Chapitre 1 : Après la victoire

Partie 4 : Influences

Jeudi 28 mai, 14 heures

Harry fut effaré par les cris. Il s'attendait à trouver une Narcissa Malfoy hystérique, mais c'était bel et bien Lucius Malfoy qui semblait au bord de la crise de nerfs. Il y avait quelque chose de perturbant et de fascinant à voir cet aristocrate arborer une attitude de mère poule souhaitant protéger son poussin.

- Pour l'amour de Merlin, madame Malfoy, vous êtes une sorcière, alors utilisez votre magie ! s'écria la directrice à ses côtés.

- Comment osez-vous insinuer que… commença le lord anglais avant d'être stoppé très efficacement par un sort de sa femme.

Harry avait d'abord supposé que c'était une bonne chose. Mais c'était avant de voir l'ombre de folie dans les yeux de la mère de famille. Et avant d'avoir entendu les craquements dans la voix de la femme.

- Il a… il convulsé. Il tremblait, il… il criait. Et il y a eu… ce moment où… c'était comme si on lui arrachait le cœur ! Morgane, qu'est-ce que je dois faire ? Monsieur Potter, je vous en supplie, délivrez-le. Pitié !

- Mais je…

- Je vous en prie ! Madame Pomfresh a tenté de le soigner, mais… sa magie ne parvient pas à atteindre mon fils. Lui-même semble perdre la sienne à une vitesse affolante. Et elle ne peut rien faire ! Vous le pouvez, vous en êtes sorti ! Vous aussi vous aviez perdu votre magie, vous l'avez retrouvée : aidez-le…

Elle baissa la tête et le jeune sorcier s'en détourna avec gêne lorsqu'il constata qu'elle sanglotait. Il jeta un œil derrière lui mais la directrice avait à nouveau disparu : elle avait dû partir chercher quelqu'un après l'avoir ramené là, mais ce n'était pas vraiment pour lui faciliter les choses…

- Je vais voir ce que je peux faire, finit-il par répondre à la mère éplorée qui ne fit qu'acquiescer.

Il ne savait pas quoi faire de plus.

Il n'avait pas l'habitude de voir une mère effondrée face à lui. Les cris de sa propre mère, en présence d'un Détraqueur, il savait les gérer. Mais il ne savait pas comment s'y prendre pour consoler une maman éplorée dans la réalité. Il fallait bien dire qu'il n'avait pas eu de modèle de mère pour prendre ses repères…

Un sourire désabusé sur les lèvres, il entra dans les appartements du sombre professeur. Il croisa l'infirmière qui sortait de la chambre. A son regard, on avait l'impression qu'il n'y avait aucun espoir.

- Il ne se laisse pas faire. Toute ma magie est inefficace à son contact : c'est comme si... comme s'il était protégé par un bouclier. Ou plutôt, comme s'il l'absorbait... Mais c'est incohérent avec mes analyses superficielle : il n'a presque plus de magie, elle disparaît à une vitesse alarmante !

Harry entra. La chambre était dans un noir presque complet. Une lueur de bougie sur la table de chevet éclairait à peine la pièce, à côté du lit où était couché le sorcier blond, et quelques pâles reflets dansaient dans ses cheveux.

Harry approcha à pas mesurés, intimidé : c'était tellement plus sombre que la veille. Il avait l'impression d'assister à une veillée funèbre. C'est sans doute à cette ambiance qu'avaient dû ressembler les hommages des familles aux trop nombreux morts, les jours passés.

Il y avait quelque chose d'hypnotique dans ce mélange de lumière et d'obscurité. Tout était noir excepté la tâche blanche et or du corps allongé. C'était irréel. Endormi - mais seulement endormi ! - Draco Malfoy le faisait songer à un ange.

Harry se demanda si les anges existaient : il n'en avait pas vu dans l'entre deux mondes.

Il s'approcha encore un peu plus. Puis il hésita avant de tendre la main et de toucher le bras qui semblait mort. Ce corps pâle semblait si fragile ! Et pourtant, il renfermait une langue acérée et un esprit plein de fiel, auxquels Harry avait été confronté trop souvent à son goût. Le personnage serait probablement intéressant, sans tous ses défauts. Draco avait de l'esprit, même s'il l'employait à mauvais escient, et il avait certainement une culture sorcière vaste qu'Harry ne soupçonnait pas.

Mais il était si insupportable, si arrogant, si... tout. Etait-ce si mal s'il continuait à dormir ?

