Chapitre 4 : Et l'avenir s'éclaire ?
Partie 3 : Le "Gruhyk Gal Ptekher"
Mercredi 15 juillet
En marchant dans les rues du Londres sorcier, ce mercredi matin, Harry songeait à ses deux dernières semaines, plutôt actives. Il appréciait étrangement les leçons accélérées des divers professeurs, il se sentait de plus en plus à l'aise en Métamorphose – il réussissait parfois à surprendre McGonagall – et il commençait à apprécier les Potions. Même si là, il n'était toujours pas très doué.
Mais c'est surtout à ses séances de méditation qu'il pensait. Il visualisait désormais la porte de son esprit très rapidement. Cependant, méfiant, il se refusait à la pousser et à se perdre pour le moment. Par contre, il avait découvert qu'il pouvait s'amuser à changer la forme, la matière, les couleurs de cette porte. Il se demandait encore à quoi cela pouvait lui servir, mais il avait moins l'impression de perdre son temps car au moins, il s'amusait.
Il avait également longtemps songé à son avenir. Il avait réfléchi à ce qu'il aimait, ce qu'il n'aimait pas, ce qu'il voulait. Il en était venu à la conclusion qu'il aimait pouvoir aider les gens, mais il refusait de le faire en tuant. Il se souvenait des conversations qu'il avait eues avec Dumbledore. Une fois, le directeur lui avait expliqué que tuer quelqu'un mutilait l'âme d'un sorcier. Et il ne voulait pas ressembler à Voldemort. De près ou de loin. Il ferait tout pour l'éviter.
Et puis, maintenant qu'il commençait à comprendre les subtilités de la magie, il avait l'intuition que mutiler son âme, un des trois composants de la magie avec le sang et l'esprit, pouvait mutiler également sa magie. Et il avait toujours ce désir diffus de devenir un mage… Alors pas question de prendre des risques.
Il avait beaucoup réfléchi sur lui-même, et il avait décidé que même s'il voulait aider les gens, il ne fallait pas qu'il devienne pour autant une « icône ». Il n'ignorait pas, Kreattur le lui ayant soufflé, que beaucoup de sorciers voulaient faire de lui le Ministre de la Magie. Et il s'y refusait. Il était trop jeune et il avait conscience d'être encore bien trop influençable… Ne serait-ce que dans les domaines qui touchaient de près ou de loin à sa fiancée…
D'ailleurs, celle-ci lui avait transmis une invitation pour le week-end de la part de Georges et Percy. Ils lui donnaient rendez-vous au magasin Weasley qui était d'ailleurs un peu plus loin, sur le chemin de Traverse. Il irait les voir dimanche, comme ils lui avaient demandé. Harry se demandait bien ce qu'ils lui voulaient et il s'inquiétait un peu… Après tout, sa dernière rencontre avec Percy avait été pour le moins… dérangeante.
En passant devant une devanture encore à moitié détruite par la guerre, Harry vit son reflet. Personne n'aurait pu deviner qui il était, caché dans sa capuche. C'était un conseil de Kreattur car l'elfe lui avait expliqué qu'il y avait toujours du monde le mercredi, à Londres, et que le meilleur moyen pour ne pas déclencher une émeute était de se cacher.
Le sorcier repensa à son statut de « Sauveur ». Lui, il voulait d'abord faire ses pas dans un monde où il serait semblable à beaucoup d'autres. Un monde dans lequel il n'aurait pas de fardeau à porter, où il n'aurait pas besoin d'incarner l'espoir en l'avenir, car d'autres gens tout aussi talentueux, si ce n'est plus, pouvaient le faire à sa place… Un monde dans lequel ses erreurs n'auraient pas de conséquence sur la vie des autres.
Il avait décidé de devenir, dans la mesure de ses capacités, le gérant de sa propre fortune. C'était un premier pas vers le reste, car cela signifiait qu'il était capable de se prendre en main seul. Il commencerait à côtoyer d'autres peuples, à comprendre les rouages de la politique et des affaires. Ensuite, il pourrait commencer à aider les gens. Il serait capable de mettre en route des entreprises en aidant de jeunes entrepreneurs, par exemple, comme il l'avait fait avec les jumeaux Weasley. Il entrerait enfin de plein pied dans le monde sorcier.
S'il parvenait déjà à cela, alors il se sentirait bien dans sa peau, quel que soit le métier qu'il choisirait. Et s'il devenait Auror, il s'arrangerait pour travailler dans une branche qui ne nécessitait pas de tuer. Pas de traques de mages noirs, donc. Peut-être plutôt la protection de personnes ou de biens ? Ou les enquêtes ?
Il observa une seconde la façade de la banque Gringott's devant laquelle il venait d'arriver. Il supposa que Kreattur l'attendait déjà à l'intérieur. L'elfe avait préféré rester invisible, cette fois encore, pour l'accompagner. Il monta donc les marches pour le rejoindre.
Quand il passa le seuil de la banque de Londres, Kreattur s'autorisa à redevenir visible. Il ne faisait toujours pas bon être un elfe domestique dans les rues de la capitale à cette époque. Il savait que la société sorcière, malgré la guerre, n'était toujours pas prête à accepter l'indépendance des « êtres inférieurs » et il n'avait pas l'intention d'attirer des ennuis à son maître. D'ailleurs, ce dernier passa les grandes portes à son tour.
Gringott's grouillait étrangement de monde en ce mercredi matin et on faisait la queue aux guichets. Personne ne leur prêta attention. L'elfe se dirigea vers la droite, vers les couloirs qui menaient aux différents bureaux des Gobelins. Rajik les attendait à l'entrée d'un des couloirs et Kreattur le salua au nom de la famille Potter. Son maître lui avait fait promettre de lui apprendre très rapidement, car il voulait prendre son rôle de chef de famille très au sérieux. Mais pour le moment, il n'était pas encore prêt à saluer les Gobelins sans commettre d'erreur.
- Monsieur Potter, elfe Potter, je vous prie de me suivre. Arnold Kent vous attend déjà dans la salle de réunion que nous vous avons réservée.
Harry suivit les deux créatures en observant partout autour de lui. Au fil des couloirs, il eut l'impression de s'enfoncer sous terre, d'être avalé par un gigantesque monstre. Il n'était jamais allé aussi loin dans le cœur de la banque. Au fur et à mesure, les couloirs richement ornés de tapisseries brodées d'or devenaient des tunnels dont les murs de pierre brute étaient sculptés.
Le sorcier était incapable de dire ce qui était écrit, mais il supposait que les lettres difformes – qui lui rappelaient étrangement celles de l'écran de son coffre qu'avait consulté un jour Rajik – racontaient une grande bataille ou quelque chose d'approchant. En effet, les illustrations sculptées représentaient toutes des Gobelins lourdement armés. Et Binns leur avait si souvent parlé des révoltes gobelines : cela pouvait être l'une d'entre elles…
Bientôt, Rajik s'arrêta devant une double porte surmontée d'une nouvelle sculpture plutôt impressionnante. Une balance équilibrée était surmontée de deux mains résolument humaines formant une coupe, dans laquelle un oiseau coupé en deux sembler brûler de hautes flammes. La représentation un peu folle d'un phœnix, peut-être ? Gravées sur la balance, les inscriptions gobelines n'étaient toujours pas compréhensibles. Rajik et Kreattur s'effacèrent pour le laisser passer.
- Quand vous aurez terminé votre réunion, lui dit le Gobelin, faites sonner la cloche à côté de l'entrée pour rouvrir les portes et nous appeler. Nous vous raccompagnerons à l'entrée.
- Je reste ici, monsieur, l'informa ensuite l'elfe. Vous me ferez part de votre décision finale et je me chargerai de la mettre en place. Si vous avez la moindre question, je suis à votre disposition.
