Oui, j 'ai eu le temps d'écrire ce chapitre avec grand plasir :) Le prochain ne tardera pas trop par contre! Merci pour les reviews, je suis contente que cette fic trouve encore des lectrices à ce stade-là de l'intrigue.

Chapitre 17 : Nœud coulant

Gale

Tout s'effondre autour de moi. Je me sens anéanti depuis sa déclaration.

Katniss.

Depuis quand ? Pourquoi l'avoir caché à ton meilleur ami ? Je suis partagé entre la colère et la déception, l'incompréhension et la soumission. Je ne suis pas l'élu. Quel autre choix me reste-il donc ? Mourir avant elle ?

Ah Katniss, je te hais. Pourquoi faut-il que tu sois la source de mes tourments ? Toutes ces années à rester fidèle auprès de toi, toutes ces parties de chasses, tous ces nombreux souvenirs partagés que je garde précieusement, que je collecte un à un et que je classais minutieusement dans ma mémoire, tout cela pour quoi ? Pour que tu tombes amoureuse du premier venu !

Pour la énième fois, je tourne et je retourne dans ma cage, tel un fauve tourmenté. Une voix à l'extérieur me ramène à la réalité :

-Dîner dans dix minutes Monsieur Hawthorne.

Ah oui, c'est l'unique dîner que nous partagerons tous ensemble, avant l'entraînement. Comment vais-je réagir quand je la verrais ? « Félicitations Katniss ! Je suis très heureux que tu aies enfin trouvé quelqu'un qui t'apprécie et avec qui tu t'entends si bien ! Vous formez assurément un beau couple ! » Ce côté mièvre me donne la nausée. Pourquoi pas exploser en public devant tout le monde et afficher mon impuissance ? Non, ça ne fera que renforcer sa conviction qu'elle ait fait le bon choix. Après de longues minutes de réflexion, je décide de jouer l'indifférent. Pas question de faire équipe avec ce mec que je ne peux pas supporter. Finalement, j'aurais dû laisser Katniss le tuer d'une flèche dans le cœur, quel imbécile je suis.

Je descends les escaliers d'un pas lourd et traînant, réticent à l'idée de la revoir. Je me vois bien démarrer au quart de tour et l'assommer de remontrances. Il faut que je me contrôle. Ma partenaire me rejoint dans le hall de notre étage et nous prenons l'ascenseur ensemble.

-T'as l'air tout droit sorti d'un cauchemar, me fait-elle remarquer.

Je ne peux pas la contredire.

-J'ai réfléchi, me dit-elle, et je pense qu'il va nous falloir trouver une alliance ce soir. A moins que l'on puisse compter sur tes relations pour nous resserrer avec Kat…

-Oublies ça, je la coupe.

-Dommage, dit-elle en haussant les épaules, c'était des alliés de choix. On va essayer de se rabattre sur d'autres. Je pensais à Cato et Clove.

-Fais comme tu veux, dis-je pour couper court à la conversation.

Décidément, je suis d'humeur exécrable, et Johanna l'a compris. Elle se tait jusqu'à ce que nous ayons rejoint le buffet. Tout le monde semble déjà installé. Je vois quelques tables qui sont occupées par deux équipes, d'autres qui sont vides ou peu remplies. Il y a même une table où un type est seul. C'est celui de l'équipe un.

Ace.

