Attention, ce chapitre contient une partie justifiant le choix du rating M. Ce passage sera indiqué comme suit : « ******XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX****** » parce que je me suis aperçue que les étoiles seules ne s'affichaient pas sur le site. Merci de ne pas lire si vous n'avez pas l'âge requis.


Chapitre 5 : L'Amérique

Partie 3 : Différent

Mardi 21 juillet, début de matinée

Ce matin, Draco s'était réveillé seul. La vieille Sanchez s'était rendue au chevet d'un patient qui nécessitait quelques soins spécifiques. Elle avait refusé qu'il l'accompagne, pour une fois. « On ne te connait pas encore assez dans le coin. Et mon patient est un vieil homme méfiant. » Du coup, il se retrouvait seul à prendre son petit-déjeuner dans la grande cuisine.

Il se sentait aujourd'hui vraiment seul. Sa famille, même si elle n'était pas la famille rêvée, et les elfes de maison, constituaient au moins une certaine forme de compagnie. Ou les invités de sa famille, qui passaient souvent un séjour de trois ou quatre jours… Comment vivaient-ils là-bas, en se moment même ? Sans doute les réceptions n'avaient plus cours. Après tout, une grande partie des amis de ses parents étaient des Mangemorts morts ou arrêtés.

Et ses amis à lui étaient à Azkaban en attendant le baiser du Détraqueur.

Malgré une certaine forme de honte bien présente, il se disait parfois que les choses auraient été plus simples s'il était mort dans la bataille finale… Dans la Salle sur Demande par exemple. Au moins, il n'aurait pas eu de dette envers Potter. Parce que même s'il parvenait de temps à autre à oublier cette épée de Damoclès, cette dette de sorcier, il ne pouvait nier sa présence.

Parfois, sa magie réagissait étrangement, en décalage avec ce qu'il était en train de faire, lui prouvant que Potter gardait une influence sur lui… C'était désagréable, mais supportable. Car heureusement, la distance lui permettait de ne pas savoir trop nettement quels sentiments agitaient Potter et donc, de ne pas se poser trop de question ou se faire envahir par des images qu'il n'avait nullement sollicitées…

Il poussa un soupir et se concentra sur sa nourriture, en faisant abstraction du silence autant que possible. Il était plongé dans les souvenirs relativement heureux qu'il avait de Poudlard, à l'époque où il était avec ses amis.

De paon fier il était devenu un leader naturel. Menaçant et pas toujours agréable, certes, mais un leader naturel tout de même… Il eut un sourire en coin en songeant à sa première année. Il avait été un Serpentard vraiment exécrable – ce qu'on attendait de lui – mais il avait surtout été ridicule. Heureusement, à l'époque, son cercle de camarades proches lui avait permis de devenir plus subtil, et donc bien plus menaçant. Sauf en ce qui concernait ce fichu Potter. A chaque fois, son comportement le faisait bouillir de rage.

Il soupira une nouvelle fois : ses pensées tournaient en rond. Aujourd'hui, il n'arrivait pas à faire abstraction de son problème avec Potter.

Quand il eut terminé son petit-déjeuner, il emballa la large miche de pain dans le torchon qui l'entourait habituellement et alla le ranger à sa place dans l'armoire, derrière le rideau à rayures roses et orangées. Quand il se retourna, il s'aperçut que les lutins avaient fait leur réapparition. Il les regarda s'agiter en tout sens pour nettoyer la vaisselle et ranger la nourriture.

Il resta là, hésitant, quelques instants. Il avait oublié de demander à Margaux Sanchez quelques explications à leur présence. Il connaissait vaguement leur existence, par Pansy, mais il croyait que les lutins vivaient cachés des hommes.

Or, là, il constatait qu'ils effectuaient le travail ordinairement dévolu aux elfes de maison… Etait-ce courant d'héberger des lutins aux Etats-Unis ? Pourtant, ils ne devaient pas être plus nombreux dans ce pays que partout ailleurs dans le monde... Et leur nature joyeuse et enfantine ne s'accordait pas, selon lui, à ce genre de tâches…

Les lutins étaient des créatures magiques normalement indignes de son attention, mais les histoires de Pansy avaient toujours alimenté chez lui une certaine fascination. Ayant l'air d'enfants, malgré leur âge avancé de plusieurs centaines d'années, ils avaient – selon les histoires – comme préoccupation principale de s'amuser. Mais ils avaient aussi nécessairement accumulé, au fil de leur vie, de très grandes connaissances.

Finalement, il se décida à les saluer. Ça ne lui coûterait rien et il avait vraiment envie d'avoir un peu de compagnie. Pour lui qui avait vécu entouré de gens en permanence, depuis sa plus tendre enfance jusqu'à Poudlard, cette relative solitude qu'il expérimentait depuis son exil était dure à porter.

- Bonjour, fit-il d'une voix un peu hésitante.

Ils se tournèrent tous vers lui avec un grand sourire sur le visage. Ils se rapprochèrent, sans répondre et sans faire le moindre bruit. C'était même un peu effrayant, d'après le sorcier. Ils étaient vraiment minuscules - les plus grands faisaient peut-être une quinzaine de centimètres – mais ils étaient assez nombreux. Un peu plus d'une dizaine.

