Chapitre 3 : La fuite
Partie 1 : Magie et traditions
Jeudi 25 juin, tôt le matin
Quand Harry se réveilla, il avait le cœur battant et le corps en sueur. Il se sentait sale. Pourquoi devait-il se pourrir la vie avec des cauchemars alors que Voldemort était enfin décédé et que la paix régnait à peu près partout en Angleterre ?
Il mit du temps à habituer ses yeux à la salle sur demande : il s'était endormi dans le petit jardin éclairé par les étoiles et se réveillait dans une sorte de grenier sombre où il peinait à voir clair. Ça lui donnait la désagréable impression d'être toujours dans son cauchemar. La salle sur demande avait dû se modifier pendant la nuit.
Il referma les yeux et prit le temps de se calmer avant de les rouvrir. Il se leva et sortit en tâtonnant. Il devait aller dans la salle de bain des préfets pour se préparer : il avait rendez-vous chez ses futurs beaux-parents ce midi.
Quand il se glissa dans la grande baignoire, il sentit enfin ses muscles se dénouer. Il avait visiblement eu tort en disant qu'il était parfaitement capable de vivre et se débrouiller seul : son inconscient semblait lui rappeler qu'il passait toujours près de la catastrophe. Du coup, il était plutôt content de ne pas avoir insisté pour que Ginny reste durant la nuit.
D'accord, ça lui avait d'abord fait une étrange impression de se réveiller seul : il en avait perdu l'habitude entre les dortoirs communs, une année avec Hermione et Ron, et Ginny depuis quelques semaines. Cependant, il était heureux que personne n'ait pu voir l'état dans lequel sa frayeur l'avait mis. Ni l'interroger sur la nature du cauchemar qui l'avait hanté pendant la nuit.
Quand il sortit de l'eau, il prit quelques minutes pour s'observer dans le grand miroir de la salle de bain des préfets. Il n'était pas chétif, mais il n'était pas très costaud non plus. Dans son cauchemar, cependant, il était beaucoup plus fort que Malfoy physiquement. Oui. Ce dernier était apparu aussi faible dans son rêve qu'il l'avait été sur l'écran de fumée, la veille.
Heureusement, songea-t-il, il éprouvait suffisamment de honte pour ne jamais être capable de mettre en pratique les tyrannies qu'il avait imaginées… Est-ce que beaucoup de gens faisaient ce genre de rêves étranges et malsains ou n'était-ce que lui ? Et qu'est-ce que ça signifiait de sa personnalité ? Avait-il un côté aussi sombre que Voldemort ou l'âme de ce dernier l'avait-il tâché de sa perversité ?
Harry enfila à la va-vite quelques vêtements qu'il avait emportés et se dirigea vers le dortoir des Gryffondors. Il avait besoin de se retrouver avec ses anciens camarades de chambre, de se sentir normal. Humain. Quand le portrait de la Grosse Dame le laissa passer, il reçut un énorme oreiller sur le visage. Il arrivait juste en plein milieu d'une grande bataille de polochons.
- Harry, attrape ! cria Ron en lui envoyant un oreiller en guise de munition.
- Harry, sur ta gauche ! cria Dean.
En se retournant vivement, Harry asséna à une jeune Gryffondor un coup d'oreiller magistral et elle s'écroula théâtralement sur le sol.
- Je suis touchée ! Andy, pardonne ma faiblesse… Je meurs… Ne m'oublie pas.
Un jeune homme blond s'avança au devant d'Harry et s'écria « Melinda, ma mie. Je te vengerai ! », avant de recevoir un coup de traversin en traître et d'être stoppé net.
- Hé ben mon vieux, je viens de te sauver la vie ! Tu m'en dois une ! s'exclama Ron avant de repartir au cœur de la bataille.
En oubliant tout, Harry s'élança à son tour pour une bonne heure de bagarre amicale. A la fin, tous les étudiants étaient étalés un peu partout là où ils s'étaient laissés tomber, totalement débraillés et essoufflés. Harry s'était écroulé non loin de Ron et lui demanda s'il serait présent ce midi.
- Evidemment ! Maman insiste pour qu'on soit tous là. Tu comprends, tu vas entrer au Terrier avec le statut officiel de fiancé de ma sœur. Même si ma famille ne suit pas toutes les traditions magiques, ma mère veut qu'on respecte celle de la présentation du genre. Tu sais ? Tu dois normalement être présenté à tous les hommes proches de la famille et on doit donner notre accord avant que tu sois vraiment intégré au foyer.
- Tu n'as pas encore été présenté, Harry ? demanda Neville, en se redressant sur un coude.
Harry lui lança un regard perplexe.
- Ben, si !
Puis il se tourna vers Ron, les sourcils froncés.
- Je ne comprends pas. Tout le monde me connaît : j'ai déjà dormi chez toi plein de fois !
- Oui, c'est vrai, accorda Ron, mais là c'est différent. Avant, tu étais juste mon ami qui venait dormir à la maison. Aujourd'hui, tu es le futur époux de ma sœur. La seule fille et le septième enfant. Ça recouvre tellement de symboles que ma mère préfère faire les choses selon la tradition.
- Mais c'est quoi, ces traditions ? demanda-t-il un peu agacé. Je n'ai aucune idée de ce qu'on attend de moi !
- Ne me le demande pas à moi, répondit Ron. Mon père n'a jamais jugé important de nous apprendre les traditions des sangs-purs. Et honnêtement, ça ne gênait ni ma mère, ni nous. C'est très contraignant : tout a un sens plus ou moins caché, une symbolique particulière... Je n'y entends rien et ça ne me touche pas. Mais pour ma sœur, c'est différent. Je crois qu'elle porte l'héritage de la magie familiale ou quelque chose comme ça…
- Est-ce que tu as quelque chose à m'apprendre, avant que j'y aille ? Je n'ai pas envie d'avoir l'air totalement inculte et balourd !
- Non. Mais ne soit pas trop inquiet, mon père aussi considère tout ça comme de la mascarade.
- De la mascarade ? s'exclama Neville, l'air quelque peu outré. Nos traditions sont bien plus que ça !
- Ha ouais ? Tu peux nous expliquer ça, toi ? demanda Ron, surpris.
- Pas tout, admit Neville, mais ma grand-mère m'a appris suffisamment de choses pour que je ne me ridiculise pas devant les autres familles de sang-pur.
- Vous savez quoi ? s'exclama Harry. Ça m'énerve que vous parliez sans cesse de « sang-pur ». On est tous pareils, non ? On vient juste de gagner une guerre contre des gens qui ne juraient que par la pureté du sang pour perpétrer des crimes sordides à grande échelle. Je ne comprends vraiment pas comment vous, vous pouvez parler comme ça…
- Harry… reprit Neville d'un ton apaisant. On ne parle pas de supériorité : quand on parle de sang-pur, ce n'est pas au sens propre du terme. C'est juste que les familles de sang pur respectent normalement les règles et les rituels les plus anciens de la magie, pour essayer de faire en sorte que la magie qui coule en eux garde quelque chose de pur, comme aux origines.
- En quoi c'est important ? grogna Harry en croisant les bras.
- C'est une manière de tenter de garder la puissance du passé. Comment dire…
Neville tourna la tête à gauche puis à droite, en espérant que quelqu'un puisse expliquer concrètement ce qu'il voulait dire, mais ses autres camarades se contentaient de le fixer avec attention. Il secoua la tête, conscient et un peu triste que les traditions dont il parlait se perdent au fil des générations...
