Chapitre 20 : Le faux du vrai
Colin
J'ai douze ans. Je suis trop jeune pour mourir. Je ne peux pas mourir. Je n'ai pas demandé à être ici. Que faire ? J'ai l'impression de vivre un vrai cauchemar. Ce n'est pas ma place ! A cette heure-ci, Jayden et moi sommes censés être en train de regarder la télévision, bien installés sur notre canapé. Nos parents viennent nous gronder, parce qu'on va rater l'école. Au lieu de ça, je suis coincé sous terre avec une nunuche, un cinglé et une égoïste. Ma sœur n'a jamais eu l'esprit de bravoure. Ça a toujours été moi qui la défendait quand elle avait des problèmes, et ce, malgré son statut d'ainé. Un an de plus, ça ne change pas grand-chose me direz-vous. C'est aussi pour ça qu'on a choisi qu'elle serait patte blanche. Devant un danger, elle fuit, elle ne cherche pas à jouer le héros. Les héros courageux sont souvent ceux qui finissent déchiquetés. Mieux vaut être lâche que mort, c'est ce que je pense. Je jette un coup d'œil au cinglé. Son état m'a l'air stable. C'est lui-même qui nous a informés qu'il avait été classé potentiellement fou. Pour l'instant, je ne vois pas pourquoi. Quant à l'égoïste, je ne l'aime pas vraiment. Elle serait prête à nous laisser tomber si c'est pour sauver sa vie. Au bain de sang, elle a filé comme une flèche sans même nous attendre. On ne l'a finalement retrouvé que grâce à Ray et à son flair. Elle s'était cachée pour compter son butin et a fait mine d'être heureuse de nous voir. Je savais ma cousine égoïste, mais pas au point de la jouer solo. Elle ne sait même pas tirer au javelot. Par contre, elle est très bonne au combat. Avec son look de garçon manqué, elle adorait torturer son entourage, en leur montrant ses prises. Même les garçons avaient peur d'elles. J'ai d'ailleurs souvent été sa cible favorite. Je sais de quoi elle est capable, et c'est d'ailleurs pour cela que j'ai demandé alliance. Je savais qu'elle ne refuserait pas. Elle a toujours eu un besoin de sentiment de supériorité. Cela la rassure d'être avec des plus faibles qu'elle.
Au moindre problème, moi non plus je n'hésiterais pas à la laisser tomber. Je regarde ma sœur. Elle a les mêmes yeux verts que moi, et les cheveux noirs corbeaux. Elle est si fragile. Mon regard se tourne vers Ray qui vient de se lever :
-Je reviens, dit-il et il part sans même se justifier.
A peine a-t-il disparu de vue que Trinity se lève et empoigne les deux sacs de vivre.
-Qu'est-ce que tu fais ? S'étonne Jayden.
-On s'en va, dépêchez-vous.
Son ton est autoritaire et n'admet pas de contestation. Je suis abasourdi par ce revirement. Pourquoi briser l'alliance ? Nous nous levons et la suivons rapidement. Je jette un dernier coup d'œil en arrière puis nous nous enfonçons dans le tunnel.
Nous marchons depuis maintenant une demi-heure. Trinity a l'air de savoir exactement où aller. Je ne peux m'empêcher de demander :
-Pourquoi ?
-Ray est schizophrène. Je l'ai entendu la nuit. Il voulait nous tuer, mais il s'est maîtrisé et son autre partie de lui le lui a interdit. Nous ne sommes pas en sécurité avec lui.
Nous marchons encore un peu quand mon rythme cardiaque monte en flèche. En face de nous se trouve Ace. Il est seul, adossé à la paroi de roche, comme s'il attendait quelqu'un. Jayden esquisse un mouvement de fuite, mais Trinity l'attrape par le col. Je comprends soudain que nous sommes tombés dans un piège.
-Ne bouge pas Colin, ou je la tue, me dit-elle.
Je déglutis péniblement. Notre propre cousine ! Comment a-t-elle pu faire cela ? J'enrage, mais suis impuissant. Ace se lève et va à la rencontre de Trinity. Elle lui lance hargneusement :
-J'ai fait ce qu'il m'a dit. J'ai rempli mon contrat. Je ne dois plus rien à personne. Maintenant prends-les, et dis-lui de me laisser en paix.
