Chapitre 4 : Et l'avenir s'éclaire ?

Partie 4 : Les examens

Mardi 28 juillet, matin

La fin du mois était déjà là et le sorcier ne s'en était pas aperçu. Entre les travaux nécessaires pour débarrasser la maison et les révisions, il n'avait pas eu vraiment de temps à lui. Il ne s'était même pas réellement occupé de sa petite amie.

Et même si celle-ci révisait également pour ses examens, il se doutait que cela ne lui avait pas beaucoup plu. Cependant, un soir, le sorcier lui avait promis de lui consacrer un peu plus de temps dès que les examens seraient terminés.

Il avait travaillé sa méditation pour qu'elle devienne presque un réflexe, et il avait décidé d'attendre la fin des examens pour aller voir le professeur Snape également. Il se posait des questions sur la légilimencie qu'il ne s'était jamais posées avant. Mais avancer maintenant, et seul, dans la découverte de lui-même était une folle idée. Ce ne pouvait pas être bénéfique pour son travail puisqu'il risquait d'être dissipé.

A l'instant, il était assis dans la salle commune désertée avec Hermione. Ron, grand angoissé devant l'éternel, avait augmenté le nombre de ses sessions d'entrainement. Harry expliquait à la jeune fille, d'un air étrangement détaché, qu'il avait lié à lui Kreattur et qu'il avait l'intention de lier un autre elfe.

- Comment oses-tu, Harry James Potter ? Après tout ce que je vous ai expliqué, pendant toutes ces années, je pensais que toi au moins, tu avais compris ! C'est de l'esclavagisme ! C'est immonde ! Tu n'avais aucun droit de faire ça !

- Calme-toi, Hermione, tenta faiblement Harry, je vais t'expliquer mes raisons…

- Tu n'as aucune raison à fournir ! Tu veux quoi ? Tu t'ennuies et tu t'es dit « tiens, on m'a pourri la vie pendant des années, pourquoi je ne le ferais pas aux autres ? » Tu veux utiliser des êtres vivants pour des corvées alors que tu as toi-même été utilisé comme un elfe de maison ? Pourquoi tu as fais ça ? Tu veux gâcher la vie d'autres créatures pour te venger ?

- Pour me sauver, intervint alors Kreattur en devenant visible.

Hermione s'interrompit un instant, trop surprise par l'arrivée de l'elfe.

- Kreattur, tu n'as pas besoin d'être un esclave pour être heureux ! Tu pourrais être un elfe libre. Faire ce que tu veux quand tu veux ! Tu as les mêmes droits que tous les autres êtres vivants !

- Je fais ce qu'il me plaît, miss Granger, vous pouvez me croire. Quant à mes droits, j'en ai effectivement autant que les autres, mais j'ai plus de devoirs.

- C'est ce que les sorciers essaient de vous faire croire depuis des années ! Tu ne dois pas les croire !

- Notre réalité est plus complexe, miss. Vous devriez m'accompagner : je voudrais vous montrer la réalité de notre nature… Monsieur, continua Kreattur en se retournant vers Harry, je me suis permis d'intervenir car la douleur de Bris vient d'augmenter d'un cran. Vous devriez le lier maintenant, il souffre de plus en plus… Et Winky préfère aussi que le fils de Dobby soit lié à vous plutôt qu'au château.

- Bien, Kreattur. Emmène-nous, s'il te plaît. Je n'ai pas l'intention de faire durer ses souffrances plus que nécessaire.

Hermione avait observé l'échange courtois de manière très intriguée. L'elfe n'avait pas l'air d'être aussi malheureux que cela. Mais l'idée qu'il soit un esclave la rebutait plus que tout. Et elle était intriguée par un autre détail… Dobby avait eu un fils ? Elle attrapa une main de Kreattur comme Harry attrapait l'autre et elle atterrit immédiatement dans les cuisines du château.

Kreattur et Harry se dirigèrent immédiatement vers l'un des coins de la cuisine et elle les suivit. Sur un lit minuscule, un tout petit elfe semblait à l'agonie. A côté de lui, un autre lui tenait la main en sanglotant.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle tout haut.

- Mon fils a ses premières douleurs d'elfes, maîtresse Granger, répondit Winky en regardant la sorcière avec un étrange air de mépris sur le visage. D'ordinaire, il faut toute une année pour qu'elles se déclarent, mais en à peine six mois, les douleurs de Bris sont celles d'un adulte.

- Quelles douleurs ? demanda Hermione un peu perdue.

- Tout comme les sorcières ont leurs règles quand elles deviennent des femmes, expliqua Kreattur en faisant rougir de gêne la jeune fille, les elfes ont des douleurs abominables quand ils deviennent des elfes adultes. C'est l'effet qu'a notre magie quand elle devient mâture. Notre puissance et nos possibilités magiques sont très grandes, mais en échange, elles sont très douloureuses.

- Les elfes ne peuvent ni assumer seul leur réservoir magique, sinon leur souffrance les conduit à la folie, ni pratiquer leur magie correctement s'ils ne sont pas liés à un sorcier. Les lier est comme leur sauver la vie.

- Mais pourquoi Dobby voulait-il tant être libre ? demanda Hermione.

- Dobby voulait pouvoir choisir son maître comme tout elfe domestique le devrait, maîtresse Granger, dit Winky. Il ne voulait pas être un elfe de maison esclave mais il voulait s'assumer en tant qu'elfe domestique. Il avait choisi maître Harry Potter et s'est finalement plus ou moins lié au château de Poudlard pour ne pas mourir.

- Quelle différence y a-t-il entre un elfe de maison et un elfe domestique ? demanda la jeune fille qui avait bien saisi la subtilité.

- L'elfe de maison est un esclave au service de maîtres qu'il n'a pas choisis et qui peuvent faire de lui ce qu'ils veulent, maîtresse Granger. L'elfe domestique est un elfe accompli qui a choisi le sorcier qu'il voulait servir parce qu'il le jugeait digne d'obtenir cette faveur.

- Un elfe domestique peut se désengager à tout moment s'il estime que son sorcier n'est plus digne de lui, ajouta Harry. Il est libre, mais avec une vraie liberté qui lui permet de ne pas avoir mal inutilement. Et c'est pourquoi je vais lier Bris à ma famille. Il me l'a demandé et je n'ai pas l'intention de le laisser souffrir.

Il n'avait pas vu la lueur de contentement dans les yeux de son propre elfe de maison, qui était satisfait de voir que son maître comprenait aussi bien la nature des elfes, et qui appréciait l'utilisation du mot « famille ».

Tout comme il avait lié Kreattur, Harry se piqua le doigt d'un couteau et laissa Winky prononcer l'incantation de son espèce. Bientôt, le petit elfe prit des couleurs et se calma. Quand les spectateurs frappèrent dans leur main pour terminer l'incantation, en faisant sursauter Hermione, Bris se releva sur sa couchette et se frotta les yeux. Puis il descendit du petit lit et alla dire bonjour à son nouveau maître, comme le lui avait appris Kreattur. Il était intimidé mais heureux en même temps.

- Bienvenue dans la famille, Bris. Tu as été très courageux, dit Harry.

Kreattur remercia également son maître et lui proposa de s'occuper de Bris pour le moment. Il savait qu'Harry n'avait pas énormément de temps à lui avec ses révisions. Il se tourna ensuite vers Hermione.

- Vous ne devez pas parler de notre statut d'elfe domestique, miss, dit-il. Les sorciers ne sont pas encore prêts à revoir les elfes aussi libres que Bris et moi le sommes actuellement. Cela n'apporterait que des ennuis à monsieur Potter. Et à nous au passage.

- Pourquoi ? demanda doucement la jeune fille. Je comprends que je me sois trompée sur le compte des elfes, et je comprends aussi mieux pourquoi aucun des elfes du château n'a voulu prendre les vêtements que je leur destinais, mais je ne comprends pas pourquoi vous ne revendiquez pas vos droits d'elfes domestiques…

- Nous le ferons, miss, mais le temps n'est pas encore venu. Nous sommes peu nombreux et mon maître n'a pas encore les moyens de sensibiliser la population sorcière à notre situation. S'il vous plaît, ne nous rendez pas les choses plus difficiles qu'elles le sont actuellement.