- Quand je suis né, dit-il, mes parents ont pratiqué les rituels de la naissance, puis ma grand-mère a continué en me faisant prendre part aux rituels de l'enfance, de l'adolescence et ainsi de suite. C'est une manière d'affirmer que ma magie est ancienne et obéit aux anciennes lois. Pour que ça fonctionne, la croyance veut qu'on doive descendre d'une longue lignée de sorciers. En retour, on est censé obtenir un grand pouvoir, comme dans le passé.
- Et ce grand pouvoir, c'est réel ?
- Eh bien, si tu me regardes moi, on peu se poser la question, répondit Neville d'un ton badin.
Harry eut un sourire et Dean ricana, amusé.
- Mais en réalité, nos plus grands sorciers sont tous issus d'un passé lointain où l'on suivait ces règles à la lettre, poursuivit le sorcier.
- C'est une chose qui m'a toujours intriguée, intervint Hermione. Le fait que les grands sorciers comme Dumbledore soient si rares à notre époque. Je veux dire : regarde à l'époque de Merlin ! Il était loin d'être le seul grand sorcier ! Viviane, Morgane, Cathbad...
- Qui ? demanda Dean.
- Inculte ! l'admonesta Seamus en lui expliquant les prouesses de ce druide irlandais.
- Mais ça sert à quoi, concrètement, d'obéir aux « anciens rituels » ? demanda Harry en revenant sur le sujet qui l'intéressait. Est-ce qu'il se passe quelque chose de particulier ?
- Ça peut permettre aux sorciers d'acquérir un nouveau statut, même si c'est rare, souffla Ron d'un ton envieux. Dans le meilleur des cas, on devient un mage. Mais ça n'est arrivé que trois ou quatre fois dans l'histoire, je crois.
- Des mages. Ça n'est pas ce que nous sommes déjà ?
- Non, répondit Hermione d'une voix excitée, mais je commence à mieux comprendre ! Je savais qu'il existait plusieurs sortes d'utilisateurs de la magie. Plein en fait ! J'ai croisé des dénominations différentes dans les nombreux livres que j'ai lus, mais je ne comprenais pas comment il était possible de passer d'un statut à l'autre. Rien n'est réellement expliqué, mais si ce sont de vieux rituels, j'imagine que je ne cherchais pas au bon endroit...
- Il est rare de trouver des livres sur nos rituels, intervint Neville. Il en reste encore beaucoup qui se transmettent dans les familles par tradition orale et c'est un savoir gardé assez jalousement. Tout le monde espère voir un mage naître dans sa famille, un jour.
- Je comprends, approuva Hermione d'un air rêveur.
- Toi tu comprends, grogna Harry, mais moi je suis perdu.
- Je peux t'expliquer ! s'exclama Hermione, ravie de pouvoir partager un savoir qui n'était pas directement lié aux cours pour une fois.
Elle se redressa, s'assit en tailleur et s'appuya contre Ron pour être à l'aise.
- Il existe plein d'utilisateurs de la magie, commença-t-elle d'un ton docte. En fonction de ses capacités et de ses affinités, on a un statut différent. Globalement, on est tous appelés « sorciers » aujourd'hui, mais c'est une mauvaise dénomination. Les vrais sorciers emploient normalement ce qu'on appelle la magie rouge. Ils utilisent le sang, les morts, les âmes pour devenir de grands sorciers. Je crois que Voldemort était un sorcier au sens propre. Ou en passe de le devenir, en tout cas.
- Mais... intervint Dean, alors pourquoi est-ce qu'on disait "le plus grand mage noir de tous les temps" en parlant de Lui ?
- Simplement parce que les gens aujourd'hui n'accordent plus une grande importance à ces différentes appellation, répondit Neville.
- Voldemort était un utilisateur de magie comme vous et moi, poursuivit Hermione, à cette différence près qu'il cherchait à pratiquer la magie rouge. Ce sont sa puissance, la peur qu'il inspirait, et sa volonté de faire le mal qui ont conduit les gens à parler de "mage" d'une part et de "noir" d'autre part. Quelques années de plus et il serait sans doute devenu un sorcier.
- Et nous, on est quoi si on n'est pas des sorciers ? demanda Harry.
- De simples utilisateurs de magie, comme je le disais au début. Plus tard, en fonction de notre apprentissage, de nos affinités, on pourra acquérir un autre statut. L'une des magies les plus courantes aujourd'hui est la magie verte – celle des anciens druides – que les médicomages utilisent. Il y a aussi la magie féérique, celle des vélanes et velaas.
- Il y en a d'autres qui se pratiquent encore aujourd'hui, ajouta Neville. La magie blanche est celle des magiciens et la magie noire celle des sorcières, mais je n'en ai jamais croisé et n'en connais pas. Je sais aussi que la magie grise a existé, comme la magie élémentaire, mais je ne sais même pas s'il existe encore des enchanteurs ou des chamans aujourd'hui.
- Si je pouvais choisir, ça me plairait bien de devenir un enchanteur, déclara Ron. Comme Merlin. Quoi que, se reprit-il, si je pouvais choisir, j'aimerais carrément être un mage.
- Ils ont quoi de particulier, les mages ? demanda Harry, intrigué.
- Ils peuvent tout faire ! Ils n'ont aucune limite ! s'exclama Ron. Je pourrais... transformer la tour en tour de verre, par exemple, ajouta-t-il en levant les mains au plafond, comme s'il pouvait réellement lancer un sort.
- Pour quoi faire ? lui demanda Seamus.
Hermione secoua la tête et donna quelques explications à Harry.
- Parfois, un utilisateur doué peut être capable d'utiliser deux ou trois sortes de magie comme la féérique et la verte, par exemple, mais c'est déjà rare. Le cas le plus rare, c'est la naissance d'un mage. Enfin, pas au sens propre : on ne nait jamais mage, on le devient. Les mages connus sont généralement âgés, parce qu'ils ne sont reconnus comme tels qu'après des années d'apprentissage, une fois qu'ils maîtrisent toutes les sortes de magie.
- Mais... qui voudrait apprendre la magie noire, s'il connaît déjà les autres formes de magie ? Pourquoi vouloir apprendre le mal si ont peut utiliser la magie blanche ? lança Harry, incrédule.
- C'est vrai que la magie noire est souvent associée au mal, admit Hermione, mais c'est l'utilisation qui en est faite qui est mauvaise. Ce sont les sorciers qui lui ont donné cette réputation. En soi, aucune des magies dont je viens de parler n'est bonne ou mauvaise. Elles permettent juste de faciliter certaines capacités magiques particulières… Mais tout ça est un peu complexe, tu sais. Tu devrais peut-être te renseigner en empruntant un livre ou deux ?
- Tu es incorrigible, dit Ron en levant les yeux. Les livres n'ont pas toutes les réponses, on te l'a déjà dit.
- C'est bien beau tout ça ! Mais ça ne me dit pas ce que je suis censé faire tout à l'heure, ni à quoi m'attendre… soupira Harry.
- Je peux t'aider un peu, si tu veux, proposa timidement Neville.
- Ça n'est pas de refus ! s'exclama Harry en se relevant. De toute façon, continua-t-il en saisissant les pans ouverts de sa chemise, il faut bien que je me change. C'est comme si je n'avais fait aucun effort ce matin…
- Viens jeter un œil dans mon armoire, proposa Neville en se levant à son tour. On a pu voir la dernière fois que mes costumes te vont bien.
