Chapitre 2 : Igor Malinovski

Partie 2 : Le nouvel infirmier

Mercredi 10 juin

Draco tentait depuis déjà deux jours de faire appel à sa magie primitive pour se soigner. Les elfes de maison avaient gracieusement accepté de porter ses affaires dans l'appartement de Severus, où il était parvenu à trouver refuge après son lynchage, et il avait retrouvé parmi elles sa baguette brisée en deux.

Il avait compris tout de suite que ça devait être un coup de ce foutu Potter. C'était le seul qui avait accès à sa baguette, mais surtout, c'était le seul capable de la briser sans alerter sa magie interne.

Ou alors, il n'avait pas senti le lien se briser parce qu'il était aux prises avec des Gryffondors folles. Il était peut-être même déjà dans les vapes, quand Harry lui avait retiré le droit d'être autonome.

Curieusement, avant la colère, c'est surtout une immense tristesse qui l'avait terrassé en voyant les dégâts irréparables. Il avait versé des larmes amères – lui qui méprisait toute expression des sentiments – devant cette compagne brisée qui ne lui avait jamais fait défaut auparavant.

Et c'est seulement après coup que la colère était venue. Quand il avait compris toute la signification de ce geste : sans sa baguette, un sorcier n'était plus un sorcier. Et Draco ne pourrait plus lancer même le sortilège le plus simple. Quant au fait d'en retrouver une… comment le pourrait-il, alors qu'il devait passer en jugement à une date encore inconnue ?

Il avait également trouvé parmi ses biens un cadeau d'anniversaire de ses parents. Finalement, ils ne l'avaient pas oublié, même s'il aurait préféré les voir. Ils lui avaient envoyé tout un lot de potions. Ils imaginaient sans doute que l'infirmière s'occupait mal de lui ou que ses potions étaient de mauvaise qualité.

Quelque part, ils n'auraient pas eu tort. Leur tort, c'était de vouloir le laisser à la merci du « magnanime » Potter. Ils n'auraient jamais imaginé qu'il serait chassé de l'infirmerie par celui-là même qu'il était censé aduler. Et qu'il se retrouvait désormais seul dans les appartements de son parrain, sans baguette.

Il avait fini les potions calmantes la veille déjà, et il se retrouvait maintenant sans plus aucun appui pour l'aider à supporter sa douleur. Il essayait donc de se guérir à la seule force de sa magie. Mais sans canalisateur, il était incapable de la diriger. Il avait bien essayé de se rapprocher de l'infirmerie, pour prendre quelques potions soignantes supplémentaires, mais il n'avait même pas pu poser un pied dans le couloir qui y menait. Sa magie l'en empêchait, pour obéir à Potter.

Heureusement, il pensait avoir réussi à remettre quelques os, et surtout ses côtes, en place. Il respirait un peu mieux qu'avant. Mais c'était quand il avait eu les potions calmantes pour l'aider. Ce matin, c'était de pire en pire et il n'arrivait à rien faire pour contrer la douleur. Il avait du mal à se lever, à marcher, à bouger même, de façon générale.

Frustré, il hurla dans un des coussins du canapé sur lequel il s'était assis – avec précaution. Il ne voulait pas attirer à nouveau l'attention sur lui en faisant du bruit.

Car même s'il était dans les cachots, donc dans un endroit où personne ne mettait théoriquement les pieds de sa propre volonté, il ressentait l'angoisse d'être découvert et chassé. Il avait peur de tomber à nouveau sur le groupe de Gryffondors et de ne toujours pas savoir se défendre. C'était le même sentiment d'angoisse qu'il avait ressenti deux jours plus tôt, dans les toilettes où il s'était réfugié. Ce sentiment qui apparaissait visiblement à chaque fois qu'il était en danger…

Il rageait de voir la peau pâle dont il était si fier, cette peau qui commençait à peine à guérir de la folie des mangemorts, à nouveau meurtrie. Elle était couverte de contusions, de bleus plus ou moins rouges ou violacés. Il avait la respiration sifflante et sa main gauche pendait lamentablement. L'un de ses agresseurs avait dû s'acharner dessus.

Il marchait en boitant parce que son genou droit le faisait souffrir, mais c'était son dos qui lui faisait le plus mal, avec les côtes peut-être. Il était coloré presque sur toute sa surface et un gonflement suspect pulsait sur sa hanche.

Il s'était écroulé sur le ventre, quand il s'était fait battre, et dans une certaine mesure, il se trouvait chanceux. Car il avait évité là une pluie de coups trop douloureuse. Bien qu'il n'ait reçu qu'un coup dans l'estomac, pendant cette bataille, il avait mis toute une journée avant de pouvoir avaler quelque chose sans le rendre. Plus l'aurait probablement tué. Il n'était pas un surhomme.

S'il parvenait à survivre, en puisant dans ses réserves magiques, il sentait quand même son état empirer : parfois, la fièvre le faisait délirer et il ne voyait plus le temps passer. Et dans ces cas-là, il voyait Harry encourager ses troupes à le molester, se moquant de lui, des flammes blanches s'échappant de son immense bouche…

Il ne l'avouerait pour rien au monde, mais il avait peur pour sa vie. Vraiment peur. Car il était définitivement seul.

