Chapitre 4 : Et l'avenir s'éclaire ?
Partie 2 : Apprendre qui l'on est
Lundi 6 juillet, matin
En ce lundi matin, Harry, Ron et Hermione patientaient, fébriles, devant la salle où aurait lieu la session de révisions en Potions. Ils allaient avoir cours avec Igor Malinovski et Harry était bien déterminé à confondre cet homme en qui il n'avait pas confiance. Le trio avait monté une petite mise en scène qu'Hermione s'était chargée de sécuriser par plusieurs dispositifs de contrôle, au cas où le vampire en Malinovski se manifestait.
Cependant, cette dernière n'était plus aussi convaincue de la dangerosité de cet homme : le discours de la directrice l'avait rassurée et elle était persuadée que cette femme intelligente était quand même allée vérifier les dispositifs anti-vampires de Poudlard pendant le week-end. Quant à Ron, il trouvait amusant de monter ce scénario, mais il ne pensait pas que Malinovski était un vampire. Snape était maléfique, c'était un fait, mais le médicomage était simplement à l'ouest et drôle à observer. En plus, il n'élevait jamais la voix contre eux.
- Entrez tous dans la classe, s'il vous plaît, demanda Igor en arrivant. Que chacun s'installe devant son chaudron, ajouta-t-il de sa voix rude.
Alors que tout le monde s'asseyait et que personne ne faisait attention à elle, Hermione traça discrètement deux cercles avec du sable blanc qu'elle avait enchanté. Le premier à côté de la table de Ron, le second à côté de la table d'Harry. Puis elle s'installa entre les deux garçons. Ils restaient groupés afin de pouvoir se communiquer les instructions de leur plan.
- Aujourd'hui, annonça Igor, les cinquièmes années vont préparer une potion de Pimentine, assez simple mais très prisée pour l'examen pratique de BUSES. Les septièmes années, vous allez me préparer une potion de réchauffement corporel, la Corpacallera. Je veux savoir où vous en êtes de la pratique des Potions, à toutes les étapes.
Le Serdaigle Norris fronça les yeux et leva la main.
- Excusez-moi, monsieur, mais nous n'avons jamais étudié cette potion. On ne sait même pas quand et à quoi elle sert exactement…
- Le fait que vous ne la connaissiez pas encore donne justement tout l'intérêt à cet exercice. Je veux évaluer votre niveau pratique et votre niveau théorique, en préparation des ingrédients comme en confection et en mélange de potion. Et pour votre information, celle-ci sert à donner de la vigueur et de la chaleur aux gens qui la boivent quand ils doivent être confrontés à un froid intense.
« Intérieur comme extérieur, d'ailleurs, » compléta intérieurement le médicomage.
- Comment va-t-on pouvoir la faire, alors, si on ne la connaît pas ?
- Je vais vous distribuer mes instructions, répondit Igor en brandissant une liasse de parchemins, et vous pourrez m'appeler à chaque problème rencontré, à chaque question que vous aurez. Vous remarquerez également que les grandes étapes se terminent par une question théorique. Vous devrez me donner une réponse avant de pouvoir continuer la préparation. Y a-t-il d'autres questions ? demanda l'homme en se tournant vers les uns et les autres.
Comme personne ne se manifesta, Igor commença sa distribution. Pendant ce temps-là, Harry se pencha vers Hermione et Ron et chuchota.
- Quand il passe devant toi, c'est le meilleur moment, alors tu fonces. Tu te souviens de ce que tu as à faire ?
- Pour qui tu me prends ? demanda Ron avec un sourire et un clin d'œil. La nourriture, ça me connaît !
Ron sortit rapidement un gâteau de son sac, préparé par Hermione la veille. Pour une fois qu'il allait s'amuser en Potions ! Il allait prendre sa revanche et tant pis si ça n'était pas le bon professeur. Le gâteau n'était pas excellent, comme il s'en était rendu compte en le testant pour Hermione, mais une fois mâché, il avait une bonne ergonomie : il était efficace au niveau de l'haleine et de la vitesse de projection.
Igor passa à côté de Ron et entra dans le cercle presque invisible tracé par Hermione. Celle-ci marmonna une incantation. Si le professeur était un vampire, il ne pourrait pas en sortir et agresser les étudiants. Alors que le professeur par intérim lui tendait son parchemin, le jeune homme éternua violemment. Une bonne partie du gâteau mâché vint atterrir sur le visage de l'homme, jurant affreusement avec la couleur blanche de sa peau.
Le médicomage fronça le nez quand Ron, continuant son rôle à merveille, se répandait en excuses avec une haleine d'ail insupportable. Hermione ouvrit un flacon d'eau bénite et en imprégna un mouchoir.
- Tenez, monsieur, dit-elle en tendant le dit mouchoir, pour vous essuyer le visage.
- Merci, mademoiselle, lui répondit Igor en l'utilisant avant de lui rendre. Je pense que ma potion pourra justement vous faire du bien, si vous êtes enrhumé, ajouta-t-il à l'attention de Ron.
Sans montrer plus de signes de perturbation, le médicomage continua à distribuer ses parchemins et lança le début de la session. Les trois Gryffondors travaillaient consciencieusement cette première partie qui consistait en la préparation des ingrédients, pendant qu'Igor était occupé à aider une jeune Poufsouffle ravie de ne pas être avec Snape. Hermione en profita pour se pencher vers Harry.
- L'ail et l'eau ne lui ont rien fait.
- C'est vrai, concéda Harry, mais on avait prévu l'éventualité qu'il se protège avec un sort quelconque…
- Il est aussi sorti du cercle sans problème, ajouta Ron.
- Beuh, chéri, prends un bonbon à la menthe s'il te plaît, dit Hermione incommodée par l'odeur forte de l'ail.
- Il faut quand même tenter la deuxième étape, s'entêta Harry.
Hermione hésita. Malinovski en vampire, elle n'y croyait pas vraiment, mais si elle avait tort, elle n'aimait pas trop l'idée de provoquer un vampire avec du sang. Faisant pourtant appel à sa témérité de Gryffondor, elle leva la main et le médicomage s'approcha en lui demandant quelle était sa question.
- Je voulais savoir d'où provenaient ces ingrédients, dit-elle en désignant quelques écailles rouge vif qui attisaient réellement sa curiosité.
- Comme la plupart des autres ingrédients que vous avez-là, les écailles proviennent de la tortue sanguine. C'est une toute petite tortue qui vit dans certains pays froids d'Europe, dont la carapace rouge prévient les prédateurs de sa toxicité. En fait, seul son sang est réellement un poison quand il entre en contact avec des sucs gastriques. C'est pour ça qu'il faut toujours bien nettoyer les parties nobles de ces tortues : si du sang se mélange à la potion de guérison, elle devient un poison.
Hermione songea immédiatement au sang du lavabo : Malinovski était peut-être simplement en train de préparer les ingrédients pour son cours ? Elle sursauta quand Harry poussa un cri. Le plan ! Quand Igor s'approcha d'Harry, qui se tenait une main en grimaçant, il entra dans le deuxième cercle et Hermione prononça une fois de plus l'incantation.
Le médicomage se pencha vers Harry : il avait une coupure dans la paume de la main, apparemment faite en hachant les vers de sable. Igor leva un sourcil et songea que le sorcier devait être bien maladroit pour se faire une blessure de cette sorte en hachant des vers…
L'homme haussa finalement les épaules avant de murmurer un sort pour soigner et refermer la plaie. Hermione ne put s'empêcher de poser la question qui la taraudait.
