Chapitre 1 : Après la victoire

Partie 3 : Le Baron Sanglant

Mercredi 27 mai, fin de matinée

- Ah ! Monsieur Potter ! Vous ici ?

Harry sursauta quand le fantôme de la maison Serpentard sortit brusquement du mur en face de la porte des appartements de Snape.

- Sur l'invitation de Madame Malfoy, précisa Harry avec méfiance, en voyant le Baron foncer des sourcils.

- Ah oui, le jeune Draco, bien triste affaire. Il faisait bien tourner la maison, vous savez…

Harry haussa les sourcils, dubitatif. Quand on voyait où ça avait mené ses camarades... Il n'y avait pas vraiment lieu d'être fier.

- Ils le considéraient tous comme un leader, poursuivit le fantôme. C'était presque naturel chez lui. Il dirigeait, les autres suivaient. Et au moins, la maison était tenue… C'était le bon temps. Avant que la guerre ne s'infiltre dans les esprits… Que de dégâts ! J'ai peur que la maison ait du mal à s'en remettre.

- Je crains d'être d'accord avec vous… répondit Harry, tandis qu'une pensée saugrenue lui traversait l'esprit.

Malfoy « tenait la maison » ? Cela lui faisait penser à une jeune femme au foyer. Le jeune homme se retint de sourire : il était probable que le fantôme ne comprenne pas et Harry ne voulait pas le voir se mettre en colère. Il était déjà suffisamment impressionnant comme ça. C'était le fantôme qui avait toujours mis Harry le plus mal à l'aise.

- J'espère que quelqu'un pourra prendre le relais dans la nouvelle génération, même si j'aurais aimé garder le jeune Draco quelques années de plus, conclut le baron sanglant.

- Il faudrait déjà qu'il se réveille ! ne put s'empêcher de déclarer Harry.

- Certes, certes. A ce propos, ça me rappelle vaguement une vieille histoire qu'on racontait à mon époque sur Poudlard. Quelque chose qui avait à voir avec sa devise et les dragons qui dorment. Mais, c'est bête, je ne m'en souviens plus très bien. Peut-être cela aurait-il pu aider le jeune Malfoy… L'âge, voyez-vous mon garçon, n'est pas chose aisée. Je veux dire, même les fantômes en souffrent parfois…

Le Baron Sanglant voulut s'en retourner mais un fort courant d'air balaya le couloir et rapprocha le fantôme du jeune sorcier qui frissonna : le froid, l'humidité ambiante qui entouraient les spectres de Poudlard n'étaient jamais agréables.

- Le château a de bien étranges réactions ces derniers temps, vous ne trouvez pas ? On dirait qu'il se révolte, parfois. Il y a quelque chose de pourri à Poudlard… Je ne parle pas de nous, bien sûr !

Le fantôme partit dans un gros rire gras qui aurait pu rivaliser avec ceux de son collègue chez les Poufsouffles.

- C'est tant mieux, ça redonne un peu de vie en ces lieux qui en ont bien besoin. C'est toujours ainsi après les batailles. Il faut un temps pour se réveiller du cauchemar et pour redonner une apparence vivante au monde.

Le fantôme eut alors un étrange sourire cruel et s'approcha un peu plus d'Harry comme pour lui faire une confidence.

- Mais il y en a qui ne sortent jamais du cauchemar, après une bataille. Et je vous assure que mes assassins craignaient tous l'arrivée de la nuit, à l'époque où je revenais pour les hanter. La vengeance est un plat qui se mange froid, et je l'étais alors assez pour me venger, justement.

Reculant de quelques pas, Harry ne put s'empêcher de s'interroger sur cette façon qu'avaient les fantômes - Peeves, le Baron Sanglant - de Parler de Poudlard comme si le château était un être vivant…

- Et puisqu'on est dans les plaisanteries, reprit le Baron d'une voix plus forte, il faut que je vous en raconte une que même ce cher Peeves n'avait pu imaginer ! Figurez-vous qu'il y a une semaine de ça, Poudlard a réussi à tous nous enfermer dans la salle du Conseil. Je veux dire, nous, les fantômes. Aucun de nous ne pouvait plus passer les murs.

Il arborait une mine réjouie. Harry ne savait pas comment réagir. Il y avait un tel décalage entre ce qu'il avait devant les yeux et le souvenir qu'il avait du fantôme des Serpentard. Celui-ci avait d'ordinaire une mine sombre, renfrognée, dure et un peu cruelle. Tandis qu'il était là plutôt ouvert et bavard.

- La salle du Conseil ? interrogea Harry pour bien montrer qu'il était attentif.

- Ha ! Ha ! Ha ! Oui, dans la salle du Conseil. C'est là que les Fondateurs avaient l'habitude de se réunir parait-il. Nous en avons fait notre salle personnelle parce qu'elle est scellée. Je veux dire : il n'y a que quatre murs, nous le savons bien. Aucun être vivant ne pourrait l'atteindre, on ne dérange donc personne.

- Personne n'a essayé d'entrer ?

- Si, bien sûr, jusqu'au directeur Dumbledore qui espérait y trouver des réponses à quelques unes de ses questions. Mais personne n'a jamais réussi, à ce qu'on dit. Et puis, entre nous, pourquoi se casser la tête pour une salle vide ?

- Comment ça, vide ? demanda Harry, étonné qu'un espace soit réellement inutilisé et surtout réellement inaccessible dans le château.

- Je veux dire, je peux supposer qu'il y a eu des trônes à une époque - ou quelque chose dans ce goût-là - mais aujourd'hui il ne reste plus rien. Quatre trous au sol, seulement. Comme si un Géant du sud avait enfoncé les pierres quatre fois avec son petit doigt.

- Un géant du sud ? répéta une nouvelle fois Harry. Je n'en ai jamais entendu parler ! Il y a une différence avec les géants normaux ?

