Voilà le chapitre 18. Merci pour votre enthousiasme. J'espère que l'arène plaira.

Chapitre 18 : Éternel recommencement

Finnick


Je décontracte mes muscles et adresse un sourire à Rue. Il ne faut pas qu'elle ait peur, tout va bien se passer. On est alliés à Gale et Johanna, quoi que je me méfie de cette dernière, elle peut être fourbe quand elle veut. Je me baisse à sa hauteur et la tient par les épaules :

-Quoi qu'il arrive Rue, ne t'approches de personne et ne prends aucun risque. Tu tiens notre vie entre tes mains.

Elle hoche gravement de la tête. Le moment le plus redouté arrive, celui où nous devons nous séparer pour rejoindre nos plateformes. Mais lorsque je me dirige vers la sortie, un pacificateur m'arrête :

-Non, pour cette édition, les tributs seront ensemble.

-Vous plaisantez, hoquetai-je.

Pour me montrer son sérieux, il dégaine des menottes.

-Quoi ? S'exclame Rue. Les autres aussi ?

-Les autres aussi, dit-il en nous pointant nos poignets.

Je tends instinctivement le gauche pour éviter de trop m'handicaper. Je manie les armes des deux mains, mais il est évident que mon bras droit est plus musclé.

-Et comment on va faire pour les enlever, grommèle Rue.

-Vous verrez bien.

Ça c'est une première. Cela contrarie mes plans pour le bain de sang. Je ne suis pas sûr de pouvoir tuer et protéger à la fois, il va falloir que je fasse un choix, et ce choix est vite fait. Il n'est pas question que je mette nos vies en danger sous prétexte d'éliminer des concurrents.

Nous montons sur la plaque métallique. Par un mécanisme rodé, la plaque s'élève lentement et nous débouchons sur…

Un trou noir.

C'est la première chose qui me passe à l'esprit. On dirait une caverne sombre. Pas du tout ma tasse de thé, moi qui aime les grands espaces bleus. Une voix commence le compte à rebours.

Mais où sommes-nous ? La sorte de grotte est faiblement éclairée sans que je sache d'où vient la source de lumière. Je distingue les autres concurrents. Il n'y a que douze plateformes, ça change. Soudain, je sens que quelque chose cloche. Gale Johanna sont en face de nous. Il est tout pâle. Je jette un regard circulaire, Ace m'a l'air sur le point de bondir à tout moment. Je suis son regard. Il s'arrête sur un poteau en bois. En effet, il y a des poteaux en bois formant un cercle plus petit, avalé par le cercle que forment nos plateformes. J'arrive à lire des noms sur les poteaux. Ça y est, j'ai compris, la clé des menottes se situe au sommet de chaque poteau. Autour, diverses ressources sont éparpillées, mais impossible de savoir ce dont il s'agit à cette distance.

20 secondes

Je cherche frénétiquement le mien des yeux. Il est à notre droite, juste devant Haymitch et Effie. Rue me tire par le manche et pointe Katniss. Je crois rêver. Elle est sur le point de défaillir, et Peeta lutte pour la soutenir.

10 secondes

Est-elle claustrophobe ?

5 secondes

Je chuchote à Rue de courir vers notre poteau.

Le gong retentit.

Nos jambes se mettent en mouvement. J'attrape sans réfléchir Rue par le bras et la force à courir le plus vite possible. Je surveille de l'œil Johanna et Gale. Ils se dirigent vers un sac. Pourquoi ne vont-ils pas chercher la clé ?

-Finnick ! La clé de Gale, on vient de la passer !

