Et avant de commencer, encore et toujours un grand merci à Wyny pour son merveilleux travail !
Chapitre 2 : Igor Malinovski
Partie 1 : Reconstruction en destruction
Lundi 1er juin, matin
Sur le pas des grandes portes du château, Harry fit un signe de tête à Narcissa Malfoy, pour lui dire au revoir, avant de se tourner vers Lucius. Ce dernier était encadré de deux Aurors. Un autre le tenait en joue et le quatrième surveillait Narcissa, au cas où.
En cette fraîche matinée, Kingsley lui avait envoyé un parchemin pour confirmer la sentence des Malfoy, ainsi que quatre Aurors qui devaient les raccompagner dans leur manoir.
En un mois, le ministère avait eu le temps d'effectuer les perquisitions nécessaires et de saisir les objets de magie noire ou potentiellement dangereux. Kingsley avait ajouté une note prévenant Harry que les Malfoy auraient aussi une lourde amende à payer, pour participer aux frais de la reconstruction d'après-guerre.
Harry pensait qu'il s'agissait d'une demande des conseillers, une fois que lui-même était rentré à Poudlard. Ça ne le dérangeait pas plus que ça : tout ce qu'il avait voulu était de leur éviter Azkaban pour payer sa dette envers Narcissa. Il était maintenant quasiment tranquille. Ne restait que le cas de Draco, mais il n'avait pas pu faire grand-chose.
- Je suis désolé que vous deviez passer par un procès pour votre fils, dit-il à la sorcière avec un haussement d'épaules impuissant, mais son rôle dans l'arrivée des Mangemorts au château a été trop important. Mes arguments n'ont pas eu le moindre effet sur le ministère parce que, même s'il ne l'a pas réellement voulu, Dumbledore est mort par sa faute. Et c'est ce qui a facilité l'installation du chaos dans le pays.
- Mais il n'avait pas le choix…
- Non, madame Malfoy, l'interrompit immédiatement Harry. Ça n'est plus moi mais le Magenmagot qu'il faudra convaincre, pour le libérer. La directrice m'a dit qu'elle le garderait à Poudlard pour les deux ou trois prochaines semaines, le temps qu'il passe en procès, mais ce n'est plus entre mes mains. Dites-vous que ce sursis vous permettra peut-être de trouver une solution et lui éviter la prison.
- Ne peut-on aller le voir une dernière fois, pour lui dire au revoir avant de rentrer ?
- Je ne crois pas qu'il se soit réveillé, pour le moment. La directrice m'a dit qu'il était toujours inconscient, il y a quelques instants.
Narcissa se mordit la lèvre. Elle et son mari avaient trouvé leur fils dans la salle de bains des préfets, deux jours avant, après s'être inquiétés de son retard de plusieurs heures. Draco n'était jamais en retard. Et samedi soir, ils l'avaient retrouvé évanoui sur le sol carrelé.
Elle était inquiète. Quel dommage, alors qu'Harry Potter venait de leur confirmer la sentence décidée pour eux par Kingsley Shacklebolt, que son fils ne puisse profiter d'un peu de temps en famille…
- Et ne pourrions-nous pas rester à Poudlard nous aussi, le temps qu'il guérisse ?
- Je suis désolé, madame Malfoy, mais même si vous avez évité un procès et le baiser, vous êtes assignée à résidence pour surveiller votre mari.
- Pourquoi m'avoir sauvé également monsieur Potter ? lui demanda alors ce dernier, réellement curieux. Je vous aurais trahi si le maître m'avait envoyé à la place de Narcissa…
- Je le sais. Mais madame Malfoy m'a sauvé la vie, puis m'a demandé de faire épargner sa famille. Une vie pour une vie, ma dette est payée.
Le regard d'Harry se durcit un instant en observant le patriarche Malfoy.
- Malgré ça, soyez sûr que je n'ai pas confiance en vous, déclara-t-il. Je vous garde à l'œil et le ministère aussi : n'oubliez pas non plus qu'il vous est interdit de faire de la magie en dehors de chez vous pendant vos deux ans de mise à l'essai… D'autant plus que madame Malfoy est votre garante… Vous n'aimeriez pas qu'elle soit arrêtée à votre place, n'est-ce pas ?
Lucius fit une grimace presque imperceptible. La dernière phrase sonnait tellement comme une menace ! Mais il savait que Potter se contentait d'énoncer la réalité. Ca ne l'empêchait pas d'avoir horreur d'être sermonné comme un enfant, surtout par un enfant, et même si ce dernier avait gagné la guerre.
Puis il soupira, et puisqu'il n'avait guère d'autre choix, il promit d'obéir à l'interdiction. Il risquait déjà de perdre son unique héritier, il n'était pas question qu'il risque de perdre sa femme. Il restait fou d'elle, même après toutes ces années de mariage.
- Monsieur Potter, repris solennellement Narcissa, sachez que vous serez toujours le bienvenu au manoir Malfoy et que je vous suis reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour notre famille : nous sauver de Voldemort, puis du ministère et des Détraqueurs… Si vous avez besoin d'aide un jour et si nous pouvons faire quelque chose, n'hésitez pas à venir nous voir.
Avant même d'attendre la réponse du jeune héros, les Malfoy se retournèrent de concert, faisant voler leurs capes. Puis ils s'éloignèrent du château d'un pas digne, toujours escortés et surveillés par les Aurors qui mettraient en place les sortilèges de surveillance à leur arrivée au manoir.
Malfoy père pourrait encore sortir de chez lui, avec l'autorisation adéquate, mais le ministère serait ainsi toujours au courant de ses déplacements et de ses fréquentations.
S'il avait écouté, le couple aurait entendu Harry affirmer qu'il ne mettrait jamais plus les pieds dans le manoir Malfoy. Sa dernière visite lui avait laissé de trop mauvais souvenirs et il n'était pas stupide : il était évident que Lucius avait suivi le Lord noir de son propre chef. Il n'allait quand même pas se jeter dans la gueule d'un loup, même tenu en laisse…
Satisfait de lui-même, Harry monta les escaliers pour retourner à la tour Gryffondor qu'il affectionnait tant.