Elle balance Jayden vers l'adolescent. Ma sœur pousse un cri de stupeur.
-Jayden ! Criai-je en réprimant mes larmes.
C'en est fini de nous.
-Tu vas retrouver Ray ? Demande-t-il.
-C'est mon affaire, réplique méchamment Trinity.
Elle s'apprête à partir quand Ace la rappelle à l'ordre. Elle se retourne.
-Laisse-moi un sac, siffle Ace. Tu en as deux. Ça risque de t'encombrer.
Après un moment d'hésitation, elle se déleste d'un sac en serrant les dents, avant de s'en aller. Je n'ose pas m'imaginer ce qui se serait passé si elle avait refusé. Mais Trinity est intelligente, elle sait bien quand elle peut faire preuve d'arrogance ou non. Là, face à Ace, il vaut mieux ne pas discuter. Il est taillé tout en muscles, à la manière de Finnick, mais son corps est plus svelte et son port plus altier. Les traits de son visage lui donnent toujours un air énervé, comme s'il fronçait en permanence les sourcils. Il est en revanche plus petit. Nous ne sommes plus que trois à présent. Je suis tendu au maximum, prêt à lui sauter dessus s'il tente de tuer Jayden. Je sais que j'ai peu de chances, mais je ne compte pas me laisser faire. Lui par contre a l'air on ne peut plus détendu. Il nous fixe sans ciller de ses yeux bruns. A ma grande surprise, Ace a un sourire bienveillant, et nous demande d'approcher. A quoi il joue ? Quand nous sommes assez près, il nous confie :
-Je ne vais pas vous tuer rassurez-vous. Enfin, si vous faites ce que je vous dis.
Un soulagement incomparable me prend, puis je me ressaisis. Et s'il mentait ?
-Ecoutez-moi bien, et ne le répétez à personne, dit-il à voix basse. Je vais vous révéler quelque chose, mais les caméras nous surveillent. Ayez l'air assommé par la nouvelle que je vais vous dire, comme si je vous annonçais que j'allais vous tuer.
Nous acquiesçons.
-Ces Jeux sont truqués, reprend-il. Tout est déjà écrit à l'avance. Snow a eu tout le monde en entretien, et nous sommes tous voués à obéir sous peine de mourir. C'est aussi simple que cela. N'en voulez pas à votre cousine, mais elle n'a fait qu'exécuter les ordres.
Mon cœur tambourine si fort dans ma poitrine qu'il menace de sauter à tout moment. Je tente de maîtriser mon rythme cardiaque. Sans grand succès.
-Tu veux dire que…Commençai-je.
-Je sais qui doit gagner, m'interrompt-il. Mais je sais aussi comment s'en sortir. Seulement, je ne fais pas confiance à tout le monde. Colin, tu seras chargé de porter ce message à Gale. J'ai confiance en lui, il est bien contre le Capitol.
Il dit cela en sortant un bout de papier tellement chiffonné que je me demande si c'est lisible.
-Pourquoi moi ? Soufflai-je.
-Parce que tu es petit, et qu'on ne se méfiera pas de toi. Je compte tenir Katniss et Peeta au courant. Mais pas maintenant. Il est encore trop tôt. Je prendrais ta sœur sous mon aile en attendant. Je reviendrais tous les soirs à la Cornutopia. Tu auras juste à attendre que la voie soit libre pour me faire le signal quand tu auras rempli ta mission.
Il me tend une petite lampe de poche. Je la saisis en tremblant. Puis me glisse discrètement le papier dans la poche Tout ce qu'il vient de dire…paraît tellement irréel. Je prends un air horrifié, comme nous l'a demandé Ace. Cela n'est pas trop dur, car je suis réellement en panique. Jayden m'imite aussi. Ace part ramasser le sac que Trinity nous a gracieusement offert, et fouille rapidement dedans. Il en extrait les armes, et ne laisse que la nourriture dedans. Il se lève, me balance le sac violemment et crie :
-T'as compris ? Si tu ne le fais pas, je tue ta sœur.
