Chapitre 5 : L'Amérique

Partie 2 : S'ouvrir aux autres

Lundi 13 juillet, tôt le matin

Ce matin-là, Draco fut réveillé par les cris de la vieille Sanchez, qui l'appelait pour le petit déjeuner. Il grogna, se tourna entre ses draps et se remit à somnoler tout doucement. Il était beaucoup trop tôt. Le soleil commençait à peine à filtrer à travers la fenêtre de sa chambre, dont les rideaux très fins ne pouvaient prétendre maintenir la moindre pénombre.

Mais Draco ne put pas se rendormir en paix : Oline avait sauté sur le lit et s'amusait à mille cabrioles. Son corps et les ressorts semblaient être parfaits pour bien rebondir. Mais autant de mouvements si tôt le matin étaient très mauvais pour sa vessie. Encore un peu et il n'aurait pas d'autre choix que de quitter la chaleur confortable du lit.

Malgré les protestations sonores du jeune homme et ses tentatives pour le déloger, l'énorme chat persistait. Et on ne pouvait pas dire qu'il était léger… Draco ouvrit les yeux. Au-delà de persister, son chat s'amusait même ostensiblement.

Il compta bien une seconde sur sa chouette elle qui adorait se disputer avec Oline, elle n'allait sans doute pas rater une si belle occasion. Draco tourna sa tête vers l'oiseau. Mais non, ce dernier se détourna sciemment sur son perchoir, se lissa quelques plumes l'air de rien et s'installa pour se rendormir. Il n'était pas incommodé le moins du monde par les miaulements joyeux du chat.

Puisqu'il ne pouvait pas obliger son animal à s'arrêter, n'ayant plus sa baguette, et puisque sa chouette ne voulait pas venir à sa rescousse… Draco fut bien obligé de se lever. Il se prépara longuement, en se délassant sous l'eau chaude de la douche, avant de descendre.

- Te voilà bien alerte, jeune homme ! l'accueillit la vieille Sanchez au bas des marches.

- J'ai pris le temps de me réveiller, répondit Draco.

- Je m'en suis rendue compte. Mais nous allons donc devoir sauter le petit-déjeuner si nous voulons profiter correctement du marché. Alors propose à tes animaux de sortir et suis-moi.

Draco souffla de mécontentement. Il n'aimait pas devoir faire des choses inutiles. Et descendre des escaliers pour les remonter tout de suite après faisait partie de ce qu'il jugeait inutile. Il se consola en voyant que ses animaux étaient heureux de pouvoir sortir et passer la matinée dehors… Draco vérifia que ses vêtements étaient bien en place et sortit à son tour pour suivre la vieille Sanchez.

En descendant vers la ville, Draco avait une bonne vue sur une partie du marché. Il était tôt, mais il y avait déjà beaucoup de monde dans les rues. « Alors finalement, » pensa Draco avec ironie, « la ville n'est pas complètement abandonnée. »

Les étals, de loin, semblaient nombreux et colorés. Et les acheteurs de tout poil grouillaient déjà dans les allées. En fait, si la ville avait eu l'air vide pendant le week-end, elle semblait désormais trop petite pour le monde.

- Le marché du lundi est très populaire, fit remarquer Margaux Sanchez quand ils arrivèrent aux portes du marché. Pendant la belle saison, que ce soit pour vendre ou pour acheter, énormément de gens se pressent ici chaque semaine. Aucune rue n'est épargnée.

Draco jeta un regard ennuyé à la foule. Si les gens continuaient à arriver, il allait être bousculé. Et être bousculé était une autre des choses qu'il n'appréciait pas. Il se résigna en voyant son hôte avancer avec détermination.

- Tu devrais ne pas me perdre des yeux, lui lança-t-elle, je t'emmène à la banque. C'est bien ce que tu voulais, non ?

Draco acquiesça simplement. Il n'avait pas envie de crier sa réponse au milieu de tous ces gens. Il suivit la vieille femme jusque sur la petite place de la fois dernière. Curieusement, il y avait moins de monde qui se pressait là que dans les rues annexes. Sanchez se retourna vers lui.

- J'ai besoin d'argent pour mes courses. Tu n'as qu'à regarder comment je fais pour ouvrir un passage vers les coffres. Comme ça, tu ne seras pas perdu la prochaine fois.

Elle poussa les portes de la petite banque et s'avança vers un tonneau rempli de pièces de verrerie, rondes et transparentes. Puis elle se dirigea résolument vers un Leprechaun en train d'astiquer sa chaussure, sans le quitter des yeux. « Ne font-ils que ça de leurs journées ? » se demanda Draco.

- Je veux retirer de l'argent, dit-elle.

Le Leprechaun grogna et farfouilla derrière son comptoir avant de sortir une gourde d'eau. Sanchez tendit la pièce de verre devant elle, juste dans un rayon de soleil. La créature versa quelques gouttes sur le verre, sous le regard attentif de la vieille, et immédiatement un bel arc-en-ciel se forma.

Quand la lumière colorée atteint le sol, elle révéla un trou sombre. Les yeux du Leprechaun brillèrent et il sauta dans le trou. La vieille se tourna vers Draco en sortant sa clef. « Suis-moi ». Draco s'avança avec appréhension vers l'espace sombre. Un escalier s'enfonçait dans le sol. Le Leprechaun avait disparu mais la vieille s'avançait sans peine, guidée par la lumière de sa clef.

Ils longèrent des tunnels très sombres, dont Draco n'arrivait pas à distinguer correctement les parois, et ils arrivèrent bientôt devant un coffre tout ce qu'il y a de plus simple. La vieille Sanchez l'ouvrit. Elle se servit généreusement puis referma à clef. Draco la regardait, perplexe.

- C'est étrange comme système de banque. Est-ce que c'est vraiment sécurisé ? Pourquoi ce ne sont pas les Gobelins qui gèrent l'or sorcier ici ?

- Longue histoire jeune homme. Sors ta clef et allons vers ton coffre pendant que je t'explique.

Draco obtempéra et sortit la chaîne qu'il gardait autour du cou. Sa lueur les guidait dans le dédale de couloirs souterrains. Pendant qu'ils marchaient, la vieille Sanchez raconta à Draco une partie de l'histoire de Fineborough.

- Les Gobelins sont très peu présents en Amérique. Ce n'est pas leur territoire de naissance. Avant l'arrivée des Leprechauns, les sorciers géraient leur économie eux-mêmes. Quand les Leprechauns sont arrivés aux Etats-Unis, ils ont passé un accord avec les sorciers et les Gobelins de l'est – enfin, de l'Europe – et ils gèrent désormais l'économie américaine. Même s'ils sont en contact régulier avec les Gobelins, ils ont ici une relative autonomie.

- Comment les Leprechauns sont-ils arrivés ici ?

- Tu dois connaître un minimum les tensions historiques qui ont existé entre l'Angleterre et l'Irlande, n'est-ce pas ?

- En partie, oui. Mais peu.

C'était vrai. Les plus grandes tensions entre l'Irlande sorcière et l'Angleterre sorcière avaient pris place avant 1900. Depuis la fin du XIXe siècle, la partie sorcière de l'Irlande vivait en autarcie. Loin de tout le monde magique anglais. Il n'avait pas cherché à apprendre cette partie de l'histoire, trop lointaine.

