CHAPITRE 1
Au bout de quelques minutes d'hésitation, la jeune femme me propose de venir chez elle. Elle me dit qu'elle a ce que je recherche. J'en déduis que c'est de Victoria dont elle parle. Comment a t-elle fait pour l'attraper ? Je suis admiratif. Nous arrivons devant une minuscule maison, dans laquelle brule un feu de cheminé. Elena porte des vêtements chauds alors qu'elle n'en a nullement le besoin, cela marque qu'elle reste attaché à la civilisation humaine. Elle semble mal à l'aise, m'observe du coin de l'œil alors que nous avançons à une vitesse presque humaine.
Dans la cabane, Victoria n'est pas attachée mais ne semble pas pouvoir esquisser le moindre mouvement. Seuls ses yeux indiquent la panique dans laquelle elle se trouve.
- Voilà. Elle a tué un mortel il y a quelques heures, m'explique Elena. Elle ne semble avoir aucun intérêt particulier pour la vampire recroquevillée près du feu.
Sur le coup, je ne sais plus trop quoi faire tant la situation me semble absurde. Pourtant, une envie dévorante me pousse à vouloir en finir avec Victoria.
- Vous n'êtes pas obligé de me dire ce qu'elle vous a fait, reprend t-elle face à mon long silence. Faites-en ce que vous voulez, elle ne m'intéresse pas. Sur ses mots, elle se tourne vers un vieux violon posé à côté de l'unique canapé que contient la pièce, le prend, et sort doucement en commençant à jouer une mélodie en s'éloignant. Je n'hésite plus. Victoria commence à pouvoir remuer, bredouille quelques mots, mais je suis trop rapide. Je jette le reste de son corps dans les flammes, qui avalent son cadavre comme une buche de bois sec. Je sors alors à mon tour, rejoignant Elena qui s'est assise en tailleur et continue de jouer, semblant perdue dans ses pensées.
- Comment avez-vous fait ? Elle ne pouvait plus bouger. L'immortelle me répond par une moue évasive. Elle ne semble pourtant pas avoir réellement envie que je parte. Elle arrête alors de jouer me fait signe de la suivre à l'intérieur de la maison.
- Si vous êtes un Cullen, et je vous crois, vous devez connaître Carlisle. Je ne l'ai jamais rencontré, mais j'ai entendu parlé de lui.
- Oui, c'est mon créateur. Je souris, intrigué, alors qu'elle se pose doucement sur le canapé, ne semblant absolument pas dérangée par les restes du corps de Victoria qui brulent dans la cheminée.
- Carlisle semble être quelqu'un de courageux. Du moins, c'est ce dont j'ai entendu parlé lorsque j'étais chez les Volturis. Elle esquisse une infime grimace. Je m'assois à ses côtés, totalement fasciné. Je cherche Victoria depuis plusieurs années, mais sa mort ne crée rien en moi.
- Et donc... Vous vivez ici ? Mon ton n'est pas très assuré. Oui, enfin, depuis quelques mois seulement. Je ... n'aime pas trop la foule. Enfin, je l'évite, pour tout dire. Je sens qu'elle ne veut pas en dire plus. Je tente alors de changer de sujet.
- Et, quel âge avez-vous ?
- 18 ans. Depuis... quelques siècles déjà. Elle a un sourire triste. Soudain, elle se relève à une vitesse vampirique, se dirige vers l'importante bibliothèque qui orne la pièce avant de se retourner vers moi.
- En fait, je suis très heureuse de vous rencontrer, Edward Cullen. Cela fait longtemps que je n'ai pas... parlé à quelqu'un. Encore moins un immortel. Alors, je sens que je peux vous faire confiance. Alors je vais être franche moi aussi. Elle me fait un très beau sourire. Que voulez-vous savoir ?
- Et bien... tout d'abord... Etes-vous une parente de Molière ? Elle éclate d'un rire cristallin à ma question.
- Non. J'ai oublié mon nom de famille, alors je me suis choisi celui-ci, en souvenir de mes origines françaises. J'espère que ou qu'il soit, il ne le prend pas trop mal. Elle sourit et je lui rends son sourire.
- Et vous ? Pourquoi vouliez-vous en découdre avec la rousse ? Je m'assombris mais joue la carte de la franchise.
- Je... Il y a trente ans, j'ai perdu quelqu'un. La rouquine, Victoria, est la compagne de celui qui l'a tué. Elena hoche la tête, elle comprend.