Je vois Flo plus loin, avec Peeta et Katniss. Elle tremble bien que la salle me paraisse bien chauffée. Aurait-elle peur de son partenaire ? Je croise tout à coup le regard de Katniss. Une brève lueur de culpabilité se reflète dans son regard. Je me détourne aussitôt. Ce n'est pas parce qu'elle joue rarement ce numéro que je vais me laisser avoir. Je n'ai de compassion pour personne. J'attrape un plateau et me sert le plus possible. Johanna pousse un petit soupir de frustration. Je suis son regard et aperçoit Cato et Clove attablés avec Marvel et Glimmy quelque chose. Je n'ai pas bien retenu son nom. Ma coéquipière me touche le bras et je sursaute. C'est vrai que je n'ai pas l'habitude des contacts avec Katniss. Johanna m'indique la table de Finnick et Rue qui sont seuls. Songe-t-elle sérieusement à faire alliance avec eux ? J'ai toujours considéré Finnick comme quelqu'un d'intouchable, mais elle m'a l'air décidé car elle se pose en face de lui, non sans quelque geste de provocation qui dit clairement, « vire moi de ta table si tu l'oses ». Cette fille a du cran, je l'admets. Je m'assois à ses côtés et Finnick ne bronche pas. Rue m'adresse un sourire timide. Je jette un coup d'œil vers Katniss qui a la l'air bouche bée. Je ne peux m'empêcher d'avoir un sourire satisfait sur le visage. Eh bien oui, moi aussi je peux me passer de toi, et toc.

Finalement, ce n'est pas trop mal de faire alliance avec une ancienne vainqueur des Jeux. Johanna attaque une conversation avec l'autre ancien vainqueur comme si de rien n'était, je me contente de les écouter silencieusement en mangeant mes nouilles. Après avoir empilé deux ou trois assiettes, je m'aperçois que de petits yeux malicieux m'observent. C'est Rue. Elle laisse échapper un petit rire. Je lui demande ce qui peut bien provoquer cet état, et elle me pointe Katniss :

-On dirait que tu participe au concours du plus gros mangeur avec elle.

Rue a raison, Katniss s'empiffre comme moi de tout ce qui a l'air bon au buffet. Je me détourne. La petite comprend que quelque chose cloche :

-Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as l'air contrarié.

Je m'apprête à lui dire que Katniss et moi sommes brouillés, mais je sens les yeux inquisiteurs de Finnick sur moi, alors je la rassure simplement. Finnick s'adresse à la tablée de manière indirecte :

-Je suis bien content qu'on ait de la compagnie pour manger. J'avais peur que tout le monde nous fuit pour une quelconque raison, hein Rue ?

-Oui, elle acquiesce. En plus, j'aime bien Gale, il est sympa.

-Ah oui ? dis-je, un peu flatté.

-Oui. Tu as empêché Katniss de tuer Peeta dans l'arène. Tu es quelqu'un de bien, heureusement que tu étais là.

-Ah ouais, heureusement que j'étais là, répétai-je en marmonnant.

-Si tu empêches la mort d'un tueur sanguinaire, alors je vois mal comment tu pourrais trouver le courage de tuer Rue, déclare Finnick. Je marche pour une alliance. Enfin, si ça vous convient.

-Entendu, approuve Johanna sans me demander mon avis, visiblement satisfaite du marché. Ces Hunger Games m'ont l'air bien parti.

C'est le mot Hunger Games qui me fait réaliser que dans moins de deux jours, ça va être du sérieux. La situation est grave, vais-je devoir me confronter à Katniss ? Je sais que je ne peux la tuer, et elle non plus. En tout cas, si c'était le cas, elle le cachait très bien. Une voix surgit des haut-parleurs sans crier gare :

-Gale Hawthorne est prié de se rendre au bureau des offices immédiatement.

Je reste figé, comme si cette annonce ne me concernait pas. Sûrement quelqu'un dans la salle va réagir, se lever parce qu'il a entendu son appel et quitter le réfectoire. Tout le monde a les yeux fixés sur moi. Johanna me tapote l'épaule et je me lève. J'ai l'impression de ne pas avoir le contrôle de mon corps. Pourquoi suis-je convoqué au bureau des offices, titre gonflant pour dire que Snow veut me parler ? Je passe les rangées de table et prend le long couloir. La moquette rouge épaisse ne présage rien de bon. Je suis assailli par l'odeur répugnante de rose avant même d'avoir poussé la porte à la vitre opaque.

-Gale, mon cher Gale, content de te voir.