- Hé bien, je… Je… Bien, si vous le voulez vraiment, capitula la jeune fille en voyant que tous les elfes de Poudlard étaient pendus à ses lèvres. Mais promets-moi que tu m'appelleras dés que tu parleras aux sorciers des elfes domestiques, dit-elle à Harry. Je veux pouvoir aider moi aussi !

- Bien Hermione, c'est promis, dit Harry en souriant.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Le vendredi 31 juillet, Harry passa son après-midi avec Ron et Ginny, sur le terrain de Quidditch. Ron avait pas mal révisé avec Hermione, mais il considérait que le plus important était de trouver un travail qui lui plaise. Et faire partie d'une équipe de Quidditch était son rêve.

Harry avait décidé de l'aider en le poussant un peu, avec un entrainement plus physique que ce qu'il était capable de faire avec Seamus. Pour être honnête, Harry fut surpris par la synchronisation entre Ron et son balai. Ils faisaient corps tous les deux. Son meilleur ami était même capable d'effectuer des arrêts héroïques malgré certains lancers puissants de Ginny.

Il avait vraiment beaucoup travaillé : heure après heure, il ne faiblissait pas. Harry sentait son envie de réussir. Ron n'avait jamais été quelqu'un de très motivé, et il préférait d'ordinaire rêvasser que dépasser ses limites. Là, la proximité de son rêve faisait des miracles et le jeune homme donnait tout ce qu'il pouvait.

Les trois joueurs invétérés stoppèrent quand il fit trop sombre pour leurs acrobaties. Le risque d'erreur ou de chute devenait trop important et il n'était pas question que Ron se mette en danger. Ils passèrent rapidement se laver et se changer dans les vestiaires. Là aussi, la rénovation par Harry avait fait des miracles et les douches étaient particulièrement agréables.

Ils remontèrent joyeusement jusqu'à la Tour. Il était difficile de ne pas être contaminé par l'optimisme de Ron, boosté par les compliments sincères d'Harry sur son jeu. Quand ce dernier passa par le portrait de la Grosse Dame, il fut surpris qu'il fasse aussi sombre dans la salle commune.

Mais au moment même où il s'était fait cette réflexion, il fut aveuglé par une explosion de lumières et de feux d'artifice intérieurs.

- Joyeux anniversaire, Harry !

Le jeune sorcier fut surpris mais particulièrement touché de l'attention. Il ne s'était pas du tout attendu à ce qu'on lui souhaite aujourd'hui : il n'avait pas encore pris l'habitude qu'on prenne soin de lui, malgré les années. Toute sa maison était apparemment réunie pour faire la fête et ses camarades de promo vinrent tous l'embrasser jusqu'à sa petite amie et à Luna.

Seamus s'amusa à embrasser Harry sur la bouche et celui-ci ne réagit pas immédiatement, trop surpris. Ginny se chargea de frapper gentiment le sorcier pour son culot, mais Seamus était trop hilare pour s'en faire.

Il ouvrit les nombreux présents qu'avaient tenu à lui offrir ses camarades. « C'est peut-être la dernière fois qu'on se voit, » disaient les uns. « Pour te remercier aussi pour la victoire, » disaient les autres.

Seamus lui avait offert des friandises, Ron un livre sur la formation des Aurors – Harry soupçonnait un conseil d'Hermione – et celle-ci lui avait offert un livre sur les diverses magies qui existaient. Padma et Parvati lui avaient offert des vêtements plutôt seyants qu'elles avaient elles-mêmes imaginés parce que les siens « étaient définitivement trop laids ».

Luna lui avait offert une vitre sans teint encadrée. Il ne savait trop quoi en faire mais il la remercia tout de même. « C'est pour observer les Pourkités, » dit-elle en inventant visiblement un nouvel animal magique. Puis Ginny lui offrit une nouvelle paire de gants et de bottes pour jouer au Quidditch. Enfin, Neville lui donna un nécessaire pour entretenir son balai.

- Je ne doute pas que tu t'en offriras un dés que tu auras le temps de jouer, avait-il justifié.

- Merci, Neville. Et bon anniversaire à toi également.

- Je t'en prie. Et merci pour mon anniversaire, mais ne le rappelle pas aux autres. Je sais ce qu'ils ont prévu pour toi et je n'ai pas envie d'y passer, lui glissa Neville avec un air malicieux.

Harry laissa échapper un rire, pas inquiet pour deux mornilles, et il s'adressa finalement à tous ses camarades qui s'étaient réunis pour l'occasion.

- Merci à tous, dit Harry visiblement ému. Je ne sais pas quoi vous dire…

- Lance la fête ! On n'attendait plus que toi ! s'écria Seamus au fond de la pièce.

Cela fit rire ses camarades et bientôt, tout le monde se servit : des gâteaux et diverses boissons avaient été amenées par Kreattur pour que son maître et ses amis puissent s'amuser sans se poser de questions.

Plus tard dans la soirée, et après avoir bénéficié d'une douche de Biéraubeurre et de plusieurs farces définitivement signées Weasley, le sorcier sortit de la salle commune pour s'aérer un peu dans le couloir. Il était touché par le geste de ses camarades, mais il avait besoin de se retrouver seul, dans le château. Plusieurs fois au cours de la soirée, ses camarades lui avaient rappelé qu'ils vivaient là leurs derniers instants à Poudlard, étant donné que les examens se déroulaient à partir de la semaine suivante.

Et Harry ressentait à chaque fois un profond regret, une nostalgie incontrôlable, quand il songeait qu'il allait devoir quitter son premier vrai foyer. Aussi se promenait-il doucement dans les couloirs, en s'arrêtant parfois pour observer le parc depuis une haute fenêtre.

A un moment donné, il croisa la directrice et il la salua en parvenant tout juste à esquisser un sourire. Elle lui rendit son salut mais ne s'arrêta pas. Elle devait se rendre à son bureau : elle avait oublié de vérifier un détail, ce matin, en lisant un courrier du ministère. Et cette lettre lui trottait en tête depuis qu'elle s'était couchée…

Cependant, elle hésita à demander quand même au jeune homme s'il se sentait bien : il avait un tel air de tristesse qu'elle se demandait ce qui pouvait bien lui arriver. Pourtant, il avait désormais tout pour être heureux. Il n'était plus poursuivi par Voldemort, il avait des amis, une fiancée, un avenir tout tracé… Et puis, c'était censé être un jour heureux : elle n'avait pas oublié qu'aujourd'hui était la date de son anniversaire.

Elle en toucherait un mot à son mentor, par acquis de conscience, mais elle songea que c'était sans doute temporaire. Il était encore un jeune homme et il vivait probablement les sautes d'humeur adolescentes qu'il n'avait pas plus se permettre avant.

Là, pour le moment, sa priorité était de terminer de s'occuper de la préparation des examens.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Mercredi 5 août, tôt le matin

Ce matin-là, Harry se réveilla particulièrement tôt et angoissé. Aujourd'hui commençaient les examens pour les ASPIC et il avait peur d'échouer. En soi, ce n'était pas forcément très grave, mais il ne pouvait s'empêcher de craindre de ne pas être à la hauteur. Car il ne doutait pas que l'information d'un « sauveur » ratant ses examens serait rapidement dans la presse. Et comment être crédible après ça, s'il voulait toujours entrer dans les affaires ?

Il prit sa douche et s'habilla rapidement, mais il préféra partir dans le parc pour s'aérer que de descendre dans la Grande Salle pour le petit déjeuner. Il y verrait tous les autres étudiants et leurs têtes d'enterrement ne pouvaient que le stresser davantage.

De plus, il savait que les examinateurs étaient arrivés la veille, et il ne voulait pas prendre le risque de les voir avant les épreuves. Se connaissant un peu mieux, désormais, il savait qu'il ne pourrait pas s'empêcher de spéculer sur les types d'épreuves qu'ils feraient passer, sur les sujets qu'ils préféraient, sur leur degré de sévérité…

Une fois dans le parc, Harry prit une longue inspiration. Il allait se promener près du lac, ça le détendrait. Il ne voulait pas réviser ses leçons en dernière minute comme Hermione, qui se demandait soudain si elle ne se trompait pas sur tel ou tel détail. Il voulait aborder les choses sereinement.

