Chapitre 1 : Après la victoire
Partie 2 : La prière d'une mère
Mercredi 27 mai, matin
Un hurlement retentit dans la zone nord du château de Poudlard. Les élèves qui étaient assignés à la réparation de cette zone eurent un frisson compatissant mais continuèrent à ramasser les grands blocs de pierre et les débris éparpillés ici et là. C'était déjà la troisième fois qu'on hurlait : le bruit devenait habituel.
- J'en ai assez ! C'est quoi ces cailloux qui se rebellent ?
Harry, car c'était bien lui, pestait contre les lourdes pierres qui glissaient de ses mains à cause de la pluie. Là où il travaillait, le mur était défoncé - probablement l'œuvre d'un géant - et la pluie ruisselait sur les pierres que le sorcier devait rassembler. Et ça faisait trois fois que l'une d'entre elles lui écrasait les orteils.
Si la directrice ne lui avait pas dit que le château ne supportait pas l'utilisation de la magie à cause de son altération probable, il aurait bien lancé quelques sorts de destruction pour passer ses nerfs sur les cailloux… Ceci dit, il aurait peut-être utilisé un Reparo directement, histoire d'aller plus vite dans la reconstruction du château…
Il soupira profondément : il aurait au moins aimé pouvoir se plaindre auprès de ses amis, mais Ron et Hermione étaient préposés à la réparation du Grand Hall… Il faut dire que même avec les 150 élèves bénévoles – en majorité les deux dernières années d'étudiantes et quelques uns, plus jeunes – la reconstruction n'était même pas encore commencée…
Harry avait vu beaucoup d'élèves « ordonner » le futur chantier. Ils rassemblaient les éléments du château en différents tas d'éléments identiques : bois, pierre, carrelage, verre quand il y en avait, tissus divers… C'était important car, pour la pierre par exemple, il fallait reconnaître et séparer les morceaux de statue des morceaux d'escaliers et des morceaux de mur. Mais aucun des élèves n'avait encore commencé à reboucher les murs ou réparer quoi que ce soit.
Ce matin, en sortant de l'infirmerie, il avait même croisé un élève dont le rôle était de rassembler les morceaux épars des nombreuses armures du château, qui avaient plus ou moins pris part à la bataille finale. Il avait ensuite croisé deux d'entre elles qui se disputaient une même jambière rutilante.
Le château était un lieu magique – qu'ils disaient – et il fallait le reconstruire avec les éléments d'origine, chargés de la magie et de l'histoire bien particulière de la bâtisse.
Toujours est-il qu'il se retrouvait seul, devant un grand pan de mur particulièrement abimé, avec un trou béant à travers lequel il voyait la pluie tomber au dehors. Il avait l'impression qu'il ne s'en sortirait jamais, c'était frustrant.
Après deux heures de travail acharné, il avait cependant réussi à organiser son chantier. Il était sans doute temps d'aller voir un professeur à l'un des points relais pour avoir de nouvelles consignes. C'est un peu fatigué qu'il se mit en route vers le Grand Hall, là où le professeur Chourave dirigeait les élèves qui lui étaient assignés d'une voix de stentor.
- Miss Folks, allez prêter votre aide à vos camarades. Le grand chêne tombé près des serres leur donne du fil à retordre ! Miss Granger, c'est une partie de l'escalier que vous tenez là, pas une partie du mur ! Monsieur Weasley, prenez garde ! Trop tard…
En remontant un escalier qui menait vers le Hall, Harry vit Ron lâcher un grand bloc de pierre : il avait dû surestimer sa force. Le bloc s'effondra sur le sol en explosant en plusieurs morceaux. Une petite élève qu'Harry n'avait jamais vue cria, atteinte par un éclat de pierre plus vicieux que les autres. Il allait réagir immédiatement mais il se sentit lui-même percuté par un bout de pierre et sa vision se troubla.
Pour éviter de tomber en arrière, il se rattrapa à la rambarde de bois de l'escalier, mais il avait oublié qu'elle ne tenait presque plus en place. Alors qu'elle tremblait sous son poids, il ferma les yeux, fataliste devant son déséquilibre, et supplia silencieusement qu'elle ne cède pas.
Surpris de n'avoir pas encore percuté les marches, il rouvrit les yeux : la rampe était comme neuve et brillait faiblement d'une douce lumière blanche qui le perturba sans qu'il sache vraiment pourquoi.
