Chris et Jill venaient de franchir la porte et étaient maintenant dans une salle à manger très étendue. Une longue table en bois où au moins une vingtaine de personnes pouvait manger était au centre. Des couverts étaient d'ailleurs dessus. Il s'agissait de fourchettes, de couteaux et de petites cuillères en argent. Les assiettes étaient en porcelaine, et des verres à pieds complétaient le tout. En guise de décoration, des vases contenant des fleurs fânées étaient répartit sur toute la table. Au fond de la salle se trouvait une cheminée remplie de cendres et une vieille horloge comtoise était collée au mur de droite, accompagnée de plusieurs tableaux représentant des personnes et des vues du manoir. Le tic-tac de l'horloge était régulier et apportait une touche d'animation, bien que lugubre, dans cette pièce sombre à peine éclairée par un lustre. Jill restait méfiante et gardait son pistolet en main, tout en suivant Chris qui ouvrait le chemin. Il n'avait plus que son couteau de survie pour se défendre, et elle venait de le remarquer.
Jill: Il est passé où ton flingue ?
Chris: Ah ! Je l'ai paumé dehors, je suis tombé.
Jill: Tu crois pas que je devrais passer devant alors ?
Chris: Qu'est-ce que ça pourrait bien changer ?
Jill: Ce que ça pourrait bien changer ? Et si on tombe encore sur un des ces machins là, dehors, tu crois que c'est ton couteau qui va t'aider peut-être ?
Chris: C'est pas faux, mais je vais pas non plus t'exposer au danger !
Jill: Je le serais certainement moins avec un pistolet plutôt que toi avec un couteau !
Chris: Bon, passe devant et n'en parlons plus.
Ils échangèrent leur place et continuaient d'avancer au fond de la salle à manger jusqu'à arriver devant une porte simple. Jill l'ouvrit lentement pour s'assurer que rien ne les attendait derrière, puis entra dans le couloir où elle menait. Il était sombre et étroit, à tel point que deux personnes tenaient à peine l'une à côté de l'autre. Seule une petite lumière dans un renfoncement l'éclairait, d'où provenait également un bruit étrange. Ils décidèrent alors de s'en approcher, et après quelques pas, eurent leur deuxième vision d'horreur. Un homme était penché dos à eux sur le corps sans vie de Kenneth, un membre de l'équipe BRAVO. Il semblait le dévorer, mâchant sa chair dans un bruit de mastiquation effroyable. Quand il sentit la présence de Jill et Chris, Il tourna la tête dans leur direction tout en râlant. Il était extrêmement pâle et avait les yeux complètement révulsés. Sa bouche était couverte du sang de l'officier. Des gouttes en tombaient, tâchant plus encore la moquette qui était au sol. Il se releva et se tourna vers eux, puis s'avança lentement vers Jill. Elle était terrifiée et ne pouvait pas bouger.
Jill: Putain c'est quoi ?!
Chris: Pas le temps de se poser la question ! Retourne dans le hall !
Chris lui porta un violent coup de pied au niveau du torse, "l'homme" trébuchant sur le cadavre de Kenneth et tombant à la renverse. Ils retournèrent dans le hall d'entrée en courant, prenant soin de fermer la porte du couloir puis de la salle à manger.
Jill: C'était quoi ?! Putain de merde c'était quoi ?!
Chris: Raaaah je sais pas ! Putain...
Jill: J'ai jamais vu un truc pareil !
Chris: Ouais bah moi non plus tu sais !
Jill: Ho la vache... Pfffff !
Chris: Bon, on se calme, on se calme... Ça va aller.
Jill: Putain...
Chris: On devait se rejoindre ici en cas de problème. On les attends ?
Jill: Heuuuu... attendre, je sais pas... On devrait plutôt les prévenir ?
Chris: Ouais, je m'en occupe.
Jill: Ok.
Chris: Merde ! J'ai paumé ma radio aussi ! Putain mais ça me fait chier !
Jill: Bon attends, attend. Je vais le faire.
Elle prit en main sa radio et pressa le bouton de transmission.
Jill: Ici Jill, me reçevez-vous ?
Après un bref grésillement, elle eût une réponse.
"Barry, j'écoute."
Jill: Nous sommes dans le hall, est-ce que vous pourriez venir ?
"On arrive tout de suite."
