Chapitre 2 : Igor Malinovski
Partie 5 : La pleine lune
Dimanche 21 juin, début de matinée
Le lendemain, Draco remonta dans le Hall en frissonnant. Les grandes portes étaient ouvertes et le vent avait tendance à s'engouffrer dans les escaliers et les couloirs des cachots. Il aperçut dehors un groupe – probablement des professeurs – discuter avec animation. Il haussa les épaules et entra dans la Grande Salle.
Comme la veille, un silence hostile l'accueillit et le cloua quelques secondes sur le seuil, mais il dura moins longtemps. Aussi il s'obligea à avancer. Il se raidit juste un instant, quand il entendit derrière lui des grands pas pressés. Il eut peur que les pas – qui se dirigeaient vraiment vers lui – traduisent le désir de quelqu'un de l'agresser une fois de plus. Cependant, il s'obligea à continuer.
Ses épaules se décrispèrent très légèrement quand il reconnut la voix un peu rude d'Igor Malinovski lui glisser quelques mots au passage.
- Continue à résister et tu trouveras de l'aide même sans le demander.
Draco n'eut pas le temps de répondre puisque le médicomage, aux jambes longues, était déjà devant la table des professeurs pour s'installer. Draco se contenta donc de lui jeter un des regards sceptiques et hautains qu'il avait piqués à son parrain, le sourcil levé.
Il s'assit à la table des Serpentards, comme la veille, en réprimant ses envies de bailler.
S'il voulait commencer à redorer le blason de sa maison, il devait rester parfait en toutes circonstances. Il fallait donc qu'il se réveille. Il se servit un petit bol de café auquel il ajouta du lait, pour atténuer son amertume. Et quelques uns de ses effets. Par exemple, le café avait le fâcheux inconvénient de faire jaunir les dents. Et il n'était pas question que ça lui arrive, à lui.
Il avala une gorgée du liquide brûlant. C'est comme ça qu'il l'aimait : très chaud et un peu de lait. Il se sentit réconforté, même s'il était encore un peu endormi. Contrairement à toutes les autres nuits qu'il avait passées ces derniers temps, il avait dormi plutôt paisiblement. Curieusement, il ne s'était pas senti en danger. Peut-être était-ce dû au fait qu'il dormait dans les dortoirs de Serpentard ?
Pourtant, on ne pouvait pas dire qu'il s'était senti à l'aise en entrant dans la sombre salle commune. Cela l'avait obligé à penser à tous ceux de sa génération. Ils n'étaient pas réellement ses amis, mais ils faisaient partie du décor de sa vie. Sans eux, aujourd'hui, il se sentait presque vieux, comme s'il était le dernier survivant, comme si une partie de son identité lui avait été retirée. Et les chambres en enfilade étaient tellement… vides. Il avait eu la sensation d'être seul au monde.
Encore une fois, pendant la soirée, il avait eu en tête des images d'embrassades passionnées entre Potter et la teigne rousse. Non mais franchement, comment pouvait-on apprécier des baisers aussi mouillés ? Ça l'avait fichu en rogne pour la soirée. Mais, sans doute grâce à la potion de Pomfresh, il n'en avait pas souffert cette fois.
Ça lui avait même rappelé des leçons avec son parrain sur « comment endurer la souffrance de l'esprit ». Quand il était petit, le potionniste s'était souvent occupé de lui. Severus Snape était très loin de la figure paternelle idéale. Il était exigeant, sévère, grincheux. Et, honnêtement, quand il n'y avait pas de Gryffondor dans les parages qui risquait de les voir, il pouvait être profondément injuste avec lui aussi.
Mais il tenait sincèrement à lui et tentait de lui procurer un certain bien-être émotionnel, d'être l'adulte sur qui on pouvait compter. Les Serpentards n'étaient pas tendres, cette réputation n'était pas usurpée : le bien-être personnel passait avant le reste. Mais les cadres de la famille et de l'amitié pouvaient parfois dépasser cela, et il n'y avait rien de tel qu'un Serpentard pour en épauler un autre en cas de coup dur. Parce qu'il avait les mots blessants pour redonner un coup de fouet à l'orgueil et pour faire réagir.
Draco n'était pas le plus chanceux des sangs-purs…
Sa famille était certes crainte et respectée, son père tenant beaucoup au nom des Malfoy. Mais contrairement aux parents de Blaise ou Théo, par exemple, les siens ne l'avaient jamais choyé de la même façon. Ses parents tenaient à lui, pas de doute, mais pas à la manière des autres grandes familles qu'il connaissait. Ils n'avaient pas cette douceur naturelle et cette fierté dans le regard quand leurs yeux se posaient sur lui.
Et les amis… Eh bien, s'il n'avait jamais considéré qui que ce soit comme un ami, Draco aimait beaucoup la bande dans laquelle il évoluait. C'était un cadre stable, ou les combines politiques et les chantages étaient monnaie courante, certes, mais un cadre où il ne se sentait jamais isolé ou déconcerté… C'était un cadre dont il était maître.
Il avait cessé d'être maître de la situation quand il avait été confronté à Voldemort. D'abord à cause de la mission impossible qui lui avait été confiée. Ensuite à cause de l'entourage du mage noir qui avait souvent squatté chez ses parents, au manoir Malfoy.
Les sorciers et sorcières sous les ordres de Voldemort avaient beau être souvent des Serpentards, ils n'avaient plus aucune réaction logique, à l'instar de leur maître. On ne pouvait jamais deviner ce qui allait arriver. Il avait vu Blaise devenir fou et ça lui avait fait mal. Théo était devenu de plus en plus cynique et fuyait la compagnie de tout le monde.
Et pour Pansy, la douce Pansy… Draco évitait autant qu'il le pouvait toute pensée se référant à elle. Ses souvenirs le rendaient malade à chaque fois. Elle était celle qui avait le plus souffert. Peut-être finalement devait-il admettre que les parents de Pansy étaient odieux, pires que les siens et de très loin… Il n'avait pas le droit de se plaindre…
Il avait aussi souffert – et aussi à cause de sa famille – mais c'était loin de ce qu'avait vécu Pansy. Il ne pensait pas être devenu fou, lui.
En tout cas, il n'était plus maître de sa vie depuis ce jour-là. Et aujourd'hui, même si Voldemort avait disparu, il ne maîtrisait pas plus les choses. Sa magie obéissait à Potter, son corps faisait parfois des siennes, et il devait se cacher de Gryffondors enragées et du ministère pour survivre…
Ca ressemble un peu à ce que je vivais sous Voldemort, songea le sorcier amèrement, avant d'être sorti de ses idées noires par l'arrivée de McGonagall.
S'il avait apprécié l'honnêteté, il aurait admis que la démarche raide, le regard perçant et les lèvres pincées de la vieille femme avaient quelque chose d'intimidant. Sa prestance n'était pas celle de son parrain, mais il y avait une espèce de droiture inébranlable qui se dégageait d'elle et impressionnait la jeunesse.
Ceci dit, pensa-t-il en buvant une nouvelle gorgée de café chaud et suivant la directrice des yeux jusqu'à l'estrade des professeurs, ce n'est pas pour autant que je l'apprécie. Si un Gryffondor avait eu les mêmes ennuis que moi avec la bande de folles, elle l'aurait su tout de suite et aurait foncé à sa rescousse. Moi, je ne dois pas être assez important à ses yeux pour qu'elle s'inquiète de mon bien-être. Vieille chouette…
- Mes chers enfants, commença la directrice sombrement, j'ai une grave nouvelle à vous annoncer.
Tous les étudiants avaient la tête tournée vers la table des professeurs, désormais, et il était évident que les adultes arboraient tous une mine grave. Draco fronça les sourcils.
- L'une de vos camarades a trouvé la mort cette nuit, en bordure de la forêt interdite. Bridget Samson, qui devait passer ses BUSES cette année a été sauvagement agressée la nuit dernière par ce qui semble être un gigantesque loup.