- Bah ! Ils sont réputés bien plus grands. Mais je n'en ai jamais vu de ma vie ni de ma mort. C'était une vieille légende qu'on utilisait à mon époque pour faire peur aux enfants. Il y en a eu d'autres après. Aujourd'hui, on utilise le nom de Voldemort pour les effrayer.

- Mais Voldemort était réel !

- Certes… Pour le moment, il a laissé une grande empreinte sur les gens. Mais pour les générations futures – et je parle d'un temps que seuls les fantômes connaîtront – il ne sera plus qu'une sorte de légende effrayante et presque surnaturelle.

- Moi je n'espère pas, au contraire… Les gens ont besoin de se souvenir pour prendre les bonnes décisions plus tard.

- Peut-être, admit le Baron Sanglant. Mais la mémoire humaine est une chose étrange et le temps fera son œuvre.

- Comme pour la salle du Conseil ? demanda Harry malicieusement, que ce mystère titillait un peu. Je n'en ai jamais entendu parler ! Même pas par Hermione.

- Et c'est parfaitement normal ! Aucun livre n'en parle, à ma connaissance. Et rare sont ceux qui nous ont posé des questions en apprenant son existence. Ils ont toujours préféré le mystère de la chambre des secrets de Serpentard. Peut-être la salle du Conseil n'est-elle qu'une énième légende sur le château. Je ne peux rien garantir. Mais nous, les fantômes, aimons penser que nous sommes installés dans un endroit prestigieux. Légendaire ou pas...

- On dirait que vous êtes fasciné par les légendes, fit remarquer Harry au fantôme bavard.

- Je l'admets ! C'est aussi parce que toutes les légendes, tous les contes ont une vérité propre qui persiste dans la société sorcière d'aujourd'hui.

Le Baron Sanglant s'approcha de nouveau d'Harry, le visage soudain plus sérieux et le doigt pointé vers sa cicatrice.

- Les histoires s'ancrent dans la réalité. Ne vous êtes vous donc pas battu contre Voldemort pour une histoire de légende ? Les reliques de la mort sont considérées par la plupart des sorciers comme un conte pour les enfants. Elles existent pourtant.

- Co... Comment êtes-vous au courant ? bafouilla Harry. Nous n'en avons parlé à personne !

Il n'avait pas du tout envie que le monde découvre les reliques. Trop de gens auraient envie de s'en servir à mauvais escient ou à des fins totalement personnelles.

- Monsieur Potter, nous sommes des fantômes, lui répondit le Baron sur le ton de l'évidence. Nous avons côtoyé la mort. Nous connaissons des choses dont vous ne voudriez même pas entendre parler, ajouta-t-il avec un air condescendant. Comprenez-vous mieux pourquoi j'associe Voldemort aux légendes ?

- Non, je ne comprends pas ! protesta Harry pour la seconde fois. Voldemort est un fait historique, il a vraiment vécu.

- Tout comme les reliques existent vraiment, conclut le fantôme. Et le temps a pourtant fait son œuvre. Elles ont laissé leur marque dans les esprits, mais rares sont ceux qui connaissent réellement leur existence aujourd'hui.

Quelques grands cris de joie étouffés virent perturber l'échange. Harry songea à Hermione qu'il devait absolument voir pour ces histoires de château et pour le réveil de Malfoy. Aussi prit-il congé du fantôme et se dirigea-t-il vers le couloir par lequel il était arrivé. Il craignait de ne pas retrouver son chemin dans ce dédale, d'autant qu'il avait été plus attentif à l'attitude de madame Malfoy qu'à la route qu'elle prenait...

- Où allez-vous donc comme ça, monsieur Potter ? Je croyais que vous vouliez rejoindre vos amis dans le hall !

- C'est bien le cas !

- Alors vous n'allez pas dans la bonne direction. Montez plutôt ces escaliers derrière vous et vous atterrirez presque directement dans le grand hall.

- Mais...

Harry tourna la tête d'un côté puis de l'autre. Si les escaliers menaient au grand hall... Comment avait-il pu arriver par l'autre côté ? Montrant le couloir sombre par lequel il était arrivé, il s'adressa au fantôme.

- Pourtant, madame Malfoy m'a fait passer par ici pour venir jusqu'aux appartements de Snape, je veux dire, du professeur Snape ! se rattrapa Harry au dernier moment.

- Ah bon ? C'est étrange. Il n'y a rien par là-bas. Tout se finit par des culs de sac…

Hésitant une seconde sur la conduite à suivre, Harry se décida finalement pour les escaliers : ils étaient mieux éclairés, moins lugubres que tout ce qu'il avait pu voir jusqu'à présent. Et il voulait le chemin le plus court pour retrouver la lumière...

Et en effet, en haut des marches, un long couloir typique du château laissait entrevoir, à son extrémité, une partie du Grand Hall de Poudlard.

- Au plaisir de vous revoir dans mes quartiers, monsieur Potter ! s'exclama alors le fantôme de Serpentard, avant se s'éloigner dans un gros rire gras.

A peine pénétra-t-il le Hall qu'Harry fut saisi par le bruit d'ambiance. Une foule d'élèves plus dense que le matin se pressait entre les murs.

- Harry ! Je te cherchais ! s'exclama Ron en l'apercevant. Figure-toi que les plus jeunes élèves de Poudlard et quelques anciens diplômés sont venus nous aider. Cette semaine, le bruit a couru que tu étais au château et que tu aidais, alors ils ont tous convaincu leurs parents de les laisser venir aider eux aussi !

- C'est merveilleux ! ajouta Hermione en arrivant à sa gauche. On avait peu de volontaires et on en a même perdus quelques un, depuis que tu étais dans le coma. Les gens ont cru que tu étais parti sans donner de nouvelles et ils ne voulaient pas laisser leurs enfants venir aider aux réparations sur un ancien champ de bataille ! Et maintenant, on a plein d'autres étudiants pour nous aider !

- Et leurs parents ? demanda Harry. Que font-ils ? Pourquoi ne viennent-ils pas aider eux aussi ?

