Chapitre 2 : Igor Malinovski

Partie 4 : Souffrances

Vendredi 19 juin, début d'après-midi

Draco était assis dans le canapé de son parrain et il mâchonnait distraitement un sandwich qu'il s'était fait à la va-vite. C'était bien la seule chose à peu près potable qu'il savait faire seul et sans magie, en cuisine. Heureusement que son parrain avait une belle kitchenette dans son appartement et quelques livres de « cuisine pour les nuls ».

Ça expliquait sans doute pourquoi il évitait aussi souvent les repas dans la Grande Salle, ces dernières années. Il devait préférer le calme de son chez-lui. Et ça ne l'étonnait pas vraiment que son parrain tente d'apprendre cet art annexe qu'était la cuisine. Selon Draco, c'était un art parfaitement inutile, quand tant d'elfes de maison étaient à leur service, mais son parrain devait y trouver son compte. Car après tout, la cuisine pouvait s'apparenter aux potions.

Il feuilletait présentement un livre de potions, justement, qu'il avait trouvé dans la petite bibliothèque personnelle de Severus. Mais il était distrait. Il s'amusait plus de la texture douce du livre ancien, dont les pages étaient de vélin. Draco ne pouvait s'empêcher d'être surpris devant la bibliothèque : entre les livres de médicomagie et les livres sur les potions de guérison, son parrain aurait pu sembler de prime abord inoffensif… Bien sûr, il avait fait partie des meilleurs Mangemorts et il était donc loin d'être un agneau tendre, mais ses livres auraient vraiment pu tromper les gens sur leur propriétaire.

Draco n'aurait jamais imaginé que l'intimité du potionniste soit d'abord tournée vers les soins plutôt que la destruction. Il avait pourtant entendu beaucoup d'histoires sur Snape, de la bouche de son père. Des histoires à faire frémir les enfants…

Soudain, un grincement de l'autre côté de la porte le fit sursauter : il lâcha son livre, qui heurta le sol dans un bruit sourd. Tentant de calmer les battements désordonnés de son cœur, il écouta attentivement, sans faire de bruit, le silence qui l'entourait. Devait-il se lever et vérifier si le couloir des cachots était bien vide ?

Non… Pas besoin. Il avait dû rêver, il était trop nerveux : plus aucun son ne provenait du couloir. Et puis, si quelqu'un était bien là, tapi dans l'ombre, il valait mieux ne pas prendre le risque d'attirer son attention. Comme il l'avait appris cette année, à ses dépends, il valait parfois mieux rester discret… Un peu calmé, il se rassit plus confortablement et reprit sa lecture.

Pourtant, derrière la porte, quelqu'un d'autre écoutait bien les bruits dans l'appartement, avec un sourire dément. Une jeune femme particulièrement rancunière.

- Je savais bien que tu étais là, petit Malfoy, marmonnait-elle sourdement. Tu as eu quelques jours de répit pendant que je me faisais soigner… Et tu as aussi gagné toute une journée le temps que je trouve l'appartement de la vieille chauve-souris… Mais je suis de retour, maintenant… Nous allons pouvoir nous amuser, tous les deux. Reste là, sois bien sage. Je reviendrais ce soir, quand tu ne t'y attendras plus… Et tu recevras le juste châtiment pour ce que tes amis ont fait subir à ma famille. Tu ne méritais pas de vivre aussi longtemps…

Quand il eut terminé son livre, Draco se releva et s'étira. Il avait la sensation de tourner en rond dans cet appartement, mais il ne voulait pas sortir de ces quatre murs qui le protégeaient. Et il refusait également de tenter d'appeler ses parents au Manoir. Même s'il le désirait, parce qu'il avait horreur d'être seul, il savait que ça n'était pas une bonne idée…

Premièrement, la poudre de cheminette, c'était bruyant, et ça pouvait attirer l'attention de gens indésirables.

Deuxièmement, il n'était pas parfaitement sûr que ses parents soient rentrés chez eux : il n'avait plus de nouvelles d'eux depuis déjà une semaine quand Potter l'avait chassé de l'infirmerie. Parfois, il les secouerait bien en leur disant « Hey ! Réveillez-vous ! Je suis là moi aussi ! ». Mais vraiment, même s'ils n'étaient pas les meilleurs parents, ils étaient loin d'être les pires.

Enfin, troisièmement, s'ils étaient bien au Manoir, ils étaient sûrement surveillés par des Aurors. Or, en appelant, il risquait de se faire repérer et arrêter… Comme le lui avait dit sa mère après son coma, il devrait répondre de ses actes dés qu'il serait rétabli. S'il avait l'air trop en forme et que les surveillants du réseau s'en rendaient compte, il serait sans doute immédiatement emmené à Azkaban… Ou alors devant une cour…

Et il ne le voulait pas, il ne se sentait pas prêt à faire face à un tribunal. Pas qu'il ait grand-chose à se reprocher : contrairement à certains de ses camarades – qui avaient vu là un moyen de grimper les échelons de la reconnaissance – il n'avait jamais pu tuer… Mais il était un Malfoy, et son nom était pour l'instant associé au pire. Il ne pourrait pas éviter une sentence ferme, voire définitive…

Encore une fois, il se morigéna pour sa tendance à imaginer le pire. C'était bien connu, il suffisait qu'on redoute le pire pour que le pire arrive.

Il voulut se vider l'esprit de toute considération personnelle et s'approcha de la bibliothèque pour la troisième fois ce jour-là. Mais il avait beau scruter les tranches pour découvrir un livre encore inconnu, il avait déjà fait le tour des livres de potion de l'armoire qu'il n'avait pas encore lus. Il n'y en avait pas tant que ça : plus jeune, il avait beaucoup lu sur ce sujet. Les potions le fascinaient…

Mais n'ayant plus rien à faire, comment tromper son ennui ? Il bailla largement et trouva là la réponse à sa question. Il se réinstalla confortablement dans le canapé et s'assoupit. Profondément.

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Vendredi 19 juin, 21 h 30

- Debout, sale mangemort !

Draco fut saisi à son réveil par la voix qui était justement en train de hanter l'un de ses cauchemars.

- Plus vite que ça !

Le sorcier blond avait toujours eu du mal à émerger du sommeil. C'est pour ça qu'il se forçait toujours à mettre son réveil très tôt et à aller prendre une bonne douche. Quand il partageait son dortoir avec ses camarades, plus jeune, il les entendait toujours râler dans leur barbe. Mais ils n'avaient jamais osé lui faire part de leurs griefs à haute voix.

Là, en revanche, il fut bien obligé de se réveiller d'un coup quand son corps, tiré violemment du canapé, rencontra le sol dur. Hagard, il leva les yeux sur son éternel agresseur. Et il trembla instantanément, incapable de se maîtriser. Elle avait sa baguette brandie vers lui et lui était toujours démuni.

- Va t'asseoir sur cette chaise ! ordonna-t-elle en désignant une chaise qui, normalement, était bien rangée sous la table de la petite salle à manger.

Elle avait dû l'installer au milieu du salon pendant qu'il dormait… Pourquoi ne s'était-il pas rendu compte de sa présence ?

Draco, qui ne s'exécutait pas assez vite aux yeux de son bourreau, reçut un coup de pied dans le flanc et ne put s'empêcher de pousser un cri de douleur. La jeune femme, elle, se délecta de ce son. En boitant, le sorcier se dépêcha d'aller s'installer là où on lui avait demandé, et elle lui lança un sort qui le lia étroitement aux barreaux de la chaise et l'empêcha de bouger. Draco ne savait plus ce qu'il faisait : l'essentiel était d'obéir. Obéir pour éviter la douleur.

C'est un comportement dont il avait pris l'habitude, tout au fond de lui, et qui conditionnait encore ses réactions aujourd'hui.

- Petit Malfoy, tu n'es pas si effrayant en fin de compte… As-tu vraiment été un bon Mangemort ? Regarde-toi, tu trembles de tous tes membres, comme c'est triste. Tu sais pourquoi je suis revenue n'est-ce pas ? Ho que oui, tu le sais… Aujourd'hui, je te condamne à la peine de mort, pour avoir été un mangemort et pour le meurtre de ma jeune cousine. Mais d'abord, nous allons jouer un peu, comme tes amis se sont amusés avec elle.

