Chapitre 1 : Après la victoire

Partie 5 : Demandes officielles

Jeudi 28 mai, fin d'après midi

Harry trébucha à la sortie de la cheminée mais fut rattrapé à la dernière seconde par une main secourable. Il grogna de mécontentement. Pourquoi était-il si habile sur un balai et si maladroit sur ses deux pieds ?

- Harry ! Que s'est-il passé ? Qu'est-ce que les Malfoy t'ont demandé ? Où étais-tu ? Pourquoi McGonagall m'a-t-elle demandé de t'attendre ici, dans son bureau ?

Harry leva les yeux et fronça les sourcils, surpris d'abord par la présence d'Hermione puis par le flot de questions qui sortaient de ses lèvres. Il se renfrogna en pensant à d'où il venait : il se sentait encore plus en colère maintenant que tout à l'heure, quand il était sorti des appartements de Snape.

- Une question à la fois, s'il te plaît. Alors : j'ai réveillé Malfoy, Snape est arrivé ensuite pour m'engueuler, puis je suis allé au ministère, et là c'est moi qui voudrait bien pouvoir les engueuler, mais je me suis retenu.

- Comment tu as fait ?

- J'ai accepté de prendre un « rendez-vous officiel » pour dans deux jours.

- Non, je ne parle pas de ça, je parle du réveil de Malfoy.

- Oh ! Ça ! Harry rougit un instant de sa bêtise avant de se reprendre. Où est Ron ?

- Ne change pas de sujet : qu'est-ce qu'il s'est passé ? Des rumeurs invraisemblables courent déjà chez les étudiants qui ont vu la directrice se précipiter vers toi.

- Quoi ? Quelles rumeurs ? Et arrête de faire ces yeux là : je n'esquive rien, je veux seulement savoir où est Ron. Quitte à tout expliquer, j'aime autant qu'on soit réunis pour le faire d'un seul coup.

- Ah ! Excuse-moi : il est en train de discuter avec McGonagall. Pour faire stopper les rumeurs, elle a annoncé que, puisque le château était réparé, la session d'examens aurait lieu début août… Maintenant, tout le monde s'inquiète pour ça au lieu de s'inquiéter pour toi. Comme Ron a lancé des grossièretés sur le coup et que la directrice l'a entendu, elle a décidé de lui faire une petite leçon de morale. Elle m'a envoyée ici pour attendre ton retour, mais elle ne m'a pas dit où tu étais allé.

- Tu sais Hermione, tu aurais pu t'arrêter à « il est avec McGonagall », j'aurai compris.

- Désolée, dit Hermione un peu contrite.

- T'inquiète, c'était pour t'embêter. Au moins je suis au courant pour les examens.

- Oui. Ça a été diablement efficace comme annonce.

- C'est amusant, ça ne ressemble pas tellement à McGonagall, ce genre d'attitude. Ca me ferait plutôt penser à Dumbledore, dans sa grande époque, dit-il en jetant un œil vers le tableau, vide une fois de plus.

Hermione sourit et observa Harry avec tendresse : dans ses mots, dans son regard, elle pouvait voir que l'ancien directeur avait toujours une place de choix dans le cœur du jeune sorcier. Elle le regarda se diriger vers la sortie une seconde avant de le suivre. Il était prompt à pardonner.

Ceci dit, elle était certaine que cette attitude incitait les gens à abuser de lui. Elle se demandait parfois si elle ne devait pas le surveiller, pour jouer au mieux son rôle d'amie.

- Alors ! Où est-ce qu'on va ? Tu me guides ? demanda Harry en souriant.

Hermione l'emmena jusqu'au couloir des Gryffondors. Harry regardait partout autour de lui, fasciné par l'éclat de neuf du château. Il n'avait pas fait attention tout à l'heure, mais le changement était fascinant : les pierres des murs étaient si claires. Elles étaient noircies par l'âge, dans ses souvenirs.

Les armures préféraient déambuler fièrement pour se montrer plutôt que de rester à leur place de gardiennes. Les tableaux les saluaient gaiement à leur passage. Harry répondait de la main à tous : il se sentit accueilli comme s'il venait tout juste de rentrer chez lui. Quand ils arrivèrent dans la pièce commune, la directrice était déjà partie et Ron boudait dans un fauteuil, en semblant les attendre.

- Comme un enfant ! s'écria-t-il en les voyant arriver. Elle m'a sermonné comme si j'étais encore un môme de onze ans !

- La prochaine fois, tu te tairas ! lui lança Hermione. Qu'est-ce que tu feras si tu te retrouves plus tard devant ton patron et qu'il te met en colère, dis-moi ? Hé bien tu tiendras ta langue !

- Mais je la tiens bien ma langue, regarde !

Et Ron lui tira la langue avec dépit.

- Gamin ! s'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel.

Puis, les poings sur les hanches, elle se tourna vers Harry.

- Bon, raconte-nous ce qui se passe et ce que tu faisais, demanda-t-elle d'un ton autoritaire.

Les trois amis rapprochèrent des fauteuils du feu de cheminée, pour être à l'aise et éloignés le plus possible des oreilles indiscrètes. Si les rumeurs sur Harry étaient en pause, il valait mieux ne pas en rajouter.

- J'ai réussi à réveiller Malfoy, exposa-t-il. Apparemment, il a fait une sorte de crise de magie. Il était en train de devenir un Cracmol à grande vitesse et madame Pomfresh ne pouvait rien faire. D'après elle, c'est comme s'il empêchait la magie des autres de l'atteindre. Elle pouvait lancer des sorts de diagnostic globaux, mais rien d'autre.

- Comment as-tu fait alors ? demanda Ron. Tu n'avais pas de potion, pas de magie… Ne me dis pas que tu l'as embrassé ! s'exclama-t-il avec une grimace outrée.

- Non ! Je n'aurai jamais pu embrasser une fouine !

- Alors, quoi ? pressa Ron en se penchant vers, avec une voix de plus en plus forte et aigüe.

- Je l'ai chatouillé, marmonna un Harry très gêné, les yeux baissés.

- Chatouillé ? répéta Ron en retombant dans le fond de son fauteuil.

- Oui.

- Chatouillé… murmura à son tour Hermione, un peu perdue dans ses pensées. C'est une solution peu ordinaire, vous ne trouvez pas ? reprit-elle ensuite avec une sorte de rire dans la voix qui attira leur attention.

- Chatouillé ? redemanda Ron en se tournant vers Harry.

- Chatouillé, confirma Harry en hochant de la tête.

Et Ron eut une réaction étrange. Un tressautement d'épaules d'abord doux, puis de plus en plus prononcé à mesure qu'il devenait rouge. Quand il éclata de rire, il glissa de son fauteuil et atterrit sur les genoux, entraînant ses deux camarades dans son hilarité.

