And – enfin ! - Zi Endeuh.
(Quelques gros mots, ci et là, mais rien de bien méchant)
« Woaouh ! C'est … c'est très impressionnant ! S'exclama Molly, nez en l'air.
Oui, John devait le concéder, l'endroit était superbe. Architecture alliant moderne et restauration de bon goût. Et c'était juste le hall d'entrée du 7 Pope's Court. Tout criait « luxe ! ». Et d'ailleurs, ils faisaient, Molly et lui, un peu tâches dans le flot de personnes qui entraient et sortaient. Des hommes et des femmes qui semblaient tout droit sortis d'un magazine. John était certain que l'on aurait pu racheter la dette de pas mal de pays en voie de développement rien qu'avec leur garde-robe.
- John, là-bas, il y a un panneau avec le nom de toutes les entreprises, dit Molly, le sortant de ses réflexions pseudo-politiques.
Il hocha la tête et suivit la jeune femme jusqu'au dit panneau.
- Oh. Pas de Ross and Cie, dit Molly déçue. Vous êtes sûr du nom ? Nous devrions peut-être vérifier le mèl de ce pauvre agent Wilson.
John fronça les sourcils.
- C'est curieux … et oui, je suis sûr du nom. Le siège social était sensé se trouver au deuxième étage, bureau 7.
- Ils ont peut-être déménagé … nous devrions vérifier auprès du bureau d'accueil ».
Le dit bureau était une monstruosité en marbre veiné de bleu et de rose. Trois jeunes femmes au chignon impeccable s'affairaient derrière des écrans.
« Bonjour lança John d'une voix joviale. Nous aimerions avoir des renseignements sur une des entreprises qui se trouve au second étage.
Une des hôtesses tourna vers John un sourire Colgate.
- Mais bien entendu monsieur, quel est le nom de l'entreprise que vous cherchez ?
- Ross and Cie. Une société de communication.
La jeune femme tapota sur son clavier puis leva les yeux vers John, sourire toujours fermement accroché aux lèvres.
- Ross and Cie. Bureau 7, second étage. Vous avez de la chance !
- Oh, vraiment, demanda Molly. Pourquoi ?
- Ils ont déménagé la semaine dernière mais leur gérante, Mme Spaulding et un des actionnaires, Monsieur Archibald Ross, sont là aujourd'hui pour l'état des lieux. Je les ai vus il y a moins d'une heure. Ils doivent encore être en haut. Empruntez l'ascenseur de droite, il dessert les bureaux impairs. Bonne journée ! »
« C'est excitant, n'est-ce pas ? Lui murmura Molly dans l'ascenseur.
John réprima l'envie de dire à la jeune femme que non, prendre l'ascenseur n'était pas très excitant. Et aussi qu'elle pouvait cesser de murmurer vu qu'ils étaient SEULS dans ledit ascenseur.
Arrivés au second, il ne leur fallut pas longtemps pour trouver le bureau 7. Bureau qui était en effet vide.
- Et bien, nous les avons ratés en fin de compte, dit Molly avec une petite moue désolée.
Elle avait l'air si déçue que John ne put résister :
- Et bien dans ce cas, nous pouvons faire un petit tour, pour voir si nous trouvons quoique ce soit d'intéressant …
Le visage de Molly s'illumina immédiatement d'un grand sourire.
John mit la main sur la poignée du bureau. Fermée.
- … Ou peut-être pas. Bon, nous reviendrons avec NSY ou Sherlock. Plutôt NSY, Sherlock risque de … Molly, qu'est-ce que vous faites ?
Molly s'était agenouillée devant la porte.
- Hummmmm, un pêne dormant, ça ne devrait pas être trop difficile.
- Euh, Molly …
Molly retira une des épingles retenant son chignon et la glissa dans la serrure.
- MOLLY ! S'exclama John.
Oh, mon Dieu ! L'influence de Sherlock avait été pire qu'il ne se l'était imaginée.
- Ne vous inquiétez pas John, je sais ce que je fais. Mon père était serrurier. Ttttt, je suis vraiment étonnée qu'un tel endroit n'ait pas investi dans des serrures avec pênes en bord. Elles sont utilisées pour les coffres et sont nettement plus sécurisées.
Le couloir était désert ce dont John était reconnaissant. Il y eu un petit clic et Molly leva les yeux vers lui. Elle tourna la poignée …
- Sésame, ouvre-toi ! Chantonna t-elle.
… et la porte s'ouvrit.
- Et bien, j'aimerais bien avoir le nom de leur femme de ménage, dit Molly qui remettait son chignon en place.
John devait bien avouer qu'il ou elle avait fait un travail admirable dans la pièce. Il ne restait plus rien qui puisse indiquer que le bureau avait été occupé récemment. Une forte odeur de peinture émanait des murs. Une odeur de colle aussi. John se pencha. Yep, ils avaient aussi changé la moquette. Ils ne trouveraient rien ici. C'était un travail de professionnels. Restait à savoir s'il s'agissait de professionnels souhaitant récupérer leur caution ou de professionnels souhaitant effacer toutes traces de leur passage.
- Bon, soupira John, je crois que nous pouvons …
- Bonjour !
Molly et John se tournèrent vers la personne qui venait de parler.