Kreattur sentait chez son maître un tourbillon de diverses sensations, dont l'appréhension et l'excitation. Mais ce qui dominait était bien le désir de faire ses preuves. Kreattur lui avait promis de l'aider à comprendre qui il était, et l'elfe était intimement persuadé que Harry Potter était né pour guider. Alors il comptait bien lui donner un coup de pouce dans ce sens et de faire de lui, au minimum, un chef de famille respecté comme l'était son grand-père.
- J'ai une question, annonça soudain le sorcier curieux. Qu'est-ce qui est écrit là ?
Harry pointait la balance du doigt – la sculpture fine le fascinait – et Kreattur fronça les sourcils. Il ne voyait rien d'autre que de la roche à cet endroit.
- Où ça monsieur ? Je suis désolé, mais je ne vois rien.
- Mais si, là, insista Harry. C'est du gobelbabil, non ? demanda-t-il en se tournant vers Rajik.
- C'est sans doute le cas, mais c'est trop petit pour que je puisse le lire, monsieur Potter, répondit ce dernier.
Harry fronça les sourcils, les yeux toujours fixés sur les inscriptions, et il sembla se perdre dans ses pensées. Quand il s'arracha à sa contemplation, il jeta un œil perplexe et légèrement méfiant au Gobelin. Puis avisant Kreattur, qui semblait attendre avec impatience qu'il se rende à son rendez-vous, il finit par se détourner en secouant la tête.
- Bien. J'y vais, à tout à l'heure, fit-il.
Kreattur jeta un œil perplexe à Rajik qui semblait tendu, puis à son maître qui lui tournait le dos. Harry franchit le seuil de la salle quand les portes s'ouvrirent toutes seules pour lui. Quand elles se refermèrent d'un claquement sec, les deux parties de l'oiseau sculpté se rejoignirent et les flammes se mirent à briller, révélant la sculpture aux yeux des deux créatures.
La lueur se propagea partout autour sur la roche, et rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Elle continua sa course le long du couloir qu'ils avaient emprunté, bien que ni Kreattur ni Rajik ne purent le voir. Rajik sembla se détendre, mais il n'avait plus ce sourire intimidant qu'il arborait d'ordinaire. Il observait, comme l'elfe, la sculpture enfin révélée.
- Quand ton maître a parlé d'écriture, je me doutais bien qu'il réveillerait l'oiseau. Nous connaissons tous la légende de cette sculpture, mais personne ne l'avait encore vue, murmura-t-il.
- Gruhyk Gal Ptekher, murmura l'elfe à son tour en apercevant enfin les signes gravés.
- Oui, confirma Rajik en le faisant sursauter, le basculeur. Il est arrivé et tous les Gobelins le savent, maintenant, continua-t-il en désignant le couloir illuminé d'un geste. Tu vois la lumière, qui pulse frénétiquement ? Le cœur de Gringott's s'est réveillé et je sens sa peur.
Kreattur reprit ses esprits et s'arracha à la contemplation de la balance qui semblait si fragile malgré la roche.
- Pourquoi la peur ? demanda-t-il.
- Personne ne sait de quel côté de la balance sera le basculeur et personne ne sait s'il pourra la maintenir en équilibre. Personne ne sait si sa venue est une bonne chose ou pas. Nous nous doutions bien que ton maître était le Ptekher et c'est pour ça que nous hésitions à le faire venir à la banque. Ceci dit, il fallait bien que cela arrive un jour, soupira-t-il. Au moins, maintenant, nous sommes sûrs.
- Vous avez peur du basculeur parce que vous ne savez pas s'il est bon ou mauvais pour vous, en résumé. Alors vous ne savez pas ce qu'est le Gruhyk Gal Ptekher ?
- Le Ptekher est le Ptekher, l'elfe. Il n'y a rien de plus à expliquer. Nous avons peur et pas seulement pour nous, bien qu'il tienne notre destin entre ses mains. Regarde, c'est la sculpture de Gringott, notre fondateur, qui nous l'annonçait il y a des centaines d'années de cela. J'aurais aimé que tout cela ne reste que légende.
- Mais qu'est-ce que ça fait, un basculeur ? Et pourquoi tiendrait-il votre destin entre ses mains ? Je ne comprends pas…
- Et c'est tant mieux pour toi, l'elfe. Nous ne pouvons rien dire, nous pourrions briser la balance malgré nos bonnes intentions. Ce n'est pas notre rôle d'informer le Ptekher. Pas tout de suite. Pour l'instant, le Ptekher décide et soit nous suivons, soit nous disparaissons.
- Harry Potter ne laisserait jamais les Gobelins disparaître ! s'exclama vivement Kreattur. Mon maître est bon !
- Que Gringott t'entende, l'elfe, que Gringott t'entende, soupira le Gobelin.
- S'il vous fait peur, pourquoi voulez-vous à tout prix le garder chez vous ? Et pourquoi m'avez-vous aidé à servir ses intérêts ? Je veux dire… Il existe tellement d'autres établissements bancaires sorciers dans le monde.
- Nous ne pouvons rien dire, mais ça ne veut pas dire que nous ne pouvons rien faire. Nous voulons conserver la balance, l'elfe. Nous ne pouvons pas décider à la place du Ptekher, mais nous pouvons tenter de lui montrer la meilleure voie. Sa venue est annoncée depuis tant de décennies que nous avons pu faire nos recherches et prendre nos décisions en gardant à l'esprit ce qui nous semble le mieux. Même si le Ptekher est le juge final.
Kreattur, à son tour, songea qu'il avait des recherches à mener s'il voulait vraiment servir au mieux les intérêts de son maître. Les paroles du Gobelin étaient bien trop étranges, parfois prononcées avec bien trop de craintes, pour qu'il n'y prête pas une réelle attention. Par ailleurs, même sans trop en dire, le Gobelin lui avait fait passer un message… Son maître, le Gruhyk Gal Ptekher, pouvait provoquer la disparition d'un peuple. Et tel qu'il le connaissait, il savait que son maître ne s'en remettrait pas si cela devait arriver…
HPAKHPAKHPAKHPAKHPAKHPAK
Harry cligna des yeux en entrant dans la pièce. La lumière vive des torches l'éclairait comme en plein jour. L'homme avec lequel il avait rendez-vous était dos à lui et semblait admirer une vitrine au cœur de la roche.
Arnold Kent avait les épaules larges, de longs cheveux noirs tressés et attachés en une queue de cheval et un très large pantalon verdâtre apparemment plein de poches. Il se retourna vers Harry et ce dernier put continuer son observation. L'homme qui lui faisait face semblait étonnamment jeune et une paire de lunettes opaques lui mangeait la moitié du visage. Nonchalant, il avait les mains dans les poches.
- Salut, dit-il d'une voix lente. Tu es mon nouveau patron.
- Il semblerait, acquiesça Harry d'une voix posée. Mais il se pourrait que ça ne dure plus très longtemps.
- Tu n'as aucun sens de la diplomatie, jeune homme, répondit Kent d'une voix amusée, cette fois. Tu le sais, ça ? Il se pourrait que je me vexe.
- Il se pourrait, répliqua Harry d'une voix toute aussi amusée, que je sois plus un combattant qu'un diplomate.
- Je vois. Que dirais-tu de t'asseoir, bonhomme ? ça serait mieux pour causer, ajouta-t-il en joignant le geste à la parole.
Harry observa son vis-à-vis, surpris par tant de familiarité, mais il haussa les épaules. Tout ce qu'il avait l'intention de faire, c'était de prendre en main la conversation comme l'homme qu'il voulait être. Un homme sûr de lui mais ouvert, à la tête d'une famille la plus large possible. Il s'approcha donc de l'homme et lui tendit la main.
- Harry Potter. Je cherche à comprendre la présence de votre usine dans le patrimoine Black.
L'homme observa la main et sourit, avant de la lui serrer. Harry s'assit et l'homme ôta ses lunettes : il avait le contour des yeux tout ridé.