Quelques cris de stupeur s'élevèrent. La directrice agita sa baguette et les bannières aux couleurs des maisons devinrent noires.
- Comme elle ne prendra pas part à la cérémonie commémorant les nombreux morts de la guerre, qui aura lieu bientôt, je crois qu'il est normal d'accorder à cette jeune fille une minute de recueillement. Car sa mort survient dans un contexte de paix et n'aurait jamais dû avoir lieu.
A nouveau, la directrice agita sa baguette.
Un portrait descendit du plafond en se déroulant, derrière la table des professeurs. Draco retint au dernier moment une exclamation. C'était son agresseur qu'il voyait sur le portrait ! La bouche ouverte, le sorcier ne put s'empêcher d'arborer un air soulagé. Il ne serait plus agressé ! Il ferma une seconde les yeux avant de les rouvrir pour suivre l'ouverture progressive de l'image, jusqu'en bas.
Là, son regard fut attiré par Igor Malinovski. Le médicomage eut une espèce de sourire cruel sur les lèvres à donner des frissons, le temps d'une seconde. L'ayant repéré, Igor lui fit un clin d'œil avant de redevenir impassible. Draco frissonna pour de bon. Il se demanda si Malinovski était pour quelque chose dans la mort de la jeune fille.
- Je tiens à vous mettre en garde : bien que vous soyez en vacances, je réinstaure le couvre-feu.
Un concert de protestations s'éleva. Draco songea qu'il aurait pu être attaqué cette nuit. Il avait senti, à un moment, qu'il était en danger. Soit le loup le guettait, soit… soit son agresseur était près de lui. Et le loup l'avait sauvé.
- Mais on peut très bien se défendre d'un loup ! cria quelqu'un dans l'assistance.
- D'après les traces, reprit la directrice, il n'y avait qu'une bête, vraiment grande. Or, les loups solitaires sont les plus dangereux, les plus sauvages. Croyez-moi, s'il vous attaque, c'est qu'il est sûr de remporter la bataille. Vous ne pourriez faire le poids. La guerre ayant pris fin, je refuse d'annoncer une nouvelle fois la mort d'un élève à ses parents. J'espère que c'est bien clair pour tout le monde.
Le silence prit place et quelques élèves acquiescèrent de la tête.
- Bien. Si vous ressentez le moindre besoin d'en parler à quelqu'un, Pomona Chourave s'est proposée pour être à votre écoute. N'hésitez pas à aller la voir. Pour ceux qui souhaiteraient rendre un hommage à leur camarade, la date et le lieu de l'enterrement vous seront communiqués ultérieurement sur l'un des panneaux d'affichage du Grand Hall. Merci de votre attention.
Sans un mot de plus, toujours raide comme un piquet, la directrice ressortit de la Grande Salle. Probablement allait-elle réfléchir et prendre des mesures pour qu'une telle chose n'arrive plus. Draco la suivit des yeux d'un air absent, plongé dans ses pensées qui disaient toutes « Tu vas enfin avoir un peu de répit ! ».
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Harry fronça des sourcils quand McGonagall commença à parler. Il tentait de se rappeler qui était Bridget Samson, quand l'image de la jeune fille décédée se déroula au dessus de la table des professeurs. Harry se rappela en un instant cette jeune fille obnubilée par Malfoy la veille. En même temps que ce souvenir se formait dans son esprit, il ne put s'empêcher d'observer le sorcier blond, seul à sa table.
Il capta l'image du soulagement et eut l'irrésistible envie de lui en coller une : quelle espèce de monstre était-il pour oser être soulagé de la mort de cette jeune fille ? Elle ne lui avait rien fait à part lui jeter quelques regards intéressés. Elle avait eu l'air fascinée par son image, et après ? Qu'avait-elle fait d'autre ? On ne pouvait en vouloir à quelqu'un sous prétexte qu'il vous manifestait un peu d'intérêt.
Il suivit le regard de Malfoy jusqu'à la table des professeurs. Il aperçut le clin d'œil que lui envoya Malinovski avant de regarder Malfoy de nouveau : il frissonnait. Comment osaient-ils, ces deux dépravés ? Comment osaient-ils se draguer sous le nez de tout le monde alors qu'une pauvre âme venait de trouver la mort ! Comment un médicomage ne pouvait-il pas éprouver ne serait-ce qu'un minimum de compassion ?
Ça dépassait tant son entendement qu'Harry en tremblait de colère contenue. Par respect pour la morte, il ne troubla cependant pas le silence-hommage. Par respect pour son ancienne directrice de maison, qu'il devinait touchée en la voyant sortir de la salle, il se contint également. Il ne voulait pas provoquer d'esclandre et causer des soucis supplémentaires à McGonagall.
Quand Ron posa sa main sur son épaule, il se retourna tellement brusquement que son ami retira son bras promptement. Devant les yeux noirs de colère, Ron leva les deux mains devant lui en protection et en signe de paix.
- Hé ! Ne me mord pas ! Moi ami, pas ennemi !
- Pardon Ron, se radoucit Harry en prenant conscience que sa colère était dirigée sur la mauvaise personne. Que voulais-tu ?
- Tu as l'air d'avoir avalé un balai, répondit le sorcier roux en le regardant dans les yeux. As-tu l'impression d'être responsable de cette mort ? lui demanda-t-il ensuite la voix basse, pour éviter d'attirer l'attention de ses collègues de maison visiblement choqués par cette mort inattendue.
- Non, ça n'est pas ça, répondit Harry de la même manière. C'est juste que la fouine malfaisante se fout royalement de penser qu'il y aura des gens pour pleurer et regretter cette fille. Il a même l'air content.
La colère roulait dans la voix basse du vainqueur de Voldemort et Ron se permit de lui faire remarquer qu'il l'avait prévenu. La fouine ne méritait aucune compassion. Ce sur quoi les deux amis, la mine sombre, se turent pour finir de petit-déjeuner. Heureusement, après de longues minutes silencieuses, Ginny parvint à détendre l'atmosphère et les conversations reprirent.
Harry, comme d'autres garçons autour de la table, fut fasciné par les histoires invraisemblables de sa fiancée. Aussi, quand il se leva, il s'aperçut que Malfoy et Malinovski avaient tous les deux déjà quitté la Grande Salle. Plus calme après ce moment de détente entre amis, il abandonna l'idée de se confronter au blond peroxydé.
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Mercredi 24 juin, fin d'après-midi
Draco observait Igor installer son parrain sur la couche en haut de la tour d'Astronomie, qui avait été parfaitement nettoyée pour l'occasion. Quand il avait appris que le médicomage tenterait le rituel de guérison dans quelques heures, pour la pleine lune, il avait insisté pour l'aider. Igor avait été surpris, mais avait accepté quand le sorcier avait expliqué le lien qui l'unissait au potionniste.
- Ton parrain m'a parlé de toi, le jour où j'ai pu le voir, dit Igor en recouvrant le corps endormi du maître Snape d'un fin drap de jute blanchi.
- Vraiment ? dit Draco en se donnant un air indifférent.
- Oui. Tu es parvenu à lui éviter la douleur une fois, si j'ai bien compris. Comment as-tu fait ?
- J'ai emprunté un livre de guérison dans sa bibliothèque. Un que je ne connaissais pas : mon parrain m'a dit qu'il n'avait jamais été publié. J'ai appliqué ce que j'y ai lu.
Igor resta silencieux un instant, les sourcils froncés, alors qu'il disposait diverses bougies d'un genre de cire bleue à divers endroits de la pièce. Le médicomage avait l'air concentré, mais il n'avait pas vraiment besoin de réfléchir pour tracer les points de force dans la pièce ronde. Il avait toujours eu des facilités pour les rituels, quand il était étudiant.
Non, en fait, il était plongé dans des pensées personnelles sans aucun rapport avec le rituel à l'instant. C'était surtout l'espoir insensé que maître Snape ait gardé son livre tout ce temps, qui tourbillonnait dans son esprit. Et la peur de demander le titre de l'ouvrage, la peur d'être déçu si ça n'était pas le cas.