Oh oh, on passe au tutoiement directement ? C'est mauvais signe çà. J'ai la gorge sèche, les mains qui transpirent.

-Vois-tu Gale, le capitol a adoré tes derniers hunger games, et tu peux compter de fervents supporters parmi la gente féminine aussi, personne ne s'est ennuyé lors de cette édition. Mais quelque élément malencontreux a dû l'arrêter, tu me suis ?

-Oui.

Je hais ce type. Jamais je ne l'appellerai président. Je hais le capitol. Je ne veux pas me faire aimer d'eux. Jamais.

-Il faut donc que cette édition soit encore plus épique, qu'elle rattrape celle inachevée, et je comprends que tu aies des réticences à te battre contre tes compagnons d'armes, mais avant que tu ne montres la moindre déconvenue, saches qu'il est naturel de se battre durant les jeux, je boosterai certains avec des récompenses, mais toi tu n'as pas besoin d'un prix, tu n'as pas soif de pouvoir. Toi, tu as une autre source de motivation. Non, tu ne vois pas de quoi je parle ? Alors laisse-moi te montrer quelque chose.

Il allume un écran et je les vois. Mon sang ne fait qu'un tour. J'empoigne Snow sans même me rendre compte de la gravité de mon geste, et je lui dis d'un ton glaçant :

-Où les avez-vous retenus ? Je jure que si vous leur faites du mal…

Trois pacificateurs surgissent et m'attrapent, me forcent à me mettre à genoux, manquant de me briser les vertèbres. Snow s'époussète prestement avec dignité, et me montre ses dents :

-Voici un manque de respect affligeant Gale. Mais qu'y pouvez-vous, c'est votre caractère. Je compte donc sur vous pour rendre le jeu un peu plus pimenté. Rory et Primrose comptent aussi sur vous. Pour l'instant, ils vont bien, les avox les retiennent dans une chambre luxueuse où ils ont tout. Ils ne sont pas au courant de la raison de leur présence au capitol. Faites-en sorte qu'ils ne le sachent pas.

-Comment, dis-je dans un souffle.

-En tuant quatre personnes en moins de deux jours. Est-ce clair ?

Je n'ai jamais rien tué d'autre que des lapins et des écureuils. Ce qu'il me demande est insurmontable. Je vais devenir fou. Je parviens tout de même à sortir un oui.

-C'est oui, Monsieur le Président.

Et puis quoi encore, va crever dans une mine sombre et abandonnée vieux débris. Voyant que je ne compte pas l'anoblir par le terme, il fait un signe discret à ses gardes qui exercent une pression plus forte sur ma colonne vertébrale. Au bout de même pas cinq secondes, le brave qui était en moi a disparu, et j'articule un oui Président Snow, au bord de la torture.

-Bien, dit-il satisfait. Donnez lui tout de même une bonne dizaine de coups, ça lui apprendra.

J'ai envie de hurler ma rage. Lorsque je sors, je vois Ace qui arrive par le couloir d'un pas digne mais méfiant. Lui aussi, il a été appelé. Je ne saurais que plus tard que chacun est passé par ce couloir de la mort s'entretenir avec Snow.

Mais pour l'instant, je suis conduit au sous-sol. C'est fou le contraste entre ces cachots noirs et sales et les étages du dessus qui sont une parfaite illustration du luxe capitolien. On m'attache les bras de telle sorte qu'ils soient écartés à des poteaux en bois, après avoir retiré mon T-shirt blanc. Je respire un maximum. Il va m'en falloir du courage. J'ai dû être fouetté une fois dans ma vie, mais je ne m'en souviens plus. Ça n'avait pas duré très longtemps, parce que j'étais petit, là je n'aurai pas droit au même traitement de faveur, je ne serai...

-Ahhhhhhhhhhh ! Je hurle de tous mes poumons dès le premier coup de fouet.

