And Ze suite !
Après avoir, pour la unième fois, tenter de rassurer Molly sur le fait que petit a, non, Sherlock n'allait pas mener d'horribles expériences sur Toby parce que petit b, c'est John qui mènerait d'horribles expériences sur Sherlock s'il arrivait quoique ce soit au chat, John avait réussi à convaincre la jeune femme de faire le tour des boutiques d'LHR.
« Oh ! Un kiosque à journaux, s'exclama Molly. J'ai oublié de prendre de quoi lire. Un bon polar, voilà ce qu'il me faut pour … pour … elle se mit à balbutier, pour ne pas penser à mon pauvre petit Toby.
Elle plongea sur un des policiers, choisissant celui dont la couverture était la plus « sanguinolente ». John sourit.
- Vous n'en n'avez pas assez des meurtres sordides ?
- Pourquoi est-ce que vous … Oh, oui, à cause de mon travail à la morgue, gloussa Molly. Et bien … elle se mit à mordiller ses lèvres nerveusement. J'essaye de … de mieux comprendre le travail de la police : trouver des indices, les analyser. Ouvrir un cadavre livre beaucoup d'informations bien entendu mais ce n'est pas la même chose. C'est fascinant la manière dont Sher- … dont l'Inspecteur Lestrade parvient à relier le point A au point B.
Si John n'avait pas été le galant homme que sa mère avait fièrement élevé, il aurait sans aucun doute levé les yeux au ciel. Comment une jeune femme intelligente pouvait-elle s'être entichée ainsi de Sherlock ? Plus il était odieux avec elle et plus elle s'accrochait. Pour quelqu'un qui s'enorgueillissait de plutôt bien comprendre l'âme féminine, John trouvait Molly Hooper désarmante.
- … et lire des policiers, enfin, si l'auteur est reconnu par la communauté littéraire, bien entendu, est une véritable mine d'or en matière de …
John écoutait Molly babiller d'une oreille distraite. Il avait assez de « blablabla » sur les mœurs et coutumes policières à la maison, merci.
Des jeux cérébraux : mots croisés ou fléchés, voilà ce qu'il lui fallait pour le vol. Tiens, il essaierait bien un de ces nouveaux jeux comme le Suduku. Ou tout simplement, le journal. Il n'avait pas eu l'occasion d'acheter The Gardian cette semaine.
John attrapa une revue de mots croisés au hasard et posa un exemplaire de The Gardian sur le comptoir. Il allait payer lorsqu'une photo attira son regard. Il fronça les sourcils et tira un exemplaire du Daily Mirror (10) de la pile de journaux se trouvant sur le présentoir.
Tout en haut de la page se trouvait, dans un petit encadré, le visage souriant de Jabez Wilson, en dessous une petite phrase en gras : « porté disparu !».
- John ? John, est-ce que vous allez bien ? Demanda Molly.
John leva les yeux du journal. Le caissier soupirait commençant visiblement à s'impatienter.
- Hein, oui, je … je vais aussi prendre celui-ci, dit John. »
Une fois leurs achats payés, Molly et John se trouvèrent à nouveau assis au Costa Coffe, autour d'une tassé de thé. John se plongea dans la lecture de l'article qui était consacré à Jabez.
Si l'on devait en croire l'auteur, Jabez avait été enlevé juste devant sa porte, dans un van de couleur noire, sans immatriculation, qui avait été retrouvé moins d'une heure après l'incident (incident ? Un kidnapping était un « incident » ? La première page annonçait en gras le divorce de la starlette du moment comme le « drame de l'été » mais un enlèvement était un incident ?! Foutus tabloïds) avec toutes les affaires de Jabez (lesquelles étaient listées par l'article, sous-vêtements et chaussettes compris) soigneusement pliées. Pas d'empreinte, aucun signe du conducteur. Aucun signe du jeune agent de police.