Neville ouvrit la marche vers le dortoir qu'ils avaient partagé plusieurs années. Avant de monter, Harry jeta un œil vers deux étudiants en train de s'embrasser comme si la fin du monde était pour le lendemain. Les dénommés Melinda et Andy s'en donnaient à cœur joie, sans se soucier des gens autour d'eux.
Harry songea qu'il lui faudrait discuter avec la jeune fille – qui n'avait pas l'air si malheureuse, malgré la mort d'une de ses amies proches – à un moment ou à un autre. Il voulait mieux comprendre la colère de Ginny, la veille. Il voulait savoir ce que Malfoy avait bien pu faire. Mais plus tard... Il n'avait pas envie de déranger les tourtereaux immédiatement, en leur rappelant de mauvais moments.
Il se détourna et monta à son tour les escaliers du dortoir.
- Voilà ce que je peux te proposer pour une cérémonie de présentation, dit Neville en sortant de son armoire deux costumes sorciers.
- Ils sont vraiment superbes, Neville !
- Merci, répondit Neville avec un sourire doux. Ils appartenaient à mon père, il y a longtemps, mais il n'a jamais pris la peine de les porter quand il était jeune. Et après, il est devenu Auror. Il n'en avait plus besoin. Ma grand-mère me les a donnés en espérant qu'un jour je tombe sur une jolie jeune sorcière et que je les utilise pour la séduire…
Le sourire de Neville se fit plus mélancolique, alors qu'il caressait le tissu de l'un des costumes, plongé un instant dans ses pensées.
- Enfin… soupira-t-il. Ce n'est pas comme si j'en avais réellement besoin. Alors, n'hésite pas, prends celui qui te plaît le plus.
- Euh… Je n'en sais rien. Celui-là ? proposa Harry en saisissant un costume bleu à fines rayures.
- Vas-y, essaie. Prends-le et va te changer. Je te dirai après si c'est un bon choix ou pas.
Harry emporta le costume et prévint qu'il allait à nouveau prendre une douche, à cause de la bataille de polochons. « Je vais finir tout fripé si ça continue, songea le sorcier sous le jet d'eau, et je ne serai pas plus avancé… »
Quand il sortit, Neville était tranquillement en train de feuilleter un livre sur son lit.
- Alors, ça donne quoi ? demanda Harry qui se sentait un peu engoncé dans ses vêtements.
Quand il leva les yeux, Neville ne s'attendait pas à voir son ami aussi ridicule. Il ne put se retenir et partit dans un énorme fou rire qui attira Ron et Seamus dans la chambre. Quand ces derniers virent Harry, rouge de colère et les bras croisés dans un costume bien trop petit, les deux sorciers s'écroulèrent au sol. Les jambes du pantalon d'Harry étaient trop courtes et les boutons de la veste donnaient l'impression de vouloir sauter sous la pression.
Ils se demandaient tous comment le sorcier brun était parvenu à entrer dans les habits et, surtout, comment il avait réussi à fermer les boutons. Après quelques instants, ils se calmèrent et Harry cessa de grogner.
- Tu aurais dû voir que ça ne t'allait pas du tout, Harry, dit Neville. Je suis désolé, mais je n'avais pas remarqué qu'il était aussi petit…
- Et la couleur ne te va pas vraiment, ajouta Seamus. Tu peux me croire !
- Si tu veux amadouer ma famille en les faisant rire, ceci dit, tu peux rester habillé comme ça, conclut Ron qui reprenait doucement son souffle.
- C'est bon, j'ai compris, râla Harry en retirant la veste étroite puis la chemise tout aussi petite.
Il commençait à déboutonner le pantalon quand il s'aperçut que Seamus ne le quittait pas du regard. Mais avant qu'il ait pu réagir, Neville poussait les deux autres sorciers vers la sortie.
- Seamus ! Tu pourrais te retenir de baver, quand même ! s'exclama ce dernier un peu fâché, quand il fut parvenu à les faire sortir.
Alors que Neville refermait la porte, Harry eut le temps de voir le sorcier blond rougir fortement aux remarques inaudibles d'un Ron moqueur.
- Ne fais pas attention à eux, dit Neville, essaie l'autre costume. J'espère que celui-là aura la bonne taille.
Harry finit de retirer tout ses vêtements, sauf son caleçon et entreprit d'enfiler l'habit vert sombre. Quand il se retourna vers Neville, celui-ci siffla en signe d'admiration.
- Celui-ci est nickel. La couleur n'est pas au top, mais la coupe tombe très bien, commenta-t-il en s'approchant avec la robe qui devait se porter par-dessus.
Harry se laissa faire et put bientôt admirer le résultat. Il avait l'air presque aussi distingué que Malfoy, si ce n'était ses cheveux qui partaient dans tous les sens.
- Tu ne crois pas que ça fait un peu trop ? demanda-t-il. Je ne me sens pas très à l'aise là-dedans.
- Non, c'est plutôt une bonne chose. C'est une manière de prouver que tu fais des efforts pour prendre en compte les traditions.
- Ça m'ennuie vraiment de ne pas être au courant de toutes vos traditions. Je crois que Ginny veut un mariage parfait…
- Comme toutes les jeunes sorcières, coupa Neville.
- …et j'aimerais bien le lui donner. Comment ça se passe si je fais une bourde ?
- Je ne crois pas que la famille Weasley s'en formalise. Si Ron ne connaît pas les traditions, ce qui est quand même surprenant dans une famille aussi ancienne, c'est qu'ils n'y attachent vraiment pas une grande importance. Reste toi-même, je sais que Monsieur Weasley t'apprécie. Je crois qu'il ne pourrait rêver meilleur gendre, tu ne penses pas ?
- Je ne sais pas, sans doute.
- Tu n'as pas grand-chose à faire aujourd'hui. Juste saluer les membres Weasley et faire en sorte qu'ils t'acceptent. Et franchement, cette dernière partie t'est acquise, Non ? Allez ! Le vainqueur du plus grand mage noir de ces dernières décennies n'a quand même pas peur de sa future belle famille !
- Si tu savais… soupira Harry mi-figue mi-raisin.
La virulente dispute de la veille n'était pas idéale pour sa tranquillité d'esprit. Comment réagirait Ginny ? Ses beaux-parents pouvaient-ils briser ses fiançailles pour le punir d'avoir blessé leur fille ? Dans ce cas, il aurait vraiment tout foiré…
- Si ça t'importe autant, le rassura Neville, je dois encore avoir quelques notes sur les coutumes sorcières les plus importantes quelque part. Je les avais prises pour ne pas oublier les enseignements de ma grand-mère… Je peux aussi t'aider à apprendre les bonnes formules.
- Je veux bien. Merci, Neville. Je me sens un peu mieux, déjà.
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Jeudi 25 juin, midi
Quand il frappa à la porte du Terrier, Harry était tendu. Certes, il était accompagné d'un Ron acquis à sa cause – son ami l'avait emmené avec le portoloin qui servait habituellement à Ginny – mais il redoutait de décevoir sa future belle-famille.
Ce fut Arthur qui lui ouvrit la porte. Harry put apercevoir tous les hommes Weasley alignés le long du couloir, derrière leur père. Ron entra sans cérémonie et laissa Harry se débrouiller. Il avait totalement confiance dans son meilleur ami.