Il eut un rictus d'autodérision. Si Boris était là, à l'instant, il lui dirait « un homme qui a fêté ses 32 ans devrait cesser de courir après un autre, comme un gamin de six ans à la recherche de l'attention de son père ». Cependant, il n'y pouvait rien. Il s'était attaché à la figure dure et autoritaire de cet homme, quasiment la première fois où il l'avait vu.
Oui, il considérait cet homme comme son père, au plus profond de lui-même, comme la figure parentale qu'il n'avait jamais eue. Il avait remplacé ses parents sans remord quand il avait compris qu'il avait été trahi. Maître Snape avait tant fait pour lui, même s'il n'en était probablement pas conscient.
Il avait été plus malheureux que les pierres quand il avait cessé de recevoir des nouvelles de lui… Et puis il avait grandi et pardonné. Il avait fait semblant d'avoir oublié, comme si ça ne le touchait plus. Et enfin, il y avait un mois de cela, maître Snape l'avait recontacté. Igor avait ressenti de la joie pour la première fois depuis tant d'années, qu'il avait immédiatement accouru.
Là où il s'était installé, en Russie, il ne ressentait rien. Jamais. Il était anesthésié. D'ailleurs, personne ne ressentait plus rien là-bas : à quoi ça servait ?
- Est-ce que vous avez besoin d'aide ?
La voix légèrement teintée d'inquiétude du petit Malfoy le tira de ses pensées et il prit conscience d'être resté accroupi au même endroit plusieurs minutes dans le plus grand silence. Parfois, s'abimer dans ses souvenirs lui faisait cet effet-là. Il s'oubliait et il en oubliait le temps. Les jours ressemblaient aux nuits et les nuits… restaient des nuits. Il se releva et reprit ses esprits.
- Oui. Descends me chercher les miroirs que j'ai rassemblés au bas des escaliers.
Le jeune sorcier ne se rebella pas contre l'ordre et commença à descendre. Igor se rapprocha de la porte et crut bon d'ajouter un conseil.
- Et ne les casse pas, ça porte malheur. Tu ne voudrais pas devenir encore plus malchanceux, n'est-ce pas ?
En descendant, Draco se permit un léger sourire. Au moins, le médicomage n'était jamais condescendant avec lui. Et il n'avait pas pitié. Ça faisait du bien à son amour-propre. Arrivé en bas, il se souvint qu'il n'avait plus de baguette et il dut se résoudre à prendre la pile de miroirs à bras le corps. C'était lourd. Mais comme c'était pour son parrain, il tint bon jusqu'en haut.
Pliant les genoux, il déposa la pile aussi délicatement qu'il le put aux pieds d'Igor.
- Bien. Je vais m'installer à la fenêtre et te guider pour les placer.
- Pourquoi vous ne le faites pas vous-même au lieu de vous reposer ? se rebiffa le jeune sorcier en croyant que le médicomage allait se la couler douce en le regardant faire.
- Tu préfères peut-être me guider en m'indiquant où les rayons de lune viendront frapper quand la nuit sera tombée ? demanda Igor plutôt froidement.
Draco eut le bon goût de rougir légèrement de son emportement et tenta de détourner la conversation pour ne pas avoir à s'excuser.
- En quoi les rayons de la lune sont importants ? demanda-t-il en se penchant pour ramasser un miroir cuivré.
Le médicomage sourit, pas du tout dupe mais très amusé. En voyant que le jeune homme blond n'émettrait plus d'objection, il alla s'installer à la fenêtre.
- En soi, les rayons de lune ne sont pas essentiels. C'est la phase de la pleine lune qui est surtout importante, pour amener les flux magiques du corps à leur paroxysme. Va te placer là-bas à gauche. Encore un peu plus. Mais les rayons peuvent apporter un plus au malade, car en venant frapper le corps, ils obligent sa magie à s'activer et à rester vive tout au long du rituel. Lève les bras. Ça facilite l'amalgame temporaire entre ma magie, sa magie et son sang. Penche le miroir légèrement vers le sol. Non, c'est trop, relève-le un peu. Là.
Igor se tut un instant pour lancer un sort de lévitation et un sort de mobilité suffisamment forts pour résister jusqu'au matin. Il fallait garder les miroirs suspendus mais mobiles, pour qu'ils s'inclinent en suivant les mouvements des rayons de lune. Draco alla s'emparer d'un autre miroir, argenté celui-là.
- En fait, reprit Igor en guidant à nouveau Draco, la magie d'un sorcier accepte rarement l'intrusion d'une magie qui lui est étrangère. Enfin, je l'ai déjà vu chez des couples où il existait un sorcier vampire ou une vélane, mais c'est extrêmement rare même chez eux. Les magies s'acceptent mais fusionnent peu. Stop, ne bouge plus, là c'est bien.
A nouveau, le sorcier s'interrompit pour lancer le sort lévitant et le sort de mouvement. Draco voulut prendre un troisième miroir mais stoppa en voyant l'infirmière sur le pas de la porte. Elle avait l'air moins revêche que ces derniers jours. En fait, elle avait l'air d'une vieille femme lasse et Draco trouvait que cet air n'allait pas du tout au dragon de Poudlard.
- Bonjour. Je vois que vous mettez toutes les chances de votre côté, monsieur Malinovski.
Elle jeta un œil sur la silhouette qu'on devinait couchée sous la toile de jute.
- Permettez, je pense pouvoir vous aider pour les miroirs, même si j'ai rarement pratiqué ce genre de rituel de guérison.
- Je vous en prie, l'invita Igor après avoir aperçu une lueur de tendresse dans les yeux de la nurse.
L'infirmière déposa un coffret sur le sol et les deux adultes travaillèrent efficacement et silencieusement, pour disposer toutes les surfaces réfléchissantes aux places qui convenaient.
- Pourquoi n'avez-vous placé aucun miroir pour envoyer des rayons ici ? demanda finalement madame Pomfresh en désignant la tête du professeur de potions qui reposait sur un minuscule coussin bleu ciel.
- Je vais utiliser monsieur Malfoy comme un canalisateur pour m'aider à mener le rituel à terme. Je voudrais qu'il maintienne la tête du professeur pendant mes incantations, ça pourrait accélérer la guérison. Mais alors, si je place un miroir là, soit monsieur Malfoy sera un bouclier neutre et le miroir sera inutile, soit les rayons viendront faire bouillir sa magie et il risque de provoquer des interférences pendant le rituel…
- Bonne réflexion, salua l'infirmière qui avait l'air de le penser sincèrement. Mais n'est-ce pas étrange de choisir quelqu'un qui n'a pas le même sang pour ce rituel ?
- Nous n'avons pas le même sang, intervint Draco pour la première fois, d'une voix étrangement polie et douce, mais il est mon parrain. Nous sommes donc de la même famille selon la magie. Je pense que je pourrais aider.
- Ho ! Très bien. Alors puisque vous voulez aider, reprit madame Pomfresh, vous allez devoir être en pleine forme.
Les deux hommes l'observèrent ramasser le petit coffret et le tendre à Draco.
- Et pour être sûre qu'il n'y aura aucun problème, je préfère vous savoir avec ces potions que sans.
Draco ouvrit la petite boîte pour y découvrir six flacons de potion antidouleur que l'infirmière lui avait finalement apportées elle-même. Il releva les yeux, assez reconnaissant pour ce geste mais pas prêt à l'admettre. Igor vint miraculeusement à son secours en demandant à l'infirmière pourquoi elle voulait tant que ça se débarrasser de Snape comme patient.
- Vous n'y êtes pas, reprit l'infirmière sans vraiment comprendre qu'Igor avait tenté un trait d'humour. Je veux qu'il soit guéri parce qu'il le mérite. Il n'est pas le membre de l'école que je préfère pour être honnête, mais je crois que je lui suis reconnaissante pour avoir consacré sa vie à aider Potter à vaincre.