Le reste de l'article était une liste d'hypothèses plus abracadabrantes les unes que les autres (John nota que la thèse de l'enlèvement par les extra terrestres était absente. Les martiens ne devaient plus avoir la côte).
« Vous le connaissez ? Lui demanda Molly qui parcourait l'article des yeux avec lui.
John ne lui répondit pas. Il sentait une boule se former au creux de son estomac. Une affreuse petite boule de culpabilité. Et si … Une petite voix à la tonalité très Sherlockienne se fit entendre dans sa tête : « les coïncidences n'existent pas John. Traiter des faits de « coïncidences » est juste le moyen pour les idiots de cacher leur incapacité à résoudre un puzzle ». Avait-il été un de ces idiots ?
Il sortit son portable de sa poche et fouilla ses mèls. Ah. Là. Jabez lui avait fait un long, très long courriel le soir même de leur petite entrevue. Juste quelques heures avant de disparaître. Il y avait une pièce jointe. Le fameux nuancier, l'adresse de Ross and Cie. Hum … John ne perdit pas de temps et transféra le tout à Greg et à Sherlock.
- Oh. C'est futé. Ils l'ont débarrassé de tout ce qui pouvait l'identifier. C'est fou ce que l'on peut déduire des effets personnels des gens, même sans papier d'identité, marmonnait Molly qui continuait sa lecture de l'article. Les criminels ne pensent presque jamais à ça.
Oui, John se rappelait fort bien de la petite démonstration de Sherlock avec ce pauvre gardien de musée. Greg avait fait une de ces têtes ! John avait été obligé d'intervenir pour … Argh. Greg ! Il était en congé. Dimmock aussi. C'était bien sa chance pour une fois que c'était lui qui avait besoin des services de NSY et non le contraire !
Il relut le mèl de Jabez. Jones, son supérieur était un certain Inspecteur Jones. Utilisant la même extension que pour Greg, il transféra le mèl à Jones. Ok, maintenant, il fallait juste qu'il appelle Sherlock et –
- Et si on allait y jeter un coup d'œil, dit soudain Molly, tête droite et yeux brillants. J'ai vérifié, nous avons des billets échangeables, il y a des vols toutes les heures. Juste … juste un saut pour voir si nous trouvons quoique ce soit. C'est juste à quelques stations de métro de Heathrow !
John pencha la tête vers la jeune femme, abasourdi.
- Molly, je crois préférable de contacter Sherlock et –
- Oh oui, excellente idée, il pourra nous retrouver là-bas ! Répondit Molly, qui, toute excitée, s'était levée.
- Et Toby, dit juste John. Vous ne voudriez pas qu'il laisse Toby tout seul ?
Ok, c'était un coup bas mais franchement, John ne se sentait pas le courage de gérer une Molly en mode « détective ». Il se demandait ce qui l'avait le plus influencée : ses lectures, son boulot à la morgue ou le fait de fréquenter un certain détective.
Ou juste le fait qu'elle voulait visiblement impressionner ledit détective.
Le sourire sur le visage de Molly se figea et elle se laissa retomber lourdement sur sa chaise.
- Oh, oui, bien sûr, elle émit un petit rire nerveux. A quoi est-ce que je pensais !
Et elle tourna vers lui un visage tout triste. Vraiment, vraiment tout triste et …
Oh non, pas ça, tout mais pas ça. John avait un point faible : il ne savait pas résister aux minois boudeurs. Et pourtant avec Sherlock, il avait de l'entraînement ! Et encore, une fois sur trois, il craquait. Lamentablement.
- Ok, soupira t-il, nous y allons mais –
Molly exécuta un « high five » qui aurait fait pâlir d'envie Raz et ses potes.
- … mais, continua John nous vérifions juste l'identité de cette Mme Spaulding et nous attendons Sherlock pour poser des questions, compris ? »
Molly, tout sourire, hocha la tête.
John lui sourit.