- Bonjour, Draco ! finirent-ils par s'exclamer tous ensemble.

- Comment connaissez-vous mon nom ? demanda ce dernier, interloqué.

- C'est Margaux qui nous l'a dit au temple, répondit l'un d'eux.

- Elle dit que tu viens d'Angleterre, comme elle avant, ajouta un autre.

- Et que tu vas devenir un grand guérisseur, même meilleur qu'elle ! s'exclama un troisième.

Tous les lutins s'interrompirent pour s'échanger des regards en acquiesçant avec enthousiasme. « Oui ! C'est ce qu'elle a dit ! »

Pansy avait eu raison. Il avait vraiment l'impression de voir des enfants s'exprimer. C'était d'ailleurs pour les pouponner qu'elle avait toujours rêvé de les rencontrer. Pansy et sa naïveté amusante… C'était pour cette raison qu'elle avait, la première, introduit Lovegood dans leur cercle. La Serdaigle connaissait des milliers d'histoires sur eux. Même si Draco doutait qu'elle les ait déjà réellement rencontrés, contrairement à ce qu'elle affirmait parfois…

Pansy avait malheureusement dû abandonner ce genre d'élucubrations et de désirs, quand elle était devenue Mangemorte. Après tout, on ne chouchoutait pas les espèces inférieures quand on devait suivre le Lord Noir. Et aujourd'hui, de toute façon, il y avait de grandes chances pour qu'elle ait tout oublié. Ses souvenirs comme ses rêves. En fait, en y regardant à deux fois, il espérait sincèrement pour elle qu'elle ait tout oublié…

- La vieille Sanchez vient d'Angleterre ? demanda Draco, préférant éloigner ses pensées de ce terrain glissant.

Les lutins voulaient tous parler en même temps. Ils babillaient leurs réponses les uns après les autres, comme s'ils n'allaient jamais s'arrêter. Ils étaient bavards et adoraient les histoires, vraies comme fausses, les rumeurs, les ragots…

- Oui ! Elle s'est enfuie il y a très longtemps d'Angleterre… répondit l'un des lutins.

- …et elle est venue au temple ! enchaîna un autre avec enthousiasme.

- Mais elle n'est pas anglaise, elle dit qu'elle vient de France.

- Elle a quitté la France, puis après elle a quitté l'Angleterre, puis après elle a quitté le Mexique, puis après… s'amusa à égrener un lutin avant d'être coupé par un camarade agacé.

- Au début, on lui faisait plein de farces, dit un autre en gloussant.

- Mais elle ne s'énervait jamais contre nous, ajouta un autre, plus posé.

- Et puis elle venait très souvent, et elle réparait le temple, alors…

- … on l'a aidée discrètement.

- Elle est gentille, Margaux. Nous, on l'aime bien !

- On est contents qu'elle soit partie d'Angleterre.

- Et puis même que du coup, elle a sauvé la reine !

A nouveau, les lutins s'interrompirent pour s'échanger des regards en acquiesçant avec enthousiasme. « Oui ! Elle a sauvé la reine ! »

- Excusez-moi, mais je ne comprends pas de quelle reine vous parlez… intervint Draco, les sourcils haussé par la surprise.

- Notre reine ! s'exclama l'un d'eux.

- Pas la reine d'Angleterre, ajouta un autre avec un air amusé en comprenant la méprise de Draco.

Ce lutin-là paraissait le plus posé. Son bonnet rouge dénotait au milieu des autres bonnets de diverses teintes de bleu, de vert et de blanc.

- Elle est vieille ! Elle a eu 1813 ans cette année.

- Notre reine à nous, bien sûr, précisa un lutin.

- Alors elle est parfois fragile.

- Et Margaux l'a guérie.

- C'était un empoisonnement accidentel.

- Mais nous, on ne connaissait pas l'antidote les poils de Koala et les feuilles de Centella asiatica.

- On n'a pas ça, chez nous !

- Heureusement que Margaux était là !

Une nouvelle fois, ils acquiescèrent tous joyeusement en se congratulant et en répétant. « Oui, Heureusement qu'elle était là. »

- Je ne savais pas que les lutins pouvaient être des femmes, dit Draco pensivement.

Les lutins, pour une grande part d'entre eux, éclatèrent de rire bruyamment. Et celui au bonnet rouge demanda posément à Draco :

- Est-ce que les sorciers de cette époque croient encore que les lutins naissent dans les choux ?

Draco ne répondit pas mais lui lança un regard noir, fâché qu'on se moque de lui. Il respira deux ou trois fois pour passer outre son énervement. Il avait pris l'habitude avec Ethan qui aimait se moquer gentiment de lui, avant de lui expliquer son monde. Les lutins étaient de la même trempe : des êtres qui adoraient rire, quitte à se moquer, mais ils savaient beaucoup de choses. Et en plus, même s'il n'aimait pas qu'on s'amuse à ses dépends, il préférait cela plutôt que de passer la matinée seul…

- Je ne connais rien aux lutins, avoua finalement Draco. Je croyais que vous viviez cachés et que vous ne vous montriez que rarement aux humains.

- Ben non, on ne se cache pas, dit un tout petit lutin.

- Ce sont les humains qui ne viennent jamais nous voir.

