Chapitre 4 : Et l'avenir s'éclaire ?
Partie 1 : Les révisions d'Hermione
Mercredi 1er juillet, après-midi
Après leur petite visite au port, le matin même, Hermione avait laissé Ron avec Seamus. Les deux garçons voulaient jouer au Quidditch pour continuer à entraîner Ron au poste de gardien. Sport idiot, songeait-elle, mais quel sport ne l'était pas ? Elle avait du mal à comprendre la passion de Ron et l'intérêt qu'il trouvait au fait de faire une carrière de sportif, mais c'était son choix. Elle n'avait plus qu'à le soutenir.
Et puis, elle n'avait fait aucune remarque cette fois, parce que ça l'arrangeait bien d'être seule. Elle allait pouvoir entamer les démarches et réaliser le plan de révision qu'elle avait concocté, pendant la soirée de la veille et la matinée.
La jeune fille arriva bientôt devant la gargouille qui, d'ordinaire, gardait l'entrée vers les appartements du directeur. Mais depuis que Minerva McGonagall avait été élue à ce poste, le passage était accessible, ouvert en permanence aux étudiants qui ressentiraient le besoin de lui parler.
Cette nouvelle coutume avait été instaurée après la mort de Bridget Samson, qui avait réveillé de nombreux traumatismes chez les étudiants et notamment ceux de la maison Gryffondor. Les jeunes, même ceux des autres maisons, avaient besoin d'extérioriser leurs peurs face à l'avenir et leurs expériences durant la guerre passée, et ils n'avaient pas toujours quelqu'un vers qui se tourner. La directrice avait décidé d'endosser cette responsabilité, pendant les vacances.
La jeune fille monta les marches, frappa à la porte de bois et attendit qu'on l'autorise à entrer. Elle trouvait intriguant que la directrice soit incapable de savoir qui lui rendait visite, contrairement au professeur Dumbledore à l'époque, mais elle appréciait tout de même que ce soit son ancienne directrice de maison, très compétente, qui ait été élue à ce poste.
- Entrez ! s'exclama la voix sèche de Minerva McGonagall.
Hermione passa le seuil avec l'air sérieux qu'elle adoptait automatiquement, en présence d'un adulte représentant l'autorité. « Se montrer sous son meilleur jour, mettre toutes les chances de son côté. » Voilà quelles étaient les deux pensées qui tournaient dans son esprit. Deux pensées qui ne la quittaient plus depuis quelques semaines, depuis que… Mais elle n'était pas là pour s'apitoyer sur elle-même : elle était là pour aller au bout de ses rêves.
Et l'un de ses rêves était d'entrer au ministère pour tenter de faire bouger les choses. Elle pensait que le ministère serait un bon moyen d'atteindre son objectif : contribuer à rendre le monde meilleur. Elle savait que c'était son côté utopiste et presque rêveur qui parlait, comme avec les elfes de maisons ou les créatures opprimées, mais elle n'avait pas envie de lutter contre cette tendance qu'elle estimait saine et juste.
- Vous pouvez vous asseoir, mademoiselle Granger, invita la directrice. Je vous écoute, c'est à quel sujet ? demanda-t-elle d'un air concerné et attentif.
- Et bien voilà. J'ai un projet qui me tient à cœur et qui, je pense, pourrait être bénéfique pour tous les étudiants qui restent à Poudlard pour tenter d'obtenir leurs diplômes cette année. J'aimerai, avec votre accord et celui des personnes concernées, instaurer pendant tout ce mois de juillet des séances de soutien par les professeurs, pour les volontaires. Par exemple pour aider ceux qui ont mal compris des leçons ou qui ont malheureusement raté des cours…
Minerva sourit en elle-même. C'était pour cette dernière raison que la jeune fille voulait travailler avec des professeurs : elle avait raté des cours et malgré ses nombreuses lectures et sa vaste compréhension de la magie, elle craignait toujours de ne pas être à la hauteur. La peur d'être inférieure, d'être une « moldue » parmi les sorciers, en quelque sorte…
La directrice espérait au fond d'elle-même que la jeune fille prendrait plus confiance en elle et que ce sentiment profond et discret d'infériorité s'estomperait avec le temps et les grands projets qu'elle mènerait à bien.
- L'idéal serait que les professeurs aident et guident les révisions avec « l'essentiel » de ce qu'il y a à retenir, continua Hermione, et qu'ils soient disponibles pour répondre aux questions parfois pointues des étudiants.
- C'est une excellente idée, je dois l'admettre. Il est vrai que je n'ai pas eu énormément de temps pour mettre en place une telle organisation, depuis la reconstruction. Mais aider tous les étudiants qui le veulent à être vraiment efficaces dans leurs révisions serait une très bonne chose. Des séances de soutien… Oui, c'est une très bonne idée. Voyons voir ce que nous pourrions faire…
- Si vous voulez, reprit la jeune fille un peu timidement, j'ai réfléchi à un programme pour ces sessions.
- Vraiment ? Puis-je y jeter un œil ? demanda la directrice, qui se demandait encore comment elle pouvait être surprise par le sens de l'organisation d'une des élèves les plus douées de sa génération.
Pendant que la jeune fille se penchait et cherchait son planning dans son sac bien trop plein, la directrice leva les yeux vers le tableau encore une fois vide du directeur Dumbledore. Son mentor semblait apprécier comme un enfant le fait de pouvoir se promener librement à travers tous les tableaux du château…
Pourquoi, alors qu'il en connaissait sans doute chaque recoin après toutes ces années comme directeur, elle n'aurait su le dire.
Elle reporta son attention sur son étudiante qui lui tendait un document. Elle prit le temps de le lire. C'était bien fait, logique et progressif. Mais maintenant, elle avait une autre question : ses professeurs accepteraient-ils de revenir travailler pendant les vacances ? D'autant plus qu'elles étaient méritées, après une éprouvante année de guerre. Elle manquerait probablement d'effectifs pour mettre ce planning en route en l'état actuel.
- Bien. Je pense qu'il y a là matière à faire quelque chose, annonça finalement l'Ecossaise. Si vous voulez bien m'aider, j'aimerais que vous contactiez pour moi les professeurs de l'école. Je n'ai vraiment pas beaucoup de temps à moi d'une part, et je crains, si je les contacte moi-même, qu'ils se sentent obligés de dire oui. Comprenez bien que ce n'est pas ce que je veux : je peux comprendre qu'ils désirent profiter enfin d'une période calme et sans nuages…
La jeune sorcière brune acquiesça. Elle aussi pouvait comprendre. Si elle avait pu, elle aussi aurait aimé profiter de vacances en famille… Mais c'était pour le moment compromis.
Elle redressa les épaules inconsciemment et demanda comment elle devait procéder. La directrice sembla songeuse quelques instants et reprit finalement.
- Je vais vous donner les emplacements des appartements des professeurs présents et pour les autres, vous pourrez envoyer les chouettes de l'école. Précisez bien que ce projet a mon approbation et que Poudlard peut héberger les familles des professeurs s'ils le souhaitent. Tout le monde verra ainsi, je l'espère, ses désirs pris en compte. Même si vous n'obtenez finalement pas les accords de tout le monde. Cela vous convient-il ?
- Parfaitement, affirma Hermione avec satisfaction.
- Bien. Revenez me voir quand vous aurez toutes les réponses et j'établirai un planning définitif ainsi que le dispositif d'inscription des élèves.
- D'inscription, madame la directrice ? demanda Hermione en fronçant des sourcils.
- Oui. Il me semble que les étudiants ont le droit de choisir. Je ne veux pas rendre ces sessions obligatoires et pénaliser ceux qui n'en ont pas besoin. Et puis, pour ceux qui ne veulent pas de leçons supplémentaires, ça serait contre-productif de leur faire perdre du temps.
- D'accord. Merci beaucoup pour votre aide, madame la directrice, dit Hermione en se relevant.
Elle récupéra son programme, la liste des professeurs présents à Poudlard – une large majorité – et des autres. Elle envoya d'abord un courrier à ces derniers pour leur demander leur collaboration, puis décida de commencer ses sollicitations auprès des professeurs présents. Elle réfléchit sur ses chances de réussite et tenta de faire une liste mentale des matières indispensables…
Snape serait, en toute logique, le plus difficile à convaincre étant donné qu'il détestait avoir des élèves. Et elle n'avait personne à contacter pour la DCFM puisque cette matière n'était pas enseignée l'année précédente. Il n'était évidement pas question de demander à Snape.
Mais en l'occurrence, les étudiants devaient être assez bons puisque beaucoup des septièmes années avaient lutté pendant la guerre… A la limite, elle demanderait peut-être à Harry de leur prodiguer quelques cours, comme à l'époque de l'AD.
Toujours est-il qu'arrivée devant la première porte – celle du professeur Flitwick – elle était résolue à tous les faire céder. Elle voulait réussir son année, coûte que coûte, et prouver une fois de plus sa valeur.
En fin de journée, elle fit le bilan.
« Quelle bonne idée ! Mes étudiants auront peut-être moins de crises de nerf ! Si vous saviez combien de fois ils viennent me voir pour une question à propos de telle ou telle matière, » s'était exclamé Flitwick.
« Pourquoi pas, après tout c'était ma dernière année. Autant dire au revoir à mes élèves en même temps qu'à mes plantes… » avait dit Chourave.
« Un résumé de l'histoire des sorciers ? Voilà une requête que je n'avais plus entendue depuis longtemps, » avait dit Binns en se réveillant quelque peu.
Presque tous avaient accepté avec plus ou moins d'enthousiasme, en face à face ou par courrier, sauf en Divination et en Soins aux Créatures Magiques. « Mon troisième œil me dit que ce serait une mauvaise idée… » avait dit le professeur avec une haleine chargée d'alcool. « Chui désolé mais j'ai pale tant de revnir pour l'instant. Avec mes bras et tout, » était parvenu à écrire Hagrid qui était apparemment à l'étranger. Mais Hermione grimaçait encore des fautes qui lui avaient sauté au visage.