Après tout, il se faisait certainement du souci pour rien : qui enlèverait quelqu'un parce qu'il était un défenseur des rouquins de Grande-Bretagne ? Non, Jabez était un policier et sa disparition avait certainement un lien avec une des affaires sur laquelle il avait été affecté.
Sauf que … sauf que la petite voix ne cessait de lui murmurer : « il n'y a pas de coïncidence, John, juste des idiots ».
Sérénité.
Paix.
Quiétude.
Allongé sur le sofa, pointe des doigts sous le menton, yeux clos, Sherlock laissa échapper un long soupir tout en égrainant les synonymes d'un état enfin retrouvé : la tranquillité.
En fait, la solution avait été si simple ! S'il avait tardé à la trouver, c'était certainement à cause de Mme Hudson. Après que Sherlock se soit douché et habillé, elle était montée le voir juste avant de partir chez sa soeur. Avec un plateau garnis de scones. Chauds. Beurrés. Il en avait mangé un. Ou peut-être deux. Difficile de résister. Il mangeait toujours les pâtisseries de Mme Hudson lorsqu'il n'avait pas le moral. Ca lui faisait penser à son frère. Ou plus exactement au fait que Mycroft, lui, ne pouvait pas savourer de délicieux gâteaux faits maison.
Ou de gâteaux tout court en fait.
Le souci, c'était que la digestion ralentissait terriblement son processus intellectuel. C'était la seule chose qui pouvait expliquer qu'il était resté coincé dans sa chambre aussi longtemps à imaginer le moyen de se débarrasser de cette affreuse créature sans risquer les foudres de John. Il avait juste du –
« Ahem. Euh … bonjour !
Sherlock ouvrit les yeux et fronça les sourcils.
Un homme se tenait sur le pas de la porte de l'appartement. Petites moustaches, noire et fine, crâne dégarni, légèrement bedonnant. Un veston de bonne qualité mais des chaussures qui avaient vu de meilleurs jours. Une alliance. Et un sourire béat sur le visage.
- Euh, la porte était ouverte … en bas. Comme celle de votre appartement. Ce n'est pas très prudent vous savez, surtout avec votre -
Sherlock soupira bruyamment, l'interrompant. Apparemment, il allait devoir subir la compagnie de cet intrus, qu'il le veuille ou non. Il se releva, récupéra son archet et de la colophane et se planta devant la fenêtre :
- Commissaire, dit-il sur un ton sec, comme vous le voyez, je suis extrêmement occupé, donc –
Le sourire sur le visage de son visiteur s'élargit.
- Bon sang ! Comment avez-vous su que j'étais commissaire ? Commissaire Jones, Peter Jones, se présenta l'intrus. C'est tout simplement fantastique ! Comment pouvez-vous savoir tout ça (11) ?
Sherlock leva un sourcil. Exaspéré le sourcil.
- « Tout ça », tout ça quoi exactement, grogna t-il. Je vais vous dire ce que je sais. Je sais que votre femme en a assez de vous voir perdre vos affaires, je sais qu'elle a changé de détergent récemment, qu'elle s'est fait couper les cheveux ce matin et qu'elle vous a préparé votre plat préféré ce midi.
Il débita tout ça d'une traite tout en passant la colophane sur les crins de l'archet.
S'ils avaient été dans un de ces stupides cartoons que John appréciait tant, la mâchoire du commissaire aurait certainement fait un petit tour vers le sol. Comique ? Non, pas vraiment. Plutôt pathétique. Ca, la fine fleur de NSY, humpf, pas étonnant qu'il y ait autant d'affaires non résolues !
- Mais co … co … comment … balbutia Jones.