- Pourquoi n'utilisez-vous pas votre baguette ?
- Ho ! Ça ? Je ne vous l'avais pas dit ? s'étonna Igor. Je suis un médicomage accompli, alors une baguette me serait aussi utile qu'un glaçon en Antarctique.
Plusieurs « hooo ! » étonnés retentirent dans la salle de classe, mais ça ne perturba pas Igor qui s'approcha d'un étudiant en difficulté, pour l'aider. Harry se tourna vers Hermione tout en tâtant sa paume parfaitement guérie.
- Tu m'expliques ?
- Harry, Malinovski est un médicomage naturel il ne peut pas être un vampire ! Il pratique la magie verte.
- Et alors ? Ça fait quoi ? Pourquoi il ne serait pas un vampire ?
- De une, il a passé tous mes tests. De deux, il va vraiment falloir que je t'explique les différentes magies et ce qu'elles impliquent ! Mais pour le moment, finissons ce travail et cesse de t'inquiéter. Il n'y a aucun danger.
Harry renonça à lui dire que même si Malinovski n'était pas un vampire, ça ne voulait pas dire qu'il n'était pas dangereux. De toute façon, il n'aurait pas gain de cause. Mais ça ne l'empêcherait pas de surveiller Malinovski de très près…
HPMMHPMMHPMMHPMMHPMMHPMMHPMM
Samedi 11 juillet, matin
Le samedi matin arriva bien vite. Harry trépignait presque, au milieu des autres septièmes années de Poudlard. Le cours de McGonagall sur les animagi avait du succès.
Harry et Ginny s'étaient entraînés à méditer chaque soir de la semaine, cherchant à mieux se connaître eux-mêmes. Harry arrivait presque systématiquement à visualiser la porte de son esprit, désormais. Il mettait toujours beaucoup de temps, mais il trouvait ça de moins en moins compliqué. Par contre, il n'osait pas explorer son esprit pour le moment, car il ne savait toujours pas de quelle manière il pouvait y entrer et en sortir sans dommage.
Il espérait bien poser quelques questions à la directrice là-dessus. Quand celle-ci arriva, elle fit entrer tout le monde dans la grande salle de classe qu'elle avait réservée pour l'occasion.
- Bien. Nous allons commencer cette leçon accélérée sur les animagi. La première chose à savoir, c'est que nous possédons tous une âme unique qui peut prendre la forme d'un animal qui nous représente. Cet animal est le symbole de nos traits de personnalité les plus marqués.
- Alors nous sommes tous des animagus ? demanda une Poufsouffle après avoir levé la main.
- Non. Nous avons tous un animal d'âme, mais il est difficile de savoir se transformer. Très peu y parviennent. Quelqu'un sait-il pourquoi ?
Harry leva la main, mais Hermione avait déjà réagi et c'est elle qui fut interrogée.
- Parce qu'il faut être en mesure d'accepter son animal et de fusionner avec lui, mais que cela passe d'abord par un apprentissage difficile de qui l'on est réellement.
- C'est exact. Et on peut parfois être surpris. Il faut que votre esprit accepte pourtant votre nature profonde pour que votre animagus se manifeste.
- Comment sait-on quel est notre animal ? demanda Lavande Brown.
- Il se présente naturellement à vous quand vous découvrez votre identité. Il existe également des potions de révélation, pour s'assurer ensuite que l'animal qui vous vient à l'esprit est bien votre animagus. Mais il ne faut pas prendre cette potion avant d'avoir une idée de votre animal. Car si vous n'êtes pas satisfait de celui que vous découvrez, alors le processus d'appropriation peut s'allonger indéfiniment. Il faut d'abord être en accord avec vous-même.
- Comment découvre-t-on notre identité ?
- Par la méditation, comme je l'avais évoqué rapidement en cours d'année. L'identité se rattache souvent aux racines familiales, aux valeurs, aux croyances et aux grands traits de caractère d'une personne. En théorie, on rassemble des indices sur soi-même en analysant son passé, ses décisions, ses désirs et les actions que l'on mène. Il s'agit de trouver la cohérence de l'ensemble.
Harry leva la main.
- Supposons qu'on est sur le point d'entrer dans notre esprit pour commencer à se reconnaître… Comment fait-on pour sortir quand on le désire et sans dommage ?
Minerva McGonagall cligna des yeux, pas certaine de comprendre la question. Où plutôt, elle était surprise de la manière dont elle était posée.
- Hé bien, en théorie, vous prenez le même chemin que pour entrer. Vous visualisez la clef qui vous fait entrer et sortir de votre méditation. Pour la plupart des gens, il suffit de se concentrer sur une image où un mot…
- S'il s'agit d'une porte parmi des centaines d'autres, comment faire pour trouver la bonne ? Cook dit que le meilleur moyen de méditer est d'oublier son corps pour devenir une sorte d'esprit. Comment être sûr de pouvoir retourner dans notre corps si notre esprit se perd ?
Harry ne remarqua pas les airs perdus de ses camarades et ne vit pas la lueur de curiosité briller dans les yeux du professeur et de sa meilleure amie.
- La théorie de Cook sert d'abord à structurer son esprit et sa pensée. Sa méthode de méditation est plus complexe que la méthode communément admise, et elle peut se révéler infructueuse voire dangereuse car elle peut modifier notre animal d'âme et rendre les transformations hasardeuses…
- Quelle est la méthode communément admise, alors ? demanda Harry en fronçant les sourcils sous la réflexion.
- Choisissez une image fétiche, concentrez vous sur cette image, analysez les pensées qui s'y associent jusqu'à ce que vous compreniez quels sont les éléments principaux et fondateurs de votre identité. Alors votre animal viendra à vous. L'image choisie est souvent le reflet de croyances ou de désirs, et les pensées qui s'y associent viennent compléter le tableau de votre personnalité.
- Ça peut prendre du temps de fonctionner comme ça, constata Harry.
- Parfaitement. Parfois toute une vie, répondit la directrice avec un sourire désolé pour ses étudiants.
- Si je résume… Pour connaître son animagus, on peut soit utiliser une potion spéciale ou méditer par la méthode commune, et ça peut prendre toute la vie, soit on trouve une autre méthode de méditation comme celle de Cook et ça peut être dangereux.
- C'est cela même, confirma la directrice. C'est pour sa difficulté et sa dangerosité que le ministère restreint le cours sur les animagi à une toute petite partie du programme. Je ne vais pas vous apprendre comment on devient un animagus, mais simplement vous expliquer les étapes par lesquelles on passe.
Harry écouta distraitement le professeur : il connaissait déjà cette partie grâce à Cook et Changelin. Il était pensif. Est-ce qu'il pouvait mélanger la méthode de Cook et la méthode traditionnelle ?
Cette dernière, utilisée seule, lui paraissait trop aléatoire. Comment se découvrir vraiment, quitte à être surpris, si on choisissait déjà l'image de point de départ ? Cette image – ou ce mot – pouvaient être radicalement éloignés de notre personnalité et ne jamais conduire à l'animagus…
Harry voulait se promener dans son esprit et pouvoir y entrer et en sortir quand bon lui semblerait. S'il choisissait une clef mais qu'il utilisait la méthode de méditation de Cook, il pouvait peut-être y arriver ? Il devait essayer de trouver sa propre méthode…
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Au repas de midi, Hermione allait interroger Harry sur ses connaissances en matière de métamorphose animagus quand les portes de la Grande Salle s'ouvrirent sur une délégation aux couleurs du ministère. Quatre personnes, encadrées par trois Aurors, entrèrent dans la pièce et la directrice vint à leur rencontre. Ils avaient l'air surpris de voir des étudiants attablés au château, un samedi midi en pleines vacances…
L'homme le plus âgé, aux cheveux et à la barbe gris, annonça son désir d'inspecter l'état du château. La directrice les invita à se restaurer avant qu'elle les emmène faire le tour de l'école. L'un d'eux, un homme assez grand à la peau bronzée, accepta immédiatement avec un grand sourire, mais déclina l'invitation à la table des professeurs.