HPFWHPFWHPFWHPFWHPFWHPFWHPFW

Jeudi 11 juin, matin

Harry avait encore une fois emprunté à Neville l'un de ses costumes. Mais il avait pris le plus sombre, à l'image de son humeur. Aujourd'hui avait lieu l'enterrement de Fred Wealsey. Il craignait de se retrouver au milieu des membres de cette famille en deuil, à cet instant, car il avait peur de leurs reproches. Une partie de lui était consciente qu'il n'était pas le responsable, mais l'autre partie pleurait la mort de son camarade. Il en voulait terriblement à Voldemort et ses mangemorts.

Par Merlin ! Il était encore furieux en songeant à l'injustice de cette mort, à l'absurdité de toutes les autres, et à l'absurdité de cette guerre elle-même. Ça n'était pas la folie d'un seul homme, c'était la folie de tous ceux qu'il était parvenu à contaminer avec son horrible marque.

Ginny n'avait pas voulu qu'il vienne au Terrier cette nuit, comme d'autres membres de la famille avaient pu le faire, ni y aller à son bras. Elle voulait rester en famille parce que « c'était trop dur »… Elle lui avait dit qu'ils se retrouveraient après l'enterrement, mais il était difficile de ne pas se poser de question. Avait-il fait quelque chose de mal ? Le blâmait-elle pour la mort de Fred ?

Que trouvait-elle trop dur ? D'avoir perdu un frère ? Harry avait perdu un ami, un compagnon d'armes et l'une des deux seules personnes qui étaient parvenues à le faire rire dans les pires moments. Il pouvait comprendre autant qu'elle.

Trop dur de quoi ? De perdre un membre de sa famille ? Combien de fois avait-il dû lui-même apprendre à passer outre, avec dans sa poitrine un horrible sentiment de culpabilité ?

Trop dur de partager sa famille dans un tel moment alors ? Ils n'en formaient déjà presque plus qu'une. Il était son futur époux. N'était-ce pas leurs rôles de s'épauler dans la difficulté ?

Harry se calma un instant. Sans doute était-ce la douleur de cette perte qui le mettait en colère, et la colère qui le faisait penser ainsi. Ginny était fière. Elle ne voulait probablement pas se montrer effondrée, faible. Elle voulait l'épargner. La guerre avait fait autant de ravages chez elle que chez lui….

Elle ne savait peut-être pas encore jusqu'où il était prêt à aller pour la personne qu'il aimait. Après tout, il devait lui laisser le temps de le connaître. Elle semblait savoir, contrairement à tant d'autres, qu'il y avait un Harry derrière Potter le héros.

C'était donc à lui de lui montrer désormais, de lui présenter cet Harry qu'elle attendait tant… Pour autant… Il se demanda fugacement s'il n'avait pas été un peu rapide. Aurait-il dû – en quelque sorte – lui présenter Harry avant de lui faire sa demande en mariage ?

Non, ça ne changeait rien. Ginny l'avait toujours aimé. Et elle était forte. Elle était ce qu'il lui fallait, un point c'est tout…

Quand il arriva sur le lieu de l'inhumation, Harry trouva que la carriole était allée beaucoup trop vite. Plongé dans ses pensées, il n'avait pas fait attention au trajet ni au décor et il paniqua une seconde en pensant qu'il n'était pas assez préparé.

Neville, qui avait tenu à l'accompagner en voyant son air perdu lors du choix d'un costume, sembla lire dans ses pensées. Le regard tourné au dehors, il prit la parole comme pour lui-même.

- Tu vois, Harry, ça va être la quatrième fois que j'assiste à un enterrement en autant de semaines. C'est étrange, j'ai beau savoir à quoi m'attendre, je n'ai jamais l'impression d'être prêt. Il est heureux qu'on ne soit jamais assez préparé à la mort d'un proche. Cela prouve notre attachement, notre humanité. Ça me rassure de voir que la guerre ne m'a pas autant abimé qu'elle aurait pu le faire…

Quand il tourna ses yeux vers le jeune homme brun assis devant lui, Neville sut qu'il avait trouvé les mots justes. Les yeux d'Harry brillaient non plus de chagrin mais d'une sorte d'étrange gratitude. Et de tristesse, mais bien moins noire que lorsqu'il était entrée dans le véhicule.

Neville avait bien fait de ne pas l'avoir laissé y aller seul. Il ne comprenait même pas qu'on ait pu le laisser venir seul, alors que le mort à pleurer était quelqu'un de si proche. D'autant plus que c'était, pour Harry, le premier enterrement auquel il assistait depuis la fin de la guerre. Ce serait nécessairement un moment chargé en émotions.

Neville l'accompagna pas à pas jusqu'au petit porche dressé sur la propriété des Weasley. C'était l'entrée du cimetière familial. Harry s'arrêta devant, retardant le moment de franchir le pas et de voir tous ces gens, derrière, pleurer leur mort.