- Harry ?
Malgré le brouhaha ambiant, le sorcier entendit sans peine son amie l'appeler, hésitante. Il releva les yeux pour croiser ceux, écarquillés, d'Hermione.
- Ha ! Monsieur Potter ! Que nous vaut votre remontée ?
Le professeur Chourave s'approcha du jeune homme, interrompant l'échange silencieux qu'il partageait avec son amie. Apparemment, elle était la seule à avoir remarqué l'incident bizarre de la rampe…
- Heu… J'ai terminé de déblayer dans ma partie…
- Parfait ! Voilà enfin un mur que nous allons pouvoir commencer à reconstruire… Il faut dire que c'est seulement un petit trou. Miss Granger ! Vous allez pouvoir donner à monsieur Potter les consignes pour faire le « siman ». Il parait que ça répare les murs, ajouta le professeur à l'intention d'Harry. Monsieur Weasley ! Vous faites pire que mieux, voyons !
Sur ces mots, elle se dirigea vers le sorcier roux maladroit qui tentait d'enlever l'éclat du bras de la petite élève touchée, mais qui l'avait blessée un peu plus. Hermione se rapprocha d'Harry et lui lança un regard un peu torve.
- Harry… Qu'as-tu encore fait ?
- Mais… rien. Rien du tout.
- Suis-moi, dit-elle dans un soupir. Les sacs de ciment sont là-bas. Comme le ministère réquisitionne les aides du Premier Ministre, on est obligés de se débrouiller nous-mêmes. C'est mon père qui les achète et c'est la directrice qui accompagne Hagrid pour aller les chercher chez mes parents.
- Comment vont-ils ?
- Mes parents ? Bien. Le contre sort a parfaitement réussi : ils se souviennent presque de tout. Ils ont quelques trous de mémoire mais ils sont surtout perturbés d'avoir vécu une année sans moi et dans la peau « d'autres personnes ». Le monde de la magie les effraie encore un peu plus, du coup…
- Et donc, je dois faire quoi de ces sacs ?
- Pour l'instant, rien. Va d'abord voir Jake Carillon, le Serdaigle. Il a l'habitude de rénover des apparts avec son père, dans le monde moldu. Il va te montrer comment on fait le ciment et comment on s'en sert. Bon, il va râler sur le fait qu'on ne monte pas d'étais de bois pour aider le tout à tenir, sécher et caetera, mais rappelle-lui que la magie des pierres doit aider les réparations à tenir, normalement. C'est la directrice qui nous l'a expliqué.
- Et si je ne retiens pas tout ? demanda Harry, pas rassuré de devoir se débrouiller seul dans un domaine qu'il ne connaissait pas du tout.
- Tu n'as qu'à suivre la consigne, écrite sur les sacs, puis ton instinct. Ça a tendance à te réussir… fit-elle pensivement.
Alors qu'Harry jetait un œil sur la pile de sacs et les consignes, Hermione l'observa.
- Ecoute, reprit-elle, c'est vraiment étrange ce que tu as fait avec la rambarde. Il est impossible d'avoir des échanges à teneur magique avec le château. Je le sais, j'ai essayé. Et tout le monde me l'avait bien dit, de toute façon…
- Mais je n'ai rien fait, tu sais. Je n'ai pas utilisé ma baguette ou envoyé de sort. Je ne voulais pas tomber et j'ai serré la rampe en croyant qu'elle ne supporterait pas mon poids, mais… elle n'était peut-être pas aussi abîmée que ce que j'avais pensé, ajouta Harry, hésitant.
- Si, elle l'était, affirma Hermione. Tout le haut avait brûlé, même si le bois calciné tenait encore. Regarde-la, elle est neuve ! J'irai voir à la bibliothèque, ce soir, pour voir si un cas similaire a déjà eu lieu… Ça pourrait être utile à la reconstruction… Bon. Il faut que j'aille voir Ron. Prends un sac et ce bac pour ton mélange et vas-y, va réparer ton mur. S'il se passe encore quelque chose, viens me voir, ça pourrait être important.
Sans rien ajouter, la jeune sorcière se dirigea vers le petit groupe encore rassemblé au milieu du Hall, pour aider la jeune élève blessée. Il ne fallait pas déranger madame Pomfresh qui avait déjà plusieurs malades graves à soigner. Et Harry partit en quête de Jake Carillon.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
De retour devant son mur, Harry suivit la procédure montrée par le Serdaigle. Ça avait l'air assez simple, quand il le montrait… Prenant au hasard un morceau de pierre taillée qui semblait correspondre au bas du trou dans une main, et une truelle, il s'appliqua à fixer le tout ensemble. Mais c'était fastidieux et ça tenait mal.