Comme les autres membres de la petite délégation, il s'installa au milieu des étudiants présents. Car quel meilleur moyen de jauger la qualité d'accueil d'un bâtiment qu'en demandant leur avis aux étudiants présents ? L'homme à la peau bronzée s'installa en face d'Harry, à côté de Ron, et Hermione oublia instantanément ses questions pour Harry. Sa curiosité s'était reportée sur la place occupée par cet homme, au ministère.
- Bonjour ! Je m'appelle Gharib, salua l'homme en se servant une assiette généreuse.
- Hermione Granger, se présenta la jeune sorcière. Si je puis me permettre, qu'êtes-vous venus faire à Poudlard ?
L'homme releva la tête : ses yeux noirs pétillaient et son sourire grandit encore.
- J'allais vous poser la même question, dit-il.
Harry, lui, se demandait plutôt comment cet homme pouvait avoir des doigts aussi osseux s'il se servait toujours autant de nourriture. Il jeta un œil à Ron, en face. Son meilleur ami semblait aux anges car pour une fois, il n'avait pas l'assiette la plus remplie. Puis il jeta un œil à sa droite. Ginny avait un air au moins aussi curieux que celui d'Hermione, qui répondit à l'homme.
- Nous sommes en pleines révisions pour les examens du mois prochain. Tous ceux qui ne veulent pas perdre leur année sont restés travailler au château.
- Vraiment ? Félicitations alors, dit-il à tous les étudiants alentours. C'est une bonne idée, vous devriez trouver un travail assez facilement puisque vous serez peu nombreux à entrer sur le marché de l'emploi. Vous savez déjà tous ce que vous voulez faire ?
Gharib ouvrit grand les oreilles, avide d'informations. La plupart des étudiants ne lui répondirent pas vraiment, mais Hermione Granger, amie d'Harry Potter, voulait apparemment entrer au ministère. S'il avait bien compris, le jeune Potter pourrait aussi y entrer en tant qu'Auror, ce qui était une très bonne chose…
Il passa le reste du repas à écouter et observer les étudiants autour de lui, à échanger des impressions, à récolter des informations… Il ne s'était pas trompé en tout cas : Poudlard avait bien été totalement reconstruit par Harry Potter, et les examens auraient lieu sans aucun doute au mois d'août.
Quand le repas s'acheva, il rejoignit sa délégation. Harry se tourna vers Hermione.
- Finalement, je n'ai pas écouté : qu'est-ce qu'il fait, au ministère ?
Hermione s'aperçut qu'elle ne pouvait pas répondre précisément : l'homme n'avait pas donné beaucoup de renseignements sur lui-même. Elle qui avait essayé de se montrer sous son meilleur jour en espérant se faire un futur allié… Elle avait encore des choses à apprendre.
Luna, qui s'était approchée distraitement, répondit à Harry à la place d'Hermione.
- Il chasse les Ronflacks cornus. J'espère que mon père les trouvera en premier !
Puis elle repartit comme elle était venue, alors qu'Hermione levait les yeux au ciel et qu'Harry souriait en secouant la tête. On ne la changerait plus.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Le soir venu, toute une petite bande d'amis et de camarades de promotion s'était installée dans la salle commune de Gryffondor. Neville, Seamus et Lavande étaient assis sur le tapis devant la cheminée, Harry, Ginny et Padma dans le canapé, et Ron et Hermione se partageaient un fauteuil. Parvati entra à son tour, chargée d'un énorme paquet de friandises, et alla s'installer à côté de Neville, rattrapant la conversation qui suivait son cours.
- Et tu as vu la tête du vieux quand il a annoncé que les examens auraient lieu ? s'esclaffa Seamus. On aurait dit que c'était lui qui allait les passer tellement il était fâché !
- Oui, on aurait cru qu'il avait avalé un balai ! renchérit Padma.
- Ma grand-mère ne me croira jamais si je lui dis que le ministère traîne des pieds pour organiser les examens, ajouta Neville.
- Les membres de la commission avaient l'air frileux, mais je me demande bien pourquoi… dit Hermione pensivement. Quand je serai haut placée dans la hiérarchie, je mettrai les moyens pour qu'on ait une éducation forte et pour former de vrais citoyens ! ajouta-t-elle ensuite avec conviction.
- Toujours partante pour devenir notre future Ministre de la Magie ? demanda Parvati en taquinant la jeune sorcière.
- Et comment ! répondit Ron à sa place.
- Vous vous voyez où dans les prochaines années ? demanda Hermione, curieuse. Qu'est-ce que vous rêvez d'être ?
- Capitaine de l'équipe nationale de Quidditch ! s'exclama Ron immédiatement.
- J'aimerai avoir un magasin de mode… rêva Padma.
- … et mes vêtements y auraient un grand succès, compléta Parvati.
- Je veux épouser un riche héritier, annonça Lavande.
- Et moi, j'aimerai être journaliste d'investigation, lâcha Ginny.
- Comment ? s'exclamèrent tous les étudiants autour d'elle, Harry compris.
- Ben oui ! Les articles de la Gazette sont franchement nuls. Rita Skeeter est complètement dépassée ! Tantôt elle dit ci, tantôt elle dit ça… Moi, je pourrais donner un coup de jeune au journal. Et si je monte rapidement dans l'échelle hiérarchique, je pourrais éviter que la vie privée de mon fiancé fasse trop souvent la couverture, expliqua-t-elle en passant une main dans les cheveux bruns désordonnés d'Harry. Par contre, quand il chassera les mages noirs dans tous les coins chauds de la planète, je pourrais l'accompagner et le couvrir, finit-elle avec un sourire désarmant.
Seamus haussa les épaules et prit la parole à son tour.
- Après tout, chacun fait ce qu'il veut. Moi, j'aimerai bien tenir une auberge. Du genre « le chaudron baveur », mais dans un coin plus touristique, pour les gens de passage. Je ne sais pas encore où.
- C'est sûr, rit Ron, tu accueillerais les gens de passage à bras ouverts ! Ho ! Pardon monsieur, mais nous n'avons plus de chambre de libre, imita Ron, mais je vous prête la mienne si vous voulez ! Ça vous gène si on partage le lit ?
Les jeunes sorciers éclatèrent de rire en voyant le joli teint rouge tomate de Seamus, connu pour ouvrir ses couvertures aux beaux spécimens mâles de Poudlard. Qu'ils soient de son bord ou pas d'ailleurs. Il était également connu pour essuyer une majorité de refus, mais ça l'amusait car il lançait ses invitations plus pour le jeu qu'autre chose.
- Et toi Neville ? demanda Seamus en essayant de détourner l'attention.
- Je passe, pour l'instant, répondit l'intéressé.
- Petit joueur ! charria Parvati, à côté de lui.
La soirée continua en jeux idiots et en défis divers, et c'est Lavande qui gagna haut-la-main avec un strip-tease improvisé, rapidement interrompu par Hermione et ses anciens réflexes de préfète en chef.