- Ho, Harry… tu ne sais pas ça non plus, reprit Hermione la voix basse, mais il y a beaucoup de dégâts dans plein de lieux stratégiques du monde magique anglais. Quand Voldemort a rappelé ses troupes pour la bataille finale, tous ses Mangemorts, les géants, les loups-garous ont accouru de partout.

- Et au passage, ils ont massacré, détruit, brûlé, contaminé tout ce qu'ils pouvaient… continua Ron. Les adultes sont dehors, ils reconstruisent eux aussi ce qu'ils peuvent. Il y a ceux qui aident les gens, et ceux qui réparent les dégâts matériels. Ce sont les géants et leurs œuvres qui ont posé le plus de problèmes, parce qu'ils ne savent pas transplaner et ils ont tout écrasé sur leur passage… Les villes sorcières près d'ici sont presque totalement en ruines…

En voyant l'air contrarié d'Harry, Hermione tenta de le rassurer.

- Tu sais, tu n'aurais pas pu aider tous ces sorciers-là, tout ce monde. Tu devais les protéger d'une menace encore plus grande, et c'est-ce que tu as fait. Les gens commencent à revivre : ils ont cet espoir de vivre enfin correctement alors qu'ils reconstruisent leur monde. Tu dois toi aussi penser comme eux, tourner une page de ton passé…

Ron et Hermione échangèrent alors un regard doux par-dessus l'épaule de leur ami. Puis Ron sembla s'éveiller et reprit :

- Et même ma sœur est venue ! Elle qui ne pouvait pas supporter de te savoir dans le coma et que mes parents ont presque séquestrée chez nous... Tu parles ! Dés qu'elle a entendu que tu t'étais réveillé, elle s'est carapatée pour nous rejoindre !

Ron semblait moitié consterné moitié amusé par les frasques de sa sœur. Pourtant, il y a peu de temps encore, il aurait été fâché de tout cela.

- Pourquoi ne l'a-t-elle pas su dès jeudi dernier ?

- Tous les étudiants de Poudlard qui sont venus ici ces dernières semaines, ou presque, ont promis de ne pas parler de ton coma à l'extérieur. Hermione a eu une petite conversation avec eux. Quand tu t'es réveillé, ils ont attendu de voir si tu faisais une rechute ou pas. Comme tu as l'air d'aller bien, je suppose qu'ils se sont sentis autorisés à parler de ta présence à Poudlard.

- Je vois, murmura Harry en acquiesçant d'un air un peu absent.

Le sorcier scruta la foule des yeux pour tenter d'apercevoir la jeune fille rousse qui lui était chère. Il l'aperçut bientôt en pleine discussion avec deux camarades qui devaient appartenir à son dortoir. Elle était si animée, si vivante. Cela faisait du bien de voir que la guerre ne l'avait pas abimée comme il se sentait parfois abimé lui-même.

Ginny devait avoir senti qu'on la regardait fixement et elle leva les yeux, les plongeant directement dans ceux du sorcier échevelé. Le sourire qu'elle arbora alors, quand elle le reconnut, fut si lumineux qu'Harry ne put s'empêcher de vouloir se rapprocher elle.

Il glissa à ses amis qu'il devait impérativement les voir le soir venu et se mit en mouvement pour la rejoindre. Ginny rayonnait, l'attirant irrémédiablement. Il avait envie de la prendre dans ses bras et de faire quelque chose de complètement stupide, pour dire à tout le monde que cette sorcière si pleine de vie était sa compagne. Et pour partager un peu de cette joie de vivre qui l'animait et lui faisait tant de bien.

Il la serra contre lui et ils échangèrent un baiser.

- Dois-je comprendre que nous sommes de nouveau ensemble ? demanda-t-elle, taquine.

- C'est ça. murmura-t-il. C'est exactement ça.

HPRWHGHPRWHGHPRWHGHPRWHG

Le soir venu, Harry et ses deux meilleurs amis s'étaient réunis dans un coin reculé de la Grande Salle, l'une des seules pièces totalement réparées à ce jour. Désormais, elle faisait office de salle commune pour tous ceux qui voulaient partager un moment ensemble, peu importait la maison d'appartenance… Hermione avait intelligemment érigé une bulle de silence, autour d'eux, pour éviter qu'on écoute leur conversation.

- Et pourquoi est-ce qu'on devrait aider cette fouine à se réveiller ? C'est à cause des traîtres comme lui que mon frère est mort ! hurlait Ron, alors qu'Harry venait d'expliquer son souhait d'aider Malfoy.

- Ron, calme-toi, s'il te plaît. Je sais que c'est difficile, mais je dois le faire. Ou madame Malfoy pourra invoquer une dette de vie pour m'y obliger.

La surprise rendit un instant Ron muet. Mais on sentait la colère rouler en lui.

- Tu vois, je te l'avais dit, reprit-il alors, en grondant sourdement. Cette famille est une famille de fouines, de traîtres. Comment peux-tu même accepter de les aider ? Une dette de vie… C'est ignoble, plus personne n'a recourt à cette barbarie de nos jours…

- Je ne comprends pas bien ta réaction. Pourquoi ça te semble si affreux ? Ce n'est qu'une dette. Je souhaite seulement leur rembourser, parce que... Eh bien, les Malfoy m'ont réellement sauvé la vie, tu sais…, insista Harry malgré son malaise.

- Harry, reprit Hermione, c'est réellement dangereux de demander quelque chose sur la base d'une dette de vie. On ne sait pas tout sur le phénomène, mais tous les livres que j'ai lus disent que ta magie te force à remplir ta dette jusqu'à ce qu'elle soit remplie, ou jusqu'à épuisement.

- Epuisement ! s'exclama Ron, incrédule. Hermione, je sais que tu as le sens de l'euphémisme, mais là…

- Quoi ? demanda Harry. Qu'est-ce que ça fait ?

