Chapitre 4 : Et l'avenir s'éclaire ?
Partie 5 : Explosif
Lundi 10 août, après-midi
Harry plissa le nez quand Ginny ajouta les yeux de Strangulot dans la mixture à l'odeur infâme. Il ne touchait pas au chaudron, se contentant de préparer les ingrédients qu'ils avaient achetés à Londres le matin même, sous les instructions de sa petite amie. C'est qu'en plus d'être laids et malodorants, ces produits coûtaient la peau des fesses.
- Passe-moi les écailles de serpent séchées et les poils de Doxys macérés, s'il te plaît.
Harry tendit les écailles qu'il avait minutieusement nettoyées ainsi que la fiole de poils de Doxys. Il se demanda un instant quel sorcier avait été assez fou pour imaginer épiler les Doxys et faire de leur « fourrure » un ingrédient de potion.
Il haussa un sourcil dubitatif en voyant que la potion ressemblait à de la boue liquide. Il n'aimait pas les Potions. Même s'il était fasciné par la capacité de création de Malinovski, même si il était impressionné par l'aisance de Ginny, il n'aimait vraiment pas les potions. Sa petite amie, elle, était concentrée et visiblement familière avec des notions qu'Harry ne comprendrait peut-être jamais…
- Compte avec moi le nombre de tours de spatule. Il en faut 34 dans le sens des aiguilles d'une montre puis une fois dans le sens inverse. Je ne voudrais pas me tromper…
Et Harry s'exécuta. En même temps qu'une partie de son cerveau était occupé à compter, il tapotait distraitement le passe pour la Réserve qu'il était allé récupérer, samedi en fin de journée, chez la directrice. Il mourrait d'envie de l'utiliser, mais il s'était restreint pour aider sa fiancée. Il hésitait d'ailleurs à en parler, parce qu'elle n'avait pas le droit d'entrer. Et connaissant son caractère curieux et enflammé, elle pourrait décider d'entrer quand même.
Or, si la directrice l'apprenait, il pourrait perdre tout à la fois son autorisation de fouiner dans la Réserve et les cours privés avec une animagus confirmée. Il devait s'avouer que même s'il aidait Ginny à préparer la potion, il n'avait pas spécialement envie de la boire. Il avait l'intuition qu'avec un peu de patience et des conseils avisés, il pourrait accéder assez rapidement à son animal d'âme, désormais.
Il se retrouvait donc actuellement une nouvelle fois dans le flou sur ce qu'il devait faire et il détestait ça. La liberté de prendre ses propres décisions était à la fois une merveille et un calvaire. Car il était difficile de tenter de contenter tout le monde – y compris lui-même – en même temps. Et il était encore plus dur, parfois, de respecter les quelques principes qu'il se donnait. Comme celui d'être honnête avec sa future femme…
- Et trente-quatre ! s'exclama Ginny.
La potion était d'un étrange… gris-marron. Mais quand la jeune fille effectua un tour dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, la potion devint d'un très beau bleu nuit, particulièrement sombre. Par contre, elle avait gardé son odeur désagréable. Pourquoi les potions devaient-elles toujours avoir un mauvais goût ou une mauvaise odeur, d'ailleurs ?
- Et voilà, fit la jeune fille avec un sourire. Il ne reste plus qu'à attendre un peu plus de 72 heures pour que les toxines volatiles s'évaporent et que la potion s'épaississe un peu. Nous reviendrons dans trois jours pour les étapes suivantes. Tu crois qu'on peut laisser la potion ici ?
- Oui, répondit Harry. La salle sur demande gardera cette potion ici. Et comme nous sommes les seuls à pouvoir invoquer ce jardin, il n'y aura aucun problème, ne t'en fait pas.
- Si tu le dis, soupira la jeune fille avec un air rassuré. Je n'aimerais pas que la potion soit gâchée.
Les deux jeunes gens sortirent de la pièce créée par le château et échangèrent un baiser. Ils étaient encore étrangement maladroits pour ces gestes simples d'affection.
- Je vais rejoindre Ron sur le terrain de Quidditch, dit Ginny. Tu viens avec nous ?
- Non merci, dit Harry qui trouvait l'occasion trop belle. Je vais à la bibliothèque.
La jeune fille retroussa son nez, mais elle ne dit rien. Elle avait momentanément accepté le fait qu'Harry apprécie de passer des heures à la bibliothèque. Il y était encore plus souvent qu'Hermione, qui préférait travailler actuellement sur son CV et son parchemin de motivation. Elle attendait ses résultats pour présenter sa candidature à un poste ministériel.
La jeune sorcière rousse déposa un dernier baiser léger sur le nez d'Harry avant de s'éloigner. Et Harry se mit en route pour la Réserve.
Arrivé à la bibliothèque, il se dirigea immédiatement vers la porte dont l'accès était restreint. Il inséra le passe – une sorte de carte argentée qui luisait faiblement – dans la serrure prévue à cet effet. Il entendit un déclic qui sonnait comme un système moldu et la porte de la Réserve s'entrouvrit.
Le système d'accès avait dû être changé à l'époque où Snape était le directeur de Poudlard, parce qu'Harry n'avait aucun souvenir de tout cela. Cernant un peu mieux le personnage, désormais, il comprenait que l'ancien directeur ait voulu protéger des informations sensibles de ses collègues barbares et de son ancien maître.
Il poussa la porte plus franchement et entra. Les torches éparpillées ça et là sur les murs s'allumèrent automatiquement. La Réserve elle-même avait changé et Harry ne put qu'approuver. La large pièce était agencée à la manière de la salle des prophéties du ministère, désormais. Les armoires regroupaient les livres par sections et par grands thèmes, en formant des allées de livres.
Plus de piles bringuebalantes à l'horizon. Il repéra même une sorte de petite alcôve dans laquelle deux fauteuils et une petite table semblaient l'attendre.
Harry, occupé à son observation, sursauta quand la Dame Grise traversa le sol pour se retrouver face à lui.
- Bonjour monsieur Potter, dit-elle vaporeusement. Avez-vous l'autorisation d'entrer ici ?
- Oui, la directrice m'a donné cette carte.
- Bien, continua le fantôme de sa voix un peu lointaine. Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas à faire appel à moi.
Le fantôme repartit en passant à travers une armoire, et Harry n'eut que le temps de lancer un « D'accord. Merci ! » avant qu'elle ne disparaisse à sa vue. Le jeune homme flâna dans les allées, histoire de se familiariser avec l'emplacement des diverses sections. Créatures magiques, Pamphlets sociaux, Nouvelles théories magiques, Magie noire…
Autant Harry s'interrogeait sur la présence de certains grands thèmes dans la Réserve, autant l'espace magie noire ne le surprit pas. Il se rapprocha et parcourut les titres. En fait de magie noire, il s'aperçut que les ouvrages traitaient autant de magie rouge et de magie grise que de magie noire… Il nota l'information dans un coin de sa tête et continua son exploration.
Il arriva bientôt à une section concernant la divination. Peut-être trouverait-il là des informations sur le fonctionnement des prophéties. Il avait toujours celle de Percy à comprendre. A nouveau, il observa les titres. Il trouva des ouvrages traitant de l'interprétation des signes, mais également des livres sur la magie verte.
Pourquoi tous ces ouvrages étaient-ils dans la Réserve ? Probablement le ministère avait-il décidé de les interdire, pour leur côté subversif ou quelque chose dans ce goût-là. Harry feuilleta un ouvrage. Puis un autre. Et encore un autre. Et il pesta.
- Que vous arrive-t-il, jeune Potter ?
- Il y a que je cherche à interpréter une prophétie et que ces ouvrages ne traitent que de l'apparition des prophéties… ça ne va pas beaucoup m'avancer, grogna-t-il.
- Voulez-vous apprendre la divination ou la magie verte ?
- Comment ? Non, pas du tout.
- Alors vous aurez des difficultés à interpréter une prophétie. Car à moins qu'elle ne soit parfaitement explicite, seul son auteur peut la comprendre entièrement et instinctivement. Et ceux qui pratiquent la magie verte, bien sûr, expliqua la Dame Grise sur un ton d'évidence.
- Alors comment un simple sorcier comme moi peut-il comprendre ?
- Si vous y tenez vraiment, alors vous n'êtes pas dans la bonne section. Celle-ci explique comment provoquer une nouvelle prophétie – ce qui est extrêmement dur à faire volontairement – mais l'interprétation est liée à la magie grise.
- Pourriez-vous m'expliquer ça ? demanda Harry tout en se dirigeant vers l'espace Magie noire qu'il avait repérée plus tôt.
- Le monde de la prophétie est très complexe. La divination, comme vous le savez peut-être déjà, est liée à l'au-delà. Les signes qui apparaissent dans le monde sorcier sont des manifestations d'autres mondes. Normalement, seuls les médicomages ont une compréhension instinctive de ces mondes, parce que leur manière de penser est adaptée à la diversité des créatures. Ils sont sensibles aux spécificités des autres êtres.
- Et les sorciers normaux ? Le professeur Trelawney ? demanda le jeune homme au fantôme qui flottait à ses côtés.
- Les simples sorciers ont un esprit de sorciers. Un novice aura du mal à comprendre les subtilités des messages transmis, simplement parce que l'au-delà n'a pas le droit, normalement, d'influer trop fortement et trop explicitement sur les autres mondes – sur le nôtre notamment. Le professeur de divination n'est pas consciente des messages dont elle se fait la voix. C'est normal, elle ne pratique pas la magie verte.
- Et la magie grise peut m'aider à comprendre ?
- Les enchanteurs ont de tout temps essayé de transmettre leur savoir aux générations suivantes. Certains ouvrages tentent de vulgariser l'interprétation des rêves et des prophéties. Cela n'a rien d'évident. C'est de la magie. Je ne vous garantis pas une compréhension totale, mais juste un coup de pouce.
Ils étaient arrivés devant la section Magie noire.
- Pourquoi la magie grise est-elle associée au mauvais côté de la magie ?
- Parce qu'elle est liée à l'au-delà, jeune homme. Et l'au-delà, la mort fait peur aux gens, fit le fantôme de la Dame Grise avec un regard lointain.
- Dites-moi, réalisa Harry. Les prophéties sont-elles toujours liées à l'au-delà ?
- En majorité, oui.
- Donc ce sont les morts qui nous parlent ?
- En quelque sorte.
- Et ils n'ont pas vraiment le droit de nous dire des choses explicitement, c'est bien ça ?
- C'est exact.
- Même si on leur demande ?
- Là, c'est un peu différent. Des questions bien posées peuvent trouver réponse. Les morts n'ont pas le droit, normalement, de révéler l'avenir. Mais celui qui a envisagé son avenir peut demander confirmation de choses ou d'autres. Mais cela dépend toujours de la personne, du contexte, de sa demande. Rien n'est jamais figé en magie, comme vous le savez sans doute.
Mille pensées et mille questions tournaient dans l'esprit d'Harry. Il avait l'impression, la très forte impression, de savoir qui lui avait transmis le message passé par la bouche de Percy.
Fred.
Cela tenait la route. Le frère revenu… Les deux évanouissements de Percy qui avaient manifestement chamboulé le sorcier. Son étrange comportement qui rappelait le jumeau décédé… L'âme étendue… Et puis, Percy avait bien dit qu'il lui était normalement interdit de prononcer « Temps Sombres », qu'il avait eu une dérogation.
Peut-être avait-il réellement une autre sorte de réseau, mais… Harry avait l'intuition qu'il obtenait ces informations directement de la part de Fred. Cependant, contrairement à Trelawney, Percy semblait conscient des mots qu'il avait prononcés… Seul Fred aurait dû pouvoir s'en souvenir, s'il avait bien compris les explications de la Dame Grise.
Mais quand bien même… L'âme étendue… Peut-être Fred pouvait-il être présent en même temps que Percy, dans le corps de Percy ?
- Est-ce qu'un mort peut réapparaître dans notre monde en empruntant le corps d'un sorcier ? demanda Harry à la Dame Grise.
- Je ne saurais vous dire. Je suppose que c'est possible, dit la Dame Grise dont les yeux parcouraient les rayons de l'armoire devant elle. Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la magie d'âme, malgré ma curiosité pour les diverses formes magiques…
Harry était heureux. Il devait vérifier son hypothèse, mais il avait de toute manière conscience d'avoir fait un grand pas dans la compréhension de sa nouvelle prophétie.
- Le voilà, murmura le fantôme qui ne semblait jamais se départir de son calme. C'est ce livre qu'il vous faut.
La Dame Grise montrait, de son doigt transparent, un livre plus épais que les autres. Harry le saisit pour en lire le titre un peu effacé. « Traité d'Interprétation des Songes - De la confrontation entre l'esprit humain et l'au-delà»…
- Ce livre pourra peut-être vous servir de guide. L'enchanteur Larson Bell était connu et reconnu à mon époque, précisa-t-elle rêveuse. Il passait son temps à diffuser son savoir. A essayer en tout cas.
- Merci, dit Harry en songeant qu'il lui fallait toujours trouver des informations sur les Temps Sombres.
La femme transparente lui fit un sourire un peu moins absent que depuis le début de leur conversation.
- Quel dommage que je ne puisse plus lire comme avant, dit-elle. Je vous aurais volontiers aidé. Mais comme je vous l'ai dit, je ne me suis pas intéressée à ce monde là quand j'étais en vie.
Harry se demanda si elle pouvait aussi l'aider pour les Temps Sombres, en revanche. Il eut un éclair de lucidité en se souvenant d'un détail évident… Les fantômes étaient déjà morts. S'il parlait de sa prophétie à la Dame Grise, s'il parlait des Temps Sombres, il ne pourrait pas provoquer sa mort… Avec espoir, le sorcier interrogea le fantôme.
- Avez-vous déjà entendu parler des Temps Sombres ?
- Les Temps Sombres ? Non, pas du tout, je suis désolée, répondit le fantôme de Serdaigle.
Réfrénant une pointe de déception, Harry remercia la Dame Grise pour son aide et alla s'installer dans l'un des deux fauteuils de la Réserve, pour feuilleter le livre et réfléchir à sa prophétie. Il était vraiment satisfait : cette journée commençait bien.
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Mardi 11 août, début de journée
Horn était un enfant d'elfe discret. Mais il était également un petit elfe très malin. Depuis que son frère avait été accepté au service d'Harry Potter, son cerveau bouillonnait de diverses idées. Car il avait pu comprendre beaucoup de choses depuis un an maintenant…
Très rapidement, il avait acquis cette sensibilité instinctive des elfes qui ressentent les émotions des autres et qui savent les interpréter. Il avait aussi été très vite capable de saisir le sens de certaines conversations d'elfes, et le sens des histoires qu'on leur racontait très jeunes pour leur inculquer le savoir des elfes, leur histoire, et pour leur faire accepter le rôle qu'ils auront à jouer plus tard.
Mais il avait surtout eu la chance extraordinaire d'être entouré d'elfes de maison ou d'elfes domestiques atypiques, qui avaient forgé sa manière de voir les choses et de penser.
Sa mère, tout d'abord. Winky n'avait pas beaucoup de temps à leur consacrer, à lui et son frère, mais elle les laissait très libres de se débrouiller par eux-mêmes.
Bris s'était contenté de courir, jouer, tester ses petits pouvoirs et travailler son niveau magique, à son échelle d'enfant bien sûr. Et il était devenu petit à petit costaud, habile de ses mains, et puissant. Il était aujourd'hui un elfe adolescent plutôt mur… En matière de magie en tout cas. C'est que même à la naissance, Bris était costaud et il était passé le premier.
Lui avait souvent accompagné les jeux de son frère, mais il était plus petit et plus malingre. Et il n'avait pas encore atteint sa maturité magique. Cependant, il considérait que son esprit valait bien celui d'un jeune adulte. C'était le temps de vie des elfes domestiques qui faisait grandir extrêmement vite un enfant, et qui faisait passer le temps de l'adulte très lentement également…
Lui, plus jeune, avait préféré laisser traîner ses oreilles. Et sa mère, donc, lui avait porté le savoir inestimable des elfes qui connaissent leur histoire, leurs traditions les plus anciennes, les formules magiques presque oubliées.
Winky, attachée à ses anciens maîtres bien qu'esclave. Winky qui avait mis du temps à comprendre que l'affection des elfes pour une maison était l'essentiel. Winky, qui avait des rêves d'elfe domestique et qui au lieu d'être attachée à une famille était attachée à un château. Winky, qui avait apporté tous ses savoirs à son deuxième né.
Puis il y avait eu son père. Un elfe libre un peu fou qui adulait Harry Potter, qui avait été au service d'une des familles les plus traditionnalistes en matière de persécution des elfes, et qui avait connu l'extrême gentillesse – à l'inverse – d'Harry Potter envers les elfes.
Dobby, qui avait connu les secrets du camp de l'ombre avant de connaître ceux du camp de la lumière. Dobby, qui n'hésitait pas à désobéir pour agir dans le sens de ce qu'il croyait juste. Dobby, qui avait des rêves de liberté. Dobby, qui avait apporté tous ces rêves à son deuxième né.
Et il y avait eu Kreattur, enfin. Horn aimait beaucoup Kreattur. C'était un très vieil elfe domestique dont les connaissances sur le monde sorcier étaient très poussées. Un elfe qui avait à cœur les intérêts de son maître, qu'il avait choisi et qu'il appréciait particulièrement. Et Kreattur, présent pour eux à chaque fois que c'était possible, lui apportait toute son expérience passée.
Trois elfes dont personne n'entendrait jamais parler, mais trois elfes dont les connaissances et la personnalité valaient pourtant le détour…
Et maintenant, son imagination galopait. Son frère était au service d'Harry Potter. Il ne doutait pas qu'il serait lui-même un jour au service d'Harry Potter. Mais il avait surtout remarqué qu'il était encore libre d'agir comme il le voulait, sans devoir obéir à qui que ce soit, et que Bris était dans le secret de la maison Potter. Un mélange détonnant pour mener à bien ses projets.
Kreattur avait décidé de ne pas toucher à la fiancée de son maître, finalement. Il avait peur de le blesser, autant émotionnellement que magiquement, s'il provoquait une rupture. Et il voulait surtout garder la confiance de son maître.
Kreattur avait donc renoncé à pousser la jeune presque maîtresse à rompre avec Harry. Pourtant, il avait remarqué qu'Harry Potter était souvent nerveux, angoissé, et las, quand elle était à proximité. Elle ne convenait pas à son maître. Et Horn lui-même, même s'il observait tout cela avec une certaine distance, l'avait remarqué.
Alors Horn avait décidé de suivre la trace de son père, et de se battre pour ce en quoi il croyait. Et il ne croyait pas en l'histoire d'amour de Ginny Weasley et Harry Potter.
Avec l'aide de son frère enthousiaste, il allait provoquer une étincelle. Au moins pour que les non-dits et les rancoeurs explosent et qu'Harry Potter soit en fin soulagé et heureux. Même s'il choisissait de rester avec elle. Dans ce cas, la responsabilité du choix d'une fiancée n'incombait pas à Horn et il en était conscient. Mais il voulait agir. Par acquis de conscience d'elfe.
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Mardi 11 août, milieu de matinée
Quand elle arriva dans le hangar à balais de l'école, Ginny eut la surprise de ne pas trouver son balai habituel. Il avait disparu. Elle se résigna à en emprunter un autre, moins bon, moins rapide.
Puis elle rejoint son frère dans les airs. Ron allait peut-être devenir un joueur de l'équipe nationale, s'il s'entraînait bien. Et pour elle qui était passionnée de Quidditch depuis son plus jeune âge, c'était l'espoir de pouvoir un jour rencontrer de grands joueurs.
S'entraîner avec son frère lui fit du bien. Elle défoula sa frustration des derniers jours en se donnant à fond. Harry qui ne s'occupait pas vraiment d'elle, qui passait son temps à la bibliothèque, qui ne voulait pas lui dire si les travaux de la maison avançaient bien ou non… Quand ils redescendirent sur terre, la sorcière rousse alla ranger le balai. Elle eut la désagréable surprise de constater que son balai habituel avait reparu.
Elle se dirigea ensuite vers les vestiaires pour prendre une bonne douche avant d'aller déjeuner. Tout allait bien jusqu'à ce que le sort de chauffage de l'eau se dérègle visiblement. Elle dut terminer sa douche sous l'eau froide et, au lieu de se sentir plus détendue, elle sentit pointer la crise.
Heureusement, elle était dure au mal, et elle se calma en enfilant ses vêtements. Elle sortit des vestiaires et rejoint Ron, qui l'attendait pour aller manger. Elle lui fit un sourire crispé, mais il ne remarqua pas son humeur maussade.
A table, Harry ne fut nulle part en vue. Cela acheva de l'énerver. Elle enfourna vite fait un sandwich et se mit en route pour la bibliothèque. Elle avait besoin de parler à son fiancé, elle avait besoin de déverser sa frustration pour se calmer, et Harry était toujours là pour l'écouter quand elle en avait besoin.
Mais elle eut beau faire le tour des rayonnages, il n'était nulle part en vue. Elle n'aurait pas pu deviner que son fiancé était plongé dans sa lecture, dans la Réserve. Frustrée, elle décida de le bouder pour se venger. A lui de venir la chercher, désormais. Décidément, la journée commençait bien mal…
Comment aurait-elle pu se douter que le lendemain et les deux jours suivants seraient pareils ?
Qu'elle se réveillerait avec des démangeaisons partout, n'aurait que rarement de l'eau à la bonne température, sa nourriture ne serait jamais à son goût, ses entrainements de Quidditch avec Ron tourneraient au cauchemar quand diverses pièces de son équipement, son balai, les balles disparaitraient les uns à la suite des autres.
Même si Harry était à chaque fois là pour détendre l'atmosphère, pour supporter ses sautes d'humeur, pour l'écouter, ce dernier fut plutôt heureux de voir arriver son premier rendez-vous avec la directrice, à propos de sa recherche d'animagus. Un moment de calme n'était pas à négliger.
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Jeudi 13 août, fin de matinée
Harry poussa la porte du bureau de la directrice avec une sorte de soulagement intérieur. La dernière surprise qui était tombée sur sa petite amie, sur eux tous en fait, pour une fois, avait été de retrouver tous les vêtements des étudiants Gryffondor rétrécis. Ho ! Seulement quelques centimètres, mais suffisamment pour que tous les étudiants soient ridicules.
Et sa fiancée savait donner de la voix quand elle était à la fois exténuée et exaspérée. Enfin… Il sourit à la directrice qui semblait l'attendre et répondit à son salut.
- Etes-vous prêts à devenir animagus, monsieur Potter ?
- Oui, bien sûr, madame la directrice, répondit Harry dont le sourire s'était même agrandi.
- Installez-vous dans ce fauteuil et détendez-vous. Je vais vous poser quelques questions et nous allons voir comment vous guider vers votre animal d'âme. D'abord, où en êtes-vous de la recherche de votre clef ?
- Eh bien, j'ai bien tenté le visage de Ginny, mais j'avoue avoir du mal à me concentrer uniquement sur cette image…
- C'est bien normal, dit la directrice. Il vous faut une image symbolique, certes, mais beaucoup moins complexe. Et qui ne puisse pas, si possible, refléter des émotions afin de ne pas prendre le risque que votre clef bouge de trop.
- Un objet inanimé, alors ?
- Cela peut-être une bonne idée, effectivement.
Harry réfléchit quelques instants, et sans réellement s'en apercevoir, il plongea dans une transe méditative intense.
Un objet… L'épée de Gryffondor ? Non, ça n'était pas lui… Enfin, pas totalement. Quoi donc ? Ginny était pas mal comme porte d'entrée dans son esprit, même s'il s'agissait d'un être humain. Elle avait le même comportement de feu que lui. Elle rayonnait. Une sorte de soleil, en fait.
Flamboyante, rouge, Gryffondor. Oui, c'était un feu, un soleil brûlant. Mais un soleil comme clef ne pouvait pas non plus convenir : un soleil était nécessairement mouvant, plein de vie. Sa petite amie avait les cheveux couleur feu et la peau de braise…
Tout le contraire de Malefoy, par exemple.
Malefoy était pâle, avec la peau bien trop blanche. Il était froid. Et incisif. Sombre. Si Ginny était un soleil, Malefoy était la lune. Blanche, froide, lointaine. C'était un objet sans vie, inanimé. Du moins était-ce son impression.
Il visualisa une lune pleine et parfaite, légèrement brillante. Non, la lune Malefoy devait être sombre, pas brillante. Il visualisa tout autour un ciel noir, d'un noir d'encre sans étoile et sans reflet. Voilà. Une lune dans un ciel noir, c'était ce que lui inspirait Malefoy.
Quelle ne fut alors pas la surprise d'Harry de se retrouver devant la porte de son esprit !
C'était le même ciel bleu, la même porte telle qu'il l'avait modifiée la dernière fois qu'il était venu la voir. Sa porte.
Comment était-ce possible ?
Harry se réveilla de sa transe et papillonna des yeux, un peu désorienté.
- Vous avez trouvé votre objet symbolique ? demanda la directrice.
- Euh… Je… Je ne sais pas…
- Vraiment. Je l'ai cru un instant, pourtant. Vous aviez l'attitude, vous dégagiez l'aura de celui qui a trouvé, dit la directrice. Bien sûr, cela m'aurait signifié que mon aide était totalement inutile, mais… J'espérais quand même, depuis plus d'une heure que vous êtes en méditation, que vous auriez atteint un début de résultat…
- Est-ce que… hésita Harry. Est-ce que la lune peut servir de clef ?
- Est-ce que la lune vous a permis d'entrer dans votre propre esprit ? demanda McGonagall, assez fascinée.
- Pas exactement, dit Harry. Je… Je me posais simplement la question.
- Alors oui, bien sûr, l'image de la lune peut être votre point d'ancrage, le début de votre réflexion et le moyen d'évoquer vos souvenirs… C'est un choix étrange, je ne vous le cache pas. Mais en même temps très révélateur, monsieur Potter, et le signe d'une grande maturité, déjà.
- Pourriez-vous m'expliquer ce que vous entendez pas là ? demanda Harry, curieusement mal à l'aise.
- Hé bien. La lune est visible parce qu'elle est éclairée par le soleil, comme votre gloire et votre célébrité peuvent parfois vous auréoler tout en n'étant pas la définition de votre être. Pour autant, la lune ne montre qu'un seul visage personne n'en a la vision entière, tout comme vous avez des côtés plus sombres et votre jardin secret…
Harry se demanda s'il devait avouer que la lune lui venait de la pensée que Draco Malefoy était un être désagréable… Parce que son ancienne maîtresse de maison semblait penser que la lune lui correspondait parfaitement, et pour l'instant, il s'en sentait plutôt vexé, quelque part…
- La lune n'est pas une clef que je vous aurais spontanément associée, dit rêveusement la directrice, mais après tout pourquoi pas. Vous devriez tenter de maîtriser cette clef, reprit-elle plus posément. Si vous parvenez à comprendre votre personnalité à travers elle, vous devriez rapidement voir votre animal d'âme venir à vous. Je pense que vous avez un travail personnel à effectuer. Vous n'avez pas besoin de moi pour superviser votre analyse de personnalité. La séance est donc terminée pour l'instant.
- Très bien. Merci beaucoup, madame la directrice.
- Ho ! Ne me remerciez pas, monsieur Potter. C'est avant tout vous-même qui avez découvert votre clef. Comme je l'ai dit : aujourd'hui, mon aide ne vous était pas nécessaire… Vous vous devez cette avancée à vous-même uniquement. A bientôt, monsieur Potter, salua la directrice en le raccompagnant à la porte du bureau.
En sortant du bureau, Harry pensa avec une étrange grimace que c'était plutôt à Malefoy qu'il devait sa découverte. Et ça ne l'enchantait pas particulièrement.
Par contre, il allait désormais pouvoir avancer à grands pas. Il fallait seulement qu'il aille voir Snape pour lui demander s'il avait vu ses pensées dans un labyrinthe quand il avait pratiqué la légilimencie sur lui… Et comment il avait fait pour entrer et sortir à volonté sans trop de mal.
Si Snape avait utilisé une sorte de clef, Harry pourrait tenter d'utiliser la lune comme clef d'entrée et de sortie dans son esprit.
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Jeudi 13 août, fin d'après-midi
- Comment s'est passée votre visite à Azkaban, monsieur ? demanda un homme maigrichon quand son patron franchit la porte du bureau.
- Très bien, mon cher. Parfaitement bien. Les gardiens n'ont rien vu venir. Personne ne pourra soupçonner ma présence là-bas. Que ce soit en tant qu'employé du ministère ou en tant que conseiller personnel de Voldemort.
- Avez-vous déterminé vos recrues ?
- Oui. Le jeune Peterson, le jeune Zabini et la petite Moire.
- Trois adolescents ?
- Trois jeunes gens très heureux de me revoir et avides de refaire leurs preuves, surtout. Et trois garanties pour moi que tous les Mangemorts, quel que soit leur âge, subissent le baiser du Détraqueur sans exception.
Le sourire que l'homme arborait en cet instant avait de quoi donner des frissons. Mais son second reconnaissait là l'intelligence implacable et le sens stratégique d'un tel choix. En temps de paix revenue, une nouvelle menace, un nouveau risque amèneraient la peur. Alors aucun sorcier ne se lèverait pour protester contre la disparition de jeunes Mangemorts sous prétexte d'une « erreur de jeunesse »…
La peur pouvait faire des ravages, et les deux hommes qui se faisaient face, dans ce bureau au fin fond du ministère, ne le savaient que trop bien.
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Dimanche 16 août, milieu de matinée
Harry patientait calmement, assis sur un siège fourni par la salle sur demande. Dans leur petit jardin, Ginny ajoutait les touches finales à la potion de révélation d'animagus. Elle avait pris en charge tout le reste de la préparation seule, quand lui décidait d'aller faire un tour à la bibliothèque. Les livres qu'il avait trouvés dans la Réserves étaient tous extrêmement intéressants. Il avait découvert quelques interprétations intéressantes à la prophétie de Percy.
En fait, il regrettait de ne pas avoir beaucoup plus de temps pour s'y consacrer. Car le lendemain, les résultats des Aspics arriveraient déjà.
- Et voilà ! s'exclama la jeune fille avec joie. C'est fini !
En elle-même, elle était heureuse de voir que la potion, au moins, n'avait subi aucun désagrément cette dernière semaine. Pas comme le reste. Elle observa Harry approcher et froncer le nez. Il n'aimait pas les potions, et c'était sans doute définitif…
- Je l'essaye d'abord, d'accord ? demanda-t-elle, très excitée.
Elle n'attendit pas son accord pour plonger la louche dans le chaudron et la porter à ses lèvres. Harry était, de son côté, en train de désespérément chercher une excuse valable pour ne pas avoir à boire le liquide malodorant.
Ginny avala d'un trait le breuvage qui, s'il sentait mauvais, n'avait pas mauvais goût, et elle ferma les yeux. Elle sentit une vague de chaleur la traverser, puis ce fut le noir complet. Ou plutôt, elle eut l'impression de se retrouver dans le noir. Pourquoi ? Que lui arrivait-il ?
Soudain, une forme devant elle bougea. Une sorte de… Une énorme… Chauve-souris ? Ce n'était pas possible ! Il devait y avoir une erreur quelque part ! Son animagus ne pouvait pas être une chauve-souris ! « Bienvenue, petite moi. » Elle sursauta quand les mots résonnèrent dans son esprit.
Non ! Non ! Ce n'était pas elle, ce n'était pas possible ! « Dommage » sembla soupirer l'animal.
Ginny ouvrit les yeux. Elle était de nouveau dans le petit jardin, devant le chaudron de potion, et Harry semblait attendre son verdict.
- Alors ? Tu as trouvé ton animal ?
Le cœur de la jeune fille s'accéléra. Non, ce n'était pas possible… Et pourtant, elle savait qu'il n'y avait eu aucune erreur… Elle ne voulait pas être une chauve-souris, et elle ne voulait pas qu'Harry sache qu'elle était une chauve-souris.
- Non ! Non… J'ai dû faire une erreur quelque part… Tu sais, avec tous les soucis qui me tombent dessus en ce moment…
- Tu es sûre ? demanda Harry, hésitant. J'avais l'impression que tu avais tout maîtrisé pourtant…
- Non, non, j'ai dû faire une erreur.
- Je ne la bois pas, alors ? demanda Harry en essayant de ne pas paraître trop heureux de ce hasard.
- Non, fit la jeune fille. Evanesco !
- Hé bien il ne nous reste plus qu'à continuer la méditation, alors, dit Harry d'un ton soulagé.
Ginny acquiesça, sans remarquer le soulagement d'Harry puisqu'elle était elle-même concentrée pour que son fiancé ne décèle pas son petit mensonge…
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Lundi 17 août, matin
Le lendemain matin, Harry tentait tant bien que mal de ne pas pousser de soupirs exaspérés. Ceux de ses camarades qui étaient encore au château étaient complètement angoissés par l'arrivée imminente des résultats des examens. Ginny et Hermione en tête.
Autant dire que le petit déjeuner ne se déroulait pas dans une ambiance idéale… Harry était inquiet aussi, mais il n'en faisait pas des tonnes, non plus… Bientôt, les hiboux postaux arrivèrent sous le regard stressé des étudiants.
Harry ouvrit le courrier qui lui était adressé et lut ses résultats.
Sortilèges : Effort exceptionnel
Soins aux Créatures Magiques : Acceptable
Défense contre les forces du Mal : Optimal
Botanique : Effort exceptionnel
Histoire de la Magie : Acceptable
Potions : Effort exceptionnel
Métamorphose : Optimal
Il avait réussi toutes les matières de sa spécialisation de l'époque : Auror. Il fut agréablement surpris d'avoir la note maximale en DCFM – après sa piètre prestation le jour de l'évaluation – et en Métamorphoses. Il avait augmenté en Histoire, et il était resté constant dans les autres matières… C'était pas mal.
Hermione avait obtenu des O presque partout, excepté en DCFM. Elle lisait actuellement le bulletin de Ron en lui jetant quelques coups d'œil agacés.
- Tu as quoi ? demanda Harry à Ron, sans réelle curiosité.
- Suffisamment pour être sportif et mener ma carrière en Quidditch, lui répondit celui-ci avec un sourire malicieux.
Harry sourit également et écouta les résultats de sa fiancée. Elle allait passer en dernière année sans aucun problème. Du moins pour les matières qu'elle comptait conserver. Elle avait même eu un Optimal en Potions. Harry se demanda fugacement comment elle avait pu louper la potion, la veille, mais il haussa les épaules. La potion était peut-être interdite justement parce qu'elle était trop complexe ?
En tout cas, plus personne n'avait d'excuse pour rester au château, maintenant.
Beaucoup plus tard, alors qu'il traînait tristement sa valise vers le Grand Hall, Harry fut stoppé par la directrice.
- Monsieur Potter, félicitations pour vos résultats, dit-elle en guise d'introduction. Si vous le souhaitez, nous pourrions programmer quelques leçons supplémentaires, deux ou trois jours, pour que vous avanciez dans votre recherche d'animagus, qu'en dites-vous ?
Le sorcier sourit en acceptant immédiatement. Il avait encore des livres à parcourir, des choses à faire… Et il voulait continuer à profiter du château quelques jours, si c'était possible.
S'il fut surpris de cette offre impromptue, il n'aurait jamais pu imaginer qu'elle avait surpris McGonagall autant que lui-même. Cette fois encore, l'air de profonde mélancolie du jeune homme avait touché la directrice qui n'avait trouvé que cette idée pour lui redonner le sourire. Et elle était heureuse d'être bien tombée.
- J'aimerai rester deux jours. Dans trois jours, il y aura des sélections de Quidditch et j'ai promis d'y assister pour Ron…
- Faisons ainsi alors, conclut la femme de tête. Rendez-vous demain matin à 9h30 pour notre prochaine leçon.
- Merci beaucoup, madame la directrice.
- Je vous en prie, monsieur Potter.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Jeudi 20 août, matinée
Le jour des sélections pour les clubs de Quidditch, Ginny était venue chercher Harry toute excitée. Et reposée. Depuis qu'elle était retournée chez ses parents, après les résultats, elle n'avait plus eu de mauvaise surprise que ce soit pour ses douches, ses entraînements, sa nourriture. Et elle avait hâte de se retrouver au stade de Bodmin, en Cornouailles.
Ils empruntèrent la cheminée de la salle commune de Gryffondor, désormais vide, pour se rendre au terrier et emprunter le portoloin familial donné à Ron au moment de son inscription pour les sélections.
Le stade, resté célèbre dans l'histoire du Quidditch pour ce fameux match qui avait duré six mois, était plein à craquer. Tous les clubs de Grande-Bretagne étaient représentés dans des tribunes spécialement réservées. Les candidats devaient se rendre sur le terrain pour obtenir leur numéro de passage et les familles qui les accompagnaient presque systématiquement allaient s'installer dans les gradins.
Harry jeta un œil global sur les tribunes et ne douta pas que les pays et clubs étrangers avaient envoyé des observateurs, pour savoir si oui ou non ils auraient des recrues à craindre dans les prochains matchs de coupe du monde – ou de coupe d'Europe, deux ans plus tard.
Harry suivit la famille Weasley au complet. Ron était très fier de se sentir soutenu par sa petite amie, toute sa famille et son meilleur ami. Ginny, ayant repéré la présence du joueur actuellement novice mais prometteur du club des Vagabonds de Wigtown, entraîna tout le monde à sa suite. Et Harry finit par se retrouver à côté d'Hermione, du côté des escaliers.
Il observa les candidats au sol avec des multiplettes et se demanda pourquoi certains d'entre eux s'étaient même déplacés. Car entre les candidats qui se tenaient mal, voûtés, ceux qui étaient affalés au sol, déjà fatigués, et ceux qui avaient du mal à se déplacer à cause d'une corpulence mal adaptée… La première sélection serait très rapide.
La suite donna raison à Harry qui observait avec un œil critique et aiguisé les prouesses ou non-prouesses des joueurs sur leurs balais qui, chacun à son poste, intégraient des équipes temporaires pour jouer un match dans des conditions réalistes autant que possible.
Ron s'en sortait honnêtement plus que bien. De tous les postulants gardiens, il était le meilleur. Le jeune sorcier brun se sentit un peu nostalgique. Il n'avait pas réellement joué au Quidditch depuis plus d'un an… Cela lui manquait plus que ce à quoi il s'était attendu, en arrivant dans le stade tout à l'heure.
Finalement, après plusieurs heures dans une ambiance à la fois passionnée et bon enfant, les tests se finirent. Harry avait repéré plusieurs candidats dont le potentiel était réellement prometteur. Il observa les recruteurs de chaque club, chacun portant une robe à ses couleurs, descendre sur le terrain pour négocier avec les candidats.
C'était le signal pour les diverses familles présentes de commencer à se rassembler. Ginny descendit la dernière, après avoir serré avec enthousiasme la main de Kirley Sky, le joueur de Wigtown. Elle rejoint Harry et Hermione qui l'attendaient tous deux.
- C'est génial ! Sky est pressenti pour être sélectionné en équipe nationale à la place de Lynch, comme attrapeur ! Et j'ai pu discuter avec lui !
Harry haussa un sourcil et Hermione gloussa. Elle connaissait le goût prononcé de Ginny pour le Quidditch et le vol en règle générale.
- Ha ! Comme j'aimerais faire partie de ce monde ! soupira la jeune femme.
- Je te comprends, dit Harry. Je ne pensais pas que le Quidditch pourrait me manquer autant. J'aurais peut-être dû passer les sélections, comme Ron, et voir ce qu'il en aurait résulté, ajouta-t-il un peu rêveusement, les yeux fixés sur les négociations en cours.
Deux entraîneurs étaient apparemment en train de discuter avec Ron en même temps. C'était bon signe pour lui. Ron allait sans doute bientôt commencer une carrière dans le sport, Hermione au ministère, et ses deux meilleurs amis seraient loin de lui…
- J'aurais pu faire partie de la même équipe que Ron, et on aurait été imbattables, continua à rêvasser Harry.
- Cela aurait été une mauvaise idée, Harry, dit Hermione avec une voix tendue.
Surpris, Harry se tourna vers elle.
- Pourquoi ?
- Ron n'a jamais rien eu pour lui, rien de facile. Il vient de se battre deux mois pour réaliser son rêve. Il n'aurait pas compris que tu viennes. Je suis désolée Harry, mais tous les recruteurs se seraient battus pour t'avoir. Peut-être pour ton talent, mais surtout pour ton image. Encore une fois, Ron serait resté dans ton ombre, et il est temps que tu lui laisses un peu de place.
Harry fut surpris, mais surtout agacé par les paroles de la sorcière.
- Alors tu voudrais empêcher des gens talentueux de faire partie de l'équipe de Ron pour ne pas qu'ils lui fassent de l'ombre ? demanda-t-il, mordant.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Mais tu es déjà suffisamment avantagé comme ça, Harry. N'en rajoute pas !
- Comment ça, avantagé ?
- Pourquoi serais-tu le seul, cette année, à avoir obtenu un O en DCFM ? Hein ? Dis-moi. Si ce n'est pas du favoritisme, qu'est-ce que c'est ?
- Ça n'a rien à voir ! répliqua Harry en haussant un peu le ton, suivant la pente donnée par Hermione.
Il était particulièrement touché par cette sorte de… jalousie de la jeune femme. Parce qu'elle lui mettait des doutes. Etait-il réellement favorisé ? Et surtout, il ne comprenait pas pourquoi elle le rabrouait durement. Après tout, il n'avait jamais dit qu'il voulait devenir joueur de Quidditch, il l'avait suggéré. Il avait la désagréable impression qu'on voulait une fois de plus diriger sa vie.
- Hermione, interrompit Ginny en voulant défendre son fiancé, c'est normal qu'Harry ait une bonne note en DCFM. C'est quand même un futur Auror ! Et d'ailleurs, tu n'as pas besoin de t'énerver, puisque ça veut dire qu'il ne sera pas joueur de Quidditch.
- Et si je n'avais pas envie de devenir Auror ? siffla Harry, qui ne parvenait pas à maîtriser son agacement.
- Tu n'as pas le droit de faire ça ! s'exclamèrent simultanément les deux jeunes filles sans réfléchir.
Hermione parce qu'elle craignait qu'Harry revienne à son envie de Quidditch, et Ginny parce qu'elle avait basé sa vision de leur avenir sur sa carrière d'Auror, et qu'elle avait peur qu'il laisse tomber sous le coup de la colère. Seulement, elles le connaissaient bien, toutes les deux, et elles auraient dû savoir que la pire chose à faire était de lui interdire quelque chose.
- Stop ! hurla Harry en faisant se retourner quelques personnes. J'en ai assez ! J'en ai assez qu'on me dirige, qu'on dirige ma vie ! J'en ai marre de me sacrifier ! J'en ai assez de subir vos colères ! cria-t-il en direction de Ginny. Vos remontrances ! cria-t-il en direction d'Hermione. J'ai envie d'être un peu libre ! Qu'est-ce que vous avez tous à être désagréables et cassants envers moi, ces derniers temps ?
Il tourna les talons pour sortir et prendre un peu l'air, histoire de reprendre le contrôle de ses émotions, et fut suivi par Ginny.
- Puisque tu en as marre de moi… commença-t-elle quand ils furent loin des oreilles indiscrètes.
- Ce n'est pas… tenta Harry qui voulait dire qu'il n'avait jamais dit une chose pareille.
- … et de mon caractère, continua la jeune fille sans lui laisser le temps de parler, et puisque tu veux un peu de liberté… Tu n'es pas obligé de venir avec nous en Roumanie, finit-elle par siffler rageusement.
Il faut dire qu'elle avait été blessée quand Harry s'était énervé contre elle, une minute auparavant. Alors qu'elle avait pris sa défense, qu'il ne l'avait pas vue pendant trois jours, et que pour une fois, elle n'était pas en train de s'énerver contre qui que ce soit. Elle pouvait admettre qu'elle avait été désagréable pendant ses quelques jours de malchance, mais pour une fois qu'elle était de bonne humeur, il avait tout gâché.
- Très bien. Alors on se reverra quand tu seras calmée, conclut Harry en tournant les talons pour rentrer à nouveau dans le stade et en la plantant là.
Lui aussi était blessé. Mais il en avait assez de toujours se coucher sans rien faire et sans rien dire. Les vacances de Ginny en Roumanie leur feraient du bien. A tous les deux.
Harry rejoint Ron, qui lui sauta dessus en lui annonçant qu'il allait jouer la saison avec les Tornades de Tutshill. Harry siffla son approbation. Les Tornades étaient un excellent club et ses joueurs étaient souvent sélectionnés dans l'équipe nationale.
Harry évita Hermione et Ginny tout le temps des félicitations et, à peine tout le monde rentré au Terrier, il annonça qu'il devait quitter les Weasley pour affaires.
- Mais mon garçon, tu n'oublies pas que nous partons demain, j'espère ? demanda jovialement Arthur.
- A vrai dire, monsieur Weasley, je ne sais pas encore combien de temps me retiendront ces affaires, répondit Harry en jetant un œil explicite à Ginny, donc je ne vais sans doute pas pouvoir vous accompagner en Roumanie.
- Harry ! Tu ne verras pas mes bébés ! s'exclama Charlie, qui protestait plus pour le jeu qu'autre chose.
- Désolé, Charlie, fit Harry avec un sourire.
- Bah, ce n'est pas grave… commença Percy.
- … on lui ramènera un bel œuf de dragon… continua Georges.
- … Harry n'a pas peur des dragons, termina Percy.
- Georges, Percy ! Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? s'exclama Molly. Il est interdit d'importer des œufs de dragon en Angleterre !
Arthur, laissant sa femme sermonner ses deux fils, s'approcha d'Harry. Il ne s'étonnait plus de voir Percy se dévergonder de jour en jour. Il appréciait même de plus en plus ce côté de la personnalité de son fils. Il serra la main d'Harry avec chaleur en lui souhaitant bonne chance. Il ne doutait pas que les affaires de la famille Potter puissent être prenantes, et il en était plutôt satisfait pour sa fille.
Et vu les échanges de regards larmoyants de sa dernière et de regards confiants de son futur gendre, il ne doutait pas que cette séparation ne se faisait pas de gaité de cœur. Au moins pouvait-il faire confiance à Harry pour garder le sens des priorités et le sens des responsabilités en toutes circonstances.
Il prêta sa cheminée au jeune homme qui rentra chez lui au 12 square Grimmaurd. Il ne se douta pas qu'à peine arrivé, il demanda à Kreattur de le ramener directement dans la salle commune de Gryffondor, à Poudlard. Et que sa deuxième action fut d'aller voir la directrice pour lui demander une semaine de leçons supplémentaires, qu'elle accorda avec joie.
Car la directrice sentait que le jeune homme avançait à grands pas et elle trouvait dommage de l'abandonner maintenant, en quelque sorte.
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Lundi 24 août, milieu de matinée
Harry frappa à la porte du professeur Snape. Igor Malinovski lui avait ingénument indiqué que l'homme, même en vacances, passait presque tout son temps dans ses appartements. Et désormais, Harry savait où les trouver.
- Que me voulez-vous ? grogna le professeur en guise de bonjour, en ouvrant sa porte.
- Avoir quelques informations sur la légilimencie, répondit succinctement Harry.
- Vraiment ? demanda l'homme, en haussant un sourcil. Et qu'est-ce que votre pauvre petit cerveau a pu imaginer pour venir me demander des informations sur un sujet aussi délicat ? Car ne doutez pas que vos questions n'amèneront que des réponses incompréhensibles pour un Potter.
Mais malgré tout, le potionniste était surpris que Potter, qui ne quittait plus le château, vienne lui demander de l'aide. A lui, d'une part, et sur la légilimencie, d'autre part…
- Ecoutez, soupira Harry en restant parfaitement calme, ça m'aiderait beaucoup si vous pouviez simplement me dire ce que vous voyez d'habitude dans mon cerveau, quand vous y entrez avec la légilimencie.
Si Severus fut tenté de répondre « le néant absolu », il se retint. La question posée était assez intrigante pour qu'il s'y arrête.
- Entrez, commanda-t-il sèchement.
Harry obéit sans broncher et alla s'asseoir sur l'un des fauteuils de cuir sombre que lui désigna l'homme, avant qu'il ne prenne lui-même le fauteuil d'en face.
- Bien. J'aimerais que vous posiez la question plus précisément, dit-il de sa voix toujours un peu cassante. Je ne suis pas sûr de savoir quel genre de réponse vous attendez de moi.
- Hé bien…
Harry se tortilla un peu sur son siège, mal à l'aise devant le regard scrutateur du maître en Potions.
- Quand vous utilisez la formule, vous pouvez voir mes pensées, n'est-ce pas ?
Severus Snape ne se donna même pas la peine de répondre à cette question. Ce môme était-il réellement stupide ? La légilimencie était l'art de lire dans les pensées. Alors c'était évident, non ?
- Mais ce que je veux savoir, c'est quel cadre vous voyez, autour de mes pensées. Et de quelle manière vous pouvez entrer et sortir de mon esprit sans souffrir…
- Ce sont des questions différentes, dit sobrement l'homme qui commençait à trouver ces questions intéressantes. Vous avez un esprit tortueux, et je ne me suis jamais posé la question du cadre de vos pensées. Mais quand un souvenir se présente à moi, et que j'en cherche de plus profonds, j'avance dans des couloirs étroits aux murs hauts. Et j'y vois également plusieurs ramifications.
Il n'était pas dans ses habitudes de parler autant pour répondre à une question, mais Potter était attentif, et son regard reflétait une certaine compréhension qui l'intriguait. Après tout, il n'avait jamais vu aussi nul que lui dans les matières touchant à l'esprit… Il continua sa réponse.
- Pour ce qui est d'entrer et sortir, monsieur Potter, je n'avais aucune difficulté éventuelle, et vous ne m'avez jamais fait souffrir de maux de tête, ricana-t-il. Vous n'aviez aucune barrière mentale. J'entrais dans votre esprit comme un couteau dans du beurre fondu.
Harry grimaça légèrement, reconnaissant là l'habitude du potionniste de l'insulter pour le faire sortir de ses gonds.
- Pour le cadre, je comprends ce que vous avez pu voir, dit le jeune sorcier. Quand je sonde mon esprit, j'y vois un labyrinthe plein de portes. Seulement, si je veux y explorer mes souvenirs, j'ai peur de ne jamais pouvoir retrouver la sortie…
- Je n'ai jamais parlé de portes, monsieur Potter. Vous l'auriez remarqué si vous m'aviez écouté attentivement.
- Pourtant, c'est bien par une porte que j'arrive à entrer dans mon esprit, dit Harry pensivement, sans s'arrêter à la remarque sarcastique.
Le potionniste observa le jeune sorcier. Se pouvait-il que Potter ait réellement travaillé ces derniers mois ? Ses questions et ses remarques plaidaient en sa faveur, car seul un initié pouvait avoir cet air de compréhension. Il pouvait alors dire vrai à propos de ce labyrinthe de portes… Pourtant, cela l'intriguait. Car contrairement à d'autres esprits qui avaient parfois pu lui poser des problèmes ou l'arrêter, l'esprit de Potter n'avait jamais présenté d'obstacles. Que ce soit des portes ou d'autres choses…
- Legilimens ! s'exclama-t-il quand il croisa le regard du jeune homme.
Et le maître en Potions eut la surprise de se retrouver dans une sorte de ciel parfaitement bleu, devant une porte. Mais si cela l'étonna, il fut encore plus surpris de voir Potter, passablement énervé, débarquer à ses côtés deux secondes après.
- Vous auriez pu me demander, je vous aurais laissé entrer ! s'exclama ce dernier de mauvaise grâce.
- Comment faites-vous ça ? demanda plutôt le sombre professeur.
- Quoi ça ?
- Arriver ici, aussi vite.
- Ben, grâce à la méditation, répondit Harry sans comprendre l'air un peu surpris de l'homme, air qu'il n'avait pas l'habitude de voir.
- En tout cas, je ne vois pas votre labyrinthe, répliqua l'homme.
- Normal, il est derrière cette porte.
Severus Snape resta silencieux quelques instants, en examinant la porte et en en faisant le tour.
- Alors votre esprit serait derrière cette porte, c'est fascinant.
Il la poussa et observa un instant le fouillis qui s'étalait derrière.
- C'est bien votre esprit que je reconnais là, mais avec des portes en plus, effectivement… De plus en plus intéressant. Bien, rejoignez-moi, Potter, ordonna l'homme en refermant la porte qu'il venait d'ouvrir et en disparaissant soudain.
Harry sortit de sa méditation et observa le professeur Snape qui l'observait en retour.
- Je ne sais pas comment vous avez fait, mais vous avez construit un début de barrière mentale, dit soudain Severus. Votre esprit était un labyrinthe transparent pour quiconque, et le voilà devenu plus… dangereux. C'est plutôt… pas mal. Il serait facile de s'y perdre, je vous l'accorde.
Harry ne se méprit pas : Snape venait de lui faire un compliment détourné. Avait-il pu avancer à grands pas en occlumencie sans s'en rendre compte ? Toujours est-il que se perdre restait un problème…
- Comment éviter ça ?
- Les occlumens barricadent leur esprit avec un obstacle – mur, porte ou autre – fermé par un code, une clef, un mot de passe secret, et autres choses dans le genre. Quand un legilimens tente d'entrer dans l'esprit d'un occlumens, le premier travail est d'essayer de faire tomber les barrières en découvrant le code, tout en essayant de ne pas se faire repérer et éjecter. Vous me suivez ?
L'homme continua quand Harry eut acquiescé.
- Bien. Vous avez la structure pour barricader votre esprit, mais aucun dispositif de sécurité pour empêcher un legilimens d'entrer dans votre esprit. J'ai poussé la porte sans problème. A vous de déterminer une sécurité qui interdise cela.
- Je le ferai, affirma Harry. Mais j'étais surtout venu vous demander comment entrer et sortir de mon esprit sans dommage.
- J'y viens, lança l'homme avec un regard noir. Vous le sauriez déjà si vous ne m'aviez pas coupé ! Quand un occlumens choisit ses barrières, il est capable de les invoquer à n'importe quel moment, n'importe où. Cette porte que vous voyez en méditant, vous pouvez y faire appel à n'importe quel moment quand vous vous promenez dans votre esprit. Car c'est votre barrière, votre porte.
- C'est aussi simple que cela ? demanda Harry, après avoir attendu quelques secondes pour être sûr de ne pas « couper » l'homme.
- Ce n'est pas simple. Invoquer ces barrières, cette porte en l'occurrence, demande un grand travail de concentration. Et n'oubliez pas que si vous placez un « code » sur votre porte pour entrer, il vous faudra ce même code pour sortir. Est-ce que tout est bien clair ?
Harry hocha la tête. Il aurait sans doute beaucoup d'autres questions, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, il avait fait un grand pas supplémentaire. Il remercia l'homme et sortit.
Au moins une chose qui lui faisait plaisir ces derniers temps. Il avançait sur bien des points en magie de l'esprit. Quel dommage qu'il ne puisse avancer si vite dans la compréhension de sa prophétie… Harry occulta volontairement l'idée que Ginny n'avait toujours pas daigné prendre contact avec lui. Pourtant, cela faisait déjà quatre jours : elle devait être arrivée en Roumanie depuis longtemps…
Dans ses appartements, Severus Snape s'était rassis dans son fauteuil préféré. Il avait les yeux perdus au plafond. Comment Potter était-il parvenu à maîtriser son esprit aussi bien en si peu de temps.
De ce qu'il savait, le jeune sorcier ne s'était pas entraîné pendant l'année précédente, trop préoccupé par la guerre. Et aucune matière enseignée actuellement ne pouvait permettre à un étudiant de maîtriser la magie de l'esprit. Vraiment, Potter pouvait le surprendre. Pouvait-il avoir mis ces deux derniers mois à profit pour… réfléchir ? Pouvait-il développer enfin des qualités propres à Lily ?
Penser à son ancien amour était toujours un peu douloureux. Mais il se sentait guérir tout doucement. Le pardon de la jeune femme y était sans doute pour beaucoup. Et son fils, aujourd'hui, venait de lui donner le sentiment d'être utile. Car il n'avait pas rêvé la lueur de reconnaissance quand il lui avait expliqué le moyen d'entrer et sortir de son esprit sans dommage… Cela faisait du bien.
HPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHP
Mercredi 26 août, matin
Harry était actuellement debout aux côtés d'Igor Malinovski et d'une femme qu'il ne connaissait pas, près de l'estrade où le Ministre actuel de la Magie faisait un discours. Aujourd'hui était inauguré à Pré-au-Lard le grand complexe commerçant et culturel qui devait rayonner dans tout le pays. En tout cas, aux dires du Ministre.
Harry se frotta les mains l'une contre l'autre. Il ne faisait pas si chaud aujourd'hui. On sentait que septembre approchait à grands pas. Cela n'avait pas l'air de déranger les quelques enfants qui couraient à droite et à gauche, en échappant à la vigilance de leurs parents. Harry plissa les yeux. Il aurait lui-même trop peur de laisser ses enfants courir librement au milieu d'une telle foule… L'éducation moldue, peut-être ?
- Et je laisse maintenant monsieur Neb, sans qui ce projet n'aurait pas pu voir le jour, prendre la parole.
- Merci monsieur le ministre, …
Harry n'écouta pas le discours. Il n'avait déjà pas écouté celui du nouveau ministre, plus fasciné par sa moustache que par ses mots. Il se demandait quand il allait pouvoir jeter un œil à ce complexe, qui intriguait tellement les sorciers que presque deux cents d'entre eux s'étaient déplacés. La radio et la presse sorcières étaient là également. La foule était en quelque sorte contenue par les Aurors, disséminés un peu partout.
Harry observa trois ou quatre enfants qui avaient décidé de se faufiler par la grande entrée du complexe plutôt que d'attendre la fin du discours d'inauguration. Il avait bien envie de pouvoir faire pareil…
Plus loin, au cœur du complexe.
- Arrête, le boss a dit seulement dans l'entrée ! chuchota la voix d'une jeune fille.
- Moire, tu n'es qu'une trouillarde ! tonna un autre.
- Zabini a raison, ajouta un troisième. Il vaut mieux faire un peu de zèle. Après tout, c'est le retour en force des Mangemorts ! Le maître est mort, mais lui est toujours là. Ils ne l'ont pas eu.
- Exactement, confirma Zabini. Une explosion ? Qu'est-ce que c'est ? C'est ridicule ! Si le complexe prend feu, par contre, là ça va être du spectacle, et les sangs de bourbe vont à nouveau se faire dessus…
Le sourire qu'il esquissait aurait effrayé n'importe qui d'autre. Mais les trois jeunes gens qui disséminaient des artefacts incendiaires dans toute cette partie du complexe partageaient la même folie destructrice. Ils avaient tout oublié, excepté une chose : il fallait contenter les ordres des supérieurs, quels qu'ils soient.
- Ok, Peterson, Zabini… Vous avez gagné. Par contre, on exécute le reste du plan comme prévu !
- Pas de problème, confirma Zabini. Dans deux minutes, on est remontés et on lance l'attaque.
Ils se sourirent et finirent d'installer leur installation meurtrière.
Du côté d'Harry.
- Maintenant, monsieur le ministre, j'aimerai vous faire l'insigne honneur de couper le cordon pour inaugurer ce nouveau centre économique représentatif de la future bonne santé de notre pays.
Zacharie Zorille prit les ciseaux tendus par Neb. Au moment où il donna un coup de ciseaux dans le cordon aux couleurs du Ministère, les portes du complexe explosèrent dans un bruit assourdissant.
La foule cria en tentant de s'éloigner tant bien que mal. Beaucoup transplanèrent dans les rues adjacentes pour se mettre à l'abri. Harry, Malinovski et McGonagall, qui étaient parmi les plus proches de la scène, s'approchèrent au contraire, pour prêter main forte aux Aurors qui s'étaient immédiatement mis en mouvement.
Ils eurent la surprise de voir trois Mangemorts sortir de la fumée provoquée par l'explosion. Même si cela faisait un an qu'il ne l'avait pas vu, Harry reconnut immédiatement Zabini. Les trois jeunes gens lançaient des sorts à tour de bras pour atteindre les Aurors. Le ministre fut immédiatement emmené à l'abri. Harry entendit un homme crier et pointer le complexe du doigt.
- Au feu !
Il suivit du regard la direction indiquée et s'aperçut qu'une partie des bâtiments dégageait une épaisse fumée noire.
- Nooon !
Cet autre cri attira l'attention d'Harry. La femme qui était à ses côtés, tout à l'heure, semblait désespérée.
- Ma fille ! Camomille ! Ma fille est dans le bâtiment ! Elle n'est pas sortie ! Elle ne peut pas crier ! Elle ne parle plus !
Harry se figea. Camomille, c'était la jeune Gryffondor traumatisée par Bridget et Melinda. Comment la retrouver alors qu'elle ne pouvait pas se manifester ? Et dans un bâtiment aux prises avec les flammes.
Les Aurors retenaient la maman pour l'empêcher de se jeter dans le complexe. Les autres étaient sur le point de maîtriser les trois jeunes Mangemorts.
- Non.
La voix de Malinovski avait claqué à son oreille. Harry observa le médicomage qui avait les yeux fermés.
- Je ne laisserai pas faire. Non. Plus jamais d'impuissance.
Igor était concentré pour chercher les cris de détresse internes de la jeune fille. Elle devait avoir chaud, elle devait avoir peur, elle avait du mal à respirer, elle devait chercher la sortie… Voilà… Elle était là. En prenant garde à ne pas lâcher le fil ténu qui le reliait à la jeune fille, il rouvrit les yeux et se dirigea vers le complexe. Personne ne l'approcha.
Harry observa le médicomage se diriger résolument vers le complexe, et mille pensées traversaient son esprit. Malinovski allait sauver la jeune fille au péril de sa vie, il en était convaincu. Et lui, il allait aider Malinovski. Parce que l'attitude de l'homme qui avait pâli en comprenant qu'une jeune fille était enfermée plaidait en sa faveur. Il s'était peut-être trompé sur son compte.
Parce que quelqu'un qui était touché par la détresse d'inconnus ne pouvait être foncièrement mauvais.
Il courut après lui sans prendre garde à l'agitation désormais maîtrisée de la place qui faisait face au complexe. Malinovski n'avait aucune hésitation sur le chemin à suivre, mais il ne prenait pas vraiment garde à ce qui se passait autour. Harry vit une partie du balcon du deuxième étage commencer à céder.
- Malinovski !
L'homme se retourna et Harry eut tout juste le temps de lui lancer un sort de bouclier. Un bloc de ciment et la barrière métalliques rebondirent sur son bouclier et allèrent s'étaler à côté du médicomage. La poussière retombée, Harry se précipita aux côté de Malinovski qui lui lança un bref merci, concentré à nouveau sur le lien avec la jeune Camomille.
Harry lui fit un signe de tête et les deux sorciers reprirent leur avancée, en plus rapide. Malinovski avait compris que le jeune homme était là pour le protéger, et Harry faisait étrangement confiance à l'homme pour les guider. Ils ne parlaient pas : certains endroits étaient si enflammés que le bruit des braises et des petites explosions couvrait tout le reste.
Bientôt, Malinovski envoya bouler d'un sort sans baguette une épaisse poutre métallique qui bloquait une porte, puis il défonça cette dernière d'un coup d'épaule.
La jeune fille était assise sur le sol, derrière, et toussait affreusement. Malinovski se mit à genoux devant elle et lui fit boire une de ses potions pour soulager ses poumons avant de la prendre dans ses bras.
- C'est urgent, dit-il brièvement à Harry. Elle a besoin de soins.
Le jeune homme acquiesça : Malinovski prit la direction de la sortie à grands pas, augmentant l'allure au fur et à mesure que la jeune fille était capable de mieux respirer. Harry suait à grosses gouttes : il maintenait un bouclier presque en permanence pour éviter aux deux sorciers devant lui de recevoir des braises et des débris. Il en avait lui-même les poils roussis.
Quand ils furent tous dehors, Harry prit un grand bol d'air avant de tituber. Il eut le temps de voir la maman se précipiter, en pleurs et éperdue de reconnaissance, vers eux, les deux sauveurs de sa fille. Harry tomba sur les genoux et toussa des cendres.
Il avait désormais deux certitudes. Il ne voulait pas travailler pour le ministère. Et il pouvait faire confiance à Malinovski. Puis il s'évanouit.