Plus tard encore, les couvertures de divers dortoirs furent étalées près de la cheminée, pour prolonger l'instant de complicité et de chaleur humaine, encore un peu plus. Et bientôt, tout le monde s'endormit. Excepté Harry, qui contemplait les motifs rouges et or du plafond. Il songeait.
A lui, personne n'avait demandé ce qu'il comptait faire de son avenir : tous étaient persuadés qu'il deviendrait Auror. Mais en même temps, il ne le regrettait pas vraiment : il aurait été incapable de donner une réponse avec certitude… Heureusement, il n'était pas obligé de décider immédiatement de son avenir.
Il préféra occuper son temps en exercices de méditation, en attendant de s'endormir. Devenir animagus, partager ça avec sa future femme et se rapprocher un peu des Maraudeurs, voilà au moins une chose qui lui tenait à cœur et pour laquelle il pouvait agir. Peu à peu, il serait capable de construire sa propre famille et sa propre histoire. Celle d'Harry, pas d'Harry Potter.
Le jeune homme chercha une clef qui pourrait lui permettre d'entrer et de sortir de son esprit. Il choisit le visage de Ginny, pour essayer. Il commença ses exercices de détente habituelle, mais il était distrait par le fait de devoir maintenir cette image en tête. Des pensées parasites faisaient leur chemin jusqu'à lui, alors évidemment, dans ces conditions, la méditation était ardue !
Après une heure, il n'était toujours pas parvenu à détendre et oublier son corps, et il n'avait donc pas réussi à atteindre son esprit. Frustré, il se dit qu'il devait trouver une autre manière de faire et il s'autorisa à vagabonder en pensées. L'image de Ginny lui faisait penser à tous les efforts qu'il fournissait pendant la semaine, pour être à la hauteur des rêves d'une jeune fille.
En journée, il avait adopté le rythme d'Hermione et il apprenait l'essentiel des divers cours de l'année. Le soir, il rejoignait Ron au terrain de Quidditch, pour se détendre un peu avant de dîner et de partager la « pièce des rêves » avec Ginny. Ils avaient baptisé ainsi la salle au plafond bleu dans laquelle ils s'entraînaient à la méditation, chaque soir, et où Ginny finissait toujours par s'endormir, parfaitement détendue.
Quand il sortait de ses transes et qu'il la découvrait ainsi, il éprouvait toujours un peu de frustration. Il ne pouvait pas partager ses expériences avec la jeune fille, et peut-être trouver une solution à son problème, car elle n'avait pas encore réussi à atteindre l'état méditatif. Et lui restait bloqué devant la porte de son esprit.
Soudain, il se demanda comment Snape faisait pour entrer dans ses pensées : voyait-il le labyrinthe ? Dans ce cas, il saurait peut-être comment Harry devait faire pour entrer et sortir de son propre esprit sans dommage ? Quitte à se faire remballer, il fallait vraiment qu'il lui demande…
Songer au professeur de Potion lui fit songer à Malinovski. Que cachait-il de trouble ? Même si Hermione disait le contraire, Harry ne pouvait s'empêcher d'avoir la sensation qu'il était dangereux. Même si le médicomage pratiquait la « magie verte ».
Puis Harry sourit. Il faisait vraiment des efforts pour rattraper sa fainéantise passée et mieux comprendre le monde magique. Harry avait même eu l'impression d'être un écolier sage et studieux quand Hermione avait pris le temps de lui expliquer que la magie était « multiple » et qu'elle existait sous différentes formes… Il avait même pris des notes pendant ce « cours »…
- Les êtres humains se divisent en Moldus et en pratiquants de la magie, avait-elle expliqué. Ces pratiquants sont aussi divisés en deux : les « sorciers » au sens courant du terme, c'est-à-dire les utilisateurs de la magie comme toi et moi, et les « spécialistes ». Les simples utilisateurs se servent de la magie en sachant faire un peu de tout, mais ils ne sont pas des maîtres dans un domaine magique.
- Tu peux me donner un exemple de domaine magique ?
- La « magie verte » par exemple, est un domaine magique. Un domaine est une partie spécifique de la magie, qui permet de faire des choses impossibles pour de simples utilisateurs. Mais le spécialiste peut aussi perdre des capacités qui sont possibles pour nous. Tu me suis ?
- Ça va. Il existe les moldus, les utilisateurs de la magie et les spécialistes. Les spécialistes maîtrisent un domaine pour gagner des capacités et ils peuvent en perdre d'autres. Combien il y a de domaines magiques ?
- Alors… Il y en a sept en tout. Je te les avais déjà cité il y a plusieurs semaines : est-ce que tu t'en souviens ?
- Une partie, oui. La magie blanche, la magie noire, la magie rouge des « vrais sorciers » et la magie verte des médicomages.
- C'est pas mal. Mais pour être encore plus précis, la magie verte des médicomages n'est qu'un dérivé plus fade de l'antique magie verte des druides, aujourd'hui disparus. Pour les trois magies qui te manquent, il y a aussi la magie grise, la magie féérique pour les vélanes, mais qui là encore est un dérivé de l'antique magie des fées, et la magie élémentaire.
- C'est noté. Est-ce qu'il n'y en a pas d'autres ?
- Il y a d'autres magies, mais elles ne sont plus humaines. Les elfes, les gobelins, les sirènes, les vampires et la plupart des créatures magiques ont leur propre magie, avec leurs propres capacités, impossibles à apprendre pour un être humain. Si je te disais qu'Igor ne peut pas être à la fois un vampire et pratiquer la magie verte, c'est qu'il faut forcément être un sorcier pour devenir un spécialiste. Pour être un sorcier, il faut trois éléments : l'âme, l'esprit et le sang. Et évidemment, ce dernier ne circule plus chez les vampires…
- Pourquoi on sépare ces domaines ?
- Si on sépare la magie en sept grands domaines, c'est parce que maîtriser certaines capacités, attachées à un domaine, empêche généralement d'utiliser d'autres capacités liées à d'autres domaines.
- J'ai l'impression que ça devient compliqué, marmonna Harry.
- En fait, pas tant que ça. C'est assez logique… Mais je vais t'expliquer de manière simplifiée. Pour maîtriser un domaine, tu dois entraîner ton esprit, et ça a souvent des répercussions sur la structure de ta magie interne, parce que ton esprit dirige normalement ta magie. Du coup, tu deviens capable de lancer certains sorts, mais plus d'autres, parce que ta magie s'est modifiée.
- D'accord ! Je comprends mieux. Le spécialiste qui maîtrise un domaine a une magie interne différente de celle d'un utilisateur normal. Ce qui lui permet de faire des choses différentes de nous.
- C'est ça. Maintenant, je vais t'expliquer quel état d'esprit requiert chaque domaine, et à quels sous-mondes magiques se rattachent les spécialistes. Tu continues à prendre bonne note ? Parfait.
Et Harry avait noté consciencieusement tout ce qu'expliquait Hermione. Les domaines magiques étaient intéressants. Il comprenait mieux pourquoi Hermione disait que Voldemort était presque devenu un « sorcier » : il maîtrisait la magie d'âme… A la fin, il avait relu son petit carnet pour être sûr de n'avoir rien oublié.
1. La magie verte. (Anciens druides et médicomages d'aujourd'hui)
Magie qui a un lien avec les religions païennes et qui travaille avec la nature. Les spécialistes en magie verte s'intéressent aux connexions entre les êtres vivants ainsi qu'à la magie et aux propriétés contenues dans ces êtres. Ils ont des compétences en Potions, en sortilèges liés à la nature et en divination (autant pour la clairvoyance que pour les simples détections).
