la bouche ouverte devant ma déclaration, un air hagard placardé sur son visage.
-Plus personne ?
-Plus personne, confirmai-je.
-Même pas le président Snow ?
-Bon, il sera peut-être l'exception…concédai-je.
A peine parle-t-on du loup que…bref, vous connaissez bien le dicton. Il entre en coup de vent suivi de ses gardes.
-Eh bien, ça en a pris du temps à la belle au bois dormant de se réveiller. Heureusement que le prince charmant est là, pouffe-t-il en regardant Katniss.
J'essaie de parler mais il me coupe directement :
-Tut tut tut mon petit Peeta. J'ai bien vu ton petit jeu avec elle dans l'arène, n'essaie pas de la jouer avec moi. Combien de fois avais-tu l'occasion de la tuer, et tu ne l'as pas fait ?
Il claque des doigts et un des gardes ouvre une mallette qui contient un écran. Snow appuie sur la télécommande et une image de moi au glacier apparaît. J'ai une dague à la main et je regarde Katniss. Elle est largement à ma portée, mais je n'attaque pas. Quelques secondes s'écoulent avant que le garçon du district 11 ne décide de m'attaquer. Il zappe et cette fois j'ai un petit couteau à la main et je suis caché derrière un buisson. Elle est là, à quelques mètres, attendant le retour de Gale. Je me souviens de ce jour, c'était après avoir laissé Jill se reposer. Nouvelle image, et cette fois c'est après la rencontre avec les carrières. Snow finit par éteindre l'écran d'ennui.
-Tu vois donc Peeta, que lorsque tu es entré à la coupole hier, à aucun moment je pensais que tu revenais vers moi. Tu as changé de camp sans t'en apercevoir on dirait. Que comptais-tu faire avec ton petit jouet scotché à toi ? te faire exploser ? Allons ne sois pas ridicule. J'avais tout prévu depuis le début, y compris la mort de Crowe. Un inutile celui-là.
-Vous ne m'aviez pas prévu, tranche Katniss d'un ton sec.
Il se tourne vers elle et toise l'effrontée.
-Je l'admets, dit-il finalement. Qui aurait pu penser que tu sois assez stupide pour revenir vers celui même qui t'a rejeté ?
-Comment as-tu fais ?
-J'ai retenu le premier chemin, j'ai ordonné aux autres de continuer vers la sortie et j'ai fait demi-tour. Je t'ai vu lorgner la caméra de surveillance, et j'en ai conclu qu'à ce moment, le bon chemin à prendre était celui de droite. Pas très sorcier tout cela.
-Près de la sortie ? Mais je les ai vus enfermés dans une salle !
-Quoi ? Fais Katniss étonnée. Non pas du tout, je les ai vus quitter le capitol.
-Et quand tu parlais de massacre alors ?
-Tu ne trouves pas que la guerre sanglante que l'on mène ne mérite pas le qualificatif de massacre ?
-C'est moi qui ait truqué la séquence Peeta, intervient Snow. C'était pour te forcer à te montrer sous ton vrai jour.
Je suis un instant soulagé, mais la colère monte en moi très vite :
-Que leur avez-vous fait dans ce cas ? Je vous jure que si vous…
-Si je quoi ? Tu vas me tuer ? Je ris d'avance. Hahaha. Non, je les aurais fait exécuter avec plaisir, mais j'ai d'autres projets pour tes petits compagnons. Assez parlé, le procès va commencer.
-Quel procès ? on s'exclame en même temps.
-Mais le vôtre bien sûr, ricane-t-il.
Les procès, c'est la manière de rendre justice au capitol. D'habitude, c'est long. Cela traîne en longueur. Eh bien, pas le nôtre en tout cas. Il aurait été d'autant plus court si Katniss n'était pas intervenue. Voilà à peu près comment cela s'était passé. Des gens du capitol sont venus assister au jugement, tous plus extravagants les uns que les autres, et chahutaient avec effervescence en nous pointant de temps à autre du doigt. Le président Snow s'est avancé et a prononcé un discours d'une minute top chrono, il racontait comme quoi c'était très mal de se rebeller, qu'il allait falloir que l'on paie, et tout et tout le tralalère. Puis il m'a demandé si j'avais quelque chose à déclarer. Moi, je savais que c'en était fini pour moi, alors j'ai décidé de tout me mettre sur le dos pour alléger leurs condamnations. Prenez cela comme un acte dérisoire, mais j'étais désespéré.
-Votre honneur, c'est moi qui aie enrôlé ces innocents. C'est moi qui les ai incités à se rebeller. Ils n'ont rien à voir dans tout cela, j'en ai même menacé certains (et je jette un coup d'œil vers Katniss pour la rassurer, prenant l'air du je « maîtrise la situation »). Tout est entièrement ma faute.
Avouez que cela aurait pu être convaincant, n'est-ce pas ? Enfin, je dis aurait pu,car à ce moment, Haymitch a éclaté de rire.
Puis Snow a ignoré superbement mon inervention et a rendu son jugement. Coupable bien entendu. Je m'attendais à quelque chose comme une peine de mort, mais il m'a obligé à reprendre les hunger games de cette année qui avaient au final été abandonné, et là tout le public du capitol a applaudi, sauf que Katniss s'est récriée.
-Mademoiselle, fait Snow. Ne vous inquiétez pas, ces Hunger Games vont être épiques, prenez cela comme un avant-goût de l'expiation. En effet, j'annonce que ces hunger games seront réservés aux rebelles !
J'ai regardé les autres, ceux que je prenais comme des amis.
Maintenant, ils ne le sont plus.