Elle me tire en arrière juste assez pour récupérer une clé minuscule et argentée. Je comprends, la clé était plus proche de nous. Avec ce contretemps, je décide de porter Rue comme un petit paquet et je lui crie de s'accrocher. Je me baisse au niveau d'une hache pour l'empoigner et cherche une potentielle victime. Il y a pile Trinity dans ma ligne de mire. J'arme et je vise quand quelqu'un m'interpelle. Le bruit d'un tintement retient mon attention, et je me rends compte qu'Haymitch secoue des clés en me provocant. Je n'ai aucun mal à savoir que ce sont les nôtres qu'il tient dans sa main car il est à notre poteau. Effie est en train de s'enfuir par un des nombreux tunnels qui sont reliés à notre salle avec un gros sac. Ils ont déjà réussi à se détacher ! Je n'ai pas le choix, il faut que je le suive. Je tire Rue qui a compris et nous courrons vers lui. Haymitch se saisit d'un sac à sa portée, je lance ma hache et le manque. Je ne suis pas assez près. Avant de disparaître, il balance les clés par-dessus son épaule. Il ne veut clairement pas qu'on le suive. Rue se baisse et attrape nos clés par terre, et crochète avec la dextérité propre aux enfants nos menottes.

-Attrape un sac de nourriture et va te cacher ! Je lui ordonne.

Je n'ai pas le temps de veiller sur elle. Il y a Peeta et Katniss qui n'attendent que moi pour les tuer. Oui, je suis cruel, mais je dois profiter de leur faiblesse pour les éliminer. Pour une raison qui m'échappe, Katniss est complètement démunie. Elle regarde autour d'elle le visage hagard, et respire difficilement. J'attrape un couteau. Depuis le gong, Peeta à moitié handicapé n'a réussi qu'à atteindre le poteau en la prenant dans ses bras. Lorsque j'arrive à sa hauteur, il s'est à peine débarrassé de ses menottes.

Il bloque mon couteau avec les chaînes et l'envoie valser. Pas mal Peeta, pas mal. Je l'attaque au corps à corps, essayant de l'éloigner de Katniss, mais il résiste le bougre. Je profite néanmoins de mon âge pour prendre le dessus. Il ploie et je sais qu'il ne va pas durer longtemps. Au moment où je crois le tenir, une ombre me prend en traitre et me fait un croche-pied.

Ace !

Je scrute aux alentours pour chercher du renfort. Il n'y a plus grand monde. Pas de trace de Phantom ni de Cato. Les gamins se sont aussi volatilisés. Je vois Gale au loin. Un corps est étendu à ses pieds. Johanna nous pointe du doigt. Ils vont arriver dans quelques instants. Il ne faut pas que je les laisse filer en attendant. Katniss est toujours au sol et tente de se relever, mais ses gestes sont si lents, je songe soudainement à l'attaquer. Malheureusement, Peeta est rapide. Il attrape sa partenaire sous le bras et emprunte un tunnel sans demander son reste. J'essaie de les poursuivre quand Ace me bloque la route :

-Tu devrais t'occuper de tes affaires, dit-il en me désignant du menton un coin.

Je me tourne juste assez pour voir Rue échapper à une attaque de Glimmer. Ace déguerpit par la même voie que Peeta, mais cette fois, je ne le suis pas. Je sprinte vers Glimmer, qui prend peur en me voyant, et s'enfuit par un tunnel.

-Est-ce que ça va ? dis-je, tout essoufflé.

-Oui Finnick. Désolée de t'avoir causé du tort, je ne l'ai pas vu arriver, dit Rue en acceptant la main que je lui tends.

Johanna me rejoint avec deux sacs imposants.

-ça va ? lui demandai-je.

-Ouais, en pleine forme, dit-elle. Par contre lui…

Elle me montre Gale. Il est encore accroupi près du corps.

Tout le monde a quitté la salle de la Cornutopia.

-Qu'est-ce qui lui arrive ?

-Je crois que c'est sa première victime. Allons, il n'a pas voulu de mes félicitations.

A ce moment, Gale se tourne et régurgite son petit déjeuner. Pas très costaud celui-là. Johanna et moi faisons mine de ne rien avoir entendu.

-Pourquoi n'y a-t-il plus aucun sac dans la salle ?

-Il n'y en avait pas beaucoup au départ, fait remarquer Rue, en tirant avec elle un sac qu'elle a réussi à chiper.