Et brusquement, elle déchira la chemise du jeune homme. Elle avait vraiment beaucoup trop de force pour une fille. Draco gémit faiblement, tentant de se retenir : le tissu lui avait brûlé la peau au passage.

La jeune fille disparut un instant de son champ de vision et il l'entendit fouiller dans les tiroirs de la kitchenette. Il songea à appeler à l'aide, mais il était conscient qu'il n'avait presque aucune chance d'être entendu. S'il s'était réfugié ici, c'était justement parce qu'il était loin de tout… En revanche, il avait de grandes chances de mettre la folle derrière lui très, mais alors très en colère…

Il pria intérieurement pour que quelqu'un vienne ; son père, sa mère, McGonagall… Eux, ils sauraient quoi faire, ils agiraient. Peut-être Pomfresh aussi ? Non, elle ne l'aimait pas elle non plus. Une goutte de sueur froide descendit lentement le long de sa colonne vertébrale. Il avait à la fois trop chaud et trop froid. C'était sans doute ça, la panique…

- Je t'ai fait attendre, petit mangemort ? Mais tu vois, je suis revenue…

Draco ouvrit la bouche lorsqu'il vit le long couteau effilé qu'avait ramené son bourreau. Il l'avait remarqué, plus tôt, et il se souvint qu'il avait trouvé drôle un si grand couteau. Il s'était dit avec ironie que son parrain devait ressentir un besoin de compensation et il s'était esclaffé tout seul. L'esprit humain s'attachait à de drôles de détails quand il était confronté à la peur.

Maintenant, il n'avait plus du tout envie de rire. Mais pourquoi son parrain avait-il besoin d'une telle lame dans sa cuisine ? Draco persistait à penser que les elfes de maison étaient là pour préparer la nourriture à leur place… S'il suppliait cette folle de l'épargner, le ferait-elle ? Probablement pas. Une petite voix intérieure ajouta « Et en plus, un Malfoy ne supplie pas. » Ses tremblements redoublèrent et il crispa la mâchoire.

- Maintenant, profite bien des derniers instants de ta misérable vie…

Approchant la lame de la peau blanche et parfaite du Serpentard, elle l'entailla délicatement, juste pour faire perler une goutte de sang. De la main gauche du jeune homme, par laquelle elle avait commencé, elle remonta jusqu'à l'épaule, mettant les chairs à vif.

Puis elle recommença avec l'autre main. Draco, qui peu à peu s'était mis la à prier tout haut d'arrêter et de l'épargner, sentait la douleur continue lancer et engourdir son bras gauche à la fois.

Il ne sentait pas les entailles dans sa peau, au début : la lame était trop fine. Mais il sentait la douleur, aiguë, arriver ensuite. Maintenant, parce qu'il ne pouvait plus détacher le regard de la lame et qu'il se crispait à chaque contact avec le couteau, anticipant son calvaire, il avait mal sans discontinuer.

- C'est douloureux ? Rassure-toi, je te réserve le meilleur pour la fin…

Quand il vit le regard dément de la jeune femme, il comprit qu'il était perdu. Quand elle passa derrière lui pour continuer sur son dos, il poussa intérieurement un hurlement de détresse et se mit à sangloter, les larmes salées lui brouillant la vue et brûlant un peu plus sa peau nue et meurtrie.

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Alors qu'il était au beau milieu d'un cauchemar Harry Potter se réveilla soudain, le cœur battant et l'esprit alerte. Il était peut-être huit ou neuf heures du soir, mais il n'en était pas sûr. Il n'avait aucune notion du temps.

Il venait de rêver qu'il se faisait agresser par une nuée de Mangemorts en liberté, qui lui lançaient des sorts particulièrement douloureux les uns après les autres, alors qu'il ne pouvait pas se défendre. Pourtant, maintenant qu'il était réveillé, il ne parvenait plus à se souvenir des visages d'hommes et de femmes qui s'étaient succédé devant lui.

Excepté le dernier peut-être. Vaguement. Un visage féminin qui lui avait fait si peur qu'il en avait hurlé avant même qu'un sort ne l'atteigne. C'était son propre cri qui l'avait réveillé en sursaut. A l'instant, il ne saisissait pas les traits précis du visage, mais il supposa que Bellatrix Lestrange revenait le hanter.

Il regarda Ginny, à côté de lui : elle ne bougeait pas. C'était la première fois qu'ils s'endormaient ensemble dans le petit jardin, dont l'herbe s'était faite plus douce et plus moelleuse que des draps fins. Ginny avait finalement fait craquer ses parents. Il avait été surpris quand elle avait dit qu'elle resterait avec lui ce soir-là. Il lui avait dit qu'il ne comprenait pas pourquoi ils la laissaient seule avec lui alors qu'ils refusaient depuis plusieurs jours.

- On a trouvé un compromis, avait-elle grimacé en sortant de sous son pull un collier brillant.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un collier de chasteté. Beaucoup plus seyant et beaucoup plus sûr que ces ceintures dont on affublait les femmes il y a des siècles.

Il avait froncé les sourcils et avait exprimé sa désapprobation. Il n'approuvait pas la pratique. En plus, ne lui faisait-on pas suffisamment confiance ?

- Ce n'est pas en toi qu'ils n'ont pas confiance, grogna Ginny, aussi rouge que quand Ron était embarrassé. Ma mère dit que je la porterai jusqu'au mariage, dés que je me retrouverai seule et sans chaperon avec toi. C'est injuste ! Je suis sortie avec d'autres garçons avant, et ils n'avaient jamais fait tout ce foin…

- Eh bien, on a qu'à se marier très vite ! avait-il répliqué pour la soulager.

- Harry ! Tu ne connais vraiment rien aux coutumes sorcières des sang-pur, n'est-ce pas ? lui avait-elle répondu en fronçant les sourcils.

- En quoi c'est important pour nous ? Je ne suis pas un sang-pur, tu sais…

- Je ne peux pas tout t'apprendre, parce que je ne connais pas le côté masculin des rituels, mais tu devrais te renseigner : il y a des tas de choses à mettre en place avant de pouvoir être mariés. Pourquoi crois-tu que ça avait pris tant de temps avec Bill et Fleur ? J'aimerai beaucoup avoir un mariage parfait, tu sais…

- Et qu'est-ce que tu peux m'expliquer, alors ?

Elle lui avait seulement expliqué qu'en tant que « sang-pur » dormant avec un homme sans être mariée, elle porterait ce collier familial que seuls ses parents pouvaient mettre et enlever qui garantissait qu'elle garderait sa virginité. Il ne les empêcherait pas de s'embrasser ou de se tenir dans les bras, mais il leur imposerait une limite magique à ne pas franchir.

- Je n'ai jamais entendu tes frères parler de ce genre de contraintes. Et je n'ai pas souvenir de ça pour leurs petites-amies, non plus.

- Ça, c'est parce que je suis le septième enfant. Et la seule fille en plus de ça. Ça implique beaucoup de choses en termes de magie. Il faudra qu'on demande à mes parents, un de ces jours…

La scène s'estompa dans son esprit alors que Ginny se retournait dans son sommeil. Elle dormait vraiment profondément. Avait-il vraiment crié pendant son cauchemar ? Peut-être avait-il seulement rêvé. Tant mieux, il ne voulait pas la perturber ou l'effrayer et prendre le risque de la faire fuir.

Il se releva avec difficulté : il s'était empêtré dans la couverture dont ils s'étaient recouverts pour dormir, signe qu'il s'était débattu. Il avait besoin d'air frais. Comme si la salle sur demande l'avait entendu, elle produit une bise assez forte qui le poussa vers la porte. Il résista.