Je hoche rapidement de la tête, met le sac sur mon dos et pars sans demander mon reste. Ce n'est qu'après une dizaine de minutes à courir que je m'aperçois que je ne sais absolument pas comment le trouver. Si je tombe sur Cato, je suis cuit. Je prie secrètement, et jure de me faire plus discret.
Katniss
La matinée est passée très rapidement. Je ne l'ai même pas vu filer. J'essaie d'oublier l'endroit dans lequel nous sommes, mais c'est à croire que Snow a délibérément choisi de me faire souffrir. Alors nous restons dans la grande salle, car elle ne ressemble pas à la mine. Celle de glace avec des stalactites. Il fait froid, mais Ace est parti en reconnaissance pour nous trouver une autre salle. Cela fait tout de même longtemps qu'il est parti. Je me resserre contre Peeta pour me réchauffer. Il m'entoure de ses bras et se met à frotter mon dos. Nous nous sommes assis en hauteur, afin de ne pas être surpris, mais surtout pour ne pas avoir les pieds dans l'eau glaciale. Je ne veux pas être misérable. Je tente de me composer un visage neutre face à cet univers étouffant.
-Vivement qu'on change de salle, soufflai-je alors qu'un nuage de vapeur se forme autour de ma bouche.
Il ne répond pas, préférant économiser son énergie, mais il acquiesce. Ses yeux bleus rencontrent les miens. Ils sont vraiment irrésistibles. La vérité, c'est que je n'ai cessé de penser à lui depuis ce fameux jour des moissons. Ce jour où il nous a quittés pour partir au Capitol a été le déclic. Avant, je ne faisais absolument pas attention à lui. Mais je ne pouvais oublier cette affreuse sorcière qui avait ruiné le destin de son fils. Comment a-t-elle pu ? En un sens, je m'étais rapprochée de lui parce qu'il m'avait fait pitié. J'ai honte de le dire, mais c'est vrai. Je me suis rendu compte que même si ma vie était pitoyable, ce n'était rien comparé à celle de Peeta qui avait souffert du manque d'affection. A présent, je ne laisserais plus personne lui faire de mal.
-A quoi ça ressemble dehors ? Murmure Peeta soudainement.
Je le dévisage, mais il ne me regarde pas. Je m'éclaircis la voix :
-Eh bien…je serais ton guide. Quand toute cette mascarade sera finie, je te montrerais…les plus beaux endroits…la liberté…les repas au coin du feu…la vie. Il ne faut pas avoir peur.
Je dis cela pour me rassurer. On va s'en sortir. On doit s'en sortir. Je presse sa main plus fort.
-Dis Katniss, qu'est-ce que tu sais sur Ace ?
Je réfléchis un instant à sa question avant de conclure que je sais pas grand-chose en vrai.
-Je ne sais pas, admis-je. Je ne me souviens même pas l'avoir vu dans l'hovercraft. Et je ne sais pas non plus quelles sont ses motivations…
-Regardez qui j'ai trouvé, fait une voix derrière nous.
Je tourne le regard et aperçoit Ace avec une petite fille aux cheveux très noirs, et aux yeux bruns. Elle s'accroche à Ace, un peu terrifiée. Peeta descend du promontoire et sourit à la nouvelle.
-Salut. Jayden, c'est ça ?
Elle a un mouvement de panique et se réfugie derrière Ace. Peeta se sent un peu mal à l'aise et décide de se tourner vers le garçon :
-As-tu trouvé un endroit ?
-Oui. Mais c'est plutôt loin d'ici. On devrait partir après manger.