- Alors, reprit Sanchez, sache qu'il y a eu une terrible famine en Irlande entre 1846 et 1848. Si terrible que la moitié des Irlandais ont fui leur pays, sorciers comme non sorciers. La plupart a atterri aux Etats-Unis. Les Leprechauns ont suivi les sorciers à cause des arcs-en-ciel. C'est comme ça qu'ils sont arrivés ici.

- Des arcs-en-ciel… Qu'ont-ils à voir là-dedans ?

- Les Leprechauns ont une magie particulière. Ils peuvent se cacher et cacher de l'or très facilement – un simple battement de cil et ils vous échappent – mais ils ont besoin d'arcs-en-ciel pour cela. Leur or sera toujours aux pieds des arcs-en-ciel, et leur magie se régénère quand ils plongent dans cette dimension qui s'ouvre grâce à un arc-en-ciel.

- Cette dimension ? Voulez-vous dire que nous sommes dans une autre dimension, actuellement ?

- Parfaitement. Des légendes courent sur cet univers à part, composé en tout et pour tout de galeries sombres. Il est dit que les Leprechauns sont nés de l'union d'un nain et d'une fée. Alors ils vivent à cheval entre les deux univers : ici, soi-disant chez les nains, et sur Terre où on trouvait auparavant les fées. Comme ils ont besoin des deux mondes, ils ont besoin de nous, les sorciers.

- Je crois comprendre. Les Leprechauns ont suivi les sorciers irlandais parce qu'ils pouvaient créer facilement des arcs-en-ciel…

- Exactement. L'arrangement qui s'est fait avec les sorciers américain est totalement donnant-donnant. Ils protègent notre or et nous sommes un pont entre leurs deux mondes. Un simple arc en ciel, ainsi qu'une petite pièce à la sortie, et nous voilà avec un des systèmes bancaires les plus sûrs du monde sorcier.

- C'est si simple ? Je veux dire : traiter avec les Gobelins est autrement plus difficile, j'ai l'impression.

- C'est assez simple, effectivement. Le mélange de l'eau, de la lumière et de nos deux magies se fait seul. Mais il y a une règle à respecter. Ne quitte pas le Leprechaun des yeux, après lui avoir demandé l'accès à ton coffre. Sinon, il disparaît et se moque. Les Leprechauns passent leur temps à essayer de nous faire sortir de nos gonds. Leur jeu est de nous rendre fou. Ils sont farceurs et moqueurs, c'est dans leur nature. C'est un trait de caractère hérité des fées, je pense.

Draco assimilait ces informations au fur et à mesure. Le monde magique américain était tout de même assez éloigné du monde magique anglais. Les règles de fonctionnement, les créatures magiques… qu'y avait-il d'autre encore de différent ?Par contre, si Margaux Sanchez vantait ce système bancaire comme le plus sûr au monde, une faiblesse lui avait sauté aux yeux. Il entreprit de le montrer à son hôtesse.

- En parlant des fées… Elles ont toutes disparu, c'est bien ça ?

- Il semblerait, oui, répondit la vieille femme. Il existait deux très grandes colonies de fées : en Irlande et aux Etats-Unis. En Irlande, elles ont été décimées volontairement par les non-sorciers, à une époque où la sorcellerie était mal vue. Aux Etats-Unis, elles ont involontairement été décimées par les colons. Nouveaux virus, nouveaux animaux… elles n'étaient pas préparées. Le seul vestige qui reste de leur présence ici doit être le Palais des Bois, si j'en crois ce que m'a raconté mon petit-fils.

- D'accord. Et vous semblez ne pas croire à la présence des nains dans cette dimension, je me trompe ?

- Non, non, tu as raison. Je n'en ai jamais vu aucun en près de 45 ans de fréquentation, depuis que je suis arrivée ici.

- Ils ont disparu aussi ?

- Je n'en sais rien. Je trouve simplement étrange qu'on parle de la dimension des nains et qu'il n'en passe jamais aucun par ici. Pourtant, on les dépeint toujours comme très attirés par la présence de l'or. Ils devraient grouiller.

- Quoi qu'il en soit, plus aucun Leprechaun n'est né depuis des dizaines et des dizaines d'années…

- C'est exact.

- Comment ferez-vous quand ils auront disparu, eux aussi ?

- Nous aviserons, soupira Margaux Sanchez. Nous aviserons.

Draco songea aux nains. Ils existaient sur Terre, mais était-ce les mêmes créatures dont on parlait ? Il n'en savait rien. Ses parents ne s'étaient jamais intéressés aux créatures magiques. Lui non plus, jusqu'ici. Du coup, il n'avait pas une très bonne idée de ce qu'étaient les nains, réellement.

Ils arrivèrent finalement devant son coffre. Draco l'ouvrit et récupéra une poignée de chaque pièce pour les fourrer dans sa bourse. Ils rebroussèrent chemin pour sortir. La vieille continua à lui raconter l'histoire de Fineborough.

- Un jour, pendant la période d'émigration, un des bateaux irlandais a été pris dans une tempête particulièrement violente. Les sorciers se sont révélés aux non sorciers du bateau en unissant leurs forces magiques pour éviter de couler. Et ils ont fini par échouer ici. Fineborough n'était qu'un petit village de pêcheurs, isolé par les monts et montagnes qui nous entourent. Les voyageurs ont décidé de s'y installer et ont développé la ville.

- Comment les sorciers ont-ils faits pour se faire oublier des Mold… des non-sorciers ? Un sauvetage en pleine tempête, ce n'est pas le genre de souvenir qu'on peut facilement éliminer ou modifier…

- Ils ne se sont pas fait oublier. Pourquoi feraient-ils une chose pareille ? s'étonna Margaux Sanchez.

Elle était parfaitement consciente qu'en Europe, révéler son identité aux non-sorciers pouvait être un crime. Aux États-Unis, la liberté était un peu plus forte, mais il était tout de même conseillé de ne pas se montrer de trop. Même si certains excentriques n'avaient pas résisté : plusieurs auteurs de comics tiraient leur inspiration de leurs discussions avec eux.

Mais Fineborough était une ville à part. Enclavée, loin des préoccupations des divers ministères, elle s'était dotée de ses propres règles. Et c'était justement un point qu'elle voulait aborder avec lui. Elle avait tout de suite compris quel genre de sorcier il était quand elle l'avait vu entrer dans la banque, de loin. Une attitude hautaine et conquérante. Le genre qu'elle détestait à l'époque où elle vivait à Londres.

Mais en même temps, il y avait autre chose chez lui qui l'intriguait. Quand elle l'avait vu aux prises avec les Leprechauns, elle avait ressenti une sorte de fragilité et une étrange familiarité. Les mêmes sentiments qu'elle éprouvait quand elle allait méditer au temple. Elle s'était sentie obligée d'agir, de faire quelque chose de lui. Elle s'était sentie liée.

Elle avait du travail, mais elle considérait qu'il n'était pas totalement perdu. Car elle avait tiré deux conclusions de leur toute première discussion. D'abord, ce sorcier était encore un enfant, même s'il avait l'apparence d'un jeune homme. Ensuite, il voulait devenir adulte. Et peut-être était-ce dû à cette impression qu'elle lui était liée, mais elle avait bien l'intention de l'y aider.

- Mais… Mais les sorciers doivent vivre loin des Moldus ! s'exclama Draco, surpris de la désinvolture de Sanchez. Les lois du monde sorcier sont claires nous devons garder notre existence secrète !

- Et sais-tu pourquoi nous devons garder notre existence secrète ?