Regardant les étoiles, il songea que si même après sa victoire, il continuait à avoir des cauchemars, il n'en aurait jamais fini avec la guerre… Devait-il aller voir Pomfresh ? Elle s'inquiéterait bien trop. Qui d'autre ? Il pourrait peut-être aller voir Malinovski ? S'il s'y connaissait vraiment en magie noire, il aurait peut-être une solution pour faire disparaître ces mauvais rêves. Et puis, c'était l'occasion de le juger un peu moins superficiellement…

Il lui fallait un genre de remède. Car même si son esprit s'était automatiquement refermé quand la douleur avait été trop intense, et même s'il lui était plus facile de pratiquer ses notions d'occlumencie depuis que Voldemort était mort, il ne voulait pas prendre le risque de se réveiller toutes les nuits à cause de sa stupide imagination…

Et s'il dormait en compagnie de collègues ou de nouvelles connaissances – bah oui, il pourrait devenir Auror et intégrer une équipe, par exemple – ils risqueraient de le prendre pour un fou. Et il n'en était pas question. Il voulait être normal à la fin ! Etait-ce trop demander ?

Quoi qu'il en soit, il y aurait toujours au moins Ginny auprès de lui, alors il devait tenter de faire quelque chose.

A cet instant, il l'entendit se retourner à nouveau sur le sol. Il revint s'installer à côté d'elle.

- Qu'est-ce qui ne va pas, mon amour ? murmura-t-elle d'un ton endormi. Tu ne dors pas ?

- Non. Je crois que… J'ai envie d'un câlin…

- Bébé ! lança la jeune fille rousse pour le taquiner, avant de lui ouvrir ses bras.

Ils se blottirent l'un contre l'autre avant de se rendormir paisiblement.

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Igor se réveilla également perturbé, cette nuit-là. Ce qui l'avait réveillé évoquait en lui quelque chose de familier, quelque chose qu'il avait appris à capter lors de sa dernière année au Palais des Bois… Quelque chose qui butait inlassablement contre son esprit.

Il se leva et enfila un vêtement rapidement, lui qui dormait habituellement nu. Surtout ici où il avait tout le temps beaucoup trop chaud.

Puis, veillant à garder bien ouverte la porte qui était apparue dans son esprit, attentif, il tenta de localiser et de suivre les bruits – des sortes de sanglots douloureux – qui parvenaient jusqu'à lui. Oui, on avait besoin de lui quelque part. Ca n'était pas des sanglots ordinaires, c'était le reflet d'un sentiment de détresse intense qui l'appelait… Il s'enfonça dans le château, guidé par le son désespéré, jusque dans une partie qu'il n'avait pas encore visitée. En tout cas, il ne s'en souvenait pas.

Bientôt il aperçut, au bas d'une volée de marches de bois, une lueur qui filtrait à travers une porte entrouverte. Il faisait fort sombre dans le couloir. C'était de véritables sanglots qu'il percevait cette fois, et pas seulement le fruit de son imagination. Il se précipita dans les escaliers, qui grincèrent bruyamment sous ses pas.

Draco et son bourreau avaient immédiatement entendu ce grincement.

La jeune femme, particulièrement alerte et rapide, attrapa sa baguette délaissée de sa main libre avant de fuir. De son autre main, toujours armée de son couteau, elle avait effectué un large demi-cercle dans le but de trancher la gorge de sa victime. Elle devait l'achever. Il n'était pas question qu'il la dénonce, il valait mieux qu'il meure. On ne la soupçonnerait jamais : elle n'avait volontairement pas blessé le jeune homme à l'aide de sa baguette. Ainsi, elle serait invisible en cas d'enquête.

La guerre lui avait appris quelques petites choses…

Mais Draco, sentant le mouvement, avait tourné et baissé la tête instinctivement. Mouvement salvateur, sinon il serait déjà en train d'agoniser… La joue et l'oreille entaillées, les yeux brouillés par les larmes, il ne voyait pas précisément ce qui se passait. Mais il avait compris que quelqu'un venait à son secours.

La jeune Gryffondor ouvrit la porte de l'appartement à la volée. Comme elle s'ouvrait vers l'extérieur, le bois percuta la personne qui se trouvait derrière. L'agresseur se précipita dans les escaliers sans se retourner : elle ne reconnut pas Igor Malinovski, et Malinovski ne la reconnut pas. Pour autant, il avait le sentiment que c'était la même jeune femme qu'il avait punie quelques jours plus tôt.

Reprenant ses esprits, le médicomage jugea plus intelligent d'entrer dans la pièce désormais silencieuse pour comprendre la situation, plutôt que de suivre cette fille au comportement suspect, probablement déjà loin.

Quand Draco vit entrer cet homme dans la pièce, il fut à la fois soulagé d'être sauvé et déçu. A vrai dire, il s'était tellement attendu à voir Potter débarquer ces dernières longues minutes, comme le Sauveur Gryffondor qu'il était, qu'il ressentit comme une oppression dans la poitrine en reconnaissant Malinovski.

Que plus personne ne s'avise à traiter Potter en héros devant lui à l'avenir, ou foi de Malfoy, il serait reçu ! Igor parvint tant bien que mal à détacher le jeune sorcier : les cordes étaient presque entrées dans sa chair tant il s'était débattu sur la fin.

Draco se sentait fiévreux et nauséeux, il avait l'impression qu'un mouvement trop brusque, une tentative de parler le feraient basculer dans la folie. L'intense soulagement qu'il ressentait n'était pas plus fort que la douleur. Maintenant qu'il était sauvé, il pouvait se laisser basculer dans le noir. Il fallait qu'il dorme… Il était si fatigué…

Quand le médicomage parvint à libérer le jeune homme, il comprit qu'il devrait le transporter. Le sorcier venait de s'évanouir et se serait écroulé au sol, si Malinovski ne l'avait pas retenu. La peau à vif de Draco était devenue si sensible, que ça n'était peut-être pas un mal. Mais il fallait maintenant qu'il agisse vite, très vite. Les tâches de sang au sol n'étaient pas bon signe. Les entrailles du garçon se relâchant non plus, constata-t-il en plissant le nez. Il lança un sort de stabilisation, le plus puissant qu'il avait, pour avoir le temps de transporter le jeune garçon dans ses appartements. Il était sous son aile, maintenant. C'était une affaire personnelle…

En passant le seuil de son salon, Igor songea qu'il allait finir par s'habituer à transporter ses malades comme des jeunes mariées si ça continuait… Puis quand ses yeux se posèrent sur le corps meurtri qu'il tenait dans ses bras, il se dit qu'il avait parfois un humour douteux. Il se demanda ce que ce jeune garçon avait bien pu faire pour s'attirer tant de haine.

Arrivé dans sa chambre, l'homme déposa son fardeau sur le pardessus moiré de son lit. Poudlard avait des fournitures luxueuses pour ses invités, mais c'était mieux. Le sang n'y adhérerait pas comme au coton, attachant ensemble corps et draps et empêchant un travail soigné.

Puis, retirant le sort de stabilisation, il entreprit de guérir le sorcier une deuxième fois en à peine quelques jours.

Si la coupure de la joue à l'oreille pouvait sembler grave, elle était assez simple à soigner. Juste de la chair et des os. Quant au reste, il ne s'agissait que de refermer plaies et coupures. C'était surtout un travail de minutie pour éviter les cicatrices. Il lui faudrait également deux potions d'après son diagnostic : un antidouleur et une potion régénératrice de sang. Et un sommeil paisible. Le jeune homme resterait là cette nuit, pour qu'Igor puisse agir rapidement si besoin.

Quand il eut terminé, il souleva le corps qu'il avait dénudé, retira le dessus de lit souillé et coucha le sorcier dans son lit. Il salirait sans doute les draps, mais il ne saignerait plus. Puis il alla se coucher dans le canapé de son salon. Ca n'était pas très confortable, mais il s'endormit immédiatement, comme une masse.

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Samedi 20 juin, milieu de matinée

Le lendemain, Igor fut réveillé par quelques légers coups frappés à sa porte. Il se leva tant bien que mal, étonné de s'être endormi tout habillé dans son canapé la veille, et alla ouvrir. Derrière la porte, le jeune Potter le salua allégrement.

- Quelle heure est-il ? demanda le médicomage, surpris par tant de vitalité.

- Heu… Environ 10 heures 30, monsieur.

- Ha ? Bon. Tu voulais me demander quelque chose ?

Harry se racla la gorge un instant. Il avait pris la décision de tester le médicomage. Ceci serait le premier test, il ne devait donc pas hésiter ni reculer. La baguette dans la poche et la main sur sa baguette, bien qu'il se doute qu'il n'avait pas grand-chose à risquer, il lui exposa son problème.