Bien plus tard, quand ils furent tous calmés, Harry leur expliqua son entrevue avec Snape, suscitant les habituels commentaires haineux de Ron, puis sa décision d'aller au ministère plaider la cause de Snape et des Malfoy, ce qui cette fois suscita l'incrédulité de ses deux amis.

- Comprenez-moi : vous m'avez conseillé de tourner la page, d'avancer, et j'ai besoin de mettre un terme à tous mes engagements de pseudo-héros pour pouvoir devenir un étudiant ordinaire. Même si j'ai vraiment des doutes quant à ma réussite, au vu de l'accueil peu amène du ministère tout à l'heure…

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Hermione, attentive soudain.

- Hé bien, je crois qu'ils n'ont pas apprécié mon désir de parler des Mangemorts avec le nouveau ministre. Pourtant, j'ai cru que Kingsley serait ravi de me voir. En fin de compte, je ne sais même pas s'il a été mis au courant de ma visite.

Harry grogna en donnant un coup de poing sur le bras rembourré de son fauteuil.

- Et tous ces fonctionnaires méprisants du ministère… « Vous avez fait votre travail, monsieur Potter, alors maintenant laissez-nous entre adultes pour faire le nôtre ! » mima Harry hargneusement. Je m'en fiche, je leur ai quand même arraché un rendez-vous en tête-à-tête avec Kingsley pour samedi. C'est juste que je vais perdre deux jours…

- Tu sais Harry, je peux comprendre ça dans un sens. Ce ne sont pas les guerriers qui doivent dicter aux pays leurs lois et leur justice. Cela doit rester indépendant. En plus, tu n'as pas encore la connaissance et la carrure nécessaires pour évoluer dans le milieu de la politique…

- Tu crois qu'ils vont venir à Poudlard pour prendre Snape et les Malfoy ? la coupa Ron.

- Non, je ne crois pas. Ils ont des grandes difficultés avec certains prisonniers Mangemorts. Ils font du grabuge en ce moment, j'ai entendus des Aurors en discuter. Et plus tard, deux fonctionnaires qui n'étaient pas loin de moi ont parlé de deux évasions, même s'il s'agissait apparemment de prisonniers à l'importance mineure. Et il y a même des pertes à déplorer chez les prisonniers, à ce qu'il paraît.

- C'est affreux ! s'exclama Hermione, sincèrement horrifiée.

- Avec autant de Mangemorts rassemblés au même endroit, ça n'est pas étonnant ! grogna Ron.

- En tout cas, reprit Harry, ils attendent des renforts pour lundi prochain. Je ne pense pas qu'ils vont prendre le risque d'appréhender les Malfoy ici, si c'est pour les envoyer à Azkaban et qu'ils s'échappent…

- Ils ont bien raison ! approuva Ron. Dès qu'on mettra les Malfoy en prison, il faudra s'assurer qu'ils n'en sortent plus jamais.

Hermione n'eut pas l'air d'approuver son petit ami, mais elle ne commenta pas. Harry haussa les sourcils et reprit son récit.

- A force d'avoir tanné l'un des fonctionnaires à l'entrée – vous savez, là où on dépose nos baguettes – je l'ai mis en colère. Il m'a plus ou moins avoué que le ministère préférait savoir où étaient les Malfoy, même s'ils sont encore hors d'une prison, plutôt que de prendre le risque de les faire fuir et de les perdre. C'est « comme s'ils étaient en prison », pour eux, puisqu'ils ne peuvent pas sortir d'ici sans être lynchés.

- Alors que comptes-tu faire ?

- Je vais tenter de plaider leur cause pour leur éviter le baiser. Après, je pense que ce ne sera plus mon problème…

Ils restèrent un instant silencieux, en profitant de la chaleur du feu. Cette longue journée, riche en événements, se terminait. Et s'il ne faisait pas encore noir, la température avait bien baissé…

- Tu sais, fit remarquer Ron au bout d'un moment, je te soutiens parce que tu es mon ami, mais ça ne veut pas dire que j'accepte aussi facilement les efforts que tu déploies pour sauver les fouines. Après tout, je suis sûr que cette pauvre petite famille riche a bien d'autres moyens de sauver sa peau.

- Ecoute, je veux seulement être quitte. Narcissa Malfoy m'a demandé cette faveur exceptionnelle en échange de son aide pendant la victoire, et j'ai accepté. Je ne voudrais pas me retrouver à la merci de quelqu'un à cause d'une dette de vie.

- Etre quitte ? Alors que tu as affaire avec des gens sans aucun scrupule ? Ils t'utilisent ! Ils savent que cette fois, leur or ne suffira pas et ils te font faire des choses impossibles ! On ne sait même pas s'ils tiennent vraiment les uns aux autres : ce sont de sales Serpentards individualistes et sournois !

- Ron, tu m'agaces, affirma Harry en se levant du fauteuil.

Il se sentait déjà suffisamment mal à l'aise de défendre Lucius Malfoy, il n'avait pas besoin qu'on en rajoute. Les mots de Ron sonnaient bien trop juste et le blessaient.

- Tu as l'air d'oublier la torture d'Hermione, dans leur château, les milliers de coups bas qu'ils nous ont fait à tous. Et surtout, ajouta Ron en détournant le regard, tu oublies que nous avons failli perdre Ginny à cause de Malfoy. Et ça, toi plus que quiconque devrait t'en souvenir, finit-il sombrement, les yeux fixés sur le feu de cheminée.

Harry ne sut pas quoi répondre, il avait l'impression d'avoir reçu un coup au cœur. Comment Ron osait-il insinuer qu'il faisait passer les Malfoy avant les autres ? Avant eux ? Avant sa… petite amie ? Et cette manière d'éviter à tout prix de regarder dans sa direction le faisait se sentir un moins que rien. Les Dursley pouvaient faire ça, mais ses amis devaient lui parler dans les yeux.

Il vit sans vraiment la voir Hermione qui prenait son petit-ami dans ses bras, en ajoutant à son intention :

- Tu sais, je crois qu'il n'a pas tout à fait tort à ce niveau-là… Tu devrais peut-être… juste aller faire un tour, qu'en dis-tu ?

Sans un mot ni un regard en arrière, Harry sortit de la pièce. En claquant bien la porte, pour montrer son mécontentement.

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Jeudi 28 mai, début de soirée

Draco entrouvrit la porte de la chambre de son parrain. Il n'y avait plus personne dans le salon. Il pouvait bien s'éclipser quelques heures sans qu'on le remarque, non ? Il avait laissé un petit mot sur le lit. Il le faisait toujours. Pas que ses parents s'en rendent compte, d'habitude, mais il continuait à le faire quand même.