- Je n'avais jamais fait attention à cet endroit, avant… chuchota Harry la gorge nouée. Il déglutit. J'ai tellement honte…

- De quoi Harry ? répliqua Neville, la voix basse

Il comprenait parfaitement le sens réel de sa phrase. Lui aussi était passé par là. Il comprenait qu'Harry regrettait de n'avoir pas pu faire plus, tout comme il regrettait d'avoir découvert si tardivement le guerrier qui sommeillait en lui. Pour autant, le passé ne pouvait être changé et il était nécessaire de le laisser derrière pour avancer.

En voyant Harry secouer la tête lentement, d'un air absent, il décida de détourner ses pensées moroses un instant.

- Tu n'as pas à avoir honte. Toutes les familles de sang-pur cachent leurs cimetières familiaux. Moi-même, je n'ai vu qu'une fois celui sur la propriété de mes parents, pour l'enterrement de mon grand-père. J'étais petit, encore. Ce sont des endroits bouleversants. Tant de la magie de tes ancêtres réunie au même endroit. Je n'y suis jamais retourné. Et j'espère encore aujourd'hui ne jamais devoir y faire face. Les sang-purs cachent ces endroits, tu sais…

Oui, Neville comprenait parfaitement le besoin du jeune homme de meubler ce moment si intensément douloureux qu'il avait déjà vécu lui-même plusieurs fois. Il reprit la parole.

- Et ce n'est pas honteux de venir pleurer quelqu'un que tu as connu et apprécié. Et… tu ne devrais jamais avoir honte de tout ce que tu as fait pour ta future belle-famille. Personne ici ne peut t'en vouloir pour la mort de Fred… Personne. Tu me crois ?

Harry secoua la tête sans répondre. Son ami avait une attitude qui mêlait étrangement condescendance et compassion. Il avait toujours cru que cette association était impossible.

Mais Neville avait aussi le don de lui mettre du baume au cœur. Et de lui remettre les idées en place. Sa future belle-famille l'attendait. Il s'activa et passa le porche.

Il fut alors submergé par les bruits de sanglots et de reniflements dans l'espace révélé. Il y avait du monde. Il vit ensuite le cercueil sombre où reposait Fred, plus loin devant lui. De là où il était, il pouvait voir des cheveux roux dépasser. Il n'y avait pas de couvercle.

Harry n'osa pas s'approcher, préférant garder du jumeau une image vivante, gaie. S'il allait voir le jeune sorcier maintenant, il avait peur que ce soit la seule image qu'il garde de lui désormais. Malgré ce qu'avait dit Neville, il ne se sentait pas le droit de pleurer. Il avait l'horrible sentiment que c'était illégitime. Déplacé. Immérité.

Il fut assis par Neville sur une chaise de bois, presque au dernier rang, loin du cercueil. Finalement, il était heureux de ne pas être là-bas, tout devant, avec la famille Weasley. Il avait mal pour ce mort comme pour tous les autres morts auxquels l'enterrement l'incitait à penser. Il retenait ses larmes, sans forcément le faire volontairement.

Il aperçut l'image fugace de Georges, effondré dans les bras de Percy, pleurant toutes les larmes de son corps, le visage enfoui contre le torse de son frère. Il sentit sa gorge se nouer sous l'émotion. Puis il vit Arthur pâle et défait, et plus loin, un peu à l'écart, les deux aînés et Fleur qui semblaient tous se soutenir mutuellement. Le regard d'Harry revint vers le cercueil, lentement.

Molly et Ginny étaient toutes les deux debout, raides devant les gens qui venaient leur présenter leurs condoléances. Leurs visages doux d'ordinaire étaient durs, traduisant sans doute leurs efforts pour contenir leur peine.

Il n'avait pas vu Ron, mais il soupçonnait le plus jeune Weasley d'être dans les bras d'Hermione pour qu'elle l'aide à supporter le sentiment définitif de perte. Il était maintenant évident pour tous qu'on ne pouvait revenir en arrière.

Harry fut content d'être assis : ses jambes tremblaient. Il ne savait pas pourquoi il était si affecté. L'avait-il autant été quand son ancien mentor était mort ? Peut-être. Il ne se souvenait que du sentiment d'urgence et la difficulté de sa quête d'alors. Et il avait repoussé Ginny… C'était le devoir et la colère qui le guidaient.

Aujourd'hui… Il avait le sentiment d'être enfin normal, mais ses larmes ne coulaient pas.

Il vit bientôt la cérémonie commencer, mais n'y prêta pas beaucoup attention. Toutes ses pensées étaient avec Fred, et il lui disait, quelque part dans sa tête, qu'il avait été heureux de le connaître.

Et il se souvenait de tous ces petits détails qui lui avaient paru insignifiants à l'époque mais qu'il était aujourd'hui content de connaître. Il se rappelait les toilettes qu'ils voulaient offrir à leur mère, un jour, pour Noël… Les nombreuses farces et les moments de fou rire qu'ils avaient partagés à Poudlard…

Puis son attention fut attirée de nouveau sur la scène qui se déroulait devant lui, quand Ginny se leva, la baguette fermement tenue en main. Elle s'approcha du cercueil et mit feu au corps. Harry sursauta et demanda à Neville ce qu'il se passait.