Un homme se tenait dans l'embrasure de la porte. Grand, athlétique. Costume bon marché et chaussures ressemblaient certainement à celles qu'avaient du porter ce pauvre Alex Woodbridge, le gardien de la galerie Hickman.
Un vigile.
Oups, ils étaient dans le pétrin, pensa John.
- Je venais juste ramener ça. Un de vos gars a du le laisser quand ils sont venus pour les travaux. J'lai trouvé dans vos poubelles.
Le vigile se tourna vers Molly, un petit sourire aux lèvres.
- Ah, laissez-moi deviner … caramel ?
Molly, qui clignait des yeux comme une malheureuse chouette, balbutia :
- Ca-caramel … ? Que …
Le vigile pointa du doigt son chignon.
- Vos cheveux ! C'est la bonne couleur, non ? Caramel. J'trouve ça trop trognon de donner des noms à une teinture.
- Teinture ! Mais … mais non, c'est ma couleur naturelle, se défendit Molly.
- Trop bizarre que ce soit que pour des roux en revanche, si vous voulez mon avis, continua le vigile. Enfin, j'ai rien contre les rouquins, hein, ou les rouquines ajouta t-il avec un petit clin d'œil.
Cette fois, Molly faisait la démonstration d'un malheureux poisson que l'on aurait tiré hors de l'eau.
- Vous connaissez Jabez Wilson ? Demanda John, espérant venir au secours de la jeune femme.
- Wilson ? Non, désolé, répondit le vigile en haussant les épaules, le nom ne me dit rien. Vous travaillez pour les Ross ?
- Oui, oui, nous sommes, ahem, des représentants en cosmétique. Pour … pour des personnes rousses. Je vais prendre ça, dit John en tendant sa main vers le vigile.
L'homme lui donna le paquet qu'il portait. Dès que le vigile fut sorti, John déchira le papier et …
- Oh, c'est le gilet de sécurité fluorescent de … de … bredouilla Molly.
- … de Jabez Wilson, termina John.
Sur le gilet se trouvait en effet le nom du jeune agent.
- Oooookay, soupira John en tirant son portable de la poche de son jean, je crois qu'il est grand temps d'appeler le commissaire Jones.
- Oh, mais, vous n'allez pas nous quitter si vite, fit une voix féminine derrière lui.
Une voix qui n'appartenait pas à Molly Hooper.
John et Molly échangèrent un regard et se tournèrent lentement vers la « voix ».
Une femme se tenait exactement au même endroit qu'avait occupé le vigile quelques minutes plus tôt. Une très belle femme, enregistra immédiatement le cerveau de John. Svelte, élancée, racée et … tenant à la main un superbe petit Smith et Wesson, calibre 38.
Un homme se tenait à ses côtés.
- Monsieur Ross je présume ? Et la fameuse Mme Vincenza Spaulding, lâcha John, froidement.
La femme sourit, découvrant une rangé de petites dents blanches et nacrées. Certainement très semblables à celles que devaient apercevoir la victime d'un piranha avant d'être déchiquetée.
- Et à qui ai-je l'honneur ? Demanda Vincenza d'une voix suave.
Inutile de chercher à mentir, peut-être même qu'il pourrait gagner un peu de temps.
- John Watson, enquêteur, et Molly Hooper, pathologiste, nous travaillons avec NSY sur la disparition de Jabez Wilson.
Ross fronça les sourcils.
- Watson … ? Pourquoi est-ce que ce nom m'est familier, grommela t-il.
- Peut-être parce que vous passez un peu trop de temps en prison mon cher, répondit Vincenza sèchement. Au bout d'un moment, je suppose que l'on connait le nom de quelques détectives de NSY.
Vincenza s'avança vers John et Molly. John n'aimait pas du tout mais alors pas du tout la manière dont elle fixait Molly.
- Noisette, lâcha Vincenza.
- Par-pardon ? Bredouilla Molly.
- Votre teinte de cheveux. Noisette pas caramel. Ce type est un crétin. Archie, il faudra penser à se débarrasser de lui, il a vu le gilet. Ce qui est vraiment regrettable. Pour lui bien sûr.
Ross hocha la tête et sortit son portable. Il tapota un message, l'envoya puis rangea son portable.
- C'est bon, c'est arrangé. Et pour eux, on fait quoi ? Demanda Ross qui désignait Molly et John du menton.
- Hum, pour elle, j'ai une petite idée. Je suis sûre que nous trouverons un client qui aime … les noisettes.
Ross ricana. Son rire glaça le sang de John qui commençait à avoir une petite idée de ce qui se tramait. Une petite et terrifiante idée. Son cerveau ne cessait d'ajouter a et b ce qui le menait invariablement à c mais son cœur lui disait juste : « non, ce n'est pas possible, ce serait trop ignoble ! ». Il serra les dents.
- … quant à lui, nous allons devoir réflé-
L'air du refrain de « We are the champions » de Queens retentit dans le bureau.
- Monsieur Watson, votre portable s'il vous plait dit Vincenza en tendant la main vers John. Le tien aussi Noisette. Hum, un texto de … Oh. Sherlock Holmes. Voilà un nom que je connais bien, trop bien en fait, grinça Vincenza. Un ami à vous.