Après deux heures et un effondrement de son travail, dû à une mauvaise utilisation du ciment trop humide, il poussa à nouveau un cri frustré. Comment le château pourrait-il retrouver son aspect en moins de deux mois, avec pour seuls ouvriers des élèves ? Et les adultes, ils étaient où quand on avait besoin d'eux ?
Qu'avait conseillé Hermione ? Se laisser guider par son instinct ? Et comment était-il censé faire ? Fermer les yeux peut-être, et laisser faire son corps ? Allez, ça ne pouvait pas être pire que ce qu'il avait réussi à faire jusqu'à présent… Non ?
Les yeux fermés, il tâtonna pour attraper une pierre et plongea maladroitement sa main directement dans le bac de ciment. Puis il avança très lentement jusqu'à ce que ses orteils touchent la base du mur. En voulant lier la pierre et le mur avec le ciment, il appliqua un peu violemment sa main sur les pierres, à la base du trou, avant d'y poser celle qu'il tenait à la main. Il fut récompensé par deux bruits étranges coup sur coup.
« Splash ! » « Bang ! »
En ouvrant les yeux, il poussa à nouveau un cri frustré : ça ne pouvait pas être simple, bien sûr ! Le ciment qu'il avait appliqué sur le mur l'avait éclaboussé et gisait en majorité sur le sol. Quant à la pierre, elle avait basculé au dehors et s'était vraisemblablement cogné sur un bout d'armure qui traînait encore dans l'herbe.
S'exhortant au calme, se disant qu'il avait peut-être été trop brusque, Harry recommença son manège. Cette fois, aucun bruit suspect. Le jeune sorcier osa ouvrir un œil mais déchanta vite en voyant la pierre basculer imperceptiblement mais inexorablement dans le vide. Il la rattrapa avant qu'elle ne tombe définitivement et gronda.
- Mais tu vas tenir, saleté de cailloux !
Au moment où il prononçait ces mots, il reçut une giclée de ciment sur le visage et ferma les yeux. Même s'il en avait étalé un peu partout, il ne comprenait pas d'où ça pouvait venir. En essuyant le jet, il vit le pan de mur briller faiblement, intégrant peu à peu la pierre jusqu'à ce qu'on ne devine plus le moindre rabibochage…
- Ha ha ha !
Se retournant brusquement, surpris, Harry vit Peeves se moquer ouvertement de lui. Il pointait du doigt son visage et ses vêtements tâchés.
- Peeves… siffla-t-il. C'est toi qui m'as jeté du ciment ! C'est toi qui m'empêche de travailler correctement !
- Non, non, non ! Pas du tout petit Potty ! Tu as été malpoli avec le château, tu as de la chance que le château soit aussi gentil avec toi ! Moi je t'aurais jeté dans le bac directement ! Ha ha ha !
- Qu'est-ce que tu veux dire, Peeves ? Demanda Harry la voix basse et les sourcils froncés.
- Exactement ce que je dis, petit Potty ! Potty le malpoli ! Tu veux que je t'apprenne des nouveaux jurons ?
Et sans demander son reste, Peeves se mit à tournoyer au plafond à une vitesse folle en égrenant tout un chapelet mots vulgaires. Sentant un mal de tête arriver, Harry préféra ignorer l'esprit frappeur pour se recentrer sur le phénomène auquel il venait d'assister. Comment avait-il fait cela ?
Comment avait-il réussi deux fois à influencer la reconstruction du château ? La première fois, il avait supplié de ne pas tomber, et la rambarde s'était réparée. Cette fois, il avait ordonné et insulté, et le mur s'était réparé. Mais quel pouvait-être le lien entre ces deux éléments ? Qu'est-ce qu'il était censé dire ? Une formule magique ? Une façon de demander au château de se réparer ? Il en doutait…
Tentant pendant trente minutes différentes façons de faire, Harry finit par abandonner. Il avait eu raison d'être sceptique : malgré les moqueries de Peeves qui l'avaient accompagné pendant un temps, il se sentait moins bête.