- C'est normal, Harry. Ça fait partie des cérémonies des plus anciennes familles. Le plus jeune membre de la famille « brûle » le corps du mort pour libérer la magie qui y était enfermée et la rendre au monde qui lui avait prêtée.

- C'est barbare ! s'exclama Harry qui ne semblait pas très au fait des incinérations moldues.

- Ce sont des anciennes croyances, Harry. C'est un hommage, au contraire.

Harry observa les flammes monter très haut au-dessus du cercueil qui, lui, restait intact. Il s'en dégagea soudain une fumée pourpre qui s'éparpilla dans les airs. Les flammes disparurent sur le coup. Il vit ensuite deux personnes qu'il ne connaissait pas placer le couvercle manquant au cercueil. Harry demanda discrètement à Neville pourquoi on enterrait Fred après l'avoir brûlé.

- Son corps n'a pas réellement brûlé. L'incantation est seulement censée libérer la magie. On n'a jamais su si ça marchait réellement, mais l'âme et la magie partent ensuite en paix et le corps peut être enterré. Comme tu le vois, le cercueil est placé dans le caveau qui lui était réservé et chacun peut rendre à Fred un dernier hommage, seul à seul. C'est généralement la famille proche qui y entre.

Harry sentit sa tête tourner. Il comprenait tout ça, mais il n'y avait pas été préparé. Et assister à cette cérémonie pour la première fois pour Fred était un peu trop. Il inspira doucement pour reprendre le contrôle.

- Pourquoi ça n'a pas été comme ça pour l'ancien directeur Dumbledore ?

- Je ne sais pas. Soit Abelforth voulait se cacher du ministère, soit la cérémonie avait été faite dans l'intimité. Je n'en sais rien Harry.

Puis il ajouta, concerné : « Tu veux y aller ? »

Harry observa Percy remonter du caveau : il avait l'air extrêmement malade. Il le vit tituber, puis tomber, évanoui. Vu la réaction surprise de sa famille, ce genre d'événement n'était pas courant. Harry était bien décidé à ne pas entrer dans le caveau, mais il se précipita pour aider Bill à ramener son frère au Terrier, à l'abri. Et pour se cacher lui-même, se protéger des émotions vives que la cérémonie avait provoquées.

Neville décida, lui, de rester dehors pour la fin des hommages et pour laisser Harry digérer tout ça seul. Il avait déjà remarqué qu'il était difficile pour son camarade de chambre de passer outre les victimes de la guerre. A chaque fois que quelqu'un abordait le sujet près de lui, il semblait particulièrement affecté. Sans doute à cause de l'importance de son rôle…

Il s'approcha des Weasley pour leur présenter ses propres condoléances. Il avait tellement été absorbé par la détresse d'Harry qu'il n'en avait pas eu le temps. Il n'avait pas osé ni même pensé à le laisser seul. Harry était pour beaucoup un héros solide et fort, mais Neville savait que chacun pouvait avoir ses moments de faiblesse. Que chacun avait ses failles.

Une fois près des deux femmes Weasley, il entendit quelques paroles amères et fut heureux qu'Harry soit dans la maison.

- Non, maman, pas maintenant. Il n'est même pas venu présenter ses condoléances.

- Il avait l'air vraiment défait, ma chérie. Vas le voir. Frédéric ne t'en voudra pas.

- Mais tu ne comprends pas ! Si je vais voir Harry alors que la cérémonie n'est pas encore finie… Maman, il était avec Fred quand il est mort : je ne veux pas… Je ne sais pas s'il lui en veut de là où il est. Il aurait pu vivre ! Je sais que ça n'est pas de la faute d'Harry, mais…

La jeune sorcière ravala un instant ses sanglots puis reprit plus posément : le chagrin la rendait un peu confuse.

- Depuis hier, je ne peux pas m'empêcher de lui en vouloir pour ça, pour sa mort. Ce n'est pas juste, je sais, mais je n'arrive pas à… Et aujourd'hui, il n'a pas daigné se rapprocher, lui dire au revoir. Non, je t'assure, c'est mieux si tu me laisses encore un tout petit peu de temps. Je passerai au-dessus de ça, mais pas tout de suite, pas alors que j'ai dû… que j'ai dû faire ça. Le brûler. Il est mort, maman… reprit-elle en pleurant de plus belle.

Neville pouvait comprendre beaucoup de choses. Dont la douleur de perdre un être cher. Il comprenait que Ginny venait juste de réaliser la disparition définitive de son frère et qu'elle en était bouleversée.

Mais il ne pouvait pas admettre qu'elle puisse en vouloir à Harry quand celui-ci avait fait tout son possible pour le monde sorcier. Lui en vouloir alors qu'il était vraiment loin d'être insensible à la mort du jumeau. Il hésita à lui faire part de son indignation, mais se radoucit et tourna les talons en entendant sa dernière phrase.