- Bonjour, Harry… salua le patriarche en inclinant la tête. Ne soit pas si tendu, je ne vais pas te fermer la porte au nez, ajouta-t-il dans un sourire avant de redevenir sérieux. Et puisque tu ne connais pas les formules, comme me l'a dit ma fille, je n'ai pas l'intention de suivre le rituel au mot près.
Il jeta un œil derrière lui et ajouta, en baissant la voix.
- Si ça ne tenait qu'à moi, je ne t'infligerais pas toute la cérémonie officielle.
- Arthur ! lança Molly d'un ton d'avertissement, depuis l'intérieur.
Le patriarche tressaillit légèrement avant d'adresser à Harry un petit sourire contrit. Ce dernier ne put s'empêcher de sourire, amusé. L'homme devant lui ne le savait pas encore, mais il avait consciencieusement appris les formules enseignées par Neville.
Arthur se redressa, ferma sa main droite pour former un poing et s'en frappa la poitrine. Puis il rouvrit la main et de dessina dans les airs, autour de lui, un demi-cercle avec la paume levée vers le ciel. Là où sa main était passée, une fine bandelette d'un rouge brillant flottait.
- Bonjour Harry, dit-il très sérieusement en inclinant la tête. Tu es le bienvenu dans cette maison aussi longtemps que tu honoreras tes engagements auprès de ma famille.
- Bonjour, Monsieur Weasley, salua Harry en inclinant la tête à son tour.
Ils auraient pu s'arrêter là. Neville avait expliqué à Harry que le sortilège invoqué par le patriarche était une manière de protéger les membres de sa famille – surtout les membres féminins – lorsqu'un prétendant entrait dans la demeure familiale. Cette pratique n'était plus aussi courante qu'auparavant, car les sorciers modernes se reposaient plutôt sur les boucliers de protection au jour d'aujourd'hui.
Mais Harry voulait faire bonne impression. Alors, toujours penché, il ramena vers lui ses deux mains bien ouvertes, l'une après l'autre, et les posa sur sa poitrine en prononçant les deux parties de la réponse rituelle.
- Que je sois puni si je romps un jour mes engagements auprès de votre famille. Que je sois maudit si j'offense votre fille à qui j'ai promis d'entrer dans la mienne.
La banderole rouge vint enrouler les poignets du sorcier avant d'être absorbée par son corps.
- Bien Harry, commenta Arthur d'un air appréciateur, entre. Tu t'en tires plutôt bien pour quelqu'un qui a été élevé dans une famille moldue. Je crois que la magie a accepté ton serment !
- C'est Neville qui m'a expliqué comment faire, admit Harry.
- Ah bien. L'enseignement d'Augusta est toujours précis. Neville t'a appris la formule légère du rituel, c'est intelligent de sa part. Il a moins de conséquences que l'autre, et c'est tant mieux. Tu serais capable de nous offenser devant la magie sans le vouloir, alors que je ne suis vraiment pas du genre à me vexer pour un manquement dans les vieilles coutumes ! Il serait dommage que tu subisses des retours de bâton alors que tu n'as pas toutes les clefs en mains.
Harry fronça les sourcils. Oui. Neville lui avait dit la même chose. Les rituels sang-pur étaient vraiment contraignants pour pas grand-chose…
- Je te laisse faire le tour de mes fils, ajouta encore Arthur. Je t'attends au salon avec ma femme et ma fille.
L'un après l'autre, Harry salua les membres masculins de la famille Weasley. Mais comme aucun d'eux ne pouvait prétendre en être le représentant officiel, il n'eut pas besoin de répéter le serment à chaque fois. Bill et Charlie avaient un air sérieux, Percy était raide comme un piquet, Georges avait l'air ailleurs et Ron lui souriait joyeusement. Quand il eut terminé, il se dirigea dans le salon, suivi de tous les autres garçons.
- Madame Weasley, Ginny, salua à nouveau Harry en s'inclinant. Je suis heureux d'être accepté dans cette maison et de pouvoir me compter comme un nouveau membre de votre famille.
- Ho ! Mon chéri ! C'est adorable d'avoir appris les formules de présentation, s'exclama Molly. Maintenant, je peux t'embrasser correctement.
Et elle serra Harry contre elle si fort qu'on aurait dit qu'elle voulait l'étouffer. Puis Ginny vint déposer un léger baiser sur ses lèvres. Elle avait l'air plutôt satisfaite et ne semblait plus lui en vouloir pour la veille, alors il se détendit enfin.
- Comment vas-tu, Harry ? demanda Bill.
- Ça va. Maintenant que je suis libre, je commence à me sentir normal. Et vous tous, comment allez-vous ?
Pendant l'apéritif et jusqu'à l'heure du dessert, les discussions furent animées. Même Georges se dérida. Au moment du café, tout le monde se retrouva à nouveau dans le salon.
- Ma fille m'a dit que tu ne connaissais pas grand-chose sur nos anciennes coutumes sang-pur et que tu voulais plus d'informations sur le sujet. Il n'existe pas de livre là-dessus parce que la tradition se veut principalement orale. Mais puisque tu veux entrer dans la famille, je t'ai dégoté ce livre sur les symboles et le fonctionnement de la magie dans les familles et les héritages. Je te conseille vivement de le lire, dit Arthur en lui tendant un petit livre à la couverture d'un orange un peu fané.
- Pour ce qui est du respect des traditions, continua Molly, nous voulons simplement que tu puisses accueillir Ginevra dans une maison qui t'appartienne et qui lui assure un minimum de sécurité. Il faut en principe que tu nous invites tous les deux – Arthur et moi – à la visiter. Ensuite seulement, si la maison convient, nous pourrons te donner notre accord pour organiser une cérémonie de mariage. Mais je ne doute pas que ta future demeure sera formidable !
- Tu n'as qu'à prendre la maison des Black… commença Georges dans un sourire.
- … les têtes d'elfes morts sont exactement le décor qui convient à Ginny, termina Percy.
Il y eut un brusque silence dans le salon.
- Qu'est-ce que tu as dit ? demanda Georges d'une voix blanche.
Tout le monde fixait Percy et Harry se demanda ce qui n'allait pas.
- Je ne sais pas, répondit Percy visiblement mal à l'aise. Je suis désolé, c'est venu tout seul.
- C'est… c'est exactement ce que je voulais dire, murmura Georges les larmes aux yeux, avant de se précipiter hors de la pièce.
On l'entendit monter les marches quatre à quatre. Percy se leva et s'excusa. « Je dois y aller » dit-il rapidement. Quand il eut également quitté la pièce, Ginny donna à Harry quelques explications sur ce qui venait de se passer.
- Georges parle peu depuis l'enterrement. Il avait l'habitude que Fred termine ses phrases avant et il n'osait plus ouvrir la bouche, par peur de ressentir le vide à cause du silence. Pour une fois qu'il relance une plaisanterie, Percy parvient à terminer sa phrase. Ça n'était jamais arrivé avant. Je crois que ça l'a bouleversé… Je ne sais pas ce qui est passé par la tête de Percy.
- Mon garçon, si tu n'as plus de question pour nous, je pense que Ron et toi pouvez rentrer à Poudlard. Je vais aller voir Georges également. Il ne va pas très bien, comme tu peux t'en rendre compte.
- Bien sûr, monsieur Weasley, acquiesça Harry en se remettant sur ses pieds. Je comprends parfaitement, ne vous en faites pas. Je pourrais vous envoyer un hibou si j'ai des questions ?