Il avait bien l'intention de se rendre dans la salle de bain des préfets : il sentait vraiment trop mauvais, malgré quelques sorts de propreté lancés la veille, et il voulait être seul pour réfléchir. Qu'allait-il faire de sa vie dans les jours, les mois à venir ? Déjà, il se demandait s'il allait vivre. Le laisserait-on sauf ou subirait-il le baiser ? Il frissonna et sortit dans le couloir. Il ne fallait jamais se poser ce genre de question…

En traversant les couloirs, il se demanda comment les sorciers avaient fait pour réparer aussi rapidement Poudlard, et surtout, il se demanda pourquoi les elfes de maisons ne l'avaient jamais aussi bien nettoyé auparavant. Il n'avait jamais vu le château si beau, si net. Il était réellement impressionné, même si rien ne transparaissait sur son visage.

Alors qu'il arrivait à proximité de la salle de bain et qu'il avait tout fait pour rester discret et ne croiser personne, il se retrouva pile devant son cauchemar : Harry Potter. Il s'arrêta tout net, incapable de bouger alors que le sorcier brun le fixait avec surprise. Il sentit des picotements de chaleur parcourir sa peau. Son coma l'avait sans doute rendu plus malade qu'il ne l'imaginait…

Il retint son souffle quand Potter fit un pas dans sa direction, incapable de lui hurler de se dégager de son chemin, et il resta là, les bras ballants. Il observa l'une des mains de Potter se lever et se tendre vers lui. La sensation de chaleur fiévreuse le reprit, mais elle fut presque immédiatement remplacée par ses frissons de froid habituels, quand Potter ouvrit la bouche.

- Tu devrais prendre une douche Malfoy. T'as pas l'air net, dit-il dédaigneusement en pointant du doigt ses cheveux, d'un blond plus aussi lumineux que d'habitude.

Puis, Harry fronça le nez et continua son chemin sans que Draco puisse répondre quoi que ce soit. Heureusement, car il aurait certainement lancé une de ses remarques acerbes. Et sa mère lui avait justement donné des recommandations pour faire ami-ami avec Potter.

Il entra dans la salle de bain comme un automate et fit couler quelques uns des robinets, pour remplir la large baignoire. Pourquoi avait-il cette sensation d'être misérable ? Ce n'était quand même pas la remarque de Potter, qui le mettait si mal à l'aise ?

Quand il fut nu, il s'observa attentivement dans un miroir, des pieds à la tête. Non, il n'avait aucune raison de se sentir misérable. La plupart des marques qu'il avait reçues à l'époque où les mangemorts occupaient le manoir avait disparu. Sa peau blanche n'était plus aussi disgracieuse. Seule la plus ignoble marque, celle du Seigneur Noir, était encore là, comme une cicatrice indélébile. Il le regrettait, mais avait fini par en prendre son parti. Ce n'était pas comme s'il avait vraiment le choix.

Il se coula enfin dans l'eau chaude avec délectation.

Depuis combien de temps n'avait-il plus pris de bain ? Il n'aurait su le dire. Quand Voldemort s'était installé chez eux et que Greyback s'était mis à traîner régulièrement dans les parages, il avait évité de se faire trop beau ou de sentir trop bon. Il avait toujours eu peur de réveiller la bête en l'homme, après toutes les histoires qu'il avait entendues sur lui.

Bien des heures plus tard, ce fut un Draco propre comme un sou neuf qui poussa la porte des appartements de Snape. Il passa une tête pour vérifier s'il était bien seul et finit par entrer entièrement pour refermer derrière lui.

- Je croyais que tu avais écrit « de retour à 18 heures 30 », et il est 19 heures… le gronda une voix familière.

Draco tourna la tête si vite qu'il se fit mal au cou.

- Parrain ? C'est toi ? Je ne rêve pas ? débita le jeune blond à une vitesse folle, les yeux écarquillés. Je croyais… Je croyais qu'ils t'avaient tué !

Le sombre professeur reçut contre lui le jeune homme qui s'était précipité, au bord des larmes, et étouffa efficacement un cri de douleur. Pour autant, Draco lui demanda immédiatement ce qui lui arrivait et il dut expliquer que tous les sortilèges de magie noire n'étaient pas partis, loin de là.

- Et ce dragon d'infirmière t'a laissé sortir ?

- Pas exactement… Je l'ai, comment dire, convaincue.

- Ca me fait tellement plaisir de te voir !

- Et je suis heureux de te voir également. Tu m'as manqué. J'avais cru ne jamais te revoir quand je t'ai rendu à tes parents, encore moins quand j'ai été découvert. Ceci dit, ça n'excuse pas ton retard. J'ai failli partir à ta recherche.

- J'ai cru que personne ne ferait attention. Je ne savais pas que tu étais là, sinon je serai venu te voir.

- Je n'étais pas exactement là. Ton père m'a emmené avec lui, dans les appartements qu'il occupe en ce moment à Poudlard, pour éclaircir quelques points à propos de ce fichu Potter. Tout ça parce que je l'ai un peu bousculé, hier. Si je n'ai même pas le droit de le critiquer après tout ce que j'ai fait pour lui, où va le monde !

- Je suis content que tu m'aies attendu ici. Je suis heureux que tu sois là, tout simplement.

Le professeur serra le jeune homme un peu plus fort contre lui. Parfois, quand il entendait ce genre de phrase, Severus Snape regrettait que Draco n'ai pas eu une famille telle qu'il la désirait : proche, réellement aimante et pas seulement intéressée par l'héritage qu'elle voyait en lui. Une famille telle qu'il aurait dû largement l'avoir.

Il trouvait dommage d'être la dernière figure devant laquelle il acceptait de laisser apparaître ses émotions. Parfois, lorsque des camarades – ou Potter évidemment – le mettaient en colère, il perdait son contrôle. Mais c'était seulement la colère qui parvenait à avoir cet effet sur lui. La colère et son parrain.

Il savait à quel point la plus grande peur de Draco était d'être seul. Abandonné. Il culpabilisait même légèrement devant son propre désir d'en finir le plus rapidement possible, quand il se souvenait que ça laisserait à son filleul une grande solitude.

Il interrompit ses pensées quand une forte quinte de toux l'obligea à se plier en deux. Il fut conduit immédiatement sur le canapé par un sorcier blond très inquiet et qui embaumait fortement…

- Du chèvrefeuille ? Mais c'est abominable !

- Je sais, mais je ne sais pas pourquoi, j'ai été incapable d'appliquer une autre odeur, quelle qu'elle soit, sur mes cheveux. C'est ce qui explique mon retard. J'ai passé un temps fou à tenter tout un tas d'autres produits. Ca n'a pas marché…

Draco sentit bien que son parrain le regardait étrangement, mais même à lui – la personne dont il se sentait le plus proche – il était incapable d'expliquer d'où pouvait venir le problème… Il était quasiment sûr de savoir d'où ça venait, mais comment expliquer à son parrain les conclusions auxquelles il avait abouti ? Sa magie cherchait à faire plaisir à Potter, tout simplement…

Non, vraiment, c'était assez de déchéance pour aujourd'hui.