- Ne t'en fais pas, maman. Je saurai me faire pardonner ça, cette colère, le reste de ma vie. Quand nous serons mariés…

Quand il passa à nouveau le porche du cimetière, Neville fut soudain aveuglé par les flashs d'appareils photo. Des journalistes avaient envahi la pelouse des Weasley. Quelques uns se précipitèrent sur lui pour lui demander où était Harry Potter et il eut le temps de voir Ron et Hermione, fulminant, en train d'en chasser d'autres.

Quand Harry sortit du Terrier, il en restait encore, malheureusement. Ils se précipitèrent tous vers lui, mais Harry ne semblait pas réellement prendre conscience de ce qui se passait. Il était complètement perdu dans ce chahut déplacé. Il fut rudement bousculé par ces vautours qui voulaient le scoop d'un sauveur effondré.

- Neville, lui cria Ron, emmène Harry ! On va distraire les journalistes !

Et c'est ce qu'ils firent. Quand Neville installa Harry de force dans la carriole qui les avait emmenés, il tremblait. Il avait l'air dans un autre monde. Les sombrals se mirent immédiatement en route.

HPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIM

Samedi 13 juin, matin

Alors qu'il accompagnait Ginny, Hermione et Ron jusqu'aux grandes portes de Poudlard, Harry restait silencieux. Il ne partageait pas l'enthousiasme de ses amis qui voulaient vraiment sortir du château. Comme depuis deux jours, il était plongé dans ses pensées. Il ne cessait de repenser à l'enterrement.

En fait, ça avait été une journée très étrange. Le malaise avec Ginny, la souffrance de voir le cercueil de Fred, avec toute cette cérémonie qu'il ne connaissait pas, les journalistes… et l'étrange attitude de Percy. En sortant, Harry n'avait osé en parler à personne.

Après son évanouissement, ils avaient installé Percy sur un lit. Bill était parti chercher une bassine d'eau fraiche pour faire baisser la température de son frère, mais dès qu'Harry avait été seul, le sorcier s'était réveillé brusquement. Il s'était assis, les yeux révulsés, juste le temps de prononcer quelques mots étranges et perturbants.

Deux frères sont revenus

Deux époques révolues

Ils vont des pleurs aux ris

.

L'un pardonne la bévue

Et dans l'âme étendue

Le message a transmis

.

L'autre donne la vue

Au moment attendu

De mi-mort en mi-vie

.

Contre le traître perdu

Ces mots, ma volonté

Je voulais, il fallait,

Mais je disparaitrais

.

Transmet les et périt

Ou souviens-toi, agis

Harry les tournait et les retournait sans cesse dans son esprit, sans oser en faire part à Ron ou à Hermione par exemple. Il ne voulait pas périr : voilà au moins une chose dans cette annonce qui semblait claire…

Maintenant qu'il était débarrassé d'une prophétie, il avait peur qu'une autre s'impose à lui. Ca y ressemblait tellement.

Il prenait les mots très aux sérieux, d'autant plus qu'il était question d'une victime. Mais en même temps, il enrageait vraiment que ça soit encore tombé sur lui. Il avait vaincu la pire des menaces pour les sorciers : un mage noir. Ne pouvait-il pas être tranquille ? Pourquoi devait-il être le seul à entendre ces mots, encore une fois ? Etait-ce lui qui était concerné ? Et pourquoi des mots aussi incompréhensibles ?

Au moins, la prophétie qui les concernait – feu Voldemort et lui – était plutôt évidente. Et puis pourquoi c'était Percy qui avait parlé ? Qu'est-ce qui allait encore lui tomber dessus ?

Alors depuis deux jours, Harry était morose et il préférait rester à l'abri des murs du château. Dans une certaine mesure, il redoutait l'extérieur. On ne pouvait pas dire qu'il avait peur, pas après ce qu'il avait vécu… Mais il craignait d'être à nouveau différent.

Il ne voulait pas agir : il voulait juste se laisser vivre, avoir la paix enfin. Il fut sorti de ses pensées par Ron, qui insistait encore une fois pour qu'il sorte.

- Allez Harry ! Viens avec nous, sors un peu !

- Non, je vous assure, allez-y en amoureux pour une fois…

- Mon pote, je te rappelle que c'est déjà la troisième fois que tu refuses de nous accompagner à Pré-au-lard depuis ta victoire. Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Hem… C'est difficile à expliquer… Je sais que les journalistes sont à l'affût de la moindre de mes sorties, dit-il soudain en jugeant que c'était plutôt une bonne excuse, et je veux la paix. Et pour ça, je dois les éviter…

- Je t'assure qu'on n'en a vu aucun à chaque fois qu'on y est allés, le rassura Hermione.

- Et pourtant, je préfère attendre encore un peu. Je me sens en sécurité ici, je n'ai pas envie de bouger tout de suite…

Pas après le Terrier, songea-t-il. Il avait survécu à une guerre, au devoir de se sacrifier, mais son expérience à l'enterrement de Fred l'avait sacrément refroidi quant au monde extérieur. Les journalistes étaient juste une partie du problème.