Il n'avait plus rien à faire d'urgent, désormais. Le ministère lui avait fait clairement comprendre qu'en échange des faveurs accordées, il ne devrait plus interférer dans les futurs procès. Sa présence là-bas n'était clairement pas la bienvenue – les politiciens avaient horreur que quelqu'un puisse leur faire de l'ombre – et Harry avait décidé que c'était tant mieux. Il était certain qu'on le laisserait tranquille.
En revanche, il était surpris de ne pas encore avoir eu le droit d'aller voir le professeur Snape, depuis ses plaidoiries le samedi précédent.
Il voulait lui annoncer qu'il était parvenu à le faire acquitter, lui aussi : ses souvenirs avaient suffi à convaincre Shacklebolt de son rôle d'espion. Mais d'après l'infirmière, Snape était toujours affaibli par les tortures qu'il avait subies.
Harry frissonna en songeant à quel point l'homme avait dû être torturé, s'il souffrait encore après un mois entier à l'infirmerie, soigné par Pomfresh.
- Harry ! s'écria Hermione en se précipitant sur lui dés son entrée dans la salle commune de Gryffondor. Dépêche-toi de t'installer ! Maintenant que tu as sauvé tout le monde, tu dois réviser avec nous ! Tu te rends compte ? Une année entière de cours ratés : on a du boulot !
Harry jeta un coup d'œil à son meilleur ami qui haussa les épaules en signe d'impuissance. Sa petite amie était une véritable lionne dés qu'il s'agissait des examens…
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Jeudi 4 juin, matin
Draco Malfoy, seul dans l'infirmerie du château de Poudlard, s'ennuyait ferme. Alité depuis cinq jours, il avait épuisé toutes ses ressources imaginatives pour faire passer le temps plus vite. Il râlait intérieurement contre les murs blancs et fades qui n'offraient pas la moindre distraction.
Le samedi précédent, ses parents l'avaient retrouvé à moitié inconscient dans la salle de bains des préfets. Et depuis ce jour, il avait l'interdiction formelle de quitter l'infirmerie. C'était d'ailleurs la dernière fois où il avait vu ses parents à son chevet. Il ne se faisait pas beaucoup d'illusions, mais il espérait qu'ils lui rendraient visite le lendemain, pour son anniversaire…
Il soupira. Ce n'était pas comme s'il s'était mis en danger exprès pour attirer leur attention.
Il se souvenait avoir eu une soudaine et intense poussée de fièvre, qui l'avait terrassé. Et une angoisse telle qu'il se sentait à nouveau nerveux à chaque fois qu'il y repensait ! Et depuis, les douleurs ne le lâchaient plus. Il n'était même pas capable de se lever seul.
L'infirmière l'avait installé dans un coin à part, caché par des paravents. Il sentait régulièrement son regard méfiant se poser sur lui. Elle ne lui accordait pas la moindre confiance, même si elle le soignait avec son professionnalisme habituel. Elle croyait probablement qu'il avait fait du mal à son parrain, parce qu'il avait été le dernier à l'avoir vu en relativement bonne santé.
Lui aussi avait été retrouvé inconscient, dans ses appartements.
Comme s'il était capable de faire du mal à l'un des rares adultes qui avait toujours été là pour lui !
Draco supposait aussi qu'elle avait peur que les familles « comme il faut » ne s'indignent de sa présence ici. A part Severus et lui-même, il ne restait plus à l'infirmerie que des héros de l'Ordre du Phoenix.
La présence de son parrain à ses côté n'avait rien de distrayant non plus, parce que l'homme passait tout son temps à dormir. Il respirait bruyamment et laborieusement… De temps en temps, des quintes de toux pouvaient le prendre, comme à l'instant. C'était presque les seuls sons qu'il émettait…
Depuis leur arrivée, le jeune sorcier tentait régulièrement d'envoyer au maître des Potions un peu de son flux magique, pour l'apaiser. Ça lui avait fait tellement de bien, le samedi précédent. Mais il n'arrivait généralement ni à le faire beaucoup, ni à le faire longtemps : sa magie était trop instable. Surtout le soir, où il avait l'impression de la sentir se tordre dans son sang comme un serpent… Il supposait que c'était à cause de cet imbécile de Potter, mais il n'en était pas sûr encore.
Draco s'aperçut finalement du silence écrasant qui entourait son lit. D'abord prompt à penser qu'il s'agissait d'un sort de silence de l'infirmière, il réalisa que même un sort de silence n'aurait pas pu donner cette impression de vide total. Dans une soudaine prise de conscience, il se tourna violemment vers son parrain alité.
Il ne faisait pas le moindre bruit, son ventre ne bougeait pas sous les draps et ces derniers étaient éclaboussés de sang, sans doute suite à sa dernière quinte de toux. Paniqué, faisant fi de l'interdiction de l'infirmière de faire du bruit, il hurla après elle.
- Madame Pomfresh !
Sa gorge se noua et son deuxième appel fut étranglé.
- S'il vous plait, c'est une urgence !
Quand elle apparut à travers les rideaux, les sourcils froncés, les sanglots qui le secouaient l'empêchèrent de parler. Il pointa le professeur de potions, à ses côtés.
Il n'était plus capable de penser rationnellement. Il ne voulait pas perdre son parrain, l'homme qu'il aimait probablement le plus au monde, au moins autant si ce n'est plus que son propre père. Son cerveau tournait en boucle autour des mêmes prières, des mêmes suppliques pour que quelqu'un le sauve.
- Parrain, pitié, ne me laisse pas, sanglota-t-il avant que l'infirmière ne lui tende une potion calmante.
Et la prière paniquée du jeune sorcier retentit dans la pièce puis monta, inexorablement, jusqu'à la lune.
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Il fait si bon. Je n'ai plus mal. C'est si doux…
Severus ouvrit des yeux brillants : sa sieste sur l'herbe lui avait vraiment été bénéfique. Et l'herbe était si douce sous sa main. Il était content d'avoir pu échapper à son père, cet après-midi. Le jeune garçon épousseta ses vieux vêtements rapiécés, si sombres.