- C'est très simple, soit ta magie s'épuise littéralement, et te voilà moins qu'un Cracmol, soit tu meurs. Et tu ne voudrais pas devenir aussi ridicule que Rusard ? Tu te rends compte ? Etre incapable de faire de la magie ? C'est pire que tout !

- Ron ! Ne parle pas ainsi des Cracmols ! Ce n'est pas de leur faute s'ils n'ont pas ou plus de magie en eux.

- En gros, reprit Harry, soit j'arrive à réveiller Draco, soit… En fait, je n'ai pas vraiment le choix, même si je ne crois pas que madame Malfoy veuille réellement faire appel à une dette de vie. Alors, vous voulez bien m'aider ?

- Bien sûr Harry ! Tu sais que tu peux toujours compter sur nous ! s'exclama Hermione en sentant la gêne de son ami, pour le rassurer.

- Ouais, ouais… Bien sûr qu'on est avec toi, se renfrogna Ron.

- Mais comment peut-on faire ? Où doit-on commencer ? Pour toi, Harry, j'avais quelques pistes, grâce à Nick-Quasi-Sans-Tête, mais là… Je veux bien t'aider, mais qu'est-ce que je dois chercher ?

- Hé bien… J'ai eu une drôle de discussion avec le Baron Sanglant… commença Harry.

- Le fantôme de Serpentard ? demanda Ron en haussant les sourcils.

- Oui, c'est ça. Il m'a dit que le cas de Malfoy lui rappelait une légende de son enfance… Ou quelque chose dans ce goût-là. Peut-être une histoire de dragon qui dort…

- Comme dans la devise de Poudlard ? demanda à son tour Hermione.

- Oui, il avait rapproché la légende dont il parlait de la devise de Poudlard, justement. Il a insisté sur l'idée de contes qui prennent pied dans la réalité, et… et après c'est un peu flou, mais j'insiste sur le côté légende parce qu'il ne voulait pas en démordre.

- C'est normal ! Dumbledore lui-même croyait en la réalité des contes. Regarde-nous, nous avons pu vaincre Voldemort en voyant au-delà des contes de Beedle le Barde, après-tout…

- Personnellement, ajouta Ron, je ne connais aucun conte pour enfant ni aucune légende à propos d'un dragon qui dort… Je ne vais pas beaucoup pouvoir vous aider là-dessus.

- Pas de problème : j'ai déjà des recherches à faire à la bibliothèque sur l'histoire de Poudlard, alors je peux chercher s'il existe des légendes ou des contes à propos de ça. Bon, je vais voir madame Pince pour voir si elle peut me donner accès à la bibliothèque et si je peux emprunter quelques livres…

- Hermione, pas maintenant, protesta Ron avec une moue boudeuse mais une étincelle malicieuse dans les yeux. Tu pourrais me réserver cette soirée…

- Ron ! protesta Hermione avec un petit sourire. Qui sait, ça peut être important. Non, vraiment, j'y vais. On se retrouve demain matin devant la bibliothèque, avant que la reconstruction ne reprenne. Bonne soirée les garçons !

Quand la jeune fille fut partie, Harry donna un petit coup de coude à son meilleur ami.

- Allez, Ron, ne fais pas cette tête… C'est Hermione, on ne la changera plus, le consola-t-il. Et puis, moi non plus je n'ai pas ma petite amie, après tout…

Il rit doucement en voyant Ron devenir rouge sous la gêne.

- Tu ne voudrais quand même pas qu'elle dorme dans le dortoir des filles, toute seule ! Ho ! Et n'espère même pas qu'elle dorme dans le même lit que toi ! s'exclama-t-il.

- Ron... Tu es incorrigible, soupira Harry, un peu gêné lui-même.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Jeudi 28 mai, matin

Harry s'éveilla aux premières heures de la matinée. Surpris de ne pas voir Ron dans son lit, il se leva. Il avait vraiment mal dormi. Pas un de ces cauchemars qui lui étaient habituels avant la victoire, non, mais un rêve sombre et dérangeant.

Après s'être déshabillé, le sorcier entra avec bonheur dans la douche. Il avait l'étrange impression d'être sale jusqu'au plus profond de lui-même. C'était ce rêve qui ne voulait pas sortir de son esprit.

Il se noyait dans de la boue noire, et des volutes de fumée denses et marron venaient se coller à lui, l'empêchant de se débattre et de respirer correctement. Mais c'est surtout un sentiment de désespoir profond et de souffrance infinie qui le faisait encore frissonner sous l'eau chaude. Et à la fin, une main bien trop blanche, presque squelettique, l'avait définitivement plongé dans ce marasme dégoûtant. La dernière chose qu'il avait cru voir était cet éclat rouge sang...

Son cœur s'emballa à ce souvenir. Ce rêve était-il une réminiscence de ses anciens cauchemars ? Voldemort était mort, donc c'était certainement sa main de squelette qu'il avait imaginée le noyer. Mais pourquoi maintenant ? Et cet éclat rouge qu'il avait aperçut... Etait-ce une histoire de sang ? Un rappel de la mort du sorcier par sa faute ? Ou était-ce l'impression de revoir les yeux de Voldemort à l'époque où il vivait et sévissait encore ? Mais dans ce dernier cas... Alors son rêve serait plus qu'inquiétant…

Non... Il avait tout fait dans l'ordre. Les Horcruxes, puis le sorcier. Il n'y avait pas d'erreur possible. Il avait vaincu Voldemort.

Son rêve n'était peut-être qu'une traduction de son impression d'être perdu et de ne pas maîtriser les choses. Pas qu'il les maîtrisât avant, pour être honnête. Mais justement, ça devait changer maintenant… Se frictionnant vigoureusement avec une serviette aux couleurs de sa maison, Harry chassa ses idées noires.

Quelques minutes plus tard, on pouvait voir le jeune sorcier se diriger vers les cuisines : soit Ron avait eu un creux et était allé se chercher à manger, soit il n'y était pas et Harry devrait alors prendre de quoi petit-déjeuner avant de rejoindre Hermione à la bibliothèque.