- Evidemment, Harry. N'hésite surtout pas ! Tu fais partie de la famille, maintenant.
Harry prit le temps de saluer tout le monde, de demander de transmettre ses amitiés Fleur qui n'était pas présente, d'embrasser Ginny qui s'excusa de ne pas pouvoir être là ce soir non plus, puis il attrapa le portoloin qui devait les ramener, Ron et lui, à l'entrée de Poudlard.
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- Ça s'est plutôt bien passé, je trouve, affirma Ron en remontant l'allée de Poudlard.
- Ça va, je crois… Je suis désolé que Georges soit toujours aussi affecté.
- C'est normal. On en souffre tous, mais Georges et Fred avaient un lien vraiment fort. Bill et Charlie l'ont accepté maintenant. Percy est bizarre par contre.
- Oui, bizarre, accorda Harry en se souvenant des mots de Percy deux semaines plus tôt.
Il devait vraiment se pencher sur la question. Si seulement il ne sentait pas aussi perdu, aussi…
- Je me suis senti complètement décalé tu sais… J'ai l'impression d'être dépassé par tout le monde, de ne plus savoir ce que je dois faire. Je ne connais toujours pas le fonctionnement du monde magique, ses coutumes, j'ai du mal à comprendre ce qu'on attend de moi…
- Pourtant, tu t'en es sorti, dit Ron un peu étonné.
- Oui. A tâtons. Jusqu'ici, je savais où j'allais : je devais tuer Voldemort et sauver les gens autant que possible. Et j'avais le désir d'être comme tout le monde. Mais maintenant, alors que j'ai enfin cette possibilité, j'angoisse. Les gens reprennent petit à petit la vie qu'ils avaient avant Voldemort et moi… Moi je ne connais pas assez ce monde-là.
- Harry… soupira Ron en secouant la tête. Ce n'est pas simple pour tout le monde, comme tu sembles le croire. J'ai moi-même des difficultés à trouver ma place, tu le sais. Pour tout le monde, je suis seulement ton meilleur ami.
- C'est déjà beaucoup, dit Harry dans un sourire qui se communiqua à Ron.
- C'est vrai…
Les deux jeunes hommes passèrent les grandes portes et Ron s'arrêta une seconde dans le Hall.
- En tout cas, là, je ne peux pas jouer mon rôle de meilleur ami, vieux. Je ne connaissais globalement que ma propre famille avant de rentrer à Poudlard et je ne connais rien des sangs-purs. Je n'ai jamais eu la curiosité du monde extérieur, comme Ginny par exemple, alors je ne sais rien de la politique, des traditions ou de toutes ces choses qui pourraient t'aider à trouver une place. Je commence à peine à imaginer quel pourrait être mon avenir.
- Mais au moins, tu sais où tu vas…
- Depuis peu. Et ce n'était pas évident. Je ne sais pas faire grand-chose, au fond. Je n'ai jamais été aussi habile que Bill, aussi courageux et indépendant que Charlie, je ne suis pas savant comme Percy, imaginatif comme Georges ou intelligent comme l'était Fred. Et je n'ai pas même la puissance de Ginny. Je sais juste que je suis un bon joueur de Quidditch et que ça me plaît. Ça ne me laissait pas beaucoup de choix, vois-tu ?
- Et moi, qu'est-ce que je sais faire ? murmura Harry plus pour lui-même que pour avoir une réponse.
- Tu seras un parfait Auror, affirma Ron. Tu devrais simplement te souvenir de ça et avancer petit à petit. Et… Prendre un bon en-cas. Quand le ventre est plein, ça va tout de suite mieux !
- Mais je suis plein ! On revient de chez ta mère !
- Et alors ? Il n'y a pas de raison de se priver en rentrant ! Si tu veux, j'ai toute une réserve de chocolats moldus que Mione m'a offerts, dans la chambre. Tu veux venir ?
- Non, merci Ron. Je vais continuer mon petit tour, je crois. Je te rejoindrai plus tard.
- Comme tu veux, dit Ron dans un haussement d'épaules.
Harry suivi des yeux son ami, d'un air absent. Il devait peut-être faire comme Ron. Cesser de se poser des questions et se lancer dans la carrière d'Auror. Il continuerait à sauver les gens et les gens l'apprécieraient… Mouais. Peut-être. Le sorcier se secoua une seconde et prit le parti d'aller faire quelques pirouettes en balai pour évacuer ses questions. Rien de tel pour se vider l'esprit.
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Jeudi 25 juin, fin de matinée
- Debout là-dedans ! cria une voix dure et désagréable.
Draco gémit quand la lumière entra à flots dans la chambre où il dormait tranquillement, à peine quelques minutes auparavant.
- Pony, laisse-moi dormir… marmonna-t-il en enfouissant son visage encore plus profondément dans l'oreiller.
- Draco Abraxas Malfoy, se leva à nouveau la voix, polaire, si tu oses encore une fois me prendre pour ton elfe de maison, tu le regretteras.
Draco eut un sursaut de conscience salvateur en reconnaissant la voix de son parrain et se mit debout aussi vite que possible.
- Va t'habiller. Je t'attends dans le salon, nous devons parler, lui dit l'homme en noir avant de tourner sèchement les talons.
Le jeune homme eut un sourire en coin. Il était à la fois heureux de voir l'homme guéri et en forme, et mécontent du réveil qui lui avait été réservé. Il laissa vagabonder son regard dans la chambre de son parrain, se demandant comment il avait atterri là. Puis il se souvint en partie de la fin de soirée et crispa le poing une seconde. Il ne voulait pas penser à ça.
Il baissa ensuite les yeux sur sa tenue et grimaça. Il portait ses chaussettes de la veille, ce qui était parfaitement antihygiénique, et une espèce de long maillot rêche en guise de chemise de nuit. Noir. C'était sûr, ce maillot n'était pas à lui.
- Alors comme ça, il n'a pas que des chemises ? marmonna-t-il tout haut.
Il prit le temps de se doucher – tout en étant conscient que ça énerverait le maître des potions – avant de s'habiller avec les vêtements soigneusement pliés sur une chaise. Son parrain avait tout prévu. Il avait dû fouiller dans la malle qui était restée dans le dortoir des Serpentards, depuis qu'il avait changé d'abri nocturne.
Cependant, il n'en était pas ravi, car ça signifiait une chose. Son parrain avait vraiment hâte de lui parler. Et il n'avait vraiment, mais alors vraiment pas envie de lui expliquer qu'il était aux ordres, à la merci du « grand et magnanime » Potter…
- Je savais que tu trainerais, dit Severus quand son filleul arriva dans le salon. Vu l'heure qu'il est, j'ai pris la peine de faire descendre le repas…
Draco grimaça d'un air contrit.
- Viens t'asseoir… Tu sais, reprit-il d'un ton moins dur quand le jeune homme fut installé, je ne suis pas là pour râler sur toi, pour une fois. J'ai bien vu à quel point tu étais affecté par ce qui s'est produit hier et je ne t'ai pas posé de question. Pourtant, tu étais tellement épuisé que j'aurais sans doute eu toutes les réponses que je voulais…
Draco reconnut là son directeur de maison, impitoyable quand il s'agissait de tirer les vers du nez à ses élèves Serpentards.
Il lui faisait comprendre qu'il lui avait fait une fleur, mais c'était la ruse qu'il aimait employer quand il savait qu'il obtiendrait de meilleures réponses en échange, avec un peu de patience. Draco prit la tasse de café brûlant qui était visiblement là pour lui, Snape préférant le thé pour accompagner ses repas, afin de se donner une contenance.