Mais ils ne semblent pas s'apitoyer, loin de là, les coups redoublent et pleuvent sur mon pauvre dos nu. Je sais qu'à moins de s'appeler Peeta, ces blessures ne cicatriseront pas vite, et c'est plutôt embêtant quand on sait que je débute les Jeux dans deux jours.

Après cette petite réflexion, je ne pense plus. Je ne peux tout simplement pas. La douleur l'emporte sur tout. Je suis tenté de dire que le compte y est, les dix coup sont passés, mais tout ce que j'arrive à prononcer sont des sons gutturaux qui se perdent dans le fond de ma gorge.

J'ai dû m'évanouir car, lorsque je me réveille, je suis allongé à même le sol dur de pierre, derrière des barreaux de fer. Mon t-shirt blanc est maculé de tâches pourpres, et je n'ai aucun mal à en deviner la provenance.

-Gale, Dieu merci, tu es vivant !

Je me tourne pour voir Katniss dans la pénombre de l'autre côté. Seul un mur de barreaux nous sépare. Je me lève pour me recoucher aussitôt, les blessures me lancent trop pour que je puisse ne serait-ce me lever à demi.

-M'enterre pas trop tôt, dis-je d'un ton railleur.

-C'est pas drôle, t'as pas bougé voilà bien cinq heures.

-Cinq heures ? Mais quelle heure est-il ?

-Je ne sais pas, avoue-t-elle. On m'a convoqué dans les derniers, il devait être 23 heures, on doit être en plein milieu de la nuit maintenant.

-Et tu ne dors pas ?

-Non, je veillais sur toi. C'est quoi ces tâches sombres sur ton T-shirt, je ne vois pas bien à cause de la faible lueur de la lune, ne me dis pas que…

-Comment t'es-tu retrouvé là ? Demandai-je pour changer de sujet.

-J'ai tenu tête à Snow et ça ne lui a pas plus.

-Tiens, moi aussi, a dit une voix derrière moi.

Je sursaute, et la douleur me transperce une fois encore. Je me tords comme un ver et Katniss s'exclame horrifié :

-Tu t'es fait fouetter Gale !

Je crois avoir grommelé un oui c'est ça. Je me tourne avec précaution pour voir des yeux verts s'emparer de mon regard. C'est Ace.

-Il vous a proposé un marché que vous avez refusé ? Dit-il.

-Tu parles, il a voulu que je poignarde Haymitch après avoir gratté l'amitié avec lui durant les Jeux. Tu parles d'un marché ! J'ai refusé net.

-Moi, il a voulu que je tue ma partenaire, soupire Ace.

-Quelle cruauté, dis-je pour intervenir aussi afin de ne pas révéler la raison de ma présence ici.

Je ne comprends pas, Snow n'a donc pas menacé Katniss avec la sécurité de Primrose, ou bien ne veut-elle pas me le dire ? Et que penser d'Ace? Je le sens aussi fiable qu'un mineur sans lampe s'aventurant dans une mine inconnue.

-Et tu n'as rien reçu en correction ? Dis-je, un peu dégoûté d'être le seul à avoir reçu un châtiment.

-Il m'a retiré quelque chose de précieux, murmure Ace, le cœur lourd.

Katniss et moi n'insistons pas.

-Si nous sommes là, et que les autres sont dans leurs chambres à dormir au chaud…commence Katniss.

-ça voudrait dire qu'eux ont accepté dit Ace en serrant les poings.

-On ne peut se fier à aucun des rebelles, conclut Katniss.

-Oh du calme, interrompis-je. Peut-être qu'ils ont fait mine d'accepter car ils étaient moins courageux que nous, et qu'ils ne comptent pas respecter leur contrat.

-Ou peut-être qu'ils sont tout simplement d'accord pour nous scalper derrière notre dos. Regarde mon marché, on ne peut même pas se fier à notre coéquipier.

-Tout ce qu'il veut, c'est semer le trouble parmi nous, coupe Katniss avec un sang-froid que je lui reconnais bien. Peeta ne serait jamais capable de ça.