- Vous portez un anneau renforcé ET une attache en plastique pour pantalon. Mauve. Plutôt voyant. Pratique pour quelqu'un qui perd ses clés, facile à retrouver au fond d'un sac. La couleur indique que vous ne l'avez pas choisie. Un homme aurait plutôt choisi du rouge. Donc, votre femme en aura eu assez de vous voir perdre vos clefs et vous a acheté l'anneau et l'attache ce qui démontre que ce n'est pas la première fois que ces petits « oublis » arrivent. Sur votre cou, on distingue clairement des rougeurs à l'endroit où votre col frotte mais la chemise est légèrement élimée aux manches, donc, elle n'est pas neuve, aucune raison que le col vous gène, sauf si le problème provient de la lessive que vous utilisez. Vous avez plusieurs cheveux sur le col de votre veste, de différentes longueurs et manifestement coupés aux ciseaux. Vous avez du prendre votre femme dans vos bras à son retour du coiffeur, sans doute ce midi car je doute que vous veniez à votre bureau couvert de cheveux de bon matin.
La bouche de Jones s'ouvrit et se ferma plusieurs fois avant qu'il ne demande finalement :
- Et pour … pour le repas de ce midi ?
Sherlock sourit. Le sourire de prédateur prêt à porter le coup final.
- Vous avez une tâche de sauce tomate sur votre cravate et un petit morceau d'herbes coincés entre les dents. Je dirais de la sauce bolognaise faite maison. Les restaurants d'entreprises ne sont guère familiers avec les aromates et les épices. Et maintenant, si vous permettez …
- Mais … mais comment savez vous que c'était mon plat préféré ?
Sherlock haussa à nouveau un sourcil.
- Un commissaire de NSY qui prend le temps de revenir chez lui le midi ? Ca ne peut être que pour une excellente raison n'est-ce pas ? Répondit-il sur un ton moqueur.
- Oh. Et mon titre de commissaire ?
Sherlock soupira.
- Votre voiture non banalisée est en bas … et un chauffeur est au volant. Pas exactement le type de traitement réservé à tous les agents de NSY.
- Oui, oui, bien sûr, bien sûr. C'est exactement comme Lestrade me l'avait dit. Juste complètement incroyable ! Oh, et pour Wilson, vous avez avancé ? Bien sûr, je vais avoir besoin des noms pour établir le mandat d'arrêt et puis l'adresse de -
Le petit bloc de colophane stoppa net son voyage sur l'archet et Sherlock fit brusquement volte-face. Il planta son regard dans celui de Jones :
- De quoi parlez-vous ? Demanda t-il froidement.
- Euh, balbutia Jones, soudain mal à l'aise, le mèl envoyé par votre partenaire, Monsieur Watson. A propos de la disparition d'un de mes agents, un gamin transféré du Devon il y a quelques semaines, Jabez Wilson.
Sherlock lança l'archet sur le sofa et se saisit de son Iphone. Il ignora les babillages du commissaire derrière lui et parcourut rapidement le mèl de John. Là, ce nom : Spaulding. Il connaissait ce nom. Il l'avait déjà vu associé à un autre, il en était certain.
- LA FERME ! hurla soudain Sherlock.
Il avait besoin de se concentrer. Et d'aller dans son Palais Mental. Ce nom … il connaissait ce nom, bon sang !
Mais avant, il devait contacter John.
Affaire Jabez Wilson en cours. SH.
Il envoya le texto puis se tourna vers Jones qui, enfin silencieux, le dévisageait avec curiosité.
Sherlock le prit par les épaules et le fit pivoter face contre la porte.
- Monsieur Holmes, commença le commissaire, visiblement un peu dépassé. Si vous avez la moindre information sur –
- Oui, oui, oui, l'interrompit Sherlock, vous serez le premier que je contacterais.
Et avec ça, il mit tout bonnement Jones dehors refermant la porte sur son nez avec un clac sonore.
Sherlock était assis à son bureau, la paume des mains posée sur le bois patiné. Il ferma les yeux, prit plusieurs larges inspirations et exhala longuement, calmement.
Devant ses paupières closes, des lignes apparurent, de plus en plus nettes jusqu'à former des portes, des escaliers, des niches, des alcôves. Une multitude de lieux où se trouvaient, parfaitement agencées, toutes ses connaissances (12). Il tendit la main et ouvrit une porte. La, sur une petite étagère se trouvait ce qu'il cherchait. Des photos. De simples photos. Celles de Mycroft lors de sa dernière année à Eton. Une rangée de sourires figés, des uniformes rappelant un autre âge.