Arrivé là où se tenaient auparavant le tableau et la poire chatouilleuse, Harry s'aperçut que le mur laissait voir un énorme trou. Harry observa un instant les elfes de maison s'agiter en tous sens pour préparer le petit déjeuner et se demanda s'ils dormaient, parfois. Il eut un pincement au cœur en pensant qu'il ne verrait plus jamais Dobby l'accueillir.

- Bonjour, maître Harry Potter. Qu'est-ce que Winky peut faire pour vous ?

- Bonjour Winky. Appelle-moi Harry, pour commencer, lui dit-il d'une voix douce. Je suis venu chercher de quoi petit-déjeuner pour trois personnes.

- Nous vous apportons ça tout de suite, maître Harry. Horn ! Bris ! Petit déjeuner pour trois personnes !

Harry vit deux elfes minuscules lui amener deux paniers bien trop grands pour eux. On aurait dit deux… enfants d'elfes ?

- Tu me sembles aller bien mieux, Winky.

- Oui. Beaucoup mieux, merci, maître Harry Potter. Il y a des choses qui changent dans le château. Je dois être là.

- Ces deux elfes de maison semblent bien jeunes… ne put s'empêcher de dire Harry lorsque Bris et Horn eurent déposé leurs charges à ses pieds avant de disparaître.

- Ce sont… mes petits, maître Harry Potter, ajouta l'elfe avec deux ronds roses sur les joues. Ils nous aident parce que trop d'entre nous, les adultes, ont péri pendant la bataille. Et il faut bien nourrir les sorciers qui viennent réparer le château !

Harry se dit qu'il allait éviter de donner ce genre de détail à Hermione parce qu'il savait qu'elle n'allait pas du tout apprécier que des enfants travaillent. Harry, lui, préférait éviter les ennuis. Soudain, il se rappela la magie particulière et puissante des elfes.

- Winky… Est-ce que les elfes réparent le château ?

- Non, bien sûr que non, maître Harry Potter ! Nous ne pouvons pas prendre le risque d'interférer avec la magie de Poudlard. Nous avons déjà des difficultés à produire notre propre magie…

- Pourquoi ça ?

- Hé bien… Vous savez, maître Harry Potter, qu'un elfe de maison puise sa magie dans celle de la maison à laquelle il est rattaché. D'habitude, ça signifie que nous puisons dans la magie de la famille sorcière à laquelle nous appartenons. Pour nous, les elfes de maison de Poudlard, c'est un peu différent.

- Pourquoi cela ? demanda Harry, réellement curieux.

- J'ai mis du temps à le comprendre, mais nous appartenons en fait au château lui-même, pas à un sorcier. Nous puisons donc dans la magie du château. Mais en ce moment, maître Harry Potter, cette magie est instable. Nous pensons que c'est dû aux dégâts, alors nous faisons ce que nous pouvons pour aider les sorciers qui réparent Poudlard.

- Mais si votre magie est liée à Poudlard, pourquoi ne pouvez vous pas nous aider à tout réparer ?

- Ho ! Maître Harry Potter, je suis désolée ! Je suis une mauvaise elfe de château ! J'aurai dû essayer encore et encore !

Harry arrêta l'elfe qui était en train de se cogner la tête contre le mur.

- Winky ! Winky, arrête ! Je ne te demande pas de réparer le château, je veux juste savoir pourquoi tu ne peux pas le faire.

- Nous faisons de la magie d'elfe, maître Harry Potter, pas de la magie de sorcier. Le château a été construit par des sorciers, pas par des elfes de maison. Nous ne comprenons pas toujours comment il fonctionne. Je suis désolée… Je suis une mauvaise elfe !

Harry abandonna ses tentatives de calmer l'elfe quand celle-ci éclata en sanglots. Il prit les deux paniers de nourriture et se dirigea vers les escaliers menant à la bibliothèque. Malgré son réveil matinal, il allait arriver tout juste au rendez-vous fixé par Hermione.

Les portes de la bibliothèque étaient ouvertes quand il arriva. Il observa les alentours pour voir si madame Pince était là, mais il n'y avait personne. Quelques éclats de voix le convainquirent que la bibliothécaire était absente, sinon, jamais Hermione n'aurait pris le risque de troubler le silence de la pièce.

Au détour d'une armoire pleine de livres, il aperçut ses deux meilleurs amis en pleine discussion.

- Non, Ron ! Ce n'est pas logique ! Les lézards et les dragons ne font pas partie de la même branche des reptiles. Pourquoi le Baron Sanglant aurait dit dragon et pas lézard ?

Ron et Hermione avaient les traits tirés et des cernes sombres témoignaient de leur manque de sommeil. Hermione bailla avec un manque flagrant d'élégance.

- Harry ! s'exclama Ron en l'apercevant. Déjà réveillé ?

- Bonjour vous deux. J'ai amené le petit déjeuner.

- Ha ! Harry, reprit Ron, est-ce que je t'ai déjà dit que tu es mon meilleur pote ?

- Bonjour Harry, salua Hermione. Heu… On devrait peut-être sortir pour manger, non ? On risque d'abimer les livres…

- Mais non, la contra Ron, on va faire attention, promis.

- Ne t'en fais pas, je suis sûr que Ron ne perdra pas une seule miette, ajouta Harry en la voyant mordiller sa lèvre. Mange plutôt, tu as l'air d'en avoir besoin. On dirait que vous n'avez pas dormi de la nuit.

- Mais nous n'avons pas dormi de la nuit, confirma Hermione. Ron est venu m'aider dans mes recherches, hier soir.

Harry se sentit infiniment réchauffé à l'idée que ses deux amis étaient toujours là quand il avait besoin d'eux.

- J'espérais que ça finisse plus vite, dit Ron. Je voulais qu'on se câline un peu avant d'aller se coucher. Mais Mione ne voulait pas se coucher avant d'avoir trouvé quelque chose. On n'a rien trouvé, précisa Ron, après avoir avalé une grande bouchée de pain au lait.