2. La magie blanche. (Magiciens)
Magie assez complexe liée à l'ordre des choses (souvent confondu avec le bien) et qui travaille avec l'esprit. Les spécialistes en magie blanche s'intéressent à la philosophie et aux mathématiques. Ils ont des compétences en création d'amulettes (de lien ou de protection), de sceaux, de cercles (de protection ou de restriction) et ont la capacité rare à pouvoir dissiper les autres magies et leurs sorts.
3. La magie rouge (masculine, pour les Sorciers)
Magie dangereuse liée aux âmes et qui travaille avec le sang et les morts. Les spécialistes de la magie rouge s'intéressent aux notions de pouvoir et de puissance, ont souvent de grandes capacités s'ils ne se laissent pas aveugler et dévorer par leur propre magie. Ils méprisent souvent les autres magies. Ils ont des compétences en convocations, en manipulation psychique, en amélioration des capacités humaines et en manipulation des âmes. (par exemple, extraire une âme et la transférer dans un autres endroit)
4. La magie noire (féminine, pour les Sorcières)
Magie du chaos (souvent confondue avec le mal) et qui travaille avec les cycles de la lune. Les spécialistes en magie noire s'intéressent aux plus ou moins grandes catastrophes magiques. Elles ont des capacités drastiques en métamorphose (de soi et des autres), en compulsion (se rapproche de la magie rouge à ce niveau-là), en déplacements et en mauvais œil.
« Les Sorcières savent parfaitement détruire une chose, ou simplement la rendre fragile. Elles sont souvent guidées par un désir de vengeance, et je crois que c'est ce qui leur permet de comprendre ce domaine magique et de se l'approprier. Mais c'est aussi pour ça que la magie noire fait peur. Parce que les intentions des spécialistes de ce domaine sont souvent inquiétantes, douloureuses voire maléfiques, » avait précisé Hermione à ce moment-là.
5. La magie grise (Enchanteurs)
Magie qui se partage entre l'ici bas (monde terrestre) et l'au-delà (monde des morts), et qui travaille à partir des pierres. Les spécialistes de la magie grise s'intéressent au savoir et à la pérennité des choses. Ils ont des capacités en sublimation (amélioration des capacités des objets et des animaux), en spiritualisation (manipulation d'esprits de l'autre monde), en discrétion et en immobilisation (sorts de sommeil, de paralysie ou de manipulation du temps)…
6. La magie féérique (Anciennes fées et Vélanes aujourd'hui)
Magie intuitive, ludique et superficielle. Les spécialistes de la magie féérique s'intéressent avant tout à eux-mêmes, et à leur clan ou leur famille. Ils sont capables de manipuler les passions humaines, créer des illusions plus vraies que nature, compliquer la vie des gens, et ils sont capables de détecter ou créer des Portails et autres portes entre les mondes.
7. La magie élémentaire (Anciens chamans)
Magie la plus rustique, sans subtilité mais qui demande de l'énergie, et qui travaille avec les éléments. Les chamans ont aujourd'hui disparus, mais on les disait garants de l'ordre du monde et des éléments. Ils étaient capables de conjurer (et non créer) des éléments et de les maîtriser.
8. Le cas particulier des Mages
Les mages maîtrisent tous ces domaines magiques. Ils ne sont donc pas limités comme les autres spécialistes et ils ont bien plus de possibilités que les simples utilisateurs de la magie.
En refermant le carnet, il s'était posé des questions.
- Pourquoi on ne nous explique pas tout ça, quand on arrive à Poudlard ? Je veux dire, le fait qu'il existe plusieurs magies, des spécialistes, que certaines capacités sont liées au sexe de la personne et tout le reste…
- La plupart des gens s'en fichent tant qu'ils apprennent un minimum de formules magique pour bien vivre. Ils ne voient pas l'intérêt de se spécialiser. Qui voudrait devenir une Sorcière ? Avoir la possibilité unique de transformer les autres en animaux, pourquoi pas, mais certaines potions ont le même effet. Et en plus, ça empêche ces spécialistes de lancer d'autres sorts utiles : comme elles sont partisanes du chaos, elles ne savent plus lancer de sort de rangement ou de nettoyage… Bonjour le temps perdu.
- Moi j'ai trouvé ça intéressant, avait-il contré, avant d'apprendre les raisons sous-jacentes à l'épuration du programme.
- La majorité des personnes qui s'y intéressent appartiennent à des familles de Sang-purs. Ce sont les parents qui expliquent tout ça à leurs enfants, histoire peut-être de susciter chez eux une vocation de mage. C'est d'ailleurs parce que ceux qui s'y intéressent ont déjà toutes les notions expliquées par leurs parents que Poudlard ne voit pas l'utilité d'expliquer une nouvelle fois les domaines magiques…
- C'est idiot et discriminant pour les gens comme moi, avait-il affirmé avant de s'intéresser à un détail en particulier. Pourquoi les Sang-purs veulent-ils faire de leurs enfants des mages ? Ça arrive parfois ?
- Pourquoi devenir mage ? Parce qu'ils sont respectés et écoutés par tout le monde. Et parce qu'ils sont puissants et qu'ils peuvent modifier les sociétés en profondeur… Mais ça n'est arrivé en tout et pour tout que trois ou quatre fois dans l'histoire je pense. Du moins, pour ceux qui se sont fait reconnaître. Ça arrive donc, mais c'est exceptionnel.
- Je suppose que ça peut être un long apprentissage, mais pourquoi est-ce que les mages sont si rares ?
- Il est tellement difficile d'être capable de posséder en soi plusieurs mondes. Comment être disciple de l'ordre et du chaos en même temps ? Comment maîtriser à la fois des magies féminines et masculines ? S'il n'y avait pas eu plusieurs citations dans plusieurs livres, j'aurais considéré ça impossible et j'aurais vu les mages comme des créations de l'imaginaire.
- Et est-ce qu'il existe beaucoup de spécialistes aujourd'hui, alors ?
- Pas tant que ça. Il y a des Vélanes, des Médicomages et des Sorcières, peut-être un ou deux Magiciens, mais je n'ai pas entendu parler de l'existence d'autres spécialistes ces dernières années.
- Alors nous sommes presque tous des utilisateurs normaux, des sorciers normaux... Est-ce qu'il y a des différences entre nous ? avait-il demandé en songeant au fait que beaucoup le considéraient comme différent des autres.
- Oui, bien sûr ! Nous ne sommes pas des « spécialistes » au sens où on ne maîtrise pas de domaine, mais on peut être des spécialistes ou des maîtres dans une sous-branche spécifique. Par exemple, il y a la branche offensive, la défensive, la guérisseuse, la métamorphose, les enchantements d'objets, la divination, la magie des sceaux, les potions… Pour les plus courants, regarde les intitulés de nos matières et tu auras une bonne idée des spécialisations possibles.
- Alors on peut tout faire, toutes les sortes de magies, sans être des spécialistes ?
- Non ! Beaucoup de branches sont extrêmement complexes. Et il y en a qui sont même totalement impossibles pour nous comme les convocations, la maîtrise des éléments, qui est réservée aux chamans, et la magie temporelle, qui est déjà difficile pour les enchanteurs confirmés…
- Est-ce que les mages maîtrisent toutes les branches ?
- Totalement.