- Je suis Arnold Kent. Je travaille – enfin travaillais – pour les Black depuis une trentaine d'années maintenant. Laisse-moi me souvenir de tout ce qui m'a conduit là, quelques instants, demanda-t-il.
Il ferma les yeux et se massa les tempes un instant avant de reprendre.
- Potter… Il me semblait bien avoir déjà entendu ce nom quelque part. Orion m'avait commandé quelques prototypes spéciaux pour un Potter, si je me souviens bien. Ceci dit, je ne sais pas s'ils ont fonctionné : mes inventions fonctionnent rarement correctement dans votre monde…
- Comment en êtes-vous arrivé à travailler pour Orion Black ? Les sorciers s'approchent rarement des Moldus, sans vouloir vous vexer.
- C'est ce que j'avais cru comprendre, merci. Et honnêtement, je ne m'en porte pas plus mal. Je travaillais avec Orion pour lui rendre service. Il m'a sauvé la vie, je lui devais bien quelque chose…
- Sans vouloir être indiscret, de quoi vous a-t-il sauvé ?
- A l'époque, j'avais à peine une vingtaine d'année, mais j'étais déjà connu dans le milieu de l'armement pour mes compétences. On me disait prometteur et j'avais plusieurs projets assez lourds en charge. Je ne savais pas que j'étais pisté par plusieurs gangs mafieux. Je suis parti en vacances avec ma femme, un été, et nous avons été enlevés. Ils ont fini par la tuer…
Harry ne disait rien. L'homme avait interrompu son récit, sans doute sous le coup de l'émotion. Mais le sorcier pouvait deviner, à son regard hanté, que les souvenirs ne s'étaient pas interrompus, eux. Kent se reprit ensuite.
- Ils allaient m'abattre quand des gens sont apparus de nulle part. Ils étaient vêtus comme des sorciers, mais je n'aurais jamais pu imaginer qu'ils en étaient vraiment. D'après Orion, c'était une erreur de « porte-au-loin », comme vous dites… Ils ont massacré tous ceux qui me retenaient. J'ai intrigué Orion parce que j'étais attaché et que je ne réagissais pas vraiment à leur venue. Il faut dire que sans Betsie, plus rien ne me retenait. On a discuté. C'était une scène étrange. Puis Orion m'a offert de me venger si je consentais à imaginer et fabriquer des armes pour lui. J'ai accepté, il m'a vengé et j'ai retrouvé mon équilibre.
- C'est mal ! s'exclama Harry, sans parvenir à exprimer autrement son sentiment. Et la justice ? C'était beaucoup trop expéditif ! Vous avez tué, simplement pour vous venger ?
- Crois-tu ? Qui sait ? Ta naïveté est touchante, mais… tu es sûr d'être un combattant ? Tu devrais savoir que parfois, la mort d'un homme épargne des milliers d'autres vies.
- Epargner des vies, d'accord, mais il vous demandait en échange de fabriquer des armes ! Si ça n'est pas pour tuer, c'était pour quoi ?
- Ce n'est pas si simple. Nous avons découvert que mes inventions étaient inutiles, ou presque, dans votre monde. Orion les manipulait avec de la magie pour en faire des choses étonnantes qui ne ressemblaient en rien à des armes, d'après moi. A la fin de sa vie, il m'avait même commandé des fantaisies, des formes très spécifiques… Je n'ai jamais cherché à savoir ce qu'il en avait fait. Il m'a permis de vivre et c'est tout ce que je voulais savoir. Il m'a donné de quoi faire vivre ma nouvelle famille.
- Oui, mais en vendant des armes, reprocha Harry.
- Je n'en vends pas. Tu as dû remarquer que les comptes de mon « usine » sont déficitaires depuis de nombreuses années. C'est que nous travaillons à toute petite échelle.
- Alors vous les fabriquiez uniquement pour Orion Black ?
- Effectivement. Mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'il était le seul à en bénéficier.
- Comment ça ?
- Je sais déjà qu'un certain Potter, un ami plus âgé que lui, en utilisait certaines. Et si tu regardes dans la vitrine, là-bas, tu verras exposé un de mes prototypes. Je reconnaitrais mes inventions au premier coup d'œil.
Harry se leva et regarda l'arme. Une espèce de massue gobeline moderne avec plein de boutons le long du manche. Il s'avança ensuite vers la cloche et sonna : il voulait comprendre. La double porte s'ouvrit d'elle-même et il invita Rajik et Kreattur à entrer.
- Pourquoi des armes moldues fabriquées pour les Blacks se retrouvent-elles ici ? demanda le sorcier au Gobelin.
- C'est Orion Black qui avait choisi de les stocker ici et non dans son coffre. Pour qu'elles soient auprès de la dépouille du fondateur Gringott. Elles sont toutes dans des caches le long des murs.
Rajik désigna une sépulture qu'Harry n'avait pas encore remarquée, puis il remarqua que des petites portes étaient incluses dans le bas des murs. Il reprit.
- C'est pour la future Gurg Eschlikar, la « guerre de la boue ». Quand nous serons appelés par le Ptekher, ainsi nous serons prêts.
- Encore une guerre ? Contre qui ? Pourquoi ? gronda Harry.
Le jeune homme était tellement en colère qu'il ne remarqua pas que son aura en devenait écrasante pour ses trois spectateurs. Kent songeait que, peut-être, Harry Potter n'était pas son patron pour rien. Et que son regard coléreux devait être un atout sympa pour impressionner ses adversaires, puisqu'il se désignait lui-même comme un combattant.
- Nous ne pouvons pas révéler les secrets des Gobelins, monsieur Potter, je suis désolé.
Les oreilles de Kreattur s'agitaient furieusement. Il recoupait ces mots avec la conversation qu'il avait eue avec Rajik, quelques instants plus tôt.
- Monsieur, intervint-il, pourrais-je vous parler ?
Harry regarda l'elfe et sa colère retomba. Il restait agité par l'idée qu'une nouvelle guerre était attendue, mais il ne pouvait rien y faire pour le moment, puisqu'il n'avait aucune information de plus. Peut-être Kreattur savait-il des choses ? Il se tourna vers le Gobelin et Arnold Kent et leur ordonna, sans vraiment être conscient du ton qu'il prenait, de ne pas bouger. Ils ne songèrent même pas à désobéir. Le sorcier emmena Kreattur un peu plus loin.
- Monsieur, dit l'elfe un peu gêné, ne croyez-vous pas qu'il serait judicieux de garder cette usine ? Si un conflit se déclare, vous pourriez fournir des alliés potentiels en matériel de guerre… Et éviter des pertes dans votre camp.
- Mais pourquoi crois-tu qu'on est sur le point de connaître une nouvelle guerre ? Voldemort est mort !
- Il est mort, mais il a succédé à Grindewald. Qui succédera à Voldemort ?
- Tu es trop pessimiste, Kreattur, rétorqua Harry, beaucoup moins sûr de lui cependant. Et puis, je ne veux pas qu'il y ait des morts pas ma faute…
- Alors contrôlez les armes fabriquées en gardant l'usine. Si vous la revendez, j'ai peur que d'autres gens que vous aient moins de scrupules, monsieur.
Harry réfléchit quelques instants. Il pouvait toujours garder la société temporairement et décider plus tard de ce qu'il allait en faire. Et puis, il avait bien une idée de la manière dont il pourrait occuper Kent ces prochaines semaines. Le sorcier revint au milieu de la pièce.
- J'ai décidé de garder votre usine, monsieur Kent. Mais je veux que vous cessiez toute production d'armes pour le moment. Si vous êtes toujours d'accord pour travailler avec moi, j'aimerai que vous examiniez les armes que je possède avec les sorciers spécialisés qui les analysent actuellement. Kreattur, pourras-tu veiller sur monsieur Kent pour que personne ne s'aperçoive qu'il est moldu et que personne ne s'en prenne à lui ? demanda Harry quand Kent eut manifesté son accord.