-J'imagine qu'on est parmi les plus chanceux alors, soupirai-je, en repensant aux deux sacs qu'ont réussi à se procurer Effie et Haymitch. Pourtant, je n'ai jamais autant raté un bain de sang de ma vie. J'ai laissé échapper tout le monde.

En tout, il y a quatre corps qui jonchent le sol froid. Je m'approche de la victime de Gale. Il s'agit de Ridley, donc Elizabeth a suivi de sitôt. Deux corps sont enchevêtrés là-bas : Elia et Ethan. Comme c'était prévisible, ce garçon n'a pas tenu longtemps. Il est encore menotté à sa coéquipière. Je regarde son poteau. La clé y est bien. Celle des autres poteaux ont disparu. Je reviens finalement vers Gale qui s'est difficilement relevé.

-Tu vas mieux ? Demande Rue inquiète.

-Oui. Mais ce qui a été horrible, c'est que je ne l'ai même pas tué pour me défendre. Je l'ai tué parce qu'il le fallait. J'ai tué deux personnes. Quel monstre je suis.

-Allons nous mettre à l'abri, ce coin est trop exposé. J'ai l'impression de me sentir observée par les morts, dit Johanna en frissonnant.

J'acquiesce lentement et nous prenons nos sacs. Gale indique un chemin au hasard, et nous décidons de le suivre sans pour autant baisser la garde.

Au bout d'une centaine de mètres interminables, nous décidons de faire halte. Je m'assois sur un rocher. Les autres font de même.

-Le seul avantage à être dans une mine, c'est qu'on a pas à se soucier de faire un abri, note Johanna.

Une mine ! Mais oui, suis-je bête ! Ces galeries creusées dans la terre, ces poutres en bois si grosses qui soutiennent le tunnel.

-Il manque juste les rails, dit Rue.

-Gale, dis-je en me tournant vers lui, Katniss et toi venez bien du district douze ? Alors c'est un terrain qui vous est favorable, non ?

-Je ne connais pas grand-chose à la mine, je ne devais y entrer que l'an prochain, dit-il d'une voix amère. Et Katniss en connaît encore moins que moi. Tout ce que nous savons, il prend sa respiration, c'est que nos pères y sont morts lors d'un effondrement.

Le tétanisme de Katniss y trouve tout son sens. Elle n'a jamais véritablement récupéré de ce traumatisme.

-Tu dois être affecté, lui dis-je.

-Oui, dit Gale le regard dans le vague. Mais ça a été moins dur pour moi, car j'étais assez grand pour m'en remettre. J'ai pris en charge ma famille, j'ai remplacé mon père auprès de mes frères et de ma mère. Mais c'est plus dur d'assumer un tel rôle quand on doit être une petite fille.

-Tu parles de Katniss, n'est-ce pas ? Fait Rue.

Il hoche de la tête. A ce moment, toutes nos pensées vont vers elle, et je me demande si elle a réussi à retrouver la raison. Les coups de canon lugubres retentissent à travers la voute en roche.

-Seulement trois coups ? S'étonne Johanna. J'ai du mal compté.

-Non, moi aussi j'en ai entendu trois, répond Gale.

- Attendez-moi là !

Je me lève d'un bon et rebrousse chemin. Les cent mètres parcourus, j'atterris dans la salle.

Une mauvaise surprise m'attend. Il n'y a plus que trois corps. Celui d'Ethan a disparu. Le corps d'Elia s'est déplacé jusqu'à un poteau. Le poteau qui contenait les clés de l'équipe. Je repars dans ma direction après avoir tenté sans succès de retrouver des indices pouvant m'indiquer la direction que le garçon a prise.

-Alors ? Demande Johanna.

-Ethan est vivant, dis-je d'un ton lugubre. Il a joué le mort jusqu'à ce qu'on parte, puis il s'est détaché avant de s'enfuir.

-Pas possible, siffle Rue. Il est drôlement futé.

-Et courageux, complétai-je. Tirer un cadavre avec lui jusqu'au poteau, ça demande du cran.

-Vous croyez qu'il est devenu fou ? Fait Gale.

-Je ne sais pas, dis-je perplexe. Tout dépend de la ténacité du gamin.