- Oui. Voilà, je fais des cauchemars assez virulents qui me réveillent en pleine nuit, et dont je voudrais me débarrasser définitivement. Auriez-vous quelque chose pour moi ?

- L'infirmière du château ne peut-elle pas vous aider ?

- Hé bien, je suppose qu'elle le pourrait, mais… Vous savez, avant, j'étais connecté à Voldemort, le mage noir. Et c'est ça qui me donnait des cauchemars. Si aujourd'hui je retourne voir l'infirmière et que je lui en parle, j'ai peur de raviver les inquiétudes des gens.

- Mais votre mage noir est bien mort, non ?

- Oui, il l'est. Mais la guerre s'est terminée il y a si peu de temps… J'aimerais juste savoir si vous pouvez faire quelque chose pour moi.

- Mmm… Sans doute. Entre, je vais voir ce que je peux faire… Alors. Où est-ce que j'ai mis ma blouse ?

Pendant que l'infirmier, visiblement peu soucieux de l'ordre, fouillait son salon à la recherche de ses affaires, Harry s'installa confortablement sur le canapé. L'adulte devant lui avait des gestes fluides qui, il devait l'admettre, étaient agréables à regarder. Comme un côté animal qui disait : je peux être dangereux, ne me prend pas à la légère.

- Bonjour, qu'est-ce que…

Draco, qui venait de surgir hors de la chambre d'Igor enroulé dans un peignoir bien trop grand pour lui, s'arrêta net en reconnaissant Potter et le médicomage.

- Bonjour jeune homme ! l'accueillit Igor, tout sourire. As-tu bien dormi ?

Il était maintenant ravi de se souvenir de la raison pour laquelle il avait dormi dans son salon la veille, tout habillé : c'était dû à une bonne action… Il ne s'agissait pas d'un de ces oublis comme il en avait tant eu dans sa jeunesse, quand il était parfois obligé de tomber dans les excès de l'alcool pour supporter, pour oublier.

- Je… Oui, merci. Je reviendrai plus tard, dit Draco d'une voix aux tons mécaniques, avant de refermer la porte de la chambre derrière lui.

De son côté, Harry était on ne peut plus surpris d'avoir vu Draco ici, dans l'appartement d'Igor, dans sa chambre même, et à moitié nu par dessus le marché. Il regarda suspicieusement le médicomage, avec comme une pointe de… colère ? Igor, lui, s'en était retourné à ses recherches. Il n'avait pas l'air perturbé pour un sou.

Harry avait toujours eu une bonne imagination. Mais dans ce cas précis, il en était plutôt mal à l'aise. Malfoy avait-il dormi avec Malinovski ? Jusqu'à quel point ? Etait-ce intime ? C'était… dégoutant. Il se sentait écœuré.

Mais non, qu'est-ce qu'il pensait ! C'était bien au contraire : si Malfoy voulait virer sa cuti, c'était tant mieux pour le monde sorcier. Il ne risquait pas de se reproduire !

Pour autant, il se sentait étrangement dérangé. Pourquoi ? Seamus avait bien avoué être gay et ça ne l'avait pas gêné plus que ça… Alors quoi ? Il était probablement gêné parce que ça pouvait signifier que les deux s'associaient. Dans quel but ? S'il devait dire qu'il avait fait passer un test au médicomage aujourd'hui, il devrait aussi dire que c'était raté. Malinovski était loin de lui inspirer confiance.

Ceci dit, Harry quitterait probablement l'école bientôt, ça ne serait plus son problème.

Quoi que… Ginny était encore là pour un temps, elle… Il fallait qu'il soit sûr qu'elle n'ait aucun souci. Elle était capable de tout au Quidditch et elle devrait sans doute passer quelques séjours à l'infirmerie. Pas question qu'il prenne de risque. Il devait s'assurer que Malinovski était fiable. Le remplacement de Pomfresh était bien trop précipité pour lui. Il n'aimait pas le changement que ça pouvait apporter au Poudlard qu'il connaissait.

- Ah ! Ah ! J'ai trouvé ! s'écria Igor en se redressant et en coupant Harry dans ses pensées.

Il tendit au jeune homme un flacon rempli de liquide d'un rose bonbon particulièrement suspect. Il devait être écœurant à avaler… Souvent, en potion, le plus appétissant était le plus empoisonné. Et pas qu'en matière de potion, en y repensant.

- Cette potion te donnera de beaux rêves plus puissants que les cauchemars. Ils les recouvrent entièrement. C'est ce que je prescris parfois aux enfants sorciers dans mon pays. Un flacon par mois et tu es définitivement tranquille.

- Merci beaucoup. Si ça marche, où est-ce que je peux m'en procurer d'autres ? Je veux dire, vous partirez probablement dans quelques jours, alors…

- Ça marche, confirma Igor. Si je pars, je te ferai une lettre et tu prendras contact avec un potionniste agréé : ce sont eux les fournisseurs de cette potion, habituellement. Moi, c'est différent. J'ai tendance à tout faire moi-même.

Harry prit le flacon mais resta méfiant. Après tout, Igor Malinovski était, selon McGonagall, un expert en magie noire. Cependant, il remercia le médicomage et lui serra la main avant de sortir, pour faire bonne mesure. Une fois dans le couloir, il songea soudain que Malinovski n'avait pas confirmé son départ prochain. N'était-il toujours pas décidé ?

Igor referma doucement la porte en s'interrogeant. Pourquoi ressentait-il la nécessité de rester à Poudlard quand il croisait l'un des deux sorciers qui s'étaient affrontés du regard dans son appartement, une minute plus tôt ? Il ressentait comme une espèce de nécessité, mais il ne savait pas à propos de quoi… Mais il savait que le plus souvent, il devait se fier à ses instincts. Ses particularités le lui dictaient.

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Igor frappa à la porte de sa chambre et attendit qu'on l'autorise à entrer. Puis il alla s'asseoir à côté du jeune sorcier, sur le lit. Celui-ci avait visiblement retrouvé son aplomb et le regardait d'un air supérieur. Seulement, l'effet était un peu atténué par sa tenue : il était toujours emmitouflé dans ce peignoir trop grand. Il était déjà trop grand pour lui-même…

C'était plutôt amusant : le garçon ne se laissait pas démonter.

- Tu te souviens de ce qu'il s'est passé ? lui demanda-t-il d'une voix douce, sans le brusquer.

Draco eut un tic nerveux à l'œil et sembla honteux le temps d'un battement de paupière. « Oui. » Le silence envahit la pièce quelques instants. Aucun des deux sorciers n'avait bougé. Ils étaient assis côte à côte sans prononcer le moindre mot, contemplant le mur de pierre devant eux. Jusqu'à ce que Draco reprenne la parole.

- Je n'ai toujours pas l'intention de vous remercier.

- Je n'ai rien demandé.

- Bien.

Le silence revint encore une fois, juste un peu moins tendu. Igor songea qu'il était pénible de ne pas savoir ce qui se passait. Il avait bien vu que le jeune Potter s'était tendu à la vue de ce garçon, son protégé. Il y avait quelque chose dans tout ça, dans toute cette histoire, qui lui échappait et qu'il voulait comprendre.

- Cependant, tu n'as pas été prudent comme je te l'avais demandé, reprit-il. En punition, tu dois me dire qui tu es et pourquoi tu es persécuté… Et nous serons quittes.

Draco tourna brusquement la tête vers Igor : il continuait à fixer le mur de la chambre, ne souriait pas et ne semblait pas plaisanter. Draco leva un sourcil, dubitatif.

En même temps… C'était un bon moyen pour lui d'être tranquille. Il était déjà endetté vis à vis de Potter, pas question de revivre la même chose avec quelqu'un d'autre. Il ne pouvait pas dire s'il était content qu'on lui sauve sans cesse la vie, ou s'il en avait assez…

- D'abord, petite précision : je suis un Malfoy. Et un Malfoy n'est pas persécuté, c'est lui qui persécute.

Igor ne put s'empêcher de sourire. Ah ! La fougue de la jeunesse. Même s'ils étaient parfois ridicules, les jeunes étaient toujours fiers d'appartenir à un clan, comme ce petit-là. Malfoy l'amusait parce qu'il était fragile et refusait de l'admettre. Tant de souvenirs…

- Alors comme ça tu t'appelles Malfoy ? Original pour un anglais.