- Nous aimons bien nous installer près des sources magiques… dit un autre avec un sourire béat.

- Mais pas les humains, je crois, compléta un autre avec un sourire moqueur.

- Je crois qu'il y en a beaucoup à qui ça fait peur, supposa un autre encore.

- C'est surtout toi et tes blagues nulles qui leur font peur, contra un sixième.

- Qu'est-ce que vous entendez par source magique ? les interrompit Draco, curieux. Et où habitez-vous ?

Il devait admettre qu'il en apprenait tous les jours, depuis quelques semaines. Les lutins échangèrent des regards. Un sorcier qui ne connaissait pas les sources magiques ? Bizarre… Margaux avait tout de suite adoré le temple grâce à la source magique.

- C'est un lieu où la magie a décidé de s'incarner. Du coup, nos bois sont plus… comment dire… vivants, répondit le lutin au bonnet rouge.

- On habite dans le temple, au coeur de la forêt, juste à côté du Palais.

- C'est le Palais des bois, la source magique, je crois, précisa l'un d'eux.

- On a choisi de s'installer dans les bois d'ici parce que les plantes et les animaux nous font des farces ! Ils se vengent de nos blagues, dit un autre avec un immense sourire.

- Même si des fois, ce ne sont pas des blagues très drôles, murmura le plus petit.

- Oui, c'est vrai : la reine n'a pas apprécié son empoisonnement accidentel…

- Mais ce n'est pas grave parce que Margaux l'a guérie.

- D'ailleurs, il faut la remercier ! s'exclama soudain le lutin au bonnet rouge, en coupant tout le monde. Nous sommes venus pour faire la cuisine, alors au travail, ajouta-t-il avec un sérieux qui se communiqua à tous les autres.

Draco vit les lutins s'éparpiller soudain dans toute la cuisine, fouillant dans les placards et le tiroir de la table en bois pour sortir nourriture, plats et autres ustensiles. Certains sautèrent sur le plan de travail et d'autres leur montèrent, avec quelques difficulté, un poulet plumé dont la tête dodelinait doucement. Plusieurs d'entre eux s'attaquèrent ensuite à la préparation du poulet.

Draco avait été un peu sonné par l'avalanche de réponses qui suivait chacune de ses questions, mais il en avait encore plein. Il se ressaisit donc et s'approcha du plan de travail.

- Pourquoi pensez-vous que le Palais des bois est une source magique ? Et le temple dont vous parlez… C'est celui où va prier Margaux ?

- Nous ne pouvons pas vraiment te répondre pour l'instant : nous avons du travail et nous avons besoin de toute notre concentration. Comme tu peux le voir, préparer de la cuisine pour un humain est assez compliqué pour nous. Nous n'avons pas votre taille…

Draco était frustré. Il voulait vraiment ses réponses.

- Si je vous aide, dit-il, vous pouvez répondre à mes questions ?

Le lutin au bonnet rouge l'évalua quelques secondes et finit enfin par sourire.

- Oui. Tu n'as qu'à suivre mes directives et mes frères te répondront.

Draco attrapa un couteau, posa la main sur le poulet et frissonna. Beurk. La peau ressemblait bien trop à de la peau humaine, et elle bougeait sur les muscles. Mais il coupa le poulet en morceaux, exactement de la manière dont le lutin au bonnet rouge lui ordonnait.

- Alors, demanda-t-il, ce temple des bois où vous habitez, est-ce le même temple que celui où la vieille Sanchez va prier ?

- Oui. Elle vient toutes les semaines. Elle prie, elle fait des trucs magiques, elle discute avec la reine, et puis elle s'en va, raconta un des lutins.

- Mais elle cueille des plantes tout autour, d'abord, intervint un deuxième.

- C'est vrai, j'avais oublié, admit le premier. Elle dit que les plantes autour du temple et près de la frontière sont rares et utiles.

- La frontière ? demanda Draco.

Il vidait maintenant la carcasse du poulet. C'était laid, ça sentait mauvais, et il n'était pas capable de former une question correcte, trop concentré pour ne pas être malade.

- La frontière du Palais. Le Palais est vraiment au centre des bois. Et il y a une frontière entre la forêt qui est sur la terre du Palais et la nôtre. Enfin, c'est la même forêt en continu, mais il y a dedans une barrière qu'on ne voit pas mais qu'on ne peut pas franchir.

- Même si nous sommes au-delà des terres des fées, la magie du Palais affecte quand même notre forêt et la rend vivante. Et en plus, on le sent bien parce que le temple n'est pas très loin de la frontière.

- C'est donc le Palais qui affecte les bois ? C'est pour ça que vous dites qu'elle est une source magique ? demanda Draco en se lavant les mains.

Deux lutins emmenèrent les déchets ailleurs et quatre autres amenèrent des pommes de terre et des carottes pour que Draco les épluche. Ce qu'il fit. Avec quelques difficultés cependant. Les lutins daignèrent ensuite lui répondre.

- Oui. C'est à cause de la magie des fées. Je crois que le Palais a été construit par leur reine, il y a longtemps, avant qu'elles ne meurent toutes.

- Nous, on ne les a pas connues. On est arrivés plus tard.

- C'est la reine qui nous a raconté cette histoire.