- Evidemment ! Pour se protéger de la cupidité et de la violence des Mold… non-sorciers. Ils nous voleraient, nous tortureraient, nous brûleraient… C'est toute notre histoire : les non-sorciers ne nous comprennent pas alors ils veulent nous éliminer.

En répondant, Draco songeait que c'était pour cela qu'il fallait éliminer les Moldus en premier. Avant qu'ils n'agissent. Et aussi pour protéger le patrimoine magique, le garder pur. Et… Et… Et il se souvint une fois de plus de sa conversation avec Doe… Ils avaient besoin des humains pour survivre… Etait-ce vrai ?

- Ces réactions sont très moyenâgeuses. Les non-sorciers d'aujourd'hui ne sont plus aussi obtus qu'avant. Evidemment qu'il faut se protéger de la cupidité ou de la violence de certains, mais c'est pareil chez les sorciers. Tu en trouveras toujours un capable de te torturer pour te voler quelques noises.

- Mais ne me dites-pas que les Moldus sont partis, comme ça, en gardant notre secret ?

- Partis ? On voit vraiment que tu es étranger à notre contrée, jeune Draco. Fineborough rassemble sorciers et non-sorciers. Ceux qui habitent ici ont juré de garder notre existence secrète. En près de 150 ans de cohabitation, nous n'avons jamais eu aucun problème. Nous nous apportons nos connaissances, réciproquement, et nous tentons d'améliorer nos vies communes.

- Je… C'est étrange. Ils n'ont jamais essayé de vous… comment dire…

Draco pensa à de nombreux termes à ce moment-là. Contaminer, brûler, exploiter… Même avec les remarques de John Doe, il ne pouvait totalement croire que les sorciers et les hommes pouvaient se soutenir les uns les autres. Ils étaient censés se soutenir, pour survivre, en théorie. Cela ne voulait pas dire que c'était possible, en pratique. Il trancha finalement pour une formulation relativement neutre par rapport à ce qu'il avait en tête.

- Ils n'ont jamais essayé de nous agresser, nous sorciers ?

- Non.

Alors qu'ils reprenaient leur marche, la vieille Sanchez songea qu'elle allait vraiment avoir du travail. Elle était bien placée pour savoir que les sorciers pouvaient être mille fois plus dangereux que des non-sorciers… Mais comment pouvait-elle montrer à ce jeune homme, élevé dans les préjugés anglais, qu'il regardait les non-sorciers de la mauvaise manière ?

Au bas des escaliers qui les ramèneraient dans leur propre dimension, Margaux Sanchez laissa une Noise dans un tonneau comme paiement. Ils remontèrent dans la petite banque et le trou se referma immédiatement derrière eux. Puis ils sortirent au grand jour. La foule avait encore augmenté pendant qu'ils discutaient et retiraient de l'argent.

- Maintenant, tu sais comment faire pour accéder à ton coffre, dit Sanchez.

- Oui. Je vais pouvoir vous payer la chambre, dit Draco.

- Quoi ? s'exclama soudain Sanchez. Il n'en est pas question ! Tu es mon invité, un point c'est tout. Je ne t'accueille pas pour de l'argent. Je t'accueille pour mon propre plaisir. Et puis, je ne vais pas faire payer un jeunot de l'âge de mon petit-fils !

- Mais j'ai largement les moyens ! se défendit Draco, qui ne parvenait pas à concevoir qu'on l'accueille gratuitement.

- Rien du tout. Encore un mot là-dessus et je t'assure que tu regretteras de m'avoir mise en colère.

La vieille femme entreprit de faire son marché en empêchant Draco de protester. Celui-ci regarda froidement les gens qui s'étaient arrêtés autour d'eux et qui avaient observé attentivement la dispute. La vieille Sanchez se mettait rarement en colère, alors tous étaient curieux.

Le jeune homme voulut leur siffler son mécontentement, mais il renonça : il voulait avoir la paix, ici. Le meilleur moyen était de ne pas se faire d'ennemis immédiatement. Il se contenta de froncer les sourcils et de tourner les talons. Il faillit rentrer dans une grande femme extrêmement fine et sèche. Elle tourna vers lui un visage maigre très désagréable. Il se sentit jaugé et n'aima pas spécialement la lueur intéressée qui avait fait son apparition dans les yeux noirs.

- Alors, jeune homme ! lança Sanchez de plus loin. Tu traînes ?

La grande femme sèche jeta un regard méprisant à la vieille sorcière excentrique et se détourna. Draco se dépêcha de rattraper son hôtesse.

- Bien. Maintenant, ne me perd plus : je dois absolument me rendre au stand d'un bon ami avant que toute sa marchandise ne soit écoulée. Il est déjà tard.

Draco acquiesça et suivit la vieille femme. Dans un panier qu'elle avait probablement agrandi quand il ne regardait pas, elle avait déjà entassé plein de nourriture. Principalement divers paquets de fèves, des fruits et quelques légumes.

Durant toute la matinée, il ne la quitta pas. Margaux Sanchez semblait connaître chaque marchand, avec qui elle échangeait des saluts et quelques mots. Parfois, elle s'arrêtait pour papoter deux minutes avec un passant. Tout le monde était chaleureux avec elle. Cela intriguait énormément Draco, qui se faisait au contraire charrier pour sa réserve vis-à-vis des autres.

Il ne répondait pas : toute son attention était focalisée sur une chose. Tenter de reconnaître dans la foule qui était moldu et qui était sorcier. Force lui était de constater qu'il n'y parvenait pas. Tout le monde portait le même genre de vêtements colorés. Personne ne s'étonnait de voir se côtoyer des stands d'animaux fantastiques ou de plantes magiques et des stands d'ustensiles moldus tarabiscotés… Il pouvait supposer que les vendeurs d'objets tordus étaient des Moldus, mais honnêtement, il n'avait aucune certitude.

- Hey ! fit tout bas une voix, près de son oreille. Comment vas-tu depuis la dernière fois ?

Draco se retourna vers Christobald Deepest, qui venait de le saluer.

- Bonjour, fit-il froidement.

- Tu n'es pas obligé de jouer les grands méchants sorciers avec moi, se contenta de répondre Chris, amusé.

- Je ne joue jamais, siffla Draco en se rapprochant d'un étal d'étoffes colorées.

Il avait certes affirmé à la vieille Sanchez que ce Christobald ne semblait pas méchant, mais il n'avait pas l'intention de fréquenter quelqu'un qui étalait du métal sur tout son visage. Ce n'était pas sain.

- Quel dommage, se lamenta Chris d'une voix toujours aussi basse, j'aurais pu t'apprendre tout un tas de jeux amusants… Tu es sûr que tu ne veux pas jouer avec moi ?

Draco ne put s'empêcher de rosir légèrement. C'était le ton qu'avait employé Deepest pour s'adresser à lui, et la manière dont il avait appuyé certains mots, qui le perturbaient. Il n'était pas naïf. Loin de là, même. Et il avait clairement la sensation que Deepest lui faisait du rentre dedans. Il n'appréciait pas du tout.

Il l'envoya bouler d'un regard glacial mais très expressif et rejoint la vieille Sanchez. Il ne pouvait pas savoir que son effet avait été atténué par ses joues roses, et que Christobald Deepest n'en éprouvait que plus d'intérêt encore.

- Je crois, moi, que tu vas adorer jouer, murmura finalement Chris pour lui-même, en observant le sorcier blond s'éloigner.