Elle s'arrêta une seconde et jeta un œil au corps allongé. Elle ressentait un mélange de gratitude sincère et de répulsion incontrôlable pour le personnage acariâtre. Elle ne le détestait pas, ne l'appréciait pas, mais elle ne pouvait rester totalement indifférente à son existence. Sans doute comme tous les gens qui avaient lu l'histoire de la victoire dans les journaux et qui avaient pris conscience de son rôle ingrat.
- Je n'aurai sans doute pas fait autant moi-même si j'avais été à sa place, reprit-elle. Surtout quand je vois tout ce qu'il a enduré, depuis la première fois où je l'ai connu, quand il était étudiant, jusqu'à aujourd'hui.
Igor s'était rapproché et écoutait attentivement la sorcière, qui parlait ouvertement. Il fit même signe à Draco de ne pas la couper quand il l'aperçut prêt à faire un commentaire.
- L'homme qu'il est me rend perplexe et j'avoue ne pas savoir si je le déteste parfois, mais je crois que j'admire sincèrement ses actions et son courage. Quelque part, je suis contente que quelqu'un ait fait tout ça, et je suis contente que ça soit tombé sur lui et pas sur moi…
- Alors il n'a pas eu une vie simple, si je comprends bien, résuma Igor.
- Exact. Et puis je veux le voir guéri parce que c'est mon dernier patient. Les autres sont soit guéris, soit à Sainte Mangouste maintenant que des places se sont libérées. Alors quand lui aussi sera sur pieds, je pourrai partir tranquille. Je veux profiter de ce qui me reste de vie. Après le drame de dimanche dernier, j'ai pris conscience que je ne pouvais plus supporter tout ça. C'était déjà dur avant, mais là… c'est la goutte qui a fait déborder le chaudron.
Draco jeta un regard à Malinovski. La mention de Samson ne l'avait pas fait frémir le moins du monde.
- Je n'attends plus qu'une chose… ajouta l'infirmière après un silence. La retraite. J'ai fait mon temps, voyez-vous ? J'espère que vous me remplacerez, finalement. Au moins temporairement, pour que je puisse partir sans culpabiliser.
- Je n'ai pas encore pris ma décision.
- Bien. Je retourne à l'infirmerie et vous laisse terminer. Si vous avez besoin de moi, vous savez où m'appeler.
Et l'infirmière repartit comme elle était venue, laissant les deux hommes silencieux quelques minutes.
- Hé bien, nous n'avons plus qu'à réussir maintenant, déclara le médicomage. Il va me falloir plusieurs onguents pour préparer le corps à recevoir nos magies. Peux-tu aller dans ma chambre ? J'ai laissé une sacoche de cuir au pied du lit. Dedans, tu trouveras plusieurs fioles de différentes couleurs. J'ai besoin de la crème blanche et de celle bleu nuit.
- Heu. Je ne peux pas y aller… marmonna Draco qui n'avait pas oublié les ordres de Potter.
- Ha ! Oui, il te manque le mot de passe. C'est Nicolaï. Vas-y, tu n'es pas interdit par mes barrières. Je dois rester là pour veiller le patient et allumer certaines bougies dans un ordre précis, dès que le dernier rayon du soleil mourra. Je veux tout faire dans les règles de l'art pour réunir toutes les conditions de guérison.
- Alors vous auriez dû y penser avant.
- Tu voulais aider, non ? Alors vas-y, ordonna Igor le regard noir.
Draco ne se sentit pas la force de protester plus. Et puis, c'était son parrain qui était concerné, il pouvait bien faire l'effort d'outrepasser le commandement potterien. Et madame Pomfresh lui avait fourni des potions antidouleur, alors… Il pouvait bien essayer.
Draco se dépêcha jusqu'à atteindre le bon couloir. Il commençait à découvrir que Poudlard avait de nombreux couloirs peu fréquentés qui permettaient de contourner les voies les plus empruntées. Il ne voulait voir personne, ne se sentant pas le courage d'affronter l'hostilité des autres maisons en ce jour. Et il voulait surtout éviter Potter, qui ne ferait que lui compliquer la vie.
Maintenant qu'il était proche de son but, il sentait sa magie commencer à se rebeller. Comment devait-il procéder ? Le mieux, sans doute, était d'avancer jusqu'à atteindre sa limite, en tentant de convaincre sa magie. Puis d'avaler une potion d'antidouleur quand ça deviendrait insupportable. Ensuite, il n'avait plus qu'à se dépêcher de récupérer les bonnes potions tant que l'antidouleur ferait encore effet. Oui, voilà, il allait faire comme ça.
Quand il fut devant les appartements d'Igor, du moins d'après ses souvenirs, il constata que la tapisserie d'origine avait été remplacée par un tableau blanc… Enfin, on devinait une étendue plane de neige et quelques montagnes parfaitement blanches au loin, mais tout restait dans des nuances de blanc et de gris léger.
C'était curieux, d'habitude il y avait toujours quelqu'un dans les portraits gardant les entrées, pour surveiller, mais là, l'étendue neigeuse était vide de toute vie. Perplexe, il donna le mot de passe quand même et entra quand le tableau se souleva en laissant un passage libre.
Le mot de passe du médicomage aussi était intriguant. Personne ne donnait de nom ou de prénom comme mot de passe, à sa connaissance. C'était trop… commun. Et comme ses parents le lui avaient expliqué une fois, ça pouvait même être dangereux quand il fallait se protéger de sa propre famille. Car quiconque vous connaissait un peu pouvait deviner le mot de passe…
Quand il fut dans la chambre, il aperçut immédiatement la sacoche. Il devait accélérer la cadence parce que même s'il ne sentait pas trop la douleur provoquée par sa magie, il pouvait comprendre qu'il était très affecté : parfois, pour quelques secondes, sa vue était obscurcie par des tâches noires et dansantes.
Apercevant dans le sac les fioles de la bonne couleur, il les fourra dans les poches de sa robe, pressé de sortir de là. Mais dans sa précipitation, il se releva trop vite et eut un vertige. Il sentait sa poitrine oppressée et commençait à manquer de souffle. Il voulut se stabiliser à l'aide d'une des colonnes du lit mais celle-ci vacilla dangereusement.
C'était anormal. Même si les lits de l'école n'étaient pas de toute première fraicheur, ils étaient très solides. Il suffisait de voir comment lui et certains camarades pouvaient maltraiter les meubles, parfois. N'ayant pas le temps de chercher plus loin cependant, Draco se hâta de sortir.
Quand il eut franchi les portes, il respira mieux. Quand il eut quitté le couloir maudit, sa vue s'éclaircit. Et quand il fut à la tour d'Astronomie, ses pas étaient de nouveau assurés. Il monta les marches pour la troisième fois ce jour-là.
La pièce ronde n'était pas si sombre, bien que la nuit arrivât. Les bougies l'éclairaient en lui donnant un aspect vacillant. Draco entendait Igor marmonner, mais il ne comprenait pas les mots, de là où il était. N'osant pas interrompre le médicomage, il patienta en observant les jeux de miroirs.
Quand Igor lui fit signe, il s'approcha et tendit les flacons – ramenés de haute lutte, songea Draco, qui se demandait s'il devait réclamer une médaille pour le courage et la volonté dont il avait fait preuve.
- Va t'asseoir là-bas, pose tes genoux sur le coussin bleu et la tête du professeur Snape sur tes genoux. Je vais commencer le traçage des signes d'ouverture sur le corps. Mais nous devons attendre la directrice, à sa demande, avant de pratiquer les incantations. Elle veut m'apporter du renfort…
- J'ai la tête qui tourne avec l'odeur des bougies... se plaignit Draco.
- C'est normal. Tu ne devrais pas lutter mais te laisser emporter. C'est le mélange de poudre d'Iboga, le bois du retour au pays des ancêtres, et d'essence d'Ayahuasca, la liane des esprits, qui te fait cet effet là. Sans compter les nombreux autres produits de ma composition…
- Vous avez toujours des bougies hallucinogènes dans vos bagages ? demanda Draco qui avait fermé les yeux.