Tout en marchant, Harry s'amusa à visualiser la porte de son esprit. Car il savait maintenant la solliciter presque instantanément. Il faut dire que cette porte avait quelque chose de fascinant et il s'entraînait dés qu'il avait une minute ou deux de libres. Plus il s'obligeait à attendre, avant de la pousser, et plus il s'interrogeait sur ce qu'elle pouvait bien cacher…

Et il était même capable de maintenir sa concentration sur cette porte d'une part, et sur ses mouvements d'autre part, pendant trois ou quatre secondes d'affilée. Ce n'était pas rien.

« Harry ! »

Il perdit sa concentration quand il entendit quelqu'un l'appeler.

« Harry ! »

Il écouta le deuxième appel et reconnut la voix de Ginny. Il lui avait dit qu'il voulait être seul le jour des examens, pour se concentrer, mais il savait que la jeune femme, terriblement angoissée elle-même, voudrait le voir pour discuter et se détendre.

Elle ne le voyait pas encore, puisqu'il était caché par quelques arbres de la lisière de la forêt interdite et il ne put s'empêcher de regarder autour de lui pour trouver un abri minimal… Il eut une seconde de honte en songeant qu'il était déjà en train d'essayer d'échapper à sa future femme, mais il considérait que ce moment était essentiel pour lui. Pour sa concentration et sa réussite.

Il avisa une énorme racine qui plongeait dans l'eau du lac et décida de passer au-dessus pour ensuite se cacher derrière. Il s'assit en tailleur, s'assura qu'on ne pouvait pas le voir et poussa un léger soupir.

Il sursauta quand un animal grogna à un ou deux mètres de lui. Un loup ! Gigantesque ! Blanc et gris. Il était probablement en train de boire l'eau du lac quand Harry l'avait dérangé. Le sorcier décida de ne pas bouger, pour ne pas lui donner l'impression d'être une menace, et le loup cessa bientôt de grogner. Il huma l'air quelques seconde, poussa un dernier râle et bondit vers la forêt.

Harry avait le cœur qui battait à cent à l'heure. Il venait probablement de rencontrer le loup qui avait tué sa jeune camarade de maison, quelques semaines auparavant. Il ne put s'empêcher de penser qu'il avait encore survécu…

Il se releva, un peu hagard, et repassa par-dessus la racine pour retourner au château. Il n'était plus persuadé que sa promenade dans le parc était moins stressante que d'attendre les examens dans les couloirs… Il se remémora le planning des sessions d'examen et se dirigea vers la salle de métamorphose pour sa première épreuve.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

A la fin de la journée, le sorcier attendait son tour devant la salle d'examens de DCFM, plutôt sceptique. Toute la journée, il avait passé des épreuves. Ecrits, pratiques… Il jugeait qu'il s'en était pas mal sorti en Métamorphoses. Par contre, il n'était pas convaincu par ses réponses en Soin aux Créatures Magiques…

En échangeant leurs impressions, lors de la pause du midi, Harry avait avoué qu'il avait trouvé l'oral de Métamorphoses plutôt facile. Ron avait glissé à demi-mots que, peut-être, il n'avait pas eu le droit à une véritable évaluation car les examinateurs étaient trop heureux de le rencontrer…

Vu l'enthousiasme de l'examinatrice, il s'était dit que Ron avait sans doute raison. Et quelque part, ça minait son moral. Il ne voulait pas rater ses épreuves, mais il ne voulait pas réussir en ayant obtenu des facilités. Il ne voulait pas que ses examinateurs le récompensent pour sa victoire deux mois avant au lieu de le tester comme ils auraient dû le faire…

Ce n'était pas ça qu'il attendait de son avenir : des facilités. C'était une vie normale qu'il voulait connaître. Pourtant, il n'osait s'en plaindre à voix haute : aucun de ses camarades et aucun de ses examinateurs l'aurait compris. Ils auraient pu penser qu'il voulait jouer l'intéressant.

Enfin, une femme joufflue et souriante raccompagna un de ses camarades jusqu'à la porte d'entrée avant de lui proposer d'entrer à son tour. Il passa la porte avec une certaine appréhension : l'étudiant qui venait de passer – un Serdaigle – était pâle comme la mort.

La salle était plutôt large et capitonnée comme celles dans lesquelles on enfermait les Moldus forcenés pour éviter qu'ils ne se fassent du mal. Au fond de la salle, deux armoires massives en bois semblaient attendre qu'on daigne bien les ouvrir. Le jeune sorcier se plaça face au bureau que la femme joufflue venait de rejoindre.

Le jury qui l'attendait était composé de trois examinateurs. Une vieille femme fort ridée à l'air revêche, et la jeune femme joufflue qui l'avait fait entrer, l'observaient attentivement. Cette dernière portait une robe de sorcier couverte de fleurs : savait-elle seulement ce qu'étaient les forces du mal ? Probablement pas…

Et Harry eut également la surprise de revoir Kingsley Shacklebolt, avec son éternelle boucle d'oreille d'or. Que faisait l'actuel ministre par intérim dans sa salle d'examen ? L'homme le fixait aussi attentivement que les deux femmes, dans une attitude qui ne laissait pas voir qu'ils se connaissaient. Aussi le jeune sorcier prit son parti de ne rien laisser voir, lui non plus. S'il en avait l'occasion, il lui poserait quelques questions après cet entretien.

- Veuillez vous présenter, je vous prie, lui demanda la plus vieille des deux femmes.

- Heu. Harry Potter, Gryffondor.

- Ma collègue ici présente va venir vous tester avec quelques sorts et nous jugerons de la manière dont vous vous en sortez.

L'examinatrice joufflue se leva et vint se placer à un bout de la salle et Harry s'installa à l'autre bout. Mais avant même qu'il ait pu se mettre en garde, elle lui lança un Expelliarmus puissant. Le jeune sorcier eut tout juste le temps de se jeter au sol, baguette à la main, alors qu'il aperçut le rayon se diriger vers lui.

Il répliqua immédiatement avec le même sort, mais l'examinatrice avait, elle, eu tout le temps de former devant elle un bouclier.

- Peu conventionnel, mais relativement efficace, souffla la vieille examinatrice à son collègue impassible. Elle eut même un petit sourire indulgent qu'Harry, occupé à se relever, ne vit pas.

- Jembancoton ! Rictusempra!

Harry avait paré le premier sort, en se doutant que l'examinatrice n'attendrait pas qu'il soit complètement debout avant de l'attaquer. Mais dans son désir de répliquer immédiatement à son tour, pour bien faire, il baissa sa garde trop vite et le second sort l'atteint en pleine poitrine.

Il retomba au sol où il se tortilla, essoufflé par un fou rire dont il avait des difficultés à se défaire.

- Vous êtes mort, jeune homme ! lui dit gentiment son adversaire dans un grand sourire.

- Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué… Expelliarmus, souffla Harry entre deux hoquets de rire.

La baguette en bois de rose de l'examinatrice fut projetée en l'air tandis qu'elle-même fut contrainte de reculer de deux pas sous le choc du sort. Cependant, la femme était encore debout et bien vive : elle rattrapa sa baguette au vol et lança un Percator à Harry dans la foulée.

Heureusement pour lui, pendant les deux secondes de flottement qu'il avait déclenchées, son instinct de survie avait repris le dessus, et Harry avait eu le temps de se débarrasser du sortilège de Rictusempra, de se mettre à genoux et de mettre en place autour de lui un bouclier ferme. Il n'aimait pas être dans cette position inférieure à l'adversaire, mais l'examinatrice ne lui laissait vraiment aucun répit.

Ne voulant pas répéter la même erreur qu'auparavant, il maintint son bouclier en attendant de voir réellement son adversaire baisser sa garde. Grand bien lui en prit, car il assistait là à un sort de « longue durée ». Comme dans le cas des boucliers, il ne suffisait pas de lancer le sort pour qu'il se déclenche correctement, il fallait également le maintenir pour qu'il fasse preuve de toute son efficacité.

Et le sortilège de l'examinatrice durait dans le temps, sans faiblir. Harry avait l'impression de résister à la poussée d'une lance pointue, destinée à percer son bouclier. Ces sorts, dont l'impact était de petite envergure, étaient d'ailleurs les plus indiqués pour faire céder une protection magique. En effet, ils concentraient toute la puissance magique et s'acharnaient sur un seul point du bouclier. Celui-ci avait donc plus de mal à résister…

Le jeune homme sentait d'ailleurs que s'il perdait ne serait-ce que légèrement sa concentration, il se prendrait de plein fouet le sort de la femme souriante devant lui. Finalement, sous des airs de bonhomie joviale, elle avait une réelle puissance de feu. Et Harry ne douta pas de sa maîtrise en matière de sortilèges impardonnables.