- Bien sûr, monsieur ! répondit immédiatement l'elfe domestique.
- Rajik, j'aimerai que toutes les armes qui sont actuellement stockées ici par Orion Black soient transférées dans mon coffre familial. Je veux qu'elles soient en sécurité. Si jamais une guerre éclatait et que vous en aviez besoin, alors peut-être vous les redistribuerai-je.
Le Gobelin acquiesça immédiatement. Le directeur serait content, car c'est comme ça qu'ils avaient imaginé que les armes entreraient en possession du Ptekher : il les avait réclamées.
- Monsieur Kent, nous nous reverrons quand votre analyse sera terminée, afin que nous puissions discuter ensemble de l'avenir de la société, si vous le voulez bien.
- OK, boss ! répondit l'homme, laconique.
- Rajik, peux-tu me reconduire dans le hall ? Cette réunion est terminée et les décisions sont prises. J'aimerai rentrer maintenant.
Et alors qu'il remontait les couloirs en sens inverse, suivi cette fois par un Kreattur ravi, il se sentit plus déterminé que jamais à prendre ses affaires et sa vie en main.
HPWBHPWBHPWBHPWBHPWBHPWBHP
Samedi 18 juillet
Harry n'eut pas le temps de rencontrer l'architecte conseillé par Kreattur avant le samedi après-midi. Et encore, il avait eu de la chance que cet homme accepte si facilement de travailler un week-end. A l'instant, il était en train de l'attendre au Chaudron Baveur, où il lui avait donné rendez-vous avant de l'emmener chez lui.
Il étira ses muscles et but une gorgée de Biérraubeurre. Il avait mal un peu partout. Il avait accepté, pour Hermione, de faire deux sessions de test et d'entraînement en DCFM jeudi et vendredi après-midi. Il avait pu apporter pas mal de conseils aux cinquièmes années et à une infime partie des septièmes. Et il fallait bien dire que les élèves de sa génération lui en avaient fait baver car ils savaient se défendre très correctement. La guerre les avait entraînés bien mieux qu'il n'aurait pu le faire.
Il n'avait jamais été touché de plein fouet par un sort, parfois frôlé, mais il s'était essoufflé petit à petit avec le nombre. Et maintenant, il souffrait. Comme quoi, il arrivait que la quantité prime.
Il songea ensuite joyeusement que ça ne l'avait pas empêché de réussir une très belle métamorphose, le matin même. Il avait décidé de s'entraîner à certains sorts, et il maîtrisait mieux la métamorphose d'une chaise en chien. Le fait de penser à Sirius – avec nostalgie et non plus avec tristesse – l'avait aidé à faire un animal réaliste. Certes, il n'atteignait pas encore la vitesse d'Hermione, mais il aimait sentir qu'il progressait.
- Monsieur Potter ? demanda un homme en se penchant au-dessus de sa table. Je suis Yann Beltane, l'architecte.
Harry fit signe à Kreattur, qui avait tenu à rester invisible comme toujours, et il les fit transplaner au square Grimmaurd. Les deux sorciers firent le tour du propriétaire et Harry expliqua à l'homme ce qu'il voulait. Une fois la visite terminée, l'architecte sortit sa baguette et commença à tracer les futurs plans. Harry observa la rapidité et la précision du professionnel.
La cuisine serait raccordée au salon pour faire une très agréable et spacieuse salle à manger, moins tassée que l'ancienne. La petite salle à manger actuelle, avec la cheminée, deviendrait une aire de réception pour les visites et les atterrissages en transplanage.
Sur le parchemin, le couloir et les escaliers subirent un rajeunissement très agréable. Des matériaux clairs, des boiseries et du carrelage pour remplacer les vieux parquets couverts de tapis miteux. Ça serait bien plus facile à nettoyer.
Les trois étages et le grenier furent également aménagés. Harry avait décidé d'installer son bureau dans l'ancienne chambre de Sirius, pour ne pas oublier que se précipiter sans réfléchir était pire que mieux. Il voulait transformer les mauvais souvenirs de son parrain en quelque chose de plus doux. Il voulait que ses activités prennent place dans ce lieu où l'inactivité de Sirius l'avait mangé à petit feu.
La bibliothèque serait agrandie, mais surtout éclaircie. Car Harry découvrait peu à peu que, si elle n'était pas tout, la lecture pouvait apporter beaucoup de choses intéressantes. Il y aurait dans les étages plusieurs chambres : pour lui, leurs amis et invités et… pour ses enfants, songeait-il avec un sourire ravi. Le grenier deviendrait d'ailleurs une grande salle de jeux pour eux, aménagée et traitée pour éviter les blessures et pour atténuer les bruits. Chaque étage aurait une salle de bain, deux grande et une plus petite.
La cave appartiendrait entièrement à Kreattur, qui refusait de vivre dans les étages. Il voulait l'aménager seul, bien qu'Harry fût conscient qu'il destinait une partie de cette cave pour le cellier, le débarras et la laverie. Kreattur restait un elfe domestique et il n'aimait simplement pas bénéficier de trop de luxe… Il s'y sentait mal à l'aise.
Lucarnes et fenêtres agrandies, pièces réaménagées, matériaux remplacés et sorts divers, les deux sorciers se mirent d'accord sur toutes les finitions du ressort de l'architecte et de l'équipe d'ouvriers, pendant une grande partie de la journée. Tous les deux enthousiastes, ils s'étaient à peine arrêtés pour manger un petit plat préparé par l'elfe.
L'architecte fut d'accord pour superviser le travail des ouvriers en collaboration avec le maître de chantier. Il était nécessaire de faire les travaux – qui transformeraient nettement la maison – en douceur. Car il fallait que la maison accepte et intègre les changements, de même que les modifications de magie que prendrait en charge Kreattur, petit à petit, pour adapter le lieu à la famille Potter.
La seule condition émise par Beltane était que la maison soit libérée de tous ses meubles et autres objets, afin de faciliter leur travail. Harry accepta et les deux hommes se quittèrent satisfaits. Quand Harry referma la porte, le rideau de Walburga Black s'ouvrit, surprenant Harry.
- Monsieur Potter, dit froidement le tableau, puis-je vous poser une question ?
Le jeune homme s'approcha, circonspect. La vieille Black était rarement aussi polie. En fait, c'était même une première pour lui.
- Je vous écoute.
- Accepteriez-vous… de me laisser sur ce mur, malgré vos réaménagements ? finit-elle à toute vitesse.
Elle avait l'air fâchée de demander une telle chose, si l'on en croyait son air pincé. Il faut dire que pour la première fois de sa vie, elle n'était plus chez elle. Harry fronça les sourcils, prêt à refuser, mais il se retint.
N'avait-il pas décidé, quelques heures auparavant, de toujours se rappeler que la précipitation était mauvaise conseillère ? S'il la laissait là, il y gagnerait peut-être quelque chose ? Car il supposait, avec justesse, que si la femme fière lui demandait ce service, c'était parce qu'elle avait un marché à lui proposer.
- Peut-être, finit-il par répondre. Qu'avez-vous à proposer ?
La peinture cligna des yeux. Le Gryffondor n'était pas aussi impulsif que dans ses souvenirs. En vérité, avec ses bras croisés et son regard scrutateur, il lui rappelait effectivement Hector Potter, comme lui avait glissé l'elfe une semaine plus tôt. Mais dans une version encore un peu fade pour cet homme imposant dont elle ne pouvait s'empêcher de chérir le souvenir.
- Même si je ne suis plus qu'une peinture, monsieur Potter, je connais la magie de cette maison par cœur. Car c'est mon mari et moi qui l'avons faite telle qu'elle est aujourd'hui. Je peux être une conseillère utile pour mener les travaux efficacement.
En voyant que le jeune Potter n'était pas réceptif à l'argument, elle tenta autre chose. Elle ne voulait vraiment pas disparaître définitivement.