Harry se souvenait encore du pincement d'envie qu'il avait éprouvé à l'idée de devenir un mage. Les nombreuses possibilités magiques offertes lui provoquaient un désir indéfinissable. Cependant, il avait peur de certains domaines magiques. La magie noire et la magie rouge surtout – celle de Voldemort – l'effrayaient.
D'autant plus que son cauchemar – celui où une main blanche le plongeait dans la boue, avec ces deux yeux rouges brillant dans la nuit – ce cauchemar ne le quittait pas. Il se sentait toujours aussi sale en se réveillant et il avait peur, inconsciemment, d'être ce monstre aux yeux rouges, un futur Lord noir…
KPKPKPKPKPKPKPKPKPKPKPKPKP
Dimanche 12 juillet, matin
En cette matinée agréablement ensoleillée, Kreattur prépara sa sacoche. Il ne se lassait pas de pouvoir posséder un objet bien à lui. Il y glissa une petite étude de marché où il conseillait à son maître le meilleur architecte et les meilleurs ouvriers, pour la rénovation de l'ancienne maison des Black. Et il y glissa également un courrier des Gobelins, qui confirmait la possibilité d'un rendez-vous avec l'armurier moldu pour la semaine suivante, à la banque.
Après une bonne semaine de visites diverses dans les sociétés en bâtiment sorcier les plus prisées, il était temps de faire un rapport à son maître… Il secoua doucement les deux petits de Winky – qui n'avait définitivement pas le temps de s'occuper d'eux – et les regarda s'éveiller.
Bris gémissait. Depuis la visite infructueuse au ministère, le jeune elfe éprouvait ses premières douleurs de transformation, avec six mois d'avance. Sans doute deviendrait-il puissant et prisé, si on le liait assez vite avec l'ancien rituel. Mais avec qui ? Kreattur pensait que le mieux pour lui serait d'être lié à son maître, mais Harry Potter était-il assez puissant pour partager sa magie avec deux elfes domestiques ? De mémoire d'elfe, ça n'était jamais arrivé. Le réservoir nécessaire serait énorme.
Bris et Horn suivirent Kreattur dans la cuisine, pour avoir un petit quelque chose à grignoter avant de partir. L'elfe domestique leur donna deux galettes sablées et les laissa seuls, pour retourner dans le couloir de l'entrée. Il observa pensivement le rideau qui cachait le tableau de Walburga Black. Elle n'avait pas ouvert la bouche de toute la semaine, malgré la visite régulière d'architectes et d'ouvriers.
Curieux, il tira le tissu et salua son ancienne maîtresse, qui lui répondit en grognant.
- Et dire que c'est moi qui t'ai tout appris et que tu vas détruire mon œuvre, ma demeure, dit-elle en reniflant, hautaine comme à son habitude.
- Pas détruire, transformer, corrigea l'elfe. Et par le petit-fils d'Hector Potter, qui plus est, précisa-t-il malicieusement.
- Humpf ! fit Walburga en croisant les bras.
- Soyez heureuse qu'elle ne reste pas à l'abandon et ne soit pas plus pillée qu'elle ne l'a été. Car après tout, il ne reste plus aucun de vos héritiers en vie, plus aucun homme capable de perpétuer le nom… N'importe qui aurait pu revendiquer cette maison. Je pense que j'ai bien fait de la transmettre à un Potter, comme cela aurait été votre désir, il y a quelques années…
La peinture sembla vieillir d'un coup sous le poids des souvenirs et des regrets. Walburga grimaça avant de soupirer.
- Crois-tu qu'il va me chasser d'ici ?
Kreattur savait que les travaux pouvaient la faire disparaître à jamais. Après tout, il suffisait de détruire son mur porteur. Et l'elfe voyait que Walburga Black avait peur.
- Je crois que c'est son premier désir, répondit honnêtement Kreattur, mais vous pouvez toujours négocier avec lui.
Le rideau se referma de lui-même et il sourit, sans pouvoir s'en empêcher. Il venait de vexer son ancienne maîtresse. Qu'il était bon d'être un elfe domestique… Il retourna à la cuisine où l'attendaient sagement les deux petits. Il les amena à leur mère, au château, avant de transplaner seul dans la salle sur demande, où se trouvait apparemment son maître. Il s'approcha de lui discrètement car il était allongé sur un matelas, visiblement en pleine méditation. Kreattur resta debout, en attendant qu'Harry Potter veuille bien le remarquer. Bientôt, le jeune homme se redressa vivement et asséna un coup de poing rageur dans la mousse.
- Ça ne marche pas ! ragea-t-il avant de s'interrompre. Ho ! Pardon Kreattur, je ne t'avais pas vu. Qu'y a-t-il ?
- Je viens vous faire mon rapport hebdomadaire, monsieur. Avez-vous le temps ?
- Bien sûr ! Je suis seul, ce matin, tous les autres dorment encore dans la salle commune. Je t'écoute.
L'elfe ouvrit sa sacoche et lui tendit un premier parchemin.
- Cette semaine, j'ai pu avancer sur plusieurs de vos demandes. En premier lieu, vous tenez dans vos mains le relevé de votre coffre mis à jour. Au total, plus de six millions de Gallions, et près de cinq cent objets magiques de toutes sortes. Précisément, vous possédez 5 790 808 Gallions, 2 602 053 Mornilles et 881 749 Noises.
- C'est énorme ! s'exclama le jeune homme.
- C'est le résultat de la fusion de votre coffre familial avec celui de votre parrain, Sirius Black, auquel était affilié un compte caché et jamais ouvert depuis son ouverture, au nom de Regulus Black. Et puis, vous n'êtes pas parmi les sorciers les plus riches, monsieur, tempéra l'elfe. Vous êtes loin des dix millions de la famille Greengrass ou des douze millions de la famille Malfoy. C'est malheureusement le résultat d'un compte qui n'a pas été vraiment géré pendant toutes ces années… et des ponctions régulières effectuées par feu Dumbledore pour financer la guerre.
- Dumbledore a pris dans mon coffre ?
- Pas exactement : vos parents avaient décidé de lui verser chaque mois une belle somme dans son coffre personnel, à condition qu'il soit utilisé pour financer la guerre. J'ai arrêté le débit de cette somme la semaine dernière, quand je me suis aperçu que l'accord courait toujours.
- D'accord. Ça reste beaucoup. Je ne savais pas que j'avais autant. A quoi est-ce que ça va bien pouvoir me servir ?
- A rénover votre maison, en premier lieu, répondit l'elfe. Pour le reste, monsieur, ne vous en faites pas. Je me charge des dépenses et des placements. Juste pour terminer avant de passer à un autre point : nous sommes en train d'analyser le détail de vos autres possessions. Se trouvent actuellement dans votre coffre 487 objets plus ou moins magiques, répartis en 133 objets ouvragés de valeur, 108 objets ensorcelés à faible résidu magique, 175 objets ensorcelés à fort résidu magique et 71 armes offensives et défensives.
- Qu'est-ce que ça veut dire, « résidu magique » ?
- Que les objets ont un certain potentiel magique. Ceux qui ont un faible résidu sont les vêtements, les coffres et autres bourses, les amulettes, les potions et les ingrédients. D'autres ont un grand potentiel et ils viennent pour la plupart des deux coffres des frères Black. Il s'agit d'artefacts permettant d'ensorceler les gens ou de mettre en place des rituels magiques complexes, le plus souvent. Ils sont encore en cours d'expertise pour en connaître les effets précis.
- D'accord. Je te fais confiance pour tout ça.