Ne restait qu'une personne à convaincre, et pas des moindres : le professeur Snape. Il ne l'appréciait pas, elle le savait, mais elle voulait quand même lui demander. Car Harry, qui voulait devenir Auror, aurait besoin des Potions dans sa future formation. Il devait donc assurer une note correcte. Hermione frappa trois coups secs contre le bois de la porte et le professeur ouvrit.
- C'est pour quoi ? demanda-t-il sèchement.
- Un projet de cours supplémentaires en Potions pour aider les étudiants à réviser, expliqua Hermione le plus rapidement et le plus sommairement possible.
- Non ! répondit Snape en lui claquant la porte au nez.
Elle eut d'abord un sursaut de peine en se rappelant d'une scène presque similaire, juste après la guerre, dans sa propre maison, mais elle parvint à se reprendre.
- Mais la directrice a donné son accord ! cria-t-elle à travers la porte.
- C'est toujours non ! répondit Snape de la même façon.
- Mais… Mais…
Hermione resta silencieuse, à fixer la porte, alors que son cerveau tournait à mille à l'heure pour tenter de trouver l'argument qui ferait mouche. En vain. Elle reprit espoir en voyant la poignée tourner. Mais c'était seulement Malinovski qui voulait sortir. Elle s'écarta et il la regarda attentivement.
- Moi, je peux donner des cours de Potions, dit-il de sa voix grave à l'accent russe.
- Vous vous y connaissez bien ? C'est un programme légèrement complexe, dit-elle avec une pointe de doute mais beaucoup d'espoir.
- Je suis médicomage, répondit Igor comme si ça expliquait tout.
- Alors merci, monsieur Malinovski, dit-elle en lui serrant la main avec un sourire.
C'était parfait, songeait la jeune femme en tournant les talons. Finalement, elle avait même trouvé son professeur de Potions. Elle monta voir la directrice. Le plus tôt ces sessions commenceraient, le mieux ce serait.
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Jeudi 2 juillet, matin
Harry se réveilla grognon ce matin-là : il était fatigué. Il mettait avec raison cette fatigue sur son stress de la veille.
Quelques minutes après qu'il ait rangé ses livres sur les animagi, il avait trouvé Ginny en larmes, à nouveau, dans la salle commune. Elle était rentrée chez elle en catastrophe parce que George s'était trouvé mal. Il ne fallait surtout pas qu'il arrive quoi que ce soit à l'autre jumeau parce qu'elle risquait de ne pas s'en remettre.
Elle lui avait écrit dans la soirée que tout allait bien, que George s'était seulement évanoui à cause de la fatigue et qu'il serait de nouveau d'aplomb quand il se serait reposé. Elle avait préféré rester à son chevet, au Terrier, comme Percy et sa mère…
C'était dans la nature de la famille Weasley de se soutenir les uns les autres et de rester soudés. Pour ça, on pouvait dire que Percy se rattrapait chaque jour un peu plus aux yeux de ses frères.
Harry éprouvait un peu d'envie quand il songeait à ce qu'avait dû être l'enfance de sa petite amie. Elle avait dû vivre entourée de chaleur humaine, en se sentant en sécurité. C'était sans doute pour ça qu'elle souffrait tant quand on touchait à sa famille. Il pouvait comprendre ça, il aurait sans doute été pareil…
Toujours est-il que Ginny avait été prise d'une telle panique en recevant la nouvelle de l'évanouissement de George qu'il y avait songé toute la nuit, sans pouvoir trouver le sommeil. Il voulait que tout le monde aille bien et soit heureux. Pourtant, il avait même tenté d'éviter l'angoisse en dormant dans son ancien dortoir, avec ses camarades. Peine perdue. Mais puisqu'il n'avait quasiment pas dormi, il n'avait pas pu réveiller les autres avec ses cauchemars, et c'était au moins un point positif dans tout cela.
Il se leva en même temps que Neville pour aller prendre sa douche.
- Dis donc, Neville ! ne put-il s'empêcher de s'exclamer. Tu t'es bien musclé depuis la dernière fois où je t'ai vu comme ça.
- Il a bien fallu ! Je devais montrer l'exemple pendant la révolte permanente contre les Carrow. A force de courir et de me battre… Je me suis musclé. Pas toi ?
Harry soupira que non en finissant de retirer ses vêtements, alors que Neville entrait dans l'une des cabines de douche. Il pinça légèrement la peau de son ventre et de ses hanches avec un air dubitatif et prit quelques poses pour observer sa musculature. Ses bras et ses cuisses étaient plutôt bien faits, puisqu'il les avait sollicités de longues années, pour se maintenir sur son balai en Quidditch.
Pour le reste… Sa conclusion était que même après une année de fuites et de batailles répétées, comme Neville, son corps à lui ne s'était pas musclé autant qu'il l'aurait souhaité. Puis finalement, il haussa les épaules avec fatalisme. Il n'y pouvait rien. Et il termina ses ablutions matinales.
En descendant dans la salle commune, Harry s'aperçut que ses amis étaient tous là à l'attendre. Hermione semblait étrangement nerveuse, Ron dans les vapes comme chaque matin, et Neville et Seamus bavardaient avec de grands sourires sur leurs visages.
- Enfin ! s'exclama Ron en l'apercevant, se réveillant un peu. Pour une fois que tu dors ici, ajouta-t-il quand il vit son air surpris, on n'allait pas te laisser descendre tout seul dans la Grande Salle ! Mais tu aurais pu te dépêcher. Allez ! A table !
Harry sourit, heureux de retrouver un instant ce rituel qui avaient bercé ses premières années à Poudlard. Il n'avait peut-être pas encore une famille, mais il avait des amis, toujours là pour lui. Il passa un bras autour des épaules d'Hermione, qu'il n'aimait pas voir dans cet état de stress qui semblait ne plus la quitter depuis quelques semaines, et toute la troupe suivit Ron, parti en éclaireur vers le petit déjeuner.
Quand celui-ci fut presque terminé, Harry vit la directrice se lever et frapper dans ses mains. On sentait l'expérience et le contrôle qu'elle avait acquis sur ses élèves quand le silence se fit instantanément. Elle prit ensuite la parole.
- Bonjour à tous, chers étudiants. Voilà plus d'un mois que vous restez à Poudlard pour réviser avant vos examens. Suite à l'idée d'une de vos camarades, l'équipe enseignante et moi-même avons décidé de vous aider et d'instaurer dès demain matin des rencontres, où les professeurs pourront éclaircir certains points du programme et répondre à vos questions. Pour y assister, vous devez vous inscrire. Un emploi du temps des différentes sessions est disponible dans le Hall. N'hésitez pas à en profiter, je vous souhaite à tous de réussir vos examens. Bonne journée !
A la table des Gryffondors, tous les élèves s'étaient tournés vers Hermione, qui rougit.
- Dis-moi que ça n'est pas ton idée, dit Ron avec une légère grimace.
- Tu n'es pas obligé de t'inscrire, si tu ne veux pas y aller, lui répondit-elle en éludant la question.
Harry et Ron échangèrent un regard. Hermione avait l'air mal à l'aise. C'était anormal, Hermione n'était jamais mal à l'aise quand il était question de révisions et d'examens quelque chose n'allait pas. Entre ça et son état angoissé presque permanent… Ils devaient lui parler.
Ils la laissèrent faire la queue au milieu de quelques Serdaigles, pour s'inscrire aux cours qui l'intéressaient, tout en chuchotant entre eux.
- Est-ce que c'est moi ou est-ce qu'elle est plus nerveuse qu'avant pour les examens ? demanda Harry. J'avais déjà remarqué qu'elle s'accrochait aux révisions de façon étonnante, depuis quelques semaines, mais là…
- Je sais. Moi aussi j'ai remarqué qu'elle n'était pas au mieux de sa forme, mais elle me le cache, elle ne me dit rien… Je ne sais pas ce qui se passe. J'essaie d'être prévenant mais je ne dois pas être très doué… ajouta Ron amèrement.
- Quelque chose ne va pas, c'est clair. Désolé de ne pas l'avoir remarqué avant.
- Oh, tu sais… Mione sait parfaitement rester discrète quand elle le veut.
Ils se turent quand la jeune femme eut fini de s'inscrire, puis ils l'emmenèrent avec eux dans la salle sur demande.
Surprise, Hermione ne comprit pas tout de suite de quoi il s'agissait. Elle s'assit dans un fauteuil, Ron vint s'accroupir à ses côtés en posant une main sur son avant-bras et Harry resta debout, face à elle.
- Mione, ma puce, commença Ron, je vois bien que quelque chose ne va pas. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? lui demanda-t-il d'une voix concernée.
- Tu semble très stressée en ce moment, ajouta Harry. Quelque chose ne va pas ?
- Mais rien ! Qu'allez-vous chercher tous les deux ? se défendit la sorcière, clairement mal à l'aise.
- Hermione, reprit Harry, tu as l'air paniquée. C'est évident que quelque chose te tracasse, mais quoi ? Tu peux nous le dire à nous, on ne te jugera pas et tu le sais.
- Il a raison, continua Ron. Même si je te charrie avec tes livres et tes révisions, tu sais qu'au fond de moi, je trouve ça charmant et admirable… Alors ?
- C'est juste… l'angoisse de ne pas réussir les examens. Je voudrais être dans les meilleurs, mais j'ai loupé toute une année de cours. Il faut que je me rattrape. Maintenant que la guerre est finie, je veux trouver ma voie, je veux une bonne place, quelque part, et je veux bien gagner ma vie… Et… Et…
La respiration hachée, maintenant qu'elle s'ouvrait à eux, elle avait du mal à continuer de parler.
- Si je ne réussis pas du premier coup, plein de portes vont se fermer juste devant moi, réussit-elle à dire. Les portes se ferment, et moi… Qu'est-ce que je dois faire ? C'est injuste, c'est vraiment injuste ! Où est-ce que je vais aller ? finit-elle par s'exclamer avant d'éclater en sanglots.