Il aimait bien le noir. C'était fascinant : on pouvait y plonger le regard et oublier le monde, les couleurs, comme si on plongeait dans un autre univers. Il aimait bien la nuit, aussi. Et les étoiles. Même si elles gâchaient un peu l'obscurité dans laquelle il aimait se plonger. Mais il n'aimait pas trop le soleil. Là, il tapait un peu trop fort, d'ailleurs.
Le jeune sorcier sortit des fourrés derrière lesquels il s'était caché et remonta lentement la petite rue. Il allait bientôt passer devant la maison des voisins. Ils étaient Moldus, il fallait rester discret. Pourtant, un cri de surprise l'incita à se rapprocher de l'interdit.
Et il la vit. Lily. Elle était belle. Elle devait avoir le même âge que lui. Et elle faisait de la magie ! Comme lui ! Il pourrait peut-être enfin avoir des amis !
Et il aperçut alors ce petit éclat, dans ses yeux : le plaisir de se sentir puissante, de pouvoir faire des choses qu'on croyait impossible. Il tomba amoureux de cet éclat. Mais il ne fallait pas le dire à son père. Il ne supportait déjà pas l'idée qu'il aille à l'école… Il l'empêcherait de sortir s'il savait que malgré ça, il pouvait quand même rencontrer des gens de son âge…
Elle était déjà si belle, enfant. Lily. Il la contempla quelques minutes. Elle serait sans doute une très belle femme, plus tard… C'était étrange, il avait l'impression qu'il la connaissait, adulte.
De nombreuses images, douloureuses, passèrent devant ses yeux. Il eut un mal de crâne fulgurant.
Le jeune Severus s'accroupit, dos à la scène qui l'avait attirée, la tête entre les mains : il fallait qu'il aille lui dire qu'elle était une sorcière, c'était dans l'ordre des choses. Mais… Non, il ne fallait pas lui parler, elle allait se mettre en colère, lui en vouloir. Mais pourquoi lui en voudrait-elle, à quel sujet ? Ils ne se connaissaient pas vraiment, si ?
- Severus…
La voix douce d'une jeune femme lui parvint et il leva les yeux. Quelle belle femme ! Elle avait à la fois cette force fascinante et cette douceur étrange qui lui donnaient envie de pleurer. Lily. Il se sentait coupable… Il se releva, il était un homme maintenant. Il la regarda les yeux dans les yeux, dans un face à face douloureux : il avait envie de pleurer. Mais un homme ne pleurait pas. Il tendit la main et toucha la joue de la jeune femme.
Des flashs, toujours plus précis, lui vrillèrent le cerveau. Il détestait ses camarades de Poudlard. Il détestait James Potter, Sirius Black et Remus Lupin. Il se disputait avec Lily, elle lui en voulait. Mais il ne voulait pas vraiment la traiter de Sang de bourbe ! Il détestait être faible. Il aimait cette puissance un peu perverse qui émanait de Jedusor, ou plutôt, de Voldemort. Il le servait. Une prophétie. Et cette menace qu'il n'aimait pas, qui planait sur les Longdubat et les Potter. Le maître voulait les Potter.
Il allait la tuer ! Il allait tuer Lily, par sa faute ! Il ne fallait pas, il devait la sauver ! Mais non, c'était trop tard. Il l'avait déjà tuée, elle et son mari. Elle surtout. Severus était coupable, il avait tué la seule amie qu'il avait jamais eue.
- Je suis désolé, je ne voulais pas, je n'ai jamais voulu, je voulais… balbutiait-il, la voix brisée par un sanglot qui restait coincé dans sa gorge. Il baissa les yeux et les cacha de cette main qui avait osé toucher la peau de Lily Potter. Elle le haïssait sûrement, maintenant.
- Non, Severus. C'est faux. Je te remercie d'avoir sauvé mon fils.
- Tu me pardonnes ? Vraiment ? Tout ça, toute cette souffrance ? La tienne, la sienne...
- Tu as souffert plus longtemps que nous, répondit Lily. Et cette douleur va enfin cesser, car je ne te blâme plus, aujourd'hui. Je t'ai pardonné et c'est la fin de ce chemin qui t'a tant fait tant de mal.
Oui, c'était la fin. Il pouvait partir en paix désormais. Il sentait son esprit rationnel reprendre le pas sur ses émotions. Il avait tant voulu revoir la jeune femme… Il venait certainement de mourir.
- Quelle dommage qu'il y ait ces autres souffrances physiques contre lesquelles tu dois lutter… reprit Lily avec un sourire triste.
Ses grands yeux brillaient et, malgré la teinte de tristesse, son sourire était apaisant. Et sa voix si douce…
- Comment ça ? Je ne souffrirai plus, maintenant que je suis mort.
- Ça n'est pas encore fini pour toi, Severus…
- Bien sûr que si ! Je ne retournerai pas là-bas ! Ce n'est plus ma place. J'ai fait tout ce que j'avais à faire.
Severus sentait la colère l'envahir, et ça lui faisait mal.
- Je veux rester ici, avec toi, dans cette douceur…
- Tu ne fais pourtant pas partie de ce monde, Severus.
Le professeur se retourna brusquement vers cette voix honnie. Le décor de son enfance avait disparu. Ne restait que cette lumière partout autour de lui, cette lumière qu'il abhorrait. Il suivit des yeux James Potter, qui le contourna pour venir poser la main sur l'épaule de sa… femme.
Oui. Il l'avait presque oublié, mais Lily était bien la femme de Potter. Et il ne pouvait rien y changer.
Oh ! Comme il le haïssait : c'était James que Lily avait choisi, pas lui. C'était tellement injuste ! Il avait envie de hurler sa frustration.
- Severus, reprit son ennemi d'enfance, je te remercie également d'avoir sauvé notre fils. Et pour cela, j'espère que tu me pardonneras un jour tout notre passé qui te colle encore à la peau aujourd'hui…
- Mais… je ne veux pas retourner là-bas, protesta-t-il d'une voix désespérée, les yeux dans ceux de la femme qu'il avait toujours aimée. J'ai tout perdu. Je n'ai plus rien ! Plus rien… Je t'ai perdue, Lily.
Il essayait de plaider sa cause, de la faire flancher. Il ne voulait plus retourner là-bas.