Draco soupira en voyant enfin la fin de la matinée arriver. La vieille Sanchez s'était arrêtée pour acheter des marchandises en tout et pour tout sept fois. La première, c'était chez l'ami qu'elle voulait absolument voir. Elle lui avait acheté toute une tripotée de champignons et elle lui avait commandé pour le lendemain une caisse supplémentaire de divers champignons magiques. Pour certains, Draco devait avouer qu'il n'en avait jamais entendu parler…

Les fois suivantes étaient pour acheter de la nourriture sous diverses formes. Elle avait terminé par l'achat d'énormes pièces de viandes variées. Finalement, Draco portait le panier. Car si la sorcière avait rétrécis les achats, ils faisaient tout de même leur poids. A chaque fois qu'elle s'était arrêtée, il s'agissait de ses amis. Et elle les avait tous invités à manger pour le mercredi suivant.

Avant de rentrer, Draco s'était permis de s'arrêter devant un étal de livres et de grimoires. Il avait été intrigué par le mélange sorcier et moldu. Car il ne pouvait s'y tromper : le genre de papier utilisé pour certains livres n'avait rien à voir avec du parchemin.

Il avait profité d'avoir de l'argent sur lui pour acheter quelques livres sur la magie et les potions, ainsi que plusieurs romans sorciers et un roman moldu. Il avait regardé ce dernier objet avec une curiosité réelle, et non pas avec le dégoût qui lui était coutumier. Après tout, puisqu'il n'avait pas grand-chose à faire ces prochains jours, autant qu'il essaie de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau moldu…

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Mardi 14 juillet, fin de matinée

Draco allait sortir de chez Sanchez quand il se trouva nez à nez avec le marchand de champignons de la veille. Il avait une grande caisse de bois dans les bras.

- Salut jeunot ! Margaux est-elle là ?

- Non, elle est sortie il y a un bon quart d'heure, monsieur… Fungus.

Draco avait hésité sur le nom, mais sa mémoire se révélait une fois de plus être un bon atout. L'homme devant lui semblait ravi qu'il ne l'ait pas oublié. Tous les gens de ce pays étaient exubérants et excessivement joyeux…

- Peux-tu prendre la livraison à sa place, alors ?

- Je ne suis pas son domestique, dit froidement Draco. Mais il n'y a pas de problème, posez la caisse à l'intérieur, tenta-t-il de se rattraper en voyant l'air perplexe que lui avait lancé le marchand à son ton froid.

L'homme déposa la caisse sur la table de la cuisine et huma l'air avec contentement.

- Margaux a toujours su cuisiner comme un chef ! Les odeurs de ses petits plats sont toujours si alléchantes…

Draco ne dit rien. Les plats que cuisinait la vieille Sanchez avaient bon goût, mais les ingrédients qu'elle utilisait étaient toujours aussi douteux, à son sens. Il ne reconnaissait que rarement ce qui était dans son assiette.

- J'ai vraiment hâte d'être à demain, dit Fungus en sortant de la maison.

Ses yeux pétillants évaluaient Draco. Il serra la main du jeune homme et ce dernier retourna dans la cuisine. Très curieux, il ouvrit la caisse et observa les champignons à l'intérieur. Il y avait quatre compartiments différents.

Dans le premier, des champignons d'une couleur bleu-gris avaient l'air de cerveaux mouvants. Draco n'en connaissait pas le nom. Dans le second, il y avait une variété de champignons bondissants. Contrairement aux champignons bondissants anglais vert mousse, ceux-ci étaient plutôt noircis.

Dans le troisième compartiment se trouvaient des sclérodermes vénéneux. Ceux-là avaient l'air d'œufs spongieux, et ils dégageaient une odeur envoutante et hypnotisante qui donnait envie de les presser dans sa main. Mais pressés, ils dégageaient un suc très toxique. Enfin, dans le dernier compartiment, Draco reconnut des lactaires. Mais le lait qui s'en écoulait était d'une étrange couleur rouge orangée qu'il n'avait jamais vue.

Comme il commençait à ressentir les effets hypnotisants des sclérodermes, il referma la caisse. A quoi pouvaient bien servir ces champignons ? Les deux espèces qu'il avait reconnues étaient toxiques. Que pouvait bien en faire Margaux Sanchez ?

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Mercredi 15 juillet

En cette matinée encore chaude, Draco lisait distraitement un roman sorcier. Mais il avait décidé de lire dans la cuisine, pour observer ce que Sanchez faisait. Car ce matin, il l'avait vue sortir la caisse de champignons magiques, et il se méfiait.

La vieille femme avait retiré du feu le chaudron qui bouillait en permanence dans la cuisine, et elle l'avait éloigné de son espace de travail. Dans les deux cheminées de la cuisine, elle avait placé un chaudron propre. Un en cuivre, et un en inox, tous les deux remplis d'eau. Elle attendait visiblement que chaque chaudron se mette à bouillir.

Quand l'eau fut prête, elle versa dans le chaudron en cuivre divers liquides provenant de ses fioles. Dans le second, elle plaça une énorme pièce de viande. Entière. Elle eut d'ailleurs des difficultés à la plonger entièrement. Elle plaça un couvercle sur le chaudron en inox.

Sanchez se dirigea ensuite vers la caisse de champignons et enfila des gants. Elle sortit six champignons lactaires et alla les presser au dessus de la décoction du chaudron de cuivre. Le liquide rouge clair s'écoula en gouttes épaisses.

Draco avait complètement abandonné son livre et observait maintenant attentivement les gestes de Sanchez. Celle-ci alla ensuite chercher deux sclérodermes, y mit le feu et les fit tomber dans ce qui se rapprochait de plus en plus d'une potion.

- Vous ne devriez pas utiliser ces champignons-là, dit Draco. Ils sont toxiques. A moins que vous ne fabriquiez un poison, réalisa-t-il ensuite.

- Pas du tout jeune homme. Y mettre le feu brûle le poison sans toucher aux propriétés hypnotiques qu'ils peuvent avoir.

Margaux Sanchez avait découvert cette propriété complètement par hasard, près de son temple. Un jour, un été très sec, elle s'était battue avec un départ de feu. Elle avait réussi à limiter les dégâts, mais ça l'avait épuisée. Elle avait cédé à l'odeur envoutante des sclèrodermes vénéneux, qui avaient été pris dans le feu mais n'avaient pas été détruits. Etrangement, elle n'avait pas été intoxiquée par le suc. Après quelques expériences, elle avait compris que le poison était inflammable et volatile, et qu'elle ne risquait plus rien une fois le sclèroderme brûlé.

- Que faites-vous ? demanda Draco au bout de quelques minutes de silence.

Il ne reconnaissait pas la décoction préparée par Sanchez. Tout en se plongeant dans l'une de ses armoires aux rideaux colorés, pour en ressortir un sac visiblement rempli de fleurs, elle répondit.

- Il s'agit d'un simple remède contre les plantes toxiques qui pullulent dans la région. Les gens se promènent énormément dans les bois qui nous entourent, pour trouver des plantes ou des champignons rares. Mais il y en a toujours pour oublier de se protéger contre certaines espèces… Des lianes, des fougères, des écorces envahies par des mousses douteuses… énuméra Sanchez en plaçant six fleurs d'Agave dans le chaudron.

Elle referma le sac, le rangea et continua.

- Et comme je suis l'experte en remèdes, pour tout le monde ici, alors je me retrouve régulièrement avec des commandes de potions ou de baumes guérisseurs.