Harry sentait ses bras se tétaniser sous l'effort physique qu'il faisait pour maintenir au mieux son sort de protection. Quelques secondes de plus, et il savait qu'il lâcherait et serait projeté douloureusement contre le mur capitonné derrière lui.

Il entendait déjà les moqueurs qui apprendraient qu'il avait raté son examen de défense contre les forces du mal… Ils répandraient partout que sa victoire contre Voldemort n'était en fait qu'un coup de chance… Il n'en était pas question ! La volonté du jeune sorcier s'affermit sans qu'il y prenne véritablement garde, portée par la colère à l'idée que de nouveaux Draco Malfoy puissent se moquer encore de lui.

Et il donna une poussée mentale à son bouclier qui vint écraser le sortilège de l'examinatrice. Sous l'impact, les deux sorts volèrent en éclat et les deux adversaires furent repoussés l'un de l'autre de quelques pas. Alors que les deux sorciers relevaient déjà leurs baguettes dans un mouvement offensif synchronisé, Kingsley Shacklebolt les ramena tous les deux à la réalité.

- Merci, Auror Dora, monsieur Potter. Ce sera tout pour cet exercice.

- Oui, merci monsieur Potter, ce fut un moment amusant et rafraîchissant, ajouta la dite Auror Dora en replaçant une de ses mèches de cheveux qui avait bougé durant l'affrontement.

- Je vous demande maintenant deux minutes, le temps pour nous de finir de noter nos premières remarques, termina la vieille examinatrice.

Harry vit l'Auror Dora aller s'asseoir et noter elle-même quelques remarques. Il resta debout et silencieux en se demandant à quelle sauce il allait être mangé ensuite. Kingsley finit par relever les yeux de son parchemin, puis il conduisit Harry au fond de la salle, devant les deux armoires qu'il avait remarquées en rentrant, tout à l'heure.

Il se doutait plus ou moins que l'une des armoires recelait un épouvantard, tant elle ressemblait à celle que Lupin leur avait présentée il y a quelques années déjà.

- Voyons comment tu t'en sors avec les deux exercices suivants.

Il plaça Harry devant le premier meuble et en ouvrit brusquement les portes. Le jeune homme crut voir quelque chose sortir et se protégea d'un bouclier au cas où, mais finalement rien ne se passa. L'espace entre la porte et lui-même restait désespérément vide.

Il regarda Schakelbot, qui lui-même regardait ses collègues, perplexe. Il repoussa Harry sur le côté et se plaça lui même devant l'armoire. Une vieille femme noire apparut d'un coup, une poêle à la main elle lançait des imprécations et des malédictions sur l'Auror. Celui-ci s'en débarrassa rapidement et fit rentrer l'épouvantard dans sa cage de bois sans aucun commentaire.

Ensuite, il plaça Harry devant la deuxième armoire, mais à une distance plus respectueuse qu'avant, armoire qu'il ne fit qu'entrouvrir. Soudain, un gigantesque crabe de feu se rua à l'extérieur. Il était réellement effrayant : un monstre qui aurait plu à Hagrid, il en était sûr.

Dans un réflexe, le sorcier envoya voler la bête contre les montants de bois d'un Expelliarmus bien senti. Cette fois, il ne s'était pas retenu pour le lancer, au contraire. Son expérience précédente avec l'examinatrice l'avait tout de même vexé : il avait réussi à se débarrasser de Voldemort avec ce sort, mais pas d'elle. Alors cette fois, il ne se laisserait pas faire.

Malgré sa carapace, le crabe était complètement assommé : il ne bougeait plus d'une pince. Kingsley le fit léviter avec précaution jusque dans l'armoire qu'il referma avec soin.

- Heureusement que vous êtes le dernier à passer aujourd'hui : mon crabe n'est plus opérationnel pour les épreuves des autres étudiants. Pourquoi n'avez-vous pas utilisé un sortilège d'Aguamenti ? C'est pourtant très efficace contre ces animaux-là…

- J'ai travaillé avec mes réflexes… Mais… Pourquoi vous maintenez un crabe de feu dans une armoire en bois ? Il lui suffirait de l'enflammer pour s'en échapper.

- L'ombre les anesthésie totalement : dés qu'il fait noir, les crabes de feu s'endorment presque toujours immédiatement, lui répondit Kingsley en le regardant d'un air perplexe.

Il ne fit aucun autre commentaire en voyant Harry rougir des pieds à la tête : s'il réussissait ses examens, sa meilleure note ne serait probablement pas en Soin aux Créatures magiques… Non, vraiment pas. La vieille examinatrice, qui n'avait pas bougé de son siège depuis le début de la séance, se leva et prit la parole.

- Bien. Maintenant, je vous propose un dernier exercice avec moi, si vous le voulez bien.

Le jeune sorcier vit clairement l'éclair de surprise qui traversa les yeux de ses deux collègues à ces mots.

- Vous avez plutôt de bons réflexes, même s'ils sont peu académiques, et vous possédez une bonne puissance magique, il faut bien l'avouer. Lors de batailles réelles, ce sont deux bons points pour vous en sortir. Pour autant, vous ne nous avez pas montré de quoi votre esprit était réellement capable…

L'Auror Dora rit discrètement derrière sa main, mais Harry l'entendit tout de même, terriblement vexé.

- Il vous manque une dose de réflexion et d'imagination pour prétendre à devenir réellement un bon Auror. Car la puissance ne fait pas tout. Etes-vous aussi résistant pour les batailles de l'esprit, jeune homme ? Car les « forces du mal » peuvent se présenter sous des formes très diverses, et souvent, il ne suffit pas de savoir contenir ou repousser l'agressivité de ses adversaires, il faut résister à sa subtilité.

Harry ne cilla pas, mais il s'interrogeait clairement sur ce que cette femme comptait lui faire et sur le sens de ses paroles.

- Je n'ai malheureusement pas prévu d'exercice de ce type précisément… Mais si vous me l'autorisez, j'aimerais voir de quelle manière vous résistez à un Imperium. Ca nous donnera au moins une petite idée de ce que vous savez – ou non – faire.

- Mais, c'est un sortilège impardonnable !

- Vraiment ? lui demanda l'examinatrice avec toute l'ironie qu'elle portait en elle.

Ses yeux marrons, presque oranges, fixaient les siens sans ciller. Et Harry compris que c'était une proposition on ne peut plus sérieuse. Le jeune homme sentit une bouffée d'angoisse monter en lui : il n'avait plus été possédé depuis longtemps, maintenant. Pourrait-il encore s'en sortir ?

Il regarda les deux autres examinateurs : ils restaient parfaitement stoïques et ne laissaient rien voir de ce qu'ils pensaient de la proposition. C'était à lui de faire un choix.

La vieille femme sentait son hésitation et il vit se dessiner sur ses lèvres un sourire qui oscillait entre la moquerie et la victoire. En voyant cela, Harry sentit une son orgueil prendre un coup supplémentaire. C'est pourquoi il accepta précipitamment de se plier à cet étrange exercice.

Il eut tout juste le temps de penser qu'il ne risquait pas grand chose en entendant la vieille femme prononcer le sort. Kingsley était à ses côtés. Il ne pouvait y avoir de piège, n'est-ce pas ? La volonté de l'examinatrice était déjà profondément ancrée dans son esprit quand il songea à résister. « Pose ta baguette à mes pieds », répétait la voix chevrotante dans sa tête, « Pose ta baguette à mes pieds »…

Harry s'interrogeait.

« Est-ce que c'était bien ou mal de déposer cette baguette aux pieds de l'examinatrice ? Il pourrait la reprendre avant elle, s'il la déposait. Ce n'était pas comme si elle pouvait la confisquer définitivement… »

Les trois adultes le voyaient se baisser petit à petit, lentement, le bras tendu et la baguette en avant. Son regard un peu trouble montrait qu'une volonté étrangère le dirigeait, mais montrait également qu'il n'avait pas conscience de ses muscles tendus, de son corps qui luttait pour ne pas obéir, comme si le jeune sorcier luttait sans en avoir conscience.