Margaux Sanchez rentra chez elle à ce moment-là. En entendant les nombreuses voix aiguës de ces petits coquins de lutins, elle s'approcha de la cuisine à pas de loup. Elle ne voulait pas déranger. Et surtout, sa grande curiosité la poussait à vouloir surprendre ce qu'ils étaient en train de faire.

Comme aucune farce n'était en préparation, elle s'appuya simplement au chambranle de la porte pour observer la scène. Les lutins de la reine Lucia étaient en pleine discussion avec le jeune Draco. Et celui-ci était en train de faire la cuisine. Lui qui n'avait pas daigné répondre à son offre de cuisiner avec elle la dernière fois, il était maintenant en train d'éplucher des pommes de terre sous les directives de Rudolph… C'était amusant.

Personne ne faisait attention à elle, tous les lutins étant concentrés sur Draco, aussi écouta-t-elle la discussion qu'ils partageaient.

- Donc le Palais est bien lié aux fées, dit Draco.

- Oui. C'est pour ça que les bois du Palais sont à la fois dangereux et fascinants, intervint le lutin au bonnet rouge.

- Les fées sont dangereuses, surtout quand elles sont en colère, affirma un autre.

- Mais elles peuvent exaucer les souhaits. Il paraît que les bois peuvent exaucer nos souhaits profonds… dit le plus petit.

- Vraiment… murmura Draco en se figeant légèrement, les yeux dans le vague.

Il n'attendait pas de réponse, et les lutins ne s'y étaient pas trompés. Puis il se reprit, haussa les épaules et nettoya les pommes de terre et les carottes dans l'évier. Ensuite, il les coupa et les disposa dans un plat que les lutins avaient sorti.

Il ne fallait pas trop attendre d'une fée. Il savait que les souhaits exaucés par les fées pouvaient souvent se retourner contre le demandeur. Parce que les fées avaient un étrange mélange de douceur et de perversité, et qu'on ne pouvait jamais savoir comment le souhait avait été interprété. Il avait toujours considéré qu'il ne fallait pas s'approcher d'elles, alors ce n'était pas maintenant qu'il allait commencer…

Pendant ce temps, trois autres lutins s'étaient amusés à mettre le poulet dans une étrange boîte. « Un four », pour le cuire.

Draco savait ce qu'étaient des fours, et ce n'était pas ça. Les fours étaient d'immenses voutes de briques dans lesquelles on pouvait façonner des objets magiques. Et un poulet dans un four, ça ne cuisait pas : ça brûlait. Mais les lutins semblaient savoir ce qu'il fallait faire. Cette boîte avait apparemment été offerte à Margaux par Ethan, alors peut-être que cet objet moldu pouvait effectivement cuire un poulet. Quelle étrange idée, quand même, quand un sort bien placé pouvait cuire l'animal…

Il reprit finalement sa conversation.

- Et les gens n'essayent-ils pas d'aller dans les bois et de se faire exaucer un vœu ?

- Siiii ! s'exclamèrent-ils tous en chœur.

- Mais la frontière est infranchissable, s'amusa un lutin.

- Et les grilles ne s'ouvrent qu'une fois dans l'année.

- A la rentrée, supposa Draco en se dirigeant vers les cheminées avec une casserole alors que les lutins se chargeaient de la cuisson des légumes.

Margaux cessa de s'appuyer sur le chambranle et se cacha dans l'ombre pour continuer à observer celui qu'elle avait recueilli. Il pouvait changer, elle le savait. Et visiblement, il faisait chaque jour de grands pas en avant pour mûrir. Elle était attendrie, en bonne grand-mère qu'elle était.

Le lutin au bonnet rouge jeta une poudre verte dans le feu de la cheminée et une grande flamme bleue s'éleva dans les airs, jusqu'à atteindre la taille de Draco. Sous ses directives, celui-ci plaça la casserole sur le feu et commença une sauce pour accompagner le plat.

- C'est bien ça, finit par reprendre un lutin. Les grilles s'ouvrent à la rentrée. Si tu es digne d'entrer dans la forêt, alors elles te laissent passer.

- Sinon, la frontière reste infranchissable.

- Même s'il y en a qui tentent de la briser, ajouta un lutin amusé. Les autres souriaient de toutes leurs minuscules dents.

- Pourquoi ça vous amuse ? demanda Draco.

- Parce que c'est impossible !

- Nous, on a déjà fait tout le tour de la frontière, pour trouver un passage et aller jouer dans les bois du Palais.

- Mais on n'a pas pu.

- Par contre, on a eu des ennuis, s'exclama un autre en riant à moitié.

- La frontière s'est vengée en nous faisant des farces, expliqua un autre.

- Pepito s'est retrouvé trempé ! raconta un autre en montrant le plus petit.

- Mais ce n'était pas de l'eau ! termina le lutin au bonnet rouge avec un petit sourire sarcastique.

Le plus petit lutin bouda pendant que les autres riaient. Draco lui, suivit les quelques consignes du lutin rouge, qui souriait simplement, pour compléter la sauce. Il la goûta et fronça les sourcils. C'était bon, mais pas assez bon. Depuis le temps qu'il mangeait la cuisine de Sanchez, il avait pris l'habitude que tout soit bon.