- Severus… La voix douce de la femme restée jeune était comme un baume apaisant ses souffrances. Je ne suis pas celle qui t'était destinée, je ne peux te garder ici, auprès de moi. Et même si tu as sauvé mon fils, ce n'est encore que le début… On a encore besoin de toi, là-bas.
« Parrain, pitié, ne me laisse pas ! »
Severus entendit la voix de Draco résonner dans cet univers vide. Pouvait-il le laisser seul ? Le voulait-il ? Peut-être pas…
Il leva les yeux sur le couple devant lui, et il sentit le poids des années : lui avait continué à vivre, eux étaient morts. Ensemble. Ils s'aimaient. Ils étaient… beaux dans cette lumière qui leur correspondait.
Il se sentit soudain très las. Fallait-il encore lutter ? Il en avait si peu envie, pourtant. Que pourrait-il retrouver, là-bas ? Que ferait-il ? Son amour pour Lily et la protection d'Harry avaient été ses seuls moteurs pour continuer. S'il y renonçait, maintenant que tout était fini, comment vivrait-il ?
- Tu survivras, Severus, comme tu as toujours survécu. Tu survivras de cette manière que tu as toujours connu, dans la difficulté. Mais au moins pourras-tu dire que tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir…
James se tut et lui tendit la main, tandis que Lily le regardait avec bienveillance. Severus leva la main avec hésitation avant de l'avancer vers son ancien ennemi. « Adieu, Severus, et encore merci… » La voix de Lily était toujours si douce…
- Adieu, Lily.
Et un éclair blanc fit disparaître les deux défunts, alors qu'il serrait la main de James Potter, les yeux dans ceux de Lily. Ancien ennemi. Ancien amour. Il était temps de rentrer maintenant. La famille qu'il s'était créée l'attendait.
DMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDM
- Draco… souffla le professeur Snape d'une voix éraillée, vers son filleul.
- Hé bien merci ! C'est la première chose que vous trouvez à dire, vous !
Le professeur se retourna vers l'infirmière qui venait de prendre la parole.
- Que me voulez-vous encore vieille charogne… grogna l'homme.
- Bonjour Severus, l'interrompit la directrice McGonagall. Je suis soulagée de vous voir réveillé. Madame Pomfresh vient de passer vingt minutes à tenter de vous ramener. Vous m'avez fait une peur bleue, vous savez…
- Je n'ai rien demandé. J'étais en train de revenir tout seul.
- Évidemment ! grommela l'infirmière tandis qu'elle lançait des sorts de vérification.
- Je profite de vous voir enfin réveillé pour vous annoncer qu'Harry vous a fait disculper par avance de toutes les charges qui auraient dû être retenues contre vous. Vous allez donc pouvoir reprendre une vie normale, dès que vous serez guéri, ajouta l'ancienne directrice de Gryffondor.
- Ça n'est pas demain la veille ! s'exclama Pomfresh alors qu'elle tendait les résultats de ses analyses à la directrice. Vous avez rechuté samedi dernier, donc cette fois, vous ne quitterez plus mon infirmerie.
- Je n'ai pas rechuté, j'allais mieux que jamais, répliqua Snape, les yeux plissés par l'incompréhension.
- Pourtant, vous étiez écroulé sur le sol de votre salon, lui expliqua aimablement l'infirmière.
Elle avait beau ne pas aimer l'homme, qui avait dirigé Poudlard toute une année, elle était soulagée d'avoir fait son travail en le ramenant. Il avait beau être désagréable, il n'avait jamais blessé un étudiant, lui.
- Draco ! réalisa le sombre professeur.
S'il avait eu un problème, son filleul l'avait probablement subi en même temps. Ou vice-versa.
- Ha ! s'emporta l'infirmière en se retournant brusquement vers la directrice. Je vous avais bien dit que ce jeune garçon était dans le coup ! Je comprends que vous vouliez aider tout le monde, mais l'héritier Malfoy n'a rien à faire ici. Tout comme ses parents, vous devriez le renvoyer aux Aurors.
- Non ! protesta Snape. Je veux dire, c'est Draco qui m'avait fait me sentir mieux, tenta-t-il d'expliquer. À partir d'un livre écrit par une de mes très anciennes connaissances, un ami.
Il jeta un œil au lit d'à-côté : Draco était inconscient mais semblait paisible.
- Je crois… reprit Snape immédiatement, je crois qu'il faudrait faire appel à lui. Il sera certainement capable de comprendre et contrer la magie noire que j'ai subie. Minerva, enfin madame la directrice, se reprit-il d'un ton relativement respectueux, envoyez-lui un courrier de ma part, s'il vous plaît. Le plus tôt possible. Il est Russe et mettra du temps avant d'arriver ici.
- Eh bien puisqu'on parle d'autres guérisseur alors que je suis toujours là, commença l'infirmière assez sèchement, j'en profite, madame la directrice, pour vous faire part de ma prochaine démission. Je prendrai ma retraite dés que mes patients actuels pourront se passer de moi. J'en ai vu assez pour tout le reste de ma vie et je suis fatiguée de toute cette agitation au château.
Le stress de la guerre, la perte douloureuse de deux de ses patients récemment et son angoisse alors qu'elle avait cru en perdre un troisième avec Snape... Tout ça lui prouvait qu'elle n'avait plus les nerfs assez solides pour poursuivre sa vocation d'infirmière.
- Pom-Pom, vous faites partie intégrante du château, pourquoi partir ? demanda la directrice, sincèrement attristée.
- J'aimerai profiter un peu de ma famille et de ma maison, avoir une retraite bien méritée. Vous pouvez me comprendre, non ? demanda l'infirmière, beaucoup plus douce et lasse, soudain.
- Bien, acquiesça McGonagall à regret. Je vous laisserai partir dés que je vous aurais trouvé un remplaçant. Peut-être votre ami, Severus ?
- N'y comptez pas trop. Igor est un voyageur, comme ceux de son espèce.
- Espèce ?
- Disons… qu'il n'est pas un sorcier tout à fait comme nous, répondit Severus.
Il était plutôt réticent à l'idée de parler des capacités hors normes de cet homme.