- Ça n'est pas... Enfin, oui, c'est hallucinogène, mais les effets délirants sont contrés par quelques uns de mes ingrédients secrets. Tu vas juste avoir une espèce de gueule de bois à la fin du rituel. Et non, je n'ai pas ces bougies sur moi en permanence. J'ai commencé leur préparation quand j'ai reçu la lettre de la directrice me demandant d'urgence. Et je les ai terminées ici. Il y a plein de matériel utile quand on demande à vos elfes de maison.
- Et les miroirs ? chuchota Draco qui observait la lune se lever par la fenêtre.
- Les miroirs ? Je ne comprends pas ta question.
- Les miroirs… Ça brille. C'est tellement joli…
Igor ne répondit pas : le jeune homme était perdu dans un demi-rêve. Il vérifia en tâtant ses bras que les muscles étaient bien tétanisés, comme ils le devaient. Il vérifia également l'état de « rigidité » du corps nu du professeur allongé. Parfait : ni l'un ni l'autre ne bougeraient plus pendant le rituel, normalement.
Il avait fait exprès d'envoyer le jeune sorcier chercher ses onguents, parce qu'il devait déshabiller maître Snape. Il se doutait que voir le potionniste dans cet état n'était pas ce dont le jeune homme rêvait. Lui-même avait eu quelques difficultés.
Igor avait compris que cet homme était comme un père pour eux deux. Alors il avait fait en sorte de « préserver » le petit de cette image de vulnérabilité, comme s'il était son jeune frère. C'était une évidence pour lui, mais également son choix : il avait fait de Draco Malfoy son protégé.
Igor retira complètement la toile de jute du corps : sa température était parfaite, élevée comme il le fallait. Il traça avec soin les derniers signes d'ouverture, aux niveaux du pubis et des genoux noueux. Les signes devaient aider à la circulation des flux sanguins et magiques et faciliter le transfert de magie. Ils deviendraient également des repères dans l'espace, quand il faudrait rééquilibrer les points de force. Mais ça viendrait en temps voulu.
- Mais qu'est-ce que vous faites ?
Igor se retourna vers le jeune Potter qui venait d'entrer, l'air mal à l'aise devant le corps nu. Igor recouvrit le professeur à nouveau, pour le garder à la température idéale.
- C'est vous que la directrice envoie en renfort ?
- Exactement, confirma la directrice en apparaissant derrière Harry. Je pense que, puisque vous craigniez de ne pas avoir assez de puissance, vous pourriez vous servir de monsieur Potter comme supplément magique.
- J'ai déjà le jeune Malfoy comme support familial supplémentaire. Comment pourrai-je me servir de monsieur Potter ?
- Ho ! Je ne savais pas pour monsieur Malfoy, admit la directrice. Monsieur Potter tient tant au réveil du malade que j'ai trouvé judicieux de l'emmener ici.
- Malfoy et Sn… le professeur Snape ne sont pas de la même famille, pointa Harry.
- Le lien qui unit parrain et filleul est assez fort dans leur cas pour fonctionner comme lien familial, contra Igor. Bien… Je n'avais pas prévu d'espace pour un support supplémentaire alors je vous propose de rester simplement comme spectateurs. Ici, montra Igor en pointant un espace dégagé, vous ne serez pas touché par les rayons de lune, c'est le meilleur endroit pour assister au rituel, je pense.
- Je dois malheureusement vous laisser, dit la directrice. Si vous êtes sûr de ne pas avoir besoin de moi, je retourne travailler dans mon bureau. J'ai quelques soucis avec le ministère en ce moment, marmonna-t-elle.
Et c'est ce qu'elle fit. Igor retourna à ses occupations et Harry choisit de rester, s'asseyant là où Malinovski l'avait conseillé.
Il observait la pièce, curieux. C'était étrange qu'aucun adulte ne reste pour surveiller ce qui allait arriver. Après tout, Malinovski était encore un inconnu qui avait des affinités avec la magie noire.
Pourtant, même madame Pomfresh, qu'il avait croisée tout à l'heure, lui avait dit qu'il pouvait avoir confiance en lui pour le rituel… Qu'il savait ce qu'il faisait. Elle lui avait même annoncé que la potion de doux-rêves que le Russe lui avait confiée était bonne et bien dosée. Les adultes étaient de vraies girouettes parfois…
Harry plissa le nez. Au bout de quelques minutes, l'odeur un peu âcre devenait très désagréable.
- Tiens, bois ça, lui dit soudain Igor en lui tendant un flacon à moitié vide.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un antidote aux bougies. Tu n'as pas besoin de faire le rêve des esprits-ancêtres, puisque c'est le jeune Malfoy qui va me servir de support. C'est nécessaire si tu veux être conscient de ce qui se passe.
Igor, qui sentait le jeune homme réticent, but une gorgée de ce qui restait de potion pour montrer qu'il n'y avait aucun risque. Il en avait déjà pris tout à l'heure, pour rester maître de ses sens et pour pouvoir mener le rituel à terme. Harry l'imita ensuite.
Celui-ci avait désormais les yeux rivés sur Malfoy. Il avait à nouveau l'air de l'ange qu'il était, quand il était dans le coma. Et cette fois, avec un avantage supplémentaire : il était tiré à quatre épingles et ça donnait une impression de perfection. Harry devait avouer qu'il enviait cette maîtrise des apparences. Lui-même avait tenté deux ou trois fois de se « faire beau » pour sa fiancée, mais il ne parvenait jamais à atteindre cette classe naturelle qui distinguait Malfoy.
Le sorcier blond, lui, avait les yeux fixés sur la fenêtre en face de lui. Il ne battait pas des cils et ne bougeait même pas. D'ailleurs, il n'avait pas réagi quand lui et la directrice étaient arrivés. Harry se demanda si ça venait des bougies. Probablement…
- Gracieuse déesse de la nuit,
Que ta puissance soit notre abri
Par les miroirs et les esprits
Guide ce corps, aide et guérit.*
(* Igor s'exprime en russe)
Harry fut surpris quand Igor se mit à incanter de sa voix rude et ébloui par la lumière soudain entrée dans la pièce. Les miroirs reflétaient tous intensément les rayons de lune, vifs comme s'ils étaient des rayons du soleil. Harry cligna des yeux pour s'habituer et observa les éléments s'enchaîner avec fascination.
Le drap de jute blanc s'était soulevé et lévitait loin au-dessus du professeur et de Malfoy. Harry ne distinguait rien du corps allongé tant la luminosité concentrée dessus était forte : il en devinait seulement les contours. Du coup, son regard était nécessairement attiré par Malfoy. Il était plus sombre mais semblait béat.
Puis toutes les bougies s'éteignirent en laissant s'échapper des nuages de fumée grise, tant et tant que presque toute la pièce fut remplie. Il faisait beaucoup plus sombre maintenant. Harry ne distinguait plus ce qui se passait, même si son espace à lui semblait miraculeusement échapper à l'invasion. Igor ne cessait pas de marmonner.
Il aperçut ensuite des sortes de flammes bleues monter du centre de la pièce. Cinq flammes pour être précis. Elles venaient du corps de Snape, qui devait se situer à peu près là…
Harry plissa les yeux. Il avait l'impression que les flammes projetaient des ombres animées sur la fumée. Comme si des corps bougeaient. L'une des images semblait même s'avancer vers lui.
Harry se sentit étrange. Vraiment étrange. Comme si sa magie réagissait. Il voulut lutter mais cessa quand, tout autour de lui, des scènes se matérialisèrent et captèrent son attention. C'était comme s'il était entouré d'écrans de cinéma projetant des films pour lui tout seul.
L'une des scènes, à sa gauche, présentait un tout petit garçon blond figé dans la glace, presque immobile si l'on exceptait ses yeux pleurant des larmes gelées. Harry ressentit toute la solitude du garçon et son cœur se serra.