Soupirant devant son impuissance, le jeune homme ramassa une petite pierre sur le sommet de la pile qu'il avait faite. C'était tellement dommage. Il aurait vraiment voulu que le château puisse accueillir de nouveaux élèves à la rentrée, dans toute sa splendeur. Poudlard, c'était chez lui. Il avait aimé ses années d'études plus qu'aucun autre moment de sa vie.
Au moment où il se faisait ces réflexions, le gros caillou qu'il tenait lui échappa des mains et s'élança contre le mur abimé à une vitesse folle, comme mu d'une volonté propre. Il s'y intégra dans une gerbe d'étincelles blanches.
En s'approchant, Harry s'attendit à voir un impact à cause de l'encastrement violent, mais il n'y avait strictement rien. La pierre de taille à laquelle s'était rattaché le caillou semblait… comme neuve. Il ne trouvait pas meilleur mot. Un peu effrayé par un phénomène - héros mais pas fou ! - sur lequel il n'avait aucune prise, le sorcier s'élança vers les escaliers qui menaient au grand Hall. Hermione pourrait lui expliquer. Hermione expliquait tout.
Il aperçut son amie avec Ron et s'élança vers elle. Elle venait d'ailleurs de l'apercevoir et fronçait les sourcils, ayant certainement compris qu'il venait d'assister à un nouveau phénomène magique déplacé.
- Monsieur Potter !
Coupé dans son élan, Harry se tourna vers la directrice de Poudlard qui se pressait vers lui aussi dignement que possible. Il jeta un œil à Hermione qui lui fit un geste de la main pour lui faire comprendre qu'ils parleraient un peu plus tard.
- Monsieur Potter, vous qui aviez tant insisté pour aller le chercher : ça y est ! Le professeur Snape vient se réveiller ! Je suis venue vous chercher dès que j'ai su.
Figé, Harry sentit son pouls s'accélérer : il avait réussi. Il avait sauvé Snape comme le sévère professeur l'avait tant de fois fait pour lui. Depuis une semaine qu'il était réveillé, il avait longuement discuté avec la directrice et longuement expliqué pourquoi il tenait tant à sauver Severus Snape. Il fallait qu'il le voie de ses propres yeux.
Se précipitant derrière McGonagall qui était déjà repartie, il la suivit jusqu'à l'infirmerie.
HPSSHPSSHPSSHPSSHPSSHPSSHPSS
- Non, c'est non ! Je ne resterai pas ici ! C'est hors de question !
- Mais, professeur Snape, vous n'êtes pas en état : vous ne pouvez même pas vous lever seul ! Vous êtes mon patient et j'exige que vous restiez sous mon observation !
Harry entendit les éclats de voix de son professeur de potion et de la terrible infirmière dès qu'il posa le pied dans le couloir de l'infirmerie. Avec un sourire un peu moqueur, parce qu'il imaginait bien la tête des deux adultes têtus, il ralentit le pas : il ne voulait pas troubler une dispute si bien entamée. La directrice ouvrit la porte qui les séparait d'eux.
- Ha ! Madame la directrice ! s'exclama l'infirmière. Je ne sais plus quoi faire pour faire entendre raison au professeur Snape. Ne pourriez-vous lui ordonner de rester ici ?
- Madame la « directrice » ? Félicitations, dit Snape froidement. Qu'est-il arrivé à votre prédécesseur pour que vous obteniez ce titre ?
Alors que McGonagall rougissait légèrement – c'est Snape qui aurait dû rester directeur, elle le savait – les deux adultes étaient repartis dans leur dispute.
Snape, alité, protestait que l'infirmerie n'était pas assez confortable et qu'il avait les potions qu'il fallait dans son bureau, et madame Pomfresh rétorquait qu'elle faisait son métier depuis plus de vingt ans et que personne n'était jamais sorti tant qu'il n'était pas guéri.
- Ou mort. C'est pratique parfois. N'est-ce pas Madame la Directrice? précisa Snape, imperturbable, en se tournant vers McGonagall.
Harry eut l'impression étrange qu'il insinuait que la directrice le préférerait mort…
- Ho ! Comment osez-vous ! Quel culot ! C'est moi qui vous ai sauvé la vie ! s'indigna l'infirmière, hors d'elle.
- Hé bien peut-être n'auriez-vous pas dû ! s'écria l'homme, ses yeux lançant des éclairs.
Harry fronça les sourcils à son tour, mécontent de ce qu'il entendait. La directrice réclama froidement le silence.