-Il n'ira pas loin sans eau ni nourriture, dit Johanna lucide. Il ne tiendra pas malgré toute sa volonté.

-J'espère qu'il va s'en sortir, murmure Rue.

Johanna et moi nous regardons. Ces paroles me font comprendre à quel point j'ai perdu mon humanité. J'avais déjà considéré Ethan comme un ennemi potentiel, alors que ce n'est qu'un gamin.

-Quelqu'un sait-il pourquoi il s'est retrouvé ici ? demandai-je à tout hasard.

Tout le monde secoue la tête. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens impuissant face à des évènements qui me dépassent.

Marvel


-On ne tiendra pas longtemps.

-Dis pas ça Marvel ! S'énerve Glimmer.

-J'ai trop mal pour pouvoir bouger, je grimace. T'as réussi à récupérer quelque chose en retournant là-bas ?

-Non, je suis désolée. Les seuls sacs qui restaient étaient gardés par Johanna et Gale. J'ai essayé de tuer la petite, mais même ça je n'ai pas réussi. Finnick s'est interposé lorsqu'il m'a vu. J'ai stupidement raté mon attaque surprise. Rue m'a entendu au dernier moment.

-Et les gamins ?

-Ceux qui ont fait alliance ? Partis, évaporés.

-Je vois…dis-je en considérant la situation.

-Je suis vraiment une partenaire médiocre, soupire Glimmer.

Je regarde cette fille qui est une carrière, qui m'a paru si forte lorsqu'on était enfant, lorsqu'on était à la même école. Elle a toujours d'aussi belles boucles blondes, et un caractère fort. Certains la considèrent comme superficiel. Moi pas. Je sais ce qu'elle vaut. Je connais ses points forts tout comme ses points faibles.

-Raconte pas n'importe quoi, dis-je.

-Mais nous sommes sans rien et tu es profondément blessé, proteste la carrière. En fait, c'est toi qui a raison, on ne tiendra pas longtemps.

-Qui aurait pu deviner que Cato et Clove nous trahiraient ? Hasardai-je.

-Pas moi en tout cas, gémit Glimmer, et elle me prend dans ses bras comme si c'était de sa faute ce qui m'était arrivé.

-T'inquiètes, la rassurai-je. Au moins, tu as réussi à les séparer.

On se réconforte mutuellement, et elle fait attention à ne pas heurter ma jambe sensible. Je repense à ce qu'il s'est passé, et plus j'y pense, plus je sens la colère monter en moi. On est alliés ou on ne l'est pas.

30 secondes

-Glimmer, on fonce vers notre poteau, compris ?

-Compris !

Après avoir bien saisi l'espace qui nous entoure, je regarde la position des autres tributs. Je vois Cato et Clove pas loin, ils ne nous regardent même pas. A notre gauche, Elia et Ethan. Ça va être un jeu d'enfant de les avoir. A notre droite, Ace et Flo. Ça risque d'être moins drôle avec eux, mais Ace m'a l'air concentré sur sa clé. Il veut sûrement se séparer de Flo le plus vite possible.

5 secondes

Je me tends, et nous sautons de la plaque métallique en entendant le gong. Glimmer court plus vite que moi et s'empare de la clé. En moins de deux secondes on est détachés. Je la vois attraper une arme et la lancer en direction d'Elia. Dieu ! Elle vise le cœur ! Si elle la tue, c'en est fini de ma coéquipière ! Mais Elia se détourne pour éviter l'assaut et se reçoit la sorte de dague dans la poitrine.

-Glimmer ! Dis-je en colère contre son manque de tact.

A ce moment elle me plaque en arrière pour éviter une lame.

-Que… ? fais-je en découvrant que la tireuse n'est autre que Clove.

-Qu'est-ce qui te prend ? Hurle Glimmer.

-Je visais le garçon qui courait derrière, dit Clove sans s'excuser pour autant.