- Je pourrais également renseigner Kreattur sur les objets dangereux, les caches, les sorts qui protègent chacune des pièces de la maison, afin de la débarrasser correctement. Puisque c'est nécessaire avant que vous ne commenciez les travaux. Et je promets de ne pas importuner vos visiteurs, même si ce sont des Sang-de-Bourbe.
- Je refuse de garder chez moi quelqu'un qui méprise ceux qui ne sont pas des Sang-purs, gronda Harry que le mot « sang-de-bourbe » mettait toujours en rage.
La sorcière sur le tableau pâlit légèrement et se mordit les lèvres avant de reprendre la parole.
- Les habitudes ont la dent dure, pardonnez-moi. Je n'utiliserai plus cette expression. Je suis parfaitement capable d'accueillir dignement vos hôtes.
Harry resta silencieux quelques instants. La vieille Black lui offrait ses services et ses conseils. Il y avait sans doute des choses positives à tirer de cela.
- Bien. Je vous mets à l'essai, dit-il posément. Si vous insultez mes invités et ma famille, je vous retire de ce mur définitivement, je vous le promets.
La vieille femme acquiesça. Elle avait l'air encore plus ridée qu'au début de la conversation. Sans doute avait-elle du mal à se faire à cette idée qu'elle allait se mettre au service d'un jeune homme de sang mêlé… Le sorcier se demanda si elle était au courant que Voldemort en était un également.
Harry se retira dans la cuisine où Kreattur l'attendait. Il lui exposa son besoin de débarrasser et ranger la maison avant que les ouvriers ne commencent leurs travaux. L'elfe lui rappela qu'il aidait Arnold Kent pendant la semaine, à la banque. Il glissa au sorcier que, peut-être, il aurait besoin d'un deuxième elfe domestique tout en songeant à Bris dont les douleurs ne cessaient pas.
- Comment ? sursauta Harry. Mais Hermione ne me le pardonnerait jamais !
L'elfe se souvint de la jeune amie de son maître. Winky elle-même lui avait expliqué à quel point la jeune fille essayait de libérer les elfes de maison, sans relâche. Bien sûr, elle avait raison de s'indigner contre l'esclavage actuel de ses congénères, mais elle n'avait pas encore compris les nécessités liées à leur nature et à leur pouvoir. Car, comme il le répétait souvent à Bris et Horn, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».
- Nous pourrions simplement expliquer à mademoiselle Granger que nous avons besoin d'être liés à un maître. Je suis sûr qu'elle comprendrait.
- Je m'en doute bien, mais… Tu sais, à certains moments, elle me fait plus peur que Voldemort.
Bien sûr, Harry plaisantait, mais il n'empêche qu'il avait des frissons quand il songeait à certaines colères qui pouvaient prendre la jeune fille…
- Restez-vous dîner ici, monsieur ? demanda finalement l'elfe domestique, pour changer de sujet.
- Non merci, Kreattur. Je rentre au château. J'ai promis aux autres de les rejoindre ce soir.
- Bien monsieur.
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Dimanche 19 juillet, après-midi
Juste après le repas qu'il avait pris à Poudlard en compagnie de ses amis, Harry poussa la porte de la boutique de Farces pour Sorciers Facétieux. Georges et Percy s'affairaient entre les étals pour remettre la boutique en ordre. Il lança un « Bonjour ! » retentissant.
- Salut, Harry, salua Georges avec un sourire. On ne t'attendait pas si tôt !
- Mais ça n'est pas un mal ! ajouta Percy. Bonjour, Harry. Tu peux nous aider à ranger un peu la boutique, si tu veux, dit-il en lui tendant une paire de gants en peau de dragon.
- Bien sûr, acquiesça immédiatement le jeune homme. Tu vas rouvrir la boutique, Georges ? demanda-t-il en enfilant les gants.
- Ouaip ! Avec l'aide de Percy, on va remettre cette affaire en route en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! Pas question de rater le coche : avec la fin de la guerre, toute l'économie des farces va reprendre. Et toi, comment tu avances avec le square Grimmaurd ?
- Je viens de terminer les plans avec l'architecte et on commencera les travaux d'ici… peut-être deux semaines, le temps de débarrasser la maison des vieilleries.
- Oh Oh ! s'exclama Georges en lançant un coup d'œil complice à Percy. Est-ce que tu pourrais…
- … nous laisser jeter un œil dans tout ça. On y trouvera peut-être des trésors intéressants pour la boutique !
- Si vous le voulez, accepta Harry, surpris de voir que Percy était parfaitement sur la même longueur d'onde que son cadet. Je pense que je jetterai la plupart des objets et des meubles, de toute façon…
Une petite demi-heure après, presque tous les objets sur les rayonnages étaient remis en cartons. En saisissant un vase de terre, plein de longues pinces faites dans un genre de plastique, Harry bouscula une armoire. Un œuf tomba sur le sol et roula en-dessous. En grognant, Harry se mit à genoux pour l'attraper.
- Fais attention à cet œuf, Harry ! Il paraît fragile, mais même avec des gants en peau de dragon, il pourrait te brûler les mains.
- Et c'était censé être un objet de blague ? demanda Harry un peu ahuri.
- Oui et non. C'était une blague destinée aux Mangemorts. Tu sais, quand Voldemort était au pouvoir, Fred et moi avons eu régulièrement des ennuis avec eux. On a simplement cherché à nous venger.
- Ah, d'accord, dit Harry en attrapant une pince pour saisir l'œuf.
Mais le sorcier aurait dû se douter que la pince aussi servait aux farces. L'objet vint lui pincer le nez sans qu'il parvienne à l'enlever.
- Attends ! dit Percy. Ne tire pas ! Il faut…
- …la chatouiller pour qu'elle lâche prise, termina Georges en joignant le geste à la parole.
Surpris, Harry assista à un gloussement de la part de la pince, avant qu'elle éclate de rire en ouvrant grandes les mâchoires et qu'elle tombe au sol.
- Inspiration qui nous est venue de la poire de la cuisine de Poudlard, précisa Georges pendant qu'Harry se tâtait le nez.
- Outch ! Est-ce que vous avez quelque chose pour ça ? Je ne suis pas sûr que ce soit une blague très drôle… C'est douloureux.
- Encore une invention pour les Mangemorts, commença Percy. Quand ils tirent dessus ou qu'ils lui lancent des sorts pour lui faire lâcher prise…
- … la pince se ressert de plus en plus. Et on rendait un ou deux Mangemorts incapables de se battre pendant quelques jours, jusqu'à ce que la pince fatigue et tombe toute seule, termina Georges.
Les deux frères se chargèrent de ranger ces derniers objets et emmenèrent Harry dans l'arrière-boutique pour lui donner un baume contre la douleur et les rougeurs.
- On en a toujours plein. On en a besoin quand on invente des nouveaux produits.
- Je me doute, grommela Harry en appliquant la crème sur son nez. Alors, pourquoi est-ce que vous vouliez me voir ?
Les deux frères échangèrent un regard et proposèrent au jeune homme de monter à l'étage, dans l'appartement. Ça serait plus confortable pour discuter.
- Tu comprends, expliqua George, voilà un moment que Percy tergiverse et hésite à te contacter…
- Depuis l'enterrement de Frédéric, en fait, précisa Percy avec une légère grimace.
- … et il m'a demandé mon conseil cette semaine, à propos d'un tas de choses…
- George aussi a hésité sur la conduite à tenir.
- Finalement, on a décidé que même si tout ça était bizarre, il fallait qu'on te mette au courant.
- Mais vu l'effet que notre discussion a eu sur George, je préfère faire ça là-haut, en toute discrétion, termina Percy.
Harry fronça les sourcils en montant les escaliers, totalement perdu et légèrement inquiet quant à la discussion à venir. Quand les trois jeunes sorciers furent assis dans les fauteuils, plus propres après un petit sort de Récurvite, et quand ils eurent chacun une chope de Biéraubeurre dans les mains, Percy prit la parole.