Harry voyait bien que derrière le discours décousu de son amie se cachait quelque chose de profond. Elle avait l'air de mélanger plusieurs problèmes différents. Il voulait pouvoir l'aider comme elle avait toujours fait pour lui. Il eut soudain un éclair de compréhension génial, s'accroupit du côté libre du fauteuil et prit la main de la jeune fille dans les siennes.
- Hermione… Qui ferme les portes devant toi ? lui demanda-t-il d'une voix très douce.
La jeune fille pleura de plus belle et dégagea sa main de celles d'Harry pour se cacher le visage. Ron se releva et la prit contre lui. Il lui tapota maladroitement le dos en lui murmurant que tout irait bien. Plus tard, quand la jeune femme fut calmée, elle leur expliqua un peu mieux ce qui n'allait pas. Les garçons l'écoutaient attentivement, avec le désir de pouvoir l'aider et la soutenir.
- Tu te souviens, Harry, quand tu me demandais si mes parents allaient bien ?
- Oui, je me souviens, acquiesça-t-il. Tu m'avais répondu qu'ils allaient bien mais qu'ils étaient un peu perturbés…
- Exact. Ils étaient perturbés d'avoir passé une année heureuse à vivre loin de moi et sans aucun souvenir de leur fille. Je t'ai aussi dit que le monde magique les effrayait… En fait, ils…
Elle s'interrompit pour ravaler un sanglot et continua.
- En fait, c'est le fait que ce soit moi qui leur ai jeté un sort d'oubliettes qui les a le plus perturbés. Le fait que je manipule leurs esprits, que je touche à leurs souvenirs… C'est moi qui leur fais peur. Ils m'en veulent de ne pas avoir eu assez confiance en eux. Même si je leur ai expliqué qu'ils ne pouvaient pas lutter contre des Mangemorts, qu'ils risquaient la torture, ils…
Ron la serra un peu plus fort contre lui en sentant les tremblements qui la traversaient.
- Ils m'ont dit qu'ils ne m'avaient pas élevée comme ça et qu'ils ne me reconnaissaient pas, avoua-t-elle presque avec gêne. C'était très dur à la maison. Alors je suis venue ici… Même s'ils m'ont aidée, avec les astuces sur le ciment et d'autres choses, ils m'en veulent…
- Alors c'est pour ça que tu ne voulais pas que je les rencontre, réalisa Ron. Je croyais que tu avais honte de moi…
- Ho ! Ron ! Pas du tout ! C'est de moi-même que j'avais honte, je n'osais pas te dire tout ça… Je me dis que si je leur rapporte des résultats exemplaires, comme avant, et si j'ai une bonne place, ils seront à nouveau fiers de moi et ils me pardonneront…
- Hermione, dit à son tour Harry, tes parents ont toujours été fiers de toi. Laisse-leur le temps d'accepter l'idée que tu n'avais pas le choix et que tu as fait ça par amour. Laisse-leur le temps de s'apercevoir que tu leur manques… Ils t'aiment, alors ça va aller.
- Merci, lui dit Hermione avant d'enfouir son visage contre l'épaule de Ron.
Harry leva le pouce en direction de Ron, pour lui dire qu'il était sur la bonne voie pour consoler sa petite amie et qu'il lui laissait les rênes. Il quitta la pièce pour leur laisser un peu d'intimité. Au moins, songeait-il, il n'était peut-être pas très souvent présent pour eux, mais il s'efforçait d'être là quand il le fallait. Il était assez content de lui.
Il redescendit dans le Hall pour voir l'emploi du temps que les professeurs avaient imaginé. Il décida que ça ne pouvait pas lui faire de mal, flemmard comme il était en ce moment, et s'inscrivit dans les matières qui pouvaient l'intéresser pour devenir Auror : enchantements, potions… Ah ! Il n'y avait pas de DCFM. Mais il songea que le fait d'avoir vaincu Voldemort valait bien de longues révisions dans cette matière…
A la place, il choisit les métamorphoses. Après tout, s'il voulait devenir animagus, il pourrait avoir des questions. D'ailleurs, il avait des livres à lire. Il monta dans la tour Gryffondor, sûr que dès que Ginny rentrerait, elle saurait où le retrouver.
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Jeudi 2 juillet, fin de matinée
Harry reposa une seconde le livre qu'il parcourait : un hibou cognait à la fenêtre du dortoir. C'était le hibou de Percy, avec une lettre pour lui. Il donna à l'animal un peu du Miamhibou de Ron et le regarda s'envoler. Apparemment, il n'attendait pas de réponse. Il décacheta l'enveloppe et déplia le parchemin.
« Harry, mon chéri.
Je ne rentrerai pas aujourd'hui. Percy a également eu un malaise pendant la nuit. On a appelé un docteur : ne viens pas nous voir parce que je ne sais pas si c'est une maladie contagieuse ou autre chose…
Je pense à toi très fort, bises. Ginny.
PS : ne t'inquiète pas, je te tiens au courant s'il se passe quelque chose… Je t'aime. »
Les derniers mots avaient été griffonnés à la hâte, comme si leur auteur avait hésité à les écrire. Harry ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou s'inquiéter. L'hésitation montrait sans doute l'importance de ces mots pour Ginny. En même temps, elle avait peut-être surmonté cette hésitation parce qu'elle avait peur de ne pas pouvoir lui dire en face… Etait-elle malade ?
Il ne voulait pas aller déranger Ron. Tout à l'heure, l'état de George ne l'avait pas beaucoup inquiété, parce que le médicomage savait ce qu'il faisait. Mais là, il risquait d'être au moins aussi inquiet que lui…
La seule chose qu'il pouvait faire pour le moment était d'occulter son inquiétude en occupant son esprit, en attendant d'avoir des réponses à ses questions. Il reprit sa lecture – « Nouvelles théories de la transformation humaine » – là où il s'était arrêté. Après une heure, il atteignait la conclusion de la première partie.
L'auteur venait de démontrer par A plus B que l'esprit était au cœur du processus. Sa théorie était qu'il pouvait, par la force et la volonté, « plier la magie et la transformer ». Selon lui, il fallait passer par trois étapes.
Travailler son esprit et apprendre à plier la magie à l'extérieur d'abord. Un long entraînement était alors nécessaire pour s'habituer d'abord à contrôler le flux magique et apprendre - deuxième étape - à en contrôler les effets. Enfin, dernière étape, il était possible d'apprendre à plier la magie interne, celle qui circulait sans son corps, pour la transformer et donc se transformer en même temps.
Mais ces théories lui semblaient complexes et pas réellement adaptées à son but : Harry ne cherchait pas à changer son corps ou des parties de son corps en autre chose, il voulait trouver l'animal qui le représentait et qui deviendrait un deuxième lui-même. Il y avait quelque chose de différent. Comme l'avait dit McGonagall dans un cours, devenir animagus impliquait de se glisser dans la peau d'une nouvelle espèce. L'auteur, ici, proposait seulement de changer de forme…
Harry referma le livre et ouvrit le tiroir de sa table de chevet dans un ancien réflexe, avant de le refermer : il laissait toutes ses affaires personnelles dans sa malle, dans un coin de la chambre. Il se leva, y rangea le livre et lança un Tempus. Il était midi passé et Ginny ne l'avait toujours pas contacté.
Angoissé, il fit quelques pas dans la chambre. Ça n'allait pas du tout. Il ne pouvait pas descendre à la Grande Salle maintenant, dans un tel état de stress. Il ne pouvait pas non plus se permettre d'être vu ainsi. Les gens pourraient avoir peur en croyant qu'il se passait à nouveau quelque chose d'horrible pour le monde sorcier. Car s'il avait bien appris une chose, pendant ses années à Poudlard, c'est que chacun de ses gestes était épié et interprété…
Il appela Kreattur pour lui demander de monter un sandwich, ce qu'il fit de bonne grâce en ressentant l'agitation de son maître. Il avait même ajouté une potion calmante au jus de citrouille qu'il avait apporté en plus. Harry, sans savoir pourquoi, se sentit plus détendu après son léger repas et décida de jeter un œil à l'autre livre qu'il avait emprunté, en espérant occuper son esprit de la même manière que le matin.
Il ne voulait pas réviser ses cours : il serait trop dissipé, il le savait. Alors un nouveau livre était la meilleure solution. Il ouvrit donc « Les métamorphoses du sorcier », d'Armande Cooker.
Dans son introduction, elle expliquait que les métamorphoses d'une espèce à l'autre étaient un changement radical à la fois pour le corps, l'instinct et les manières de raisonner, mais qu'elles ne changeaient ni l'âme ni la nature profonde de la personne. Il était nécessaire de se connaître puis de connaître son animal pour être capable d'une transformation totale et complète.
Avec ce livre, Armande Cooker posait les conditions nécessaires à l'exercice et elle prodiguait ses conseils sur la manière de remplir ces conditions.
Beaucoup plus tard, dans la soirée, Harry avait retenu deux choses essentielles. D'abord, que la magie était composée de trois dimensions - le sang, l'âme et l'esprit. Et ensuite que l'animagus était une combinaison magique des deux dernières dimensions.
Il avait aussi compris que la première étape pour maîtriser la transformation inter-espèce était de savoir contrôler son propre esprit. Par contre, y arriver relevait du sacrément complexe, surtout pour quelqu'un comme lui qui n'avait jamais brillé par ses capacités de maîtrise des magies de l'esprit… Il n'en avait pas fini. Comment les Maraudeurs étaient-ils tous parvenus à devenir des animagi ?
Le jeune homme se leva et s'étira, faisant craquer toutes ses articulations. Il descendit dans la salle commune, vit Ron et Hermione installés devant la cheminée éteinte et les rejoignit.
- Tu es au courant ? demanda Ron d'un air sombre, dès qu'il l'aperçut.