De l'autre côté, Harry reconnut Malfoy, mais il semblait plus jeune. Il le voyait courir comme un dératé, comme s'il voulait le fuir mais sans y parvenir. Il se retournait parfois et quand Harry croisait son regard, il pouvait y lire une peur immense. A chaque fois, Harry se sentait envahi par la panique. Il se détourna et regarda la scène juste devant lui.
Encore Malfoy. Il portait une chemise de malade et il ressemblait en tout point au Malfoy qu'il avait chassé de l'infirmerie plusieurs jours auparavant. La scène qui se déroula ensuite lui donna envie de hurler de rage. Le sorcier blond, à terre, était en train de se faire battre à mort par des filles qui portaient l'uniforme de Gryffondor. Il en était malade. Il pouvait presque ressentir la douleur provoquée. Était-ce vrai ?
Au moment où il se posa cette question, la scène fut remplacée par une autre où il voyait Malfoy ligoté sur une chaise. Il était torturé par la fille morte la veille – Bridget Samson.
Et Harry fut submergé par la panique, la douleur et l'intense sentiment de solitude qui émanaient de son rival. Tout en même temps. Il comprit à ce moment-là le soulagement que Malfoy avait dû éprouver à la mort de son bourreau, que Bridget ait fait tout ça où qu'il s'agisse seulement d'un rêve métaphorique.
Il comprit qu'il avait fait fausse route sur ce sujet trois jours auparavant et il eut un peu honte d'avoir mis le comportement décalé du blond sur le compte d'une cruauté naturelle.
Il sentait sa magie réagir aux images, le pousser, et il se releva. Il ressentait le désir de consoler et rassurer Malfoy, qui en cet instant avait plus l'air d'un jeune homme sans défense que d'un ennemi en puissance. La scène qu'il observait se dissipa tout à coup dans un mouvement de fumée qui lui donna l'impression que le Malfoy virtuel sortait de son écran pour venir à sa rencontre.
Harry commençait à avoir la tête qui tourne, comme s'il était drogué. Il prit ce Malfoy dans ses bras et s'émerveilla de sa texture réelle. Il le serra contre lui en fermant les yeux, fort, pour se faire pardonner et pour le consoler. Malfoy lui rendit son étreinte. Harry ressentit alors une sorte de bouillonnement intense dans tout son corps, qui le rendit euphorique.
Et il perdit la maîtrise de ses actes. Car Malfoy venait de lever la tête pour l'embrasser. Un baiser d'une simplicité extrême, lèvres contre lèvres, mais si plein d'émotion que c'en était renversant. Ça lui parut naturel, à cet instant, de les goûter du bout de la langue et de pétrir les fesses de son vis à vis. Malfoy avait les lèvres étrangement sucrées, les fesses fermes, et c'était agréable.
En voyant que son ennemi ne se rebellait pas et semblait même réceptif, il eut l'impression que, s'il le voulait, Malfoy ferait tout pour le satisfaire. Il se demanda quel effet lui ferait le Serpentard à genoux et fut surpris de voir sa pensée se réaliser la seconde d'après.
En voyant l'héritier hautain soumis devant lui, Harry se sentit immensément puissant. Il avança la main et la posa sur la joue blanche, satisfait de voir le jeune homme fermer les yeux et frémir de contentement.
La fumée commençait à se dissiper.
Quand Malfoy posa ses mains fines sur ses hanches, quand il le vit s'approcher doucement de lui, Harry eut cependant un sursaut de lucidité. Il revit Samson battre le sorcier devant lui avec délectation, il revit Voldemort satisfait quand ses Mangemorts s'agenouillaient devant lui, et il se sentit malade d'apprécier un Malfoy aussi soumis.
Retenant un haut le cœur, le sorcier brun s'enfuit.
Comment en était-il arrivé là ? Que s'était-il passé ? Etait-il aussi horrible que tous ces gens qu'il avait combattus avec acharnement ces dernières années ?
Il courut aussi vite qu'il le put, tentant de mettre le plus de distance possible entre la tour d'Astronomie et lui-même. Ça ne s'était pas passé. C'était impossible. C'était juste une espèce de cauchemar. Il avait dû être drogué par la fumée. Il ne voulait pas ressembler de près ou de loin aux pervers psychopathes qu'il avait croisés pendant la guerre, à ces fous qui étaient heureux devant la souffrance et la déchéance des autres.
Dans la salle qu'il venait de quitter, la fumée foncée s'était complètement dissipée. Malinovski, ayant terminé le rituel, alluma les torches tout autour de la salle d'un coup de baguette. Il fut heureux de voir que maître Snape était debout, enroulé dans le drap de jute blanc et un air complètement froid sur le visage.
Cet air familier le rassura mais il lança quand même un sort de contrôle tant qu'il lui restait un peu de réserve, pour vérifier si tout avait fonctionné et si le professeur était définitivement tiré d'affaire. C'était le cas. Heureux, Malinovski vint serrer la main du potionniste.
C'était sobre, mais les deux hommes se connaissaient suffisamment bien pour comprendre que le geste exprimait une réelle affection, un vrai soulagement. Igor jeta un œil derrière le maître des potions, pour rassurer le jeune Malfoy mais il n'y avait personne. Comment ? Il n'aurait pas dû bouger, il aurait dû être paralysé par la fumée…
- Draco, appela Severus Snape.
Igor suivi son regard pour constater que le jeune sorcier était à genoux, là où devait normalement se trouver Harry Potter. Quand le petit se retourna vers eux, il fut étonné de constater qu'il était en larmes.
- Viens-là, lui demanda le professeur d'une voix étonnamment douce.
- Tu as tout vu ?
La voix du jeune homme craquait et Igor se demanda ce qu'il avait manqué pendant le rituel.
- J'ai vu, confirma Snape qui réceptionna contre lui le sorcier secoué de sanglots.
- Même… le truc avec Potter ? chuchota-t-il.
- Oui.
Ils devaient parler du rêve des ancêtres qu'ils avaient partagé. Igor savait que les personnes pouvaient parfois partager des pensées, des souvenirs, ou des sentiments à travers le rêve commun.
- Je ne voulais pas ! Mais je ne pouvais rien faire, tu comprends ? criait Malfoy d'une voie saccadée, entre deux hoquets.
Sur un regard de l'adulte à moitié nu, Igor s'éclipsa de la pièce sans un mot. Snape avait le regard. Celui qu'il avait eu parfois envers ceux qui le faisaient souffrir quand il était enfant. C'était le regard qui montrait que l'homme sombre était en mode protection. Dans ce cas, ami ou ennemi, il valait mieux fuir.
Il décida de rentrer dans ses appartements et d'attendre le lendemain pour discuter enfin avec cet homme qu'il admirait.
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Mercredi 24 juin, nuit
- Harry ? Mais qu'est-ce qui t'arrive ?
Le sorcier qui avait fui la tour d'Astronomie s'était instinctivement réfugié dans le petit jardin qu'il partageait le soir avec Ginny. Il se sentait tellement malade, tellement sale qu'il n'osa cependant pas s'approcher de sa fiancée. Il la fixa depuis le seuil, hésitant.
Pouvait-il lui dire ce qu'il avait fait ? Viendrait-elle quand même le prendre dans ses bras ? Saurait-elle le consoler ? Il se souvint soudain de la scène où Malfoy était battu par des filles de sa maison. Etait-ce vrai ? La guerre était finie, mais le château était-il encore une scène pour les batailles ?
Toujours à distance, Harry s'adressa à sa fiancée.
- Ginny, as-tu discuté avec les autres filles de la maison ces derniers jours ?
- Hé bien, ça dépend avec lesquelles…
- As-tu parlé avec Bridget Samson avant qu'elle soit attaquée par le loup ?
- Très peu, mais je révise beaucoup avec Melinda, c'était sa meilleure amie, répondit Ginny dont les sourcils se fronçaient un peu plus à chaque question. Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle en sentant la tension du sorcier.