Il se renseigna sur les appartements occupés par ses parents et prit congé de son parrain, le laissant se reposer.

Plus tard, quand il ouvrit enfin la bonne porte, Draco eut une de ces visions qui lui faisaient regretter son manoir, tellement grand qu'il lui permettait généralement d'esquiver ses parents quand ils se retrouvaient à deux. Ils étaient actuellement au milieu de la pièce, à s'embrasser passionnément.

Peu habitué à surprendre ses parents dans un tel instant, il grimaça. Il savait qu'ils avaient forcément été proches physiquement l'un de l'autre pour le concevoir, mais, même si c'était puéril, il refusait de penser qu'ils avaient pu recommencer par la suite…

Il leur fit un vague signe de la main, ce qui ne les arrêta pas le moins du monde, et il changea de pièce pour ne plus avoir à les subir.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Samedi 30 mai, midi

- Alors, qu'est-ce que ça a donné ? demanda Ron dès qu'il aperçut Harry, revenu du ministère en ce samedi de grisaille.

- J'ai obtenu probablement plus grâce à Shacklebolt que ce que j'aurais pu espérer avec n'importe qui d'autre, répondit Harry en desserrant légèrement la cravate qu'il avait empruntée à Neville le matin même.

Qui aurait cru que le sorcier timide possédait plus de dix ensembles sorciers qui semblaient être taillés pour des sorciers d'affaires…

- Vas-y, explique nous, on t'écoute.

- D'abord, j'ai réussi à faire éviter aux Malfoy – à tous les trois – le baiser. Mais Malfoy père est frappé par l'interdiction d'utiliser sa magie en dehors de ses terres et la fouine passera en jugement. Pour être sûr que le père n'utilise pas de magie, le ministère a décidé que c'est madame Malfoy qui paierait à sa place en cas de manquement à cette règle.

Ron poussa un grognement qui n'était ni approbateur, ni critique.

- Je trouve que c'est plutôt pas mal. Et quelque part, ajouta Harry sans avoir l'air de trop y croire lui-même, sois heureux que je n'ai rien pu faire de plus pour Draco Malfoy que lui éviter les Détraqueurs…

Ron grimaça. Harry n'avait toujours pas digéré son coup d'éclat, deux jours plus tôt. Ceci dit, il n'avait pas l'intention de s'excuser. Il lui avait donné le fond de sa pensée. Et en tant qu'ami, c'était de son devoir.

- Par contre, en échange, les conseillers de Shacklebolt m'ont fait promettre de ne plus chercher à intervenir dans la politique du ministère sans son accord. Même si Kingsley a refusé de les laisser me faire promettre sur ma magie…

- J'espère que tu vas maintenant tourner la page et te consacrer à autre chose, lui répondit Ron calmement mais fermement. Tu voudrais être normal ? Alors tu n'as plus de raison de ne pas le faire…

Harry, quand sa colère était retombée, s'était mis à beaucoup culpabiliser sur son attitude.

En effet, il pouvait comprendre que Ron se soit fâché. Il faisait clairement passer les intérêts d'une famille de Mangemorts avant les intérêts de son entourage. Et il voulait changer ça. Il voulait montrer à Ron qu'il tenait à sa famille d'adoption, à sa petite sœur…

- Fonce ! finit par ajouter Ron, après quelques secondes de flottement incertain.

- Ne t'inquiète pas, je vois mon avenir en grand ! s'exclama Harry avant de sortir de la salle commune.

Harry arriva devant la Salle sur Demande avec un peu d'appréhension. Est-ce que le Feudeymon avait pu détruire entièrement cette salle particulière ? Ou est-ce que seule une de ses dimensions était détruite ? Ou est-ce que sa réparation avait était complète, faite en même temps que le château ? Il aimait cette salle tant elle lui avait rendu de services. Et même si elle avait également trop bien aidé Malfoy, il ne voulait pas la voir disparaître.

Il ne chercha pas tout de suite à l'ouvrir. Il réfléchit d'abord profondément à ce qu'il voulait. Quelque chose de grandiose, quelque chose de magique et d'inoubliable, quelque chose qui plaise à sa petite amie. Il fallait quelque chose qui dise « vois comment j'imagine notre avenir ». Puis il passa trois fois devant la porte avant de la pousser.

Il entra dans ce qui ressemblait à un gigantesque jardin. C'était un peu… grand. Et un peu chargé : autant de fleurs et de plantes tarabiscotées ne tiendraient jamais dans un jardin réel. Mais bon, c'est sans doute ce qu'il avait voulu. Quelque chose de magique. Et ça plairait surement à Ginny.

Oui, c'était sans doute une bonne chose à faire. Il l'inviterait ce soir, l'emmènerait ici et ferait une demande de mariage en bonne et due forme. Voilà qui devrait prouver à tous qu'il ne faisait pas passer des anciens Mangemorts avant sa petite amie. Elle serait si heureuse, et lui il aurait enfin une famille, comme il l'avait tant rêvée. Car la famille de Ron n'était pas encore la sienne, pas tout à fait, malgré les accueils régulièrement chaleureux de Molly.

Il marcha avec précaution dans les allées étroites, se sentant gauche et maladroit. Vraiment, il était moins doué avec ses deux pieds sur terre que quand il était dans les airs. Un jour, il allait devoir faire quelque chose contre ça… Il arriva bientôt devant une sorte kiosque à musique. Il ricana devant la chose. Non, ça ne pouvait pas être lui qui avait demandé ça… Mais il supposa que ce pourrait être le lieu de sa demande…

Il songea un instant à quel point sa vie allait changer. Il en était heureux. Il attendait avec patience le jour où il pourrait s'occuper de ses propres enfants. Et Ginny serait en toute logique leur mère. Oui, il ne serait plus jamais vu comme un monstre : il se ferait oublier, élèverait ses enfants avec tout l'amour qu'il n'avait pas reçu lui-même, et il deviendrait un sorcier normal…

C'est avec un certain plaisir qu'il voulut faire une répétition : il se mit à genoux avec une emphase qui le faisait jubiler d'avance. Il imaginait les yeux brillants de sa belle qui aurait sans doute immédiatement compris, et il lui tendrait… Il lui tendrait…

Harry tapota ses poches machinalement en songeant qu'il avait complètement oublié l'histoire de la bague. Tous les gens normaux pensaient à la bague de fiançailles avant de penser à tout le reste. Il se claqua le front de la paume de la main : il faisait parfois preuve d'une bêtise profonde.

Voilà pourquoi il voulait avoir une vie normale. Il voulait pouvoir penser à tout ce que tout sorcier normal penserait. La bague de sa future femme aurait effectivement dû passer avant sa visite au ministère. Il avait pourtant eu les deux jours précédents pour y penser… Il culpabilisa une seconde avant de se secouer et de sortir en trombe de la Salle sur demande.