- Oui ! S'exclama Molly. Et … et s'il lui arrive quoique se soit, il vous le fera regretter, termina t-elle d'une voix ferme et menaçante.
John soupira. Définitivement, complètement et irrémédiablement contaminée par Sherlock, pensa t-il.
- Oh, vraiment, dit Vincenza dont toute l'attention était désormais fixée sur John. Vous devez être très proches tous les deux. Johnny va peut-être enfin pouvoir se débarrasser de ce gêneur une fois pour toute.
Johnny ? Qui était donc "Johnny" ? Se demanda John.
- Et maintenant, vous allez gentiment nous suivre. Jabez sera si content de voir des collègues. Et pas de bêtise, un incident est si vite arri -»
Cette fois, c'est la musique de « The Scientist » de Cold Play qui résonna dans le bureau.
John se tourna vers Molly. Ses joues empourprées lui confirmèrent qu'elle avait reçu un texto de Sherlock.
Parfait. John répondait à presque tous les sms de Sherlock et il était certain que Molly devait répondre à TOUS les sms du détective dans la minute. L'absence de réponse mettrait donc vite la puce à l'oreille de son co-locataire.
Un van certainement identique à celui qui avait enlevé Jabez, les attendait au sous-sol du bâtiment. John nota que le les deux caméras dont l'angle de vue étaient fixés sur le véhicule étaient hors de service. Pas de petit œilleton rouge faisant état de leur fonctionnalité.
Ces gens ne laissaient rien au hasard.
John faillit céder un moment à la panique lorsqu'il se rappela qu'il n'était pas seul. Molly avait l'air absolument terrifiée. Il serra sa main dans la sienne et elle lui décocha un petit sourire crispé.
Ross leur intima l'ordre de monter et de s'asseoir sur la banquette.
« Et pas de bêtise, menaça t-il. Sinon …
Il sourit en agitant son arme devant le nez de Molly puis il sortit une paire de menotte de sa poche.
- Ta main Noisette, grogna t-il.
Il fallut un moment à Molly pour qu'elle comprenne que c'était à elle qu'il s'adressait.
Elle tendit sa main. Ross l'attrapa brusquement, élicitant un petit cri de surprise de la jeune femme, et passa les menottes autour de son poignet et de celui de John.
- A tout à l'heure les tourtereaux ! Lança Ross avant de claquer la porte du van.
Dès que le van eut démarré, John se tourna vers Molly avec la ferme intention de la rassurer mais la jeune femme farfouillait dans son chignon. Avec un « ah ! » victorieux, elle en tira l'épingle avec laquelle elle avait crocheté la serrure du bureau de Ross and Cie. Elle fit un petit clin d'œil à John et, sans perdre de temps, entreprit de faire subir le même sort aux menottes.
Le silence s'installa dans le véhicule.
Au bout d'un moment, Molly leva les yeux vers John et sourcil froncé lui demanda :
- Un problème ?
- Euh, non, non, ça va, ça lui répondit John éberlué par cette nouvelle facette de Molly Hooper.
Elle était comme la chenille devenue papillon et le plus incroyable dans tout ça, c'est que la chrysalide n'avait été autre que Sherlock Holmes, le détective auto proclamé sociopathe.
- Ne vous inquiétez pas John, lui répondit Molly sur un ton plein de sollicitude. Sherlock va nous retrouver et ces … ces horribles personnes regretteront de nous avoir kidnappés !
Il y eut un petit « clic » et Molly, toujours souriante fit tintinnabuler les menottes sous le nez de John.
- Et voilà ! Chantonna t-elle. Et maintenant ? »
Maintenant ? Pensa John. Maintenant, ils priaient pour que Sherlock ait réalisé un de ses petits miracles.
Ou alors, que le « papillon » ne fasse état d'un autre talent.
Genre Ninja.
Sherlock avait insisté pour prendre un taxi. L'idée même de passer plus de 10 minutes dans la voiture de cet idiot de Jones était au-dessus de ses moyens.
« C'est la première fois que je suis une voiture de police, dit soudain le chauffeur de taxi qui lui jetait des regards curieux dans le rétroviseur. Cool. On se croirait dans un de ces films d'amerloque. Vous avez une arme sur vous ?
Sherlock soupira. Pourquoi fallait-il toujours que les taxis pensent que leurs clients aimaient bavarder avec eux ? Insupportable. Il garda la silence.
- Oh, votre poche, ça … ça bouge ? C'est pas dangereux au moins votre truc ?
Sherlock sourit et fixa le rétroviseur.
- Nouvelle arme. Biologique. Très dangereuse. Je garderais les yeux rivés sur la route si j'étais vous. La moindre ornière et … BOUM ! »
Le taxi pâlit et laissa Sherlock tranquille.
Arrivé à destination, Sherlock reconnut immédiatement les trois longues voitures noires, de superbes BMW, qui se trouvaient garées devant Pope's Court. Il sortit du taxi, laissant derrière lui un chauffeur à cran, ignora Jones et fonça sur le véhicule de tête. Il ouvrit la portière arrière et se glissa sur le siège.
« Alors ?
Mycroft haussa un sourcil.
« Le GPS fonctionne toujours. Le CCTV (14) a repéré le véhicule dans lequel se trouvent John et Mlle Hooper. Un van très semblable à celui impliqué dans l'enlèvement de l'agent Jabez Wilson.