- Merci monsieur, dit l'elfe avec son sourire un peu tordu. Voici ensuite une lettre d'invitation de Gringott's pour rencontrer Arnold Kent… C'est le moldu employé depuis des années par la famille Black et qui tient une fabrique d'armes. J'ai supposé que vous voudriez le rencontrer, pour éventuellement revendre son entreprise. Il est au courant de l'existence du monde magique, mais il fait semblant de ne pas y croire et il n'en parle pas.
Le jeune sorcier prit le temps de lire le courrier avant de répondre, mais l'elfe sentait l'agitation perturbée et la colère rentrée de son maître.
- Pourquoi les Black possédaient-ils une fabrique d'armes moldues ? Je veux dire, ce sont eux qui ont choisi la devise « Toujours purs » et qui méprisaient les moldus… Des armes, grinça-t-il. En tout cas, tu as bien fait. Je vais rencontrer cet homme, mais je veux qu'on se débarrasse de cette usine le plus vite possible. Je refuse d'être impliqué dans la mort de quelqu'un à cause d'une arme sortant de mon usine !
- Bien monsieur. Le rendez-vous a lieu mercredi prochain à quinze heures. En troisième point, voici mon rapport sur les diverses sociétés en bâtiment sorcier que j'ai rencontrées. Je vous ai mis en évidence l'architecte que je vous conseille ainsi que l'équipe d'ouvriers qui me paraît la plus qualifiée. Je vous laisse le temps de le lire et de faire vous-même votre choix.
- Tu as fait un travail impressionnant Kreattur ! dit sincèrement Harry. Je suis très content de t'avoir à mes côtés !
- De rien, monsieur. J'ai encore deux dernières informations pour vous. La première, c'est que la Gazette n'a absolument plus parlé de vous depuis votre lettre, comme vous l'aviez prévu. La seconde, c'est que personne au ministère n'a su me dire quel était ce projet de complexe sorcier à Pré au Lard…
- Ce n'est pas grave, je finirai bien par le savoir. Au moins quand ils ouvriront, dit Harry en souriant. Je ne vais pas me plaindre alors que tu m'as déjà apporté tant de bonnes nouvelles ! Ça fait du bien de voir qu'il y a au moins des choses qui avancent, soupira-t-il en se laissant retomber sur le matelas.
- Est-ce que quelque chose ne va pas, monsieur ?
- Ha… J'essaie de devenir animagus, mais je n'arrive pas à méditer correctement. Pourtant, j'ai vraiment besoin de savoir qui je suis si je veux avancer…
- Qui vous êtes ? Hé bien… Harry Potter, répondit l'elfe en plissant ses yeux en balles de tennis, pas sûr de comprendre…
Harry gloussa quelques secondes, amusé par la réponse si simple, puis se rassit en tailleur.
- C'est bien joli, être Harry Potter, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça représente ? Qui suis-je ?
L'elfe prit quelques instants de réflexion avant de répondre très sérieusement.
- Hé bien… Vous êtes Harry Potter, sauveur du monde sorcier, défenseur des plus faibles, un espoir et un modèle pour beaucoup de jeunes sorciers.
L'elfe ne se formalisa pas quand son maître leva les yeux au ciel et continua.
- Vous êtes Harry Potter, fils de James Potter, Auror d'élite, et petit-fils d'Hector Potter, sorcier guerrier admiré par ses alliés et craint par ses ennemis. Vous êtes Harry Potter, droit, intègre et respectueux des créatures magiques, un sorcier très puissant qui accepte de mettre sa force au service des autres.
« Et vous êtes le Gruhyk Gal Ptekher, » songea Kreattur sans le dire, « même si je ne sais pas encore ce que ça veut dire… »
- Me mettre au service des autres… C'est parce que je n'ai pas eu vraiment le choix, Kreattur. Ton portrait me flatte, mais je ne suis pas sûr qu'il me représente moi… Est-ce que j'en aurais fait autant si j'avais été vraiment libre de faire mes choix ? Je n'en suis pas si sûr…
- Alors que cherchez-vous monsieur ? Que voulez-vous apprendre ? Comment voulez-vous savoir qui vous êtes ? demanda l'elfe, curieux.
- Comment ? Hum… Il faudrait que je découvre ma place… Comment a fait mon père pour savoir ce qu'il allait faire de sa vie ?
- Pour votre père, je ne sais pas. Mais pour votre grand-père, je sais qu'il a voulu mettre sa puissance au service des faibles et de ce qu'il considérait comme la justice. Il s'était fixé ce but et s'y est tenu toute sa vie.
- Je n'ai jamais entendu parler de lui, avant que tu ne m'en parles chez madame Guipure. Comment était-il ? demanda Harry en écoutant avidement.
- Le souvenir que j'en ai est assez flou, admit Kreattur. J'étais un jeune elfe et je servais exceptionnellement Walburga Black et ses invités pour le thé. Ce jour-là, elle était avec votre grand-père et sa femme, Violine Smetson. Lui était un grand homme aux épaules larges, aux cheveux déjà blancs et aux yeux bleus. Il avait aussi une longue cicatrice sur la joue.
- Et ma grand-mère ?
- C'était une sorcière fine aux longs cheveux noirs. Elle venait d'une petite lignée dont la famille avait fait faillite quelques années auparavant…
- Comment sont-ils tombés amoureux ? demanda Harry, curieux.
- A dire vrai, je ne suis pas sûr qu'ils étaient amoureux, dit l'elfe en hésitant… Plusieurs histoires ont couru à l'époque sur leur mariage.
En voyant que son jeune maître lui faisait signe de continuer, il obtempéra et raconta ces bruits qu'il entendait courir à l'époque, et les histoires que Walburga elle-même lui avait narrées.
- C'était une époque assez troublée, encore moins sûre que sous le règne de Lord Voldemort. Dumbledore a vraiment réussi à changer une partie de la société sorcière en stabilisant le gouvernement sorcier, ajouta l'elfe d'un ton docte, le doigt levé.
Harry sourit et se rallongea, les yeux fermés. Mais Kreattur sentait parfaitement que son maître l'écoutait avidement, qu'il essayait de se représenter la famille qu'il n'avait jamais connue.
- A cette époque, votre grand-père passait son temps à guerroyer : il ne quittait jamais sa cape de guerrier, même en société. Je sais aussi que son épée ne le quittait pas non plus. Un jour, il a rencontré votre mère. Elle était en difficulté et ses parents voulaient organiser un mariage avec la famille Parkinson pour renflouer leur fortune. Mais Violine Smetson détestait les Parkinson par-dessus tout : c'était eux qui avaient ruiné sa famille…
- Alors il l'a secouru comme l'aurait fait un prince sur son cheval blanc ? demanda Harry d'une voix de gamin, savourant l'histoire qui le rapprochait un peu plus d'une branche de sa famille.
- Hum… Certains l'ont dit. Au mariage, Violine portait déjà le ventre rebondi des jeunes femmes enceintes et c'était loin d'être courant. Alors on a pu entendre plusieurs versions. Pour certains, Hector était bien le papa et il s'agissait d'un mariage pour éviter le scandale. Pour d'autres, il n'était pas le père et il voulait simplement aider une jeune femme en détresse pour qu'elle s'en sorte…
- Et toi, que crois-tu ?
- Moi, monsieur, je ne crois rien du tout. Vos grands-parents ne s'aimaient pas de passion, certes, mais c'est chose assez courante dans les familles de Sang-Pur. Je crois cependant qu'ils appréciaient la compagnie l'un de l'autre, pour ce que j'en ai vu. Et bien que votre grand-père aimât beaucoup jouer les chevaliers servants, il était évident qu'il considérait cet enfant comme le sien.