Il voulait rester protégé de la folie du monde, ne plus devoir faire partie des grandes affaires du ministère, de la presse et de tout le reste.

- Mais tu te sentiras en sécurité partout : c'est parce que le fou dangereux est mort que tu ressens ça ! Ça sera pareil à Pré-au-lard ! Viens, ça nous ferait vraiment plaisir… reprit-elle.

- Ho, mais laissez-le tranquille, allons-y à trois et Harry viendra quand il sera prêt. N'est-ce pas mon chéri ?

Ginny savait, pour l'avoir expérimenté avec l'enterrement de Fred, que parfois on avait besoin d'être seul. Sans ami autour pour nous forcer à être heureux quand on ne l'était pas. Elle-même avait éprouvé envers son fiancé une colère que seul le chagrin pouvait expliquer. Elle s'était tenue loin de lui, consciente que cette colère était injustifiée, afin de ne pas lui faire de mal.

Si Harry se forçait à sortir, alors la promenade à Pré-au-Lard ne serait plus aussi gaie et légère. Parce que même sans le vouloir, Harry aurait été capable d'assombrir leur humeur à tous.

Harry, quant à lui, lança un sourire soulagé à sa petite amie si compréhensive. Elle avait été adorable avec lui depuis l'enterrement. Ron poussa un soupir puis haussa les épaules, capitulant. Harry leur fit un petit signe de la main alors qu'ils s'éloignaient tous les trois, avant de rentrer à nouveau et de se mettre à l'abri des murs du château.

Alors qu'il allait remonter dans la tour Gryffondor, son refuge, il entendit le professeur Flitwick s'écrier dans un couloir adjacent : « Il arrive, enfin, le médicomage arrive ! » Curieux, Harry s'approcha d'une des fenêtres du château qui donnait sur l'entrée principale de Poudlard.

Harry avait compris, ces derniers jours, que certains membres du corps enseignant avaient réellement apprécié Snape et ses sacrifices et qu'ils se désolaient de son état actuel. Flitwick en faisait partie. Le petit professeur n'avait jamais été dérangé par les piques et le ton parfois grinçant de son collègue et il appréciait même ses traits d'esprit cyniques. Aussi faisait-il partie de ceux qui attendaient le réveil du professeur de Potions avec bienveillance.

Une sorte de carriole bringuebalante cahotait sur la route qui menait du portail au château. Elle était entièrement noire, et traînée par des chevaux encore plus noirs. Même s'il n'y connaissait rien en chevaux, Harry était sûr qu'ils étaient bien plus grands que la moyenne.

Quand l'étrange engin s'arrêta, un personnage plutôt grand, en blouse blanche, en sortit. De ce qu'il devinait à cette distance, Harry aurait penché pour une femme aux longs cheveux d'un rouge très sombre, et à la peau aussi blanche que sa blouse.

S'il était plutôt séduit par la silhouette du docteur, quelque chose dans sa démarche l'interpellait. Le docteur balançait des épaules en s'avançant vers la directrice, sur le perron. Il lui serra vigoureusement la main. Intrigué, Harry descendit deux étages pour voir de plus près cette experte en magie noire, annoncée par McGonagall il y avait quelques jours de cela.

Caché dans un recoin, en haut des escaliers qui menaient au bureau de la directrice, Harry vit arriver trois adultes : la directrice, le professeur Flitwick et l'étrange docteur. Lorsque ce dernier passa devant lui, Harry eut un coup au cœur, probablement provoqué par la surprise de se retrouver devant un homme gigantesque d'une trentaine d'année.

« Mais bien sûr ! La directrice a dit « Igor » ! Forcément c'est un homme ! »

Pour un peu, il se serait frappé le front du plat de la main pour sa mémoire défaillante.

La directrice sourit en voyant le jeune homme les attendre : il aurait pu faire un plus grand effort s'il voulait vraiment se dissimuler…

Elle savait qu'il viendrait voir ce qui se passait : le sorcier ne sortait plus volontairement du château, depuis le jour où il avait clandestinement emprunté sa cheminée pour acheter une bague de fiançailles. Comme si Poudlard était devenu sa maison légitime. Pourtant, Minerva McGonagall ne s'attendait pas à ce qu'il soit présent dés l'arrivée du docteur Malinovski.

- Monsieur Potter… Vous pouvez nous suivre si vous le souhaitez…

Harry sursauta et eut l'impression qu'on venait de l'arracher à une séance d'hypnose : il se sentait très troublé. Sans un mot, il emboîta le pas de l'improbable délégation : la directrice, un professeur minuscule, un docteur particulièrement grand.

Et plutôt musclé, admit Harry pour lui-même. Sa blouse blanche moulait les épaules du sorcier, encadrant ses longs cheveux, et elles étaient bien visibles quand il marchait et les balançait.

Dans le bureau, chacun prit place sur des fauteuils qui avaient l'air d'avoir été installés tout exprès pour eux. Albus le tableau fit un discret clin d'œil à Harry, avant de saluer tout ce monde.

- Et bienvenue à vous, monsieur Malinovski. J'ai entendu parler de vous, il y a quelques années. Belle carrière que vous avez là, après Durmstrang !