- J'ai perdu quelqu'un moi aussi. Enfin, il n'est pas...mort. Mais dans mon cœur, il n'existe plus. On se regarde quelques secondes, alors qu'elle semble plonger dans des souvenirs douloureux. Comment cela ? Je me permets de l'interroger, entrant dans la porte entrebâillée qu'elle a ouverte.
- Je suis née en 1862. D'un père français, diplomate. Et d'une femme vietnamienne. Elle était servante lorsqu'il était en Cochinchine. Elle s'appelait Xian. Elle est décédée peu de temps après ma naissance. Mais mon père en était très amoureux. Il m'a reconnu, et m'a donné une éducation à la française. Elle sourit. J'ai été transformée en 1880. Par Aro Volturi. Il était à Paris pour quelques mois, je crois, et il a vu en l'humaine que j'étais un potentiel pour une immortelle. Elle s'interrompt, mais je l'encourage du regard à continuer. J'ai passé quelques années avec lui, mais il a eut peur... de mon don. Il était vraiment incontrôlable à ce moment là. Alors je l'ai quitté. Il était comme un père pour moi, à cette époque. Mais il était bien plus attaché à mon don et à ce qu'il représentait que à ma personne. Lorsque je m'en suis aperçue, je suis partie. J'ai erré pendant quelques temps, j'ai beaucoup voyagé. Et c'est là que j'ai rencontré William. Je ne dirais pas que c'était mon âme sœur mais... il n'avait pas peur de moi, lui. Un peu comme vous.
Elle me regarde avec attention, semblant soudain très mal à l'aise.
- Continuez, je vous en prie. J'éprouve presque une sensation douloureuse à ce qu'elle continue de parler. Je rêve d'entendre ses pensées afin de mettre des images sur ce qu'elle me raconte.
- Et bien... William a fini par me trahir. Il a dit aux Volturis ou nous étions. Et ils m'ont tendu un piège. Je contrôlais trop mal mon pouvoir. Alors ils m'ont enfermé, dans une pièce ou je ne pouvais rien faire. Aro a fait... des expériences. Elle déglutit, une expression très humaine qui l'a rend vulnérable à mes yeux. J'ai soudainement envie de la prendre dans mes bras, mais je me retiens.
- Il est avec eux maintenant. William. Et ils me cherchent, c'est pour cela que je me suis montrée si... méfiante.
- Quel est votre don ? Pour qu'il attire autant de convoitises... ? Elle semble longuement hésiter, avant de tendre la main vers la bibliothèque de laquelle vient un livre.
- Une sorte de... lévitation ? Je lui demande, troublé.
- Si seulement. Elle sourit. Disons que je peux modifier la réalité. La matière. Je vois les choses un peu différemment qu'elles ne le sont. Elle semble évasive. Je n'en rajoute pas plus, savourant l'histoire qu'elle m'a raconté à demi-mots, semblant percevoir son intense douleur.
- Et vous ? Racontez-moi votre histoire, Edward Cullen.
- Et bien, j'ai été transformé par Carlisle en 1918, alors que j'allais mourir de la grippe espagnole. J'ai été le premier, mais nous avons été rejoint par Esmée, son épouse, puis Rosalie, Emmet, et enfin Jasper et Alice. J'ai un don, si ce n'est une malédiction... J'entends les pensées des gens qui m'entourent. Elena se tend à l'énoncé de mon pouvoir. Je tente alors de la rassurer.
- Ne vous inquiétez pas, je n'entends absolument rien venant de votre esprit. Vous êtes comme un mur pour moi.
Elle hoche la tête, avant de m'adresser un sourire timide. Ce doit être à cause de mon don, suppose t-elle. Continuez, s'il vous plait.
- Nous ne sommes pas nomades. Nous nous installions dans différentes villes aux Etats-Unis, ou nous restions une dizaine d'année. Nous étions scolarisés au lycée, puis à l'université. Il y a trente - trois ans, nous nous sommes installé à Forks, vers Seattle. J'ai rencontré une humaine là bas. Isabella. Je soupire. Prononcer son nom me semble toujours aussi douloureux. J'en suis tombé amoureux. Enfin... je ne pouvais pas entendre ses pensées, alors, j'ai été très attiré par elle.
Elena hoche la tête, ne semblant pas un seul instant troublée par le fait que je puisse tomber en amour pour une humaine. Encouragé par sa réaction, je continue.