- Pourquoi ?
- Le coffre des Potter, monsieur. Le jeune héritier James n'aurait jamais pu entrer dans le coffre si Hector Potter n'avait pas au minimum effectué un rituel de sang et de magie pour faire de James un Potter. Ou alors, plus simplement, il était peut-être vraiment son fils.
- Ho, fit Harry en restant silencieux quelques secondes. Mon grand-père était serviable, alors ? reprit-il.
- Oui, je le pense. Pour son caractère, je ne puis me fier qu'à ce qu'en disait Walburga Black. Il était d'après elle puissant, honnête, souvent naïf mais toujours accueillant, il s'enflammait vite et se battait comme un lion. Avant même de rencontrer Violine Smetson, il avait déjà activement participé à la guerre contre Grindelwald du haut de sa vingtaine d'années. Je sais que qu'il a aussi participé à la sanglante guerre d'Espagne de 1954 pour éliminer un dictateur sorcier et à la guerre d'indépendance des géants des grottes, qui vivent aujourd'hui en paix quelque part dans les montagnes suisses en 1967. C'est lors de cette dernière qu'il a d'ailleurs disparu.
- Il se battait tout le temps ?
- Souvent. Toujours pour des causes qu'il choisissait. Il détestait le comportement de certains sorciers persuadés d'être les meilleurs et qui passaient leur temps à écraser les autres. Lui-même était un chef de famille respecté par tous et sûr de lui, évidemment, mais il était toujours à l'écoute des autres. D'après Walburga, il était l'archétype du Gryffondor.
Harry resta silencieux quelques instants. Il avait parfois envie de porter un autre nom, devenir Harry et non pas rester Harry Potter. Mais son grand-père était un Potter, son père également, et il lui semblait futile, à cet instant, de vouloir renier cette part de lui-même. Son grand-père était un guerrier, mais il semblait avoir eu une vie de famille agréable tout de même… Est-ce que lui était capable de prendre sa vie en main et de se battre à nouveau pour ce en quoi il croyait ?
- Si seulement je trouvais ma place, aujourd'hui, murmura-t-il.
- Je vous aiderai à la trouver, monsieur, je vous le promets.
MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX
Lundi 13 juillet, fin de soirée
Quelque part au ministère, deux hommes trinquaient à leur victoire.
- Ce fut une longue et bénéfique journée, commenta le sorcier massif qui était appuyé contre son propre bureau.
- Que comptez-vous faire, maintenant que Shacklebolt vient d'être remplacé par Zorille ? demanda le plus élancé des deux.
- Mon cher, j'ai décidé de modifier légèrement nos projets depuis que j'ai les informations que j'attendais. Et je compte bien mener plusieurs projets de front. D'abord, pousser le jeune Potter à devenir Auror, définitivement. Avec un petit coup de pouce du « destin », peut-être serons-nous débarrassés de lui… Imagine qu'il mette sa puissance à notre service ! Nous gagnerions un puissant allié et éliminerions un dangereux ennemi en un seul coup de dés…
- Vous voulez dire s'il mettait sa puissance au service du ministère, monsieur, bien sûr, reprit l'homme maigre avec un sourire amusé.
L'autre s'arrêta un instant, amusé également. Il était évident, pour quiconque baignait dans le panier de doxys du ministère depuis quelques années, que ce dernier n'était pas uniquement dirigé par le Ministre de la Magie, mais également par des hommes, des lobbies et des contre-pouvoirs important.
Même si lui s'était arrangé pour museler presque définitivement la Gazette et en faire non plus un contre-pouvoir mais un instrument de son propre pouvoir…
- Certes, très cher, confirma-t-il finalement sans perdre le sourire. Je vais devoir faire attention à mon langage, vois-tu. Car si Zorille est ministre et qu'il nous laisse un immense champ d'action, il ne doit surtout pas s'en rendre compte. Tout comme l'artiste caché derrière son rideau et qui met la marionnette à la lumière, je dois rester dans l'ombre pour mieux tirer les ficelles. Du moins, pour l'instant.
- Et comment le destin pourrait-il pousser le jeune Potter à travailler pour nous ?
- Hum… Je ne sais pas encore exactement. On devrait jouer finement, si l'on veut éviter que la population mette son nez dans nos affaires internes, mais il nous faut en même temps quelque chose de spectaculaire. Je vais prendre le temps de monter un scénario et d'éventuelles issues si ça ne tourne pas comme je l'attends.
- Bien. Et quels sont vos prochains chantiers, monsieur ? Puis-je vous être d'une aide quelconque ?
- Oui. Je vais avoir besoin de toi pour manipuler les membres de la commission internationale sur la coupe du monde de Quidditch qui doivent se réunir ici dans deux mois. Ils doivent attribuer l'organisation aux Etats-Unis, impérativement. Nous ferions alors un grand pas en avant dans notre conquête politique. Il faut aussi que tu continues à gérer la commission aux Etats-Unis, pour qu'elle accepte et soutienne ce choix.
- Bien sûr monsieur. Cela sera fait. Mais je n'aurai plus de temps à consacrer aux carnets d'Orion.
- J'y viens, mon fidèle ami, dit l'homme d'un air satisfait. Je m'occuperai finalement seul des carnets d'Orion. Il me semble bien, la dernière fois que tu m'as amené ton décryptage, avoir repéré dans ces carnets quelques allusions à une organisation sur laquelle j'ai travaillé il y a plusieurs années, quand nous étions encore au pays. Je crois que les réponses à mes questions y sont liées.
- Vous parlez de… commença l'homme, immédiatement interrompu par la voix pressante et pourtant sourde de son patron.
- Tais-toi ! Ne prononce pas ce nom. Les murs ont des oreilles…
L'homme maigrichon observa son interlocuteur sans faire le moindre bruit. Il savait qu'à chaque fois que cet homme prononçait ces mots, c'était qu'il sentait qu'il était épié. Pourtant, le Langue-de-Plomb qui leur posait problème avait été éliminé quelques semaines plus tôt… Qui prenait le relais ?
Bientôt, son vis-à-vis reprit la parole normalement : le danger devait être passé.
- Je n'aime pas ça. La majeure partie des gens qui sont encore ici ce soir sont censés fêter la victoire de Zorille, là-haut.
- Sauf un, monsieur…
- Effectivement. Sauf un. Shacklebolt… Si nous pouvions l'occuper en même temps que le jeune Potter, nous ferions d'une pierre deux coups. Ecoute, pour le moment, donne-moi les carnets et continue la mission que je t'ai confiée en y consacrant tout ton temps. Je te ferai signe quand j'aurai besoin de toi. Et tu me tiendras au courant, quand les choses avanceront vraiment.
- Bien monsieur, répondit l'homme en s'exécutant.
En sortant du bureau, il jeta un dernier coup d'œil à son patron. Les sourcils froncés, il passait une main dans ses cheveux pourtant courts. Il était sans doute déjà en train de calculer divers plans et scénarii pour faire avancer ses projets. Lui, il le sentait : son maître parviendrait à ses fins, tôt ou tard. Et même, probablement aurait-il totalement atteint son but dans les deux ou trois ans à venir…
Il ferma enfin la porte et se mit en route. Il avait des gens à voir et des ordres à exécuter. Après tout, son patron l'avait déjà souligné de nombreuses fois : il lui était fidèle…