Sherlock serra la mâchoire.
- Alors qu'est-ce que nous attendons, grommela t-il. Chaque minute compte bon sang, Mycroft.
Mycroft donna un petit coup à la vitre qui le séparait du chauffeur et la voiture démarra.
- J'ai informé les services de NSY, ainsi que ce commissaire Jones de nos découvertes, dit Mycroft qui tapotait sur le clavier de son BlackBerry. Intéressant personnage ce Jones. Responsable de la police de la route.
Ah, Sherlock aurait du s'en douter. Même la criminelle ne pouvait pas avoir embauché quelqu'un d'aussi inepte. Pas étonnant que Wilson n'ait pas fait part de ses soupçons à son supérieur …
- Sherlock.
… peut-être que Lestrade devrait prendre ce Wilson dans son équipe, ces notes étaient presque intelligentes, à tout le moins intelligibles …
- Sherlock.
… évidemment, Lestrade n'était pas lui-même le summum de l'intelligence mais franchement Wilson méritait mieux que cet idiot de Jones et …
- Sherlock !
- … Oui, quoi ! Hurla Sherlock.
Mycroft soupira.
- Le van s'est arrêté.
Un frisson traversa Sherlock. Non. Non, non, non. Il ne pouvait pas être arrivé trop tard !
- Loin, répondit-il dents serrées au point que sa mâchoire lui faisait mal.
Il ne savait même pas comment il avait pu prononcer ce simple mot. Il était si tendu qu'il s'étonnait de pouvoir encore respirer.
- Non, pas très loin, répondit Mycroft sur le même ton monocorde qui le caractérisait, juste au croisement de -
Un bruit de crissement de pneu les fit tous les deux sursauter. La BMW fit une embardée puis s'arrêta dans un concert de klaxons.
Sherlock ouvrit la portière de la voiture … et faillit se faire renverser par un chauffard qui avait pris la route en sens inverse. Un chauffard dans un van noir. Se pourrait-il que ce soit une coïncidence ? Non. Il ne croyait pas aux coïncidences.
Sherlock sortit de la voiture.
- Sherlock, l'admonesta Mycroft. Il n'est pas question que tu quittes cette voiture. Trois personnes de disparues, je crois que cela suffit amplement, laisse-nous donc travailler et –
Sherlock plongea la main dans sa poche et en sortit son petit locataire qu'il déposa sans grand ménagement sur les genoux de son frère, interrompant ce dernier.
Ah. Miracle. Le grand Mycroft Holmes enfin réduit au silence. Peut-être qu'il devrait investir dans une de ces créatures en fin de compte. Il la sortirait dès que son frère viendrait à l'appartement.
- A toute ! Lança t-il à un Mycroft sidéré, puis il se mit à courir, suivant le van qui slalomait tant bien que mal dans la circulation londonienne ».
Peu de temps après avoir quitté Pope's Court, le van stoppa.
« Vite, souffla John à Molly, remettez les menottes.
La porte s'ouvrit.
- Salut mes mignons, voici de la compagnie, annonça Ross, tout sourire. Allez Cuivre, entre là dedans.
« Cuivre » ? pensa John. Mais de quoi parlait ce fou furieux ?
Il n'eut pas longtemps à attendre pour comprendre de quoi, ou plutôt de qui, il retournait. Quelqu'un fut projeté sans grand ménagement contre la banquette.
- Hey, doucement avec la marchandise, fit une voix que John ne reconnaissait pas.
- Oh … Doct- John. Je … je suis si désolé de vous avoir entraîné là-dedans, dit juste la personne qui venait d'être poussée dans le van.
- Jabez ?! S'exclama John.
John et Molly aidèrent tous les deux le jeune homme à s'asseoir sur la banquette. Il avait un superbe coquard et John réagit automatiquement et palpa sa joue pour vérifier qu'il n'y avait pas de fracture. Jabez fit la grimace mais ne dit rien.
- Et voilà le célèbre docteur Watson partenaire du non moins célèbre Sherlock Holmes, fit l'étranger qui accompagnait Ross. Enfin, quand je dis « partenaire », peut-être qu'avec un peu de chance, c'est plutôt … « compagnon ».
John serra les dents et resta silencieux, continuant son examen (menotté, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus facile). Il souleva le sweat de Jabez et étouffa un juron. Une large ecchymose décorait son torse. Il appuya doucement sur sa cage thoracique et soupira. A première vue, rien de cassé par ici non plus.
- Pour un agent de la police routière, Cuivre ici présent n'est pas mauvais en self défense reprit l'inconnu qui fixait toujours John. Oh, mais qu'allez-vous penser de moi, je ne me suis même pas présenté ! Diantre, ce doit être le choc qui me fait oublier toutes les convenances. Clay. John Clay.
Soudain, rapide comme un cobra, Clay plongea la main dans le van et tira John à lui, faisant tomber Molly de la banquette avec un petit cri.
- STOP ! Arrêtez, cria John.