- Surtout, dites-lui bien que c'est moi qui le réclame et il viendra plus rapidement, précisa-t-il.
Une nouvelle et violente quinte de toux le coupa soudain dans ses explications. Il était de retour parmi les vivants, mais il était encore bien loin d'être guéri.
- Bien, je ferai ainsi, confirma la directrice de Poudlard avant de se lever et partir.
Au passage, elle jeta un œil au jeune Draco, qui s'était endormi pendant que Pom-Pom s'affairait autour du professeur de Potions. C'était bien elle qui avait raison : le fils Malfoy n'avait rien fait de mal, cette fois. Il n'avait pas l'air méchant, comme ça. Et elle songea que dans sa panique, tout à l'heure, alors qu'il lui demandait de trouver une solution pour sauver Severus, il avait même eu l'air d'un enfant. Pas d'un sorcier quasiment adulte.
L'infirmière administra à Snape une potion de sommeil sans rêve puis suivit la directrice et referma les panneaux qui cachaient les deux patients à la vue des autres. Draco en profita pour ouvrir les yeux.
Il était passé maître dans l'art de faire semblant de dormir, pour qu'on le laisse en paix. Et il eut chaud au cœur quand il songea que le premier mot de cet homme, à son réveil, avait été son prénom. Alors il pria, autant qu'il le put et aussi fort qu'il le put, pour que la personne qu'attendait le professeur soit capable de le soigner.
Pour que quelqu'un leur vienne en aide, à tous les deux.
Et la prière de Draco s'éleva dans les cieux, vers la lune, et elle monta encore plus haut, jusqu'aux étoiles.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Lundi 8 juin, début de matinée
Couché dans son lit et déjà parfaitement réveillé, Harry laissait ses yeux courir sur son ciel de lit, l'air absent. Il se sentait étrangement las. Mal dans sa peau. Il songeait aux derniers jours qui s'étaient déroulés dans une routine qui, si elle avait été agréable pendant un temps, le plongeait désormais dans un ennui profond. Tout était tellement trop calme.
Il jeta un œil sur son réveil. Sept heures du matin… Encore un petit quart d'heure et Ron allait venir tirer ses rideaux et lui crier qu'ils étaient en retard pour le petit-déjeuner… Comme tous les matins désormais.
Au début de la semaine précédente, il appréciait de se lever sans plus avoir de lourde obligation pesant sur ses épaules. Il pouvait avoir une vie d'adolescent normal : une petite amie aimante, des révisions pour passer ses examens…
Il appréciait la routine de ses camarades dans toute sa splendeur. Ils étaient assez nombreux à avoir choisi de rester pour réviser et passer leurs examens, cette année. Et les Gryffondors des trois dernières années, pourtant peu connus pour leur acharnement au travail, en représentaient une bonne part. Principalement les filles, d'ailleurs.
Les autres élèves, plus jeunes, étaient pour la plupart retournés chez eux après la reconstruction du château. Ils voulaient profiter de leurs familles.
Chaque jour ou presque, la Gazette partageait ses titres entre la reconstruction et des sujets plus légers. Car même plus d'un mois après la bataille finale, le sentiment de bonheur et le désir de profiter de la vie restait vif au sein de la population sorcière. Les gens sortaient beaucoup, nombreux et en famille.
Alors les journées s'enchainaient toujours de la même manière, depuis. Le réveil d'abord, et le petit déjeuner tous ensemble – avec Hermione, Ron et Ginny, qui elle aussi avait décidé de rester. Ils retrouvaient dans la Grande Salle une majorité de Serdaigles, quelques Poufsouffles et une grande partie des Gryffondors.
Puis leurs matinées étaient chargées de révisions et leurs après-midi partagés entre révisions et détente. Du moins pour les Gryffondors de son année : les Serdaigles, comme désireux de confirmer les clichés qui couraient sur leur maison, étaient au travail toute la journée. Harry supposait que pour eux, c'était ça l'amusement…
Et enfin, chaque soir, Ginny et lui se rendaient dans la Salle sur Demande. Même si Ron faisait la tête à chaque fois qu'il les voyait ensemble – il n'aimait pas voir sa petite sœur grandir – tout le monde savait que le fameux jardin leur servait de refuge amoureux pour quelques heures. Ils discutaient beaucoup, s'embrassaient aussi.
Ensuite, elle saisissait le portoloin spécial que ses parents lui avaient confié, pour la rapatrier. Ils préféraient la savoir sous leur toit. Ginny restait leur petite dernière et malgré la fin de la guerre, ils aimaient l'avoir près d'eux. La guerre… Elle avait eu sur chacun d'eux un effet différent.
Pour Harry, c'était l'accoutumance à une certaine dose d'adrénaline, à une tension permanente due aux menaces qui avaient pesé sur lui toute sa vie.
Et désormais, après tant d'années de tension, tant de stress, tant d'action, Ron, Hermione et lui sentaient peser l'ennui sur leurs têtes. A peine une semaine de calme, une semaine sans obligation et sans enjeu de vie ou de mort, et ils étaient perdus. Il ne se passait vraiment rien autour d'eux et la banalité en était frustrante… Harry appréciait énormément le calme revenu, bien sûr, mais l'inaction le mettait mal à l'aise.
- Harry ! Il est déjà sept heures vingt ! On est encore plus en retard que d'habitude ! Dépêche-toi : les filles doivent nous attendre !
Harry jeta un œil au réveil après les cris de son ami. Effectivement. Il avait si peu envie de se lever qu'il n'avait pas vu le temps passer… Les deux sorciers, après une rapide toilette, descendirent les escaliers menant à la salle commune.
- Bonjour mon chéri ! Bien dormi ?
Harry embrassa Ginny, parce que c'était d'après lui la meilleure réponse à faire. Elle l'attendait au bas des escaliers tous les matins. Il songea qu'il avait encore rêvé d'eux en train de se marier… Malgré son mal-être diffus, il devait admettre que c'était bien agréable de se lever avec des gens constamment souriants autour de soi.