Aussi se tourna-t-il vers les lutins. Il voulait essayer de travailler la sauce au goût, comme il avait vu la vieille Sanchez procéder. Il demanda quelque chose de sucré, puis quelque chose d'épicé, ajouta de l'eau à droite, du vin à gauche, un peu de jaune d'œuf… Les lutins lui ramenaient divers sacs, au fur et à mesure, et il piochait dedans ce qui lui semblait convenir. Bref, il testait, avec ses maigres connaissances, ce qu'était le plaisir de cuisiner.

A la fin, il fut plutôt satisfait de lui-même. Ce n'était pas à la hauteur de ce que cuisinait Margaux, mais c'était mieux que la sauce de départ.

De son côté, Margaux était de plus en plus amusée. Elle était sûre qu'il prenait exemple sur elle et elle était plutôt fière de lui. Il avait juste besoin de quelques coups de pouce à droite à gauche. Avait-il une nouvelle vision des choses et du monde de la magie ? Sans doute pas encore. Mais il faisait de grands progrès.

- Si on ne peut pas entrer, reprit Draco, qui serait assez fou pour essayer et se prendre des revers de bâton ?

- Les Deepest ! s'exclamèrent tous les lutins ensemble, en riant.

- Ils font des rituels étranges, tout près de la frontière.

- Je pense qu'ils veulent qu'on exauce leurs souhaits.

Les lutins étaient définitivement moqueurs en parlant et Draco leva les yeux au ciel. Si c'était vrai, les Deepest n'étaient pas très malins. Il ne fallait jamais croire les histoires de fées.

Margaux, quant à elle, s'inquiéta à nouveau. Elle savait que son invité changeait, et elle voulait lui montrer que le monde d'où il venait n'était pas un monde idéal, mais avait-elle bien fait de l'autoriser aussi vite à rencontrer les Deepest ? Il ne semblait pas fragile et il devait particulièrement bien connaître ce monde de requins hypocrites, mais ne risquait-il pas de se faire manipuler ?

Il avait accepté l'invitation sous son autorisation implicite. Et qui sait, il pouvait peut-être aider les Deepest à lever leur malédiction. Mais en même temps, elle éprouvait une légère crainte. Son influence, qu'elle voulait croire bénéfique, n'avait peut-être pas été assez forte, et elle ne voulait pas qu'il retombe dans ses anciens travers. Cependant… Il avait accepté et les Deepest attendaient sans doute sa visite fébrilement. Elle ne reviendrait donc pas en arrière.

De toute façon, elle savait que la curiosité de Draco envers les Deepest était au moins aussi grande que celle des Deepest envers lui. Parce qu'il était noble et qu'eux avaient toujours rêvé de noblesse. Il fallait donc qu'il se confronte à eux pour savoir si c'était dans ce monde là qu'il avait envie de retourner ou s'il préférait « rester avec elle », en quelque sorte.

La seule chose qu'elle avait pu faire pour le protéger de loin était de demander aux lutins, la veille, de le suivre discrètement. Ils étaient très doués pour être discrets. Car après tout, c'était le meilleur moyen de surprendre les personnes à qui ils voulaient jouer des farces…

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Mercredi 22 juillet, un peu avant midi

Draco traversa le terrain qui appartenait aux Deepest. Il faisait bien plus chaud et sec que ce qu'il avait d'abord imaginé. Il toussota, comme si cela pouvait soulager sa gorge en feu. Enfin, il frappa à la porte d'entrée pile à l'heure de son invitation.

Pétronille Deepest ouvrit la porte immédiatement et s'effaça pour le laisser entrer. Il retint un soupir de soulagement : il faisait bien meilleur à l'intérieur. Pétronille lui souhaita la bienvenue, dans les formes, excepté qu'elle ne connaissait pas son nom de famille. Il la salua en retour et lui tendit sa veste. Elle lui proposa de passer au salon, où son mari et son fils l'attendaient.

Draco avança un peu le long du couloir. La décoration était un peu trop présente, mais il ne pouvait nier que les objets de décoration étaient bien choisis. Il entra dans le salon que lui avait désigné Pétronille et vit effectivement les deux hommes Deepest qui l'attendaient.

Le père, qui se présenta comme Balthazar Deepest, lui serra la main de manière protocolaire, de ses doigts gras et boudinés. Draco retint une grimace ainsi que l'envie de s'essuyer les doigts. Puis il se dirigea vers Christobald, mais celui-ci l'attrapa par les épaules pour lui faire la bise.

- Draco ! Je suis content que tu sois venu. Comment vas-tu ?

- Euh… bien, fit celui-ci, un peu interloqué.

Pétronille, qui revenait à cet instant précis, sermonna son fils sèchement.

- Christobald ! Un peu de tenue s'il te plaît.

- Oui, mamannn… soupira ce dernier avec un air pas du tout désolé.

Draco voyait à l'air pincé de Pétronille qu'elle n'appréciait pas être appelée « maman » en public. Si elle voulait jouer les aristocrates, elle devait avoir eu vent de certains codes. Et l'un d'eux était de ne jamais montrer trop d'affection en public. Pour éviter de donner aux spectateurs des envies d'enlèvements et de demandes de rançon, par exemple.

Rester obscurs et froids pour les autres. Voilà un adage courant dans son monde. Que Draco appréciait assez peu dans son enfance, mais qui faisait désormais partie intégrante de sa personnalité.