- Elle a été adoptée par ma famille. Mais nous avons croisé la route de nomades. Dont James et Victoria, la rouquine. Sa compagne. Il est parti en chasse contre elle, et il l'a piégé. Elle est morte. Par ma faute. Le dire ne me fait pas souffrir, mais plutôt un bien fou. Je raconte mon histoire en quelques mots à une totale étrangère, et pourtant, je ne ressens pas la douleur qui me dévore d'habitude lorsque je parle de Bella.
- Je suis désolée, me dit simplement Elena. Elle ne cherche pas à me déculpabiliser, ni à me remonter le moral. Alors, doucement, sans réfléchir, je prends délicatement sa main dans la mienne. Sa peau est tiède et douce. Cela fait plusieurs décennies que je n'ai touché personne. Elena retient ma main quelques secondes, semblant elle aussi savourer ce contact, avant de délicatement retirer sa main. Sans réfléchir, je me redresse et lui demande.
- Accepteriez-vous de passer quelques temps en ma compagnie, Elena ? Je ne sais pas si je suis un compagnon très amusant, mais je...
Elle me coupe, très sérieuse et me sourit. J'en serais ravie, Edward. Mais je dois vous prévenir que... que je ne suis pas une personne sure. Je suis en fuite permanente. Si ils vous trouvent avec moi, ils s'en prendront à vous.
- Ne vous inquiétez pas pour cela. Je ne porte pas les Volturis dans mon cœur. Et... je n'ai pas spécialement peur d'en finir. Pourtant, en disant ces mots, je me suis aperçu que ce n'était plus tout à fait vrai. Elena avait réveillé en moi, en quelques minutes de discussions, l'envie de vivre un peu plus longtemps, afin de la connaître.
- Et si nous allions chasser ? Me demande t-elle. Je trésaille intérieurement. Boit-elle du sang humain ? Cela ne me poserait pas tant de problèmes, mais je ne peux plus toucher à un humain, pour respecter la mémoire de Bella. Alors que je suis plongé dans mes réflexions, elle reprend. Je chasse les animaux moi aussi, Edward Cullen. J'ai les mêmes yeux que vous. Elle sourit.
- Pourquoi être végétarienne ? Elle rit du terme de végétarien, me disant qu'il est totalement approprié et qu'elle n'y avait jamais pensé. Elle m'explique alors qu'en fuyant les Volturis, elle s'est rapidement retrouvée en forêt, et qu'elle avait tellement faim qu'elle a attaqué un ours.
- Cela ne m'a pas semblé si dégoutant. Alors, j'ai continué ce... régime. Me dit elle en souriant.
Nous partons chasser dans la forêt pendant de longues heures, sous un vent qui semblerait glacial. Elena est extrêmement rapide, elle se déplace en silence, dans une grâce contenue. Elle a en elle quelque chose de félin. Alors que nous rentrons vers la petite maisonnette, je lui prends la main à nouveau.
Nous avons passé près d'un mois dans cette maisonnette. A lire, à chasser, à discuter. Elle reste cependant évasive sur la période de son passé qu'elle a vécu prisonnière des Volturis. Sur son pouvoir, aussi. Elle semble le considérer comme quelque chose à part entière, qui ne lui appartient pas vraiment. J'évite de l'interroger sur ces questions là car dès que je les aborde, je sens la douleur au fond de ses prunelles noires. Celles-ci restent plus sombres que les miennes, même lorsqu'elle n'a pas faim. Quant à moi, elle évite de me parler de Bella, elle attend que je le fasse par moi même. C'est un magnifique mois que nous passons ensemble, et je suis totalement sous le charme. J'ai l'impression de m'être imprégné comme les loups de la meute quileute. Bella est encore un souvenir douloureux, mais plus qu'un souvenir. Je ne sais pas comment cela a pu arriver, aussi vite. Alice avait raison, lorsqu'elle me disait que je finirais par trouver quelqu'un qui deviendrait le centre de mon univers, mais différemment de ce qu'était Bella. Je dois protéger Elena, mais pas vraiment des autres, plutôt d'elle même. Il y a quelque chose de brisé en nous, et j'ai l'impression que nous commençons à nous reconstruire ensemble. Mais je n'ai aucune idée de ce qu'elle peut ressentir. Je me sens euphorique, empli d'excitation et elle met devenue vitale. J'ai passé des décennies seul et à nouveau je me sens pousser des ailes. Mais quand est-il pour elle ? Je sais qu'elle apprécie ma compagnie, mais elle reste extrêmement secrète. Toute en retenue.