Et là, au dernier rang, John Clay, fils cadet du Duc de Sherrinford. Et brebis galeuse de la famille.
Après des études brillantes à Eton et à Oxford, Clay avait jeté l'opprobre sur le nom de son père en frayant avec les grands noms de ce que l'on pouvait appelé la « Mafia » londonienne. Souvent inquiété mais jamais poursuivi : les témoins avaient la fâcheuse manie de disparaître juste avant ses procès. C'est comme ça que Sherlock avait fait la connaissance de Raz. Son jeune frère avait été l'un de ses malheureux témoins à charge dont le corps avait été retrouvé dans la Tamise.
Sherlock serra la mâchoire. C'était il y a six ans. Il se souvenait de Raz, un gamin paumé. Et il se souvenait aussi de lui-même, tout aussi perdu. Il se souvenait aussi de la saveur amère de la défaite. Un goût de cocaïne. Son échec avait été causé par son addiction. Il avait demandé à Mycroft de lui trouver un centre de désintoxication juste après l'enterrement du frère de Raz. Mais cette fois, cette fois Clay ne lui échapperait pas !
Sherlock passa mentalement en revue toutes les photos jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait.
Les mêmes adolescents désormais débarrassés de leur uniforme, une pinte à la main, fêtant leur diplôme. Et dans le cas de John Clay, l'autre main passée autour de la taille d'une jeune femme.
« Vincenza Spaulding, murmura Sherlock en ouvrant les yeux.
Fille illégitime d'un Comte Italien et d'une starlette anglaise. Clay et Spaulding. Sherlock avait entendu dire qu'ils s'étaient eux-mêmes surnommés les Bonnie and Clyde de Londres. Le tout sous les yeux d'une police impuissante. Sherlock serait ravi de voir leur histoire finir comme celle de leurs « idoles ».
Sherlock sourit. Il se leva et fit craquer ses articulations. Il prit son Iphone et fronça les sourcils. Curieux. John n'avait pas répondu. Il vérifia l'heure. L'avion devrait pourtant avoir atterri maintenant et donc il n'y avait aucune raison pour que John ne réponde pas. Il tapa un texto à Molly :
Pourquoi John ne répond t-il pas à son téléphone ? SH
Il attendit quelques minutes.
Rien.
Sherlock sentit quelque chose de froid le transpercer. Coïncidence ? Non. Coïncidence était juste le nom que les imbéciles donnaient à ce qu'ils étaient incapables d'analyser. Et en parlant d'imbécile … Sherlock sélectionna un contact. Son correspondant répondit immédiatement.
- Mycroft, grogna Sherlock, ta petite équipe d'espions va pour une fois, être utile. »
Evidemment.
EVIDEMMENT !
John était un idiot. Mais c'était SON idiot. Et Sherlock entendait bien le récupérer.
Mycroft lui avait rapidement confirmé la position de John en utilisant la GPS du portable de ce dernier : 7 Pope's Court à Fleet Street. Les beaux quartiers de la City. L'immeuble où se trouvait enregistrés les bureaux de Ross and Cie. Compagnie fictive comme venait de lui confirmer Mycroft.
« Il semblerait que la jeune Molly Hooper soit aussi avec lui, précisa Mycroft. Elle a reporté leur vol de trois heures. Une idée sur ce qui a pu conduire à cette décision ?
Sherlock n'avait pas le temps de discuter avec Mycroft, il raccrocha donc au nez de son frère saisit son manteau (qu'il enfila dans un mouvement qui fit voleter les papiers se trouvant sur le bureau) et ouvrit la porte à la volée … pour tomber nez à nez avec Jones.
Le regard du commissaire s'éclaira d'une lueur d'excitation en le voyant.