Clay referma sa main sur les cheveux de John et tira de toutes ses forces. Il se pencha vers lui et lui murmura :
- Ton petit ami me met des bâtons dans les roues depuis trop longtemps. Tu ne peux pas savoir comme je suis heureux de pouvoir enfin lui rendre la monnaie de sa pièce. Ces deux là seront ma dernière vente quant à toi, je connais quelqu'un qui sera ravi de t'avoir entre les mains. Et tu sais quoi, ce sera « cadeau ». Je crois que tu le connais bien, c'est un grand fan d'Holmes.
Le nom de Moriarty vint immédiatement à l'esprit de John.
Clay le relâcha brusquement et Jabez l'aida à se relever et à se rasseoir sur la banquette.
- Archie, tu me les amènes à l'entrepôt et tu me boucles celui-ci bien au chaud. Quelqu'un viendra plus tard récupérer Cuivre et …
- Noisette, répondit Ross en souriant.
- Hum, oui, ça lui va comme un gant sourit Clay, malicieusement. Elle a tout du petit écureuil.
Il referma la porte.
- Oh John, John, cria Molly, vous allez bien, John !
- Oui, oui, Molly. Et dire que je pensais que Sherlock me donnerait des cheveux blancs. Apparemment, je me trompais, le connaître va me les faire perdre purement et simplement. Je suis certain que ce fou furieux m'en a arrachés plusieurs poignées.
Son ton rassura Molly qui lui sourit faiblement.
- Et vous Jabez, ça va ? Demanda John.
Jabez hocha la tête.
- Oooookay, que diriez-vous de ficher le camp d'ici ?
- Mais … mais comment ? Demanda Jabez qui montra ses mains menottées.
- Molly, vous voulez montrer à notre ami Jabez ici présent toutes les merveilles que peuvent receler des cheveux roux ? »
Le sourire sur le visage de Molly s'élargit. Elle tira l'épingle de son chignon et la brandit fièrement.
Une fois débarrassé des menottes, John se leva de la banquette et se dirigea vers la porte. Fermée bien entendu mais … Il se tourna vers Molly.
« Molly, vous croyez que vous pouvez la crocheter ?
- Oui, je pense que c'est possible mais John, nous roulons beaucoup trop vite pour pouvoir nous arrêter. Je ne … je ne pense pas que ce serait très prudent de sauter. Ou alors à un stop, si on se tient prêt mais pour ça, il faudra ouvrir la porte et s'il nous entend … il est armé.
Elle avait raison, temps pour un plan B. Le regard de John fit le tour du van. Il alla vers l'avant du véhicule. La paroi séparant le conducteur de la partie fourgon comportait une fenêtre. S'il parvenait à surprendre le conducteur … ou à le menacer pour qu'il s'arrête. Il se tourna à nouveau vers l'arrière du van. Toujours aussi vide.
A part les deux paires de menottes.
Ok, après tout, ça marchait dans les films.
- J'ai une idée mais elle est un peu folle, dit John.
- "Sherlock-folle" ? Hasarda Molly.
John sourit.
- Non, c'est plutôt le genre "John-folle", donc pas sûr du tout que ça va marcher. On tente quand même ?
Jabez et Molly échangèrent un regard et se tournèrent vers lui.
- Moi, je suis partante. Comme je le dis toujours, il faut placer toute sa confiance en son médecin, dit Molly.
- Bon, alors dans ce cas, c'est parti dit John qui prit une des paires de menottes. A trois. Trois, deux, un …
Il ouvrit la fenêtre de séparation et passa immédiatement la paire de menotte autour du cou du conducteur.
- Qu'est-ce que … Espèce de sales petites putes ! Hurla Ross. Comment avez-vous fait pour vous … AH !
John venait de resserrer son étreinte. Ross arrêta immédiatement de gesticuler et darda un regard noir à John dans le rétroviseur.
- Soit, vous obéissez sagement, soit, je vous étrangle dit John sur un ton qui aurait rendu fier son sergent instructeur. C'est vous qui voyez.
- Si vous me tuez, vous finirez aussi à la morgue, grogna Ross.
- Pas sûr, à l'arrière du van, nous courrons largement moins de risque qu'à l'avant et nous sommes parfaitement prêts à prendre le dit risque. Et vous ?
Il serra encore un peu et vit Ross devenir un peu plus rouge et avoir du mal à maintenir la trajectoire du van. Le véhicule heurta plusieurs voitures à l'arrêt avant que John ne relâche la pression sur les menottes.
- Alors ? Demanda t-il. Vous avez pris votre décision ?
Ross hocha la tête.
- Ouais, grogna t-il le souffle coupé. Qu'est-ce que vous voulez que -
John fit un signe de la tête à Jabez qui balança la seconde paire de menotte sur les genoux de Ross.
- Passez-les autour de la colonne de direction lui ordonna le jeune homme.
- On aurait du te liquider tout de suite, grogna Ross à son attention. Mais non, Johnny voulait absolument faire cette foutue vente et …. AAAAAAH ! Merde, arrêtez ! Vous allez nous tuer !
John se pencha vers Ross et lui murmura :
- Nouvelle règle, Ross, tu n'adresses la parole qu'à moi, tu entends (il ponctua sa phrase en serrant une fois encore les menottes). Tu ne leur parles pas, tu ne les regardes pas, en fait, ils n'existent plus pour toi, capice ?
Ross ne répondit rien ce qui énerva John qui resserra une fois encore son étreinte autour de son cou et répéta d'une voix froide :
- Compris ?