- Au courant de quoi ? lui retourna Harry, soudain paniqué.
- Pour Georges et Percy qui se sont tous les deux évanouis, Merlin seul sait pourquoi. Mes parents ne veulent pas que je rentre… au cas où ils auraient un truc contagieux. Ils ne m'ont rien envoyé depuis ce matin, aucune nouvelle, pas un signe. J'ai envoyé Coq il y a une heure, au cas où… J'attends son retour.
- Oui, Ginny m'a prévenu aussi ce matin et m'a également interdit d'y aller. Je n'ai pas eu plus de nouvelles que toi.
Soudain, un bruit très étrange dans l'âtre de la cheminée attira leur attention. Un petit nuage de cendres retombait doucement sur une minuscule forme noire de suie, au sol. Petite forme qui poussa un hululement joyeux malgré ses plumes sales et ébouriffées. Coq, car c'était lui, se remit sur ses pattes et voleta jusqu'à Ron, éparpillant toute la cendre au passage.
- Coq ! Bon sang, arrête ça, tu salis tout !
Puisque les récriminations de Ron n'avaient aucun effet, ce dernier renonça et entreprit tant bien que mal de détacher les lettres attachées aux pattes de l'oiseau à la place. Il les secoua ensuite pour enlever la suie, en tendit une à Harry et ouvrit l'autre, Hermione lisant par-dessus son épaule.
Coq était parti barboter avec ravissement dans un bol d'eau qu'Hermione destinait à Pattenrond.
« Ronald, mon garçon,
Ne t'inquiète plus : Georges et Perceval vont bien. Le médicomage n'a pas exactement compris ce qui était arrivé à Perceval : il penche pour une faiblesse soudaine due au stress. Tes frères ne sont pas encore réveillés et nous restons en observation cette nuit pour être sûrs qu'aucune maladie ou infection ne se déclare. Mais le médicomage nous a tous examinés et d'après lui, nous n'avons rien d'arnomal.
Je t'embrasse, Maman. »
« Harry, mon chéri.
Apparemment, Perce n'a rien. Je pense que Georges était épuisé par le chagrin et Perce parce qu'il a passé toutes ces dernières semaines à essayer de le consoler. Ils iront bien, je suis rassurée. Le médicomage nous a tous examinés et n'a rien vu. Je reviendrai sans doute à Poudlard demain. D'ici là, amuse-toi bien.
Ginny.
PS : J'ai reçu un courrier de McGonagall. Apparemment, elle invite tous les étudiants qui ne sont pas à Poudlard à venir pour prendre des cours supplémentaires. Non mais vraiment, c'est sérieux ? Qui voudrait prendre des cours supplémentaires en ce moment ? Bref. Bisous et à demain. »
- Ils n'ont rien ! souffla Ron de soulagement. C'est seulement ce dadais de Perce qui a eu un malaise à cause du stress. Déjà à l'enterrement de Fred, il s'était évanoui : on ne peut pas dire qu'il soit très costaud.
Il s'arrêta une seconde, poussa un nouveau soupir de soulagement et se mit à sourire.
- Il va voir ce que c'est que le vrai stress avec moi ! Il va regretter de m'avoir fait peur pour rien ! On n'a pas idée de se faire des frayeurs tout seul au point de s'évanouir !
Harry et Hermione éclatèrent de rire, un peu plus soulagés eux aussi. Si Ron jouait les fanfarons, c'était parce qu'il n'y avait plus grand chose à craindre. A priori.
Harry plia soigneusement sa lettre et la rangea dans sa poche. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être quand même inquiet - la peur de se retrouver seul, une fois de plus. Mais il avait beaucoup moins peur. Ce soir encore, il ne pourrait pas dormir correctement. Il irait s'entraîner dans la Salle sur Demande en attendant le retour de Ginny.
Il voulait s'appliquer à suivre les conseils de Cook sur la maîtrise de son propre esprit. La première chose à travailler, c'était sa connaissance de lui-même. Qui était-il ?
En attendant, les trois amis descendirent dîner. Car maintenant que Ron n'était plus inquiet, son estomac se rappelait à lui.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Nuit entre le jeudi 2 et le vendredi 3 juillet
Harry était allongé sur un large matelas bien ferme, les yeux fixés sur le plafond de la Salle sur Demande, d'une couleur parfaitement unie. Un beau bleu ciel fort clair qui ne l'agressait pas. Il avait les bras et les jambes écartées, s'étalant le plus possible sur la surface confortable.
Le livre disait qu'il fallait apprendre à se détacher de son corps, et que pour cela, il fallait l'oublier. Mais avant d'apprendre à l'oublier, il était nécessaire de le connaître et d'en être conscient. Cook conseillait de se concentrer sur chacune des parties du corps, une à une, en la contractant et en la décontractant sans cesse, jusqu'à être conscient du moment où son corps était le plus tendu et le moment ou il était le plus détendu.
Avec l'exercice, il fallait tendre à l'état de sommeil sans pour autant sombrer, parce que le sommeil ne favorisait pas l'exploration consciente de son propre esprit.
Avec la fatigue et cet entraînement très étrange, Harry avait cependant beaucoup de mal à ne pas dormir… Avec le temps, il devrait apprendre à atteindre l'état de sérénité corporelle complète en une seconde à peine.
Bien sûr, il fallait s'entraîner chaque jour, sans relâche. Apprendre, se détendre, comprendre, recommencer à chaque fois et vérifier qu'on atteignait bien la sérénité du corps. Il fallait que l'esprit devienne bientôt la seule partie active et consciente de lui-même, comme s'il était ailleurs, hors de son corps.
Harry passa probablement la plus grosse partie de la nuit à tenter d'atteindre l'état décrit dans le livre. Bientôt, et sans doute parce qu'il était très fatigué, il y parvint. Dans une semi-conscience, il eut l'impression de s'envoler hors de lui-même, avec un vertige. La seule chose qui l'entourait était ce bleu ciel reposant. La couleur du plafond avait dû l'influencer.
Il se tourna sur lui-même jusqu'à tomber nez à nez avec une porte. Toute seule, dans ce bleu, sans rien autour, sans rien derrière. Sans réfléchir, il la poussa et entra dans ce qui semblait être un gigantesque labyrinthe chaotique plein de portes. Le vent charriait des morceaux de parchemin à n'en plus finir. C'était ça, son esprit ?
Alors qu'il se posait cette question, le vent se mit à souffler encore plus fort en provoquant des bourrasques et des mini-tourbillons. Harry paniqua. Il n'aurait pas dû entrer : il n'était pas capable de se concentrer assez pour maîtriser un voyage dans sa propre tête.
Il voulut sortir et se retourna. Heureusement qu'il ne s'était pas éloigné de la porte par laquelle il était entrée, sinon il aurait pu mettre des jours à la retrouver parmi toutes les autres portes…
Dès que son lui - enfin, sa version esprit - sortit du labyrinthe, Harry reprit conscience de son corps et il s'assit sur le matelas. Bon sang, il devrait apprendre la manière de sortir sans dommage de son esprit avant de vouloir y entrer, car il avait maintenant un mal de crâne épouvantable !
Le jeune sorcier lança un Tempus : il était six heures du matin. Autant qu'il se lève. Son premier cours des vacances - de l'année en fait - commençait à 10 heures. Avec trois heures de Métamorphoses.
Il valait mieux qu'il soit prêt car son ancienne directrice de maison n'avait jamais lésiné avec la discipline. Il lui fallait donc une potion aiguise-méninges ou un fortifiant, pour se remonter et survivre à sa journée. Maintenant que madame Pomfresh était partie en retraite, il pourrait peut-être trouver quelque chose dans son armoire à potions ? Il fallait qu'il aille voir.
Fort de cette résolution, le jeune homme prit une douche, s'habilla et partit pour l'infirmerie. Il en poussa bientôt la porte, discrètement. Il avait l'impression de jouer les voleurs, alors qu'il voulait juste une potion revigorante…
Il se dirigea immédiatement vers le fond de l'infirmerie, navigant entre les lits, jusqu'à l'armoire à potions qu'il avait bien connue quand il était étudiant. Il l'ouvrit, aperçut l'une des potions que Pomfresh lui donnait quand il devait être remis en forme et il la but. Il savait qu'elle était sans danger.
Il reposa le flacon sur la table à côté de l'armoire et sursauta en entendant un bruit étrange dans la pièce annexe qu'occupait madame Pomfresh en permanence, quand elle était encore l'infirmière de Poudlard. Intrigué, il s'approcha et observa ce qui se passait par l'entrebâillement de la porte.
Il faillit pousser un cri de surprise.
Igor Malinovski avait le visage, les cheveux et les mains couverts de sang. Il dégoulinait littéralement du liquide à l'odeur épaisse et métallique. Il se retourna : ce n'était pas normal, il fallait qu'il prévienne la directrice.
Mais au moment où il posa la main sur la poignée de la porte du couloir pour sortir, celle-ci s'abaissa toute seule. Il eut un mouvement de recul et le professeur Snape entra dans la pièce. Le regard noir se porta immédiatement vers le jeune homme.
- Qu'est-ce que vous faites là, Potter ? grogna-t-il en guise de bonjour.
- Je… suis venu rendre une fiole de potion que m'avait donnée madame Pomfresh avant son départ, improvisa Harry en désignant la table derrière lui.
Alors qu'il s'attendait à des remontrances, Harry vit Snape plisser son grand nez et froncer les sourcils avant de s'adresser à lui d'un air absent.
- Ah. Très bien Potter. Circulez maintenant.
Tout en s'avançant à grands pas vers le fond de l'infirmerie, où il allait forcément voir Malinovski, le potionniste vérifia distraitement qu'Harry sortait. Quand il le vit dans le couloir, il s'en désintéressa et entra dans la pièce où une odeur de sang l'avait attiré.
Harry ne ferma pas la porte de l'infirmerie complètement, en essayant d'entendre la réaction de Snape.