- As-tu entendu quelque chose sur Malfoy ? J'ai entendu une rumeur disant qu'il se serait fait agressé…
- Ah, non ! s'exclama soudain Ginny. Tu ne vas pas déformer la réalité pour prendre la défense de ce… ce… mangemort !
Qu'est-ce qu'Harry avait avec cette famille, à la fin ? Il n'avait pas intérêt à prendre une nouvelle fois la défense de cet assassin ! Elle était tellement en colère envers les anciens mangemorts qui lui avaient volé son frère. En colère de voir Malfoy sans cesse protégé alors qu'il ne le méritait pas. En colère de voir que son petit-ami ne cessait d'être obnubilé par cette famille d'assassins.
- Tu sais quelque chose ? lui demanda Harry d'un ton qui tenait plus de l'affirmation que de l'interrogation.
Ginny laissa échapper un soupir contrarié, mais elle finit par répondre.
- Melinda m'a dit qu'il les avait agressées il y a plusieurs jours, et que Bridget avait été la plus touchée. Elle a dû rester plusieurs jours à l'infirmerie. Si elle s'est défendue contre une agression, où est le mal ?
- Mais elle s'est défendue comment ? demanda Harry, méfiant.
- Je ne sais pas moi ! s'exclama-t-elle, agacée. Mais elle n'a pas dû lui faire beaucoup de mal, vu qu'il est toujours à faire son fier dans la Grande Salle… D'après les autres filles, c'est à cause de lui que Bridget est morte. Sa cousine a été tuée par des mangemorts : elle a dû souffrir de voir que Malfoy était toujours vivant et libre. Melinda dit que c'est pour fuir sa vue, qu'elle est allée prendre l'air et s'est retrouvée face au loup.
La jeune femme grogna et écarta avec agacement une mèche qui se balançait devant ses yeux.
- Si j'avais été là pendant l'agression de Bridget, je l'aurais défendue et j'aurais été beaucoup plus virulente qu'elle. Malfoy ne se promènerait plus dans les couloirs du château comme le paon qu'il est ! Il serait à l'infirmerie.
Harry passa enfin le seuil de la Salle sur Demande, ferma la porte derrière lui et fit quelques allers et retours pensifs et agités. Allons bon. Encore une fois, il se disputait avec un Weasley pour un Malfoy… En même temps, comment lui reprocher ? Il ne savait pas bien comment canaliser la douleur haineuse de sa future femme.
Finalement, ce fut à son tour de pousser un soupir agacé et il s'arrêta, observant les gestes brusques de Ginny. Elle préparait leur matelas avec des couvertures fournies par la salle. Il pouvait au moins lui rappeler que Malfoy paierait bientôt ses crimes. Peut-être se calmerait-elle ?
- Malfoy n'est pas libre, dit-il. Il est toujours en attente d'un procès. Et à mon avis, il se retrouvera très bientôt à Azkaban. Il sera bien plus puni là-bas que si tu l'avais envoyé à l'infirmerie.
- Ha oui ? Je trouve, moi, qu'il est bien trop protégé ! s'exclama Ginny, loin d'être calmée. Il a moins souffert que nous pendant la guerre, il a pris son pied en étant mangemort, il n'a pas eu de morts à pleurer, il peut se promener libre dans Poudlard… énuméra-t-elle. Il n'est pas encore condamné pour ses crimes et si ça se trouve, il n'aura qu'une peine mineure parce que tu l'as demandé à Shacklebolt. Pourtant, c'est quand même à cause de lui que Dumbledore est mort !
Ça, c'était un coup bas, pensa Harry. Lui rappeler que Malfoy avait provoqué la mort de son mentor pour raviver la haine qui couvait entre eux… Il se sentit vexé, comme si elle lui reprochait de ne pas être fidèle à l'ancien directeur en défendant Malfoy. Du coup, il se sentit obligé de le défendre encore plus, pour se défendre lui-même.
- Dumbledore était déjà mourant avant que Malfoy ne provoque sa mort… dit-il sombrement. Par ailleurs, même si je le déteste, je ne torturerais et n'enverrais jamais Malfoy à l'infirmerie, juste pour me venger.
Un coup bas pour un coup bas. Harry devait admettre que c'était un peu mesquin de sa part de répliquer ainsi et de mépriser aussi ouvertement le désir de vengeance de Ginny.
D'autant plus quand il se souvint du Sectumsempra qu'il avait lancé à Malfoy deux ans auparavant, et quand la scène qu'il avait fuie à l'instant se rejoua devant ses yeux. Lui aussi était capable du pire envers son ennemi. Mais il ne le laissa pas paraître. D'accord, il avait parfois des accidents, mais il ne désirait pas la souffrance de Malfoy.
- Et même si je le défends, continua-t-il sur sa lancée, pour qu'il ne soit pas puni injustement de faits qui ne sont pas de son ressort, je l'aurais conduit moi-même au bureau des Aurors si j'avais appris qu'il avait molesté une élève de Poudlard.
Il se mordit la lèvre en voyant le regard courroucé de Ginny. Peut-être était-il allé un peu trop loin, quand même. Il allait s'excuser quand elle se laissa tomber sur les couvertures, perdant toute sa fougue. Elle soupira.
- Je suis désolée de t'avoir caché ça, mais je voulais te protéger. Désolée aussi de m'énerver contre toi, mais je suis toujours si... en colère contre Malfoy et tous les avantages dont il bénéficie ici.
Harry s'accroupit pour se mettre à la hauteur de sa fiancée et resta silencieux, attendant la suite.
- Je pensais que tu n'avais pas besoin de savoir ça, dit-elle. Tu as défendu Malfoy auprès de Shacklebolt, alors qu'on sait qu'il était mangemort, alors je ne savais pas comment tu allais réagir en apprenant qu'il était resté le même parfait crétin qu'il a toujours été. Toi ou moi en serions sortis blessés.
- Je ne comprends pas.
- Ron m'a parlé de ta dette de vie envers madame Malfoy. C'est moi qui l'ai tanné pour comprendre pourquoi tu disais qu'on lui devait beaucoup. Je ne savais pas qu'elle t'avait sauvé la vie. On n'en a jamais parlé. Alors si tu avais appris le comportement de celui que tu dois sauver… Soit tu aurais encore pris sa défense, à cause de la dette de vie, et j'en aurais souffert. Soit tu aurais pris la défense de Bridget et tu te serais senti coupable de sa mort, pour avoir protégé une ordure comme Malfoy.
Elle se frotta les yeux avec ses poings.
- Tout ça m'énerve tellement ! s'exclama-t-elle.
- Je pense que tu aurais dû m'en parler, lui dit Harry. Je suis assez grand pour me débrouiller avec mes contradictions, même quand elles sont douloureuses. Quelque part, ça me blesse que tu me caches des choses et que tu m'agresses ensuite sans que je puisse comprendre pourquoi. Juste parce que tu ne m'as rien dit. Tu sais pourtant à quel point je déteste qu'on me cache des choses qui me concernent.
Ginny serra les dents et leva les yeux vers lui. Il était vraiment fâché. Mais elle aussi, elle était en colère, elle aussi était blessée par ce que venait de dire son fiancée. A l'instant, elle lui aurait bien arraché les yeux. Mais elle se retint, sachant qu'elle était en partie responsable de cette nouvelle dispute.
Cependant, elle ne se sentait pas capable de lui faire face ce soir. Elle avait besoin de s'isoler, pour digérer leur échange virulent. Pour panser ses blessures.
Harry ne comprenait vraiment pas à quel point Fred lui manquait. A quel point elle se sentait mal. Pour elle-même. Pour sa mère dévastée. Il ne comprenait pas à quel point ses côtés naïfs et aveugles l'empêchaient souvent de s'ouvrir à lui et de pouvoir se libérer un peu de toutes ses tensions.
Elle détourna la tête et Harry se releva, faisant les cent pas pour la seconde fois.