Il courut dans les couloirs en évitant tout le monde : il allait encore demander son aide à la directrice. Pouvait-elle lui prêter une nouvelle fois la cheminée de son bureau ? Il valait mieux qu'il ne dise pas que c'était pour acheter une bague pour Ginny : ce serait un peu ridicule. C'était certainement très loin des priorités de la directrice, qui devait organiser les examens d'août.

Glissant au détour d'un croisement de couloir, il se rattrapa de justesse et reprit sa course à pleine vitesse. Finalement, il pouvait parfois réussir des prouesses à pieds. Il accéléra encore. Il n'avait qu'un après-midi pour passer à Gringott's et trouver un bijou correct, puis convaincre Ginny de le suivre et lui faire sa demande.

Il fut surpris de voir la gargouille, qui gardait ordinairement le bureau, totalement dégagée du chemin. Sans hésiter, il monta les marches en devançant même leur mouvement d'ascenseur habituel. S'arrêtant juste une seconde devant la porte du bureau pour remettre sa mise, le jeune sorcier frappa et entra.

Observant le bureau et ne voyant personne, il saisit sa chance de ne pas se justifier et prit un peu de poudre de cheminette sur le linteau.

La jetant dans le feu avec conviction, il cria « le Chaudron Baveur » avant d'enter dans le feu ronflant de l'âtre. Heureusement que la guerre était finie : la directrice avait choisi de laisser sa cheminée raccordée au réseau en permanence.

Quand le jeune sorcier eut disparu, le tableau de Dumbledore eut un petit rire malicieux. « Vous voyez, Minerva, je vous l'avais bien dit. Les tableaux de Poudlard ne mentent pas sur ces choses-là. Ca fait plus d'un an qu'ils attendent de revoir des événements heureux à Poudlard. »

- Certes, Albus. Mais je ne comprends pas pourquoi vous m'avez demandé de me cacher. Il aurait tout aussi bien pu me demander la permission, je la lui aurais donnée… Surtout pour un si bel événement qu'un mariage ! Et comment l'avez-vous su ?

- Minerva ! Laissez-moi prendre le temps avant de vous raconter tous mes petits secrets ! Sinon, ça ne serait pas drôle ! Vous allez devoir apprendre la discrétion, mon amie. Harry ne saura pas que vous savez pour sa sortie et son désir de mariage, et vous paraîtrez ainsi totalement omnisciente sur ce qui se passe entre ces murs, quand vous serez la première à le féliciter. N'est-ce pas un coup de génie ?

- Albus… Parfois je me demande comment j'ai pu croire que vous étiez à Serdaigle. A chaque fois que j'ai l'impression d'être proche de savoir, vous me détrompez. Vous faites semblant d'être sage et de savoir des choses.

- Pas du tout, ma chère Minerva. Je sais. Et cessez donc de chercher : vous ne saurez jamais quelle était ma maison. Je n'étais plus inscrit dans les registres à l'instant même où je suis devenu directeur. Vous-même, si vous le souhaitez, vous deviendrez une énigme au fil des nouvelles générations qui ne vous ont jamais connues. J'aime l'idée que les gens s'interrogent, pas vous ?

- Non, Albus, pas moi. Je suppose que je n'ai pas encore été totalement touchée par la magie de l'école. Ma personnalité Gryffondor ressort quand je vois vos manipulations : je n'aime pas !

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Harry sortit en trombe de la cheminée du chaudron baveur et se dirigea immédiatement vers le mur pour le chemin de traverse. Il prit juste le temps de répondre au salut de Tom avant de s'engouffrer derrière une sorcière qui emmenait visiblement ses enfant faire des courses. Il était sûr qu'hormis Tom, personne n'avait fait attention à lui. Tant mieux, il pouvait passer pour le fils aîné de la sorcière devant lui.

Il la suivit plus ou moins, jusqu'à ce qu'il doive bifurquer pour se rendre à Gringott's, puis allongea le pas. Il monta les escaliers de la banque quatre à quatre et fut immédiatement pris en charge par un Gobelin qui avait dû croire qu'il était un homme d'affaires important.

- Bonjour… Rajik, salua Harry en déchiffrant le badge du Gobelin. Je voudrais pouvoir retirer de l'argent dans ma voûte.

Il fit l'effort d'être extrêmement courtois, même si toutes ses expériences avec les gobelins n'avaient pas été très courtoises.

Le Gobelin grogna en reconnaissant le premier sorcier qui était parvenu à voler quelque chose dans un coffre de leur plus grande banque anglaise. Il tendit la main pour avoir la clef. Harry se tapa le front une nouvelle fois : « Merlin ! J'ai oublié la clef ! ». Découvrant ses dents dans une sorte de sourire à faire pleurer les petites filles, Rajik le pria de le suivre.

- Nous allons entrer dans votre voûte, monsieur Potter, mais prenez garde à ne pas être un imposteur car vous ne ressortiriez pas vivant, jubila-t-il.

- Nous pourrions entrer sans ma clef ?

- La clef n'est qu'un premier élément de contrôle, monsieur Potter. Dans une voûte comme la vôtre, l'ouverture peut se faire par le sang.

- Mais, la magie du sang n'est-elle pas de la magie noire ?

- Non, ne vous inquiétez pas, le rassura le Gobelin en le faisant monter dans un wagon. C'est une sorte de magie rouge, continua-t-il en sautant dans l'engin à son tour. Elle est seulement extrêmement douloureuse ! s'exclama-t-il au moment même où il actionna le levier.

Harry ne put pas protester, son inquiétude passant directement de la magie du sang à « comment va-t-on arriver en un seul morceau ? » Il n'avait jamais été aussi vite dans un wagon de la banque. Il eut même l'impression que c'était fait exprès : plusieurs fois pendant ces montagnes russes, il ressentit les picotements un peu douloureux de sortilèges de protection.

Quand enfin le wagon se stoppa, il eut un petit soupir de soulagement. Le Gobelin l'amena jusqu'à une sorte de dispositif qui pouvait faire penser aux systèmes de sécurité moldus, mais en plus archaïque.

Harry devinait le nom des Potter, dans la pierre. Grognant dans ce qui était probablement le langage des Gobelins, Rajik fit s'illuminer le dispositif avant de se retourner vers lui. Il attrapa d'un geste un peu brusque son poignet, appliqua ses doigts sur la forme creuse du mur et l'y maintint.

Alors qu'il allait demander pourquoi le Gobelin agissait ainsi, Harry comprit : il eut un brusque mouvement arrière et failli retirer sa main quand il eut l'impression qu'on lui arrachait les ongles. Cela dura environ le temps de deux minutes qui lui parurent pourtant deux heures. Quand il put retirer ses doigts, il les examina avec surprise en s'apercevant qu'il n'y avait pas la moindre trace d'écorchure.