-Ah oui, dis-je sentant l'énervement me gagner, qu'est-ce que tu en sais ? Tu ne connais donc pas le Peeta froid et calculateur ?

-Il a changé Gale !

-Oh que non, ce n'est qu'en apparence ! Ce type n'est même pas capable d'entendre une sonnerie sans vouloir tuer quelqu'un !

-Oh j'aurais pas dû te raconter cet évènement ! S'emporte Katniss. Si on ne peut plus rien confier à son meilleur ami…

-Meilleur ami ? Génial, j'ai le rôle de meilleur ami ! Et qui est-ce qui décroche le beau rôle ? Un sale tueur élevé par le capitol à qui tu n'avais jamais adressé la parole avant ! Explosai-je, me levant sur mon séant.

Ça y est, j'ai mis mes grands sabots, personne ne peut plus m'arrêter.

-Tu sais ton problème, Gale ? C'est que tu es jaloux. Jaloux !

J'oublie totalement l'existence d'Ace qui nous regarde avec consternation.

-Oui, je suis jaloux qu'un inconnu me pique la fille avec qui je m'entendais si bien depuis plus de six ans !

-Je ne t'appartiens pas tu sais, réplique-t-elle sur un ton cassant.

-Peut-être, murmurai-je, épuisé par ce dialogue, mais saches que je t'aimais, moi.

Je m'allonge de nouveau car la douleur est trop vive. Je sens les plaies suinter le sang à travers mon T-shirt. Ce que j'ai mal. Inconsciemment, je sais que je ne pourrai participer aux entraînements demain. Peut-être ne tiendrai-je même pas un jour. Je me tourne vers la lune qui jette des reflets fantomatiques à travers la cage et je songe à l'image que j'ai vu sur l'écran de télévision. Rory et Primrose avaient l'air de bien s'amuser avec leur maquette qui représentait une mine. Celle-ci était perchée au sein d'une montagne de neige. Rory tenait un petit chariot de mine qu'il lançait sur un circuit complexe. C'est tout ce que j'ai pu voir avant que la colère ne s'empare de moi.

Je m'endors au bout d'un long moment, une minuscule larme m'échappant du coin de l'œil pour perler jusqu'à la dalle de pierre.

Ray

Je m'assois à l'atelier feu de camp et fait mine d'essayer de créer des étincelles avec un silex. En réalité, j'observe ce qui se passe aux alentours. Je note tout, car j'ai une mémoire photographique. Peu de choses m'échappent en réalité. Par exemple, j'ai remarqué que le grand de l'équipe 10 n'était pas à l'entraînement aujourd'hui, mais ça, n'importe quelle personne avec un peu de jugeote l'aurait relevé. Sauf peut-être Cato. Il n'a l'air absorbé que par une seule personne, Phantom. Si j'ai bien compris, il lui en veut d'voir piqué sa place pour les précédents Jeux. Difficile de mal interpréter quand il passe son temps à le clamer haut et fort. Même sa partenaire a l'air d'en avoir assez, ais elle le craint et le respecte trop pour oser intervenir. Ace et Flo se sont parlés très rapidement ce matin, mais ils s'entraînent séparément. Moi je sais pourquoi. Je le sens. J'ai comme un sixième sens inné, j'ai développé une intuition aiguë qui s'avérait très encombrante lorsque j'étais petit. Je me suis rendu compte à quel point les gens sont hypocrites, et ça m'a dégoûté. Je suis devenu asociale et a même empiré avec le temps. Au moins, cela s'avérera plus utile pour les Jeux, espérons-le. Et grâce à cela, j'en ai déduit que Flo a peur de son partenaire. Déjà, elle se sentait mal à l'aise à ses côtés durant l'interview. Elle se tenait de lui à distance respectable.