Pétronille les invita à s'installer à table pour prendre un petit apéritif, dans la salle à manger. Visiblement, bien que grande, cette maison ne possédait pas de salle de réception. Il s'installa en haussant les épaules. Pétronille et Balthazar s'installèrent en face de lui – position classique pour discuter avec un invité - et Christobald à sa droite.

Elle servit un alcool de prunes d'origine française et Draco sourit. Ils voulaient sans doute contrer la cuisine de Margaux Sanchez dont tout le monde disait qu'elle était dans la tradition de la gastronomie française. Commença ensuite le ballet de questions habituelles en société.

Les Deepest furent impressionnés par le milieu d'où il venait et par sa position. Ils écoutaient avidement ce qui se passait dans ce monde auquel ils rêvaient encore d'appartenir, sans se rendre compte qu'en habitant à Fineborough, ils n'avaient aucune chance d'être considérés mieux que des paysans, même riches.

- Mais que venez-vous faire à Fineborough, alors ? demanda Pétronille avec un ton doucereux qui hérissa le poil de Draco.

- J'essaie de devenir médicomage. J'aimerai beaucoup être accepté au Palais…

- Notre fils a essayé également, mais il n'est jamais parvenu à entrer, souligna Balthazard avec un regard mesquin envers Chris.

Draco trouva la remarque déplacée. Son propre père n'était pas fier de lui et il lui reprochait souvent de ne pas être à la hauteur d'un héritier Malfoy, mais il ne se serait jamais permis de faire la remarque devant quelqu'un d'autre. Il l'avait senti tout de suite, mais ce repas était bien loin de l'ambiance qu'il avait expérimentée la semaine précédente, avec la vieille Sanchez et ses amis. Avant que Chris, rouge de colère, ne réplique en détériorant encore l'atmosphère, il tenta de détourner l'attention en posant à son tour des questions censées mettre en valeur ses hôtes.

- J'ai remarqué dans votre couloir et dans votre salon de nombreux objets de réelle valeur. Puis-je vous demander où vous les avez trouvés ?

Il avait adopté un ton extrêmement déférent, comme il savait le faire quand il avait en face de lui des gens aussi puissants que son père. Ce n'était pas le cas ici, mais il se doutait que les Deepest apprécieraient. D'ailleurs, l'homme fit un sourire satisfait en entendant le compliment. Il avait les dents de devant très proéminentes, en haut comme en bas. Draco songea immédiatement à un hippopotame.

- Nous sommes dans les affaires, dit Pétronille Deepest.

- En fait d'affaires, dit Chris avec un air assez insolent, nous sommes chasseurs de trésors.

Draco faillit en avaler son rôti de veau de travers. Voilà qui était original. Très intéressé soudain, en se souvenant de ce que les lutins avaient dit de leurs rituels et en recoupant avec les maléfices qui pesaient sur la maison, il décida de demander plus de détails. En voyant qu'il n'était pas dégoûté par leur « travail », les époux Deepest expliquèrent avec une foule de détails.

- Généralement, commença Pétronille, mon mari se sert de sa position de financier dans la région pour récolter des informations à propos des divers trésors qui existent encore à travers le monde. Après quelques recherches qui nous impliquent tous les trois, nous localisons le trésor, avec plus ou moins de précision, puis mon mari et mon fils s'y rendent.

- Nous profitons d'être deux sorciers assez bons en enchantements pour faire tomber les protections entourant chacun des trésors, continua Balthazard. Puis nous en revendons en partie les objets découverts et gardons une autre partie pour décorer la maison.

- Avez-vous rencontré beaucoup d'autres chasseurs de trésors au cours de vos voyages ? demanda Draco.

- Non, très peu, dit Pétronille avec un petit air gêné.

Il y avait là un léger mensonge, constata Draco lorsqu'il vit le regard expressif de Chris qui regardait sa mère. Il n'aurait pas su dire quelles émotions l'assaillaient, mais elles étaient assez forte pour faire briller les paillettes dans ses yeux… Balthazard, qui n'avait rien perdu de ce qui se passait et qui comprenait visiblement mieux que lui la signification de ce regard, voulut remettre son fils à sa place.

- La plupart du temps, nous n'avons pas d'ennuis. Quand nous en avons un, je donne une chance à mon fils de s'en charger.

La voix était dure et sans la moindre reconnaissance, et Chris regarda cette fois son père avec ressentiment. Cela n'était pas difficile à interpréter pour Draco, cette fois. C'était le même regard qu'il lançait à ses parents, plus jeune. C'était l'émotion qu'il avait eu le plus de mal à maîtriser, pour apparaître enfin insensible aux yeux des autres.

- Mais malheureusement, continua Balthazard, il arrive régulièrement qu'il ne soit pas à la hauteur. Et nous nous retrouvons alors avec quelque nouveau maléfice sur la maison ou sur notre famille…

Draco hocha doucement la tête en comprenant que le maléfice de sécheresse posé sur la maison, et en particulier sur le jardin, devait venir d'une petite erreur de Chris pour une raison ou pour une autre.

- Quel est le dernier trésor que vous avez trouvé et qui a provoqué le sortilège de sécheresse qui pèse sur vos terres ? demanda Draco.