- C'est lui/elle qui a commencé !
Les deux têtes de mule se pointaient mutuellement du doigt, parfaitement synchronisés. Ils avaient tous les deux un air mi-boudeur, mi-fâché, et Minerva McGonagall n'avait jamais eu l'air aussi imposante. Harry ne put s'empêcher de pouffer : pour une fois qu'il n'avait rien à voir avec tout ça !
- Monsieur Potter… siffla l'enseignant. J'aurais dû m'en douter. Je suppose que c'est de votre faute si je me retrouve ici, alors que je finissais tranquillement mes jours au quartier des Mangemorts ? Encore votre satané complexe du héros ?
Harry sentait la colère s'insinuer en lui et il tenta de la maîtriser. Snape s'emporta soudain.
- Pourquoi m'avez-vous ramené ? Je ne vous avais rien demandé ! Mais il fallait que je sois encore à votre disposition, c'est ça ? Et maintenant, je suis censé faire quoi ?
- J'ai fait ce qui était juste. Vous m'avez sauvé la vie et je devais sauver la vôtre. Je n'avais pas le choix !
- Et à moi, me l'avez-vous laissé, le choix ? Qui vous dit que je voulais vivre ? Et me voilà coincé dans cette foutue infirmerie, ai-je là encore le moindre choix ? Je veux rentrer chez moi, je veux mes appartements !
- Severus, souffla une voix derrière Harry, qui ne put s'empêcher de sursauter.
En se retournant, le sorcier vit Narcissa Malfoy dans l'embrasure de la porte. Elle semblait stupéfaite. Mais plus une trace de la directrice de l'école : elle avait dû profiter du fait qu'Harry faisait une diversion pour s'éclipser sans un bruit… Elle n'avait certainement pas apprécié les accusations du maître des potions.
- Narcissa, s'étonna le maître des potions. Mais que fais-tu là ? Je… Je ne comprends pas, fit-il hésitant.
- Vous n'êtes pas le seul, siffla l'infirmière avant de disparaître dans la pièce annexe à l'infirmerie.
- Monsieur Potter, vous avez aussi sauvé Severus ?
- Comment ça « aussi » ? demanda le maître des potions de plus en plus perdu.
- Monsieur Potter a sauvé mon fils, souffla-t-elle, reconnaissante. Et pour l'instant, il nous permet de rester au château, à mon mari et à moi-même. Alors c'est comme s'il nous avait sauvé momentanément des Aurors.
- Madame Malfoy, je n'ai pas le pouvoir que vous me prêtez. C'est la directrice qui vous permet de rester ici, pour l'instant.
- Ne soyez pas si modeste, répondit-elle avec négligence, avant de s'approcher du professeur des potions. Cher Severus, qu'avez-vous fait pour obliger le Survivant à vous sauver ?
- Uniquement mon devoir, Narcissa. Mais si mon filleul est sauf, pourquoi n'est-il pas ici, avec vous ? J'aimerais beaucoup le voir…
- Ho ! Eh bien…
Harry fut intrigué par le silence de la jeune femme : il avait vu son visage se tordre de tristesse. Qu'avait encore fait le vil serpent ? Était-il arrêté ?
- Il est dans le coma, reprit-elle avec un calme apparent. Il dort depuis la défaite de... Pardon, depuis la victoire du jeune Potter. Il ne veut pas nous répondre. Lucius est terrassé, même s'il refuse de l'avouer.
- Un coma magique ? Pomfresh n'a-t-elle pas pu faire quelque chose ?
- Non, rien. Elle n'avait déjà rien pu faire pour monsieur Potter ici-même. Vous aviez le même problème magique, expliqua-t-elle alors en se tournant vers le Survivant. Mais vous vous êtes réveillé et mon fils reste inconscient. Je ne sais plus quoi faire.
- Où est-il ? demanda Snape, inquiet.
- Dans ta chambre. Ils n'en veulent pas à Sainte Mangouste, parce qu'il est Mangemort, fils de Mangemort, et qu'ils ont beaucoup de « vrais héros » à sauver. Les membres de la lumière, des cas originaux d'hybrides et d'autres créatures étranges…
Harry ne dit rien, mais il approuvait entièrement le raisonnement de Sainte Mangouste. D'abord les combattants qui le méritaient, les autres ensuite.
- Ha. Très bien. Je vais devoir rester là encore un peu, alors… fit le professeur, hésitant.