Le médicomage ne dit rien de plus : pas d'autre commentaire, pas de question. Il attendait la suite. Draco se sentit étrangement en confiance. En quelque sorte, la dureté de son vis à vis lui évoquait une certaine familiarité.

- Mmm… Moins que mon prénom.

Le médicomage se tourna vers lui et Draco fuit son regard.

- C'est Draco. Comme les dragons. Les gens me détestent à cause de mon nom. Ma famille était du mauvais côté pendant la guerre.

Draco secoua la tête et reprit, d'un ton un peu provoquant.

- Vous savez ? Celui des perdants…

Igor frissonna un instant. Ce sorcier aurait probablement plu à ses anciens camarades.

- Mes parents ont suivi un mage noir un peu fou qui n'aimait que les sang-pur, comme moi. Et moi, j'ai suivi mes parents. Le Lord n'aimait pas qu'on lui résiste. Et je ne voulais pas qu'Il nous fasse du mal, vous comprenez ? Et finalement, nous avons perdu.

Draco poussa un soupir résigné. Igor n'aurait pu dire si le jeune homme le regrettait ou s'il était content de cet état de fait. Il était opaque. C'était définitivement sûr, il aurait plu à ses anciens camarades.

- Pourquoi tu les as suivis ?

- Parce que… ce sont mes parents ! répliqua-t-il sur un ton d'évidence. Qu'aurais-je pu faire d'autre ?

- Personne n'est obligé de suivre ses parents. Et il viendra un jour où tu devras t'affranchir, faire les choses par toi-même, vivre loin d'eux ou sans eux… Tu ne crois pas ? C'est ça mûrir.

Draco resta silencieux : ça n'était pas aussi simple. Non, ça ne l'était vraiment pas.

Et puis, mûrir n'était-ce pas aussi assumer ses actes ? Peut-être devait-il être puni pour ce qu'il avait fait, finalement. Pour blanchir enfin le nom de sa famille…

- Et pourquoi es-tu ici, aujourd'hui ? demanda le sombre médicomage.

- La directrice me garde au château le temps que les procès contre les Mangemorts – c'était notre nom, à nous les sang-purs qui suivions le Lord – commencent… Et en attendant que je guérisse, surtout. Je ne vais pas très bien, vous l'avez remarqué j'imagine.

Igor eut un sourire intérieur fugace. Lui aussi avait appris à maîtriser son visage et ses émotions, depuis longtemps. Il se permit tout de même une remarque de cet humour douteux qui le prenait parfois.

- Si tu restes au château le temps que tu ailles mieux et que les autres élèves restent aussi, alors ça ne risque pas d'arriver.

Draco grimaça. Il se faisait battre par de simples filles. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Il était un Malfoy, un homme, l'héritier d'une grande famille et il n'était même pas capable de se défendre. Il était doué en paroles… Il dut admettre qu'il l'était moins quand ça concernait la force physique.

- Peu importe, soupira-t-il. Sans doute n'en ai-je pas pour si longtemps. Les procès devraient bientôt commencer. Je vous l'ai dit, je ne suis là qu'en attendant…

- En attendant… Tu es toujours innocent, non ? C'est bien ce qui me semblait, ajouta Igor en voyant le jeune homme opiner du chef. Alors garde la tête haute, sois digne et fier : je ne suis pas sûr que ton agresseur de cette nuit vaille mieux que toi… Ne te gâche pas la vie tout seul.

Réconforté et se sentant en confiance, Draco prit un air boudeur pour marmonner mi-joueur mi-sérieux : « Tout le monde sait que les Malfoy sont dignes et fiers. Et puis d'abord, c'est pas moi qui me gâche la vie, ce sont les autres… »

Igor sourit imperceptiblement, à nouveau, et se leva.

- Tu es guéri, mais tu devrais aller prendre une douche pour effacer les dernières traces de sang. Pendant ce temps, je vais aller te trouver un uniforme propre. Ensuite, tu pourras partir. Il sera sans doute déjà l'heure du repas.

En voyant Draco jeter quelques coups d'œil craintifs vers les recoins de la pièce, il ajouta :

- N'aie crainte, personne ne peut entrer ici sans mon autorisation, ni forcer ma porte sans que j'en sois informé. J'y ai veillé dès mon arrivée.

Draco releva la tête, plein de morgue et se dirigea vers la salle de bain en lui tournant le dos.

- Pour votre gouverne, un Malfoy ne sait pas ce qu'est la peur, gronda-t-il.

Avant de se retourner et de sourire d'un air presque malicieux.

Igor rit puis sortit de la chambre en sifflotant un air russe, et, curieusement, le jeune sorcier se sentit apaisé.

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Samedi 20 juin, midi

Draco tentait de se décrisper sous le jet d'eau chaude. Il n'y parvenait pas entièrement, mais il se sentait mieux. D'abord stressé par Voldemort, puis par Potter, et enfin par ces tarées de Gryffondors, il pouvait dire qu'il appréciait la main secourable d'Igor. Il n'avait eu aucun répit jusqu'ici.

Ici, dans les appartements du médicomage, il se sentait vraiment protégé. Il faut dire qu'il n'avait pas été malin : il avait laissé les appartements de Severus sans protection. Il aurait au moins dû installer quelques sorts pour se protéger, comme quand il était au manoir.

Quoi que sans baguette, il n'aurait pas pu faire grand-chose...

Il se demanda si ça ne valait pas le coup de rester ici, protégé un peu du monde. Personne ne venait à son secours. Ses parents l'avaient oublié, Pomfresh ne voulait pas de lui, McGonagall semblait avoir oublié sa présence, son parrain était mal en point… Il ne savait plus vers qui se tourner. Devait-il rester caché en attendant que les Aurors viennent le chercher ?

Non, c'était une mauvaise idée. C'était apparemment la meilleure façon de se mettre en danger. Il lui faudrait se montrer, pour être mieux protégé. Ses parents l'avaient abandonné au milieu des vainqueurs – bon, ils étaient peut-être arrêtés et placés à Azkaban, mais Draco n'aimait pas cette idée – et il allait donc devoir se montrer rusé, pour échapper au lynchage collectif.

Soudain, Igor frappa à la porte de la salle de bain et le jeune sorcier sursauta. Le médicomage annonça :

- Je laisse tes vêtements sur le lit. Je les ai empruntés à la nurse Pomfresh ; elle en a plusieurs au cas où. Si tu as besoin de moi, je suis dans le salon.

Draco l'entendit s'éloigner de la porte et il coupa le jet d'eau. Il avait terminé, de toute façon.

Les vêtements que Malinovski lui avait trouvés lui allaient très bien, même s'ils portaient l'écusson de Serdaigle. Ceci dit, il n'était pas choqué : il préférait cela à Poufsouffle ou Gryffondor.

Il était loin d'être bête. Si l'ambition ne l'avait pas emporté sur le reste, à l'époque de la Répartition, il était sûr qu'il se serait senti bien chez les aigles… Et sa vie aurait été vraiment très différente…

Vraiment ?

Bah, on ne pouvait plus savoir. Ce qui était passé ne pouvait être changé.

Quand il sortit de la chambre, Igor était bien là, assis comme s'il l'attendait.

- Tu devrais aller manger maintenant, et me laisser la place de prendre une douche, moi aussi.

Draco ne dit rien et sortit. Une fois dans le couloir, il hésita une seconde avant d'opter pour la Grande Salle. Il devait montrer qu'il était un Malfoy, puissant et tout et tout. Et ce n'était pas comme si son agresseur pouvait encore lui sauter dessus, au milieu de tout le monde. Et puis, il avait un peu faim aussi.

Quand il franchit les portes du réfectoire, ce midi-là, il eut l'impression de se heurter à un mur d'hostilité. Le silence l'avait accompagné jusqu'à ce qu'il s'assoie, seul, à la table des Serpentards. S'il avait gardé la tête haute, il avait également adopté un regard fuyant, fixé sur l'horizon.

On aurait pu croire qu'il méprisait tout le monde, tant mieux pour sa réputation, mais il savait au fond de lui-même qu'il avait seulement peur de croiser un regard. Le regard. Avec cette fameuse étincelle de haine et de folie et avec ce tic nerveux qui affolaient son cœur.