- Ouais, ouais, répondit Ross, j'ai compris.
- Bon, maintenant, tu vas gentiment prendre la prochaine rue sur ta gauche. Allez.
- Euh, nous sommes sur Dukes Avenue John dit soudain Molly et il y a des travaux et ils ont …
Ross s'exécuta et s'engouffra dans l'avenue.
- … inversé son sens de circulation jusqu'à la fin du mois termina Molly.
Oups, pensa John qu'une violente embardée du van qui tentait d'éviter le flot de voitures venant en sens inverse, venait de faire tomber. Malheureusement, le brusque mouvement lui fit perdre prise sur la paire de menotte qui tomba aux pieds de Ross. Ce dernier, toujours fermement attaché au volant, fulminait.
- … petit saligaud, tu vas voir ce que je vais te faire dès qu'on sera arrivé à l'entrepôt.
Il accéléra, montant en partie sur le trottoir pour éviter les voitures devant lui.
- Johnny m'a dit de te carrer bien au chaud, continua t-il, mais il n'a pas dit dans quel état je devais t'y coller ! Je vais te faire regretter d'être … Aaaaah, putain ! »
Il y eut un terrible bruit de métal et cette fois, John sentit clairement la voiture « décoller » et lui « s'envoler ». Il entendit les cris de Molly et de Jabez se mêler aux siens et puis plus rien.
Sherlock courait toujours après le van lorsque soudain, il vit ce dernier percuter une borne à incendie. Le véhicule se retrouva catapulté un court moment dans les airs avant de retomber lourdement à terre et de glisser sur quelques mètres pour finalement emboutir la devanture d'un magasin de prêt-à-porter.
Sherlock accéléra et fut un des premiers sur les lieux. Dans la boutique, une femme regardait, en état de choc, le van et ce qui restait de son étal.
« Appelez police secours, lui hurla Sherlock qui ne perdit pas un moment. Il déboîta le montant d'un présentoir et en asséna plusieurs coups sur la portière déjà bien abîmée par le choc. La serrure céda rapidement. Il ouvrit la portière et le premier corps qu'il vit fut celui de Molly. Doucement, il porta la main à son cou. Le pouls était régulier. Il entra dans le van et s'agenouilla près du corps de John. Sa main tremblait lorsqu'il la posa sur sa carotide.
- Sherlock, est-ce qu'ils sont ...
C'était la voix de Mycroft sauf qu'elle était différente de d'habitude. Moins assurée. Moins feutrée. Rauque. Mais Sherlock se fichait bien de savoir pourquoi.
Rapidement, la boutique fut envahie de bruits : voix, cris, sirènes d'ambulance, portières qui claquent mais pour Sherlock, un seul son comptait et ce son, c'était le boum, boum, boum du pouls de John qu'il pouvait sentir sous ses doigts aussi clairement que s'il tenait son cœur entre ses mains.
- Il est en vie, fut tout ce qu'il parvint à dire. Il referma sa main autour du poignet de John. Là, sous ses doigts, il pouvait sentir les battements réguliers. Pas question une seconde qu'il le lâche. Qui pouvait savoir ce qui se pourrait se passer s'il faisait ça ? Et si les battements cessaient et 'il le perdait, si –
Ses morbides pensées furent soudain interrompues par un cri :
- PETITE ORDURE !
Sherlock, leva les yeux.
Le conducteur pointait une arme sur lui. Yeux brillants de haine, du sang dégoulinait d'une large entaille sur son front. La colonne de direction pendait de la paire de menotte à laquelle il était toujours attaché. Leurs regards se croisèrent un moment avant qu'un sourire cruel n'apparaissent sur le visage de l'homme … il abaissa son arme, visant désormais une autre cible.
John.
Non !
Instinctivement Sherlock s'allongea sur John pour le protéger.
Et la plus étrange des choses se passa.
Il entendu un cri, différent cette fois. C'était le cri d'un animal.
Un feulement.
- Qu'est-ce que … Aaaaaaaaaaaaaah ! Sale bête. Je vais te réduire en boui-
Deux coups de feu partirent presque simultanément.
Puis le silence, si étrange après le chaos.
Sherlock leva la tête.
Toby se trouvait sur la poitrine du conducteur, poils hérissés, crachant sur l'homme. Ce dernier était mort. Un joli coup : une balle entre les yeux.
Sherlock tourna la tête vers celui qui avait tiré. Calme, regard froid, le commissaire Jones tenait toujours son arme dans ses mains.
- Exactement comme Lestrade me l'avait dit, murmura t-il fixant Sherlock avec un air de révérence sur le visage.
Hum, Sherlock allait peut-être devoir revoir son jugement sur ce Jones. Pas très doué pour utiliser ces petites cellules grises mais il pouvait avoir une utilité en cas de « coups durs » comme dirait John.
John dont les battements de cœur étaient toujours réguliers sous sa paume.
Toby laissa échapper un dernier crachement puis il sauta du corps du conducteur à celui de John. Il lécha sa joue, une, deux, trois fois. Absolument dégoutant ! Sherlock allait le chasser lorsque John se mit à cligner des yeux.
- JOHN ! Cria Sherlock qui réprima tant bien que mal son envie de secouer son ami pour le réveiller.