Je vois Colin déguerpir avec un sac. Je m'empare d'un sac et nous rejoignons Clove et Cato. Celui-ci a piqué les clés de Phantom et le nargue de loin. Je vois Phantom piquer une teinte rouge vif et il s'apprête à courir vers nous quand sa partenaire l'en empêche. Cato prend quelques minutes avant de comprendre qu'ils se font la malle avec un sac.

-Vas-y dégonfle-toi donc ! rugit Cato.

Il court pour emprunter le tunnel par lequel les deux tourtereaux se sont enfuis.

-Cato ! Attends ! Proteste Clove. Et eux alors ?

Cato se retourne juste pour nous dévisager, et avant que je n'ai pu envisager la moindre action de sa part, il m'assène un grand coup d'épée dans la jambe.

-Problème résolu. Maintenant suis-moi Clove.

Je m'effondre à terre, vulnérable.

-Marvel ! Marvel ! Clove, je croyais qu'on était alliés.

-Apparemment non, dit Clove froidement. On s'est juste joué de vous. La mine, ça doit pas bien être compliqué d'y survivre, on n'a pas besoin de deux bouches à nourrir de plus.

Elle s'apprête à rejoindre Cato lorsque Glimmer lui saute dessus pour me venger. Elles se battent sous mes yeux, et moi, je ne peux rien faire.

-Glimmer ! Le couteau !

Vif comme l'éclair, Glimmer s'empare du couteau que Clove s'apprêtait à brandir. Mais je sais que mon amie ne fait pas le poids face à cette fille du district deux. Elle réussit néanmoins à désarmer Clove qui, furieuse la frappe au visage. Il faut que j'intervienne. Je m'appuie comme je peux sur ma jambe intacte et je bondis désespérément vers elles. Je m'écrase lourdement sur Clove qui pousse un cri de de protestation. Elle roule sur le côté pendant que je la roue de coups, et nous dévisage d'un air hautain, avant de prendre la fuite. Lorsqu'elle est hors de vue, Glimmer éclate de rire :

-Cette idiote a pris le mauvais chemin, ricane-t-elle. Elle ne trouvera pas Cato.

-Allons nous-en, il y a trop de monde, dis-je en retenant mes larmes.

Des cloches retentissent soudain, me tirant de ma reconstitution. Nous écoutons attentivement avec Glimmer. Puis, quand on est sûr que les coups se sont arrêtés, elle déclare:

-Douze coups.

-Qu'est-ce que ça peut bien vouloir signifier ?

Elle me regarde, toujours lovée dans mes bras. Je la prends et la considère avec gravité.

-Glimmer, il nous faut d'autres alliés.

-Tu as raison Marvel, mais qui ?

-S'allier aux ennemis de nos ennemis ne me semble pas mauvais comme idée, dis-je.

-Tu parles de Phantom et de Rowan ? Et pourquoi accepteraient-ils ?

Pour toute réponse, je lui tends la clé que j'ai réussi à dérober à Cato, celle qui permet d'ouvrir les menottes de Phantom et Rowan.

-Va les chercher, c'est notre seule chance, je murmure.

Glimmer me regarde avec détermination.

-Je vais faire au plus vite. Tâche de ne pas mourir.

-Et toi, tâche de ne pas te perdre, lui dis-je au tact au tact.

Peeta


Cela fait une trentaine de minutes que nous sommes assis. Ace a fini de relever nos fournitures. On ne devrait pas avoir beaucoup de soucis de ce côté, on a deux sacs pour trois. J'ai toujours les mains posées sur les yeux de Katniss, et je commence à fatiguer. Elle s'est calmée depuis, alors je risque une parole :

-Katniss ? Est-ce que je peux retirer mes mains ?

Elle fait signe que non, alors je ne bouge pas. De longues minutes s'écoulent avant qu'elle ne rompe le silence :

-Je suis désolée. On a failli mourir par ma faute. Mais je ne pouvais pas supporter cette arène. Trop de mauvais souvenirs y sont associés.

-Détends-toi, je suis là, et Ace aussi.

Elle me permet de retirer lentement mes mains, mais j'ai l'impression qu'elle suffoque.