Son agresseur de la veille, qui était restée pétrifiée en le voyant entrer, était encore au niveau des grandes portes de la salle : la vue de Draco vivant l'avait clouée au sol. Elle ne put s'empêcher de murmurer : « Mais, je croyais qu'il était mort. »

- Pardon, mademoiselle, je voudrais entrer.

S'écartant dans un premier temps du passage pour laisser passer Igor Malinovski, elle se décida à entrer à sa suite et gagna sa table. Assise face à Malfoy, elle lui jetait de fréquents coups d'œil menaçants, mais il ne semblait pas la voir, et elle n'insista pas. Elle ne voulait pas à attirer l'attention. Elle n'aurait pas imaginé que deux paires d'yeux scrutaient attentivement ses mouvements, son attitude.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Samedi 20 juin, un peu avant 11 heures

- Hé bien, monsieur Potter, d'après mes analyses il s'agit bien là d'une potion de doux rêves. Mais je n'en avais jamais vue d'aussi concentrée. Vous pourriez tenir au moins trois semaines sans cauchemar, avec ça.

- Un mois d'après mon fournisseur. Je voulais juste être sûr de ses effets avant de la goûter…

- Je ne suis pas capable de vous donner ses effets précis, monsieur Potter. On utilise assez peu cette potion ici. Le ministère a décrété qu'elle était dangereuse il y a longtemps : ils ont prétexté l'accoutumance. Comment vous l'êtes-vous procurée ?

- Si c'est illégal, la personne qui me l'a donnée ne risque-t-elle pas des ennuis ?

- Probablement. Mais je ne la dénoncerai pas. Voyez-vous, la potion de doux rêves a des effets d'accoutumance, mais ils sont moins forts que ceux de la potion de sommeil sans rêves, d'après moi.

- Pourquoi ça ?

- La potion de sommeil sans rêves agit directement au niveau de votre cerveau et inhibe son bon fonctionnement pour vous éviter des images, qu'elles soient douces ou douloureuses. La potion de doux rêves n'agit pas sur le cerveau. Ses effets d'accoutumance se situent au niveau de vos nerfs : elle détend tout votre corps, ce qui vous plonge dans un sommeil profond et incite plutôt les beaux rêves que les cauchemars. Elle s'active dés que vous vous mettez en mode sommeil.

- Pourquoi a-t-elle été interdite alors ?

- La potion de sommeil sans rêve peut endommager le cerveau, mais si quelqu'un vous agresse dans votre sommeil, votre subconscient – ou vos nerfs si l'on vous touche – peuvent vous réveiller. La potion de doux rêves relâche tellement votre corps que quelqu'un pourrait vous blesser voire vous tuer sans que vous ne vous en rendiez compte.

- C'est vraiment possible, ça ?

- Oui, bien sûr. L'ancien ministre Jarvis Jacobson et sa femme ont été assassinés de cette manière, il y a longtemps. En entendant des bruits de lutte dans le couloir, madame Jacobson avait voulu donner l'alerte et fuir avec son mari, mais elle n'est jamais parvenue à le réveiller. Ce fut fatal. C'est la raison officieuse pour laquelle cette potion a été interdite par la commission magique sur la médicomagie.

- Ho ! Ca n'est pas une bonne idée alors… grimaça Harry, refroidi.

- Hé bien… Si vous êtes sûr d'être en sécurité pendant que vous dormez, ça peut être plus intéressant que les potions de sommeil sans rêve. Ceci dit, il est de mon devoir de vous informer quand même que les effets d'accoutumance existent et que vous pourrez au bout d'un moment ne plus vous en passer, ou qu'elle pourrait même ne plus avoir d'effet si vous en prenez trop régulièrement… Surtout quand la potion est aussi concentrée que celle que vous avez : je n'ai aucune idée des effets précis qu'elle pourrait avoir sur vous.

- Bien. Je crois que je ne vais pas la boire tout de suite…

- Et vous ne voulez pas me dire qui vous l'a procurée ? Bien diluée, cette potion pourrait être extrêmement bénéfique pour certains patients de Poudlard ou de Sainte Mangouste…

- Vous êtes sûre que ça pourrait être bénéfique ? C'est Igor Malinovski.

- Lui ? se renfrogna l'infirmière.

Elle réfléchit un instant avant de continuer.

- Je ne vous conseille pas de la boire immédiatement, dans ce cas. Laissez m'en un peu et je vais l'analyser plus précisément, pour voir si les effets penchent plus du bon ou du mauvais côté. En attendant, je pense que je saurai me débrouiller seule avec les patients qui me restent…

Harry sortit de l'infirmerie avec les réponses qu'il était venu chercher. Il avait bien fait d'aller voir Pomfresh. Il n'avait pas forcément envie que le médicomage ait des ennuis, surtout si sa solution fonctionnait, mais il pouvait toujours se servir de cette potion comme preuve s'il devait un jour constater que Malinovski était un danger.

Après tout, il faisait des potions décrétées illégales… même si c'était seulement en Angleterre.

En se dirigeant vers la Grande Salle – le repas n'allait pas tarder à commencer – il croisa le médicomage et stoppa net. Il lui jeta un regard noir, même si Malinovski ne vit rien. L'homme sifflotait gaiement. Harry l'observa entrer dans l'infirmerie et songea que, puisque les choses ayant un air innocent pouvaient se révéler très dangereuses, il garderait Malinovski à l'œil.

Surtout s'il fricotait avec Malfoy.

En grimaçant, Harry reprit sa route. Comment pouvait-on trouver du charme à Malfoy ? En étant objectif, il pouvait considérer que le sorcier avait un genre, un certain charme physique. Mais honnêtement, il était trop petit, trop maigre, trop blanc. Trop blond aussi. Harry se souvenait bien de Dudley qui aimait se moquer de la stupidité des blondes avec ses blagues idiotes, mais Harry en avait autant à dire sur les blonds, parfois.

Et puis, franchement, il avait un caractère épouvantable ! Frimeur et prétentieux, pédant, sournois et malveillant, agressif… Et tant d'autres choses aussi. En soupirant, Harry conclut que Malfoy était juste un gosse pourri gâté qui se croyait intelligent et qui se ramassait des filles grâce à son nom et son argent. Enfin, avant. Maintenant, les choses seraient moins faciles.

Heureusement, pensa-t-il en s'installant avec ses deux amis à la table Gryffondor, certaines personnes étaient plus intelligentes que ça. Aucune des filles de sa maison n'était – à sa connaissance – tombée sous le charme artificiel et fourbe du Serpentard.

Les filles de Serpentard, par contre… Presque toutes l'avaient fait grincer des dents, un jour ou un autre, en adulant son ennemi. Il n'y pouvait rien, c'était une haine physique qui lui brûlait l'estomac et lui retournait les entrailles. Il avait toujours eu du mal à entendre les louanges qui valorisaient Malfoy. Il le détestait du fond de ses tripes.

- Comment fais-tu pour supporter ça ? demanda Neville à Ron.

Harry sortit brusquement de ses pensées, le cœur battant, en pensant que Neville s'adressait à lui.

- Tu arrives vraiment à t'en sortir ?

- Hé ! Je ne suis pas si horrible que ça ! protesta Hermione.

- Tu sais Neville, reprit Ron, j'ai peut-être une chance de passer des épreuves test pour entrer dans une équipe de Quidditch cette année.

Harry écarquilla les yeux : aux dernières nouvelles, Ron voulait devenir Auror, comme lui. Qu'avait-il loupé ?

- Mais pour ça, continua le sorcier roux, je dois avoir fini mes examens. Même si je ne vise pas le niveau d'Hermione, loin de là – désolé ma chérie – je suis sûr d'avoir le minimum attendu en travaillant avec elle.

- Tu avais dit que tu voulais devenir Auror ! s'exclama Seamus, juste à côté.

Harry ne dit rien mais n'en pensait pas moins, content que quelqu'un ait fait la remarque qui lui brûlait les lèvres.

- Oui, mais môsieur Weasley ne veut pas prendre le risque de travailler pour le ministère, répondit Hermione, un peu agacée.