Harry poussa un soupir.

Le problème était que si Draco restait dans cet état, il continuerait à perdre sa magie et madame Pomfresh ne pourrait plus l'aider. Pouvait-on devenir Cracmol en étant né sorcier ? Apparemment, c'était possible...

De plus, Harry était conscient que même s'il n'appréciait pas Malfoy, il n'avait pas le droit de le laisser dans le coma s'il avait le pouvoir de le réveiller. Il avait pris la décision de payer sa dette à Narcissa Malfoy en lui rendant sa famille au complet, il s'y tiendrait. Si seulement il avait eu plus de temps pour aider Hermione et trouver ce qui clochait…

Trop tard pour les regrets, cependant. L'état de l'héritier empirait, il devait agir.

Il n'avait pas encore eu le temps de lire le parchemin qu'Hermione lui avait confié, mais peut-être la solution y était-elle ? Après tout, la sorcière avait découvert quel rituel utiliser pour réparer Poudlard en un temps record !

La main un peu tremblante, il sortit de sa poche le parchemin qu'il avait récupéré dans la bibliothèque : il n'était pas assuré de ses compétences et craignait de faire pire que mieux. La directrice allait-elle lui envoyer quelqu'un avant qu'il ne fasse une bêtise ou que Malfoy soit perdu ?

Il se rapprocha de la flamme de la bougie et lu les quelques notes.

Il était trop tard pour la potion. Pour le rituel qu'elle avait évoqué également. Et de toute façon, il n'avait pas l'intention de se laisser souiller par la magie noire. D'autant moins avec son cauchemar de la nuit. Qu'y avait-il d'autre ?

La devise de Poudlard. Chatouiller pour réveiller un malade ? Ridicule. Et qu'est-ce qu'Hermione avait griffonné en dessous ? Des recommandations ? C'était illisible. Harry rapprocha encore un peu le parchemin de la flamme.

- Un baiser de réveil ? s'exclama-t-il.

Le jeune homme s'arrêta un instant, trop surpris.

- Non mais ça va pas ! Et puis quoi encore ?

Son dégoût du personnage était bien trop fort.

Draco Malfoy eut un sursaut et la flamme de la bougie monta d'un seul coup, surprenant le sorcier brun. Qui lâcha son parchemin. Qui s'enflamma vivement. Et tomba en poussières si vite que seule la magie pouvait avoir fait ça.

- Merlin ! Malfoy ! Tu me pourris la vie ! Et qu'est-ce que tu veux que je fasse maintenant ? râla le jeune homme en donnant un coup de pied dans le meuble de chevet. Je suis censé te sauver tu peux me dire comment je dois faire ? reprit-il ensuite.

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Jeudi 28 mai, matin

Il faisait froid, tellement froid, dans ce monde d'à-côté. Il était seul. Potter l'avait abandonné. Peut-être que s'il ne s'était pas moqué, quelques jours ou quelques semaines auparavant, peut-être que s'il ne s'était pas enfui en le narguant, peut-être alors n'aurait-il plus été seul.

Pourtant, il savait que Potter devait l'attraper : il était tellement proche. Sa haine avait fondu alors qu'il le poursuivait, elle était tellement loin. Et puis d'un seul coup, alors qu'il allait l'attraper, Potter avait disparu. Introuvable. Draco l'avait cherché partout : se moquer de lui l'aurait un peu réchauffé et il n'aurait plus été seul.

Mais ça faisait une éternité qu'il était là, figé dans un bloc de glace. Il avait marché un peu, quand Potter avait disparu de ce monde. Ou peut-être avait-il flotté. Mais le froid l'avait trop rapidement arrêté, le figeant dans un bloc qui ne cessait de grandir. Il alternait entre la peur et l'ennui profond.

Il sursauta soudain quand la glace autour de lui céda dans un bruit assourdissant. Elle sembla flotter de manière incertaine avant de s'agiter en tous sens et de s'amalgamer en des formes étranges puis de plus en plus claires : la glace reproduisait le château de Poudlard, Draco l'aurait juré.

Lui-même se réchauffait à une vitesse alarmante, beaucoup plus vite que quand il avait cru approcher l'esprit de Potter, bien longtemps auparavant. Il y avait quelque chose de pas net… Il n'était pas trouillard, mais il n'avait pas envie de rester là trop longtemps : il tourna les talons pour s'éloigner.