- Bon sang, Igor ! Tu m'avais dit que tu avais arrêté ces bêtises ! cria Snape, visiblement en colère.
- Ce n'est pas ce que vous croyez, se défendit Malinovski.
- Ha non ? Tu veux me faire croire ça ? Tu crois que je ne connais pas si bien ? répliqua le professeur, la voix cassante. Qu'est-ce qui t'es passé par la tête ?
- Justement ! sembla s'énerver Malinovski, contrairement à ses habitudes. Vous ne pouvez même pas l'imaginer ! Vous ne savez pas par quoi je suis passé ces dernières années. Vous n'étiez pas là, précisa-t-il d'une voix beaucoup plus froide et distante soudain. Vous ne savez pas tout de moi.
- Nettoie-ça, ordonna Snape après quelques secondes d'une voix tout aussi froide mais bien plus autoritaire. Personne ne doit voir ce sang. Les gens vont se poser des questions. Et ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ?
Harry, le cœur battant, tendit encore plus l'oreille, mais il ne put rien entendre de plus que l'eau en train de couler. Que voulait dire Malinovski ? Quelles étaient les bêtises dont parlait Snape ? Est-ce qu'on pouvait encore faire confiance au médicomage, si même Snape ne le connaissait plus aussi bien qu'avant ?
- Bien, reprit la voix de Snape. Maintenant, suis-moi à mes appartements. Tu vas m'expliquer tout ça, loin des oreilles indiscrètes.
En entendant les deux hommes s'avancer vers la sortie, Harry referma la porte sans un bruit avant de s'enfuir à toutes jambes. Il ne voulait pas subir quoi que ce soit, si l'un des deux hommes s'apercevait qu'il avait tout entendu. Il devait voir Hermione. Elle, elle serait de bon conseil.
Tout en courant, Harry lança un nouveau Tempus. Huit heures. Elle devait être dans la grande Salle pour le petit déjeuner. Il devait lui expliquer ce qu'il avait vu. Parce que si Snape avait l'intention de protéger Malinovski alors qu'il savait des choses, il aurait beaucoup de mal à convaincre la directrice que le nouveau médicomage était dangereux. Pourtant, il avait eu cette impression de dangerosité immédiatement, dès qu'il avait rencontré Malinovski.
IMSSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSS
Vendredi 3 juillet, matin
Dans les appartements de Severus Snape, les deux hommes s'assirent face à face. Le potionniste restait silencieux, mais son regard noir et colérique n'en disait pas moins. Il avait les sourcils froncés et une attitude menaçante. Il considérait Igor comme l'un de ses deux fils, avec Drago, et il détestait l'idée que sa progéniture puisse faire des choses qu'il leur avait interdit de faire…
Malinovski, après avoir ordonné quelque peu ses idées, prit finalement la parole avec une pointe de crainte. Il avait haussé la voix devant maître Snape alors qu'il savait pertinemment que l'homme détestait ça. Il sentait que l'homme était en colère. Il le voyait à son aura.
- Il y a huit ans de cela, vous avez coupé les ponts avec moi. Cette période fut assez difficile, pour être honnête. J'ai trouvé du réconfort en m'exilant en Sibérie.
- Vraiment. Rien que ça ? demanda Severus avec ironie, toujours en colère. Pourquoi ?
- J'ai découvert le clan de Boris, là-bas. Ils avaient besoin de mes potions, de mes expérimentations, et je suis resté.
- Tu ne réponds pas à ma question réelle, fit remarquer le sombre professeur.
- Parce que vous n'aimeriez pas la réponse… Et puis, ce n'est pas celle que vous attendez, répondit Igor, sombrement.
- Alors explique-moi ce qui t'a pris dans l'infirmerie, exigea le professeur de Potions.
- Je n'ai rien fait de mal. Le sang des tortues sanguines est inutile dans les potions. En préparant les ingrédients pour mon cours de demain, j'ai mis toutes les parties nobles de côté. J'ai seulement décidé de garder le sang pour moi, pour ne pas le gâcher en le jetant directement.
- Tu ne me réponds toujours pas. C'est idiot, fit remarquer Severus, tu sais que je connais un tas d'autres moyens…
- Bien, bien. Laissez-moi reprendre l'essentiel alors… soupira Igor en prenant quelques secondes de réflexion supplémentaires. Je suis un médicomage accompli et naturel désormais, mais pas seulement. Je suis… comment l'expliquer… une porte.
- Une porte ? demanda l'homme en noir, pas certain de comprendre.
- Une porte ou un portail… Je suis l'un des passages. C'est difficile à expliquer, mais je ne peux de toute façon pas vous en dire plus. Je me suis lié à l'Ancien, et il nous interdit de parler de nous. L'équilibre est en jeu.
- Pourquoi le sang ?
- L'Ancien nous envoie parfois des songes, à nous, ses disciples. L'équilibre ploie dangereusement et il est sur le point de rompre définitivement. Il ne faut pas, où personne ne s'en relèverait. Personne. Pas même le déclencheur de la catastrophe.
- Je ne te suis pas très bien, avoua le potionniste désormais plus calme. Explique-moi tout ce que tu as le droit de me dire.
Severus voyait dans le regard d'Igor qu'il disait la vérité. Alors même s'il lui donnait du véritasérum, un lien magique ne lui permettrait pas de briser son serment et de lui en dire plus. C'était peut-être le seul inconvénient qu'il avait découvert avec son invention…
- Vous connaissez mon moi médicomage. Il y a aussi mon moi en tant que porte.
- Une sorte de dédoublement de personnalité ?
- Plutôt une triple, en quelque sorte, accorda Igor. J'ai deux personnalités opposées, et ces deux personnalités s'équilibrent et ont fait de moi l'une des portes de l'équilibre. Ma troisième personnalité.
- Quelles deux personnalités ?
- Vous le savez bien. Vous connaissez ma personnalité médicomage et proche de la vie. Et vous connaissez également mon autre personnalité, plus enfouie. Vous l'avez déjà vu à l'œuvre : c'est celle qui tue. Ça s'équilibre.
Igor s'arrêta une seconde en se perdant dans ses pensées et reprit.
- Les gens voient tout de suite le médicomage en moi. Je dois les prévenir que je ne suis pas seulement ça. Mes cheveux doivent toujours montrer aux autres que le sang et la mort font partie de moi autant que la vie. Ils sont rouges du sang que j'ai versé, du sang de ceux que j'ai tués, pour montrer que je ne suis pas seulement bon.
- Pourquoi as-tu éprouvé le besoin de te teindre les cheveux justement aujourd'hui ? demanda Snape, qui connaissait effectivement cette manie de se teindre du sang des victimes depuis l'origine.
- Il faut que les disciples apaisent la magie : si je respecte assez l'équilibre, alors peut-être pourrons-nous la sauver…
Le professeur vit Igor chercher ses mots, pour expliquer autant qu'il le pouvait ce qui était en train de se passer.
- Cette nuit… Cette nuit l'Ancien nous a envoyé le songe, à nous, les portes. Celui qui montre précisément ce qui va nous arriver quand l'équilibre sera rompu. Une vie de souffrances, enchaîné dans le noir et la boue, sans plus aucune lumière d'espoir. Ce sera la fin de tout. Absolument de tout, martela le médicomage en plongeant des yeux hantés dans ceux du potionniste.
Légèrement chamboulé, l'homme repensa en un éclair à Dumbledore. Le tableau avait eu le même regard hanté. Que savait-il que lui ne savait pas ? Qu'est-ce qui était assez fort pour leur faire peur, alors que les deux hommes en avaient vu bien d'autres ? Dumbledore aussi avait dit que le pire était en train d'arriver…
D'ailleurs, Igor avait eu une vision justement pendant la nuit où son filleul était parti, et l'ancien directeur avait eu l'air de dire que ce dernier était lié au pire. Comment ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui pouvait bien se passer dans l'ombre ? Il devait savoir. Il fallait qu'il pose les bonnes questions.
- Tu parles « d'équilibre ». Qu'est-ce que c'est ? De quoi parles-tu exactement ?
- A vrai dire, personne ne sait exactement ce qu'est l'équilibre, ce qu'il représente. L'Ancien dit toujours que nous le saurons le moment venu. Tout ce que nous savons, c'est que tout ce qui est bon doit rester dans les mêmes proportions que ce qui est mal. Que cette idée guide le monde et la magie et nous permet à tous d'exister.
- Le bien et le mal, vieille opposition qui ne vieillit pourtant jamais… dit Snape songeur, quelque chose faisant écho dans le fond de sa mémoire.
- Oui. L'équilibre est complexe, mais le bon sens en donne une bonne image : la vie et la mort, le bien et le mal sont comme les deux côtés d'une même mornille. Il est impossible que pile existe sans face. C'est pareil pour la magie, c'est pareil pour toutes les choses de la vie. Sans ça, il n'y a plus d'existence et tout disparaît.
- Qu'arrive-t-il si l'équilibre est rompu ? demanda le professeur inquiet, les souvenirs affluant peu à peu.
- « Les Temps Sombres ». La fin.
Snape se figea. Il se souvenait où il avait entendu cela. Le Lord noir… Il voulait être le déclencheur des Temps Sombres. Avait-il réussi ? Non, c'était impossible. Il aurait dû pour cela ne jamais mourir et il était mort, c'était une complète certitude. Alors qui ? Qui cherchait le « pouvoir oublié » ? Qui avait pu en entendre parler ?
Lui-même n'avait eu qu'un court aperçu de ce que pouvaient être les Temps Sombres, dans un grimoire qu'il avait feuilleté dans sa jeunesse, mais il en avait été horrifié. Même sa propre quête de pouvoir et de reconnaissance n'aurait jamais pu le pousser à provoquer ça… Cette… Chose.
Non, c'était impossible. Le grimoire était faux. C'était juste l'écrit d'un illuminé fanatique et dépressif, un vieil écrit qui ne s'était jamais révélé réel…
- Nous venons d'échapper aux « Temps sombres », tenta d'affirmer Snape, plus pâle que d'habitude.