- Si cela avait été causé par la découverte d'un trésor, ça m'ennuierait beaucoup moins, dit Balthazard avec un air rageur malgré la maîtrise de sa voix. Mais c'est pire. Le maléfice vient du fait que mon fils a été incapable de faire tomber une protection et nous sommes toujours bredouilles depuis ce moment-là…

- Je crois que je t'ai déjà un peu parlé du Palais ? demanda Chris d'une voix étonnamment douce en se tournant vers son voisin pour lui expliquer la situation.

Draco acquiesça.

- Je t'ai dit que la forêt des fées était dangereuse. La frontière du Palais l'est bien plus, affirma Chris. Et je ne suis parvenu ni à faire tomber la frontière, ni à passer les grilles d'admission, l'année dernière…

Draco ignora le reniflement de dédain de Balthazard et se concentra sur Christobald.

- Quel genre de trésor cherchez-vous là-bas ?

- Nous sommes désolé, coupa Pétronille poliment, mais nous ne pouvons pas vous révéler ce que nous avons mis de longs mois à découvrir…

- Je peux comprendre, répondit Draco poliment également. Puis-je au moins savoir quel sort vous avez utilisé pour tenter de faire tomber une barrière qui, si j'en crois la rumeur, tient depuis plusieurs dizaines d'années ?

- Un sort de combustion spontanée, censé se nourrir de la magie interne à la barrière, répondit Chris avant que qui que ce soit ne proteste.

- C'est plutôt bien imaginé, reconnut Draco, même si ça n'a pas fonctionné. Et en l'occurrence, cela explique pourquoi le maléfice qui s'est retourné contre vous a provoqué un sortilège de sécheresse, dit-il pensivement.

- Ce qui prouve que mon sortilège a fonctionné et que la barrière s'est sentie menacée, acquiesça Chris avant de se remettre à manger en silence.

Il avait un air provocateur peint sur le visage, destiné à ses parents. Un air qui ne le quitta plus jusqu'à la fin du repas. Visiblement, il leur en voulait de le faire passer pour un incapable.

Draco détourna l'attention de ce sujet et la discussion dériva sur des thèmes beaucoup plus consensuels. La conversation en soi n'était pas spécialement intéressante, mais Draco était obligé de se concentrer à cause des visibles tentatives de Chris de le draguer, sous la table. Il ne dit rien immédiatement, pour éviter de raviver le conflit latent qui opposait Chris et ses parents, mais il allait mettre les choses au clair à la fin du repas.

Régulièrement, il dut repousser son genou qui dérivait ou ses mains désagréablement baladeuses.

Enfin, le repas prit fin. Après les politesses d'usage sur le repas et l'accueil, Draco se leva. Pétronille allait le raccompagner à la porte quand Chris lui proposa de lui montrer sa collection de trésors personnels. Pétronille eut un air légèrement calculateur que Draco ne perçut pas et il accepta la proposition. Etre loin des oreilles adultes serait d'autant mieux pour lui permettre de remettre Chris à sa place sans avoir besoin de se restreindre.

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Dés que Chris eut refermé la porte de sa chambre derrière lui et placé un sort d'intimité, il reçut une droite plutôt bien placée. Il se pencha en avant, mi-gémissant, mi-gloussant, en pressant sa joue et son nez douloureux. Puis il leva les yeux vers Draco. Le sorcier blond avait les bras croisés et un regard brillant de colère. Il pouvait être relativement impressionnant, mais Christobald en avait vu bien d'autres.

- D'accord, dit-il, je suis désolé. Mais faire enrager ma mère fut plus que plaisant.

- Enrager ta mère ? répéta Draco, incertain.

- Elle n'a pas perdu une miette de mon comportement. Et même si elle a toujours détesté mon penchant, elle ne pouvait me faire aucune remarque, pour une fois. Tu es un invité de marque et elle ne voulait pas faire mauvaise impression. Sinon, je suis désolé pour t'avoir mis en colère en même temps.

Draco renifla et Chris se lança un sort de soin efficace avant de replacer son nez dans un crack sonore.

- J'ai l'habitude, expliqua brièvement Chris en réponse aux sourcils haussés de Draco. Est-ce qu'au moins, en échange de ce coup de poing, je peux connaître le nom de l'heureux élu ?

- Quel heureux élu ? demanda Draco en fronçant les sourcils.

- Celui à qui tu penses et pour qui tu ne cesses de me repousser, répondit Christobald sur un ton d'évidence, en allant s'asseoir sur son lit.

- Si tu sous-entends que je suis homosexuel, dit Draco d'une mine renfrognée et d'une voix grondante, tu as tout faux et tu mérites amplement un nouveau coup.

- Holà ! Ça va ! Je ne sous-entends rien du tout. J'étais seulement persuadé que tu étais du même bord que moi.

Draco toisa Chris, qui lui faisait signe de s'installer à côté de lui, et consentit finalement à s'asseoir à son tour sur le lit.

- Je suis homosexuel, mais je me doute que dans ton milieu, ça ne doit pas être très courant… Ma mère a failli avoir une crise de nerfs le jour où je lui ai annoncé. Tu comprends, elle a peur que sa famille ne soit jamais introduite dans le monde dont elle rêve à cause de ma tare

C'était rare, mais Draco constata que Chris parlait sincèrement. Cette fois, pas de jeu d'acteur pour appuyer ses propos. Il avait l'air particulièrement amer.

- Mes parents ne sont jamais fiers. Pourtant, reprit-il d'un ton passionné, je serai capable de faire tout et n'importe quoi pour les satisfaire…

Draco se tourna vers Christobald avec dans le regard une légère fragilité qu'il ne parvint pas à maîtriser. Il comprenait mieux que quiconque ce besoin de reconnaissance, le fait d'être prêt à accepter n'importe quelle demande de la part de ses parents, juste pour récolter un peu de fierté de leur part. Tout plutôt que l'indifférence parfois légèrement teintée de déception. Ses propres parents tenaient à lui, ils l'aimaient même, comme Draco se le répétait souvent, mais simplement pas de la manière dont des parents sont censés aimer leur unique enfant.

- Voudrais-tu lever le sortilège qui pèse sur ta maison ? demanda Draco d'une voix hésitante. J'ai peut-être une idée…

Même si aider autrui n'était définitivement pas dans sa nature, il faisait cette proposition très sincèrement. Il espérait de tout cœur que les parents de Chris lui soient reconnaissants, car il avait envie de croire que ses propres parents pouvaient évoluer de la même manière.

- De quoi as-tu besoin ? demanda Chris.

- De calme.

- Si tu veux, demain, mes parents partent en visites toute la journée. Il n'y aura pas meilleur moyen pour être au calme.

- Bonne idée. Comme ça, tu pourras aussi leur faire la surprise d'un beau jardin quand ils rentreront, dit Draco tout bas.

Chris le regarda attentivement et sourit.

- Quel dommage que tu ne sois pas de mon bord, souffla-t-il en se penchant légèrement vers Draco. Es-tu sûr que je ne peux pas te faire changer d'avis ?

Draco secoua négativement la tête, frissonnant malgré lui sous le regard sombre et pailleté.

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Draco rentra chez la vieille Sanchez en songeant à quel point il s'était ennuyé au repas. Il avait définitivement préféré la conversation ouverte des amis de Margaux.

En traversant le jardin de Sanchez, Draco reconnut au loin sa chouette qui volait vers lui avec une lettre entre les pattes. Sa mère avait mis du temps à répondre, mais il était heureux : il allait pouvoir avoir quelques nouvelles de chez lui. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir nostalgique de l'Angleterre. Il s'arrêta pour qu'elle puisse le rejoindre. La chouette se posa sur une branche basse et Draco s'approcha pour récupérer la lettre. Il déplia le parchemin qui n'était pas cacheté, et parcourut les quelques mots.

« Cher fils.

Je suis heureuse d'avoir de tes nouvelles et de savoir que tu t'acclimates très bien à ce nouveau pays. Ton père te salue également. Porte-toi bien et écris-nous souvent.

Affectueusement,

Narcissa Malfoy. »

Draco froissa le parchemin dans ses mains tremblantes, et il resta silencieux.

Pourquoi ce picotement dans ses yeux ? Pourquoi ce sentiment de déception ? Il aurait dû s'y attendre. Pourquoi avait-il espéré leur manquer ? Pourquoi avait-il espéré pouvoir lire entre les lignes une affection réelle ? Ils n'avaient même pas pris le temps d'écrire cette lettre et de lui donner de vraies nouvelles. Ils n'avaient pas non plus pris le temps de fermer correctement leur missive, tant ils devaient accorder peu d'importance à son contenu.

Il crispa les poings et jeta le parchemin maintenant roulé en boule. Il avait envie, vraiment envie, de frapper quelque chose pour soulager sa déception, pour se soulager de cette amertume qui lui étreignait la poitrine. Il voyait trouble et avait envie de hurler.

Il était seul.

Et même pour quelqu'un d'aussi faible que lui, magiquement parlant, l'émotion était telle que plusieurs vagues de magie menacèrent le jardin et la maison de Margaux Sanchez.

Cette dernière sortit pour essayer de comprendre ce qui faisait trembler sa maison. Avec son esprit particulièrement doué pour analyser une scène dans l'urgence, elle vit le parchemin roulé en boule et alla le ramasser. Un coup d'œil sévère lui fit comprendre que le garçon devait être frustré car le mot ne reflétait qu'un doux désintérêt. Sans hésiter, elle s'avança vers le garçon agité qui ne l'avait pas vu et le serra contre elle. La magie instinctive qu'il dégageait dans sa colère ne lui faisait pas plus peur que ça.

Draco se raidit et voulut envoyer bouler la vieille Sanchez, mais elle le maintint très fort contre elle. Et il n'avait pas réellement envie de lui faire de mal. Il voulait seulement que quelqu'un se soucie de lui. Alors il abandonna et, aussi rarement qu'il se le permette, il se laissa aller aux larmes en profitant de cette étreinte qui ressemblait à celles de sa mère, il y a bien longtemps.

Bien plus tard, dans la cuisine et devant un bol de lait au chocolat chaud, Draco reprenait du poil de la bête en écoutant les histoires de la vieille Sanchez. Elles n'avaient ni queue ni tête, mais Draco sentait que Sanchez faisait ça pour lui. