CHAPITRE 2

Nous atterrissons à Port Angeles douze heures après avoir quitté l'Islande. Je pensais que nous prendrions un vol civil, mais Elena m'a rapidement conduit vers un petit aérodrome à quelques kilomètres de sa maisonnette. Elle avait emballé en quelques minutes ses affaires, ne prenant en tout et pour tout que quelques vêtements, de l'argent liquide et diverses carte de crédit, un épais livre consacré à Molière, et son violon rangé dans un étui en bois. Arrivés à l'aérodrome, nous entrâmes dans un jet privé, dont j'appris qu'elle était la propriétaire. Et le pilote. Elena semble avoir une véritable passion pour le vol, et c'est à bord du jet que nous avons relié la côte ouest des Etats-Unis. Les avions ont beaucoup évolué ces dernières décennies, et ce, malgré la raréfaction des ressources pétrolières. Elena était comme une enfant durant le vol, et elle m'avoua que acheter ce jet dernier cris, sous une de ses fausses identités, avait été pour elle un véritable « péché mignon ». A notre arrivée, Elena semble de plus en plus mal à l'aise, et je tente tant bien que mal de me montrer rassurant. Nous achetons une voiture, et après une petite demi-heure de route, nous voilà devant mon ancienne maison. Forks semble totalement identique depuis que j'ai quitté la ville. Je sais que Charlie est décédé il y a quelques années, Alice m'en avait tenu informé. Il a cependant réussi à se remettre de la douleur causé par la disparition de Bella, notamment en rencontrant Sue, avec qui ils a finit ses derniers jours. Quant aux loups de la meute quileute, je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. Surtout Jacob Black.

Sur le pas de la porte nous attend ma famille, au grand complet. Rosalie semble sereine, mais je perçois l'inquiétude de ses pensées. Emmet, quant à lui, semble ravi de me voir, et de découvrir qui se cache derrière mon « amie immortelle ». Esmée et Carlisle sont ravis, je ressens la joie qui émane d'eux. Alice, elle, sautille par tout et tremble d'impatience, malgré les efforts de Jasper pour la calmer. Je souris intérieurement. Ils n'ont vraiment pas changé. Et je m'aperçois qu'ils m'ont tous terriblement manqué. Je sors rapidement de la voiture pour ouvrir la portière déjà entrouverte du côté passager. Doucement, nous réduisons les quelques mètres qui nous séparent de ma famille. Elena semble mal à l'aise, presque timide. En l'apercevant, je suis frappé par le flot des pensées de mes parents et de mes frères et sœurs. « Qu'elle est belle » pense Rosalie, sans toutefois ressentir la moindre pointe de jalousie. Emmet et Jasper semblent tout aussi admiratifs devant la beauté d'Elena. Alice, elle, me parle mentalement, comme elle sait si bien le faire. « Je te l'avais bien dit Edward. Je suis tellement heureuse. Je ne pourrai être plus heureuse... ». Esmée, qui déchiffre toujours aussi bien les visages, s'interroge. « Je crois qu'elle ressent de la peur... et cette tristesse, au fond de ses yeux. Il émane d'elle avec une grande force. »

« Bonjour Papa. Maman. » Dis-je en m'arrêtant devant Carlisle et Esmée. Je suis touché par la joie qui émane d'eux lorsque je prononce ces mots. Ils avaient peur de m'avoir perdu. « Je vous présente Lena... Elena Molière »

Elena s'avance et tend une main timide à mes parents adoptifs. « Je suis ravie de faire votre connaissance, Monsieur et Madame Cullen ». Elle sourit alors qu'elle leur sert une pleine poignée de mains.

« Tout le plaisir est pour nous Elena » dit Carlisle avec un grand sourire. « Appelez nous Carlisle et Esmée, je vous en prie ». Elena acquiesce d'un signe de tête avant de se tourner vers mes frères et sœurs.

« J'imagine que tu es Rosalie », dit-elle en détaillant ma grande blonde de sœur. « Bien que la description qu'Edward a fait de toi est très flatteuse, elle est loin de se rapprocher de la réalité. » Rosalie en aurait rougit de plaisir. Elle tend doucement sa main à Elena en souriant. Moi même, je souris intérieurement. Elena est surprenante, elle est parfois si réservée, mais elle trouve toujours le mot juste pour faire plaisir aux gens. Elle se tourne alors vers Emmet, et ils échangent une pleine poignée de main. Puis, curieuse, elle fronce légèrement les sourcils en s'adressant à Jasper.

« Ton don est assez intriguant. Je ressens des ondes positives et apaisantes depuis près de trois kilomètres, mais je n'avais pas compris qu'elle venait de toi ».

Jasper éclate de rire, me demandant via ses pensées si elle avait connaissance de son don. Je fais un très léger signe négatif de la tête en guise de réponse, ce qui le rend d'autant plus curieux. Enfin, Elena se glisse vers Alice, qui sautille de plaisir sur place. « Tu dois être Alice. Edward m'a beaucoup parlé de toi. Ton don a l'air d'être fascinant, et pas toujours facile à porter. » Sur le coup, mon lutin de sœur ne sait pas trop quoi répondre, et choisit alors de sauter au cou d'Elena, qui, malgré un très léger pas de recul, finit par refermer ses bras autour de ma sœur.

« Je suis tellement contente de vous voir ! Edwaaard, je suis trop contente. C'est dingue ! » Chantonne Alice sous le regard bienveillant des autres membres de ma famille.

Sur la proposition d'Esmée, nous rentrons tous dans la maison, dont la décoration a beaucoup changé. Nous nous installons dans le salon, Alice sautillant toujours à mes côtés. Elena commence à se détendre, détaillant la pièce du coin de l'œil. Emmet me fait un clin d'œil avec sa discrétion légendaire.

« Alors frérot, tu nous l'avait bien caché, celle la ! » Dit-il d'un ton goguenard avant de se faire foudroyer du regard par Esmée et Rosalie.

« Elena, nous sommes vraiment ravis de vous connaître » reprend Carlisle. « Peut-être voulez-vous faire le tour de la maison ? Edward, je sais que tu sauras t'y retrouver. » Je le remercie du regard. Si Elena semble à l'aise, je tiens à ce que les présentations se fassent en douceur. Doucement, je la guide dans la maison, vers ma chambre, qui est restée intacte. Esmée, qui nous a suivit, m'adresse un gentil sourire.

« J'ai toujours pensé que tu reviendrais Edward. Et ce n'est pas comme si nous allions en faire un pièce réservée au sport... » Elle éclate de rire, rapidement suivie par Lena ainsi que mes frères et sœurs, restés dans le salon.

Elena visite la pièce d'un pas tranquille, s'arrêtant quelques instants devant les nombreux CD qui ornent les murs. Puis nous redescendons, et elle s'arrête devant mon ancien piano.

« Quelqu'un est musicien ? » Dit-elle, une lueur de joie dans les yeux. Je ne lui ai jamais dit que je jouais du piano. « J'en ai fait pendant longtemps mais... ça fait près de... trente ans que je n'y ai pas touché. » Je perçois les pensées de mes proches, qui se rappellent soudainement de Bella, mais tentent aussi rapidement que possible d'éloigner les pensées qui se rattachent à elle. Cependant, je leur adresse un sourire rassurant qui semble les rasséréner.

Elena, elle, sourit d'avantage. Elle ne me demande pas d'y jouer, mais je sens qu'elle en a envie. Alors, je m'assois doucement sur le tabouret de l'instrument et pose mes doigts sur le clavier. Je commence une mélodie, en totale improvisation, m'apercevant rapidement qu'être un immortel nous permet de ne pas être vraiment rouillé, d'autant plus qu'Esmée à veillé, durant tout ce temps, à ce qu'il reste accordé. Elena écoute, attentive, puis elle va, à vitesse vampirique, chercher son violon dans l'entrée. Elle s'assoit alors à mes côtés, et sa présence proche me fait presque frissonner. Elle règle délicatement son violon, et commence à jouer à l'oreille avec ma mélodie. Le résultat est splendide, et pendant de longues minutes, j'ai l'impression que nous jouons de concert, que nous dialoguons mutuellement à travers la musique. C'est splendide. Je m'aperçois au bout de quelques minutes que Esmée semble tétanisée par l'émotion. Après plusieurs minutes de musique, nous nous arrêtons, échangeant un sourire complice. Je suis amoureux, plus aucun doute n'est permis. Je suis imprégné. J'ai mal tant le bonheur qui m'entraine est fort.

Quelques heures plus tard, Elena est partie chassée en compagnie d'Alice, de Rosalie et d'Esmée. « Pou faire connaissance », c'est ce que m'a expliqué ma petite sœur, avant de prendre Lena par la main et de l'entrainer dans une course folle. Je suis avec Emmet et Jasper dans le bureau de Carlisle. Leur présence me fait un bien fou et nous rions tous comme des gamins qui se racontent des blagues. Puis, Jasper me demande d'un ton badin si je suis avec Elena, si nous sommes ensemble. Je vois que Emmet et Carlisle ne rajoutent rien mais semblent intéressés par cette question.

« Je ne sais pas vraiment en fait. Je... Je crois que je suis amoureux. Mais c'est plus compliqué. Elena, comme elle vous l'expliquera, a eut une vie difficile. Et... même si elle me permet de me remettre de... de Bella, je ne sais pas la nature de ses sentiments. » Jasper hoche la tête. « Tu sais Edward, j'ai ressenti ses émotions, et elle semble très attachée à toi. Mais il y a quelque chose de méfiant en elle. Comme une carapace. »

J'acquiesce. « Ce qu'elle a vécu avec les Volturis l'a renfermée je crois. Elle a été trahie, et je crois qu'elle ne s'en remettra jamais complètement. » Carlisle me sourit. « Tu lui a parlé de l'histoire de Bella ? » me demande t-il avec précaution.

« Oui. Je peux en parler maintenant. » Je souris. « Elle me fait un bien fou. C'est comme si nous étions un peu brisé tous les deux, et que sa présence à mes côtés apaise la peine. » J'avale ma salive, avant de reprendre. « Mais j'ai l'impression qu'elle peut m'échapper à tout moment. Elle semble à la fois terriblement présente, mais totalement absente, je ne sais pas... » Emmet m'écoute avec beaucoup de sérieux, avant de s'exprimer, dans un grand sourire.

« Ca, c'est parce qu'elle n'a pas encore gouté à l'amour charnel avec toi, mon vieux ! » Nous éclatons tous de rire suite à la remarque d'Emmet, mais je ne peux m'empêcher de rêver à ce que serait l'amour physique avec Elena. Cela crée en moi un intense désir, bien que je sais qu'il reste encore trop de choses à mettre à plat. De son côté comme du mien. Jasper et Emmet quittent alors la pièce, pour aller faire une partie d'un jeu de balle, je suppose. Carlisle se tourne alors vers moi.

« Edward, mon fils. Je suis si heureux de te voir... changé. » Il me sourit, m'invitant à me dévoiler.

« Je suis si heureux, Carlisle, que cela m'effraie. Je me demande si j'ai le droit au bonheur... Après tout ce qui s'est passé. J'ai peur, car la culpabilité que j'ai ressentie depuis la mort de Bella commence à s'éloigner. Et je ne sais pas si c'est une bonne chose, si j'ai le droit de ressentir ce que je ressens. » Mon père adoptif pose sa main sur mon épaule dans un geste d'amour paternel.

« Tu sais Edward, si il a bien quelqu'un qui a le droit à une seconde chance, c'est toi. La mort de Bella a été très dure, mais c'est un fait, et c'est passé. Tu as le droit de tourner la page. » Ses paroles raisonnent dans mon esprit, m'apportant un peu de sérénité. Carlisle change alors de sujet en me demandant ce qui s'est passé lorsque Elena a perdu connaissance. Je lui parle un peu de son don, et de la manière dont il entraine une intense fatigue chez elle. Mais je m'aperçois que moi même je n'en sais pas beaucoup plus. Lena ne semble éviter de l'utiliser le plus possible.

« Elle considère son don comme une anomalie, Carlisle. Comme quelque chose qu'elle ne devrait pas avoir et surtout pas utiliser... » Mon père hoche la tête, tout en se demandant, à travers ses pensées, si ce n'est pas ce refus qui crée cette fatigue extrême, comme si elle combattait une partie de ce qu'elle est. La théorie me semble juste.

Alors que Carlisle et moi bavardons de tout et de rien, de ce qu'a fait ma famille ces dernières décennies – tant de diplômes du secondaire et universitaires qu'il a fallu trouver un nouveau cadre pour exposer nos trophées scolaires – j'entends les filles qui rentrent. Nous descendons les marches de l'escalier. Elena semble rayonnante et partage déjà une certaine complicité avec ma mère et mes sœurs. Il doit être plus de minuit lorsque nous nous réunissons à nouveau tous dans le salon. Elena semble fébrile, mais souriante. Elle se tient debout devant le reste de ma famille et prend la parole.

« Je vous remercie de m'accueillir comme vous le faites. Edward m'a dit que vous aviez sans doute beaucoup de questions à me poser, mais vous êtes tous très prévenant. Alors, je peux vous offrir quelques réponses. » Son regard brule le mien, avant qu'elle ne reprenne. « Je crois que la meilleur des manière pour moi de vous parler un peu de... ma vie, c'est de vous montrer quelques uns de mes souvenirs. » Elle sourit à nouveau, mais je vois à travers ce sourire qu'elle est pleine d'appréhension.