- Je veux comprendre, exigea l'homme sombre. Je n'étais pas là, j'ai raté des choses et je veux que tu me racontes tout. De A à Z, martela-t-il. Je te préviens, je n'admettrai pas le mensonge !
Draco but une gorgée de son café et toussa à cause du goût immonde.
- Tu as mis une plume de Jobarbille !
- Ne me regarde pas comme ça, tu étais prévenu.
- Pas du tout !
- Bien sûr que si. Je t'ai dit que je n'admettrai pas le mensonge. Et sois heureux, je n'ai pas mis de Veritaserum en entier. Seulement la plume, pour t'aider à te délier la langue.
- Tu es… Tu es… s'énerva Draco en cherchant ses mots.
- Un Serpentard, ricana Severus. Et toi, tu es naïf.
Draco reposa la tasse et eut l'envie de bouder. Mais il se retint : il savait que l'homme devant lui cherchait réellement à comprendre ce qui n'allait pas. Ils se connaissaient parfois trop bien : Severus savait qu'il n'était pas prêt à tout dire et s'était assuré de tout savoir, et lui aurait dû savoir que son parrain agirait de cette manière et se méfier.
- Bien, soupira le sorcier blond. Pose tes questions.
- Ce que j'ai vu dans ce couloir, était-ce vrai ?
- Oui… J'ai… hum… J'ai été battu par des Gryffondors.
- Et la directrice le sait ?
- Je ne crois pas, non.
- Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Dumbledore savait toujours tout ! Il y a des dispositifs partout pour tout savoir, s'énerva le maître des potions. Pourquoi n'a-t-elle pas agi ? Et tu ne lui as pas dit ?
- En fait, j'aime autant que personne ne le sache, souffla Draco.
Snape resta un instant silencieux, mais il semblait réellement fâché.
- A la limite, je peux comprendre ça. Mais pourquoi tu ne t'es pas défendu ? Tu n'es pas un débutant tout de même !
- C'est là où ça devient compliqué. Ecoute, je vais tout t'expliquer, mais j'aimerais mieux que tu ne me coupes pas, d'accord ?
Snape grogna son assentiment.
- Potter – j'ai dit non, ne me coupe pas ! – Potter, disais-je, n'a pas sauvé que toi. Il m'a extirpé de la salle sur demande alors qu'elle s'enflammait avec le Feudeymon. Il m'a donc sauvé la vie. Auparavant, il m'avait également enlevé ma baguette, pour une question de vie ou de mort, quand on était au manoir. Ha… Je vois que tu commences à saisir la situation…
Le professeur de Potions pâlissait à vue d'œil. Draco reprit son récit.
- Il a, en quelque sorte, pris le contrôle de ma magie. Dés qu'il ordonne quelque chose, même quand il ne fait que le suggérer, me voilà obligé d'agir pour lui plaire…
- Le chèvrefeuille… murmura Snape en pleine prise de conscience.
- Entre autre. Il m'avait suggéré ce jour-là de prendre une douche et semblait rebuté par mon odeur. Je crois que ma magie a essayé de lui plaire en choisissant ce parfum assez…
- Féminin ? suggéra Snape, railleur.
- Frais, le coupa Draco dans une grimace. Ce parfum frais. Bref. Ma magie s'est mise à son service.
- Et tu ne t'es pas défendu parce que tu croyais qu'il apprécierait de te voir mort ? dit Snape sèchement, le regard noir.
- Non ! Parce que je ne pouvais pas me défendre ! Je luttais déjà contre l'ordre de Potter de quitter Poudlard et je n'avais plus ma baguette.
- J'ai remarqué en te couchant qu'elle n'était pas sur toi…
- Je sais... Je l'ai cachée dans ma malle, elle ne me servira plus.
Snape haussa un sourcil et Draco poussa un long soupir, avant de répondre à la question silencieuse de son parrain. Ça lui faisait encore mal d'y penser...
- Potter l'a brisée, déclara-t-il la voix basse.
- Quoi ! Comment ose-t-il ? Il t'ordonne de quitter Poudlard et s'arroge le droit de briser ta baguette ? Je m'en vais lui donner de mes nouvelles ! gronda Snape en se levant, parfaitement outré.
- Parrain ! Attends ! Ne dis rien. Il ne sait pas qu'il a ce pouvoir. Je ne veux pas qu'il le sache ! Pour l'instant, j'arrive plus ou moins à l'éviter, mais s'il sait ça, comment crois-tu qu'il réagira ? Je me retrouve à genoux devant lui, simplement parce qu'il le désire. Comment ferais-je s'il m'ordonne, ou même s'il me demande simplement de faire quelque chose ? Je ne serais plus maître de moi-même…
Le professeur se rassit.
- Il te faut une nouvelle baguette, constata-t-il froidement. Tu ne peux pas continuer comme ça.
- Une nouvelle baguette ?
C'était désormais au tour de Draco d'être railleur.
- Tu crois que je vais pouvoir m'acheter une nouvelle baguette ? Si je sors d'ici, je serai immédiatement arrêté. Je dois bientôt passer en jugement. Et même si j'étais acquitté après ça, ce qui n'arrivera pas, ils ne m'autoriseront pas à posséder une nouvelle baguette de si tôt, qu'est-ce que tu imagines ?
- Alors que vas-tu faire ? Je suis revenu pour toi, pour te protéger, mais je ne serai jamais là 24 heures sur 24. Comment feras-tu quand tu seras devant une horde de sorciers en quête de vengeance ?
- Il faudrait déjà que je puisse sortir du procès vivant !
- Ne dis pas ça ! Tu en sortiras !
- Alors je serai lynché par la population. Ca revient au même, soupira Draco en devenant soudain bien las. Ou alors je passerai ma vie caché de tous.
- Tu es… commença le potionniste, sans trouver ses mots. Tu es...
Il voulait gronder, rager, hurler, ordonner à son filleul de réagir et d'être positif, le secouer, le consoler. Mais là, tout de suite, devant cette situation inédite, il ne savait pas du tout comment faire en sorte que son filleul se sente bien.
Draco, lui, comprit que son parrain était réellement affecté, parce qu'il ne cherchait jamais ses mots d'ordinaire.
- Je suis juste... un Serpentard, finit-il sombrement.
Les deux sorciers restèrent plongés dans leurs pensées le reste du repas. Un coup frappé à la porte les sortit de leur silence. Le maître en Potions allait se lever quand Draco le devança.
- Il faut que je m'aère, se justifia-t-il.
- Attend ! Je n'attendais personne. Et si...
- Non ! s'exclama catégoriquement Draco en comprenant les intentions de son parrain. Ne me retiens pas. Je n'ai pas l'intention de vivre enfermé, même si je n'ai plus de baguette. Laisse-moi profiter du temps qu'il me reste. Je ne sais pas encore où je serai le mois prochain.
Il ouvrit la porte, laissa entrer Igor Malinovski et s'éclipsa après un vague signe de tête.
- Il ne va pas très bien, n'est-ce pas ? commença Igor sur le ton de la conversation. Mais il ne risque plus rien. La demoiselle qui s'acharnait sur lui n'est plus. C'est un heureux hasard.
- Est-ce que je dois te féliciter ? demanda Snape une fois qu'Igor, confortablement installé sur le fauteuil que Draco avait quitté, eut expliqué que le bourreau de son filleul était malencontreusement décédé après sa rencontre avec un loup solitaire.