Assis à la table Gryffondor, Ron ne semblait pas vouloir changer la routine aujourd'hui non plus… Il tartina cinq ou six tranches de pain de tout ce qu'il pouvait trouver de sucré sur la table. Puis il remplit un bol de lait au chocolat chaud, dans lequel il versa rapidement quelques céréales au chocolat, avant d'y tremper ses tartines… Comme tous les matins.
- De toute façon, dans l'estomac, tout se mélange, alors… Se justifia-t-il. Comme tous les matins.
Harry retint un soupir.
Hermione regardait actuellement Ron avec un air désapprobateur, mais Harry savait qu'une fois que Ron aurait la bouche vide, il lui ferait un énorme sourire plein de joie et elle s'attendrirait sans rien dire. Comme tous les matins. Ce refrain commençait à le lasser et il aurait donné beaucoup pour qu'il arrive enfin quelque chose. N'importe quoi.
Comme pour répondre à ses vœux, la directrice se leva et tapa dans ses mains pour attirer l'attention des étudiants. Ron en fut tellement surpris qu'il fit tomber sa tartine et éclaboussa sa robe et celle d'Hermione. Il avait l'air tellement malheureux d'avoir perdu sa tartine dans son bol, que les épaules d'Harry commencèrent à tressauter sans son consentement.
- Ron ! Mais quel maladroit !
Pour une fois qu'Hermione râlait, ça changeait de son air fou amoureux… Harry regarda Ginny pour éviter de rire : peine perdue, elle le fixait pour les mêmes raisons et avec des larmes plein les yeux. Elle pouffa doucement, en parvenant à rester relativement silencieuse.
- Hermione, tu as des céréales dans les cheveux : ce n'est pas très propre tu sais… la réprimanda Ron brusquement.
Hermione eut l'air si abasourdie par le culot et l'inattention de son fiancé qu'elle fut incapable de répliquer. Elle le laissa enlever les quelques céréales collées à ses cheveux sans rien dire. Ginny jeta un discret coup d'œil à Harry qui éclata de rire au même moment, incapable de se retenir.
C'était désormais au tour de la directrice de le regarder avec désapprobation. Il réprima son fou rire à grand peine. Minerva McGonagall tapa à nouveau dans ses mains pour attirer les regards vers elle.
- Mes chers enfants. Vous savez tous que le professeur Snape est aujourd'hui toujours alité, à cause des tortures que lui ont infligées les Mangemorts.
Les élèves restèrent silencieux. Ils étaient peu à être réellement peinés pour Snape, même si Harry avait pris le temps, dans un article pour le Chicaneur, d'expliquer à tout le monde qu'il avait été d'une aide précieuse pour gagner la guerre. Mais il fallait avouer qu'il avait persécuté beaucoup d'entre eux, au fil de leur scolarité, et qu'il leur était difficile d'éprouver de la compassion pour lui aujourd'hui…
- J'ai donc fait appel à un médicomage de ses amis, Igor Malinovski, réputé pour savoir contrer la magie noire, afin de le soigner. J'ai reçu ce matin un courrier qui m'a confirmé qu'il arriverait en cours de semaine. Accueillez-le dignement, car il vient tout exprès de Russie et n'est encore jamais venu en Angleterre. Je compte sur vous pour lui donner une impression positive.
Harry fronça les sourcils, intrigué. Un médicomage réputé en matière de magie noire ? Est-ce que le professeur Snape était dans un si triste état qu'il fallait faire appel à quelqu'un hors du pays ? Harry songea qu'une visite au professeur de potions serait une bonne manière de casser la routine. D'autant plus que s'il conseillait un médicomage, c'est qu'il s'était enfin décidé à vivre au lieu de râler…
- Maintenant que vous êtes prévenus, vous pouvez retourner à votre petit-déjeuner. Bon appétit.
- C'est marrant, dit alors Dean qui n'était pas assis très loin. C'est là où je compte aller après les Etats-Unis, la Russie. Je pourrai peut-être lui demander quelques conseils en matière de visites !
Harry tourna la tête vers son camarade de chambre et lui demanda de quoi il parlait. Il n'avait pas vraiment tout suivi des projets de chacun, ces derniers jours. Il avait déjà des difficultés à imaginer son propre avenir…
- Je compte faire le tour du monde. Tu comprends, j'ai hérité d'un de mes oncles qui a participé à la bataille. Je veux me changer l'esprit, je veux voir d'autres pays. Je sais que mon oncle aurait aimé cette idée et mes parents sont d'accord. Alors je suis en train de me préparer. Je pars dans quatre semaines.
Harry ne put s'empêcher de frissonner en pensant à l'inconnu de l'après-Poudlard. Il admirait le projet d'envergure de Dean. Il serait bientôt majeur dans le monde des Moldus, alors c'était sûr que ses parents ne pouvaient rien dire…
- Mais comment tu vas faire pour les examens d'août si tu pars si tôt ? demanda Hermione, angoissée comme à son habitude.
Harry avait pensé qu'elle relativiserait plus ce genre de choses, avec la fin de la guerre. Mais tout comme lui était nerveux et mal dans sa peau en pensant au futur, elle semblait se raccrocher aux examens comme à un repère stable. Oui. Elle semblait vouloir réussir ses Aspics encore plus qu'avant. Elle avait une étrange manière de se plonger dans son travail et d'oublier tout le reste autour…
- Flitwick me fait passer des sortes d'examens parallèles en enchantements, expliqua le jeune sorcier, vu que je veux en faire mon métier par la suite. Comme ça, j'aurai un certificat d'aptitudes qui me servira à mon retour, et je pourrai quand même partir en voyage le plus vite possible.
Et là, Harry eut un deuxième petit sursaut d'admiration – et peut-être d'envie – envers lui. Dean savait déjà ce qu'il voulait faire. Harry savait seulement que la carrière d'Auror était la seule à peu près atteignable pour lui. C'était une voie qui pourrait sans doute lui apporter l'excitation qui lui manquait ces jours-ci… Mais c'était également une voie où il allait être confronté au risque de devoir tuer.