Elle pousse la porte de la maison, me tirant de mes pensées. Je lui sourit, ne parvenant pas à m'imprégner d'elle du regard, détaillant la finesse de ses traits, de son nez parfait, de ses yeux noirs insondables. Elle retire doucement son manteau, et je me surprend à imaginer sa peau foncée sous ses vêtements.
Soudain, je la sens défaillir. Elle s'effondre d'un seul coup, et seule ma vitesse vampirique empêche sa tête de cogner le sol. Que se passe t-il ? Je tente de la réanimer. Mon dieu. Comment est-il possible qu'une immortelle s'éteigne comme cela, d'un seul coup ? Que dois-je faire ? Carlisle. Je dois appeler Carlisle. Je cherche rapidement mon téléphone portable et compose rapidement le numéro de mon père adoptif. Cela fait très longtemps que nous ne nous sommes pas parlé. Je me demande s'il a encore le même numéro.
A la seconde sonnerie, il répond.
- Edward ? Tout va bien ? Je sens l'inquiétude dans sa voix. Carlisle ! J'ai un problème. Je suis avec une immortelle, et elle s'est évanouie. Je ne sais pas si elle est morte. Je ne comprends pas, je...
- Edward, ne panique pas. Explique moi la situation... Je tente de lui résumer rapidement ce qu'il vient de se passer. Carlisle agit en professionnel, il ne lui vient même pas à l'idée de me demander qui elle est. J'entends soudain la voix d'Alice près du téléphone, qui crie à Carlisle de lui passer le téléphone.
- Ne t'inquiète pas Edward, hurle t-elle dans le combiné, elle va se réveiller, je l'ai vu. D'ici... une petite dizaine de minutes ! Elle n'a pas l'air de souffrir ! Alice est surexcitée. Comment vas-tu Edward ? Je suis tellement contente que tu l'ai rencontrée ! Je viens de vous voir... Il faut que tu viennes Edward !
Je n'ai pas le temps de répondre que Carlisle a reprit le téléphone.
- Edward ? Alice a raison, vous devriez venir, toi et ton amie, afin que je l'ausculte. Si Alice a vu que ce n'est pas grave, c'est toutefois très anormal... Pris au dépourvu, je lui réponds que je vais en parler à Elena. Je suis toujours inquiet malgré ce que m'a dit Alice. Je regarde ma montre. Huit minute plus tard, elle ouvre soudainement les yeux. Un éclair de gène apparaît dans son regard. Elle s'assoit doucement sur le canapé et fronce les sourcils.
- Je suis désolée Edward, si cela t'a fait paniquer. Ça m'arrive de temps en temps. Lorsque j'utilise trop mon pouvoir, cela crée une intense fatigue, et j'ai l'impression que mon corps doit en quelque sorte... récupérer. Je suis allée en forêt, et j'ai eu la mauvaise idée de m'amuser avec la neige... Enfin bref... toutes mes excuses.
- Ne t'excuse pas Elena, je t'en prie. Mais c'est tout de même très inquiétant. Nous devrions aller voir Carlisle. C'est la personne que je connaisse qui connaît le plus de choses sur notre espèce. Je suis certain qu'il pourrait te venir en aide.
La jeune femme semble hésiter, taraudée par des pensées contradictoires.
- Je ne sais pas, Edward. J'aimerai beaucoup rencontrer les Cullen, vraiment, mais je risque de les mettre en danger.
- Ils n'ont pas peur des Volturis. Et ils ont très envie de te rencontrer, je m'entends lui répondre alors que je repense aux cris hystériques d'Alice.
- Ce n'est pas seulement des Volturis de vient le danger, murmure t-elle entre ses dents, avant de reprendre dans un pauvre sourire.
- Très bien, allons-y. Te sens tu toi de retourner à Forks ? Tu m'as dis qu'ils viennent de s'y réinstaller.
Je n'avais même pas pensé à ça, tant j'étais préoccupé par l'étrange comportement d'Elena. Est-ce que je me sentais de retourner à Forks ? De marcher dans les pas de Bella ? Je plonge mes yeux dans ceux d'Elena, et en un regard, je sais que j'en suis capable.
- Oui, je lui réponds. Avant de lui faire mon plus beau sourire.