- Heureuse de vous l'entendre dire ! s'exclama l'infirmière en réapparaissant à ce moment là, un flacon de potion à la main.
Avant même que quiconque ne puisse réagir, elle fourra le goulot dans la bouche de l'homme alité qui ne put que boire la potion de sommeil sans rêves. Il ne lutta pas vraiment puisque quelques secondes après, il dormait profondément.
- Madame, monsieur Potter, je vous serais reconnaissante de ne pas déranger plus mes patients. Bonne journée.
Comprenant qu'on leur donnait congé, les deux sorciers sortirent de l'infirmerie promptement. Dans le couloir, Narcissa Malfoy se tourna vers Harry.
- Monsieur Potter, je vous en prie, pourriez-vous m'expliquer comment vous êtes sorti du coma ? Je m'inquiète pour mon fils, je voudrai tellement l'aider… Je ferai n'importe quoi pour m'assurer qu'il vive bien. Mon mari se détruit petit à petit et j'aimerai l'aider, lui aussi. S'il vous plaît ?
- Madame Malfoy, je ne peux rien pour vous : je n'ai aucune idée de la manière dont je me suis réveillé. Je ne savais même pas que j'étais dans le coma. Je vous assure, je ne peux rien faire.
- Je vous en prie… insista-t-elle les larmes aux yeux. Ma famille est tout pour moi, j'ai besoin d'eux. Mes deux hommes sont ma vie. Ne pourriez-vous comprendre, vous mieux que quiconque, l'importance d'une famille ? Je ne veux pas vous le demander comme une dette de vie, mais si vous tentez de sauver la vie de mon fils et de mon mari, je considérerai que vous êtes quitte de toute dette présente et future envers moi.
- Dette de vie ?
- Je vous ai sauvé la vie, dans la grotte, et la magie peut le reconnaître comme une dette de vie qu'il faut rembourser, si l'une des deux parties le demande. Ce que je voulais dire, c'est que je n'y fais pas appel aujourd'hui, mais que si vous pouvez m'aider, je vous jure de ne jamais y faire appel à l'avenir.
- Eh bien, je ne sais pas…
- Je peux vous supplier si vous me le demandez. Je ferai n'importe quoi pour eux. C'est ma famille… Sauvez-la, s'il vous plaît !
Harry soupira. D'un côté, il ne voulait rien avoir à faire avec la famille Malfoy qui lui avait causé tant de soucis et depuis tant d'années… Des criminels convaincus.
Mais d'un autre côté, il admirait et enviait ce sens de la loyauté familiale. Elle se battait pour eux, comme sa mère l'avait fait pour lui, quand il était bébé. Il fallait avouer que si on ne regardait que ce côté-là – la famille – la demande était légitime…
Il se demanda – avec un étrange pincement au cœur maintenant qu'il s'autorisait à envisager l'avenir – s'il arriverait lui-même à avoir sa propre famille soudée de cette manière. Trouverait-il une personne qui serait une aussi bonne mère pour ses enfants que l'avait été la sienne ? Peut-être… Peut-être Ginny était-elle ce qui ressemblait le plus à la compagne qu'il imaginait…
Ce furent les larmes aux yeux de la mère de famille qui firent pencher la balance.
- Je sais, dit-elle en le sortant de ses pensées, je sais que Lucius n'est pas l'homme a qui l'on a immédiatement envie de pardonner, mais… j'ai tellement besoin de lui. Et de mon fils. Je ne voudrais pas que mon mari sombre lui aussi…
Il avait bien songé une seconde que c'était un juste retour des choses pour ce qu'ils avaient fait subir à tant de familles, mais il en eut honte. Narcissa n'était pas une Mangemorte, et elle lui avait sauvé la vie. Et il n'était pas encore prouvé que Draco Malfoy ait été un Mangemort.
Et quand bien même, il n'avait pas osé tirer sur le directeur et il ne les avait pas dénoncés quand ils s'étaient fait arrêtés, plusieurs semaines auparavant. Il pouvait peut-être faire un geste pour cette femme qui parvenait à le toucher.
- Très bien… Je vous suis, je vais voir ce que je peux faire…
Harry ne regretta pas ses mots, quand il vit le visage de la jeune femme devant lui s'éclairer comme il ne l'avait jamais vu. Elle devrait sourire plus souvent ; elle avait moins l'air de renifler en permanence une mauvaise odeur. En fait, on pouvait presque dire qu'avec ses longs cheveux d'un blond tirant sur le blanc, elle était belle…
HPNMHPNMHPNMHPNMHPNMHPNM
Harry s'enfonçait dans les profondeurs du château, dans les cachots, à la suite de la femme blonde. Il ne reconnaissait pas le chemin et n'était pas vraiment rassuré. Narcissa Malfoy semblait marcher de façon automatique. Depuis quelques minutes, elle ne répondait plus et avait le regard flou. Il mettait cette attitude sur le compte de l'angoisse qu'elle devait ressentir, mais il n'était pas foncièrement rassuré.
S'efforçant de mémoriser le chemin pour ne pas se perdre maladroitement, Harry songea que le décor était encore plus lugubre que dans ses souvenirs. Cela faisait presque un an qu'il n'était pas redescendu dans les entrailles de l'école. Bientôt, les deux sorciers bifurquèrent dans un couloir très étroit qui passait inaperçu. Harry sursauta quand une voix d'homme s'adressa à lui sans avertissement.
- Monsieur Potter ! Je dois dire que je vous attendais. Je me doutais bien qu'un jour je vous verrai roder aussi dans mon couloir…
S'approchant de la source du son, Harry aperçut bientôt une tapisserie sombre qui représentait le château de Poudlard, sous un angle un peu étrange, la nuit. Au premier plan, caché dans l'ombre d'un arbre, le jeune sorcier crut distinguer une silhouette humaine.
- Qui êtes-vous ? Et comment ça aussi ?
- Vous êtes bien naïf jeune homme, si vous pensez que j'ai été créé dans l'ombre pour me dévoiler au premier venu ! Mais n'ayez crainte, moi je vous connais et c'est suffisant. Vous m'avez manqué cette année. Je m'ennuyais de ne rencontrer personne lors de mes rondes de nuit dans le château…
- Je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit Harry avec une certaine mauvaise foi.
- Vous êtes aussi effronté ! Ca ne m'étonne pas que le Maître vous tienne loin de lui sans cesse ! Êtes-vous ici parce que vous êtes prêt à vous mesurer à l'ombre ? A ces temps… noirs qui nous attendent ?
- Là, je ne comprends réellement pas de quoi vous parlez, répondit Harry en haussant les sourcils.
- Ah ! Vous n'êtes pas prêt, alors. Au temps pour moi. Mais vous devriez vous dépêcher, votre guide s'éloigne !
Harry regarda autour de lui : il avait l'impression que les murs se resserraient et il se sentit oppressé. Narcissa Malfoy était déjà presque au bout du couloir. En jurant contre la tapisserie qui l'avait diverti, il se précipita pour la rejoindre. Il respira mieux une fois arrivé à proximité de la femme, mais elle avait toujours les yeux vides, comme perdue dans ses pensées.
Ils bifurquèrent bientôt et continuèrent leur marche quelques minutes. Alors qu'il voyait un escalier, droit devant eux, Narcissa Malfoy s'arrêta net et sembla reprendre ses esprits. Une porte grise s'enfonçait dans le mur aux pierres tout aussi grises. C'était si lugubre qu'Harry songeait que le décor cadrait parfaitement avec le maître des potions.
Narcissa ouvrit la porte et entra, sans vérifier si le jeune sorcier la suivait. Harry, lui, resta un instant devant la porte, surpris qu'il n'y ait pas de sécurité particulière à l'entrée de l'antre de Snape. Puis il se décida à entrer.
Le salon était très sombre : fauteuils en cuir noir, tentures et tapis aux couleurs obscures égayant à peine les murs et le sol de pierres grises… D'un œil, il aperçut la maman stressée aller chercher un bougeoir et l'allumer.
Harry se sentit mal à l'aise ; à nouveau ce sentiment d'oppression. Narcissa l'attendait devant l'une des quatre portes intérieures. Comment aider cette femme ? Que devait-il faire ? Il avait peut-être réellement un complexe du héros… Il avait dit oui devant les yeux humides et la voix suppliante, mais il n'avait aucune idée de où il devait commencer…
Narcissa Malfoy ouvrit la porte et l'invita à entrer, lui glissant le bougeoir dans la main par la même occasion.
- Je ne vous suis pas, dit-elle. Je… Je ne peux pas, ajouta-t-elle. Il faut que j'aille voir mon mari qui se morfond.