Igor eut un demi-sourire que même Severus Snape ne put s'empêcher de trouver inquiétant.
- Non. Nous venons d'y entrer.
Igor regarda sombrement son ancien mentor qui fermait les yeux. Igor comprenait très bien son désir d'échapper à la réalité qu'il venait de brosser. Echapper aux images folles associées aux Temps Sombres. Mais lui ne pouvait pas fermer les yeux : il était un Gardien. Il était l'une des portes. Il avait un rôle à jouer, même s'il ne savait pas encore lequel…
HPHGHPHGHPHGHPHGHPHGHPHGHPHG
Hermione vit Harry entrer dans la Grande Salle d'un air agité. Il essayait de paraître détendu, mais rien n'échappait au regard entraîné de la jeune femme. Il se dirigea immédiatement vers elle et s'assit à ses côtés sans même lui dire bonjour.
Autour de lui, dans la Grande Salle, quelques étudiants jetaient des regards compatissants à Harry. Hermione fronça les sourcils, intriguée, mais elle fut incapable de deviner ce qui poussait ses camarades à regarder Harry d'une manière aussi étrange…
- Hermione, je dois vraiment te parler, en privé. C'est important, chuchota-t-il avec empressement.
- D'accord, mais assieds-toi d'abord et prends ton petit déjeuner. On ira dans la Salle sur Demande après, proposa-t-elle en espérant qu'il se calme.
La jeune fille se dépêcha pourtant de finir, en voyant que son ami était incapable de manger et qu'il était très nerveux. Il ne grignotait qu'un bout de toast, pour lui faire plaisir, et attendait visiblement qu'elle ait terminé. Quand ils entrèrent dans la pièce magique, qui avait reproduit une bibliothèque miniature, Hermione était essoufflée d'avoir marché si vite.
- Je… Pff… Je t'écoute… Pff… haleta-t-elle.
- J'ai vu Malinovski à l'infirmerie, exposa Harry à toute vitesse, il était couvert de sang. Ça dégoulinait de partout. Mais il n'y avait aucun blessé dans la pièce, aucun malade ! Et Snape est arrivé, il avait l'air de dire que ça n'était pas la première fois que ça arrivait, et il était en colère. Je crois qu'il veut le couvrir pour quelque chose parce qu'il a demandé à Malinovski d'effacer toutes les traces de sang. Qu'est-ce qu'on doit faire ? Il est sans doute dangereux ! Est-ce qu'il faut prévenir la directrice ?
- Attends, attends, tempéra Hermione. Tu veux prévenir la directrice de quoi ?
- Lui dire que Malinovski est dangereux ! Il a peut-être tué quelqu'un !
- Réexplique-moi : Malinovski était couvert de sang ?
- Oui.
- Et ça n'était pas le sien ?
- Je… Je ne sais pas. Mais le lavabo était plein, alors je ne crois pas.
- D'accord. Supposons que ça ne soit pas le sien, tu n'as aucune idée d'où il peut provenir ?
- Non ! Il n'y avait personne dans l'infirmerie, je te l'ai dit. Et Malinovski avait les cheveux et le visage couverts de sang !
- Bon. Réfléchissons calmement. Faute de savoir d'où peut provenir ce sang, posons-nous les bonnes questions… A quoi ce sang pouvait-il servir ? Pourquoi Malinovski était devant un lavabo plein ? Il ne se nettoyait pas, je pense, parce que sinon tu n'aurais pas insisté sur la quantité… songeait Hermione tout haut. Pourquoi un médicomage aurait-il besoin de sang ? Il n'y avait pas de malade… Alors quoi ?
- Pour un rituel ? Un sort de magie noire ? proposa Harry avec hésitation.
- Le sang tel quel sert à la magie rouge, Harry. Reste que le rituel est possible, admit-elle pensivement. Il faudrait que je cherche ceux qui obligent la personne à se couvrir de sang… J'ai peur qu'il y en ait beaucoup. Une autre idée ?
- Pour manger… Je veux dire, Malinovski est peut-être un vampire ?
Hermione fronça les sourcils et commença à faire les cent pas dans la pièce, tout en réfléchissant. Harry restait silencieux, à l'observer, en attendant son verdict.
- Malinovski est extrêmement pâle, c'est vrai. Il n'a pas l'air d'éprouver beaucoup d'émotions non plus. Il n'a pas de baguette, donc il utilise une autre magie que la nôtre. Il est très rapide, puisque quand les hiboux l'ont effrayé, la dernière fois, je n'ai pas vu d'où il sortait ses pistolets et où il les rangeait. Et il était couvert de sang…
Elle s'arrêta une seconde, jeta un œil à Harry pensivement et reprit sa marche.
- Et Snape le connaît depuis longtemps et voulait le protéger… Hum. Tu sais que je ne crois pas vraiment aux rumeurs, mais ça fait des années que les étudiants associent « Snape » et « vampire ». Ça doit venir de quelque part, non ? La piste du vampire est possible. Il faut faire part de nos soupçons à la directrice, effectivement, mais à part ça on ne pourra pas faire grand-chose, tu sais.
- Tu crois qu'elle va nous croire ?
- Je ne sais pas. On lui explique et on voit ce qui se passe… Ecoute, je vais faire quelques recherches au cas où, mais ça n'est plus notre travail. On a fait plus que notre part, il ne faut pas que les gens comptent sur nous en permanence. Les sacrifices héroïques ne font pas évoluer les gens : il faut les laisser se débrouiller, parfois…
- Qu'est-ce que je fais, alors ?
- Pour l'instant, va secouer Ron. Je suis sûr qu'il dort encore alors qu'il est supposé se préparer pour la session de métamorphoses, tout à l'heure…
- D'accord. A tout à l'heure alors…
Harry fit exactement ce que lui avait demandé Hermione, sans tenir compte des protestations ensommeillées de Ron. En attendant que ce dernier prenne sa douche, il s'assit sur son lit. Un bruit de papier froissé lui fit froncer les sourcils avant qu'il ne se souvienne avoir demandé à Kreattur de lui laisser un exemplaire de la Gazette du Sorcier sur son lit, chaque matin.
Il se leva, attrapa le journal et se retint de pousser un juron. En première page s'étalait une photo de sa fiancée et de lui-même, en train de se promener à Pré-au-Lard. Elle avait dû être prise la veille.
Le titre « Victimes de la Guerre Noire » s'étalait en grosses lettres pour attirer le regard. La photo montrait Ginny, les yeux rougis par les larmes, et lui avait un bras protecteur passé autour de sa taille. Il lut les quelques mots d'accroche.
« Tous victimes de la guerre. Le Sauveur et sa fiancée doivent aussi faire face au chagrin face aux pertes humaines. Découvrez comment Harry Potter continue à jouer les héros, comment il soutient la jeune Weasley au comble du désespoir. »
Les mains tremblantes de colère, parce qu'on touchait à Ginny autant qu'à lui, Harry ouvrit le journal pour jeter un œil aux articles. « Les Weasley, l'histoire d'une famille dévouée à la Lumière » « Le drame de la fiancée du Sauveur »…
Le journal cherchait clairement à créer une polémique en présentant le soit disant dilemme de sa petite amie. Faire le deuil de son frère, qui n'avait pu être sauvé par Harry, ou se réjouir de son futur mariage avec ce dernier. Le papier sous-entendait qu'Harry n'avait pas choisi le bon moment pour faire sa demande et qu'il ne prenait pas assez soin d'elle, ne s'occupait pas assez de ses sentiments.
Mais « l'étoffe éternelle d'un héros », disait également la Gazette, ne faiblissait jamais. Belle contradiction. Harry avait passé sa vie à lutter pour la société sorcière et aujourd'hui encore, il surveillait sa fiancée qui aurait « des tendances suicidaires ». D'après le journal, il tentait de la sauver de ses idées noires.
L'article illustrait ses propos avec des photos prises à Pré-au-Lard. Ginny heureuse, Ginny malheureuse, lui-même totalement obnubilé par sa fiancée…
De rage, il jeta le journal sur le lit comme on le jetait, lui, en pâture aux lecteurs. De la presse à scandale, voilà ce qu'était l'édition du jour. N'y avait-il pas plus important que lui, ailleurs ? A vrai dire, ce qui le mettait le plus en rogne était qu'on ait osé toucher à Ginny. Les problèmes émotionnels et parfaitement naturels de sa petite amie n'avaient rien à faire dans un quotidien sorcier aussi diffusé que celui-là.
Les imbéciles de la Gazette risquaient de la rendre encore plus malheureuse en lui rappelant sa douleur, en lui envoyant la mort de Fred en pleine figure. Et si elle tombait en dépression, ils seraient seulement persuadés d'avoir eu raison. Cercle stupide et vicieux…
Ils allaient voir ce que leur « Sauveur » pensait de cet article, pensa-t-il en passant en mode protecteur. Ils allaient avoir de ses nouvelles…
Harry attrapa un parchemin vierge et une plume dans sa malle, et il rédigea une lettre bien sentie, dictée par sa colère. S'ils écrivaient à nouveau sur lui ou sa petite amie, s'ils touchaient à nouveau à sa vie privée sans sa permission, il viendrait leur montrer ce qu'il en coûtait de jouer à la presse people ! Il ne voulait plus de médiatisation, il voulait être un sorcier normal.
- Kreattur, appela-t-il.
- Oui, monsieur, dit ce dernier en apparaissant sur le champ.
- Je voudrais que tu fasses parvenir ce courrier au rédacteur en chef de la Gazette. Attention ! Je veux être sûr qu'il le reçoive et qu'il le lise, lui demanda-t-il.
- Bien monsieur. C'est à propos des articles de ce matin ? osa demander Kreattur.
- Exactement ! Je leur fait savoir ma façon de penser. D'ailleurs, si tu veux bien, ne m'apporte plus la Gazette. Lis-la si tu le souhaite ou que tu juges ça important, mais ça ne m'intéresse plus. Un tel ramassis de… de… s'énerva Harry.