Ginny fit semblant de contempler une fleur pour mieux se plonger dans ses pensées. Sa mère lui avait proposé de rester au Terrier, cette nuit. Ses parents avaient invité son fiancé à venir se présenter officiellement le lendemain et Molly voulait faire les choses bien. Elle voulait que sa fille l'aide aux préparatifs de cette invitation un peu hors norme. Elle qui avait besoin de s'isoler, c'était là une bonne occasion de s'éloigner d'Harry avec une raison valable, sans risquer d'approfondir le fossé provisoire qui venait de se creuser entre eux.
- Je n'ai jamais pensé à mal, finit-elle par dire. Je pensais que c'était la meilleure chose à faire.
- J'ai pourtant toujours été capable de me débrouiller avec ma vie compliquée, répliqua-t-il un peu amer.
- Tant mieux, parce que…
Ginny déglutit, ravalant ses larmes alors que l'attitude d'Harry lui était hostile, et se força à terminer sa phrase. Elle avait vraiment besoin de s'éloigner, elle ne voulait pas sembler faible et fragile devant lui. Il ne devait pas comprendre à quel point son attitude était capable de la blesser. Il n'était pas question qu'elle pleure maintenant, qu'elle lui montre sa peine et sa frustration.
- Je dois retourner au Terrier, ce soir. Ma mère m'a demandé de rentrer pour préparer ta venue à la maison, demain.
Harry cessa de tourner en rond, interloqué, oubliant un instant sa colère.
- Préparer ma venue ? Mais… ça n'est pas la peine !
- Ça fait partie des traditions familiales, expliqua-t-elle à voix basse. Maintenant que la guerre est finie, ma mère veut respecter les coutumes pour notre mariage. Demain, tu seras présenté à tout le monde officiellement en tant que fiancé. J'ai demandé à mon père de t'expliquer tout ça, demain, ne t'inquiète pas. Donc pour ce soir, je dois rentrer. Je dois les aider à tout préparer.
Le regard du sorcier était beaucoup moins froid que quelques instants plus tôt, mais elle sentait toujours la colère rouler en lui. Hésitante, elle se leva et s'approcha de lui.
- Bonne nuit ?
Harry se passa nerveusement la main dans les cheveux. Son comportement avec Malfoy puis sa fiancée avaient été complètement minables. Il voyait bien que Ginny se sentait mal. Et dire qu'il était censé être l'époux protecteur et rassurant…
Il inspira profondément, enfouissant profondément la partie de lui-même qui était offensé par les secrets de la jeune femme, et lui souhaita également une bonne nuit. Ginny se mordit la lèvre et attrapa son portoloin avant qu'il ne puisse lui donner un baiser de réconciliation.
Décidément, ce soir, tout semblait vouloir merder.
Et malgré son affirmation qu'il était parfaitement capable de se débrouiller avec ses sentiments, il mit beaucoup de temps à s'endormir, en pensant à quel point la dispute de ce soir avait été blessante et désagréable. Puis il passa une nuit encore plus désagréable, remplie de cauchemars où il se confondait avec Voldemort et où il abusait de Malfoy, pour venger Fred et les victimes des mangemorts durant la guerre.
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Mercredi 24 juin, quelque part au ministère britannique de la magie.
- Alors, tu as trouvé ?
- Non, monsieur. J'ai cherché plusieurs jours, mais je n'ai trouvé que le journal d'Orion Black.
- As-tu eu des problèmes ?
- Non. Je pense que la maison a été désertée. Il n'y a plus de barrière, plus d'elfe, plus d'être vivant. J'ai seulement dû pétrifier le tableau d'une folle qui voulait me chasser et qui aurait pu alerter quelqu'un.
- C'est bien. Crois-tu qu'on puisse trouver plus ?
- C'est possible, mais peu probable. D'après une note du vieil Orion, la prophétie ultime se situerait dans un livre aujourd'hui complètement disparu.
- Non, non, ce n'est pas vrai. Elle existe toujours, je le sens. Et j'en ai besoin… Peut-on revendiquer la demeure ou y aura-t-il des problèmes avec les Gobelins ?
- Je crains que la maison puisse encore appartenir au jeune Potter ou, s'il ne la réclame pas assez rapidement, à la famille Malfoy. Je ne sais pas quelle est la meilleure solution ni qui sera le plus influençable.
- Je vais voir… Mon cher, j'ai vraiment besoin de cette prophétie. La mienne n'est pas complète. Et tout n'est pas très clair… Fais ce qu'il faut pour trouver des indices dans ces carnets.
- Monsieur, si vous me citiez la partie qui vous pose problème, je pourrais peut-être trouver plus vite la solution avec les allusions du journal. Qu'en pensez-vous ?
- J'ai mieux, répondit-on après un silence songeur. Suis-moi dans mon bureau, je déteste les oreilles indiscrètes…
L'homme imposant qui venait de faire cette proposition attrapa son chapeau mou et l'enfonça sur ses yeux. L'autre homme, un personnage qui pouvait sembler fragile et squelettique mais qui était trompeusement puissant, le suivi dans les couloirs du fond du ministère. Ils croisèrent un jeune homme qui les regarda suspicieusement mais continua sa route.
- Très cher, glissa discrètement l'homme imposant à son homme de main, je veux que tu me débarrasses de cet homme. Il devient bien trop fouineur pour un Langue-de-plomb. Mais fais ça le plus discrètement possible, évidemment.
- Evidemment, monsieur, confirma l'homme sec avec déférence.
Quand ils pénétrèrent le bureau, l'homme au chapeau alla se saisir d'une boule de verre et la plaça dans un étrange appareil, posé sur son bureau.
- As-tu bien vérifié si le couloir est vide ?
- Parfaitement, monsieur.
- Bien. Alors écoute attentivement ces mots.
Une voix de femme, très faible, monta dans la pièce.
Oh Seigneur sans couleur, c'est perclus de douleur…
Marqué par le serpent, héritier de la lune,
Rends grâces à ta race, toi qui maîtrise la rune…
...
Et prends garde au soleil qu'il ne tue l'équilibre…
Fils-serpent ambitieux, il te faut rester libre,
Car tes choix guideront la puissance de ton nom…
...
Et devant l'héritière du trou dans la magie,
Libère toi de l'ennemi qui vaincra le…
… et tu seras celui… et maîtrisera toute vie.
La voix disparut dans un râle sinistre et les deux hommes restèrent silencieux quelques secondes.
- Pourquoi cette prophétie est-elle aussi incomplète ? Elle s'arrête un peu brusquement, non ? demanda l'homme maigrichon.
- Je crains que mes méthodes de l'époque n'aient été un peu violentes et la pythie que j'ai incitée à parler n'a pas tenu le choc...
- Ne craignez-vous pas de me livrer ces mots ?
L'homme assis derrière son bureau observa attentivement son vis-à-vis avant de répondre.
- Non. Je te connais, depuis le temps. Et tu ne peux de toute façon rien faire de ces mots incomplets.
- Et pensez-vous pouvoir en faire quelque chose, monsieur ?
- Très clairement, ces mots parlent de la puissance ultime. Et je suis concerné par cette prophétie, ne serait-ce que parce que je peux la toucher et l'entendre. Je peux donc faire quelque chose de tout ça. Mais si je veux cette puissance, je ne dois pas faire d'erreur. C'est pourquoi j'ai besoin de ton aide. Je veux cette prophétie en entier, j'ai besoin de reconstituer ce qui manque. Je peux compter sur toi ?
L'homme de main s'inclina et confirma son entière collaboration. Lui aussi connaissait son patron : ses derniers mots ressemblaient à une question, mais lui comprenait parfaitement la menace voilée. Car son patron était patient : il pouvait supporter l'échec, si ça signifiait éviter des erreurs pour son avenir. Mais il ne supportait pas la trahison et il la faisait payer très cher.
« Du moins, songea l'homme en sortant du bureau, il ne supporte pas qu'on le trahisse, lui. »
Edité le 07-02-16