« Et puis, après tout, que se passerait-il s'il se laissait envahir par la volonté de quelqu'un d'autre ? Franchement… C'était si peu important… Non ! Il avait déjà donné : n'avait-il pas combattu Voldemort justement pour retrouver sa liberté, la possibilité de choisir ses actes et son destin ? Il devait lutter. »

Shacklebolt voyait sa collègue montrer quelques signes d'agacement et de lutte, mais il n'ouvrit pas la bouche : pas question de la déconcentrer. Certains maîtrisaient le sortilège d'Imperium presque naturellement et sans difficulté, mais l'Auror, même si elle était expérimentée, devait toujours rester concentrée pour imposer sa volonté aux autres.

« Mais lutter, encore… Était-ce ce qu'il voulait vraiment ? Pas si sûr… Etre tranquille, voilà qui lui plairait. Oui. S'abandonner et enfin avoir la paix. C'était de ça qu'il avait vraiment besoin. »

Et Harry déposa sa baguette à ses pieds. Au moment où il se remit debout, il sentit la présence de l'Auror le quitter d'un seul coup et c'était franchement désagréable. Il grimaça et reprit ses esprits. Quand il regarda à ses pieds, il retint une dernière grimace, mais de dépit cette fois. Il avait lamentablement échoué. Il avait presque envie de pleurer de frustration.

- Bien monsieur Potter. Cet exercice n'étant pas réellement prévu, il ne comptera pas pour votre examen. Mais il me permettra de vous faire quelques remarques, d'autant plus si vous voulez vraiment devenir Auror… D'abord, vous vous êtes laissé guider par vos émotions en acceptant d'être soumis à l'Imperium, par votre fierté masculine et non par votre intelligence.

Harry apprécia assez peu le regard pétillant de moquerie de l'Auror Dora ; pas que ce soit méchant, mais c'était une fois de plus terriblement vexant.

- Car « accepter » d'être soumis à un sortilège revient à être moitié moins capable de lutter contre lui. Vous n'avez lutté tout au plus qu'une trentaine de secondes avant de m'offrir un total accès à votre esprit. C'est assez peu, il faut l'avouer. C'est en ça que vous n'avez pas assez sollicité votre intelligence. J'aurais accepté un refus justifié avec grand plaisir.

Harry pesta intérieurement contre lui-même. Et dire qu'il avait hésité à dire non…

- J'en viens à une autre remarque. Vous avez également accepté ce sort sans trop vous méfier parce que j'ai pour vous le statut d'examinatrice et parce que nous sommes dans l'enceinte de Poudlard. Or, voilà une autre erreur importante.

Le sorcier haussa les sourcils, attentif.

- Car pour devenir un bon Auror, et en tout cas assurer votre longévité, vous ne pourrez vous fier à personne d'autre qu'à vous-même. Eventuellement, vous ferez partie des brigades de duos, et vous pourrez compter sur votre partenaire, mais seulement après de longues années qui éprouveront votre confiance en lui ou en elle.

Harry ne pouvait s'empêcher de songer que ce n'était vraiment pas ce qu'il désirait. Hermione lui reprochait déjà d'être assez méfiant comme ça…

- Je ne vous cache pas que nous nous attendions à quelque chose de plus poussé dans votre manière d'aborder notre matière, continua l'examinatrice. Vous avez un bon bagage, une bonne expérience dans le sauvetage des sorciers, personne ne vous le retirera bien évidemment, mais vous n'avez pas encore l'étoffe et le fonctionnement d'un Auror d'élite.

Harry ne put s'empêcher d'avoir un air soulagé : il avait quand même des qualités pour ce genre de travail. Il se sentait moins… médiocre.

- En fait, j'ai peur que cette expérience passée ne vous pénalise par rapport à vos collègues dans vos futures études. Parce que vous avez attrapé certains réflexes, principalement de défense, bien plus que d'attaque, et qu'il sera difficile de vous en faire changer.

Les pensées d'Harry étaient toutes tournées vers la même idée… Être Auror était-il vraiment son destin. Avait-il envie d'apprendre à être agressif ? Il voulait aider les gens, mais cette description du travail d'Auror le dérangeait. Était-il fait pour ça ? Vraiment ?

Certes, la possibilité de devoir travailler dans un domaine qui l'intéressait autant que les forces du mal, dans un domaine qu'il avait jusque là toujours bien maîtrisé, le rassurait. Et puis, il pouvait être quelqu'un de normal à travers ces études-là, non ? Mais malgré tout… Son désir d'être Auror diminuait toujours un peu plus chaque jour.

- Maintenant, monsieur Potter, vous êtes libéré de votre épreuve, annonça l'Auror Dora en reprenant son rôle d'examinatrice. Je vous remercie pour votre sérieux et votre motivation, et bonne continuation.

Harry serra quelques mains et sorti de la salle, un peu dépité. Décidément, que lui fallait-il pour être satisfait ? Si ses examens étaient trop simples, il se sentait frustré, et quand ils étaient aussi compliqués, il l'était tout autant… C'était tellement rageant. Ce qui le mettait surtout en rage, c'était l'idée persistante qu'il pouvait ne pas obtenir ses ASPICS du premier coup…

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Harry s'adossa contre le mur du couloir, derrière lui. Les bras ballants, il avait le regard hébété : il déroulait encore et encore le film de son épreuve. Comment avait-il pu ne pas être à la hauteur ? C'était pourtant lui qui avait débarrassé le monde sorcier de Voldemort.

Ca aurait dû être un jeu d'enfant de se débarrasser de cette drôle de femme, l'Auror Dora ! Mais elle l'avait pris en traître, il n'avait pas eu le temps de se préparer à l'attaque ! C'était tellement injuste. Et il résistait plutôt bien au Véritaserum : c'est que son esprit était fort, d'habitude ! Il n'écouta pas la petite voix qui lui disait qu'aucun ennemi n'était loyal et que les vrais Aurors devaient toujours être sur leur garde.

Le sorcier se prit la tête à deux mains, ferma les yeux très fort et poussa un long soupir en espérant que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve dû au stress des examens.

- Ne soupire pas comme ça, mon garçon. Ce n'était pas si catastrophique.

Harry leva un visage morose vers Kingsley Shacklebolt qui, en quelques mots, venait de lui prouver que non, ça n'était pas son imagination qui lui avait fait vivre une séance aussi pénible. Puis il relaissa tomber son menton sur sa poitrine, désemparé. Un silence de quelques secondes permit aux deux hommes de se plonger dans leurs pensées.

- Tu n'as pas réellement la vocation pour devenir Auror, n'est-ce pas ? demanda le sorcier noir à son vis-à-vis.

- C'est pas ça. C'est juste que… Enfin, je veux dire, jusqu'ici, c'est tout ce que je savais faire…

- Le métier d'Auror est loin d'être une partie de plaisir, quand on n'a pas la vocation… On n'a jamais un moment de répit. Pas facile d'avoir une vie à soi, une famille… Moi, par exemple, je repars dès demain pour une mission délicate. Et puis, on voit sans cesse des fous plus ou moins mégalomanes, des morts de toute sorte.

Harry grimaça. C'était vrai : le métier d'Auror était intimement lié aux morts plus ou moins suspectes… Shacklebolt continua, mais sa voix était beaucoup plus basse.

- Au point parfois de ne plus s'émouvoir, même quand c'est un ami que vous découvrez mort…

- C'est à cause d'un ami que vous repartez en mission ?

- Pas officiellement. Officiellement, je vais régler quelques problèmes de Mangemorts à Azkaban.

- Ho ! fit Harry en repensant à ce qu'avait dit l'examinateur de baguettes au ministère, plusieurs semaines auparavant.

Kingsley Shacklebolt était visiblement préoccupé. Harry se demanda pourquoi l'homme devant lui était envoyé en mission alors qu'il était encore ministre il y a peu de temps…

- Dites-moi, interrogea Harry, pourquoi jouez-vous les examinateurs à Poudlard ? Vous étiez le Ministre de la Magie la dernière fois que l'on s'est vus…

- Tu n'as pas lu la Gazette, dernièrement ? A ta tête, je dirais que non…

- C'est que la Gazette est tellement partiale. Et puis, je n'aime pas tellement lire les journaux, de toute façon.