Draco se tut et continua à observer les gestes fluides. Et bientôt, la potion fut prête. Margaux Sanchez retira le chaudron du feu et le refroidit d'un sort bien placé. Puis elle transvasa le contenu épais et lisse dans diverses fioles vides qu'elle avait sorties de sous son évier.

- Voilà une bonne chose de faite. Terminons la cuisine, maintenant. Les invités ne vont plus tarder.

Margaux retira le couvercle du chaudron en inox et y plongea une de ses grandes louches.

- Parfait ! s'exclama-t-elle joyeusement. Regarde comme la viande est tendre et de détache naturellement des os.

Elle souleva sa louche et Draco put constater que la pièce de viande semblait bien moelleuse… Margaux Sanchez laissa retomber le tout dans son chaudron et sortit un plat d'une armoire. Elle sortit une bonne partie de la viande désormais cuite d'un sort, puis la disposa, parfaitement découpée, dans le plat.

- Voilà. Même si ce sont des goinfres, ce sera largement suffisant.

Elle prit ensuite le chaudron et déversa l'eau chaude dans l'évier. Il restait encore beaucoup de viande sur les os, d'après ce que Draco pouvait voir. Quand toute l'eau fut versée, elle se dirigea vers le chaudron qu'elle avait mis de côté – celui qui était plein de cette étrange soupe qu'il avait bue le premier soir – et elle y versa la viande et les os restants.

- Ne jamais gâcher ! s'exclama-t-elle avec satisfaction en se tournant vers Draco.

La vieille femme remit le chaudron dans la cheminée, qu'elle ralluma. Draco comprenait mieux la présence d'os dans son bol, la dernière fois…

- Pourquoi vous ne gardez pas que la viande ?

- Pourquoi le ferai-je ? Les os finissent par se détacher tous seuls. J'en retire de temps en temps, quand je verse d'autres restes dans la soupe. Tous mes ancêtres cuisinaient de cette manière : tout allait dans le même chaudron pour ne rien gâcher.

- Ça, c'est moyenâgeux, fit remarquer Draco tout bas en se souvenant de la conversation qu'il avait eue avec elle à la banque. Et puis… vient un moment où ça doit être écœurant, non ? ajouta-t-il avec une grimace.

- Jamais. Tant que la soupe bout, elle est bonne.

Sanchez glissa sa louche dans la mixture et la goûta, les yeux fermés.

- Avec la viande que j'ai ajoutée, il faudrait que je rééquilibre avec quelques légumes bien gorgés d'eau, murmura-t-elle pour elle-même. Quelques tomates, peut-être ? Mmm… quelques herbes aussi, peut-être ?

Toujours les yeux fermés, la vieille Sanchez sortit plusieurs grands sachets de son placard et revint à son chaudron. Elle goûta la soupe une nouvelle fois et sentit ses sachets un à un. Elle les reposa tous sauf un, dont elle sortit une pincée de ce qui devait être une épice jaune. Elle reprit une louche, y saupoudra la pincée et gouta une nouvelle fois.

- Voilà ! C'est ce qu'il faut pour que la viande se marie bien avec le reste !

Toujours les yeux fermés, elle prit une pleine poignée d'épice qu'elle lâcha dans la soupe. Elle mélangea, goûta, ajusta ses dosages, re-goûta, pour enfin ouvrir les yeux, satisfaite.

- Je n'ai plus qu'à attendre ce soir pour goûter à nouveau et savoir quels légumes manqueront.

Draco était plus que surpris. La vieille Sanchez travaillait ses plats au goût et à l'odeur. Les yeux fermés. Ceci dit, cela expliquait parfaitement pourquoi la soupe n'était pas jolie à voir. L'apparence, elle ne s'en souciait visiblement pas. Pour préparer son repas du midi, elle garda cependant les yeux ouverts. Mais même malgré cela, elle ne cuisinait toujours pas de manière conventionnelle.

Il avait l'étrange impression, en la regardant, qu'elle dansait… Sa manière de se mouvoir dans cette grande cuisine, sa manière de mélanger une sauce, de saupoudrer un plat d'herbes ou d'épices… Tous ces gestes lui donnaient l'impression d'une chorégraphie bien orchestrée. C'était… beau. Oui, en quelque sorte, c'était joli à voir.

- Tu veux essayer ? demanda Margaux en sentant peser sur elle le regard fasciné et envieux du jeune homme.

- De cuisiner ? Moi ? Il n'en est pas question. C'est un travail pour les elfes de maison, pas pour moi, dit-il en détournant le regard.

La vieille Sanchez ne s'en formalisa pas. Au contraire, elle laissa échapper un léger rire. Il finirait par apprendre, elle n'en doutait pas. Elle avait bien l'intention de lui montrer qu'il ne voyait pas les choses comme il fallait…

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Draco avait fini par sortir de la cuisine : il s'inquiétait moins de ce que pouvait faire cette femme étrange. Il se contenterait d'attendre que tout le monde mange avant de manger lui-même, et tout irait bien.

Il était sorti dans le jardin et avait retrouvé ses deux animaux. Oline se roulait dans l'herbe avec délectation et sa chouette la regardait avec désapprobation. Draco sourit. Il venait de trouver un nom parfait pour sa chouette. Elle qui aimait l'ordre, mais qui se comportait souvent d'une manière qu'on ne pouvait qualifier de digne et sage… Elle s'appellerait désormais Kerta. Déesse du chaos. Voilà qui lui plaisait.

- Kerta, viens ici, ma belle.

La chouette, comprenant et acceptant son nouveau nom, vint se poser sur le bras tendu de son maître. Elle apprécia les quelques caresses qu'il lui prodigua avant de la laisser s'envoler de nouveau.

Oline, pendant ce temps, s'était remise sur ses pattes et avait grimpé dans l'arbre jusqu'à la branche qu'occupait auparavant Kerta. Elle s'allongea de tout son long et balança doucement la queue. C'était une nouvelle provocation de la part de la chatte et Kerta ne s'y était pas trompée. Les deux animaux se disputaient maintenant joyeusement.

Son chat était extrêmement agile et sa chouette puissante. Et tous les deux étaient fous. Draco sourit en songeant que s'il avait été au manoir, il aurait dû les obliger à rester calmes, pour honorer son rang. Il aurait dû interdire ces disputes amicales. Mais là, dans ce vaste pays, il pouvait leur donner plus de liberté. Et ça le rendait bêtement satisfait.

- Bonjour Draco ! lancèrent deux voix dans son dos.

Il se tourna vers les deux visiteurs qui remontaient maintenant le jardin. Monsieur Fungus et Ethan Lumelos, le vendeur de fruits, venaient d'arriver.

- Bonjour, salua Draco à son tour. Suivez-moi, je vais vous conduire à l'intérieur. Avez-vous trouvé facilement ?

Il n'oubliait pas ses bonnes manières. Il était un aristocrate élevé dans la plus pure tradition. Mais il avait un instant oublié que les deux visiteurs étaient des amis de la vieille Sanchez, et qu'ils étaient sans doute venus plusieurs fois déjà. Alors non, ils n'avaient eu aucun mal à trouver la maison. Les deux hommes s'échangeaient d'ailleurs un regard amusé et un peu moqueur.

Il était temps de dévergonder un peu le jeune garçon. Et de lui retirer le balais qu'il avait… qu'il avait, quoi. Les invités de Margaux arrivèrent les uns après les autres et Draco fut rassuré de voir qu'il se souvenait des noms de chacun. Cela aussi faisait partie de son éducation.