Il n'eut que le temps de faire trois pas avant d'avoir la sensation d'être tiré en arrière. Son dos vint heurter durement les portes de glace du château derrière lui. Il ne pouvait plus bouger. La glace autour de lui fondait sous l'action de sa chaleur : il était vraiment trop brûlant et se mit à trembler.

Alors qu'une tour allait se raccrocher au château de glace, elle eut l'air de vouloir s'effondrer. C'est à ce moment qu'il eut l'impression qu'on lui arrachait sa magie de force : il hurla, le corps pris de convulsions. La tour se mit parfaitement en place et il put respirer un instant. Avant que le manège ne recommence pour d'autres parties du château.

La construction de glace semblait scintiller de mille feux, mais il ne le vit pas. Comme il ne vit pas la froide lumière se fondre petit à petit dans son corps et le relaxer, la glace chassant sa fièvre. Il pria encore une fois pour sortir et cru un instant être exaucé.

Il sentit une présence étrangère, une magie chaude et réconfortante qui tentait de l'atteindre. Une magie qui ressemblait à celle d'une femme inquiète prête à le soigner. Mais une bourrasque soudaine, provenant du château derrière lui, éteignit cette magie. Il eut quelques minutes d'angoisse folle, se disant que cette fois, il était réellement seul.

Puis il se figea, le cœur battant de soulagement : dans l'air, c'était comme si Potter revenait. Son esprit le touchait, dans un frôlement presque imperceptible, mais il savait que c'était lui. Le château derrière lui avait presque disparu, fondu en lui, et il sentait son corps se coucher lentement, sans qu'il ait dessus la moindre prise. Il allait déjà tellement mieux.

Il entendit la voix de Potter : « Un baiser de réveil ? ». Draco ferma les yeux, sentant une chaleur étrangère : l'âme de Potter l'approchait, l'envahissait. Il se sentit bien mieux dans ces quelques secondes que dans les dernières heures – ou les derniers jours, il ne savait plus.

Et il l'entendit encore une fois, mais sa voix était beaucoup plus brusque : « Non mais ça va pas ! Et puis quoi encore ? ». Et il eut un brusque sursaut quand toute chaleur lui fut retirée d'un seul coup. « Malfoy ! Tu me pourris la vie ! » Et pourtant, tout autour de lui montaient des flammes vives, presque blanches. Un bruit sourd et étranger envahit l'espace une seconde. Comme un coup de tonnerre.

Les flammes étaient devenues si vives, si hautes, qu'il se demanda même comment il pouvait avoir à nouveau si froid. Elles s'approchaient de lui : il eut une suée de peur immédiate. Il eut l'impression d'entendre le rire cruel et moqueur de Potter tout autour de lui, dans les flammes qui le touchaient presque. Il trembla.

Les flammes léchaient maintenant son corps et il hésitait entre hoqueter de peur et hoqueter de rire sous la sensation. Et il sombra dans le noir, brutalement.

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Jeudi 28 mai, 15 heures

Le sorcier brun fixait Draco Malfoy d'un regard mauvais, porté par sa colère. La même colère qui le prenait quand Voldemort était sur le point de tuer quelqu'un devant lui. La colère devant sa propre impuissance alors que toujours, sans relâche, les autres comptaient sur lui.

Il se pencha doucement sur le corps, regrettant de ne pas avoir lu avant ce qu'Hermione avait écrit sur le parchemin. Il fut alors assez proche pour voir une fine pellicule de sueur maladive recouvrir la peau bien trop blanche pour être saine. Et ça le rebuta instantanément.

Il eut un petit rire nerveux en songeant à ce qu'il allait faire puis il chatouilla le « dragon » Malfoy, d'abord doucement, puis plus franchement quand il sentit le corps trembler légèrement. Il était sans doute proche de la solution.

Il s'éloigna promptement quand il sentit le corps se tendre. Puis Malfoy se redressa dans le lit de Snape d'un seul coup.

- Parfait ! J'ai payé ma dette, annonça sourdement Harry en sortant de la pièce, avant même que Draco ait pu comprendre ce qui se passait.

Dans la pièce principale, Narcissa et Lucius Malfoy étaient visiblement en train de se ronger les sangs, devant une McGonagall somme toute plutôt calme, qui leur expliquait qu'il fallait faire confiance à l'ingéniosité des Gryffondors. Quand les deux Malfoy le virent sortir de la chambre avec l'air satisfait, ils se précipitèrent au chevet de leur fils.