- Vous pouvez entrer dans la voûte, monsieur Potter. La voix du Gobelin coupa le silence et résonna d'une manière qui semblait à Harry beaucoup plus respectueuse. Il semblait observer un défilement de signes sur le mur.

Harry rentra avec un grand plaisir dans la voûte immense de sa famille et commença à rassembler quelques Gallions avant de s'apercevoir qu'il avait également oublié sa bourse sans fond. Décidément, la fin de la guerre lui avait énormément fait baisser sa garde. Jetant un coup d'œil rapide un peu partout, il repéra ce qui semblait être des bourses de cuirs divers, pendues près de l'entrée. Peut-être son père était-il aussi étourdi que lui…

Après avoir glissé un amas conséquent de pièces dans sa bourse – il ne savait pas combien pouvait coûter une bague de fiançailles – il fit un petit tour de son coffre. Il faut dire qu'il n'était jamais venu seul et qu'il n'avait jamais vraiment eu le temps d'observer les lieux. S'enfonçant au fur et à mesure, il découvrit dans le fond de la voûte qu'il n'y avait pas que des pièces, mais aussi beaucoup d'objets entreposés qui dégageaient une puissance un peu étrange. Il faudrait qu'il revienne ici avec quelqu'un pour lui expliquer ce qu'était tout cela.

Quand il sortit, il pu voir que Rajik avait toujours les yeux fixés sur les signes mouvants et qu'il semblait perturbé. Harry se racla la gorge pour faire savoir qu'il avait terminé et le Gobelin consentit à tourner les yeux vers lui.

Quand il sortit de la banque, quelques instants plus tard, il songea que les Gobelins pouvaient être parfois bien étranges, en plus d'être sournois. Il ne les comprenait décidément pas.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Harry poussa la porte du seul bijoutier du chemin de Traverse et fit tinter une clochette. Il se demandait pourquoi il n'y avait pas plus de ce genre d'artisans… Le magasin était extrêmement lumineux. Il eut le temps d'observer quelques pièces avant d'être accueilli par le maître des lieux. L'un des bijoux, une sorte de serpent d'un noir profond, attirait irrémédiablement son regard. Par contre, il était sûr que ça ne pouvait pas convenir à Ginny.

- Quel genre de bijou cherchez-vous, et pour quel genre de personne ?

- Une bague de fiançailles, pour une jeune femme rousse, intelligente et pleine de vie.

- Bien, bien… Suivez-moi, je vais vous montrer les bagues pour les jeunes femmes. C'est un peu plus loin. Voici. Si je puis me permettre un conseil, c'est cette bague-ci qui conviendrait le mieux aux traits de caractère de votre future. Les Weasley et les Prewett ont toujours eu un caractère vif et fonceur.

- Comment savez-vous qui je vais demander en mariage ?

- Monsieur Potter… Il est difficile même pour un ermite de ne pas connaître votre nom. Et celui de votre petite amie, au passage. C'est un bruit qui court depuis trois jours que votre cœur est repris, vous savez…

Harry préféra ne pas faire de commentaire et se pencha légèrement pour admirer le bijou. Il semblait fait d'entrelacs d'or avec des éclats de cuivre. C'était un bijou léger, aérien. Il supposa que ça pourrait effectivement lui convenir.

- Comment serai-je sûr que ça lui plaît ?

- Monsieur Potter, ce bijou a été fait à partir des bagues de fiançailles de monsieur et madame Weasley. Ils les avaient revendues pour s'acheter leurs bijoux définitifs, ceux qu'ils portent actuellement. Mais même en refondant un bijou, il garde l'emprunte de ses porteurs précédents. Il s'adaptera donc parfaitement à la personnalité de leur enfant. Il ne pourrait trouver meilleur porteur, d'ailleurs.

- Bien. Alors je vais prendre cette bague, dit Harry en sortant sa bourse de sa cape.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Samedi 30 mai, fin d'après-midi

Draco passait la plupart de son temps dans les appartements de son parrain, afin d'éviter à la fois ses parents et le foutu Potter. Il veillait sur l'homme comme l'aurait fait une mère. Il voyait bien que malgré ses grands airs, l'ancien professeur de potions souffrait de plus en plus, qu'il allait vraiment mal.

Si seulement il pouvait faire quelque chose pour le soigner… Depuis deux jours, il profitait des temps où son parrain s'effondrait de fatigue pour lire des livres de médecine sorcière. En soi, tous ces bouquins étaient vraiment intéressants, mais il n'avait trouvé jusqu'à présent aucune solution concluante.

La bibliothèque de Poudlard manquait cruellement de livres sur la magie guérisseuse alors qu'elle était chargée de livres de défense contre les forces du mal… Heureusement, il avait trouvé toute une section dans l'armoire personnelle de Snape.

Il était plongé depuis une heure dans un chapitre qui lui donnait de l'espoir.

Il pouvait tenter de concentrer sa magie sur une personne et la diriger sur son cœur. Cela soignait la plupart des maux car la magie saine se mélangeait alors pour quelques instants au sang du receveur et purgeait celui-ci autant que possible de ses perturbations magiques.

Il jeta un œil sur le canapé, à côté de lui. Severus dormait toujours. Il devait le tenter.

Alors qu'il s'entraînait aux gestes basiques de l'incantation sans relâche, jusqu'à les connaître par cœur, le professeur Snape émergea de son sommeil. Il lui demanda immédiatement ce qu'il était en train de faire.

- J'apprends un nouveau sort. Il devrait t'aider, parrain.

- Et que veux-tu faire de plus que l'infirmière, dis-moi ?

- Je vais te prêter ma magie, répondit le jeune homme avec aplomb.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce que tu lis ? demanda Snape dans un froncement de sourcils. « Théories de la nouvelle guérison ». Où as-tu trouvé ça ! s'emporta-t-il en se relevant brusquement.

Ce n'était pas vraiment une question, mais le constat que son filleul avait fouillé dans ses affaires.

- Peu importe où, c'est intéressant ! protesta Draco. J'ai découvert des choses que je n'imaginais même pas sur la magie !

Le jeune sorcier resta un instant interloqué, en voyant son parrain se calmer d'un seul coup. Il avait un air tellement las d'un coup.

- Je ne sais même pas si ça peut fonctionner, soupira l'homme. Ce livre... Il n'a jamais été publié.

Une violente quinte de toux le prit soudain et il chancela. Il se rallongea pour éviter de tomber. Draco sentit sa peur de finir seul revenir d'un seul coup. Il fallait qu'il guérisse son parrain, coûte que coûte.

- S'il te plaît, implora-t-il malgré ses habitudes, laisse-moi essayer.

Il s'avança et toucha la poitrine de son parrain avec sa baguette en prononçant la première formule de l'incantation, puis s'éloigna. Il reprit les gestes et les mouvements de baguette qu'il répétait depuis bientôt deux heures.