Quand il était au manoir, il fallait toujours prendre soin de satisfaire les invités. Et les gens aimaient notamment qu'on se souvienne d'eux, surtout quand ils étaient insignifiants, d'ailleurs. C'était naturel et humain. Aussi devait-il connaître au maximum les personnes qui gravitaient autour de sa famille, quelle que soit leur fonction.

Cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas les mépriser ou les menacer. Mais chaque personne qui mettait le pied au manoir devait avoir en tête qu'il n'était pas anonyme, que les Malfoy connaissaient une bonne partie de leur passé, leurs histoires… Qu'ils retenaient tout…

Les attitudes des invités, lors des réceptions données au manoir Malfoy, étaient par conséquent très calculées. Pas un mot de travers, pas un compliment oublié… L'étiquette avant tout, quel que soit le moment, depuis l'entrée et la manière de tendre son manteau jusqu'à la fin avec la manière de saluer et complimenter, en passant par la façon de manger, de boire, de mener les conversations…

Ici, chez la vieille Sanchez, tout était très différent. Les invités étaient souriants, joyeux. On sentait dans l'atmosphère conviviale le plaisir que chacun éprouvait à se retrouver là autour d'une table. C'était très inhabituel pour Draco qui ne se sentait pas du tout à sa place. La nourriture était avalée et complimentée sans complexe, la boisson coulait à flots sans que ce soit ostentatoire…

Un alcool maison produit par la vieille Sanchez, à base de résine d'Agave, déliait les langues et rendait joyeux les plus moroses… Lui y compris. En écoutant leurs plaisanteries et leurs évocations de souvenirs, Draco commençait à se faire une idée de la personnalité de chacun. Mais surtout, il en apprenait un peu plus sur la ville, ses habitants, et la forêt qui les entourait.

- Mais oui ! s'exclama Ethan au milieu du repas. Et tu avais été tellement en colère que tu avais remplacé le sucre par du sel ! Et c'est pour ça que depuis, Pétronille te déteste, dit-il en gloussant.

- Elle n'avait qu'à pas critiquer mon intérieur : il est parfait, réagit Margaux Sanchez.

- Oui, mais tu aurais pu simplement la mettre dehors, dit à son tour Falco Fungus. Maintenant, elle aime raconter que ton séjour en France est une pure invention et que tu ne sais pas cuisiner.

Margaux Sanchez eut un sourire jusqu'aux oreilles.

- Alors c'est qu'elle a beau jouer les bourgeoises, elle aime les ragots autant que nous, dit-elle d'un ton conspirateur. Elle parle sur ma famille, je parle sur la sienne… rien que de très naturel, non ?

- En même temps, il est logique de parler des Deepest. Ils sont un sujet de ragots inépuisable à la ville, dit Ethan en se reculant sur son siège.

Le dos bien calé contre le dossier, il poussa le soupir satisfait de celui qui a bien mangé.

- En ce moment, le bruit qui court, c'est à propos de la malédiction qui leur est tombée dessus, relança Georgia, une amie de Margaux.

- Cette fois, je me demande ce qu'ils ont fait et qui ils ont fâché, dit pensivement Ethan.

- Je ne sais pas, mais je sais qu'ils font des choses bizarres, dans la forêt. A chaque fois que je vais cueillir mes champignons, je les retrouve près de la frontière du Palais, répondit Falco.

- Ils ont peut-être mis la forêt en colère en essayant de passer la frontière, émit Ethan.

- La frontière du Palais est impossible à franchir, intervint Margaux. Les barrières font partie de son existence même. Je sais que tu n'es pas sorcier, mais tu pourrais au moins assimiler ça, depuis le temps, s'amusa-t-elle à le charrier.

- Je n'y peux rien, fit Ethan en levant les mains, j'ai du mal à concevoir que personne ne puisse défaire par la magie une frontière qui a été faite par la magie.

Draco avait vivement tourné la tête vers Ethan quand Margaux avait dit qu'il était Moldu. Alors c'était ça ? Il n'était pourtant pas très différent des autres invités, si ce n'était qu'il était plus jeune… Aucune marque physique. Il n'était pas plus petit, il n'avait pas l'air plus faible… Il n'était pas effrayé par la magie, et pourtant, il n'en comprenait visiblement pas les règles.

Non, décidément, le jeune homme ne ressemblait en rien à l'idée que Draco se faisait des Moldus. Entre son père qui lui disait qu'ils étaient sales, ignorants, qu'ils pleuraient en permanence, et les spécimens ratatinés, sanglants et baveux qui avaient fait une visite éclair au manoir à l'époque du Lord Noir… Il avait eu l'impression que leur tare, enfin, leur différence, serait plus visible que cela.

Plusieurs fois, depuis que Potter avait brisé sa baguette, il avait eu l'impression d'être lui-même faible. Il n'était pas très grand, il ne pouvait plus pratiquer la magie qu'accidentellement… Combien de fois il s'était retrouvé dans des situations qui, auparavant, ne lui auraient demandé qu'un coup de baguette et qui, maintenant, lui paraissaient insurmontables ? Face à des choses simples, il pouvait se retrouver démuni. C'était angoissant, rageant et humiliant.

Il s'était dit plusieurs fois qu'il avait tout des Moldus méprisés par sa famille. Il n'aimait pas le sentiment d'incapacité, de honte, que ça lui donnait. S'il aimait en faire, il détestait être l'objet de moqueries mesquines, comme dans sa prime jeunesse. Il était même heureux d'être exilé loin des gens qu'il connaissait, dans un sens…

Lui, qui était parfaitement conscient et fier d'être égoïste, songeait désormais qu'il ne souhaitait cette situation à aucun sorcier. Comment les Moldus faisaient-t-ils pour vivre ? Peut-être les plaignait-il un peu, aujourd'hui. Mais un peu, seulement.

Et malgré son éducation traditionnaliste et pro-mage noir, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'Ethan était… un peu comme lui. D'une certaine manière. Sauf que, Mordred merci, il restait un sorcier. Et quand sa situation se serait un peu tassée, il pourrait sans doute retrouver une baguette et son statut.

Si seulement rien de tout ça n'était arrivé… Si seulement le Lord Noir n'avait pas fait son apparition dans son monde bien ordonné… Il serait encore au manoir, entouré de sa bande. Il pourrait se moquer en paix des plus faibles et des Sang-de-Bourbe, sans conséquence… Il serait peut-être devenu ministre… Il aurait eu la belle vie.

Draco sursauta quand une main s'agita devant ses yeux.

- Houhou ! Tu reviens enfin parmi nous ?

Draco prit conscience qu'il venait de se perdre dans ses pensées.

- Je ne suis jamais parti, siffla-t-il, un peu énervé d'être brutalement ramené à son présent compliqué.

Il ne s'attendait pas à ce qu'une partie de la tablée se mette à rire.

- Ton pensionnaire a un humour acide, ma chère Margaux, dit Falco Fungus.

- Il a surtout mauvais caractère, répliqua celle-ci sur un ton amusé. Il aurait été mon petit fils, il aurait déjà pris quelques fessées depuis son arrivée.

Si cela amusait les autres, Draco était énervé. Mais plus que cela, il se sentait gêné. Que voulez-vous, il n'avait pas l'habitude de cette ambiance légère, et il ne savait pas vraiment comment se comporter.

Sentant sans doute sa gêne, Ethan se tourna vers lui et entama une discussion sur ses goûts, ses études, ses projets. Le jeune homme semblait fasciné par le monde qu'il décrivait, tout comme Draco ne pouvait s'empêcher d'être surpris par l'aisance et la connaissance du monde sorcier dont il faisait preuve. La conversation dura longtemps, jusqu'au dessert.

Toujours parfaitement poli, Draco retourna les questions à son vis-à-vis. Mais bientôt, l'indifférence polie du sorcier se mua en curiosité réelle. Le monde moldu avait pas mal de similitudes avec le monde sorcier. Sauf qu'il était quand même beaucoup moins pratique.

Il regretta un instant que le temps du café soit déjà arrivé : il avait encore beaucoup de questions à poser. Mais il se promit de se rattraper plus tard. Il vit partir les invités à regret, car l'ambiance chaleureuse et le naturel avec lequel il avait été inclus au repas lui avaient fait forte impression. Il avait vraiment aimé cela. Ce repas. Cette journée.

Il voulait en vivre encore de nombreuses comme celle-ci. Tous ces gens ouverts et accueillants sans le juger lui donnaient envie de faire partie de leur monde. De s'intégrer. D'être plus libre, plus lui-même. D'être quelqu'un d'autre, ou du moins, de ne plus être uniquement l'héritier Malfoy.

Vaste tâche, il en avait conscience. Car il n'était pas naturellement porté sur ce genre de comportement, et il y avait de grandes chances pour qu'il ne le soit jamais. Mais s'il en avait la possibilité, un jour, il voulait que sa demeure soit une enclave douce comme l'avait été ce long repas au milieu de ces dernières semaines assez difficiles.

Il ne savait pas encore dans quelle mesure il le ferait, mais il avait envie d'essayer de changer. L'Amérique était une opportunité pour lui de redémarrer à zéro. De se découvrir.

Finalement, il se souvint de la première conversation qu'il avait eue avec la vieille Sanchez. Il lui avait dit qu'il était venu ici pour mûrir, s'affirmer, être plus autonome… Pour rentrer chez lui plus respectable que jamais. Il ne mentirait peut-être pas.

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Dimanche 19 juillet, matin

Cela faisait maintenant une semaine que Draco était à Fineborough. En cette matinée pluvieuse, il déprimait un peu. Il s'était réfugié dans la cuisine pour avoir un peu de compagnie, car Oline avait décidé de rester couchée près du feu qui couvait toujours sous le chaudron. Margaux Sanchez était partie à son temple, comme elle le faisait apparemment tous les dimanches.

Sur la table de la cuisine, devant lui, il avait disposé un parchemin, une plume et un pot d'encre.

Il ressentait aujourd'hui tout le poids d'être loin de chez lui. Il se sentait ridicule, mais il avait envie de parler un peu avec sa mère. Honnêtement, elle ne l'écoutait jamais très attentivement, mais il avait appris à faire avec. Au moins, ces dernières années à Poudlard, il avait eu une lettre d'elle chaque matin. C'était beaucoup moins probable qu'aujourd'hui, elle fasse cet effort.

Draco saisit la plume et en mâchouilla légèrement le bout en réfléchissant. Que pouvait-il lui raconter réellement ? Il habitait avec une vieille sorcière excentrique, au lieu de vivre dans l'auberge prévue. Il avait découvert que, bien qu'étrange, la vieille Sanchez n'était pas particulièrement dangereuse. Mais ses parents n'approuveraient pas son attitude trop confiante.

Il avait beaucoup lu pendant une semaine, mais il s'agissait principalement de romans et non de manuels de magie. Et il savait que son père jugerait cela comme une perte de temps. Même s'il éprouvait beaucoup de plaisir à s'évader dans les romans sorciers à la mode, il se sentait toujours un peu honteux de ne pas plutôt ouvrir des livres plus politiques ou des manuels de perfectionnement magique.

Il avait découvert les environs, les bois, sa faune, sa flore et commencé à apprendre la manière de les gérer en tant qu'ingrédients pour les inclure à des potions. Mais étrangement, il s'agissait souvent d'ingrédient à la nature hautement dangereuse ou toxique. C'était la région qui voulait cela. Et la proximité avec le Palais n'arrangeait rien, d'après la vieille Sanchez. Seulement, elle ne lui avait pas encore expliqué pourquoi.

Alors il valait mieux ne pas trop en écrire : ses parents lui avaient demandé de se tenir à carreau. Et même si, pour une fois, il n'avait aucune mauvaise intention, tout le monde ne le verrait sans doute pas du même œil.

Il avait fait la connaissance de plusieurs personnes, mais aucune ne pouvait prétendre à son rang. Et puis, la personne avec laquelle il s'entendait le mieux était un… non-sorcier. Il n'allait surtout pas l'écrire. Les marchands de Fineborough étaient de bonne compagnie, mais ils étaient des travailleurs, pas des rentiers. Et aucun ne se rapprochait des standards en matière de richesse. A part peut-être les Deepest. Mais ils n'avaient pas encore eu l'occasion d'être correctement présentés…

Certes, il croisait régulièrement Christobald, le fils, mais… il n'allait pas non plus raconter qu'il se faisait draguer ouvertement par un homme, qui en plus de le perturber avec son insistance, lui posait d'étranges questions. Il se souvenait encore du dernier épisode en date, la veille.

Draco était assis sur le muret qui entourait la propriété Sanchez. Il profitait du soleil, plongé dans un roman. Il leva la tête quand Christobald Deepest fit crisser les cailloux du chemin qui montait vers lui. Il se retint de soupirer. Il en était à un moment passionnant.

L'héroïne, qui avait tout perdu, était sur le point de suivre cet inconnu qui lui avait fait redécouvrir l'amour – alors qu'il s'agissait du langue-de-plomb qui avait fait assassiner son mari – mais son meilleur ami d'enfance, empathe, venait de faire sa réapparition et de confronter l'homme en duel.

A l'instant, elle venait de se fâcher avec lui pour connaître l'objet de ce duel, avec la peur au ventre, la peur de perdre à nouveau quelqu'un à qui elle tenait. Et l'empathe était en plein dilemme révéler l'objet du duel – la mort de son mari – la briserait, et tuer le langue-de-plomb la briserait également.

Et Draco voulait connaître la suite, alors il avait fait semblant de rien. Mais « Chris » s'était tellement rapproché qu'il gênait sa lecture. Il fut forcé de refermer le roman. Alors qu'il recommençait son numéro de drague, Draco profita d'une question anodine sur sa famille pour lui parler de son passé d'aristocrate et lui montrer qu'ils ne faisaient pas partie du même monde. Mais il avait été une fois de plus surpris par un flot de questions parfois sans queue ni tête…

- Comment quelqu'un d'aussi riche que toi en vient à vouloir travailler comme médicomage ? demanda Chris, en penchant la tête, attentif.

- En quoi est-ce que ça te regarde ? renifla Draco, hautain.

- En rien, accorda Chris avec un de ces sourires d'un blanc trop blanc pour être honnête. Est-ce qu'au moins tu connais le Palais des Bois ? Ce n'est pas évident d'y entrer, tu sais !

Il avait pris un air presque malheureux en prononçant cette dernière phrase, peut-être pour se montrer compatissant, et Draco haussa un sourcil. Christobald était réellement un piètre acteur… Ou alors, il avait toujours cet air idiot sur le visage, et dans ce cas, Draco ne pouvait que le plaindre.