Quand ils furent seuls, la directrice prit la parole, l'air visiblement soulagé.

- Vous avez réussi apparemment. Tant mieux, je n'ai pas réussi à faire venir quelqu'un de Sainte Mangouste – encore moins quand j'ai prononcé le nom des Malfoy. Ils ont déjà assez à faire avec leurs cas complexes pour en rajouter. Je suis un peu déçue que leur sens du devoir n'ait pas pris le dessus sur leurs sentiments, même si je comprends leur point de vue.

- La majorité de leurs blessés viennent certainement de gens comme les Malfoy, commenta Harry. Alors je ne peux pas vraiment leur jeter la pierre.

- Et pourtant, vous avez fait ce qu'il faut pour leur venir en aide, déclara-t-elle avec une pointe de fierté dans le regard.

Cette fierté se mua en quelque chose de plus malicieux et elle reprit la parole.

- En même temps, je n'en attendais pas moins de vous, monsieur Potter. Après tout, qu'est-ce que sauver quelqu'un d'un coma magique quand vous êtes capable de reconstruire Poudlard ?

- J'ai eu beaucoup de chance, affirma Harry dans une grimace. Pour les deux.

- Probablement, admit la directrice.

Elle jeta un regard en direction de la chambre du maître des Potions, puis secoua la tête, soudain plus sobre.

- Comme vous me l'avez expliqué, je sais que vous souhaitez sauver les Malfoy en raison de l'aide qu'ils vous ont apporté pendant la bataille finale...

- Je ne rembourse ma dette qu'à madame Malfoy, l'interrompit Harry, soucieux de préciser ce détail.

- Certes, mais le résultat est le même : vous aidez tous les Malfoy. Ce que je voulais vous dire, c'st que compte tenu de la réaction de Sainte Mangouste, je ne suis pas certaine que vous pourrez les sauver réellement.

- Comment ça ?

- Ils n'ont pas été arrêtés pour le moment, mais les interpellations suivent leur cours. Et la population va bientôt se réveiller, réclamer justice. Les Malfoy ne peuvent y échapper. Et d'ailleurs, ils ne peuvent pas rester cachés ici éternellement. Le jour viendra, très rapidement, où ils devront répondre de leurs actes devant une cour. Et là...

Elle ne poursuivit pas, mais Harry comprit parfaitement que les Détraqueurs étaient leur destin le plus probable. Elle porta de nouveau le regard sur lui, attentive.

- Monsieur Potter, j'ai choisi de vous suivre. D'écouter votre demande à la fin de la bataille et de pemettre au professeur Snape et à la famille Malfoy de rester à Poudlard. Mais ce faisant, je me suis mis une partie du ministère à dos. Severus et les Malfoy sont tous identifiés comme des Mangemorts. Et pas des moindres. On n'a pas compris en haut lieu ma décision d'attendre avant de les « livrer » aux Aurors.

- Mais Snape était un espion pour nous ! Pourquoi le livrer ?

- Vous le savez mieux que quiconque, monsieur Potter : notre système est ainsi fait qu'il faut parfois prouver son innocence quand on est innocent. Alors que de grands coupables sont acquittés sur la base de la présomption d'innocence. Cependant, en cette période de guerre, je ne compterais pas sur un acquittement : les gens attendent des condamnations pour faire leur deuil.

Harry pencha la tête et fonça les sourcils. Il était conscient de la justesse de ces propos, mais il craignait que la paix ne soit ternie par une parodie de justice, hâtive et vengeresse.

- La guerre et la justice ne font que rarement bon ménage, conclut la sorcière en voyant le visage d'Harry s'assombrir.

- Que pouvons-nous faire ?

- Ce que je vais faire, moi, répondit-elle, c'est rentrer dans le rang pour éviter un incident entre Poudlard et le ministère. J'avais réussi à négocier un statu quo en attendant le réveil du jeune Malfoy, mais à la condition de prévenir les Aurors immédiatement. C'est donc ce que je vais faire et je pense qu'ils viendront dès demain procéder aux arrestations.

La directrice fut alors coupée par une voix glacée et claquante qui fit sursauter Harry.

- Alors c'est ça ? Vous faites croire à une famille qu'elle va être enfin réunie et c'est pour mieux les séparer ? Vous réveillez un jeune sorcier qui a eu plus que sa part de chocs et de souffrance en une année, histoire qu'il assiste à toute la mascarade de procès qui va lui être faite ? Vive votre héroïsme et vos bonnes pensées à la Gryffondor !