Toby ronronnait. Il posa sa truffe froide dans l'oreille de John ce qui finit de réveiller complètement ce dernier.
- Qui … que … quoi ? Susurra t-il, sa voix tremblante.
- "Qui, que, quoi" ? Oh, génial dit Sherlock. Tu as perdu des neurones dans l'accident. Encore. A ce rythme là, tu seras bientôt au niveau de Lestrade. Il faut absolument que tu cesses de te faire kidnapper ou bien tu deviendras plus stupide qu'Anderson.
L'idée fit frémir Sherlock.
- La … ferme … Sherlock, grogna John.
Toby lécha une dernière fois John (sur le nez, nota Sherlock, ces animaux n'avaient décidément aucun sens de l'espace personnel !), il ignora Sherlock et sauta sur Molly. Cette dernière était déjà prise en charge par une blouse blanche anonyme. Elle adressa un sourire timide à Sherlock et de la main droite (son bras gauche formait un angle étrange. Luxation. Peut-être même une fracture) prit le chaton qui se lova contre elle en ronronnant.
- Sherlock, les secours sont là, dit Mycroft toujours avec cette drôle de voix.
Sherlock leva les yeux vers lui.
Ouch.
Ses yeux étaient rouges et bouffis, il lui sembla aussi que son visage était un peu enflé.
Ah. Oui. Sherlock avait oublié que son frère était allergique aux chats. Il avait toujours cru qu'il s'agissait d'une « légende urbaine » : le grand Mycroft Holmes mis K-o par un simple animal, qui pourrait croire une telle ineptie ?
- John a besoin d'aide Sherlock dit Mycroft doucement.
Avec réluctance, Sherlock lâcha le poignet de John et deux autres blouses blanches entrèrent dans le van. Lentement, Sherlock se leva et se poussa pour leur laisser de la place.
- Les services de police ont appréhendé Spaulding et Clay, ils ont été mis en – SHERLOCK ! »
C'est le ton de la voix de Mycroft qui fit tourner la tête à Sherlock. Il y avait de l'urgence dans cette voix. De l'angoisse aussi. Qu'est-ce qui pouvait bien …
Et c'est à ce moment que Sherlock la ressentit.
La douleur.
Fulgurante, elle le perça comme un coup de poignard et il tomba à genou, souffle brutalement coupé. Il porta la main à son épaule.
Elle était pleine de sang.
Ah. Oui bien sûr. Le second coup de feu.
Ce fut sa dernière pensée cohérente avant que tout ne devienne noir.
Quelque chose était mort et avait trouvé refuge dans sa bouche.
Il allait avoir deux mots avec cet opportun. On ne squattait pas ainsi la bouche d'inconnu que l'on soit vivant ou mort ! Surtout sans leur demander leur autorisation. En même temps, c'était le principe même du squat n'est-ce pas ? Pénétrer dans un lieu sans autorisation, en prendre possession et –
« Tu sais, tu es vraiment, mais alors vraiment proche de l'incohérence lorsque tu es sous opiacé. Preuve supplémentaire que les drogues sont mauvaises pour Sherlock Holmes.
Sherlock ouvrit les yeux et tourna, lentement, très, très lentement, la tête vers …
- JOHN ! Cria t-il en tentant de se relever dans son lit pour retomber lourdement sur son oreiller. John, répéta t-il d'une voix plus calme.
- Ca doit faire un choc aux membres de cet hôpital d'avoir non pas un mais DEUX membres de la famille Holmes comme patients. Pas sûr qu'ils s'en remettent en fait, taquina John. Ils en ont pour des années de psychothérapie à mon avis.
- Mycroft ?
John hocha la tête … et donna un petit coup dans l'épaule indemne de Sherlock.
- Hey, je suis en convalescence ! S'indigna celui-ci. Blessure par balle, pas une petite réaction allergique comme certain.
- Une « sévère » réaction allergique. Je t'avais dit de ne pas donner Toby à Mycroft, le gronda John.
Sherlock sourit. Oui. Bon. Ok, il ne le referait plus … sauf en cas d'urgence. Si Mycroft était particulièrement pénible. Ou qu'il déviait de son régime. C'est-à-dire, presque tout le temps en fait.
- Tu … tu vas bien ? Finit-il par demander.
John fronça les sourcils.
- Comme tu l'as fait toi-même remarquer, je ne suis pas celui qui a été blessé par ba-
- Non, tu es celui qui s'est fait kidnappé et a eu un accident de voiture, le coupa Sherlock sèchement.
John soupira.
- Ok. De toute manière, si je ne te le dis pas tu trouveras le moyen de voler mon dossier médical : légère commotion cérébrale, fracture du poignet gauche, fracture de plusieurs côtes, luxation du genou et je ne compte plus les ecchymoses que j'ai sur tout le corps. J'ai l'impression d'être un gros bloc de bleus. Et avant que tu le demandes, car je suis persuadé que tu allais le faire, Molly a une luxation de l'épaule et Jabez … et bien Jabez a juste un coquard et autant de bleus que moi. Apparemment, tout ce petit monde m'a atterri dessus lors de l'impact.
- C'est le pull, répondit juste Sherlock.
- Quoi ?
- Ces horribles pulls que tu insistes toujours pour porter. Ils sont super doux et moelleux. Ils donnent envie de les câliner. Parfait pour un effet « matelas ».
Un large sourire apparut sur le visage de John.
- Je vais insister pour qu'il baisse ta dose d'antalgique dit-il en secouant la tête, tu es vraiment mais alors vraiment étrange quand tu es stone. Et d'abord comment est-ce que tu sais que mes pulls sont « doux et moelleux » ? Sherlock ? »
« Hummmm » fut la réponse de Sherlock qui agrippa le poignet de John, referma sa main dessus, ferma les yeux et s'endormit bercé par le boum, boum, boum régulier de son pouls.
Épilogue
John ouvrit The Guardian.
Ah. Première page. Superbe une : « L'héritier de la fortune Clay derrière les barreaux ! »
« Il était temps, maugréa t-il en parcourant l'article.
- Temps pour quoi ? Demanda Sherlock qui était allongé sur le sofa.
- Pour le petit scandale Clay-Spaulding. Les enfants de ducs ne sont plus ce qu'ils étaient, ironisa John.
- John, ne soit pas ridicule, leur filiation n'a rien à voir avec leur choix de carrière et -
Toc, toc, toc.
Ils tournèrent simultanément la tête vers la personne qui venait de frapper.
- Monsieur Holmes, docteur Watson, j'espère que je ne vous dérange pas, annonça le commissaire Jones qui se tenait sur le pas de la porte de l'appartement. Je venais vous faire le compte-rendu de notre enquête.
- Commissaire, non, non, vous ne nous dérangez pas, entrez, je vais faire un peu de thé, dit John qui se leva de son fauteuil.
A ces mots, Sherlock fut debout en un instant. Il enjamba la table basse et entra dans la cuisine d'une manière théâtrale :
- Avec ton poignet ? Dois-je te rappeler que tu es gaucher John ? Si tu fais tomber une tasse, nous allons encore devoir demander à Mme Hudson de nous prêter un de ces ridicules services avec des ... des fleurs, ou pire, des petits animaux sylvestres. Je vais faire ce maudit thé, grommela t-il.
John sourit, il se rassit et invita le commissaire à en faire autant.
- Alors ? Ou en êtes-vous ?
- Nous avons démantelé une grande partie de ce réseau de « traite des roux ». Nous avons le nom de toutes les victimes, avérées ou potentielles, ce qui nous l'espérons devrait nous faciliter la tâche. La saisie des disques durs de Clay a permis d'établir une liste que nous espérons exhaustive, des euh, acheteurs passés et potentiels.
John soupira. Ignoble et abject : un réseau de trafic humain au cœur même de la Grande-Bretagne. Le pays était en état de choc. On était loin de la tragédie de Douvres (15). Ce n'étaient pas des étrangers qui cherchaient à fuir la pauvreté et les "passeurs" n'étaient pas des anonymes.
Jabez avait été le plus secoué. Son fameux nuancier avait aidé Ross and Cie à sélectionner leurs victimes auxquelles ils attribuaient le nom de la teinte de leurs cheveux. C'était pour cela que Spaulding avait voulu des photos : quand on veut vendre un produit, le meilleur argument de vente, c'est encore une belle photo. Ils avaient même l'adresse de chaque personne grâce au contrat qu'ils leur avaient fait signer. Une tasse fumante apparut dans son champ de vision, interrompant le cours de ses pensées.
- Ton thé, dit juste Sherlock.
John hocha la tête et prit la tasse.
- … et bien entendu, continuait Jones, vos témoignages à tous les trois, ont été décisifs. NSY a recommandé le jeune Wilson pour une décoration. Bien méritée. Ce petit a du cran, il ira loin.
- Et vous commissaire, demanda Sherlock en tendant son thé à Jones. J'ai entendu dire qu'une promotion était en vue …
Jones rougit.
- Euh, oui, la Criminelle ! J'espère que nous aurons encore l'occasion de travailler ensemble Monsieur Holmes. Bosser avec vous, c'est juste … je veux dire qui pourrait croire que même votre chat est une arme d'attaque ! C'est juste tellement ... incroyable ».
Oui, pensa Sherlock tout en sirotant son thé. Il allait peut-être investir dans un chat.
Qui sait, faire des expériences avec un felis catus pourrait s'avérer aussi passionnant qu'analyser un lithopédion.
Et en plus, c'était un Mycroft-répulsif très efficace.
Fin !
Pst, j'ai besoin de votre avis : quelle nouvelle d'ACD aimeriez-vous voir adaptée pour une prochaine fic' ?
(14) CCTV (closed-circuit television) : système de télésurveillance de nos amis ennegliches. Mycroft aime bien les utiliser pour savoir où kidnapper John !
(15) En juin 2000, les autorités de Douvres ouvre un container devant contenir des tomates. Elles découvrent 58 cadavres de personnes mortes asphyxiées dans le camion dans lequel elles voyageaient clandestinement, toutes d'origine asiatique. Vous pouvez, ici lire le communiqué de presse Europa : http(deux points)(double slash)europa(point)eu(slash)rapid(slash)press-rele ase(tiret du 8)IP-00-635(tiret du 8)fr(point)htm(point interrogation)locale(égal)FR.