Le directeur sourit au médicomage et s'éclipsa du cadre. La nouvelle directrice souhaita également la bienvenue à l'homme et se présenta. À son tour, le docteur se présenta, avec un accent un peu rude.

- Igor Malinovski, médecin russe titulaire du diplôme du Palais des Bois, j'exerce depuis une petite dizaine d'années maintenant…

Harry observait la posture droite du docteur : il avait une jambe repliée sur l'autre – cheville sur genou – et ça le rendait encore plus imposant dans la pièce, plus large. Se sentant probablement observé, Igor se tourna vers le jeune sorcier.

Troublé par cette mâchoire carrée, ce visage si blanc et si sévère, et surtout par deux yeux aux iris aussi noirs que les pupilles, Harry se sentit gêné à nouveau. Il n'aimait pas vraiment ce personnage qui dégageait une sorte d'assurance menaçante. Pour autant, il le trouvait fascinant, et, d'une certaine manière, attirant. Un peu comme s'il était un moustique devant la lumière mortelle d'une lampe.

Le docteur Malinovski n'ayant pas cessé de le regarder, et la directrice ayant raclé sa gorge assez bruyamment, Harry sortit de ses pensées. Il lui fallut encore quelques longues secondes pour comprendre qu'on attendait de lui qu'il se présente.

- Harry Potter, sorcier à Poudlard et sur le point de passer mon diplôme…

- Ce jeune homme nous a récemment délivré d'un mage noir qui rêvait à échéance de dominer le monde, dit fièrement la directrice en voyant qu'Harry ne le ferait pas. C'est un peu le héros de l'Angleterre en ce moment.

- Hu, un mage noir, vraiment ?

Harry eut l'impression qu'il allait hausser un sourcil dubitatif… Il ne sut rien répondre. Le docteur Malinovski ne semblait pas plus que ça impressionné par ce qu'il avait fait. Du coup, le jeune sorcier en fut d'abord à la fois soulagé, puis inquiet.

Soulagé parce qu'il ne serait pas un énième fan fatiguant : après tout, il n'avait pas gagné la guerre seul. Inquiet ensuite parce qu'une telle désinvolture pouvait cacher un réel danger. Qui pouvait honnêtement se ficher de la disparition d'un mage noir ? Et si l'homme venait de Durmstrang, il y avait fort à parier pour qu'il ne soit lui-même pas un enfant de chœur…

La directrice exposa quelques règles du château, quelques mises en garde. Harry écoutait avidement les recommandations données. Il était un peu tard pour que le jeune homme respecte les règles, mais le professeur de métamorphoses trouvait amusante son attention.

- Bien, je vous propose de vous faire visiter les lieux avant que nous parlions plus en détail de vos fonctions, puis je vous montrerai vos appartements. Vous devez probablement être fatigué par un voyage aussi long. Je vous présenterai aux élèves de l'école demain matin.

- Pourquoi long ? Ne put s'empêcher de demander Harry. Vous n'avez pas transplané ?

- D'abord jeune homme, sachez qu'il faut des autorisations spéciales pour sortir de mon pays en transplanant, quand on est un sorcier. Aussi n'ai-je même pas essayé de les obtenir… Ensuite, apprenez que les gens comme moi ne peuvent pas emprunter les voies magiques pour se déplacer : cela fait partie de notre devoir que de voyager et de nous déplacer comme des Sans-Magie, parce que nous devons être potentiellement au service de tous les êtres vivants que nous rencontrons.

- Vous ne pourrez pas rester en tant qu'infirmier ? demanda McGonagall, anxieuse.

Igor se tourna vers elle et resta d'abord silencieux. Puis il se tourna à nouveau vers Harry et l'observa comme un chercheur qui observe la croissance d'une souris mutante. Son inspection terminée, il répondit lentement à la directrice.

- Nous pouvons en discuter, je n'ai pas encore pris de décision définitive.

Harry fut invité à sortir du bureau à la suite des adultes : perturbé par cette rencontre, mais plutôt content de voir une nouvelle tête, il raconta son entrevue aux trois autres quand ils rentrèrent de leur promenade. Ils se promirent de garder le nouveau venu à l'œil, s'il le fallait.

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Dimanche 14 juin, début de matinée

Le lendemain, Harry se leva plus en forme que d'habitude : ce n'était pas tous les jours qu'un nouveau membre du personnel arrivait à Poudlard. Enfin, si, plus ou moins chez les professeurs de Défense Contre les Forces du Mal… Mais ça, c'était vraiment un cas à part.

Ron n'eut pas besoin de le tirer du lit : il était déjà prêt quand son ami se réveilla. Rapidement, le sorcier roux se prépara et ils descendirent tous les deux les escaliers pour rejoindre leurs moitiés et aller manger.

Dans la Grande Salle, les élèves déjà présents avaient le regard tourné vers Malinovski, qui prenait son petit déjeuner, imperturbable. Ron et Harry, tous les deux des lève-tard, allèrent s'installer à la table Gryffondor, accompagnés d'Hermione et Ginny.