- Severus, je vous en prie ! protesta la directrice.

- Ne me sortez pas de discours moral à la Dumbledore, j'ai assez donné ! Je suppose que dés que je serai rétabli, j'irai également directement devant le tribunal ? Et que croyez-vous qu'ils feront ? Nous avons toujours cette cicatrice, sur le bras ! A quoi bon me ramener d'entre les morts si c'était pour me faire subir le baiser d'un Détraqueur ?

- Ils ne peuvent pas, coupa alors Harry courageusement. J'ai dit à tout le monde que vous étiez un espion de notre côté !

Harry se serait donné une gifle lorsque l'attention de Snape se focalisa entièrement sur lui. Il avait voulu venir en aide à la directrice, mais il devait admettre que la colère du potionniste était terriblement intimidante. Et pourtant, il avait fait face à Voldemort !

- Monsieur Potter... siffla-t-il d'un ton mauvais. Nous sommes encore devant l'une de vos bonnes œuvres ? Vous auriez dû laisser le jeune Malfoy dormir, le temps que ça se passe.

- C'est madame Malfoy qui m'a demandé de sauver son fils ! Il était en train de perdre sa magie ! Elle m'a demandé de réunir sa famille en échange de m'avoir sauvé et c'est ce que j'ai fait ! Vous auriez fait quoi à ma place ?

- Je ne suis pas à votre place, mais si j'étais vous, j'éviterais de me vanter de les avoir réunis ! Vous êtes loin du compte ! Le ministère sera plus que ravi de faire un exemple des Malfoy en les condamnant à la peine la plus sévère. Quoi que... En fait, vous aurez réussi. Félicitations, monsieur Potter ! Vous allez tous les réunir dans la mort.

- Assez ! Taisez-vous !

- Je suis encore chez moi, à ce que je sache ! Et je décide de ce que je fais dans cet appartement !

Il s'avança un peu, avec une difficulté visible, et s'affala dans l'un des fauteuils de cuir noir.

- J'étais venu pour m'installer au calme, haleta-t-il, alors je vous prierais de baisser d'un ton avec moi. Ce n'est pas parce que tout le monde vous prend pour un héros que je vais vous faire des courbettes. C'est vous qui m'avez interdit un repos profond alors laissez-moi au moins un repos léger : fichez le camp et assumez votre responsabilité !

Furibond, Harry sortit des appartements du professeur à grands pas. Cependant, une fois dans le couloir, l'idée que les Malfoy allaient probablement recevoir le baiser du Détraqueur le fit frémir. Pas que ça le gène tant que ça pour tous les autres Mangemorts, mais les Malfoy, à l'instar de Snape, avaient contribué à sa survie. Et à sa victoire…

Madame Malfoy et Snape avaient tous les deux sauvé sa vie, à leur manière. Il était maintenant à son tour de faire quelque chose pour eux - une dernière chose - avant de tourner définitivement la page.

- Harry, le héla doucement la directrice qui l'avait suivi. Ne prend pas les mots de Severus au pied de la lettre, conseilla-t-elle en repassant au tutoiement. Il est toujours dur quand il a des moments de faiblesse : même Lucius, qui vous a entendus, le sermonne à l'instant. Il est soulagé de ton aide et je crois qu'il est conscient de ce que tu fais pour eux.

- Le professeur Snape n'a cependant pas entièrement tort, chuchota Harry pensivement, plus pour lui-même que pour répondre à la directrice. Si tout se passe comme il le dit, je n'aurais pas remboursé ma dette. Madame la directrice, reprit-il tout haut, pourriez-vous me rendre un nouveau service ? J'aurai besoin d'une cheminée et d'une adresse…

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Quand il ouvrit péniblement les yeux, Draco crut voir Harry se précipiter hors de sa chambre. Il avait dû faire un étrange rêve. Il se sentait comme vidé de son énergie, et oppressé.

Il tenta de se lever du lit dans un brusque effort, mais en fut incapable : un fort mal de tête le prit d'un seul coup. Il respira doucement et profondément pour se calmer.

Malgré les jeux et les apparences, il avait une forte résistance à la douleur, qui était depuis toujours pour lui une compagne. Ne croyez pas qu'il la provoquait lui-même : il aimait trop son confort, et il s'aimait trop pour cela. Aucun médicomage n'avait jamais rien remarqué d'anormal, mais lui, il le sentait : des « choses » bougeaient dans son corps et le blessaient.