Il sentit le sortilège faire effet : des courants chauds le traversaient. Dans la mesure où il ressentait ça pour la première fois, il supposa que c'était sa magie qui se transférait.

La sensation était étrange. Il avait d'abord pensé à l'eau chaude d'une douche qui ruissellerait sur lui, mais c'était plus fort. Il s'était ensuite imaginé plonger dans un bain chaud, mais c'était plus diffus. C'était plutôt... comme si des dizaines de mains chaudes parcouraient son corps de haut en bas.

Elles éloignaient la douleur, le stress, et faisaient même monter en lui des sensations plaisantes. Comme cet étrange picotement doux, un peu humide et loin d'être désagréable, qui lui donnait d'agréables frissons.

Il sentait son esprit partir peu à peu, un peu comme au moment de sombrer dans le sommeil. Pour autant, il restait à peu près conscient de son environnement : il se voyait effectuer les mouvements du rituel destiné à guérir Severus, encore et encore. Il était comme prisonnier du sortilège, d'une boucle temporelle à répétition, mais il ne se sentait pas en danger.

Il éprouvait trop de bien-être pour ça.

Puis Draco s'abandonna tout à fait, fermant les yeux et laissant son esprit dériver dans une demi-conscience.

Une forme de visage se forma peu à peu devant lui, les contours flous. Il pressa les paupières, un peu plus fort, pour faire disparaître l'image. Elle prit cependant des formes plus dessinées, plus concrètes. Derrière ses paupières, un corps se matérialisait.

Musclé.

Ferme.

Masculin ?

En temps normal, il aurait réagi à la surprise de cette vision, mais sa partie rationnelle était totalement écrasée. Les courants de magie qui le traversaient augmentaient au fil des gestes. Et là, dans l'immédiat, il se fichait totalement du pourquoi et du comment. Il voulait seulement que ça continue et que ça monte encore.

Il n'avait jamais ressenti ce bien-être – ce plaisir même – en lançant un sort auparavant.

- Mmm...

Draco n'eut pas conscience d'avoir réellement produit ce son.

Il n'eut pas non plus conscience que son parrain allait mieux de seconde en seconde et qu'il s'était assis, en le fixant d'un air surpris. La seule chose dont il avait conscience et qui gâchait un peu son moment de grâce était la vision masculine qui s'imposait à lui.

L'homme prenait de plus en plus corps. On devinait son torse musclé et bronzé, ses yeux brillants, son sourire chaleureux et un peu sûr de lui. Ce sourire lui disait vaguement quelque chose, mais il avait du mal à se concentrer, son esprit obscurci par le bien être. Il voulait tellement voir jusqu'où ce plaisir l'emmènerait.

Cependant, à force de se faire plus nette, la vision s'anima. Comme si l'homme se battait contre un adversaire invisible. Non, pas invisible : la vision semblait se battre contre lui. Et Draco n'arrivait plus aussi bien à la bloquer pour se concentrer sur ses sensations.

Les vagues de magie se firent moins agréables, soudain. Elles n'étaient plus aussi euphorisantes, jusqu'à devenir franchement dérangeantes.

Cela ne pouvait signifier qu'une chose : son transfert de magie se passait mal. Mais il n'y pensait pas. Il avait oublié son parrain depuis longtemps. La tête bourdonnante, il souhaitait juste continuer, retrouver ces vagues chaudes qui faisaient trembler ses jambes et vibrer ses reins.

Mais ses gestes étaient moins assurés, moins automatiques. Ne sachant où concentrer ses efforts, il se sentait de plus en plus perdu et nauséeux. Comment faire pour retrouver le plaisir qui fuyait ?

Le livre, il devait relire le livre.

Puis brusquement, penser au livre lui fit prendre conscience de la situation.

A la base, il voulait soigner son parrain. Comment avait-il pu dévier autant ? Et comment pouvait-il encore envisager, là, tout de suite, de faire tout son possible pour retrouver les sensations perdues ? Quitte à supplier l'homme de son imagination de le laisser aller au bout.

Il retint un haut le cœur et s'enfuit vers la salle de bain des préfets.

- Draco ! l'appela son parrain, en essayant de lui attraper le bras.

Draco ne répondit pas et ne se retourna même pas.

Il lui fallait un refuge loin de tout le monde, tout de suite. Il ne voulait surtout pas croiser le regard de qui que ce soit, et encore moins de son parrain. Il ressentait l'irrépressible besoin de se purifier, de se retrouver seul avec lui-même et d'oublier ce qui venait de se produire.

Quand il referma la porte de la salle d'eau, haletant, il se sentit un peu mieux.

Puis il vit son reflet dans le miroir. Il avait les joues rouges et le regard hagard. Il avait l'impression que tout le monde pourrait deviner ce qu'il venait de vivre juste en regardant son visage.

Honteux, il se recroquevilla sur le sol.

Il s'était senti bien avec dans l'esprit un corps d'homme aux yeux brillants. Et s'il avait pu, il aurait tout fait pour que ça ne s'arrête pas. Certes, il n'avait pas eu la pleine maîtrise de son corps. De son esprit non plus, pour tout dire. Mais ça ne venait pas du sortilège. Non, il en était certain.

C'était sa magie.

Elle ne lui obéissait plus.

Le sortilège lui avait seulement montré à quel point elle pouvait agir en toute autonomie. Et il n'avait pas su lutter. N'avait pas eu envie de lutter.

Il renifla et le son se répercuta sur les murs, lui donnant la sensation d'être plus seul que jamais…

HPGWHPGWHPGWHPGWHPGW

Harry attendait avec impatience sa petite amie devant les portes de Poudlard. Il lui avait donné rendez-vous par cheminette quand il était au chemin de Traverse et ses parents avaient répondu pour elle, en confirmant qu'ils l'emmèneraient. Vu la tête de Ginny, s'ils avaient refusé, elle aurait fugué pour le rejoindre, comme le mercredi précédent quand elle avait appris son réveil.

Quand une carriole tirée par un sombral d'Hagrid – à qui il avait demandé ce service d'aller chercher les Weasley à Pré-au-lard – arriva enfin, il ne put pas saluer sa petite amie immédiatement. Molly s'était précipitée vers lui et l'étouffait dans ses bras avec un bonheur non feint.

- Enfin ! Si tu savais comme je suis heureuse ! Ca ne pouvait être que toi. Je suis tellement contente de te voir en pleine forme ! Comment vas-tu ? Tu te remets de la bataille ? Ho ! Mon chéri ! Je suis si heureuse !

Interloqué, Harry vit la matriarche Weasley se précipiter dans le hall en s'exclamant sur la beauté du château reconstruit, sans vraiment écouter ses réponses. Et c'est Monsieur Weasley qui prit sa place. Toutefois, il ne le serra pas dans ses bras. Il se contenta de lui serrer la main avec un sourire.

- N'y prend pas garde, Harry. C'est la façon de Molly de surmonter la guerre et la perte de… Il s'interrompit une seconde pour reprendre le contrôle de sa voix et continua. La perte de Frédéric. Merci de nous avoir débarrassés de Voldemort, Harry, je sais qu'avec sept enfants, j'aurai pu pleurer encore d'autres fils. Probablement serai-je même depuis longtemps en deuil de ma fille si tu n'avais pas été là. Je ne l'oublie pas.

Alors qu'Arthur Weasley rentrait à son tour dans le château, Harry vit passer à côté de lui un Georges décomposé. Il n'avait pas encore surmonté la perte de son frère le plus proche.

Il était suivi de très près par Percy qui veillait visiblement sur lui. Son attention fut alors détournée par la plus belle des Weasley, qui était venue lui poser une main sur l'épaule.

- Percy a pris un congé sabbatique, expliqua-t-elle la voix basse. Il a quitté le ministère pour au moins un an. Il est tout le temps à la maison maintenant, et on voit bien qu'il est inquiet pour Georges. Mais je dois avouer qu'il a un comportement des plus étranges. Je ne le reconnais plus, parfois. Mais rassure-toi, c'est en bien…

- Et bien… Je suis vraiment désolé pour ta famille, tu sais.

- Je le sais. Pour l'instant, j'essaie de ne pas trop y penser. Je crois que je n'ai pas encore vraiment réalisé les choses. J'ai peur de m'écrouler si j'y pense, et ma famille a besoin de moi. Je suis en quelque sorte en pause jusqu'à l'enterrement, dans deux semaines.

Harry ne répondit rien, trop conscient de ce pouvait être la perte d'un des membres de sa famille, et la serra dans ses bras.

- Sais-tu que depuis que la guerre est finie, je n'ai pas encore pu profiter de ma petite amie « seul à seule » ? la taquina Harry. Penses-tu pouvoir remédier à cette situation ?

- Bien sûr, bêta, répondit Ginny en posant ses lèvres sur le bout de son nez. Elle était trop petite pour atteindre facilement son front.

Harry profita une seconde de simplement la tenir dans ses bras et observa les étoiles. Ce soir, il aurait enfin une famille, une petite femme qui l'aimerait pour lui-même, et son avenir droit devant lui sans le moindre obstacle. Il sourit joyeusement.

- J'aimerai vous montrer un jardin superbe, mademoiselle. Daignerez-vous me suivre ?

- Avec plaisir. Vous êtes bien galant.

Elle se pendit à son bras et se laissa guider dans Poudlard jusqu'à la salle sur demande. Pendant tout le trajet, Harry eut la sensation d'être épié de toutes parts, et ça le mettait particulièrement mal à l'aise. Ce qui n'était pas le meilleur moyen d'aborder la demande en mariage de sa vie.

Cependant, il oublia bien vite la sensation quand il fit pénétrer la jeune sorcière dans la salle qu'il avait de nouveau convoquée. Il tapota sa poche pour vérifier que la bague était bien toujours au même endroit.

- Enfin seuls ! s'exclama Ginny quand il ferma la porte. Ce n'est pas que je n'aime pas ma famille, mais elle pourrait être plus discrète quand elle observe ce qu'il se passe.

- Et qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Harry dans un froncement de sourcils.

- Ma famille a entendu un tableau de famille dire qu'il tenait d'un autre tableau que tu me ferais une demande en mariage aujourd'hui. Alors, tu comprends, maman ne tenait plus en place. Elle voulait voir ce moment de ses propres yeux. C'est une très bonne idée ce jardin abrité dans la salle sur demande. Pour faire ta demande. Au moins, nous sommes seuls.

« Au temps pour la surprise… » songea Harry, carrément déçu.

Un peu énervé que le moment ne soit pas aussi magique que prévu, il renonça à l'emmener jusqu'au kiosque à musique et prit l'écrin qu'il gardait dans sa poche. Il se mit à genoux, ce qui attira l'attention de sa belle qui, quelques secondes auparavant, observait les étranges fleurs du jardin. Elle arborait déjà un immense sourire heureux.

- Ginevra Molly Weasley, acceptes-tu de devenir ma femme ?

- Oui ! s'écria-t-elle dés la fin de sa question. Bien sûr que oui !

Elle saisit l'écrin de ses mains tremblantes et l'ouvrit. Elle fut fascinée par la forme de la bague.

- Laisse-moi te la mettre, peut-être, suggéra Harry, amusé par l'impatience de la jeune sorcière.

- Ho ! Oui. Oui, bien sûr, balbutia-t-elle alors, légèrement gênée, en lui rendant l'écrin.

Il se releva et lui passa la bague au doigt – il avait demandé au vendeur auquel il devait glisser la bague – sans se tromper. Et il ne fut pas si surpris que ça de voir la famille Weasley se précipiter dans son jardin pour les féliciter. Il comprenait mieux la réaction de Molly à son arrivée, maintenant.

Ils étaient suivis par toute une tripotée de Gryffondors – ceux qui restaient au château jusqu'aux examens – les mains pleines de bouteilles d'alcools sorciers divers pour fêter l'événement. Tout le monde cherchait des moments de détente et il fournissait apparemment une bonne occasion.

Il fut félicité chaleureusement par la directrice, qu'il n'avait pas vue entrer et qui s'éclipsa aussi rapidement, puis par ses camarades de chambre. Ginny, elle, était complètement accaparée par les autres membres du clan Weasley.

Bien plus tard, ce soir-là, appuyé contre un montant de bois du kiosque à musique, Harry songea que sa vie venait de prendre un grand tournant. Les Weasley l'avaient invité à se joindre à eux pour l'enterrement de Fred deux semaines après, maintenant qu'il était un membre à part entière de la famille.

Ron était rayonnant et avait passé une grande partie de la soirée à venir le féliciter, encore et encore. Et tous ceux qui étaient encore dans le jardin semblaient s'amuser follement, dans une insouciance qui semblait parfois forcée.

Mais lui… Il ne pouvait s'empêcher de se sentir seul au milieu de cette foule.

Les yeux au plafond, il songea que c'était sans doute la peur de franchir le pas

Les étoiles n'étaient pas aussi belles que tout à l'heure, dans le ciel recréé par la Salle sur demande.

Non, vraiment pas aussi belles.


Edité le 05-02-16

Pfiou ! Tenter d'harmoniser un peu mon écriture de l'époque avec mon écriture d'aujourd'hui n'est pas chose facile ! C'est maintenant que je m'en rends compte ^^ D'autant que je ne peux pas changer grand chose au risque de dénaturer mes objectifs de l'époque.

J'espère en tout cas que ce premier chapitre "Après la victoire" vous a plu ! Si vous êtes encore là, j'ai de l'espoir ;) N'hésitez pas à laisser un mot au passage puis bienvenue sur le prochain chapitre : "Igor Malinovski".