- C'est vrai que la Gazette est loin d'être parfaite… Mais nous n'avons pas vraiment d'autre journal d'actualités sorcier valable en Angleterre…

L'homme noir sembla ensuite peser le pour et le contre de ce qu'il allait dire. « Est-ce si important ? » se demanda Harry. Sa curiosité grandit.

- Hé bien… J'étais effectivement Premier Ministre, et effectivement par intérim, répondit Shacklebolt dans un sourire. Mais le Magenmagot m'a fait remplacer par Zacharie Zorille, un de ces politiciens qui a toujours vécu dans l'ombre des autres auparavant. A la place, on m'a envoyé enquêter sur les Mangemorts encore disparus. Et j'espère pouvoir mener une enquête un peu plus personnelle.

- Personnelle ? s'étonna Harry.

- Oui, répondit l'Auror après une hésitation. J'aimerais enquêter sur la mort d'un de mes anciens camarades de promo, Tony Tonguy. Je ne peux pas t'en dire beaucoup, tu t'en doutes. Mais je peux te dire ce qui est paru dans les journaux, à propos de cette affaire : Tony Tonguy était l'un des meilleurs Langue-de-plomb du Ministère et il était apparemment sur un gros coup concernant un homme louche infiltré dans les hautes sphères du ministère.

Harry haussa les sourcils, ce qui était caractéristique de son intérêt grandissant pour ce que racontait l'Auror.

- En fait, mon enquête risque d'être compliquée, parce que Tony lui-même n'a laissé aucune trace concrète de ce qu'il soupçonnait. Il n'y a que moi qui ai compris que ça concernait une infiltration au ministère.

- Pourquoi n'y a-t-il aucune trace ? Et si vous êtes le seul à comprendre, ça veut dire qu'il ne travaillait avec personne d'autre ?

- Il se méfiait beaucoup des autres et il était plutôt naturellement solitaire. Je travaille sur cette enquête de mon propre chef, parce que je connaissais bien la manière de fonctionner de Tony et que j'ai su traduire les quelques indices qu'il a laissés derrière lui. Mais je ne sais pas du tout qui est concerné et pourquoi Tony parlait d'une infiltration dangereuse…

- Donc, en fait, vous n'avez rien, résuma Harry.

- Non, on ne peut pas dire ça… J'ai quelques soupçons, une ou deux pistes.

L'Auror se pencha vers Harry et lui chuchota quelques mots sur un ton conspirateur.

- Je vais juste te dire qu'en recherchant les Mangemorts encore en liberté, je pourrai peut-être trouver celui qui, en particulier, intriguait Tony. Apparemment, il était influent chez les capuches noires et certains en ont un peu parlé sous Véritaserum… Mais personne ne sait exactement qui il est.

Harry fronça les sourcils. Quelqu'un d'influent ? Un membre du cercle intime, probablement.

- Mais bon, reprit-il en se redressant, à partir de là, tu as raison, on n'a plus grand-chose… Et ça va être long de trouver le fin mot de l'histoire : très peu de gens sont au courant des recherches personnelles que j'effectue sur cette infiltration. Même mon instructeur, le chef des Aurors, ne sait pas tout. Il s'agirait d'une grosse affaire, vraiment grosse, tu sais.

- Je crois que j'ai bien compris ça, répondit Harry, le sourire retrouvé. Vous devriez aller voir Snape, il aura peut-être des infos… Mais c'est bizarre, parce qu'il ne nous a jamais parlé de cette personne avant.

- Puisque tu te posais la question : tu as là une des deux raisons à ma présence ici en tant qu'examinateur, dit l'Auror en souriant.

- Shacklebolt ! J'espère que tu ne donnes pas au jeune Potter ses résultats d'examen !

Kingsley Shacklebolt se retourna vers l'Auror Dora avec un sourire d'un blanc éclatant.

- Pas du tout, mon amie ! Je donnais seulement au jeune Potter des raisons de s'intéresser au métier d'Auror, n'est-ce pas mon garçon ? Personne ne te dira quoi faire de ton avenir, reprit-il plus sérieux en regardant Harry dans les yeux, mais saches qu'être Auror implique d'être toujours prêt à l'aventure, de pourvoir se servir autant de sa tête que de sa magie, et surtout de ne jamais s'ennuyer.

- Shacklebolt ! Il paraît que tu as un rendez-vous important… Cesse tes grands discours, tu vas être en retard…

- Zut ! Bon, Harry, c'est peut-être une rabat-joie – il désigna sa collègue du pouce – mais elle a raison pour le coup. Je dois y aller avant que Snape ne me ferme la porte au nez. Mais avant, voici la deuxième raison à ma présence ici : je voulais te donner…

L'Auror s'interrompit quelques secondes pour fouiller ses poches consciencieusement, avant de sortir un pendentif minuscule qu'il tendit promptement au jeune sorcier.

- Ha ! La voilà. Puisque le Magenmagot ne veut plus de moi comme Ministre de la Magie, et que le Premier Ministre anglais actuel ne veut pas de moi comme garde du corps attitré, je voulais transmettre cette amulette à quelqu'un qui en valait la peine. D'habitude, c'est le Premier Ministre qui en hérite : cet artefact lui permet de me convoquer auprès de lui dans la seconde.

Harry prit l'objet et observa attentivement le bois noir finement ciselé. Un lynx en position d'attaque. Il ne put s'empêcher de pousser un « wow » admiratif. C'était un bel ouvrage.

- C'était mon grand-père qui les fabriquait, précisa l'Auror fièrement en voyant que le jeune homme était impressionné. Il n'en a donné la recette à personne avant de mourir, alors elle compte beaucoup à mes yeux. Si un jour j'ai un « accident du travail », j'aime autant que ce pendentif ne tombe pas entre les mains de n'importe qui…

Harry releva les yeux pour regarder l'Auror. « Accident du travail ». Belle manière de dire qu'il risquait de mourir à tout instant dans le cadre de ses fonctions…

- Enfin bref, reprit Shacklebolt, si un jour tu as des ennuis et que tu ne sais pas comment t'en sortir, sers-t-en pour m'appeler. J'accourrais aussitôt. Mais évite de t'en servir n'importe comment, parce que je suis obligé d'arrêter toute activité – même si elle est importante – pour venir. Mais bon, je te fais confiance. Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire, je crois…

- Shacklebolt !

- Oui ! Oui ! J'y vais. J'ai été content de te revoir, Harry.

Il lui serra la main brusquement avant de s'enfoncer dans le couloir. Mais au moment de disparaître dans un coude du chemin, il se retourna vers Harry.

- Porte-toi bien, on a toujours besoin des héros, ici-bas !

Puis, en devinant l'air désabusé du jeune sorcier à la mention du mot « héros », l'Auror éclata d'un rire tonitruant qui continua de résonner bien après que l'homme ait disparu.

- Monsieur Potter, si je puis me permettre un conseil…

Harry leva la tête vers l'Auror Dora qui s'était approchée de lui. Elle avait perdu le sourire qu'elle semblait pourtant arborer en permanence.

- Si on doit vous motiver pour que vous deveniez Auror, c'est que vous n'êtes pas fait pour ce métier… Et puis, il vous manque quelque chose…

- La vocation, j'imagine, la coupa Harry d'un air insolent.

- Aussi.

L'Auror Dora était à nouveau souriante, amusée.

- Mais j'allais plutôt dire l'imagination. Elle est essentielle pour tous les Aurors, pour toujours avoir une longueur d'avance sur ceux qu'on traque, pour pouvoir anticiper et réagir sans laisser aux autres le temps de faire de même…

La femme, qui conservait pourtant son air jovial, était définitivement dangereuse. C'était ce dont Harry pouvait s'apercevoir en la voyant parler de son métier.

- Et l'imagination vous manque, j'en ai la malheureuse impression. Je ne vous dirai pas non plus ce que vous devez faire ; vous pourriez être un très bon Auror, voire excellent, en forçant un peu plus sur la puissance et la technique. Mais l'imagination fait la différence entre l'excellent et l'exception. Pourriez-vous supporter de n'être plus l'exception ?

- Bien sûr ! Je n'attends plus que ça !