- Pas tout à fait. En fait, nous avons réfléchi à diverses possibilités pour réveiller Malfoy, mais je ne suis sûre de rien pour l'instant, murmura Hermione.

Elle sortit un parchemin de la pile qui était devant elle.

- J'ai fait une liste de ce qu'on a trouvé, des hypothèses qu'on a élaborées à partir de là, depuis les plus probables aux moins probables. Il s'avère que nous n'avons pas trouvé de conte pour enfant avec un dragon. C'est bizarre, parce qu'il existe énormément de contes moldus qui parlent de dragons.

- Oui, la coupa Ron, mais il y a un conte qui parle de lézard…

- Mais ça ne se peut pas, Ron. A la limite, la famille des serpents serait plus proche de celle des dragons. Ils ont le sang froid, des écailles…

- Les lézards aussi ont le sang froid, la coupa Ron une nouvelle fois.

- Je ne vous suis pas bien, dit Harry dans un froncement de sourcil. Pourquoi est-ce que vous vous disputez pour une histoire de lézard ou de serpent ?

- Hé bien, commença Hermione en relevant le buste et en prenant un ton docte, nous sommes tombés sur un recueil de contes pour enfants, et plusieurs d'entre eux parlent de reptiles. J'en ai sélectionné trois qui peuvent faire référence à ce que t'a dit le Baron Sanglant. Deux parlent de serpents, un autre de lézard.

- Ha ! Tout de même ! s'exclama Ron. Tu reconnais que le lézard est valable !

- Ron… soupira Hermione.

Harry sourit et redevint attentif quand son amie reprit ses explications.

- Les contes moldus parlent de princes qui sauvent des princesses en les embrassant. Notre recueil met en scène des rituels et des fabrications de potion pour réveiller des héritières de grandes familles qui ont été endormies par les maléfices de familles ennemies. Leurs ingrédients de base proviennent des reptiles dont nous t'avons parlé. Il doit y avoir une sorte de parallèle… Enfin, je crois.

- Hé ben si je dois faire une potion pour sortir l'autre fouine du sommeil, on n'est pas sortis du chaudron, marmonna Harry en se renfrognant.

- Il y a aussi un rituel à base de serpent, mais je ne te pousserai pas à l'effectuer parce qu'il flirte avec la magie noire…

- Dans un recueil pour enfant ? s'étonna Harry.

- Ouais. C'est un recueil de contes pour familles de Mangemorts, grogna Ron.

- Ne l'écoute pas, Harry. Les Mangemorts n'existaient pas à l'époque où ces contes ont été écrits. C'est juste un vieux recueil de contes qu'on donnait il y a longtemps aux enfants des familles de Sang-pur, c'est madame Pince qui me l'a conseillé. Mais on ne l'utilisait déjà plus à son époque.

- Alors finalement, qu'est-ce que je dois faire ?

- Et bien. Il se peut aussi que le Baron ait fait référence à la devise de Poudlard : « ne chatouillez jamais le dragon qui dort »… Je veux dire… Ca paraît fou, mais cette devise sous-entend que si tu chatouilles un Dragon, il se réveille. Alors peut-être qu'en chatouillant Malfoy…

Harry lui jeta un regard torve.

- Draco Malfoy n'est pas un dragon, c'est une fouine, dit Ron solennellement.

Harry ne put qu'approuver ces mots.

- Ha ! Les garçons… Il serait temps que vous grandissiez un peu ! râla Hermione.

Ceux-ci échangèrent un sourire complice avant de se plonger dans un petit déjeuner bien mérité, vite rejoints par Hermione. Après plusieurs instants d'un silence confortable, la jeune fille reprit la parole.

- J'ai aussi fait quelques recherches sur Poudlard, et plus particulièrement sur les périodes de reconstruction et la façon dont elles ont été menées…

- Parce qu'il y a eu plusieurs reconstructions à Poudlard ?

- Si tu avais écouté plus attentivement le professeur Binns, tu saurais que Poudlard a été le théâtre de nombreuses batailles… Enfin bref. Je n'ai pas trouvé grand-chose de consistant. Seulement quelques allusions floues à de grands « reconstructeurs ». Des « adorateurs ». Ca paraît un peu trop mystique pour que je puisse en tirer quelque chose…

Harry acquiesça pour le principe.

- Maintenant, Harry, dis-moi pourquoi tu es remonté si précipitamment hier, avant que la directrice ne t'arrête. Il s'est encore passé quelque chose d'étrange ? demanda la jeune sorcière.

- Hé bien, oui. Deux fois. Les pierres que je tenais dans ma main se sont réintégrées toutes seules dans le mur que je réparais…

- Hein, quoi ? C'est impossible ! s'exclama Ron, soudain plus attentif.

- Pourtant, c'est vrai, je t'assure, dit Harry, un peu gêné. Et il y a autre chose aussi : les fantômes parlent du château comme s'il était vivant. J'ai trouvé ça étrange.

- Ho ! Je suppose que c'est juste une manière rhétorique de parler. Et ne change pas de sujet : dis-moi plutôt comment tu as fait. Ou au moins, comment ça s'est passé, ajouta la jeune fille en voyant Harry hausser des épaules.

- Hé bien… La première fois, j'ai insulté le caillou. La deuxième fois, j'étais juste nostalgique. Je voulais que le château reprenne vie, puisse accueillir à nouveau des élèves le plus vite possible. Et la pierre s'est remise toute seule à sa place.

- Mmm… Et qu'est-ce que tu as dit ou pensé pour la rambarde ?

- J'ai supplié de ne pas tomber. De ne pas me faire mal…

- C'est ça… dit Hermione en fermant les yeux. J'ai la solution sur le bout de la langue…

Soudain, elle se leva et se dirigea au fond de la bibliothèque en leur criant de retourner dans la grande salle et qu'elle ne voulait pas être dérangée jusqu'au midi. Harry haussa les sourcils en jetant un œil à Ron qui haussa les épaules.