Quelques secondes plus tard, la porte en face d'eux s'ouvrit, Barry et Wesker sortaient de la pièce où ils étaient. La porte claqua derrière eux, l'écho se dispersait aussitôt dans tout le hall. Ils avaient un visage tout autant soucieux que le leur, ce qui suscita immédiatement les interrogations.
Chris: Pourquoi faites-vous cette tête ?
Barry: C'est toi qui me dit ça ? Je pourrais te renvoyer la question tu sais.
Chris regarda Jill en faisant la moue.
Chris: Nous avons quelque chose à vous expliquer.
Albert: De même pour nous. Je vous écoute.
Jill: Après avoir franchi la porte, nous nous sommes retrouvés dans une grande salle à manger. Mis à part qu'elle semble être à l'abandon depuis un certain temps, il n'y avait rien à signaler, alors nous avons continués notre chemin et sommes arrivés dans un couloir. Nous y avons découvert le cadavre de Kenneth.
Albert: Quoi ?!
Barry: Kenneth ! C'est pas vrai !
Chris: Hélas...
Albert enleva ses lunettes de soleil et baissa la tête. Il ne disait rien, il tentait de réaliser l'ampleur de cette révélation.
Albert: Vous êtes sûrs qu'il était bien mort ?
Chris: Et bien, en réalité, nous n'avons pas terminés. Il était mort, sans aucun doute parce que... nous avons étés confrontés à un autochtone agressif. C'est d'ailleurs le meurtrier de Kenneth. Patron, cette personne n'était pas normale. Je ne saurais comment vous l'expliquer...
Barry et Albert se regardèrent l'air stupéfait.
Albert: Comme une sorte de...zombi ?
Chris: C'est à peu près ça oui... Je sais ça paraît grotesque mais je vous assure qu'il en avait tout l'a...
Barry: Chris ! Ne t'inquiètes pas, nous aussi on en a croisés un...
Jill: Ah bon ?!
Chris: Nan ?!
Albert: Y'a la même chose derrière cette porte.
Jill: La même chose c'est à dire ?!
Chris: Vous ne voulez quand même pas dire qu'il y a d'autres zombis ?!
Albert: J'en ai bien peur...
Chris: Mais on est où, là ?!
Albert: Dans une maison de fou...
Barry: Lorsque nous sommes rentrés, la lumière était éteinte. Nous avons cherchés l'interrupteur et par chance les lumières se sont allumées. Il n'y avait qu'une seule porte, et elle était fermée. Comme il y avait un petit couloir sur la gauche, nous y sommes allés. C'était un cul de sac et il était là, allongé au sol. On a d'abord pensés à un cadavre, jusqu'à ce qu'il se réveille.
Albert: On a pas cherchés plus loin, je lui ai directement tiré dans la tête. Il ne s'est pas relevé.
Chris: On a simplement prit la fuite nous. Je l'ai juste repoussé avant, mais c'est tout.
Jill: Tu crois qu'il est encore heuuu...actif, si on peut dire ça ?
Chris: Je ne sais pas. Il ne reste plus qu'à retourner voir alors.
Barry: La porte qui était fermée avait une serrure plutôt simple. Tu as ton crochet de serrurier Jill ?
Jill: Oui je l'ai toujours au cas où.
Barry: Alors dans ce cas tu ne devrais avoir aucun mal à l'ouvrir, cette porte.
Jill: Ah, bon je vais essayer alors.
Albert: Ok, alors ce que nous allons faire, c'est que Jill et Chris, vous allez là où nous étions, pendant que nous on va vérifier si ce zombi est encore debout.
Chris: A vos ordres !
Jill: Oui patron !
Barry esquissa un sourire pour aquiescer, suivit d'un signe de tête. Albert remit sa paire de lunettes et s'avança ensuite vers la porte de la salle à manger.
Albert: Faites gaffe, ok ?
Chris: Ouais on fait attention.
Barry: Bonne chance ! Vraiment restez sur vos gardes, Joseph et Kenneth sont déjà mort alors pas besoin que vous aussi vous le soyez...
Chris: T'en fais pas, on est vigilants ! Mais fais de même Barry, s'il te plaît.
Barry: Te tracasses pas pour moi mon grand !
Jill: Nous devrions y aller.
Chris: Oui. Aller, à plus tard Barry !
Barry: A plus tard, a plus tard !