- Je viens d'Angleterre, je ne connais l'existence du Palais que depuis un mois. Alors je n'ai encore aucune idée de la manière dont je dois m'inscrire. On m'a simplement dit que le jour de la rentrée, il fallait se présenter aux grilles, fit le sorcier blond en haussant les épaules, ennuyé.

- Tout le monde n'entre pas. Je sais aussi que chaque année, il y a des épreuves à passer. Et que certains finissent gravement blessés. Les bois qui entourent le Palais sont très dangereux, insista le brun d'une voix inquiète, comme pour l'effrayer.

Draco se retint de lever les yeux au ciel, exaspéré par la présence envahissante du jeune homme. Comme s'il allait croire ces contes pour enfants. Le Palais vous apprenait à devenir médicomage, pas Auror. Il ne fallait pas exagérer, non plus.

- Si jamais tu ne passes pas les grilles, tu vas quand même essayer d'entrer ?

Draco fronça les sourcils, ne comprenant pas la question.

- Si je ne suis pas accepté, je ne pourrai pas rentrer, c'est tout, finit-il par répondre.

- Tu ne regretteras pas de rester enfermé dans le même lieu toute l'année ? Parce que les étudiants du Palais ne sortent jamais.

Draco songea que de toute manière, sa famille étant loin et lui étant exilé, il n'avait aucune raison de vouloir sortir du Palais pendant l'année. Et pendant les diverses petites vacances, hé bien… avoir la possibilité de rester au Palais serait de toute manière une bonne chose : il aurait un toit.

- Non, ça ne me dérange pas.

- Tu n'essaieras pas de sortir, alors. A ta place, j'essaierai de trouver une issue, pour les jours où tu voudras échapper à la surveillance du Palais.

Surveillance, issue… N'était-il pas un peu paranoïaque ? se demandait Draco, en cherchant une manière d'envoyer bouler l'importun.

- Si tu veux t'amuser à chercher une sortie, tu n'as qu'à entrer toi-même au Palais !

Le visage de Chris s'était fait plus grave, mais cette fois, il n'y avait aucun jeu d'acteur.

- J'ai essayé, je n'ai pas été pris. Il semblerait qu'ils n'ont pas vu en moi l'étoffe d'un médicomage, dit-il d'une voix basse.

Draco le regarda avec circonspection. Il allait lui glisser un mot compatissant, pour voir ce que cela faisait, quand Christobald se leva. Il se pencha au-dessus de Draco, les mains posées sur le muret de part et d'autre du sorcier, et reprit d'une voix basse mais d'un ton beaucoup plus léger.

- Bien sûr, ce n'est pas au Palais que je prendrais le plus de plaisir à entrer.

Et il était parti. Cela valait mieux pour lui, ou Draco lui aurait décoché une droite. Pas qu'il aimait la violence physique, mais il y avait parfois des choses qui dépassaient les bornes. Ce genre de sous-entendus en faisait partie.

Draco sortit de ses pensées. Surpris par divers mouvements au sol, il baissa les yeux. Une dizaine de minuscules lutins courait d'un bout à l'autre de la cuisine avec des chiffons dans les mains. Ils ne faisaient pas attention à lui. Il sursauta quand il sentit l'un d'eux lui soulever le pied pour nettoyer en-dessous.

Les différences culturelles. Voilà qui pourrait constituer un bon début de lettre. Cessant de mâchouiller sa plume, il écrivit sa première lettre depuis son exil.

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Quelque part au ministère, mi-juillet.

« Mère,

Je suis bien arrivé à Fineborough. La ville est minuscule comparée à Londres, mais je dois bien m'y faire. J'ai découvert avec surprise le fonctionnement bancaire sorcier américain. Je ne connaissais pas les Leprechauns.

Je découvre un peu la région, mais je passe surtout mon temps dans ma chambre, à lire. Aussi ai-je peu d'information à vous faire parvenir. J'espère que vous aurez plus de nouvelles intéressantes en Angleterre.

Vous me manquez,

Tendrement,

Draco Abraxas Malfoy. »

- Que fait-on, monsieur ? demanda le grand homme dégingandé.

- Laissez courir. Tentez de garder un œil sur l'échange de lettres, mais laissez courir. Nous avons des projets bien plus importants sur le feu en ce moment. Avec l'éviction de Shacklebolt et l'arrivée de Zorille lundi, on a des projets plus importants sur le feu. Sans oublier que tu dois passer le plus de temps possible aux Etats-Unis auprès de cette fichue commission tête de mule…

- Bien, monsieur.

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Lundi 20 juillet, matin

- Bonjour mâdâme Sanchez, lança une voix de femme à l'accent aristocratique bien trop exagéré.

Draco se retourna en même temps que la vieille sorcière, et reconnut la grande femme maigre de la semaine précédente. Il était étrange qu'elle adresse la parole à Sanchez, s'il s'en référait au regard méprisant qu'elle avait lancé la dernière fois.

- Bonjour jeune homme, le salua-t-elle ensuite.

- Bonjour Pétronille, salua Margaux avec un énorme sourire.

Alors c'était elle la bourgeoise dont parlait parfois son hôtesse. Pétronille Deepest ne jeta pas un regard à Margaux et continua à s'adresser à Draco.

- Je venais vous inviter à manger à la maison, ce mercredi, de la part de mon fils. Nous souhaiterions faire votre connaissance. L'accepteriez-vous ?

Draco se tourna vers la vieille Sanchez, intrigué et assez excité. Quelle réponse devait-il donner ? Après tout, il ne risquait pas grand-chose à aller rendre visite à ces gens, n'est-ce pas ? Et surtout, ça lui changerait les idées et ça briserait la monotonie de sa vie depuis qu'il était arrivé aux Etats-Unis…

- Comment va ton jardin, Pétronille ? demanda Margaux avec une pointe de malice. Avez-vous trouvé le sortilège qui vous assèche ?

- Non, répondit la grande femme avec réticence.

- Draco, tu peux peut-être les aider à trouver une solution, qu'en penses-tu ?

Le jeune sorcier sourit. Il venait d'avoir l'accord de la vieille Sanchez, ainsi qu'une raison valable pour accepter l'invitation. Il était curieux de rencontrer ces gens, mais en même temps, il les trouvait étranges. C'était souvent l'effet qu'avaient les parvenus sur lui. Ils faisaient croire qu'ils étaient de haute lignée, mais ils n'avaient pas l'expérience ou l'attitude qu'il fallait. Du coup, ils se comportaient toujours de façon un peu gauche.

De son côté, Margaux retint un soupir inquiet. Elle savait que cette famille n'était pas très recommandable, même si elle n'en avait jamais eu la preuve. Mais elle avait également vu et ressenti l'ennui de Draco ces derniers jours, ainsi que sa curiosité pour les Deepest…

Si elle pouvait en plus, par le contraste évident qu'il y aurait entre elle-même et cette famille, apprendre à Draco que les apparences étaient définitivement trompeuses… S'il pouvait perdre un peu son désir de jouer les aristocrates et devenir un peu plus… naturel. Alors cette expérience serait peut-être une bonne chose. Il fallait juste qu'elle demande aux lutins de surveiller la rencontre…

- J'accepte votre invitation avec grand plaisir, madame Deepest, répondit finalement le jeune sorcier poliment.

La femme sembla ravie qu'il connaisse son nom et se détourna avec ce qui devait être son genre de sourire. Il aperçut ensuite Chris, au loin, qui lui souriait clairement…