- Et les autres, monsieur Potter, vous suivront-ils ou attendront-ils quelque chose de plus venant de vous, justement ? Vous avez peut-être un autre rôle à jouer…

Elle sembla se perdre un instant dans ses pensées, mais se reprit rapidement.

- Bref, ça n'est pas là où je voulais en venir. Je voulais juste vous prévenir que la protection du ministère – et du pays par la même occasion – requiert des gens exceptionnels… Pas des gens normaux. Pensez-y, même si je vous laisse finalement seul juge de vous-même. Au plaisir monsieur Potter.

L'Auror lui tendit une main potelée qu'Harry, refroidi par cette tirade, hésita à serrer. Il le fit quand même, mais le geste lui laissa comme une impression étrange, comme un goût amer dans la bouche. Comme si une alarme retentissait dans tout son être. Une alarme synonyme de danger ?

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Mardi 11 août, après-midi

Les examens étaient terminés depuis trois jours et Harry continuait à passer deux ou trois heures par jour à la bibliothèque de Poudlard.

Les étudiants, pour une bonne moitié d'entre eux, avaient décidé d'attendre leurs résultats au château, qui était un environnement quand même beaucoup plus calme que l'extérieur, toujours en rénovation.

Ginny se demandait ce que son fiancé trafiquait, mais il refusait de lui dire quoi que ce soit.

Ho ! Pas qu'il lui ait dit clairement que ça ne la regardait pas, il n'aurait probablement pas osé. Mais il s'arrangeait toujours soit pour l'éviter, soit pour détourner habilement la conversation vers des sujets sans intérêt. Il avait une réelle habileté pour ça, comme elle s'en était aperçue. Mais cela commençait sérieusement à la chauffer…

Mais ce soir, elle allait lui proposer de préparer la potion de révélation animagus. Elle voulait absolument trouver son animal, et elle jugeait, après plusieurs semaines d'essais et de pratique infructueuse, que la méditation n'était pas du tout le meilleur moyen pour y parvenir. Comme c'était quelque chose qu'elle partageait seule avec son fiancé, cela lui permettrait peut-être enfin de profiter de sa présence plus souvent et surtout plus longtemps.

De son côté, Harry était tout simplement en train d'essayer de comprendre dans quelle étrange nouvelle prophétie il était embarqué. Pour cela, il désirait poser à plat les mots prononcés par Percy à l'enterrement de Fred et au chemin de Traverse.

Il avait d'abord fait des recherches pour que ses notes ne tombent jamais dans les mains d'un camarade ou d'une connaissance. Car il savait que la mort était étroitement associée à la révélation des mots étranges. Il avait trouvé un sort qui ne pouvait réagir qu'aux sifflements d'un Fourchelangue.

Car il avait découvert par hasard que cette compétence n'était pas morte avec Voldemort. Il avait vécu tellement longtemps en tant qu'Horcruxe qu'il avait probablement assimilé cette capacité comme la sienne propre. Et s'il en était étrangement heureux, il ne pouvait s'empêcher de frissonner : sa peur d'être le futur mage noir ne le quittait pas…

Pour ce sort, en tout cas, Hermione l'avait aidé. Il n'avait pas dit ce qu'il cherchait à cacher, mais il avait fait taire sa curiosité avec un léger mensonge : il voulait préparer la libération des elfes de maison sans risquer quoi que ce soit. Dans un coin de sa tête, il avait même remercié Kreattur qui l'avait indirectement conduit à ce mensonge, en étant catégorique sur le fait que le moins de gens possible devaient connaître sa véritable nature d'elfe domestique.

Toujours est-il qu'il était désormais devant un parchemin lisible par lui seul et qu'il réfléchissait aux mots qu'il avait écrits.

Deux frères sont revenus

Deux époques révolues

Ils vont des pleurs aux ris

.

L'un pardonne la bévue

Et dans l'âme étendue

Le message a transmis

.

L'autre donne la vue

Au moment attendu

De mi-mort en mi-vie

.

Contre le traître perdu

Ces mots, ma volonté

Je voulais, il fallait,

Mais je disparaitrais

.

Transmet les et périt

Ou souviens-toi, agis

L'entretien qu'il avait eu avec les frères jumeaux lui revint en tête également.

Percy avait eu des informations par son réseau, qui l'avait poussé à parler des Temps sombres. C'était normalement interdit, mais ils avaient eu une dérogation. Quelqu'un allait donc déclencher les Temps Sombres. Volontairement ? Il aurait dû poser la question…

Et Percy avait également dit : « c'est un message transmis par un de tes frères ».Et il était le destinataire du message, lui et uniquement lui, avaient-ils précisé. Il était donc le premier concerné, mais pourquoi ? Ça, aucun des deux n'avait voulu le dire… Pouvait-il être lui-même le déclencheur des Temps Sombres ? Cela l'inquiétait vraiment, tout comme les étranges cauchemars qui le prenaient encore parfois. Des cauchemars qu'il était incapable d'interpréter...

Percy l'avait mis en garde, comme il l'avait dit. « Souviens-toi et agis », avait-il enfin précisé…

Cet entretien avec les Weasley reprenait les mots de la… la quoi ? La prophétie de Percy ? Oui… Il dirait ça comme cela.

« Alors… Reprenons… la prophétie met en garde contre le « traître perdu »… Mais qui est ce traître ? Traître à quoi ? A sa propre cause, à ma cause, à quelque chose d'autre ? Et pourquoi est-il perdu ? Cela peut être au sens propre, perdu quelque part. Ou au sens figuré : perdu pour toujours du genre « on ne le ramènera jamais à la raison » ou « perdu à la bonne cause » ? Ou encore mort ? Oublié ? »

« A quoi cette mise en garde me sert-elle si elle ne me dit pas contre qui elle me met en garde ? » fulmina le sorcier une seconde.

« Non, non… Réfléchis… C'est une mise en garde d'un de tes frères, à dit Percy. Parlait-il de lui-même ou de quelqu'un d'autre, d'ailleurs ? Bon, peu importe pour le moment. Un de mes frères… Je n'ai pas de famille. A priori, il ne peut s'agit que d'un frère d'armes, pendant la guerre. Peut-être un membre de l'ordre du Phoenix ? Ou alors quelqu'un que je considère comme un frère. Ron par exemple… Mais ça n'a pas de sens, il m'aurait transmis directement le message s'il avait quelque chose à me dire… »

« Et Percy alors… Il était un frère d'armes, même si tardivement, et il est de la famille de mon frère de cœur. Et quand il a prononcé sa « prophétie », il avait dit « je ». Mais était-ce bien lui qui parlait ? »

« Rahh ! Tout ça ne sert à rien ! Je ne sais pas qui est quoi, ni qui désigne quoi ! Et qu'est-ce que ça veut dire « De mi-mort en mi-vie » ? Rien. Strictement rien. C'est la même chose. Quelle mise en garde utile, la belle affaire ! Et ces Temps Sombres, c'est quoi ? Et quelle appellation, encore une fois ! On ne peut pas me laisser tranquille avec toutes ces histoires de « noirceur », de magie noire et autres fichus… »

« Mais… » s'interrompit le jeune homme qui venait de comprendre une chose. « Si Georges et Percy ont voulu me donner une nouvelle mise en garde, c'était sans doute pour me donner un point d'ancrage, un début de commencement… Pour comprendre cette prophétie, pour comprendre ce que j'ai à voir avec tout ça… »

Harry se mit immédiatement à la tâche de chercher ce qu'étaient les mystérieux temps sombres. Il ne pouvait pas interroger qui que ce soit sous peine de provoquer des morts inutiles, alors il commença par fouiller les titres référencés par la bibliothèque…

Mais il se rendit compte, après plus d'une demi-heure de recherches infructueuses, qu'il ne pouvait pas trouver d'informations ici. Si les Temps Sombres portaient bien leur nom, Dumbledore n'aurait pas laissé d'ouvrage accessible aux premières années sur un tel sujet. Il devrait faire un tour de côté de la Réserve, peut-être…

Il devait revenir demain, pour chercher. Ginny allait encore râler, pensa-t-il en souriant. Il pouvait comprendre que la jeune fille soit frustrée de ne pas le voir plus souvent. Il passait plus de temps avec elle, comme il le lui avait promis pendant les examens, mais elle ne comprenait pas qu'il veuille s'isoler. Il ne pouvait pas lui dire sur quoi il travaillait il ne voulait pas provoquer sa mort.