Et conscient qu'il aurait été incapable de tuer Voldemort de ses propres mains, pendant la bataille, il était inquiet… Cette voie était-elle réellement faite pour lui ? Il hésitait…
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Lundi 8 juin, fin de matinée
Harry avait laissé ses amis dans la salle commune à réviser : il leur avait annoncé qu'il allait voir Snape, mais comme personne ne s'était proposé pour l'accompagner, il déambulait seul dans les couloirs. Après avoir frappé doucement à la porte de l'infirmerie, il entra. Les lits blancs étaient tous vides et immaculés : Snape aurait-il été déplacé ailleurs que dans l'infirmerie ?
De son côté, Draco avait immédiatement ressenti la présence d'Harry. Pour la première fois depuis bientôt deux semaines, il allait le revoir en face. Il se sentait extrêmement agité et nerveux : comment sa magie allait-elle réagir ? Il se décida à le renvoyer s'il le pouvait.
- Madame Pomfresh s'est absentée pour le moment, revenez plus tard ! lança-t-il.
Harry, reconnaissant tout de suite la voix de Malfoy, se dirigea naturellement vers les paravents blancs qui formaient un espace au fond de la salle des malades. Il en écarta un et vit Snape et Malfoy tous les deux alités, chacun de leur côté.
Dés qu'il posa les yeux sur lui, Draco fut assailli par les mêmes images qui le hantaient chaque soir : Potter et la belette femelle s'échangeant leur salive. Car il avait fini par comprendre que c'était ces visions qui agitaient sa magie dans son sang, qui le perturbaient. Comme à chaque fois, il sentit sa magie bouillir en lui, tordue par des sentiments étrangers.
Entre l'ennui qui le guettait pendant le jour et la souffrance qui l'agitait la nuit, il était épuisé. La présence de Potter, qui faisait réagir violemment sa magie, ne faisait qu'empirer les choses. S'il ne pouvait plus être tranquille le jour, qu'adviendrait-il de lui ?
Il tenta bien de reprendre le dessus, mais il sentait sa magie pulser douloureusement dans ses veines : il attrapa immédiatement d'intenses maux de tête. Le jeune sorcier n'en laissa cependant rien paraître, détestant sa faiblesse. Il était tellement inquiet que Potter découvre un jour le pouvoir qu'il avait sur lui.
Il fallait qu'il dégage de là, et vite.
- Alors le balafré, lança-t-il en espérant le faire fuir, il paraît qu'on est zoophile maintenant ? A copuler avec une belette ?
Lorsqu'il vit la grimace de Malfoy, qu'il interpréta comme du dégoût, et qu'il l'entendit parler se sa petite amie comme d'un vulgaire animal, Harry sentit la colère monter et gronder en lui. Il voulut blesser cet arrogant de ses mots, lui aussi. Et pour une fois, il avait toutes les cartes en main.
- Ho ! Mais dites-moi, le pauvre petit Malfoy n'a personne pour venir le consoler ? Jaloux la fouine ? Qu'est-ce qui se passe : tu n'as rien trouvé de mieux qu'une infirmerie pour te cacher et retarder ton procès, lâche ?
Même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, Draco se sentit touché. Son parrain se mourrait, ses parents n'étaient pas revenus le voir depuis qu'ils l'avaient placé à l'infirmerie, il avait « fêté » son anniversaire seul dans son lit, trois jour auparavant… Alors, oui, il se sentait seul.
En revanche, personne n'avait le droit de le traiter de lâche !
C'était de la faute de ce bigleux s'il se retrouvait à l'infirmerie après tout ! Un bigleux même pas reconnaissant pour son parrain, qui avait presque sacrifié sa vie pour lui, et qu'il n'était même pas venu voir une seule fois depuis son arrivée à l'infirmerie. Et c'était censé être lui, le gentil dans l'histoire.
- Va te faire foutre, s'emporta-t-il, tu n'es qu'un héros de pacotille ! Tu n'aurais jamais pu gagner seul ! Ne parle pas de lâcheté quand tu ne viens même pas voir ceux qui se sont sacrifiés pour toi !
Un peu de la magie du jeune sorcier blond s'échappa : il perdait le contrôle à cause de la colère. Il tenta bien de la rattraper, mais elle eut le temps de faire trembler l'armoire à potions derrière Harry. Celui-ci, que la hargne de Draco et la menace qui se dégageait de lui avaient définitivement mis en colère s'écria :
- Tu peux parler de gratitude ! Je t'ai sauvé la vie deux fois, j'ai sauvé tes parents, et toi tu m'insultes ? Tu ne mérites pas d'être à l'abri des Détraqueurs, bien blotti dans l'infirmerie ! D'ailleurs, j'espère bientôt ne plus jamais te voir à Poudlard ! Pars et n'y remets plus les pieds !
Le jeune héros flamboyait presque sous la colère. Draco avait l'impression de voir une aura se déployer autour de lui, qui s'était enflammée tant il était hargneux. C'était les mêmes flammes qui l'avaient blessé quand il était dans le coma, il aurait pu en jurer. Il eut un sursaut de peur qui lui fit relâcher totalement sa vigilance et sa magie se libéra.
Sans qu'il ne puisse rien faire, il se sentit se lever et sortir de l'infirmerie : il ne portait en tout et pour tout que la longue « chemise » blanche que l'infirmière donnait à tous ses pensionnaires longue durée. Quand il passa à côté de Potter, il fut tenté de l'insulter vraiment grossièrement, mais sa bouche resta obstinément fermée.
Bien qu'il fut surpris par la docilité de son vis-à-vis, Harry ne dit rien – satisfait de se voir obéi – et ne lui lança pas un seul regard alors qu'il s'éloignait. Il s'approcha ensuite de Severus dont l'état semblait avoir empiré d'un coup, après que la porte de l'infirmerie ait été fermée par Malfoy.
Il resta à contempler son professeur presque un quart d'heure, ne sachant vraiment quoi dire ou quoi faire. Il avait vraiment l'impression de veiller un grand-père, avec ses traits tirés qui le vieillissaient. Un grand-père acariâtre et malade.
À un moment, la baguette de Draco, restée sur sa table de chevet, attira son attention. D'un mouvement irréfléchi et spontané, il la brisa sur son genou, sèchement. Sans un remord, il pensa qu'ainsi, il ne serait plus capable de faire le moindre mal à qui que ce soit. Le ministère avait bridé la magie du père. Lui, il anticipait en bridant la magie du fils.