Bizarrement, je ne le crois pas. Mais je ne dis rien. J'ouvre le sac de nourriture en soupirant. Il va vraiment falloir trouver de quoi se nourrir, car pour l'instant nous n'avons que des fruits secs, quelques bouteilles d'eau que nous avons rempli aussi avec l'eau récupérée de la glace que nous avons fait fondre hier soir, du fromage, du pain et un bloc de viande dont je n'arrive même pas à définir l'origine. Au moins il n'y a pas à le faire cuire, c'est déjà ça. Je le sors et commence à découper le bloc en parts égales. Peeta prend le pain et se met à couper des tranches. Jayden s'accroupit à mes côtés et fixe la viande. Je peux presque voir le filet de bave qui coule de sa bouche. Avant que je n'aie fini, je lui tends un morceau qu'elle prend délicatement en me remerciant. D'un coup, la pensée de Prim m'accable. Que fait-elle ? Va-t-elle bien ? A-t-elle mangé ? A-t-elle bien dormi ? Me regarde-t-elle en ce moment ? Le district douze semble bien loin à présent. Mes pensées errent dans mon village d'enfance. Je me revois encore caresser cette petite tête blonde. Je me revois à la moisson, en train de me porter volontaire pour la sauver. Je me revois sur scène, priant silencieusement pour que Gale ne soit pas moissonné. J'ai un goût amer dans la bouche. Un goût de défaite. Snow m'a détruit. Même si je sors de cette arène vivante, je sais que je n'en sortirai pas indemne. Une partie de moi continuera d'errer ici, à côtoyer les morts.
Nous nous levons et plions les couvertures. Après avoir effacé nos traces, nous remettons en route. Ace a l'air sûr de lui, nous indiquant la route à suivre. Jayden le colle de près et se tient à distance respectable de Peeta. Celui-ci ralentit son allure pour arriver à mon niveau. Nous fermons la marche. Au bout d'un moment, nous apercevons une lueur bleu turquoise qui provient d'un des tunnels. Je peux voir Ace exprimer un imperceptible soupir de soulagement, comme s'il priait pour tomber sur une salle. Sait-il vraiment où il va ? Il bifurque vers ce chemin qui s'enfonce dans la terre. L'air se fait humide, je commence à avoir vraiment chaud. Je tire un couteau et Peeta fait de même.
-Tu as inspecté la pièce ? Demande Peeta à Ace.
-Non pas encore.
-Je pars en éclaireur, répond Peeta.
Ace approuve, et nous attendons dans l'angoisse qu'il revienne. Après dix minutes d'attente, je n'y tiens plus.
-J'y vais, j'annonce. Reste avec Jayden.
-Non Katniss.
Sa voix est ferme.
-Fais-lui confiance un peu. Il est capable de se débrouiller.
Il a raison. Peeta a gagné plusieurs éditions. Il a survécu à des choses inimaginables. J'inspire profondément. Au bout d'une minute, nous distinguons une silhouette qui s'avance vers nous à travers l'air lourd.
-Alors ? S'enquit Ace.
-La voix est libre, ce sont des sources chaudes, fait Peeta mais il a le teint livide.
Ace ne semble pas le remarquer. Il se saisit des deux sacs et attrape Jayden par la main. Peeta me rejoint et me chuchote à l'oreille :
-Haymitch et Effie y étaient. Je leur ai parlé.
Mes yeux s'agrandissent. Je manque de m'évanouir quand il m'annonce :
-On ne peut pas faire confiance à Ace. Il a été envoyé par Snow.
Johanna
-Alors, tu vas l'achever ou pas ?
Il me jette un regard indigné.
-Ça va pas non ?
Je roule des yeux. Le type est condamné, ça crève les yeux. Le couteau a bien pénétré ses organes. Maintenant, je le considère comme un poids mort. Un poids dont il faut se défaire. On ne peut pas rester là à attendre que la mort vienne nous chercher. Il faut qu'on s'occupe de notre survie. Mais ça, Gale ne semble pas l'avoir compris. Il est penché sur Phantom qui git sur le sol, inconscient. Son amie est partie chercher de l'eau
-Si tu veux, c'est moi qui le fais. Personne n'en saura rien.
Gale se lève brusquement et se poste devant moi :
-T'y toucheras pas, dit-il d'un air glacial.
-A ta guise.
Je prends un sac, en vérifie le contenu et vide les trucs inutiles.
-Où tu vas ?
-Je vais voir Finnick. Rejoins-moi quand t'en auras fini.
Je manque de rajouter « avec eux » mais je me retiens. Je tourne les talons et part vers la Cornutopia. Il ne cherche pas à me rattraper. Tant mieux, parce que je suis vraiment énervée. Enervée d'avoir un partenaire aussi peu fiable. Enervée d'être là, à faire ces jeux. Ma seule et unique motivation lorsque j'ai accepté d'entrer dans la révolte, c'était de pouvoir fendre la boîte crânienne de Snow. Il est loin le temps où je pourrai sortir de ce trou merdique et balancer ma hache pile entre ses deux yeux. En parlant de hache, j'aurais bien aimé en avoir une. Tout ce que j'ai pu dénicher dans les sacs qu'on a pris, ce sont une barre de fer et des lames de rasoir. J'ai opté pour ces dernières, préférant laisser la barre à Gale.