- Je sais que tu détestes ton statut de héros, dit-il, mais t'es-tu déjà demandé pourquoi tu étais le seul à pouvoir vaincre Voldemort ? T'es-tu déjà demandé pourquoi une prophétie avait été faite sur ton compte, quand tu es né ? T'es-tu déjà demandé si d'autres prophéties avaient été faites à ton propos ?
- Holà ! le stoppa Harry en levant la main. Là, je suis définitivement perdu. Après votre mise en bouche, j'avoue être un peu inquiet. Pourquoi toutes ces questions ?
- Dis-moi, Harry, as-tu déjà entendu parler des « Temps Sombres » ? demanda George.
- Non, pas du tout, répondit Harry, intrigué.
Les deux sorciers roux échangèrent un regard inquiétant.
- Ecoute, reprit le dernier jumeau, Percy a eu des informations par son réseau…
- Son réseau ? ne put s'empêcher d'interrompre Harry en regardant Percy.
- On peut dire ça comme ça, confirma ce dernier. Et les informations que j'ai eues nous entraînent aujourd'hui à te parler des « Temps Sombres ».
- C'est normalement quelque chose qu'il est interdit de dévoiler, continua George, mais on a eu une sorte de…
- … dérogation pour t'en parler. Apparemment, quelqu'un cherchera à déclencher, dans un avenir assez proche, ce qu'on appelle très justement les « Temps Sombres »…
- Et qu'est-ce que c'est ? demanda Harry, peu rassuré.
- Harry… La seule chose que nous pouvons te transmettre est cette expression, dit George. Après, nous n'aurons plus rien à dire.
- Dis-toi que c'est un message transmis par un de tes frères et cherche ce que ça veut dire, ajouta Percy. Mais sache que les « Temps Sombres » portent bien leur nom.
- Pourquoi moi ? gémit Harry.
- Tu es le destinataire, Harry. Nous n'avons pas choisi. On veut seulement te donner un coup de pouce… répondit George.
- Mais pourquoi maintenant ? Et comme ça ? Je ne comprends pas ce qu'il peut bien vous arriver, à tous les deux, râla Harry. George, tu sais très bien que je déteste tout ce qui a trait aux énigmes et aux espèces de propos prophétiques complètement flous.
Les deux frères échangèrent un regard à la fois énervé et gêné.
- Tu ne peux pas comprendre, pour le moment, répondit séchement Percy avec la voix qu'il utilisait à l'époque où il était un préfet pédant de Poudlard. C'est compliqué. J'ai besoin d'une certaine forme de soulagement, après ce qui s'est passé à l'enterrement et…
Le sorcier jeta un œil bourré de sous-entendus à son petit frère.
- … et pendant qu'on était malades. J'avais besoin de me libérer de ces mots. Quant à ta question « pourquoi maintenant », c'est simplement parce que mes… informateurs ont jugé que tu n'avais pas assez pris en compte leur première mise en garde. Et ça les tracassait tellement que ça me rendait fou. J'espère, maintenant, me retrouver un peu l'âme en paix.
George lança une grimace mal à l'aise à Harry, conscient que son frère pouvait semblait inutilement cassant, mais après avoir lui-même pris en compte certains faits dérangeants… Depuis qu'il avait eu le fameux « malaise », qui avait rendu ses parents presque paranoïaques quant à sa santé, George savait qu'il fallait se plier au destin et aux forces qui pouvaient l'influencer.
Alors quand Percy était venu lui parler de ses tracas, fort de leur nouvelle complicité et de leur nouvelle compréhension mutuelle, il lui avait tout de suite conseillé de contacter Harry. Percy avait encore hésité un peu et, finalement, parce qu'il devenait réellement timbré, il avait accepté de libérer les mots honnis. Malgré tout les sacrifices cachés derrière cette mise en garde, dont Harry n'aurait probablement jamais conscience…
- Ecoute, repris Percy plus doucement, devant le regard noir d'Harry. Nous devions te dire ça, et à toi uniquement. Ces mots, il fallait qu'on te les transmette, mais si quelqu'un d'autre les recevait, il se pourrait que les conséquences soient dramatiques. C'était ma dernière mise en garde, Harry, sur ce qui risque d'arriver. « Souviens-toi et agis », s'il te plaît.
Harry entendait bien que les frères Weasley accentuaient certains mots et il dut admettre que plusieurs expressions étaient tout droit sorties de l'espèce de prophétie qu'avait prononcée Percy à l'enterrement de Fred. Il l'avait un peu négligée… Bon, d'accord, il l'avait un peu oubliée. C'est qu'il n'avait le droit d'en parler à personne, ça n'aidait pas…
D'ailleurs, réalisa le sorcier brun, Percy venait justement de lui dire que transmettre sa conversation, à l'instant, pourrait avoir des conséquences dramatiques. Est-ce que le fait d'avoir reporté son analyse à plus tard avait pu provoquer la conversation d'aujourd'hui ? Mais comment les informateurs de Percy pouvaient-ils être au courant de son manque d'entrain à analyser les mots ?
Le sorcier gémit et se prit la tête à deux mains. Etait-il maudit ? Pourquoi tous ces trucs bizarres n'arrivaient qu'à lui ? Et pourquoi tout le monde voulait tant voir l'avenir en noir ? Etait-il le seul à vouloir apprécier une paix totale ?
- Mais qu'est-ce qu'il se passe, bon sang ? marmonna-t-il.
- A l'instant, rien de grave, le rassura finalement George, comprenant très bien les sentiments de détresse et d'incompréhension qui avaient dû envahir le jeune homme. On t'en parle maintenant parce que… Enfin, c'est compliqué… On avait juste besoin de te mettre en garde. Après, c'est toi qui décide de ce que tu vas faire de notre discussion…
- Une discussion, une discussion… C'est beaucoup dire. Vous ne me parlez que par énigmes, grommela le jeune homme.
- Espérons que ça ira, chuchota Percy. Nous ne pouvons rien faire de plus.
George se mordit une nouvelle fois la lèvre. Toutes ces histoires de secrets, ça n'avait jamais été son truc. Sauf quand il s'agissait de farces, bien sûr. Il secoua ses cheveux roux, dans un geste qui devait lui éclaircir les idées, et se décida à faire ce qu'il savait le mieux faire, à savoir détendre l'atmosphère quand elle devenait insupportable.
- Bon, ce n'est pas tout ça, mais que penses-tu de notre dernière invention ? Perce et moi devons encore travailler sur les détails, mais globalement, on aimerait créer un chapeau pour ces dames qui transforment les visages en champs de bataille pour les boutons, moustaches et autres verrues.
Harry apprécia le changement de conversation et suivit le jumeau survivant en lui donnant ses propres avis. Il préférait prendre le temps de mettre toutes ces histoires de prophéties au clair dans sa tête, plus tard, et seul.
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Lundi 20 juillet, fin d'après-midi
- Pour notre chambre, expliquait Walburga à Kreattur, tu devras faire attention au petit secrétaire sous la fenêtre. Il n'a l'air de rien, mais il est protégé par trois sorts. Désactive d'abord le tableau qui représente un jardin fleuri, puis roule le tapis devant le secrétaire et enfin, prend la bouteille de Scotch d'Orion, dans sa table de chevet. Quand on la pose sur le meuble, il devient inoffensif.
Kreattur était plutôt content que son maître ait décidé de garder le tableau de son ancienne maîtresse. Pas qu'il soit nostalgique, loin de là, mais il appréciait grandement les conseils prodigués par la peinture animée.