Puis, soudain, nous ne sommes plus dans le salon de la maison de Forks. Nous sommes toujours assis, et je perçois la présence des autres, mais Elena a disparu, et les murs beiges, les lampes la table basse ont été remplacés par un paysage verdoyant. Si certaines couleurs n'étaient pas floues, ce qui témoigne d'un souvenir du passé de Léna, j'aurais cru à une vision réelle. Soudain, un sentiment de joie m'envahit. Je comprends que c'est la joie que ressentait Elena. Nous voyons à travers ses yeux. Le paysage se précise, et je comprends qu'il s'agit de rizières. Il semble faire très chaud, très humide. Une voix d'homme résonne mais je ne parviens pas à comprendre ce qu'elle dit. J'imagine qu'il s'agit de son père. D'ailleurs, l'image se centre sur lui, qui sourit. Il est habillé léger, mais semble respecter la mode des années 1870. Soudain, le tableau change. Nous sommes dans une ruelle sombre, dont le décor haussmannien me fait comprendre qu'il s'agit de Paris. J'entrevois Aro Volturi à travers les yeux d'Elena. Je ressens sa peur alors qu'il lui parle. D'avenir, de grands projets. Je sais qu'elle a envie de prendre les jambes à son cou, mais elle sait qu'elle n'a aucune chance face au prédateur. Elle tente cependant d'esquisser quelques pas vers la rue, appelle à l'aide, mais il recouvre sa bouche de sa main glacée tout en lui caressant la joue. Cette vision crée en moi un profond dégout et une grande colère. J'ai soudain peur de voir des choses qui vont m'être insupportables. Pourtant, je sais qu'Elena nous choisit soigneusement les souvenirs qu'elle souhaite partager. Il l'a mord, et quelques secondes nous ressentons à nouveau cette douleur qui nous a été commune à tous, celle de la transformation.

Le tableau change à nouveau, nous sommes plongés dans une pièce noire. Aro, et ses frères sont là, dans une attitude qui trahit leur admiration. Serais-ce de la peur ? Une roche est posée devant Elena. Je comprends rapidement ce qu'ils lui demandent de faire. Elle s'exécute, et soudainement la roche se soulève, avant de se tordre, de se transformer, de se séparer en des milliers de morceaux extrêmement pointus qui bougent de plus en plus rapidement dans la pièce. Ils se transforment alors en eau et explosent sur le sol. Aro applaudit, mais ses frères ont l'air dépassé, effrayés. Je ressens la lassitude d'Elena, la douleur.

L'image change à nouveau, et nous sommes dans un paysage de neige. A en croire la vitesse de l'image, je devine que Lena est en train de courir. Elle fuit. On entend au loin des voix...

La scène se transforme à nouveau pour prendre la forme d'une rue animée. Paris. J'ai l'impression qu'il s'agit de la seconde guerre, au vu des casques de l'armée nazie. L'image est beaucoup plus précise que ses souvenirs humains. Soudain, je sens une main sur mon épaule, puis j'aperçois un immortel. Grand, Blond, les yeux d'un rouge saisissant. Je devine qu'il s'agit de William. Elena et lui ont l'air d'être ensemble. Il se dégage de William une aura attractive. Il sourit. Je ressens un sentiment de bien être auquel se mêlent une véritable confusion. Je ne peux m'empêcher de ressentir une pointe de jalousie face aux sentiments que je ressens qui sont ceux d'Elena. L'image se trouble encore, et je suis soudainement envahie par une douleur atroce. Physique, mais surtout un vide que je serai reconnaître entre tous. Je suis dans une pièce noire, qui est faite d'un matériau que je ne comprends pas. Je suis dans le noir complet, j'ai l'impression d'étouffer. J'essaie de canaliser mon pouvoir, en vain. La pièce est faite pour me résister. Soudain, je suis éblouie par une lumière qui vient du plafond. Celui-ci semble très lointain, à plusieurs centaines de mètres au dessus de moi. Une minuscule trappe s'est ouverte. Et je vois apparaître Aro. Je cherche William, je crie son nom. Et soudain il apparaît, aux côtés d'Aro, souriant. Une douleur indescriptible me transperce alors, le sentiment d'être trahi, d'avoir perdu toute raison d'exister. La douleur devient violente, et j'ai l'impression l'espace d'un instant qu'Elena ne parvient plus à contrôler ses souvenirs. Mais l'image change encore. Des paysages défilent devant moi, de chasse, de fuite. Enfin, la scène se stabilise sur la maisonnette en Islande. Et je m'aperçois. Je ressens la méfiance d'Elena envers moi. Cette méfiance disparaît peu à peu pour être remplacée par la confusion. Une nouvelle image apparaît alors. Je marche dans la neige, je semble être bien plus serein. Presque heureux. Je vois les bras d'Elena se tendre et la neige se met à danser autour de moi, des tourbillons de neige dont je distingue chaque flocon. La fatigue m'envahit alors, comme un poison brulant.