Albert maintenait la porte ouverte, invitant Barry à rentrer en premier dans la salle à manger. C'est lorsque les deux hommes s'y trouvaient que la porte se referma tout doucement. Chris et Jill étaient à présent seuls dans le hall. Ils devaient déverrouiller la porte dans la pièce d'à côté. Une fois à l'intérieur, ils examinèrent les lieux. Au centre de la pièce se trouvait une statue représentant une femme portant une vasque d'eau, semblable à celle présente dans le hall du commissariat. Les petites ampoules du plafond qui éclairaient laissaient également découvrir de nombreux tableaux sur les murs. Il y en avait tellement que même un musée d'art sembait en avoir moins en sa possession. La porte était droit devant, et le couloir dont Barry et Wesker leur avaient parlés était juste à sa gauche. Un rideau rouge vif permettait de masquer ou non l'entrée. Ce couloir était tellement sombre qu'il n'inspirait pas la moindre confiance. Jill s'accroupit devant la serrure de la porte et sortit son crochet de serrurier. C'était un petit ustensile en métal muni de plusieurs embouts, permettant ainsi de crocheter la plupart des serrures. Elle introduit un premier embout à l'intérieur, et après maintes tentatives, elle ne bougeait toujours pas. Jill se résigna et changea son embout. Ce dernier semblait mieux convenir et la porte se déverrouilla en un instant. Un autre couloir se présentait à eux.
Chris: Putain, encore un couloir !
Jill: Mais c'est pas vrai, y'a que ça ici !
Chris: C'est hallucinant...
Jill: Bon, au moins celui là il est allumé.
Chris: Oui, bon, allons-y.
Le couloir bifurquait vers la gauche quelques pas plus loin. Les fenêtres sur la droite donnaient sur le devant du manoir. L'obscurité laissait tout juste deviner les premiers mètres, au delà, rien n'était visible. Le carrelage au sol rappelait un damier, et le papier peint jauni sans doute par de la fumée de cigarette se mariait parfaitement à la luminosité des lampes murales. Après avoir dépassé la bifurcation, le couloir amenait à une énième porte. Les deux agents s'avançaient donc vers la porte sans plus traîner, quand une fenêtre se brisa dans leur dos. Ils se retournèrent aussitôt, Jill braquant son arme en direction du bruit.
Chris: Putain, c'était quoi ça ?
Jill: Une fenêtre vient de casser... Chris... !
Chris: Quelque chose est rentré...
Jill: Tu crois que, c'est...
Au même moment, un museau dépassait de l'angle. Puis une tête de chien se découvrait, suivie du poitrail et des deux pattes avant. C'était l'un des chiens qui les avaient poursuivit dans la forêt. La bête était maintenant révélée dans toutes ses horreurs. C'était visiblement un dobermann, comme tant d'autres, avant de devenir cette abomination tirée tout droit d'un film d'épouvante. Totalement ensanglanté et en putréfaction.
Jill: Aaaaaaaaaaaaaaah ! Non, c'est pas vrai ! Pas ça ! Pitié !
Chris: Ho putain !
Jill: Chris... Chris !
Chris: Jill bute le ! Je t'en supplie !
La créature montra les crocs et grogna, elle était très agressive. Jill commençait à paniquer, ses mains tremblaient et sa voix était tremblotante. C'est quand le chien se rua vers eux qu'elle commença à tirer. Sous l'effet de la peur, toutes ses balles manquaient la cible. La bête se rapprochait dangereusement, puis sauta pour les attaquer. Jill parvint enfin à lui asséner une balle, ce qui eut pour effet de repousser ce véritable cerbère.
Chris: Finit le ! Jill ! Tire !
Jill: Prends ça dans ta gueule, saloperie de merde !
Elle se mit alors à tirer plusieurs fois sur le canidé, comme prise de frénésie. Ses jappements montraient qu'il ne resisterait plus bien longtemps. Après plusieurs coups de feu, un cliquetis retentit. Le chargeur était vide, et le canon rétracté vers l'arrière. Le chien quant à lui gisait au sol, baignant dans une mare de son propre sang, la flaque s'étalant par la même occasion sur le carrelage. Jill en était venue à bout, puis commença à pleurer.
Jill: Saloperie...
Chris: Hey, ma grande ! Ça va aller...
Chris prit alors Jill dans ses bras. Elle éclata en sanglot contre le torse de son coéquipier. Il caressait son dos en lui murmurant que ça ira. Leur accolade dura quelques dizaines de secondes avant de se conclure. C'est en essuyant ses larmes à l'aide de ses mains que Jill franchit la porte, suivie de Chris.