Harry sursauta quand la porte grinça en se refermant derrière lui. Il s'approcha du lit double, au milieu de la pièce. Plissant le nez à la légère odeur de fauve qui s'en dégageait, il lança un petit sort de nettoyage à l'endormi. Ce n'était pas une solution parfaite, il en convenait, vu que ce sort fonctionnait mal à répétition.
Il avança la bougie vers le visage du sorcier alité.
Malfoy… Il était toujours là pour lui compliquer la vie… Harry n'était pas certain de vouloir vraiment le réveiller. Il le préférait silencieux et inoffensif, plutôt que méprisant et prétentieux comme à son habitude. Le visage de Draco était plutôt paisible – presque agréable si l'on exceptait la sueur maladive qui faisait briller sa peau sous l'éclat jaunâtre de la bougie.
Si ce n'était pour ses parents qui semblaient tenir énormément à lui, il le laisserait végéter pour très, très longtemps.
Faisant quelques pas autour du lit, il songea à Hermione. Elle l'avait aidé à se réveiller, elle pourrait peut-être aussi aider Malfoy. Oui... C'est-ce qu'il allait faire… Il s'était bien douté que se rendre au chevet de Malfoy ne suffirait pas à lui faire reprendre conscience. Il espérait seulement que le bon cœur d'Hermione parlerait pour l'aider.
Il aurait peut-être du mal à la convaincre, mais il allait essayer. Même s'il avait du mal à trouver des arguments positifs ne serait-ce que pour lui-même. Car certes, le jeune aristocrate était un peu tombé de son piédestal ces deux dernières années, mais pas encore assez pour qu'Harry prenne totalement pitié de lui.
Il avait trouvé dures les images qu'il avait parfois captées de la vie du jeune homme sous l'époque Voldemort, mais il avait lui-même vécu bien pire. Son entourage aussi.
Cependant, par respect pour Dumbledore qui avait cru en lui jusqu'au bout, il allait encore solliciter son amour pour ses semblables.
Le jeune sorcier sortit de la chambre lugubre. La jeune maman inquiète avait disparu. Ne pouvant rien faire de plus pour le moment, dans ce lieu triste et sombre, il souffla la flamme de la bougie et laissa cette dernière sur la table basse du salon, avant de sortir.
MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX
Mardi 26 mai, fin de matinée
Quelque part au ministère, un homme était inquiet. Ses magnifiques plans de carrière étaient réduits à néant à cause de ce fichu Potter. Il était obligé de retravailler ses relations humaines alors que cela n'était plus arrivé depuis plusieurs années, et l'arrivée de Shacklebolt était en train de ficher en l'air ses alliances et son pouvoir au sein du ministère…
Bien sûr, il avait eu l'intuition que Potter représentait un risque, mais il ne pensait pas vraiment que le gamin remporterait la victoire définitivement contre le Lord… Il aurait dû agir. Il aurait dû comprendre…
Et maintenant, il avait des difficultés à replacer ses jeux d'influence. Le personnel du ministère était si inquiet. Après tout, il était bien placé pour savoir que plusieurs d'entre eux étaient trempés dans des affaires louches. Et la méfiance, la crainte étaient de rigueur. Car Schakelbot était un de ces hommes intègres qui vous gâchaient les petites habitudes de tricheries et de magouilles. Il était même capable de vous exclure des affaires politiques à vie, s'il vous prenait sur le fait. Ce dernier mois n'avait pas été de tout repos…
Chez lui, il s'était même senti obligé de cacher, par prudence, son manteau spécial. Celui qui donnait à tous les Mangemorts une idée de son statut, bien qu'il cachât son identité mieux que tout autre vêtement. Il avait au moins eu raison de ne pas se révéler aux autres Mangemorts, qui tous croyaient la victoire acquise…
Mais tout ceci ne l'arrangeait pas. Vraiment pas du tout… Il fallait qu'il appelle son homme de main. Ils avaient de nombreuses choses à voir et à régler, tous les deux…
Même si, à l'heure actuelle, il lui avait déjà donné une mission à remplir. Ça lui avait pris un peu de temps pour localiser la maison, désormais sans protection, mais il allait enfin pouvoir récupérer ces carnets qu'il attendait depuis tant d'années. Oui… Pour le moment, il devait simplement attendre que son homme de main revienne… Ensuite, il aviserait.
Edité le 02-02-16