Gale.
Quand j'y repense, il est plutôt pas mal foutu. Grand, bien musclé, mais quelle âme sensible ! Vraiment pas mon type, il ne collerait pas avec mon caractère trempé. Je soupire en pensant au nombre de jours où je vais être coincée là. Etait-ce une si bonne idée de le laisser finalement ? Et s'il se faisait tuer ? Cette pensée n'a pas plus tôt fait de m'effleurer l'esprit que je frémis.
Je me baisse juste à temps pour éviter un poignard.
-Argh ! Pousse mon adversaire apparemment frustrée que son tir n'ait pas réussi.
Elle jette son petit sac à terre et bondit sur moi. Je l'évite mais elle m'agrippe le bras. Je pivote et pousse un cri de guerre. J'attrape son cou et on tombe toutes les deux. Elle me donne un coup de poing. Ma joue brûle instantanément mais je ne la lâche pas.
-Tu ne peux pas me tuer comme ça, dit Clove à demi étranglée.
-Je sais, dis-je avec un sourire froid.
Aussi froid que la lame de rasoir que je viens de sortir. Je vise le cou mais dans un ultime effort elle parvient à se dégager en me balançant sa jambe dans ma poitrine. J'en ai le souffle coupé. La lame tombe en produisant un son métallique. Clove braque son regard sur elle et se met à courir pour l'attraper. J'en profite pour sortir ma deuxième lame et lui fais une entaille sévère au bras droit. Elle ignore sa blessure et saisit la lame tombée. Maintenant, nous nous faisons chacune face avec une lame que nous brandissons comme si notre vie en dépendait.
-Je te préviens, si tu bouges, je te défigure le visage, dit-elle.
Ça me fait rire. Clove a beau être très forte, elle ne m'arrive pas à la cheville. Je suis plus vieille, j'ai plus d'expérience. Je suis aussi plus grande, et cet avantage s'avérera décisif. Elle semble l'avoir comprise, car je la vois hésiter. Elle jette un bref coup d'œil à son sac, mais son orgueil est trop grand, elle décide de charger. Elle referme sa main sur la lame et je comprends trop tard qu'elle m'attaque au corps-à-corps. Je me prends un sérieux crochet et tombe en arrière. Le goût amer du sang entre dans ma bouche. J'attrape son bras avant qu'elle ne me lacère avec sa lame. Le bras de fer est engagé. Elle appuie de toutes ses forces et la lame n'est plus qu'à quelques centimètres de mon cou. Si je lâche, je suis foutue. Heureusement, elle utilise son bras gauche. Sans plus réfléchir, je plonge ma main libre dans la blessure fraîche. Ça lui arrache un cri de douleur. L'instant d'après, c'est ma lame qui lui pénètre la poitrine. Je l'enfonce jusqu'à ce qu'elle ne dépasse plus. Clove hurle et les larmes coulent immédiatement. Je la repousse et elle tombe en se recroquevillant, la main sur la poitrine, incapable de faire quoi que ce soit. Je ramasse son petit sac et essuie ma main ensanglantée sur mon pantalon. Clove est là, à mes pieds, secouée par des sanglots qu'elle tente de réprimer. J'hésite à l'abandonner à son sort, j'ai peur qu'elle réchappe de la mort. Après tout, ce n'est qu'un bout de métal dans de la chair. Finalement, je me baisse et ramasse le deuxième bout de métal. Je la fouille pour voir si elle ne possède pas d'autres armes sur elle. Non rien. Je m'en vais m'assoir sur un rocher, à quelque distance d'elle, et la regarde d'un air maussade. J'espère qu'elle mourra vite. Clove comprend que je l'attends. Elle me jette un regard de haine pure. Elle essaie de parler, un gargouillis sort de sa gorge:
-Tu es cruel…Johanna…
Je sais.