Quand Pomfresh revint au chevet du professeur, elle ne posa aucune question sur la disparition de son autre malade – depuis le temps qu'il voulait partir, elle n'était pas surprise – et Harry ne lui dit rien non plus. A sa demande, il sortit de l'infirmerie docilement. Et au fond, l'infirmière était soulagée de ne plus avoir dans ses pattes ce gamin méprisant et toujours en train de se plaindre.
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Arrivé dans le couloir froid, Draco compris avec horreur que son corps le dirigeait vers les Grandes Portes pour lui faire quitter le château. Seulement, à l'instant, il n'avait ni baguette ni pouvoir pour se protéger. En plus, il était à moitié nu… Quel imbécile ce Potter : ne pouvait-il pas voir à quel point ses mots étaient capables d'affecter sa magie ? Non, monsieur donnait des ordres sans se poser de question, sûr de son bon droit.
En tentant de se calmer, il se raisonna : Harry n'avait jamais voulu le chasser de Poudlard, voyons ! Il était un bon et gentil Gryffondor… Il voulait seulement le renvoyer de l'infirmerie. C'est seulement là qu'il n'avait plus le droit de poser le pied. Pas la peine d'extrapoler son ordre à tout le château, n'est-ce pas ?
Le sorcier blond sentit son corps ralentir et continua d'argumenter dans ce sens, tentant de convaincre sa propre magie à l'aide de son seul esprit. Mais plus son corps ralentissait et plus son mal de crâne s'intensifiait : il était très difficile de maîtriser une magie rebelle.
Encore heureux qu'il soit un Serpentard rusé, sinon il serait déjà dehors en train de se les geler. Parce que malgré l'été, il ne serait pas protégé de la fraîcheur avec une simple chemise de malade…
Draco se dirigea vers une aile très peu fréquentée du château pour tenter de se calmer et de calmer sa douleur. Pourquoi Potter l'avait-il chassé comme un malpropre ? Il devrait avoir l'habitude de son mauvais caractère maintenant ! Et ça n'était pas pour rien qu'il était à l'infirmerie non plus ! Foutu Potter ! Il le haïssait.
Le jeune homme arriva rapidement aux toilettes pour hommes : il y entra sans hésiter pour se passer un peu d'eau sur le visage. Il ne vit pas le groupe de jeunes gens qui avait déboulé derrière lui par hasard, et qui s'étaient stoppés nets par stupeur.
Draco avait l'impression d'être fiévreux et l'eau fraîche lui fit du bien. Décidément, il passait par tous les extrêmes : de bouillant à gelé et vice-versa, il n'avait pas de répit. Son corps faisait des siennes, sans lui demander son avis… Et il avait même des frissons, maintenant… Le même genre de frissons qui avaient précédé son moment de faiblesse, dans la salle de bains des préfets.
L'angoisse de ne pas savoir ce qui allait se passer pour lui désormais, certainement.
En sortant des toilettes, il eut la surprise de se retrouver en face d'un groupe de jeunes filles de Gryffondor. Il n'aima pas les divers regards qui se posaient sur lui. La plupart d'entre eux exprimaient la haine, et d'autres étaient plus effrayants encore.
Certaines jeunes filles possédaient une lueur qu'il était incapable de définir, alors qu'elles détaillaient son corps de haut en bas. C'est sûr que c'était bien la première fois qu'on pouvait voir le Prince de Serpentard à moitié nu dans un couloir désert…
- Alors, sale mangemort ! cracha l'une d'elles. Qu'est-ce que tu fais là ? Tu t'es perdu ?
- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?
- Justement ! Tu pollues notre air et tout le château par ta seule présence. Tu devrais être à Azkaban, à l'heure qu'il est… alors je répète ma question : qu'est-ce que tu fais là ?
- Et moi je me répète : qu'est-ce que ça peut te foutre ?
Draco déjà en rogne après son entrevue avec Potter n'était pas d'humeur à supporter la haine des autres élèves. Il avait déjà assez à faire avec la douleur qui lui vrillait le cerveau : il voulait retrouver le calme des appartements de son parrain.
- Malfoy, tss tss… Tu devrais savoir qu'un mangemort comme toi n'est pas en position de la ramener, surtout devant des combattantes du Bien.
- Et comme nous sommes la Lumière, nous allons faire notre travail et chasser les ténèbres de Poudlard… Tu comprends ce que ça veut dire ?
Draco fut effrayé par la lueur démente dans les yeux de la dernière fille qui s'était exprimée : elle semblait vraiment sérieuse dans sa menace. Elle avait un tic étrange. L'un de ses yeux clignait à intervalles réguliers. Il aurait pu croire qu'elle lui faisait des clins d'œil intéressés, si elle n'avait pas eu un air aussi haineux.
Au moment où cette pensée lui traversa l'esprit, elle lui attrapa les cheveux : il était resté petit pour un garçon, et cette fille-là était particulièrement impressionnante, grande et musclée, pour une fille.
- Tu sais que tes camarades ont tué ma petite cousine ? Et moi, j'adorais ma petite cousine… murmura-t-elle à son oreille. Puis de sa main libre, elle lui flanqua un coup dans l'estomac qui le fit se plier en deux et gémir.
Il ne put ensuite se rendre compte de ce qui lui arrivait précisément : le premier coup reçu semblait être l'autorisation pour toutes les autres filles de se défouler. Sous la pluie de coups qui s'abattit sur lui, il tenta bien de se défendre. Il toucha et blessa quelques unes de ses adversaires, mais sa magie lui faisait défaut, surtout sans sa baguette. De plus, les jeunes femmes étaient bien trop nombreuses pour lui seul.
S'évanouissant sous la douleur, sa tête comme son corps ayant passé depuis longtemps le seuil du tolérable, il fut laissé comme mort par les jeunes filles. Et malgré leur folie furieuse de l'instant, elles avaient vérifié qu'elles n'avaient pas laissé d'indice sur leur présence : il n'était pas question de se faire accuser de meurtre, maintenant que la guerre était finie…
Edité le 06-02-16