- Monsieur ? osa l'elfe à nouveau. Si vous voulez mon avis, il vaut mieux ne pas se mettre la presse à dos. Sinon, ils saboteront votre image…
- Ne t'en fais pas Kreattur, le rassura Harry. Cette lettre les en dissuadera. Ils ne parleront plus de moi, que ce soit en bien ou en mal…
- Si vous êtes sûr de vous, j'y vais, déclara Kreattur avant de disparaître dans un « pop ».
Ron sortit à ce moment-là de la salle de bains.
- Tiens ! J'ai cru entendre un elfe de maison, fit-il remarquer.
- Ce n'est pas plutôt le bruit de ton estomac ? éluda Harry qui n'avait toujours pas expliqué son lien avec Kreattur à Ron et à Hermione.
- Ha. Sans doute, sourit Ron. On va manger ?
- Allons chercher un petit truc, alors, soupira Harry en levant les yeux au ciel. On a rendez-vous pour le cours de métamorphoses.
HPMMHPMMHPMMHPMMHPMMHPMMHP
Harry et Ron arrivèrent enfin devant la porte de la classe où aurait lieu la session de Métamorphose. Hermione était déjà là, en train de discuter avec une jeune Poufsouffle. Ils observèrent les élèves autour d'eux. Une dizaine de Serdaigles, quatre Gryffondors - s'ils ne se comptaient pas eux-mêmes - et deux Poufsouffles. C'était peu, mais bien plus que ce à quoi ils s'étaient attendus.
Ron embrassa sa petite amie alors qu'Harry serrait la main de la jeune Poufsouffle.
- Eléonore Elbeuf, se présenta celle-ci. Je vais passer mes BUSES. Granger m'expliquait justement un point de théorie des enchantements avant que McGonagall n'arrive. Ça m'angoisse toute cette pression…
- Vous n'avez pas l'air nombreux à rester pour passer les BUSES, fit remarquer Harry.
- C'est sûr, confirma Eléonore. Mais moi, j'en avais assez de rester toujours avec les mêmes personnes. Alors j'espère que je vais réussir et monter d'une année. Ceci dit, vu qu'on est peu à passer les examens, j'espère qu'ils ne vont pas finalement mettre les deux années dans une même classe… Ce que je fais ne servirait à rien…
La jeune fille sembla une seconde se perdre dans ses pensées avant de se reprendre.
- A ton avis, avec tous les déséquilibres qu'il va y avoir l'année prochaine, comment ils vont faire ?
- Je n'en ai aucune idée, répondit Harry sans vraiment s'intéresser à la question.
- Harry… Je suis de retour… susurra une voix bien connue à son oreille.
- Gin ! Tu es rentrée ! s'exclama Harry en se retournant et en serrant sa fiancée contre lui. Comment vas-tu ? Et tes frères ?
- Super pour tout le monde. Ce matin, les deux zouaves se sont réveillés en pleine forme. George va beaucoup mieux : il avait un grand sourire au réveil. J'ai remarqué que lui et Percy se comprennent d'un seul regard, maintenant. J'imagine qu'à force de passer du temps ensemble, c'est normal… En tout cas, ils vont bien.
- Tant mieux, souffla Harry. Ça me rassure.
- Et dis, reprit-elle, tu as lu la Gazette ce matin ? Ils parlent de nous.
- Ouais, marmonna Harry. De vrais vautours. Ils vont arrêter dans les prochains numéros.
- Hein ? Pourquoi ? Ho ! Je vois… Ce n'est pas très grave, tu sais. C'est sûr que les photos qu'ils ont prises ne nous mettent pas vraiment en valeur et qu'ils exagèrent sacrément leurs propos, dit-elle avec une grimace ennuyée. Et il est vrai que je n'aime pas vraiment passer pour une maniaco-dépressive…
Harry passa une main dans la chevelure rousse, comme pour lui montrer que lui se fichait pas mal de ce que pouvait dire la Gazette.
- Mais au moins, continua-t-elle, tout le monde sorcier sait désormais qu'on est ensemble. Ce qui est plutôt rassurant pour moi. Et puis… ça prouve que tu continues à intéresser les gens. C'est important une bonne notoriété pour avoir une belle carrière, affirma Ginny.
- Elle n'a pas tort, ajouta Hermione qui avait écouté.
La sorcière était ravie d'avoir compris d'où venaient les regards compatissants de ce matin et elle se détourna de la conversation, en demandant à Ron où il en était du programme de révision qu'elle lui avait concocté plusieurs jours auparavant.
Harry, lui, songea que c'était un peu tard pour revenir en arrière maintenant… Il avait demandé que la Gazette arrête de parler d'eux et il s'y tiendrait. Il regrettait seulement de ne pas en avoir parlé à sa fiancée, d'avoir agi impulsivement et en solo, alors que la question les concernait tous les deux. Puis il haussa finalement les épaules : ce qui était fait, était fait.
- Sinon, reprit-elle plus bas, est-ce que tu as commencé à te pencher sur les livres d'animagus ?
- Oui. J'ai même commencé à travailler sur mon esprit. Mais à mon avis, ça ne va pas être simple !
- J'ai aussi feuilleté les miens, pendant que je veillais sur mes frères. Dans le livre de potions, j'en ai trouvé une qui est capable de révéler notre animal intime.
- Ha oui ? Pas mal, se réjouit le sorcier. Mais de mon côté, j'ai aussi appris qu'il fallait d'abord être en mesure d'accepter son animal avant de pouvoir se transformer, tempéra-t-il. Et que c'est pour ça qu'il est important de méditer et d'apprendre qui l'ont est, avant de savoir quel est notre animal.
- Mais si on appelle ça animagus, « animal intime » ou encore « animal d'âme », c'est justement parce qu'il est nous-mêmes. Je veux dire que l'acceptation doit se faire naturellement puisque l'animagus est juste le prolongement de notre personnalité dans un animal qui nous correspond, dit Ginny. Ça sera juste évident de l'accepter, quel qu'il soit !
- Tout a l'air simple, dit comme ça, mais la méditation m'a l'air d'un processus assez long et compliqué, objecta Harry.
- Ho… Ca n'a pas l'air très drôle… fit-elle avec une moue déçue.
- Non, pas vraiment. Mais le travail en vaut la peine, non ?
- C'est vrai, confirma Ginny en retrouvant le sourire, pressée de savoir quel était son animal.
- Veuillez entrer en classe, s'il vous plaît, les pria McGonagall à son arrivée. Ceux qui vont passer leurs BUSES, mettez vous ensemble, et ceux qui passent leurs ASPICS, de l'autre côté. Vos programmes ne sont pas les mêmes. Je vais venir voir chacun d'entre vous un à un, pour avoir une idée plus précise de vos besoins et de vos attentes. Nous monterons ensuite un programme de révision adapté.
Harry posa un léger baiser sur les lèvres de Ginny avant d'aller s'installer avec Ron, Hermione, Seamus et Padma, les seuls Gryffondors de leur année qui s'étaient inscrits à cette session. Pendant que McGonagall discutait avec les cinquièmes années, les Serdaigles révisaient leurs notes. Harry se pencha vers Hermione, qui sortait également ses documents de travail.
- Dis-moi, Hermione, ce sont les notes que tu as prises sur les livres que tu as lus, pour les révisions, n'est-ce pas ?
- Exactement. J'ai lu les livres au programme et quelques autres, pour savoir à quoi m'attendre pour les examens, répondit Hermione d'un air satisfait.
- Justement, est-ce que tu pourrais me donner les points essentiels du programme des ASPICS ? J'avoue que même en lisant les notes de Seamus, je n'ai aucune idée de ce qui peut nous être demandé. Je n'arrive pas à savoir ce qui est essentiel…
Ron et Padma se penchèrent également vers Hermione. Ron parce qu'il avait les mêmes lacunes d'information qu'Harry, et Padma parce qu'elle voulait être sûre d'être sur le bon chemin des révisions. La jeune sorcière réfléchit une minute avant de leur répondre.
- En métamorphose, vous devez savoir distinguer et créer des métamorphoses par analogie et des métamorphoses par succession. L'essentiel dans l'analogie étant de conserver soit la nature de l'objet soit sa structure, et dans la succession, de travailler sur le passage de l'inanimé à l'animé et inversement.
En voyant l'air bête qu'ils arboraient tous, elle précisa sa pensée.
- Pour l'analogie, la métamorphose par nature signifie que l'objet à transformer et l'objet transformé ont la même fonction. Une cuillère devient une fourchette ou un verre, selon qu'on l'imagine en train d'être utilisée pour attraper de la nourriture solide ou liquide…
- Un couvercle de casserole peut devenir un chapeau si on associe la fonction recouvrir ou protéger, c'est ça ? intervint Padma.
- Exactement. Pour l'analogie de structure, on garde soit le matériau principal – transformer un fauteuil en cuir en manteau, par exemple – soit la structure, quand les deux objets se ressemblent. C'est moins utilisé, mais ça peut changer un verre à pied en fleur ou en lampe design… Tant que la forme générale subsiste.
- Oui ! s'exclama Padma. Et quand on sait ce qu'on a et où on veut aller, on peut choisir le type de métamorphose et donc la meilleure formule à appliquer.
- C'est ça. Chacun de ces trois types d'analogie a sa formule. Ensuite, il y a les successions. Là, c'est plus complexe. Le passage de l'inanimé à l'animé nécessite de comprendre à la fois la nature des objets de départ et d'arrivée, mais également le processus logique de passage de l'un à l'autre.
- Il faut se demander comment une tasse peut devenir un oiseau un peu difforme et inanimé, expliqua Seamus en reprenant l'exemple donné en cours par McGonagall, à un oiseau formé et vivant jusqu'à un aigle gigantesque. L'esprit doit être rapide car c'est souvent la rapidité d'exécution qui garantit la réussite complète de la transformation.