En se rapprochant en même temps de Malinovski, ils purent constater que son calme venait du fait qu'il dormait à moitié, assis sur sa chaise.

Quand tous les élèves furent enfin installés, la directrice fit racler sa chaise bruyamment en se levant, réveillant difficilement le médicomage. Elle avait juste réussi à lui faire ouvrir les yeux. Puis elle le présenta. Elle ne précisa pas qu'il pourrait devenir l'infirmier de Poudlard, sans doute parce que Malinovski n'avait pas encore pris de décision définitive.

Lui fit un léger signe de la tête en guise de salut, puis ses yeux restèrent fixés sur la table vide des Serpentards. Harry aurait juré l'avoir vu frissonner en voyant l'image du serpent qui symbolisait leur maison, mais ses camarades n'avaient rien vu. Et pour l'instant, ils ne trouvaient pas suspect sa curiosité pour la maison Serpentard : c'était la première fois qu'il venait ici, après tout, il ne connaissait pas l'histoire de cette maison, et tout devait le fasciner.

Tout le monde se mit à manger dans le calme, et pour une fois depuis la victoire, le silence était invité au petit déjeuner des sorciers. Bientôt, on put entendre le bruissement lointain annonciateur des hiboux du courrier. Ils ne prenaient jamais de vacances, eux.

Igor avait levé la tête et scrutait attentivement le plafond de Poudlard.

Brusquement, lorsque les premiers hiboux postaux entrèrent dans la salle, Malinovski se leva et sortit de sous sa blouse blanche deux gigantesques armes de poing. Il les braqua sur les volatiles dans un cri effrayé.

- Les démons !

Heureusement, la directrice avait toujours d'excellents réflexes et le stoppa net avant qu'il ne tire et ne fasse un massacre. Elle lui expliqua que les hiboux apportaient seulement le courrier.

Il rangea si vite ses armes que personne ne comprit où il les avait mises. En fait, à bien y penser, personne ne savait non plus d'où il les avait sorties, surtout des armes d'une telle taille. Et c'est là qu'Harry se rappela qu'il était quand même bien pratique d'être un sorcier…

Igor Malinovski, lui, s'était rassis sans un mot et avait repris son repas. Puis les hiboux s'envolèrent à nouveau et le silence revint. Enfin, le silence…

C'est seulement à ce moment là qu'Harry entendit quelques toux étouffées, relativement discrètes. Relativement étant le mot important, surtout à la table Gryffondor. Puis il fut très surpris d'entendre une sorte de « hou hou hou » rieur monter de la table des Serdaigle. Ce bruit était tellement insolite qu'il entraîna à sa suite d'autres petits rires.

Les élèves autour de lui se tournèrent vers la table des professeurs pour voir si quelqu'un s'offusquait de ces rires discrets, mais tout les membres du corps enseignant étaient absorbés par Malinovski, stupéfaits, alors qu'il continuait son repas comme si de rien n'était.

Rien d'anormal pour lui, il ne semblait ni offusqué, ni gêné. C'était comme s'il ignorait totalement les regards abasourdis. Harry aperçut quelques larmes retenues d'élèves qui n'osaient pas faire de bruit, et quelques camarades rouges, à force de retenir leur respiration pour ne pas rire. Ron, incapable de tant de retenue, craqua finalement et partit dans un énorme rire nerveux.

L'atmosphère se détendit d'un seul coup et toute la salle éclata de rire à sa suite. Même quelques professeurs les accompagnèrent. Dont Hagrid, qui essuyait ses larmes de joie à la nappe, sous le regard désapprobateur de Madame Chourave.

Au moins, avec un énergumène comme lui, Harry s'attendait à ne plus s'ennuyer – Merlin merci – dans les jours à venir…

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Dimanche 14 juin, fin de matinée

Draco venait de se réveiller après une nuit agitée. Son ventre criait famine. Il avait dû effrayer les elfes de maison lors d'un de ses délires la veille, parce que personne ne lui avait apporté de nourriture dans les appartements de Severus de toute la journée.

En ce matin bien entamé, presque midi s'il en croyait le plafond magique de son parrain, aucun petit déjeuner ne l'attendait dans le salon. S'il voulait garder un minimum de forces, il allait devoir se rendre à la cuisine du château pour prendre à manger… Il tremblait à l'idée même d'ouvrir la porte des appartements de Severus, à l'idée de rencontrer quelqu'un sur son trajet. Pourtant, il avait si faim qu'il n'avait pas réellement d'autre choix.

Il sortit de l'appartement de son parrain en boitillant et emprunta quelques couloirs détournés et peu fréquentés. Pourtant, arrivé dans le couloir des cuisines, il fut stoppé net par une voix qui le fit trembler.

- Malfoy ! On ne t'avait pas demandé de disparaître ?

Le jeune homme fit volte face et se retrouva nez à nez avec la même bande de jeunes filles que la fois précédente. Il recula avec difficulté, jusqu'à être acculé contre un mur, tétanisé par une peur viscérale et incontrôlable.


Edité le 06-02-16