- Je ne crois pas, non, fut la réponse prononcée doucement.
Les deux hommes se regardèrent silencieusement. Puis Severus se leva et alla chercher un livre mal relié dans sa bibliothèque.
- Par contre, je crois que je dois te féliciter pour ça, dit-il en tendant le livre à Igor.
Celui-ci tendit des mains moites et récupéra le livre, le cœur battant. C'était bien celui qu'il avait écrit. Alors maître Snape l'avait gardé tout ce temps…
- Et je constate que tu sais mettre tes propres conseils en pratique. Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis de très nombreuses années.
- Pourquoi ? le coupa Igor dans un souffle tremblant.
Severus Snape observa l'homme assis devant lui. Il avait parfaitement compris la question. Il avait appris à apprécier et à comprendre qui il était à travers les nombreuses lettres qu'ils avaient échangées pendant plusieurs années.
Pourquoi avait-il arrêté de lui écrire et de lui donner des nouvelles ou des conseils ? Là était le cœur du problème. C'était à la fois tellement simple et tellement cruel. Mais il n'avait pas envie d'en parler aujourd'hui. Peut-être plus tard… Peut-être pas.
- Si tu es encore en Angleterre d'ici la fin de l'année… alors je te l'expliquerai.
Le médicomage leva les yeux et sonda son ancien mentor avant d'acquiescer. Au moins, il venait de faire son choix. Il resterait à Poudlard cette année. Ayant capté son accord, Snape s'accorda le droit de changer de sujet et d'apaiser la tension de son ancien protégé.
- Où en es-tu de tes potions expérimentales, depuis ces huit dernières années ?
Et les deux hommes entamèrent une longue conversation autour de cette matière qui les fascinait tous les deux, conversation qui leur rappela leur jeunesse…
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Jeudi 25 juin, milieu d'après-midi
Après trois bonnes heures de vol, Harry se sentait harassé mais détendu.
Et la douche dans les vestiaires de sa maison, en nettoyant les dernières traces de sueur, finit de le détendre. Il se souvint du conseil de Ron quand son estomac se manifesta bruyamment, mais pencha pour un saut dans les cuisines de Poudlard plutôt que pour une razzia dans les réserves de Ron. Surtout si les chocolats proposés étaient un cadeau d'Hermione.
Il fut ravi du retour de la poire chatouilleuse dans le couloir des cuisines et la fit réagir en gloussant presque lui-même, avant d'entrer. L'activité était peut-être encore plus frénétique qu'après la bataille. Il fut à nouveau accueilli par Winky.
- Maître Harry Potter ! Vous êtes là ! Winky allait partir à votre recherche !
- Que se passe-t-il, Winky ? demanda Harry en sentant la panique de l'elfe.
- C'est Kreattur ! Il est revenu aussi, mais il ne va pas bien !
Harry fronça les sourcils en se demandant ce que l'elfe des Black était venu faire ici et pressa Winky pour qu'elle le conduise à lui.
- Là, maître Harry ! Nous l'avons couché près de ce fourneau !
Harry s'approcha pour constater que le vieil elfe avait réellement l'air mal en point. Il était complètement blanc, comme si les années lui étaient tombées dessus d'un seul coup. Plusieurs autres elfes l'entouraient en tentant de lui apporter du confort et des linges chauds. Ses pieds reposaient sur ce qui semblait être une bouillotte.
- Que se passe-t-il ? redemanda Harry à personne en particulier.
Lorsqu'il entendit la voix d'Harry, l'elfe sembla reprendre des couleurs et ouvrit les yeux.
- Maître. Le lien. Liez-moi.
- Mais… Tu ne m'es pas déjà lié ?
- Plus maintenant. J'en ai besoin… Maître. J'ai si mal…
Harry voyait bien la douleur dans les yeux en balles de tennis. Même s'il savait qu'Hermione n'approuverait pas, il préférait lier l'elfe pour lui éviter d'avoir mal. Même s'il ne saisissait pas bien ce qui était en train de se passer. Une grande partie des elfes du château les regardait.
- Kreattur. Tu sais que mon amie n'approuverait pas et que je suis d'accord avec elle, sur ce sujet. Mais j'accepte de t'aider. Seulement… qu'est-ce que je dois faire ?
- Winky va vous aider, maître Harry ! s'écria Winky. Horn ! Ramène-moi un petit couteau bien aiguisé.
- Pour quoi faire ?
- Winky sait combien Kreattur doit être malade, maître Harry. Il faut le lier avec l'incantation des anciens elfes !
Un mouvement de respirations choquées monta des petits spectateurs tout autour d'eux et Harry se sentit mal à l'aise. Qu'est-ce que ça signifiait ?
- Winky va vous demander un petit peu de sang : il faut le poser sur le front de Kreattur, maître Harry. Et puis Winky prononcera l'incantation. Winky la connaît. Winky était liée par l'incantation des anciens elfes.
Un concert de murmures éclata un peu partout dans la grande cuisine et tous les elfes cessèrent de travailler. C'était probablement très rare de voir cette pièce du château sans activité frénétique.
- Merci Horn, dit Winky à l'un de ses petits.
Il rougit en regardant Harry et ce dernier trouva qu'il avait déjà beaucoup grandi en taille.
- Maître Harry. Voulez-vous bien accepter de lier à vous la vie de Kreattur ? demanda Winky en lui tendant le couteau par la garde, alors que le silence revenait.
- Oui, accepta Harry en saisissant le petit couteau, après un instant d'hésitation.
Il se fit une petite entaille au bout de l'index et l'appliqua sur le front incroyablement froid de l'elfe. Il y laissa une petite marque de sang et demanda si ça convenait. Winky acquiesça et se mit à produire d'étranges sons, parfois rauques comme un caillou roulant sur d'autres cailloux, et parfois doux et sifflants comme le vent dans les feuilles d'arbre.
Harry observa avec fascination le sang entrer sous la peau de l'elfe en laissant une tâche rosée. D'abord petite, elle grandit au fur et à mesure jusqu'à recouvrir la peau de l'elfe entièrement. Il sursauta quand les elfes, parfaitement synchrones, tapèrent trois fois dans leurs mains. Ca résonnait comme si trois coups de tonnerre avaient choisi d'éclater dans la grande cuisine.
Kreattur ouvrit les yeux en grand d'un seul coup la première fois, inspira de l'air comme s'il avait été sur le point d'en manquer la deuxième fois et se redressa totalement la troisième fois.
Harry, qui était toujours agenouillé près de l'elfe, le vit s'épousseter avec soin avant de lui tendre la main, les yeux vifs et brillants.
- J'étais Kreattur Black, je suis désormais Kreattur Potter. Heureux d'être à votre service, monsieur.
Alors qu'une nouvelle fois, les conversations et les cris éclatèrent entre les elfes de maison spectateurs, Harry s'aperçut qu'ils étaient restés silencieux après avoir frappé des mains.
- Hé bien, ravi de te voir sur pieds Kreattur ! répondit Harry en lui serrant la main, en hésitant à le vouvoyer tant l'elfe semblait différent. Peux-tu m'expliquer ce qui t'est arrivé et ce qui vient de se passer ?
- J'en serai ravi, monsieur, mais j'étais surtout parti à votre recherche parce que j'avais des nouvelles urgentes à vous apporter.