Harry songea que le processus de transformation par succession ressemblait à la théorie développée dans le livre qu'il avait lu en partie, la veille au matin. Celui de Changelin. Il se demanda si les explications claires d'Hermione pouvaient l'aider à avancer plus vite dans sa transformation animagus.
- Et pour les animagi ? demanda-t-il.
- Alors justement ! s'exclama Hermione. J'en arrive à mon problème dans cette matière. La bibliothèque est assez mal fournie à ce sujet, alors que c'est inscrit au programme… Je ne sais rien de plus que ce qu'on nous a dit les années précédentes, c'est-à-dire pas grand-chose… Ce n'est ni une métamorphose par analogie – qui concerne avant tout les objets inanimés – ni par succession puisque la succession implique de passer d'un état animé à un état inanimé et vice versa… Or, les animagi passent de l'être animé à l'être animé.
- On a le même problème d'informations pour nos révisions, intervint une Serdaigle qui avait l'air d'avoir écouté Hermione, parce qu'on n'a pas eu le temps de développer ce point en cours. Et si je puis me permettre, continua-t-elle en se tournant vers Harry, le point essentiel de cette année est la métamorphose par succession.
- Ce n'est pas difficile de savoir quand il faut l'utiliser, expliqua un autre Serdaigle. Si les examinateurs demandent une transformation avec changement d'état, c'est la seule formule. Mais c'est la plus dure à réaliser… Les autres, on les voit depuis la première année et on s'en sort tous plutôt bien. La succession est difficile, donc c'est la plus prisée aux examens. On est ensuite classés selon le taux de réussite et le temps passé. Il n'y a que le professeur McGonagall pour les réussir presqu'instantanément.
- Tout comme je suis une animagus, monsieur Norris, intervint alors cette dernière, qui avait entendu le problème de ses élèves en s'approchant. Voulez-vous que la métamorphose animagus soit au cœur de nos sessions ?
- Pas au cœur, intervint Chuck, le Serdaigle qui venait juste de prendre la parole. Mais ça pourrait être un point comme du bonus… L'idéal serait de s'entraîner pour les métamorphoses par succession…
Seamus et plusieurs Serdaigles manifestèrent leur accord. Harry tenta de plaider pour moitié-moitié, mais il n'obtint pas satisfaction. D'un autre côté, il ne trouvait pas ça trop gênant : si les autres disaient vrai, il devait s'entraîner aux successions pour réussir ses examens.
Alors comme les autres, il s'échina à transformer un siège en chien. Harry était parvenu à rendre la chaise poilue, avec une queue touffue, une gueule dentue et deux yeux humides. Mais le chien, s'il aboyait et remuait la queue, restait carré, plutôt plat et les pieds de chaise étaient restés des pieds de chaise…
La directrice les aidait tout en expliquant que cette transformation était plus complexe que la transformation d'une baguette en serpent, mais qu'elle leur permettait de se confronter aux difficultés et aux questions favorites des jurys de métamorphose. Profitant d'avoir peu d'élèves, elle tourna dans toute la salle pour prodiguer des condensés de cours aux élèves qui en avaient besoin.
Aux élèves qui allaient passer leurs ASPICS, elle proposa d'ajouter une séance supplémentaire et à part sur les animagi, le samedi suivant. Elle leur demanda de faire passer le message auprès de tous leurs camarades, même non inscrits en Métamorphoses.
Quand les trois heures furent passées, Harry et Hermione échangèrent un regard : ils devaient parler de Malinovski à la directrice. Ils attendirent que tous les étudiants soient sortis, faisant confiance à Ron pour ne pas poser de question ou paraître surpris, avant de l'aborder.
- Madame la directrice, commença Hermione gravement, nous avons quelque chose d'important à vous dire… Nous pensons que le médicomage Malinovski est un vampire, dit-elle en prenant son courage à deux mains.
- Un vampire ? demanda la femme sévère en haussant les sourcils. Qu'est-ce qui vous fait dire une chose pareille ?
Hermione se tourna vers Harry qui expliqua la scène qui avait eu lieu à l'infirmerie, avec le lavabo plein de sang, mais il garda sous silence l'intervention de Snape, qu'il n'était pas censé avoir entendue.
- Ne vous inquiétez pas, dit-elle pour les rassurer. Poudlard a un dispositif interne qui me prévient quand des créatures aux intentions nuisibles approchent. Donc si un vampire entre à Poudlard, je serai la première à être au courant. Si Igor Malinovski en était un, je m'en serais rendue compte. Ou madame Pomfresh, qui l'a également rencontré. Et nous ne lui aurions pas demandé de rester pour s'occuper des étudiants de l'école.
Miverva McGonagall les regarda s'éloigner ensuite, l'air un peu plus rassurés. Mais avec leur étrange intervention, elle ne put s'empêcher d'avoir un doute. Elle irait voir Albus et vérifierait que les dispositifs d'alerte fonctionnaient correctement…
De son côté, Harry parvint à convaincre Hermione qu'il y avait quand même quelque chose de louche et ils décidèrent de concocter un petit plan de vérification, à base d'ail et de quelques autres ingrédients de leur cru.
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Samedi 4 juillet, milieu de matinée
Un homme imposant était plongé dans la lecture de rapports codés que lui avaient envoyés ses divers espions à l'étranger, quand on frappa à sa porte. Un coup bref, un silence, trois coups. Il fit entrer son plus fidèle collaborateur. Mais il n'apprécia pas l'air gêné que cet homme arborait.
- Je n'ai pas de très bonnes nouvelles, monsieur.
S'obligeant à rester calme et patient, l'homme l'invita à continuer.
- La première nouvelle, c'est que Poudlard est entièrement reconstruit.
- Comment ? cria l'homme, surpris. Mais comment est-ce possible ? Nous n'avons envoyé personne là-bas !
- Il semblerait que ce soit l'œuvre du jeune Potter, une fois de plus…
- Ça ne va pas du tout ! Comment a-t-il fait ? Et comment se fait-il que nous ne soyons au courant que maintenant ?
- La directrice de l'école, Minerva McGonagall, ne fait ses rapports qu'au ministre lui-même, qui n'a pas jugé bon de nous en informer…
- Alors comment as-tu su ?
- J'ai vu passer un ordre de mission au service de l'enseignement sorcier. Ils veulent organiser une session d'examens en août, vers le début du mois… Il était précisé que Poudlard pouvait accueillir les examinateurs toute la semaine d'examens…
- Alors… Ça bouleverse totalement nos projets… dit l'homme en fronçant ses sourcils. Où en est la construction de mon complexe ?
- Il est en excellente voie, monsieur. Je crois qu'il faudra juste modifier le projet d'école privée concurrente en autre chose, qui pourrait avoir un impact similaire sur votre contrôle des étudiants…
- Alors il va nous falloir retarder nos plans de visite aux Etats-Unis. Les vieux ronchons politiques vont être persuadés d'avoir gagné… Pourtant, il faut absolument que la coupe ait lieu là-bas. Ce serait le moyen idéal d'avoir accès au Président de la magie, qui adore le Quidditch, et de pouvoir le mettre dans notre poche…
- Je pense que ce n'est pas vraiment un problème. Laissons-les se reposer sur leurs lauriers : ils cesseront peut-être de faire pression sur la nouvelle commission sur le sport sorcier, et je m'arrangerais avec ses membres pour qu'ils appuient notre projet… Par contre, notre ministre anglais actuel est définitivement un problème.
- Oui, nous allons accélérer le processus de remplacement. Nous ne pouvons pas nous permettre de rater des projets par manque d'information… Bon, reprit ensuite l'homme, si c'était une première nouvelle, il y en a d'autres… Je t'écoute.
- La deuxième est que l'elfe de Potter est venu se renseigner sur le complexe…
- Non ! s'énerva l'homme en frappant du poing sur la table.
Il détestait être contrarié.
- Pourquoi Potter vient-il poser des questions sur mon projet justement maintenant ? A-t-il des soupçons sur quoi que ce soit ?
- Non, monsieur, c'est totalement impossible. Vous avez obligé toutes les personnes dans la confidence à prêter un serment sorcier et vous êtes vous-même le gardien du secret des plans du complexe.
- Alors l'elfe est reparti sans information ?
- Exactement. Je ne crains rien de ce côté-là. L'elfe est parti très rapidement sans beaucoup insister. Je crois qu'il avait un petit sur le dos qui souffrait et il était pressé de partir… Et puis... Je ne pense pas que Potter s'intéresse réellement au complexe.
- Au moins une bonne nouvelle, dit l'homme en se massant les tempes. Où en es-tu des carnets d'Orion ?
- Avec l'organisation de la coupe du monde, je n'ai pas eu le temps de m'y replonger, monsieur.
- D'accord… Amène-les-moi, je pense que j'aurai bientôt un peu plus de temps pour les lire moi-même. Nos recherches n'avancent pas, nos projets sont trop longs… Rien ne va comme je le voulais.
- Hormis l'éloignement de l'héritier Malfoy.
- C'est vrai… admit l'homme avec un léger sourire.
- Si je puis me permettre, une question me trotte dans l'esprit… Pourquoi avez-vous insisté pour le marquer, à l'époque de Voldemort ?
- J'ai mes raisons, très cher, j'ai mes raisons…
L'homme ferma un instant les yeux et continua à se masser les tempes, en pleine réflexion, avant de reprendre la parole.
- Bien. Nous avons de la potion sur le feu, maintenant. Amène-moi Zorille, nous devons parler. Et souffle au département de l'enseignement qu'il vaut mieux vérifier l'état de Poudlard : est-ce que les examinateurs seront réellement bien logés ? Fais-les organiser une visite et vois si toi ou moi pouvons y participer… Si Potter a vraiment reconstruit l'école seul… je veux savoir jusqu'où va sa puissance et à quel point il peut être dangereux pour nos projets…
- Bien monsieur. Je m'en occupe tout de suite.