- Chérie, on en a parlé un million de fois… Je veux tenter de suivre mon rêve, comme toi tu as décidé de suivre le tien. Et je ne te le reproche pas !

- Peut-être que tu ne me le reproches pas, mais tu ne veux pas venir travailler au ministère avec moi… bouda Hermione, sous le regard incrédule de quelques camarades de maison.

Harry de son côté sourit. Hermione se rattachait peut-être avec une force étrange à ses études depuis que la guerre était finie, et elle était probablement l'une des sorcières les plus douées de sa génération, mais elle pouvait encore avoir des réactions de gamine, parfois.

- Ma chérie, comprend-moi, reprit Ron avec une douceur surprenante : si tu entres au ministère, tu deviendras rapidement la nouvelle ministre du monde sorcier. Je ne veux pas obéir aux ordres de ma future femme en dehors de notre vie de couple.

Hermione rougit de plaisir, à la fois pour le compliment et pour l'évocation de leur avenir. Ron n'en parlait jamais, mais apparemment il envisageait réellement de passer sa vie avec elle. Elle avait tellement peur de n'être qu'une passade… Tellement peur que lui aussi lui tourne le dos après… Après…

Il valait mieux ne pas y penser.

- Il n'empêche, reprit Seamus, rattraper une année en deux mois, ça doit être horrible !

- Tu sais, reprit Hermione, on n'est pas totalement en retard par rapport à ceux qui ont suivi la septième année ici. Avec les perturbations de la guerre et les persécutions des Carrow, je doute que tout le monde ait pu travailler comme il le fallait pour obtenir le diplôme…

- Tu crois qu'ils vont baisser le niveau alors ? Au ministère je veux dire…

- Non, répondit Hermione sûre d'elle. Ceux qui tentent de passer cette année, tant mieux, ceux qui n'y arrivent pas, tant pis. De toute façon, ils n'ont pas vraiment besoin de baisser le niveau : vu le faible nombre de septième année qui a décidé de rester pendant les vacances, ça n'aurait plus aucun sens.

- Pourquoi ?

- Ceux qui restent sont ceux qui sont un minimum sûrs d'eux, ceux qui ont suivi le programme habituel en lisant pour rattraper ce qu'il manquait en cours, ou ceux qui profitent de ces deux mois pour réviser de manière intensive… Bref, ceux qui sont susceptibles de réussir. Et comme ils ont déjà prévu de doubler les effectifs pour la septième année l'an prochain, ils ne seraient pas pris de court même si tout le monde ratait ses examens. Alors je le répète, ça ne sert à rien de baisser le niveau des ASPICS.

Seamus râla. Pour lui, c'était dommage qu'en ayant participé à la bataille d'aussi près, ils ne soient pas remerciés en ayant des examens simplifiés. Les autres se turent en songeant qu'il leur restait encore pas mal de boulot, finalement…

- Quand as-tu décidé de changer de voie ? demanda soudain Harry, réellement curieux.

Lui-même se posait tellement de questions sur sa future carrière… Ron fronça les sourcils.

- Je pensais que Ginny t'en avait parlé : j'ai choisi de tenter ma chance il y a une semaine. Il y avait une affiche de recrutement à Pré-au-lard. J'y ai réfléchi et je crois que c'est une bonne opportunité pour moi. Avec toutes les équipes nationales qui veulent trouver le nouveau Krum, cette année…

- Je ne suis pas sûr de comprendre, glissa Harry.

- C'est assez simple, développa Ron. Chaque équipe court après de nouveaux joueurs pour tenter de les faire sélectionner en équipe nationale. C'est le meilleur moyen pour elles de se faire de la pub. Elles veulent être à nouveau compétitives sur le plan international pour attirer à nouveau de grands joueurs étrangers dans le championnat.

- En plus, c'est normalement l'année de la Coupe du Monde de Quidditch… réalisa Seamus.

- Exactement, appuya Ron. Elles sont d'autant plus pressées de trouver du sang neuf.

- Je ne sais pas si elle va être organisée… les interrompit Hermione. La Coupe, je veux dire, précisa-t-elle alors que les garçons la regardaient d'un air ahuri. Normalement, leur expliqua-t-elle, en tant que dernier pays organisateur, l'Angleterre est censée faire le choix du prochain pays organisateur et mettre en place un relais pour l'aider à s'organiser. Mais je doute que le ministère ait vraiment la tête à ça en ce moment…

- Ça n'empêchera pas les autres pays de s'organiser, même sans nous. Non ? glissa Seamus en fan de Quidditch plein d'espoir.

- Certes, admit Hermione après un temps de réflexion. C'est possible. Quoi qu'il en soit… Puisque l'Angleterre a une mauvaise image à l'étranger à cause de la guerre, il y a de grandes chances pour que l'équipe nationale se démène pour gagner la Coupe et redorer le blason du pays… Pour retrouver notre attrait. Du coup, je peux comprendre que les équipes du championnat s'activent, effectivement…

- Je pense surtout que j'ai ma chance, dit Ron à Harry, bien loin de toutes ces considérations politiques. Les équipes ont décidé de ne pas baisser les bras, parce que c'est ça le sport, et ils vont avoir besoin de sang neuf. Avec les joueurs qui ont fui à l'étranger, et parce qu'il y a malheureusement eu des pertes dans certaines équipes, je pense qu'il y a une place pour moi.

- Bien sûr ! Je sais qui tu y arriveras, affirma Harry avec conviction.

- Merci vieux, dit Ron avec un sourire, avant de retourner à son assiette.

- Ça alors ! s'exclama soudain une voix féminine, à la gauche d'Harry. Il ose revenir ?

Harry se retourna vers les grandes portes, curieux, et vit Malfoy entrer dans toute sa splendeur d'antan. Il le vit lever la tête, hautain, et ignorer tout le monde au passage avant d'aller s'installer seul à la table Serpentard. Il y eu un gros silence avant que les conversations ne reprennent.

Harry repartit dans ses pensées de la matinée : comment pouvait-on apprécier ce type ? C'était une caricature de sang pur, d'après lui. Il correspondait à tous les clichés de l'aristocrate guindé.

Le sorcier observa les gens autour de lui : certains élèves de Serdaigle regardaient le sorcier blond avec étonnement, d'autres méchamment… Luna lui avait adressé un regard perçant avant de retourner à son assiette, mais Harry n'aurait pas su dire quel était son sentiment.

Son regard glissa brièvement sur la silhouette de Malinovski qui venait de rentrer et s'arrêta sur ses camarades de maison. Les Gryffondors ignoraient ostensiblement le blond… Harry sourit légèrement, rassuré : beaucoup pensaient sans doute comme lui. Bah ! Il devait se calmer. Les histoires de mangemorts n'étaient plus ses affaires maintenant.

Et il aurait été stupide de sa part de recommencer une guerre avec les Serpentards, alors qu'il avait promis au directeur Phineas Nigellus Black de tout faire pour redorer un peu la réputation de cette maison… Malfoy verrait bien à son procès qu'il n'avait aucune raison d'être aussi fier. Quelque part, Harry songea même qu'il était content de ne pas avoir pu faire plus : il fallait que les gens comprennent qu'on ne pouvait pas tout faire, même avec un nom et de l'argent. Un jour, il fallait payer.

Il fronça néanmoins les sourcils en s'apercevant que l'une des filles de sa maison, qui venait juste de s'installer, ne détachait pas son regard de Malfoy.

Même assise devant son assiette et interpellée parfois par ses camarades, elle gardait les yeux braqués sur lui.

Harry trouva ça louche. Qu'est-ce qu'elle trouvait à Malfoy pour le fixer de cette manière intense ? Ça le mit en rogne. Quand il vit son ennemi d'enfance se lever, rapidement suivi par Malinovski, il se décida à lui dire deux mots et voulut sortir de table à son tour. Il fut juste retenu quelques minutes par Ginny qui l'invita au Terrier, à la demande de ses parents. Puis il sortit.

HPDMHPDMHPDMHPDMHPDMHPDM

Samedi 20 juin, début d'après-midi

- Non, je ne peux pas te laisser seul dans l'appartement, et je ne peux pas rester non plus. La directrice tient à me faire visiter Pré-au-Bacon pour m'inciter à rester au château.

- C'est Pré-au-lard, corrigea Draco machinalement.