Cependant, la douleur qu'il éprouvait à l'instant n'était pas cette douleur plus ou moins diffuse et familière. Non, cette fois, il avait l'impression que son corps entier ne lui répondait plus, que tous ses muscles avaient été broyés un à un et qu'il ne pourrait plus jamais les utiliser. Une sueur froide persistante le faisait grelotter et son cœur cognait tellement vite dans sa poitrine, qu'il ne parvenait plus à distinguer son battement.

Il entendit les gonds d'une porte grincer et da la lumière inonda la pièce. Il reconnut avec stupeur la chambre de son parrain et ne comprit pas ce qu'il faisait là, dans la chambre d'un mort…

Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, car son père s'était précipité sur lui et le serrait dans ses bras. La douleur lui arracha quelques gémissements.

- Merci Merlin, mon fils, tu es réveillé ! Tu m'as fait peur ! Qu'est-ce qui t'a pris ? Comment ça va ? Tu te sens mieux ? Tu es réveillé, c'est que tu vas mieux, non ?

- Chéri, tu vois, je t'avais bien dit que ça ne servait à rien de paniquer, murmura Narcissa, qui avait suivi son mari.

Mais elle aussi arborait un sourire soulagé que Draco ne lui connaissait pas.

- Un Malfoy ne panique pas, s'exclama Lucius, indigné en devançant son fils.

Draco approuva son père de la tête.

- Mais oui, mes chéris. Maintenant Lucius, lâche ton fils et laisse-le respirer, ajouta-t-elle tout doucement.

Lucius reposa Draco sur le lit et le regarda un instant se rallonger avec précaution.

- Que… s'est-il passé ? demanda le jeune homme, s'arrêtant une seconde pour grimacer de douleur. Ses parents se jetèrent un coup d'œil nerveux.

- On ne sait pas. Quand nous sommes redescendus avec la directrice, juste après la bataille, la Grande Salle était saturée de magie. Et tous les étudiants avaient le regard haineusement fixé sur une forme sur le sol… Tu te doutes que c'était toi…

Lucius arborait lui aussi un regard haineux et serrait les poings.

- Tu étais inconscient, reprit sa mère. On a eu peur qu'ils t'aient fait du mal, mais ils nient tous farouchement t'avoir touché. Même à la directrice. Alors, on ne sait pas ce qui s'est vraiment passé… Tu te souviens de quelque chose ? lui demanda-t-elle, toujours aussi doucement pour ne pas le brusquer.

- LA directrice ? C'est… McGonagall ? devina-t-il.

- Oui. Les anciens directeurs des tableaux l'ont élue unanimement nouveau directeur de Poudlard, quand on était dans son bureau. Alors…

- Après un vieux fou, une vieille chouette… reprit son père. Alors qu'on avait ce cher Severus, avant.

Draco ne dit rien, ferma les yeux et grimaça. C'était à la fois une grimace à l'idée que son parrain était sans doute mort, et une grimace provoquée par un nouvel assaut de la douleur. Il se souvenait plutôt bien de ce qu'il s'était passé dans la Grande Salle. Mais il n'allait pas avouer qu'il s'était évanoui d'émotion.

Il ne savait pas si c'était la bonne expression pour décrire ce qu'il avait ressenti, mais le résultat était le même. Il n'avait pas su faire face à toutes les émotions provoquées par l'appel sauvage, spontané, pur, de tous les sorciers réunis dans la grande salle. Leur unité spontané avait eu quelque chose de magique et d'effrayant.

En tous les cas, il ne comprenait pas pourquoi il était dans cet état maladif maintenant. Ses parents non plus, ça se voyait à leur regard inquiet. Il ferma les yeux de lassitude. Il n'aspirait qu'à la paix, pour lui et sa famille.

La douleur refluait tout doucement. Tout son corps se détendit et il put respirer à nouveau normalement.

- Qu'est-ce qui va nous arriver ?

- Pour l'instant, on va rester ici. Le ministère a probablement déjà perquisitionné notre manoir et constaté notre implication auprès du Lord. Sans compter que n'avons jamais caché nos préférences, alors... Nous serons arrêtés dès que nous mettrons un pied hors de Poudlard et je ne pourrai plus invoquer l'Imperium. McGonagall nous a hébergés le temps que tu te rétablisses, à condition qu'on se tienne à carreaux. Alors pour rester au château aussi longtemps que possible, nous allons rester sages.