- Ah ! Enfin ! Houlà, vous allez avoir chaud avec ça sur le dos, siffla Jones. Mais … oh, vous avez des trucs secrets dans vos poches, c'est ça ?
Il cligna d'un œil entendu avant de reprendre :
- C'est rudement futé de votre part. Bon, alors, ça y est, n'est-ce pas ? Vous avez tout dénoué ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Et qui sont-« ils » au juste ? Oh, bien entendu, je mets à votre disposition tout le personnel nécessaire à … Monsieur Holmes !
Sherlock dévala l'escalier quatre à quatre. Pas question de rester plus longtemps en compagnie de ce type, il sentait déjà son QI faiblir rien que de devoir l'écouter (même s'il devait reconnaître que mettre son manteau n'avait pas été son idée la plus lumineuse. Lorsqu'il ouvrit la porte de l'immeuble, une vague de chaleur s'engouffra immédiatement dans le couloir menaçant de l'étouffer, mais bien entendu plus question maintenant de laisser son Millford Belstaff (13) derrière lui. Il détestait vraiment, mais alors vraiment, les idiots de NSY).
- Monsieur Holmes ! Attendez ! Vous avez oublié …
Jones, qui avait suivi Sherlock jusque devant la porte de l'immeuble, stoppa net lorsque Sherlock se tourna vers lui, lui jetant un regard noir.
- Je n'oublie jamais rien, commissaire, dit-il d'une voix froide (sauf peut-être qu'ils étaient en plein mois d'août et que Londres traversait une période de canicule, mais c'était un détail qui n'avait rien à voir avec la présente affaire, n'est-ce pas).
- Euh, bah, si, vous avez oublié ça.
Le « ça » en question, émis un petit miaulement indigné.
- Il était sur la seconde marche de l'escalier, dit Jones. La pauvre petite chose avait du mal à grimper. Avec la porte grande ouverte, vous pouvez vous estimer heureux qu'il ne se soit pas tout bonnement échappé. Bon je comprends, il fait chaud et les courant d'air ça fait du bien mais il aurait pu se faire écraser.
Tobby était pelotonné entre les mains de Jones. Il fixa Sherlock et émit un autre miaulement qui, aux oreilles de Sherlock, semblait dire : « ahah, tu ne croyais pas te débarrasser de moi aussi facilement mon gaillard ! ».
Sherlock ne dit rien, il prit le chat, le fourra dans une de ses poches (AH ! Il avait toujours RAISON ! Il avait bien fait de mettre son manteau) et sortit de l'immeuble, Jones sur ses talons.
A suivreuh …
(10) The Gardian (que John lit dans l'épisode Le Chien de Baskerville) est un quotidien d'information (de ligne éditoriale centre-gauche) et est ce que l'on peut considérer comme un journal sérieux (genre Libé ou Le Monde) alors que le Daily Mirror est ce que nos amis anglo-saxons appellent un tabloïd.
(11) « Mon » commissaire Jones est très fortement inspiré de celui de la série Granada. Dans l'adaptation de la Ligue des Rouquins, Jones est clairement un « fan » de Sherlock ce qui ne ressort pas de la nouvelle d'ACD.
(12) Le « palais de mémoire » est une technique mnémotechnique ancienne. Si pendant longtemps, cette technique fut portée aux nues par les grands penseurs, elle est aujourd'hui réduite à un artifice plutôt ésotérique. Cette idée de l'ordonnancement de la pensée par le visuel est un peu dépassée mais colle assez bien à la personnalité de Sherlock, telle qu'elle nous est présentée (entre sociopathie et autisme).
(13) Comme vous le savez sans doute, nos amis de la BBC ont des SOUS ! Des gros, gros sous. Le célèbre manteau de Sherlock est un Belstaff (le Millford) et coûte TADA … 1 395 livres. Yep. La non moins célèbre chemise blanche est une Dolce Gabana à 155 livres et le costume, un Spencer Hart à 495 livres. Gah et double gah !