- Retire tout ce qu'il y a à l'intérieur. Je ne sais plus ce que nous avions entreposé, mais sans doute étaient-ce des objets hautement confidentiels. Laisse ça dans un carton et Potter verra ce qu'il veut en faire. Ensuite seulement, tu pourras jeter le meuble. Il sera désactivé puisqu'il n'y aura plus rien à l'intérieur…
Après avoir retenu toutes les précautions à prendre pour pénétrer dans l'ancienne chambre des maîtres et la débarrasser, Kreattur monta les escaliers et se mit à l'ouvrage, imité par les deux petits elfes qu'il avait emmenés avec lui. Aujourd'hui, Arnold Kent était malade et ne pouvait pas se rendre à la banque. Donc l'elfe avait choisi d'occuper son temps en se rendant utile au square Grimmaurd.
Il n'était pas inquiet de la masse de travail, cependant, car son maître avait compris que Bris n'allait pas bien et il était prêt à l'aider en le liant, bientôt. Il avait décidé qu'il parlerait d'eux à ses amis dans le courant de la semaine. Donc Kreattur apprenait aux deux jeunes la façon dont il fallait procéder pour suivre les conseils du tableau, afin qu'ils soient rapidement autonomes. Et il était très heureux de voir que ses leçons portaient, car Bris et Horn apprenaient très vite.
Bris avait même un peu moins mal qu'avant. Kreattur savait que c'était psychologique : en s'activant pour rendre service à un sorcier, il ressentait les effets bénéfiques d'un substitut temporaire.
Bientôt, tous trois vidèrent consciencieusement le secrétaire dont avait parlé Walburga Black. Il était plein de livres de comptes et de carnets divers et variés. Kreattur ne doutait presque pas de retrouver là un journal intime de sa maîtresse, ou quelque chose dans le même goût. Rien que l'idée suffisait à l'amuser. Bris lâcha soudain un petit volume en cuir en couinant.
- Bris ! Que t'arrive-t-il ?
L'elfe montra son ventre. « Hum…, » songea Kreattur, « l'effet de soulagement était de très courte durée… » Il donna au petit une de ces galettes que les elfes cuisinaient pour soulager les douleurs, et il se pencha pour ramasser le carnet ouvert.
Il allait le refermer d'un claquement sec, quand un mot lui sauta aux yeux. « Ptekher. » Intrigué, il le feuilleta. Il y avait des listes de mots gobelins avec leur traduction en latin. C'était une manie chez les sorciers d'utiliser le latin dès qu'il s'agissait de magie. Mais Kreattur ne lisait pas le latin. Il avait déjà bien trop de choses à connaître…
Puisqu'il s'agissait de l'écriture de Walburga, il décida qu'il irait lui demander des explications une fois que la chambre serait arrangée. Il mettait tous les meubles au milieu de la pièce, car Harry Potter l'avait prévenu la veille que deux hommes Weasley allaient venir y jeter un œil, avant que tout ne soit jeté.
Enfin, les trois elfes redescendirent les escaliers. Bris et Horn partirent jouer sagement dans la cuisine en attendant d'être reconduits à Poudlard. Et Kreattur s'approcha du tableau avec le petit carnet qui l'avait intrigué.
- As-tu déjà fini ? demanda immédiatement Walburga.
- Oui, grâce à vos conseils. Et j'ai trouvé ceci, dit l'elfe en tendant devant lui le carnet noir.
- Mon dictionnaire gobelin ? Cela faisait un sacré bout de temps que je ne l'avais pas vu, dit la femme dont le visage se fit moins sévère et la parole moins policée.
- Je ne savais pas que cela existait, dit l'elfe en le feuilletant du bout des doigts.
- C'est un pur produit de mon travail, dit Walburga fièrement. Etant donné que je m'occupais des comptes des Black, comme tu le sais, je trouvais intéressant de comprendre ce que les Gobelins disaient parfois dans leur propre dialecte, en pensant que je ne les comprendrais pas. Très pratique dans les négociations… Pourquoi t'intéresse-t-il autant ?
- Un mot m'intéresse, surtout, confia l'elfe. Ptekher. Comment en avez-vous entendu parler ?
- Ptekher ? Mais c'est un des mots les plus courants des Gobelins. Je pouvais l'entendre au moins une fois dans chaque conversation.
- Qu'est-ce qu'il veut dire ?
- Le mot désigne, globalement, la balance. Celle qui sert à mesurer les équivalences en poids. C'est le principe de toutes leurs négociations. Depuis le temps, il a acquis de nombreuses significations qui ne sont compréhensibles que selon le contexte. Balance, équilibre, commerce, vie… Des mots équivalents. Dans l'esprit des Gobelins, du moins.
- Un Gobelin m'a parlé d'un « basculeur ». Le « Gruhyk Gal Ptehker »…
- Ho ! Mais l'association de Gruhyk et Ptekher n'a plus rien à voir avec « Ptekher », effectivement… C'est leur fameuse légende du « maître de la balance »… Une histoire tordue tirée de l'imagination d'un esprit malade, d'après moi.
- Qu'est-ce que cette expression veut dire, exactement ? Vous connaissez cette légende ?
- Tu sais Kreattur, c'est une légende. Je ne vois pas pourquoi tu t'y intéresses alors que tu as encore une grande partie de la maison à débarrasser, fit la peinture sèchement, soudain fermée aux questions de son ancien elfe.
Kreattur grimaça. La fin de la phrase de Walburga Black sonnait comme quand elle était sa maîtresse et qu'elle lui donnait un ordre ou qu'elle lui faisait des remontrances.
- C'est très important, au contraire, lui dit-il calmement. Les Gobelins désignent mon maître, Harry Potter, comme le Gruhyk Gal Ptekher.
- Mais… Mais… C'est impossible, bégaya la peinture en pâlissant.
- Pourquoi ?
- A cause de leur légende ! Leur guerre ! Il ne s'agira plus de révoltes gobelines mais d'une révolution ! Ce n'est pas possible ! Non… Que va-t-on… Notre société va disparaître ! Non… C'est totalement n'importe quoi… Des affabulations stupides d'un gnome sans cervelle, voilà tout. C'est tout simplement impossible, faux et… Merlin ! Nous sommes perdus…
- Madame Black, l'interrompit l'elfe de la manière avec le ton qu'il employait à l'époque pour prononcer « maîtresse Black ». Il ne sert à rien de paniquer maintenant. Si vous m'expliquiez de quoi vous parlez.
La vieille femme se détendit instantanément. Elle avait l'impression, grâce à son ancien elfe, de maîtriser encore les choses. Elle ferma les yeux une seconde. Kreattur s'appuya contre le mur opposé et ouvrit grand ses oreilles. On allait peut-être enfin lui expliquer le fond de l'histoire. Walburga, elle, rassemblait ses souvenirs. Qui aurait cru qu'un jour, elle regretterait autant sa curiosité.
- Il existe une légende, chez les Gobelins, qui parle du jour de la Guerre de la boue. En fait, ils désignent le jour où apparaîtra le Gruhyk Gal Ptekher. Un homme qui aurait, dit-on, la maîtrise de leur destin. Mais personne n'est encore capable, aujourd'hui, d'affirmer si ce destin sera positif ou négatif.
- C'est ce que semblait dire Rajik.
- Alors ce vieux grigou est toujours au cœur des affaires de la banque ? renifla la sorcière.
- Il semblerait. Pourquoi est-ce qu'on hésite entre positif et négatif ?
- Le nom même qui désigne l'homme de la légende est ambigu. L'association des trois mots qui le désignent est inédite, et personne n'est sûr du sens qu'il faut lui donner. Ils ont apparemment choisi de l'appeler le « basculeur » ? C'est sans doute la traduction la plus neutre qu'ils pouvaient faire…
- Pourquoi cela ?
- Gruhyk signifie maître ou décideur. Gal est une sorte de conjonction à connotation négative pour lier Grukyk et Ptekher. Et enfin, Ptekher a les nombreux sens que je t'ai cités tout à l'heure. Alors on pourrait aussi bien parler de « maître de la balance, de la vie ou de l'équilibre ». Il pourrait être le « dominateur », le « perturbateur » autant que le « réformateur » ou le « libérateur »…
- Que dit la légende ?