On aurait pu croire que son visage était vide d'émotion, mais en observant mieux, on percevait le regard d'un animal traqué. Il reprit, moins assuré.

- Mais vous n'avez pas senti l'hostilité ? Même au milieu de tout ce monde je ne suis pas… rassuré, finit-il d'une petite voix.

- Je crois, moi, que c'est le mieux pour toi. A quoi ça te servirait de rester caché ?

- Je veux juste un endroit au calme, en sécurité. Je vous promets de ne rien déranger.

Igor eut un instant un rire rauque et se détourna. En le sentant sur le point de partir, Draco lui attrapa le bras et se rapprocha. Il ne fallait pas qu'il parte. Il ne voulait pas rester seul. Malinovski tourna le visage vers son protégé.

- Tu peux difficilement déranger plus que je ne le fais, petit. Là n'est pas le problème.

- Je ne suis pas petit, corrigea à nouveau Draco. Alors qu'est-ce qui vous gène ? demanda-t-il en regardant impassiblement Igor dégager doucement son bras.

- Je n'ai pas à te donner mes raisons jeune Malfoy. Je m'en vais et je veux que tu te mêles aux autres, dit-il en tournant les talons et en se dirigeant vers le bureau de McGonagall sans un mot de plus.

Draco tapa du pied sur le sol avant de se rendre compte que sa magie venait de réagir à la présence de Potter. Pourquoi ne l'avait-il pas remarqué avant ? Ha ! Bien sûr… Si Potter ne voulait pas être vu, sa magie ne l'aurait pas prévenu… Et que voulait le balafré maintenant ?

De son côté, Harry se demandait pourquoi le médicomage et Malfoy semblaient si proches. Quand il était arrivé dans le couloir, une seconde plus tôt, il avait vu Malfoy agrippé à Igor en lui demandant ce qui pouvait le gêner. « Je ne suis pas petit. » Voulait-il dire qu'il était assez vieux pour que les deux fassent… des choses ? Et pourquoi Igor voulait-il que Malfoy se mêle aux autres ? Que manigançait-il ?

C'était là qu'il avait voulu que Malfoy se détourne et le remarque, lui. C'était bizarre. Et maintenant, il était bien embêté devant les yeux gris qui le fixaient avec colère. Il aurait voulu ne pas être là mais il refusait de partir le premier : il aurait eu l'air trop lâche. Il décida que le meilleur moyen de se débarrasser de Malfoy était de le blesser. Et comme il venait apparemment d'essuyer un refus…

- Dégage de là la fouine. Tu as entendu Malinovski ? Il ne veut pas de toi ! Alors évite de trainer dans les parages, dit-il plutôt hargneusement.

- Lâche-moi un peu Potter, tu n'as rien à me dire !

- Et toi, arrête tes grands airs et va voir ailleurs si j'y suis !

Et Harry, agacé alors qu'il avait attaqué le premier, reprit sa route. Draco fut bientôt seul devant la porte du médicomage. Il était en pleine lutte contre sa magie, qui voulait absolument lui faire quitter ce couloir. Il en avait marre : il venait de se trouver un coin à peu près tranquille, avec quelqu'un qui ne lui en voulait pas pour son passé de mangemort, et Potter venait de lui prendre. Et comment ferait-il, maintenant, s'il n'avait plus le droit d'aller à l'infirmerie ni dans les appartements de Malinovski ? Comment pourrait-il se guérir s'il se faisait encore agresser ?

Son crâne ressemblait à un champ où s'ébattaient des hippogriffes…

Bientôt, il ne fut plus capable de résister et dut se résigner à faire une croix sur ses visites au Russe. Pour soulager un peu ses maux, il partit se promener dans le parc. En fait, ça lui fit tellement de bien de s'éloigner de Poudlard, qu'il ne vit pas le temps passer. La nuit était déjà tombée depuis une heure quand il se décida à rentrer au château. Il était temps de toute façon : son sentiment de détente avait été remplacé un instant par le fameux sentiment d'angoisse qui l'étreignait trop souvent ces temps-ci.

Mais quand il passa les grandes portes, ce fut comme si revenir en ces murs avait ranimé toute la douleur qui avait disparu pendant sa promenade. Suffocant presque, les mains pressées sur ses tempes en espérant atténuer la douleur, Draco se traîna jusqu'au couloir de l'infirmerie. Il ne pouvait plus être trop près des appartements d'Igor, alors il devait se rabattre sur le dragon soignant.

Potter avait été suffisamment précis, quand il l'avait chassé de l'infirmerie, en disant qu'il ne voulait plus le voir « ici à Poudlard ». Aussi, avec quelques arguments retors, Draco pouvait limiter le « ici » à la pièce de l'infirmerie. Il ne pouvait par contre pas limiter précisément « les parages » de l'appartement de Malinovski : solution impossible pour soulager ses maux donc.

Sa seule chance d'atténuer ses douleurs était d'atteindre la porte de l'infirmière et lui demander une potion. Et sa magie devait l'accepter. Parce qu'après tout, il ne désobéissait pas vraiment à Potter, n'est-ce pas ?

Cependant, sa lutte contre lui-même était difficile. Quand il eut atteint le milieu du chemin, il se retrouva à quatre pattes. Mais il força son corps à continuer parce que quoi qu'il arrive, sans potion anti-douleur, il ne pourrait pas dormir de la nuit. Et il était épuisé. Il finit le mètre restant en rampant. Arrivé devant la porte, il donna deux coups le plus fort qu'il put. Ce qui n'était pas grand-chose.

Plus loin, quand Harry passa devant ce couloir et qu'il vit Malfoy couché sur le dos, crispé et probablement plus pâle que jamais, il eut un sursaut de culpabilité pour l'avoir chassé de l'infirmerie plus d'une semaine avant. Il allait l'aider quand il vit Pomfresh ouvrir sa porte. Alors il repartit, plus léger, convaincu que l'infirmière ferait ce qu'il faudrait. Il songea que la fois suivante, il essaierait d'être moins incisif envers l'héritier blond. Même si, après tout, c'était juste Malfoy. Et ce n'était pas comme s'il était en danger, entre les murs du château.

Draco ne vit ni ne sentit Potter passer et fut soulagé quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit. Pomfresh voulut le faire entrer, mais il parvint à lui dire non. Il avait seulement besoin d'une potion antidouleur et il partirait. Pomfresh lança un rapide sort de diagnostic pour comprendre ce qui n'allait pas, mais elle ne vit rien à part une tension extrêmement élevée, sans doute due à la douleur.

Elle alla chercher la potion, la donna au jeune sorcier qu'elle aida à boire en le soutenant et elle sentit son dos se détendre immédiatement. Il la remercia, obligea son visage à redevenir placide et se releva. Il allait bien mieux, même s'il avait connu des jours meilleurs. Il fallait maintenant qu'il trouve un endroit où dormir.

L'infirmerie et les appartements du médicomage lui étaient interdits… L'appartement de son parrain n'était plus une cache sûre… Les dortoirs des Serpentard étaient donc la dernière solution, même s'il n'avait pas voulu y retourner depuis la victoire de Potter. Il appréhendait ces lieux, lugubres quand ils étaient vides de toute présence…

Quand l'infirmière le vit se relever et partir en direction des cachots, elle referma la porte. Il l'avait remerciée, c'est qu'il allait réellement mal avant la potion. Autrement, il se plaignait de son incompétence.

Elle songea qu'elle n'avait pas été très professionnelle en ignorant son départ de l'infirmerie, la fois dernière. Il ne faisait peut-être pas toujours semblant. Il n'avait pas l'air malade, son sort de diagnostic lui ayant confirmé cette impression, mais la souffrance du sorcier était réelle. On ne pouvait feindre une telle tension, une crispation aussi intense.

Elle se dit que le lendemain, elle pourrait au moins lui faire porter deux ou trois potions d'antidouleur par les elfes, pour les jours à venir.

Elle ne pouvait pas se douter à quel point il en aurait besoin.

Elle retourna se coucher et frissonna dans son lit. Elle venait d'entendre le hurlement satisfait d'un loup au-dehors. Et ça n'était jamais bon, quand les loups s'approchaient autant de Poudlard...


Edité le 07-02-16