-On dirait un tombeau, dit-elle. La pierre va nous avaler vivante.

-Mais non, c'est du solide. L'arène ne peut pas s'écrouler.

-Il y avait peu de ressources, interrompt Ace. Ce qui veut dire que les juges pensent qu'il est possible de trouver de quoi se nourrir dans cet endroit.

-Boire est essentiel, et je vois mal comment on pourrait se procurer de l'eau ici. Il n'y a rien que de la roche et des gravats.

Katniss intervient :

-Peut-être pourrait-on continuer le tunnel ? Qui c'est ce qu'il se trouve plus loin ?

-Des mutations ? Hasarde Ace.

-Quel optimiste tu fais, marmonnai-je. Katniss a raison, ce n'est pas une mauvaise idée, mais te sens-tu prête à…

-Ne t'inquiètes pas pour moi, je ne suis pas faible. Tu ne m'entendras plus me plaindre de cet endroit. C'est juste un choc temporaire.

-Vraiment ?

A ce moment, un coup de canon retentit.

-Le quatrième, relève Ace. Sûrement quelqu'un mort à la suite de ses blessures, sinon on en aurait entendu deux.

-Qui ça peut bien être ? demandai-je.

Personne ne dit rien.

-Et Flo ? demande Katniss soudainement à Ace.

-Je ne sais pas, répond-il. On a été séparés.

-Mettons nous en route, proposai-je, sentant la méfiance s'installer en nous.

-J'y pense, dit Katniss. Nous ne pourrons pas savoir qui sont les morts.

-Pourquoi cela ?

-Je suis à peu près persuadée que l'écran n'apparaîtra que dans la salle de la Cornutopia. Il est impossible de voir l'écran là où nous sommes.

-Donc…si nous voulons être au courant des nouvelles, il faudra que l'un de nous aille à minuit à la Cornutopia, conclut Ace.

-Et combien de temps mettrons-nous pour parcourir le tunnel ? Il faudra arriver à temps, poursuivis-je.

-Surtout, comment savoir quand est-ce que minuit arrivera ? Il est impossible de se repérer dans le temps avec cette grotte qui n'a jamais l'air de s'éteindre.

Nous restons songeurs. Ace prend finalement la décision de rassembler les sacs pour que nous partions explorer le tunnel. Je sursaute en repensant aux coups que nous avions entendu tout à l'heure.

-Les coups ! Il y en avait douze, c'est bien cela ? Il devait être midi je pense ! C'est ainsi qu'ils nous avertissent de l'heure.

-Oui, ça se tient, dit Ace. Mais il faudrait savoir s'ils comptent le faire toutes les heures, ou à certains intervalles.

-Cela reste à voir, dis-je.

Je prends l'autre sac, et nous nous mettons en route. Je ne sais pas pourquoi Ace nous a sauvé tout à l'heure de FInnick, mais j'ai trop peur qu'il change d'avis pour lui demander la raison.

Ace marche devant d'un pas décidé. Je choisis de rester aux côtés de Katniss qui n'a pas l'air dans son assiette du tout. Je tente de lui remonter le moral:

-Tu as vu, je tiens mes résolutions. Je n'ai tué personne au bain de sang !

-C'est bien, dit-elle sèchement.

On se plonge une nouvelle fois dans le silence. Au bout d'un moment, Katniss chuchote :

-Il faut que je me souvienne de mon père. Il me parlait de ses journées à la mine quand j'étais petite. Il n'aimait pas en parler, mais je lui demandais toujours. Je trouvais cela si incroyable, cette vie souterraine. Ça pourrait nous aider.

Je hoche de la tête.

-Est-ce qu'on peut s'habituer aux hunger games ? Je veux dire, recommencer encore et toujours chaque année ? Moi c'est ma deuxième édition, mais toi c'est déjà ta sixième.

Avant que je ne réponde, elle poursuit :

-Je ne crois pas que ce soit possible. Les hunger games, c'est ce qui a été inventé de pire par l'homme. Cela se hisse au même niveau que la guerre et toutes ces monstruosités. On entre dans l'arène en pensant qu'on ne pourra pas être capable d'autant de cruauté, et en fait l'arène nous révèle au grand jour. Je n'ai pas tué une seule personne au glacier, mais il va bien falloir que je le fasse, on ne peut être deux à jouer les pacifiques.