Cette remarque sembla provoquer chez tous les elfes de maison une sorte de réveil brutal et ils se remirent tous en mouvement, les uns à la vaisselle et la cuisine, et d'autres au ménage. Cette affaire ne les concernait plus, c'était devenu privé.
- Winky a été ravie de pouvoir vous aider, maître Harry, dit l'elfe avant de disparaître parmi ses collègues pour leur donner un coup de main.
- Merci, Winky. Quelles sont ces nouvelles urgentes, Kreattur ?
- Votre maison, celle qui vous a été léguée par monsieur Black, a été fouillée ces dernières semaines.
- Fouillée ! Mais par qui ? Des voleurs ? Comment ont-ils eu accès à la maison ?
- Je ne sais pas s'il s'agissait de voleurs. Mais la maison n'est plus protégée depuis que vous êtes mort, monsieur. Elle n'appartient plus à personne.
- Comment tu… Pourquoi dis-tu que je suis mort ?
- A un moment de la bataille, j'ai senti que je n'avais plus aucun lien avec qui que ce soit. Plus de famille, pas d'héritage qui m'aurait offert à quelqu'un. Je suis presque mort de faiblesse, monsieur. Ça arrive quand le propriétaire meurt et qu'il n'a pas écrit de testament pour nous léguer à une autre famille…
- Qu'est-ce qui t'est arrivé, Kreattur ?
- Quand j'ai cru que vous étiez mort, j'ai utilisé ce qui me restait de magie pour me rendre au 12 square Grimmaurd. Je pensais finir mes jours là-bas. Et puis un peu plus tard, j'ai senti que vous reveniez, mais je ne pouvais pas vous rejoindre parce que je n'avais plus de force, je n'étais plus lié. Je vous ai attendu là-bas. Et il y a eu cet homme – un étranger je crois – qui est venu. Je l'ai vu fouiller la maison, pendant plusieurs jours.
- Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda Harry sourdement, fâché que quelqu'un soit entré dans cette maison qui avait appartenu à Sirius.
- Il a emporté plusieurs carnets de feu Orion Black avec lui. Je sais que ces carnets étaient importants, mais je n'avais pas assez de force pour l'empêcher de faire quoi que ce soit, alors je me suis caché. Et quand j'ai pu, je me suis enfui pour vous prévenir. J'ai mis quelques jours à arriver, mais j'ai fait aussi vite que possible. Vous devez réclamer votre bien, monsieur.
- Comment je dois faire ? demanda Harry, le front plissé par la contrariété.
- Demandez-le au ministère. Seul un tribunal peut vous réattribuer ce qui vous a été légué par Sirius Black.
- Mais, si je suis mort et que tout devait être légué… Pourquoi ai-je encore accès à mon compte à Gringott's?
- Tant qu'il existe quelqu'un chez qui coule le sang de la famille Potter, le coffre familial revient à l'héritier le plus légitime. Et même ressuscité, monsieur, vous restez l'héritier le plus légitime. Ca n'est pas une question d'héritage légué mais de sang et de magie.
Après un instant de silence songeur, Harry demanda :
- Pourquoi m'appelles-tu « monsieur » et pas « maître », comme d'habitude ?
- Etant lié par la magie des anciens elfes, je ne suis plus tenu d'être un elfe de maison esclave, mais simplement un elfe domestique. Je trouvais « monsieur » plus approprié que « maître ». Mais je peux vous appeler « maître » à nouveau, si vous le préférez.
- Non ! Non, pas du tout. Je me posais simplement la question. Est-ce que le lien que nous avons est différent du lien habituel des elfes de maison ?
- En de nombreux points, oui. Mais je pourrai vous en dire un peu plus après que vous ayez revendiqué le retour de votre bien. Je crois qu'il vaut mieux se dépêcher, si vous ne voulez pas que d'autres objets soient volés ou que quelqu'un d'autre revendique la maison avant vous. J'avais l'espoir que l'ancienne maison des Black revienne à quelqu'un qui y soit rattachée affectivement un tant soit peu.
- Bien sûr ! Il nous faut un moyen rapide d'aller au ministère.
- Hé bien, monsieur. Je suis là. Je vous emmène ?
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Jeudi 25 juin, soir
- Je suis venu dés que j'ai pu, monsieur.
- Raconte-moi tout et n'omet aucun détail, ordonna l'homme imposant, derrière son bureau.
- Il semble que le jeune Potter soit venu faire la réclamation de son bien – la maison des Black – plus tôt que prévu. La préposée aux héritages a été plutôt conciliante avec lui et lui a donné un rendez-vous avec un des avocats qui président les cours de justice magique, dès demain.
- Humpf… C'est l'effet Shacklebolt…
- Il doit plaider son cas et apporter des éléments d'explication devant la cour. Apparemment, il est accompagné de l'ancien elfe fou de la famille. Le problème, c'est que l'elfe connaît probablement beaucoup de choses. Il aurait pu nous aider nous, mais Potter semble l'avoir lié à lui…
- C'est ennuyeux. Je vais essayer de trouver un moyen de m'en approcher. Pour le procès… Eh bien, nous saurons alors au moins à quoi nous en tenir avec les membres du Magenmagot qui seront présents pour juger. Tu me diras qui sont nos alliés et nos opposants potentiels. Fait courir le bruit auprès de nos fidèles que je ne veux pas que Potter obtienne la maison.
L'homme de main acquiesça immédiatement. Il avait anticipé l'ordre, et la consigne n'attendait plus que son ordre pour être livrée à tous leurs alliés.
- Sinon, où en es-tu de l'infiltration auprès des gouvernements étrangers ? demanda l'homme imposant.
- Ludovic Bonnet est désormais proche du Président de la Magie français et Eva Brooks fait des ravages auprès du Grand Ministre brésilien.
- Bien. Mais ils étaient les plus faciles… Pour les autres pays et les autres centres, on verra. Et en ce qui concerne l'organisation de la coupe ? As-tu pris la température ?
- Oui. Les Etats-Unis ne sont pas très chauds. Ils ne s'intéressent pas tellement au Quidditch, là-bas. Ils préfèrent le Quodpot, et de loin…
- Alors il faut faire jouer nos appuis. C'est le seul continent sur lequel j'ai encore peu de contacts. Je dois me rendre là-bas, mais en ce moment, Shacklebolt me pose des problèmes. Il surveille tout les mouvements au ministère. D'ailleurs, trouvez un moyen de l'évincer, il était trop proche de l'Ordre du Phoenix et de Potter pour notre bien. Il est trop conciliant avec le petit héros.
- A propos du héros... Avez-vous avancé sur son rôle dans la prophétie ?
- Pas encore, mais ça vient… Et tout vient à point à qui sait attendre comme disent les Moldus…
- Je vais faire jouer nos appuis et je vous tiens au courant pour Shacklebolt.
- Bien… Tu peux disposer.
Quand son homme de main le plus proche eut refermé la porte derrière lui, l'homme se frotta le ventre de contentement.
- Très bien. Tout se met en place.
Edité le 13-02-16
Je ne sais pas vous, mais j'admets avoir des chapitres favoris. Et ce chapitre 3, "La fuite", est l'un de mes favoris du début de cette histoire car on commence à entrer dans l'intrigue et les relations entre les différents personnages. J'aime surtout la partie sur le Gruyk gal Ptekher - mais vous verrez par vous-mêmes d'ici là. En tout cas, il a été plutôt agréable à re-parcourir et corriger :) Qu'en pensez-vous de votre côté ? Lena.