Puis, en silence, ils rassemblèrent les restes du petit déjeuner et sortirent de la bibliothèque, Harry glissant au passage dans sa poche le parchemin qui rassemblait les hypothèses de ses deux amis.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Le déjeuner était déjà presque fini quand les portes de la Grande Salle s'ouvrirent violemment. Hermione se dirigea à grands pas vers Harry qui ne semblait pas forcément rassuré.

- J'ai trouvé ! Je sais comment tu fais ! Tu peux réparer le château en entier aujourd'hui même, si on veut !

Tout le monde dans la grande salle fit soudain silence. Les membres du corps enseignant se rapprochèrent de la jeune fille, intrigués. Ils auraient douté de cette exclamation pour n'importe qui d'autre, mais Hermione était un cas à part.

- Harry, ce sont tes émotions qui guident ta magie, ce sont elles qui ont influencé les reconstructions partielles que tu as effectuées. Dés que tu as une émotion forte ou profonde, tu mets en route une partie d'un ancien rituel de construction ou de reconstruction de foyer. Car tu te sens chez toi, ici, à Poudlard. N'est-ce pas ?

- Oui, évidemment ! Je l'ai toujours dit.

- C'est bien ça ! Tu as les sentiments nécessaires pour guider le rituel. Et je peux t'aider à produire ça sur une plus grande échelle. A l'échelle du château entier même.

- Mais ! Personne ne peut toucher à Poudlard ! C'est un château indépendant… dit Flitwick avec un air peiné pour Hermione.

La jeune fille se retourna brusquement : elle n'avait pas entendu les professeurs approcher.

- Bien sûr que si ! C'est la base du sortilège de protection des foyers ! C'est la base de la rune de la maison !

Elle fut approuvée madame Malfoy, qui s'était discrètement jointe au cortège, puis par le professeur de runes.

- Mais oui, j'aurai dû y penser avant : le sentiment d'appartenance peut déclencher le sortilège. Augmentez la force de ce sentiment par la rune et vous pouvez reconstruire Poudlard. Oui, il faut essayer, tout de suite !

- Heu, bien. Dites-moi ce que je dois faire et je le ferai, dit calmement Harry qui se sentait toujours perdu.

- Suivez-moi jeune homme ! lança le professeur de runes avant de se dépêcher de sortir, suivi d'Harry, Neville, Luna et d'une grande partie des étudiants, intrigués.

- Comme quoi, chuchota Ron à l'adresse de sa petite amie, tes cours de runes seront peut-être utiles à quelque chose, finalement.

Hermione eut l'air agacée, mais Ron haussa les épaules. En attrapant une tartine et un morceau de fromage, il se leva.

- Viens, il vaut mieux qu'on aille voir ce qu'ils font. Harry aura sans doute besoin de nous, comme toujours…

Les deux amis se levèrent à la suite de plusieurs autres élèves. Au fur et à mesure, la grande salle se vida. Les professeurs dubitatifs qui étaient restés dans la Grande Salle, ne voyant personne revenir, suivirent à leur tour, laissant les Malfoy descendre en direction des cachots pour retrouver leur fils.

Dans le parc, les élèves étaient en un grand cercle légèrement écrasé dont le centre était Harry lui-même. Le professeur de runes héla ensuite Hagrid pour qu'il prenne Harry sur ses épaules.

A Ron qui se demandait ce qui se passait, Hermione expliqua que la rune du foyer était en cours de création et que le rituel associé parlait d'une base de renforcement quand cela était possible. Qui d'autre qu'Hagrid ressentirait Poudlard comme étant sa maison autant qu'Harry ? Il l'aiderait à canaliser l'afflux de pouvoir créé par le rituel.

Luna, arrivée dans la matinée, se plaça derrière le demi-géant, sa baguette touchant le milieu du dos massif. Neville vint se placer à sa droite, face au château, et le professeur de runes à sa gauche, face au château également.

Neville et le professeur écartèrent leurs bras en joignant les mains, afin de former un triangle dont les angles étaient leurs coudes et la pointe leurs mains jointes. Luna leva sa baguette et envoya une étincelle bleue dans les airs avant de la poser au sol et d'écarter les bras. Elle touchait maintenant les coudes de Neville et du professeur de runes.

Le demi-géant et les trois sorciers, derrière lui, formaient un autre triangle qu'Harry, debout sur les épaules d'Hagrid, dominait de toute sa taille. Hagrid était la pointe quand les trois autres sorciers formaient la base.

Hermione crut bon d'expliquer à Ron que les motifs incarnés par les sorciers étaient traditionnellement tracés sur le sol : un grand cercle aplati, un large triangle à l'intérieur pointant vers le centre du futur foyer, un trait à l'intérieur qui ne le séparait pas totalement en deux, et deux triangles supplémentaires à partir des coins de la base du premier.

« Le féminin et le masculin réunis, la protection et l'arme, le tout englobant la discorde… Le foyer » ajouta-t-elle, exaltée, tout en se doutant que son petit ami ne comprenait pas.

Le sorcier, placé à la pointe majeure du triangle, devait ensuite invoquer son sentiment de bâtisseur, probablement était-ce le sort lancé par Luna. Puis effectuer le rituel. Mais Harry ne le connaissait pas. Il allait avoir besoin d'elle. Aussi Hermione s'avança-t-elle pour le rejoindre.

Le professeur de runes semblât dire quelque chose à Harry et celui-ci leva sa baguette en direction du château. Puis au moment où il ouvrit la bouche, une onde de choc se propagea depuis le cercle formé par les étudiants : l'herbe autour d'eux s'aplatit complètement. Le cercle ne pouvait plus être brisé.

Hermione et Ron voulurent s'avancer, mais ils durent s'arrêter à une dizaine de mètres du faux cercle. L'air était étouffant, saturé de magie. La jeune fille se demanda comment Harry pouvait faire preuve d'autant de pouvoir : elle avait l'impression qu'il la puisait dans un réservoir infini.