J'écoute silencieusement car je ne sais si elle attend que je la conforte dans ses idées ou que je la conseille.

-Eh les gens, venez voir, nous hèle Ace.

On le rejoint pour tomber sur un embranchement. On peut décider de continuer tout droit, ou alors de prendre à gauche ou à droite.

-Tu crois que si nous tournons, il se pourrait que nous tombions sur d'autres ?

-Sans doute, dit Katniss.

-Alors tournons, sourit notre coéquipier.

Katniss et moi nous regardons.

-Je n'ai pas spécialement hâte de mourir, dis-je.

-Que risque-t-on ? C'est nous qui les surprendrons, pas l'inverse, on aura toujours une onde d'avance s'il s'avère nécessaire de fuir.

-Il a raison, répond Katniss. Je ne suis pas une prédatrice, mais plus les jours passeront et plus nous serons affaiblis. Cette année, ça ne rigole pas, il y a des adultes. Il vaut mieux essayer de raccourcir le plus ces Jeux.

-Vraiment ? Dis-je à contrecœur. Et qui te sens-tu capable de tuer si tu les croises ? Finnick ? Ou les gamins dont il faudra que tu tues les pattes blanches qui sont des filles ? Ne me dis pas que tu penses à Gale ? Et Haymitch, c'est sûr que ce sera simple.

-Vous savez pourquoi cette année est plus dure ? Intervient Ace. C'est parce qu'en tuant quelqu'un, on sait qu'on emportera la vie de DEUX personnes. Un double meurtre. Et si c'est la patte noire qu'on tue, il est sûr et certain qu'elle mourra dans d'atroces souffrances.

On se dévisage sans un mot. Ace a fait surgir notre inconscient en quelques phrases. Il revient à la charge :

-J'ai vu Cato et Clove se séparer. Si on tombe sur Cato, on aura moins conscience de tuer Clove en même temps car on ne la verra pas mourir. Si on tombe sur un binôme, on n'aura qu'à leur couper les vivres.

Nous avons encore l'air sceptique, alors Ace enfonce le clou :

-Allez quoi, on ne risque pas grand-chose ! Et en plus, vu la complexité de cette galerie, ça m'étonnerait qu'on tombe sur beaucoup de monde. Je suis sûr qu'on fera chou blanc, même si on cherchait véritablement les autres.

Cet argument finit de nous convaincre. Je me saisis de plusieurs pierres et les entasse près du couloir de gauche que l'on a décidé de prendre.

-Comme ça, nous marquons notre route discrètement. Ce tas n'aura l'air de rien parmi les autres pierres, c'est un petit monticule, dis-je.

N'ayant rien d'autre à ajouter, nous nous enfonçons dans le tunnel. L'air devient de plus en plus froid à mesure que nous avançons. Jamais je n'aurai eu idée de ce qui nous attendait devant.

Nous nous arrêtons, le souffle coupé par le spectacle qui nous est donné de voir. La galerie a débouché sur une gigantesque salle aux parois creusées dans la roche où se mêlent stalactites et stalagmites. Le plafond est si haut qu'il est impossible de pouvoir l'atteindre à moins d'avoir des ailes. au sol, deux à trois centimètres d'eau de hauteur renvoient le bleu pâle de cette glace. On se croirait à l'époque glacière.

-Ce n'est pas une mine ordinaire, siffle Ace, impressionné de voir un endroit comme celui-ci dans un souterrain.

-On est suivis, dis-je soudain en remarquant une silhouette frêle se refléter sur un stalagmite translucide.

On se retourne pour voir juste à temps une petite ombre s'éloigner par un autre tunnel.

-C'est Ethan, déclarai-je en le reconnaissant.

-Je le croyais mort, dit Ace. Peu importe, suivons-le. Il aurait dû se faire plus discret.