- Elle dit qu'un homme se lèvera, d'une puissance telle qu'il modifiera la balance à tout jamais. Et que la société que ses contemporains connaissent disparaîtra définitivement… Que la guerre de la boue ensevelira tout sans qu'on sache quand reviendra la lumière, l'étincelle de vie. Que nul être vivant ne sera épargné et que les Gobelins sont destinés à suivre le Ptekher pour ne pas connaître l'extinction de leur espèce…
- Ce n'est pas une légende uniquement gobeline ? demanda Kreattur, intrigué parce que tous les « êtres vivants » semblaient concernés.
- Je ne sais pas. C'est au moins la partie de la légende qui est gobeline. Mais comme toute légende prophétique, il est possible que nous n'ayons là qu'une infime partie d'une réalité encore plus vaste… Les « textes » restent tellement flous…
- Les Gobelins refusent de dévoiler quoi que ce soit à propos de cette légende… Comment en avez-vous entendu parler ? demanda l'elfe, curieux de savoir s'il pouvait emprunter le même chemin.
- J'ai juste pu déchiffrer quelques dessins, quelques murs d'inscription, et j'ai entendu des conversations. Une seule phrase est vraiment claire et tous s'accordent dessus. Le feu brûlera tout, il pleuvra des larmes et du sang, le fer se battra contre la chair et un souffle fétide courra sur le monde alors que la terre ne sera plus que boue.
- C'est… effrayant, convint Kreattur en frissonnant.
- Ça l'est, Kreattur, ça l'est…
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Mercredi 23 juillet, fin de soirée
Quelque part, au Ministère de la Magie.
Un homme à la fine musculature était assis devant son patron. Ce dernier avait un air réjoui qui signifiait qu'il avait de nouvelles cartes en main. Preuve en était qu'après un peu plus d'une semaine, il l'avait rappelé des Etats-Unis pour cette réunion discrète…
- Je sais très exactement comment nous pouvons amener Potter à travailler pour nous, très cher.
- Je vous écoute, monsieur.
- Tu sais que nous avons quelques ennuis avec les Mangemorts à Azkaban ?
- Doux euphémisme…
- Tout juste. Si trois ou quatre d'entre eux parvenaient à s'échapper, nous pourrions obtenir de nombreux bénéfices…
- Comment cela ?
- Premièrement, trois ou quatre Mangemorts qui « s'échappent », sur plusieurs dizaines, ce n'est pas un grand risque à prendre pour l'image de Zorille. Il pourra toujours justifier une hausse du budget du ministère et faire une annonce de recrutement d'Aurors. Deuxièmement, c'est suffisant pour organiser un grand coup d'éclat un jour de rassemblement de sorciers.
- A quel jour pensez-vous, monsieur ? demanda l'homme maigre en fronçant les sourcils.
- Au jour de l'inauguration de mon complexe à Pré-au-Lard. Tellement de symboles ! Nous sommes proches de Poudlard et donc, des enfants, lors d'un événement censé montrer qu'on a tourné la page de la terreur… C'est un peu comme si on disait « votre avenir radieux est compromis »… Et c'est un moment tellement pratique aussi ! Car troisièmement, nous pouvons avoir une escouade d'Aurors sur place sans que cela semble suspect, pour arrêter immédiatement ces hommes. Ou en tout cas, les arrêter avant qu'ils ne provoquent de morts… Et le ministère aura l'air quand même efficace quand on parle d'acte terroriste.
- A quel genre d'action pensez-vous ?
- Une belle explosion ! s'exclama joyeusement l'homme derrière son imposant bureau.
- Dans votre nouveau complexe ? s'étonna son vis-à-vis.
- Précisément. Qui pourrait me soupçonner de quoi que ce soit ?
- Et comment pensez-vous attirer Potter au Ministère ?
- La peur des gens, leur attente d'un nouveau héros : quel jeune homme résisterait à cet appel ? D'autant plus si Zorille lance une campagne de recrutement d'Aurors… La facilité, la gloire, un salaire alléchant… Que demander de plus ?
- Et si ça ne marchait pas ?
- Je ne vois pas comment cela pourrait rater, très cher. Mais au cas où, cette mise en scène servira quand même nos intérêts. Nous voulons tous les deux voir disparaître nos anciens collègues, témoins trop gênants de notre présence dans le camp de Voldemort, n'est-ce pas ?
- Oui. Mais il y a quand même peu de risques pour qu'on nous reconnaisse. Je n'ai jamais été marqué, jamais fait partie d'un des sept cercles de Voldemort, et quant à vous… A part le Lord, je crois que personne n'a jamais vu votre visage !
- Ils pourraient reconnaître ma voix si je m'enflamme, contra l'homme. C'est déjà trop. Raviver la peur incitera les gens à ne pas pardonner trop vite à leurs bourreaux, et nous pourrons nous en débarrasser avec des baisers de Détraqueurs. Il faut faire vite, étant donné que la population réclame leur extradition dans un désert loin de tout… Et jamais les sorciers n'accepteront les autres châtiments définitifs.
- Très bien… Je vois. Avez-vous besoin de moi pour monter cette mise en scène ?
- Oui et non. Seulement pour me trouver des explosifs et les installer à des endroits clef. Je me charge de reprendre contact avec deux ou trois Mangemorts qui seraient ravis de me suivre, si je viens vers eux avec mon ancienne identité. Et je me charge de monter les détails du scénario. Par contre, j'ai besoin de toi sur une autre mission, en parallèle de celle que tu mène auprès de la commission américaine.
- Bien sûr, monsieur.
- Puisque tu es là-bas toute cette semaine également, rends-toi à Saint-Louis. Tu iras dans le cimetière le plus au nord, tu trouveras la croix elle aussi la plus au nord, et tu patienteras à côté de la tombe à partir de 4 heures, un matin, en demandant au gardien de te laisser entrer. Et tu resteras là jusqu'à 22 heures le soir.
- Comment saurais-je que je suis au bon endroit ?
- La tombe semble abandonnée, la croix est en bois, sans inscription, et tu y verras gravée au dos un entrelacs de trois croix ensemble.
- Bien. Et que dois-je faire ensuite ?
- Tu attends qu'un homme vienne te voir, sur le coup de 22 heures. Il te demandera si tu es de la famille du mort. Tu répondras que tu es de la famille de tous les morts de ce cimetière. Il te fera remarquer que tu as pourtant passé toute la journée à contempler cette tombe, et tu diras que tu contemplais le ciel dans la terre. Enfin, il te demandera si tu as obtenu le message que tu cherchais, et tu lui tendras cette lettre.
L'homme maigrichon tendit la main pour recevoir le parchemin cacheté.
- Je vais donc prendre contact avec ce groupe.
- Tu comprends vite… Oui, tu prends contact avec eux en leur transmettant mon courrier. Ils détiennent un livre de réponses dont j'ai absolument besoin. Orion Black y fait référence.
- C'est donc des carnets d'Orion que vous tirez le moyen de contacter le groupe ?
- Oui. Orion aurait côtoyé l'un de leurs membres. Et même s'il a refusé d'entrer dans leurs ordres, il a consigné le moyen de les contacter. Il avait lui aussi des questions à propos d'autres problèmes et il mentionne ce livre d'anciennes prophéties. Comme je n'ai pas trouvé la mienne au Département des Mystères, il me faut trouver un autre moyen de l'atteindre entière…
- Je ferai comme vous me le demandez, monsieur, déclara ensuite l'homme de main.
- Je n'en attendais pas moins de toi, comme toujours… Tiens-moi au courant de ton avancée, surtout.
Le sorcier maigrichon sortit du bureau pour se rendre aux cheminées internationales, et l'autre homme, imposant comme toujours, prépara sa propre cheminée. Il voulait rentrer chez lui pour vérifier l'état de son vêtement de Mangemort… Ou plutôt… De conseiller spécial de Voldemort…