Lucius fit la grimace en prononçant le dernier mot.

- Elle a été plutôt généreuse avec nous, compte tenu des circonstances, ajouta sa femme. Même si ça vient avant tout d'une demande de faveur de la part de Potter.

Draco eut un demi-sourire sans joie. Potter, encore et toujours ce satané Potter…

- Draco, mon chéri, il y a autre chose que je voudrais te dire…

Narcissa échangea un coup d'œil avec son mari, ce que Draco surprit, légèrement inquiet. Lucius arbora une mine contrariés, l'espace d'un instant, avant de sortir. Puis sa mère, poussant un léger soupir, s'assit sur le bord du lit et prit les mains si froides de son fils dans les siennes.

- Mon poussin…

- Mère ! s'indigna Draco devant ce surnom affectueux mais affreusement gênant pour lui. Narcissa eut un micro sourire.

- Très bien, je reprends. Draco. Ton père et moi t'aimons plus que tout, tu le sais…

Draco ne répondit rien, anxieux en attendant la suite. Après tout, il était plutôt exceptionnel que ses parents expriment leurs sentiments aussi franchement : il n'allait certainement pas aimer la suite.

- En vérité, il a fallu le retour du Lord Noir, ce fou mégalomane, pour que nous – surtout ton père – reprenions conscience que notre famille était ce que nous avions de plus cher… Nous l'avions presque oublié...

Draco eut envie de renifler de dédain, mais il se retint.

- Au début, Lucius croyait que rester fidèle au Lord, participer à son retour au pouvoir, lui assurerait ses bonnes grâces. Il voulait installer durablement notre famille à l'abri. Il n'avait pas spécialement peur de Lui, mais il voulait nous protéger à tout prix… Au fil du temps, tu le sais, l'importance de la famille s'est quelque peu estompée : les idées de ton père ont été contaminées, souillées par Lui.

Draco songea que son père n'avait pas forcément cherché à sortir de cette situation. Lucius assumait plutôt bien son côté sadique, et malgré les demi-vérités de ses parents, Draco en était bien conscient.

- Mais quand toi et moi sommes tombés en disgrâce, et que le Lord t'a confié des missions quasiment impossibles… ton père a commencé à se poser des questions et à craindre pour nos vies.

- Que cherchez-vous à me dire, mère ?

- Que ton père et moi avons toujours considéré la famille comme notre bien le plus précieux, même si nous l'avons oublié pendant un temps à cause de… Lui. Et Lucius et moi, eh bien… nous tenions à te le dire.

S'il était surpris, Draco n'en laissa rien paraître, et sans trahir aucune émotion, il répondit.

- Mais mère, je ne vois toujours pas où vous voulez en venir…

Narcissa retint un soupir : elle était incapable de savoir dans quel état d'esprit était son fils. Depuis quelques années, elle n'était plus capable de lire à travers le masque qu'il s'était forgé, et que son mari lui avait perfectionné.

Elle pensa qu'ils avaient trop bien éduqué leur enfant… ou mal éduqué peut-être ; il ne savait plus être spontané. Ni avec ses camarades, ni avec ses propres parents. Un peu perdue, elle se résolut à dire exactement tout le fond de sa pensée.

- A vrai dire, je voulais t'annoncer en douceur que tous tes camarades de Serpentard, ceux avec qui tu as passé ta scolarité, ont été arrêtés. Mais que nous, nous étions là pour toi. Et que… Hé bien si le ministère leur promet un jugement équitable, nous ne doutons pas un instant que la sentence pour la majorité de tes anciens amis sera le baiser du Détraqueur…

Draco restait silencieux, en attendant la suite.

- De plus… Le ministère te réclame, finit par avouer Narcissa. Pour l'instant, la directrice a dit que tu n'étais pas en état d'être transporté, pour empêcher les Aurors de t'emmener comme prévu. Mais j'imagine que ça ne va pas durer. Il faut que tu restes au maximum discret… Peut-être que nous aurons ainsi un peu de répit, que nous pourrons passer du temps en famille ? Au moins un peu, avant... la suite...

Cette fois, Draco s'autorisa un petit reniflement. Comme si le ministère allait les oublier ! Un Malfoy, ça ne s'oubliait pas comme ça. Ca ne seyait pas à leur rang !