Ce que je sais aussi, c'est que le grand maigre, Ridley, ne tiendra pas deux minutes dans l'arène. Il manque trop de confiance en lui, en revanche Cato et Phantom sont tout le contraire. Pas bon non plus. Un peu fatigué de tourner en rond dans mes déductions, je donne un coup sec aux silex qui embrasent mon petit tas de fagots. Je m'en vais en me retenant de siffloter. Je retrouve ma partenaire au champ des épouvantails. Elle cherche à lancer des piques dans ces pantins de paille.

-C'est inutile, tu n'auras pas assez de force pour embrocher une véritable personne, abandonne et tente plutôt de te familiariser avec les lames de rasoir pour le peu de temps dont on dispose.

Elle me regarde d'un air étonné et je me sens obligé de me justifier :

-La surprise sera notre plus grand allié. Cacher des lames sans se faire couper devrait nous être favorable en cas d'urgence Trinity.

-Et toi, tu ne t'entraînes pas Ray ?

-J'ai autre chose à faire de plus important, répliquai-je.

Elle se tait immédiatement. Mince, mon côté asocial qui ressort. Pourtant, j'aime bien Trinity, elle a un bon fond et une bonne personnalité. Je sais que je peux compter sur elle. Snow n'a pas dû lui dire grand-chose lorsqu'elle a été convoquée, car rien n'a trahi son comportement après son entrevue. Elle est bien trop franche pour jouer un tel jeu. Par contre, Ace est sorti un peu chamboulé. Faut dire qu'il a été immédiatement conduit au sous-sol après. Je le sais, non grâce à mon intuition, mais parce que j'étais le suivant, et que j'ai tout vu. D'ailleurs, il a plutôt été bref avec moi aussi. Que peut-on attendre d'un adolescent dérangé de quatorze ans après tout ? Car oui, j'ai été classé potentiellement perturbé à cause de mon côté asocial. Tant mieux, j'aurai l'air moins dangereux. Essaie de ne pas péter les plombs trop vite m'a-t-il dit. Sûrement a-t-il étudié mon dossier. J'ai éclaté d'un rire aigu. J'espère que ça lui a foutu la frousse. En tout cas, il m'a regardé d'un air désappointé. C'est déjà ça de gagné. Mais si le comportement des gens est différent après les entrevues, c'est que Snow a dit des choses plus ou moins importantes à certaines personnes. Cato avait affiché un sourire jusqu'aux oreilles en sortant. Impossible d'en déduire vraiment quelque chose, alors j'ai attendu, caché dans la pénombre en face pour guetter ceux qui sortaient du couloir. Clove m'avait l'air un peu pâle. Pâle…pâle, pourquoi serait-on pâle ? Aurait-elle été menacée ? Dommage que je n'ai pas vu le type absent. On aurait dit qu'il s'était passé quelque chose de grave, mais je suis incapable de dire quoi que ce soit sans regarder le visage de la personne en face.

Je m'installe cette fois au niveau des lianes. Elles sont beaucoup trop perfectionnées à mon goût. Si le capitol avait décidé de créer une arène de jungle, elle aurait mis de vulgaires cordes vertes en guise d'entraînement, afin que chacun ait autant de difficultés et que cela puisse offrir un spectacle ludique pour les spectateurs. Ce qu'ils veulent, c'est de l'audience, pas voir une bande de gamins grimper les doigts dans le nez des lianes hautes de cinq mètres. Je croise le regard de l'alcolo, Haymitch il me semble. Lui par contre, impossible de savoir ce qu'il ressentait en sortant de l'entrevue. Il aurait pu aussi bien sortir d'un enterrement que d'un mariage, ce type est impossible à décrypter. Il plisse les yeux et m'observe. Je sais qu'il se méfie de moi. Mais c'est parce que c'est un des rares à connaître mon potentiel. Il sait pourquoi je suis aux côtés des rebelles. Il sait d'où je viens. Je sais qu'il ne dira rien cependant, parce que ce n'est pas en son avantage de révéler ses informations. Comment a-t-il gagné lui déjà ? Je ne m'en souviens plus. Qu'importe. Il s'avance d'un coup vers moi. Pris de panique, je me tétanise. Saleté de symptôme va, pourquoi n'a-t-il pas fallu que les asociaux fuient devant un danger au lieu de se stopper ?