Elle perdit le fil de sa pensée quand elle entendit l'un de ses professeurs pousser un cri de surprise. Il avait le doigt pointé en direction du château et la bouche grande ouverte. La sorcière suivit son regard et plaqua une main sur sa bouche : elle en avait même perdu la voix.

Le château brillait de mille feux sous les nuages sombres. Les spectateurs virent d'immenses blocs de pierre auparavant éparpillés sur le sol s'élever dans les airs et reprendre docilement leur place d'origine, éclatants, comme neufs. Quelques arbres penchés aux alentours se redressaient, plus vivants que jamais.

L'une des tours s'était écroulée pendant la bataille. Ils la virent soudain se redresser lentement, encore et encore.

Tous les spectateurs qui ne faisaient pas partie du cercle poussèrent un cri, quand ils la virent chanceler dangereusement. Mais Harry sembla produire un effort supplémentaire et intense, puisant à nouveau de la magie de nulle part, et il la redressa brusquement. Puis doucement, il remit la tour parfaitement en place.

Hermione jeta un œil à son meilleur ami, fascinée. Il était complètement blanc et elle pouvait voir clairement d'énormes gouttes de sueur parcourir son visage, plissé par l'effort et la concentration.

Comment pouvait-il réaliser un rituel dont il n'avait jamais entendu parler, qui nécessitait une grande réserve de magie, et qu'elle-même avait dû étudier pendant des jours pour un résultat médiocre.

Elle n'avait même pas pu l'utiliser lors de leurs fuites répétées dans les bois, malgré la peur intense qui lui nouait parfois les entrailles. Et si ça, ça n'était pas un sentiment fort, alors elle n'y comprenait plus rien.

Soudain, il flancha. Hermione s'aperçut alors qu'Harry n'était pas le seul à fournir un gros effort : Hagrid semblait sur le point de s'évanouir et Neville sur le point d'être malade. Le professeur de rune était rouge sous l'effort de maintenir la rune parfaitement en place et tous les étudiants du cercle suaient à grosses gouttes, les yeux fermés malgré les prodiges qui avaient lieu autour d'eux.

C'était peut-être bien dans le réservoir de pouvoir de tous ces étudiants qu'Harry puisait sa magie.

Alors qu'elle allait prévenir Ron de la chute imminente d'Harry, la jeune femme fut soufflée et s'écrasa au sol : tous ceux qui n'étaient pas dans la rune connurent le même sort. Hermione releva les yeux et vit Hagrid reposer Harry sur le sol.

Sa baguette était toujours levée, mais hormis une certaine rigidité, il ne semblait plus affecté par l'effort effectué. Aucun des membres de la rune non plus. Elle se tourna vers le château.

De l'extérieur, il semblait neuf, comme s'il venait d'être construit par les fondateurs. Hermione ne l'avait jamais vu aussi resplendissant. Captant un mouvement sur sa gauche, la jeune fille vit Harry se diriger vers les grandes portes comme un automate. Il semblait fasciné.

Elle se releva, épousseta sa robe et vit Harry rentrer dans le bâtiment. Elle courut à sa suite pour voir ce qui se passait. Harry continuait simplement à remettre les choses en place depuis le Hall.

Il envoyait des volutes de magie aux quatre coins du château, nettoyant les couloirs que les elfes n'avaient pas encore eu le temps de faire, réparant les portes, les murs et les armures, les escaliers comme les statues de pierre.

Enfin, sentant un rayon de soleil lui caresser la nuque, Harry abaissa sa baguette et se retourna, faisant face à l'attroupement qui s'était rapproché, dans le parc. Laissant, sans le voir, la magie qu'il avait utilisée derrière lui, il redescendit les marches pour rejoindre ses amis.

Les nuages menaçants de la matinée s'écartaient et le soleil apparut enfin dans son entier.

La puissance qui avait déferlé en lui l'avait rendu euphorique et l'avait autant étonné que les autres. Pour autant, il n'en dit rien. Adulé par des élèves impressionnés et heureux d'avoir participé, félicité par des professeurs qui n'auraient jamais imaginé cette solution, il n'aperçut pas tout de suite sa petite amie.

Mais il ne put empêcher son cœur de battre quand leurs yeux se croisèrent. En la voyant ainsi, rayonnante sous le soleil, avec un sourire fier qui n'était destiné qu'à lui, il eut une nouvelle poussée d'adrénaline. Entre la magie qui l'avait à moitié drogué et l'excitation qu'il ressentait, il se sentit… brûlant, fiévreux. Il fut surpris de l'élan possessif qui le traversa : elle était sienne.

Hermione vint lui taper dans le dos.

- Décidément, tu nous surprendras toujours ! Allez, viens on rentre. Il recommence à faire sombre.

- Ouais, rentrons, ajouta Ron derrière lui, en le faisant sursauter.

Les mains dans les poches, il ouvrit la marche. Il semblait un peu bougon. Alors qu'Harry se demandait quelle mouche avait bien pu piquer son ami, il fut coupé par la vue de la directrice qui se dirigeait rapidement vers lui.

- Monsieur Potter, nous avons besoin de vous, madame Malfoy vous réclame. Suivez-moi, vite.

Frappé par le tremblement de crainte dans la voix de la si stricte directrice, Harry se dépêcha de la suivre tout en lui demandant ce qui se passait.

- C'est Draco Malfoy, souffla-t-elle avec empressement. Sa mère vous réclame : on est en train de le perdre.


Edité le 03-02-2016

Petite note : Harry pourrait apparaître trop puissant dans ce chapitre, pour certains d'entre vous. Ce n'est pas le cas : il a ses faiblesses. Ce qui s'est passé n'a eu lieu que grâce aux contributions d'autres sorciers. Harry seul n'aurait jamais été capable de réparer le château. Quoi qu'il en soit, j'espère que ça vous a plu.