Soudain, tout disparaît et nous nous retrouvons tous dans le salon. J'entends à nouveau les pensées confuses de ma famille. Elena bouge légèrement, un sourire timide aux lèvres. Je lui tends la main pour l'installer à mes côtés sur le canapé. Personne ne dit rien, encore sous le choc de ces visions. J'observe ma douce assise à mes côtés, qui semble douter d'avoir fait le bon choix de nous montrer cela. Je serre sa main. J'essaie de la remercier à travers mon regard d'avoir partagé cela avec ma famille. Cela me touche, cette confiance. Mais dans un coin de mon esprit, je ne peux m'empêcher de repenser à cette douleur qu'elle m'a fait ressentir, celle de la trahison et la panique qui m'a envahit lorsque elle était enfermée dans cette pièce noire.

Carlisle prend alors la parole, d'une voix encore plus douce qu'à son habitude.

« Merci de nous avoir tant montré, Elena. Cette confiance que tu places en nous me touche énormément. Saches que tu es la bienvenue dans notre famille, et que je ferai mon possible pour t'aider... Ce donc est assez incroyable. »

Esmée et Rosalie ont un sourire lumineux mais semblent elles aussi encore touchées par les souvenirs que nous a partagé Elena. Alice ne dit rien.

« Comment as-tu fait, pour nous montrer tes souvenirs ? » demande Carlisle, dont j'entends les pensées curieuses.

Elena hausse les épaules. « Je peux modifier la matière. Et l'illusion est l'une des manières les plus simples de changer la réalité. » Carlisle acquiesce bien qu'il ne comprenne pas très bien le fonctionnement du don de Lena. Celle-ci semble deviner ses pensées et reprend.

« Je ne comprends moi même pas très bien comment cela marche. Je sais juste que parfois ça peut faire des choses atroces. J'ai essayé au fil du temps de mieux contrôler cette ... chose. Mais parfois, elle reprend le dessus sur moi. »

« Si tu le veux bien, nous essayerons d'y voir plus clair ensemble, Elena. Je pense pouvoir t'apporter mon aide. »

Elena hoche la tête, semblant reconnaissante, avant de reprendre avec sérieux.

« Maintenant que vous savez dans les grandes lignes ce que je suis, et ce que j'ai fait, je peux totalement comprendre si vous ne voulez pas prendre le risque d'être en ma compagnie. Les Volturis me cherchent encore... » son regard se pose alors sur moi. « Edward semble totalement inconscient face au danger que cette chose représente, mais je ne veux vous causer aucun ennui... » Dit-elle en observant chacun des membres de ma famille tour à tour.

A mon grand étonnement, c'est Rosalie qui prend la première la parole.

« Ne dis pas de bêtises Elena. Outre le fait que suis très heureuse de revoir mon frère... pour moi, tu as ta place dans notre famille, le temps que tu voudras. » Je lance un regard reconnaissant à Rosalie. Celle-ci semble avoir apprécier la franchise de Lena.

« Emmet ? » Demande Carlisle avec beaucoup de douceur. Celui-ci prend la main de Rose et me sourit. « Elena a l'air d'aimer la bagarre. Et j'ai hâte de voir ce que ce don peut faire contre un vampire aussi beau et fort que moi ! » Rosalie lui donne une tape sur le derrière de la tête en souriant alors que Elena sourit.

« Jasper ? » questionne Carlisle en se tournant vers mon grand frère blond. Celui-ci semble méditer quelques instants, réfléchissant avec sa rationalité légendaire. Il sourit alors à Lena. « Ta présence parmi nous semble rendre mon frère heureux. Et je ressens la joie que le retour d'Edward procure à l'ensemble de notre famille. Je sais que tu ne parles pas à la légère des risques liés à ta personne, mais tu sembles être quelqu'un d'honneur. Je vote pour. » Elena hoche la tête, alors que Jasper nous adresse à tous deux un sourire.

Avant même que Carlisle se tourne vers Alice, celle-ci sautille en criant son accord.

Quant à Esmée, elle ne prend pas la peine de répondre mais s'approche d'Elena et moi et nous serre dans ses bras. Dans son esprit, elle me montre son bonheur de me retrouver, mais aussi sa tristesse face à l'histoire de Lena.

Carlisle sourit, puis tous nous nous levons. Je prends alors Elena par la main et l'entraine vers la forêt afin de lui montrer les environs. Elle est rayonnante.