-Ray, faut qu'on parle.

-Je n'ai rien à dire.

-Je pense qu'on peut s'entraider.

-Vous n'avez pas besoin de mon aide. Vous avez déjà réussi à gagner les Jeux une fois.

-Ouais, mais là c'est différent. J'étais pas accro à l'alcool.

-Oh non je vous vois venir !

-Je sais que tes parents peuvent facilement se procurer l'alcool. Il faut que tu sois ma source d'approvisionnement durant les Jeux. J'ai l'argent pour combler les frais, mais c'est difficile de trouver la marchandise au capitol sans se faire pincer.

-Vous vous rendez compte des risques que mes parents vont prendre.

-ça ne changera pas de d'habitude, dit-il en haussant les épaules. Sinon je m'en vais chantonner à tout le monde que tu viens du capitol, que tu es un habitant pur sang, et alors là, je ne donne pas cher de ta peau parmi tous les rebelles qui t'entoureront dans l'arène.

-C'est du chantage, dis-je sur un ton sombre. Mais c'est non tout de même.

-Quoi ? S'étrangle à demi Haymitch.

-J'ai dit non. Moi je pourrai peut-être tenir quelques jours. Pas vous sans alcool. Votre vie n'est pas plus précieuse que la mienne. Ça ne me dérange pas de mourir.

Je joue un jeu plutôt risqué. S'il s'en tient là, nos deux vies sont mises en danger pour l'arène. Il sait bien que je ne sais pas me battre. Mais je suis un rebelle dans l'âme. Mes parents transgressent les règles du capitol en vendant de la marchandise illicite au sein même du bastion du président. Il marque un temps d'hésitation, me scrutant de ses yeux pour savoir si je bluffe. Mais je connais tous les signes qui trahissent un manque de confiance, et je m'applique à ne pas faire transparaître ma peur.

-Tu veux quoi en échange petit ?

-Fais nous survivre au bain de sang, et créons une alliance secrète pendant les Jeux.

-Attends une minute, c'est qui « nous » ? Trinity et toi ?

-Plus Colin et Jayden.

-Tu te fiches de moi petit.

-Je suis tout à fait sérieux.

-Et comment je suis censé faire ça ?

-Débrouillez-vous, mais il ne faut pas attirer l'attention sur nous. On ne doit pas être les premières cibles.

Nous nous quittons finalement, sans que je ne sois très sûr d'avoir conclu le marché. A présent, il faut que j'aille faire un tour. J'ai assez d'argent pour payer un avox de faire ma course. Je lui donne les directives, et il s'éclipse discrètement. La réponse arrivera dans la soirée, j'ai juste à attendre.

Je finis mon tour dans la salle d'entraînement et remarque le plus petit de nous tous. C'est Ethan. J'ai oublié de demander à Haymitch ce qu'il fait parmi nous, mais comme il ne devrait pas survivre au bain, cela n'a plus aucune importance. Intrigué par la manière dont il se déplace, je décide de tenter une petite expérience. J'attrape une épée en bois et vérifie que personne ne me regarde, et la lance dans sa direction. J'attends une demi-seconde afin qu'il ait un temps de réaction plus réduit puis je crie :

-Attention !

Non seulement ce petit a largement eu le temps de voir venir le coup, mais en plus il s'est penché en arrière pour l'éviter. Je me tourne mais tout le monde est affairé, personne n'a vu la scène sauf moi. Erreur, personne sauf Katniss. Elle aussi a l'air étonné. Le petit me ramène l'épée avec un sourire.

-Je suis désolé, ça m'a glissé des mains, dis-je sur un ton faux.

-Pas de soucis, dit-il. On se revoit demain.

Est-ce normal qu'il me fasse peur ?