Il restait quelques jours avant de recevoir les résultats des ASPICS, il lui restait donc quelques jours pour profiter de la bibliothèque avant de terminer définitivement sa scolarité…

Comme à chaque fois qu'il pensait que cette page était sur le point de se tourner, il se sentit nostalgique. Aussi décida-t-il d'aller se consoler auprès de sa petite amie, à qui cela ferait de toute manière plaisir de l'avoir à disposition. Il rangea tout, plia soigneusement son parchemin de questions en activant le sortilège, et le fourra dans son sac avant de retourner dans la tour.

Il passa le portrait de la grosse Dame pour trouver ses amis en grande conversation. Ginny, en l'apercevant, se leva pour le rejoindre.

- Harry, nous allons en Roumanie.

- Comment ? Qui ? Quand ?

- Toute la famille. On raccompagne Charlie là-bas. Il reprend son travail maintenant que la guerre est terminée. Il nous invite chez lui pour les vacances. On part dès que Ron aura passé les sélections de Quidditch. Est-ce que tu veux venir avec nous ?

- Evidemment, j'aimerai ! dit Harry.

- On attend que Ron ait passé ses sélections, mi-août, et on y reste jusqu'à la rentrée, précisa la jeune fille. Tu n'auras pas de problème pour passer les tests d'entrée en tant qu'Auror. Je me suis renseignée, c'est début septembre.

Harry ne dit rien, pour le moment. Il n'était vraiment pas convaincu de passer les épreuves pour devenir Auror. Mais il se laissait le temps de découvrir sa voie avant d'en discuter avec sa petite amie. Elle était tellement enthousiaste de le voir dans cette carrière…

- Et j'ai une autre proposition, dit Ginny avec un air de conspiratrice.

- Je t'écoute.

- Nous avons un peu moins d'une semaine avant de recevoir les résultats des exams, et nous avons largement le temps de mettre en route une potion de révélation d'animagus. Tu es avec moi ?

- Gin' je te l'ai déjà dit… Il n'est pas recommandé de préparer cette potion avant d'être sûrs de pouvoir admettre notre animal d'âme. Nous pourrions ralentir sensiblement l'assimilation de l'animagus. Ce serait dommage, tu ne crois pas ?

- Harry, nous sommes suffisamment mâtures pour accepter notre animal et travailler sur l'assimilation après l'avoir découvert. Je n'arrive pas à méditer à ta façon, je n'arrive pas non plus à méditer de la manière traditionnelle… Ça ne sert à rien d'attendre.

- Gin'…

- S'il te plaît. Ne me dit pas que tu n'as pas envie de savoir au moins autant que moi, dit-elle avec un de ces sourires espiègles qui le faisaient fondre à tous les coups.

- Si, bien sûr, mais…

- Et puis, seule, je ne peux pas acheter les ingrédients au Chemin de Traverse. Alors qu'avec toi… je peux faire tellement de choses.

Le ton de la jeune fille était devenu tellement suggestif que le sorcier eut un blanc. Elle était redoutable. Il eut un sourire niais et acquiesça d'une manière un peu absente quand elle lui redemanda s'il était avec elle.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Samedi 8 août, mi-journée

Harry s'arrachait les cheveux. La bibliothèque de Poudlard avait beau être très fournie – il avait même découvert des sections dans lesquelles il n'avait jamais mis les pieds – rien dans les livres ne faisait allusion à de quelconques Temps Sombres… Il commençait sérieusement à envisager d'aller voir Trelawney pour voir si elle ne pouvait pas lui faire une toute nouvelle prophétie qui le guiderait enfin quelque part…

- Quelque chose vous tracasse, monsieur Potter ?

Harry se retourna vers la directrice McGonagall, surpris de sa présence dans la bibliothèque.

- Ho ! Bonjour. Je ne parviens pas à trouver ce que je cherche, à vrai dire. Et il me reste tellement peu de temps pour profiter du château et de la bibliothèque que cela me frustre…

La directrice sembla le jauger du regard.

- Je peux peut-être vous guider ?

- Heu…

Harry chercha très rapidement une excuse ou un sujet, ou quoi que ce soit qui pourrait justifier ses difficultés à trouver des informations. Peut-être une demi-vérité ferait-elle l'affaire…

- Je cherche à comprendre le fonctionnement des prophéties et la manière dont il faut les interpréter.

- Vaste sujet, dit la directrice en haussant les sourcils. Pourquoi ces questions ?

- Je… Je chercher à comprendre qui je suis. Et puisqu'une grande partie de ma vie est… a été guidée par une prophétie, j'aimerai comprendre comment me situer par rapport à tout ça…

Harry était fier de sa réponse. Car il ne mentait pas vraiment. Certes, il omettait de parler des Temps Sombres, mais il était vraiment à la recherche de sa personnalité profonde puisqu'il cherchait à devenir animagus.

- Je peux peut-être vous donner une autorisation spéciale pour vous rendre dans la Réserve. Toutes les matières qui touchent aux prophéties et à la vraie divination sont complexes et les ouvrages qui en traitent sont mis hors de portée des jeunes étudiants. Je ne crois pas à la divination, mais je sais ce que la divination peut faire sur un esprit un peu impressionnable. Et cela n'apporte pas toujours des conséquences heureuses…

- J'apprécierai beaucoup votre aide, dans ce cas, dit Harry en souriant.

- Promettez-moi simplement de ne pas emmener avec vous un autre étudiant. Je peux vous faire confiance pour ne pas sortir les livres de la Réserve et pour les consulter sur place ?

- Bien sûr ! s'exclama Harry, qui était parfaitement sincère pour le coup.

- C'est une bonne idée de recherche, dit ensuite la directrice avec des yeux pétillants qui lui rappelèrent Dumbledore. Cela devrait effectivement vous aider à trouver votre animagus.

- Que… Pardon ? bégaya Harry en rougissant. Pourquoi parlez-vous d'animagus ? demanda-t-il en tentant de paraître innocent.

- Je ne suis pas dupe, monsieur Potter. Vos connaissances et votre intérêt sur ce sujet a éveillé ma curiosité. Et je trouve que c'est un projet extrêmement utile. Surtout si vous comptez devenir Auror. A vrai dire, si vous le souhaitez, je peux vous proposer quelques leçons particulières avec moi, en guise de… remerciement et de cadeau pour vos 18 ans. J'ai plus de temps maintenant que les examens sont terminés.

- Ce serait avec plaisir, répondit poliment Harry.

Mais s'il tentait de se montrer sobre, malgré son envie de sauter de joie, son sourire parlait largement pour lui. Il était heureux. Il allait pouvoir se rapprocher des Maraudeurs, de son père… Il n'aurait plus ensuite qu'à donner à Ginny les mêmes leçons qu'il allait recevoir. Il avait presque des étoiles dans les yeux.

- Bien. Passez à mon bureau tout à l'heure et je vous donnerai cette autorisation. Nous pourrons aussi convenir d'un rendez-vous ou deux la semaine prochaine, pour travailler sur votre méditation.

- Merci beaucoup, madame la directrice.

McGonagall hocha la tête avec approbation et se dirigea elle-même vers la Réserve, à la recherche du livre que lui avait conseillé Albus sur la magie du château et sur son fonctionnement.

Elle était intérieurement contente de la proposition qu'elle avait faite au jeune sorcier. Depuis son anniversaire, quand elle l'avait croisé seul dans un couloir, elle avait remarqué qu'il avait souvent un air tristounet ou incertain sur le visage. Ce n'était pas le Harry qu'elle avait côtoyé lorsqu'il était étudiant et qui semblait heureux de vivre, qui riait haut et fort. Non, là, c'était le combattant qui semblait, malgré les apparences, avoir des difficultés à surmonter la guerre et ses conséquences.

Là, elle avait revu la lueur de joie intense qu'il pouvait parfois avoir avant. Avant tout ce gâchis, cette guerre, ces pertes. C'était Albus qui lui avait conseillé ce « remède » parce que les tableaux avaient remarqué, comme elle, le manque d'entrain du jeune sorcier. Il avait eu raison, une fois encore.

De son côté, Harry songeait qu'il allait enfin pouvoir avancer à grand pas dans ses divers projets…