- En tous les cas, nous devons pour l'instant notre survie à cet Harry Potter. Du coup, pour tenter de faire un peu oublier de quel côté tu étais pendant la guerre, je te demande de le traiter respectueusement ces prochaines semaines.

Draco sursauta à la demande de sa mère, trop surpris pour le cacher. Cependant, il se reprit assez rapidement.

- Si nous t'en parlons, c'est parce que ton père refuse de nous perdre tous les deux par son unique faute. Nous avons peu d'espoir pour lui, mais Harry Potter est le vainqueur de la guerre, alors il pourra peut-être faire quelque chose pour toi, si ce n'est pour lui... Le ministère...

Elle déglutit, incapable de continuer l'espace d'une seconde.

- Le ministère va certainement demander le baiser du Détraqueur...

Narcissa s'interrompit totalement, la gorge trop nouée pour poursuivre.

S'il y avait bien une chose qui pouvait briser son apparence froide, c'était l'amour inconditionnel qu'elle portait à son mari. Et l'idée de le perdre lui était insupportable. Elle essayait de ne pas l'envisager, mais c'était difficile.

- Il faut que nous survivions, même si les prochaines années vont être difficiles. Nous devons retrouver notre place dans la société… Et, ton père n'a jamais su comment le dire, mais il ne veut vraiment pas perdre son unique héritier.

Draco ferma les yeux. S'il avait failli se laisser attendrir, il était maintenant complètement refroidi. Faire ami-ami avec ce crétin de Potter pour faire plaisir à son père, alors qu'il avait toujours fait le contraire pour les mêmes raisons, et sous ses encouragements…

Perdre son héritier… C'était la vraie raison derrière la crainte de son père : s'il venait à disparaître, la famille n'aurait plus de descendants.

Narcissa attendit quelques minutes une réponse, une réaction, mais son fils refusait de la regarder à nouveau. Il était blessé qu'elle ait tenté de l'amadouer en jouant sur ses sentiments. Elle lui avait rappelé qu'il serait bientôt seul, ses amis moins que des coquilles vides, en lui faisant croire que son père et elle seraient inconditionnellement là pour lui.

Alors qu'elle voulait surtout obtenir sa collaboration pour redorer le nom des Malfoy.

Est-ce qu'il n'avait pas déjà suffisamment souvent prouvé qu'il était prêt à tout pour les sauver ? Avait-elle besoin de ce chantage affectif, quand il aurait suffi de lui demander de se tenir à carreaux pour aider leur famille ?

Narcissa se leva, épousseta sa robe sans un mot et se dirigea vers la porte de la chambre. Au moment de la refermer derrière elle, elle se retourna vers son fils qui paraissait endormi et dit doucement :

- Draco, je t'en prie, fais un effort pour nous. Tu sais que nous ne voulons que ton bien.

Le jeune sorcier n'avait pas bougé un cil et Narcissa referma la porte derrière elle avec un dernier soupir, inaudible. Elle espérait qu'elle avait réussi à tout lui dire, et surtout à le persuader de bien jouer son rôle…

Elle l'aimait énormément et elle ne voulait pas le perdre, surtout maintenant que la menace du Lord ne planait plus sur leurs têtes. Il était le plus beau symbole de son amour pour Lucius.

Draco ouvrit les yeux dès qu'il entendit la porte se refermer et son regard se dirigea immédiatement vers le faux plafond que sa mère avait laissé fonctionner en partant… Décidément, son parrain ne se refusait rien !

Ses pensées dérivèrent et Draco repensa à l'annonce incongrue de sa mère. Pourquoi ses parents lui demandaient-ils toujours l'impossible ? Ca faisait des années qu'ils étaient fiers de ne pas lécher les fesses de ce Potter de malheur. Ca lui allait à lui.

Ils lui avaient même toujours plus ou moins demandé de le remettre à sa place, parce que les Malfoy lui étaient supérieurs et qu'il fallait le faire comprendre à tout le monde… Alors quelle était cette nouvelle lubie ?

Bien sûr que le blason des Malfoy n'allait pas tarder à être malmené pour leur appartenance au côté sombre ! Mais n'étaient-ils pas assez biens pour le redorer eux-mêmes ? Bien sûr que si ! Ils étaient des Malfoy après tout ! Une des plus anciennes et puissantes familles de l'Angleterre… Ou presque.

« Peut-être plus pour très longtemps » lui souffla une petite voix dans sa tête, qu'il ignora superbement.


Edité le 04-02-2016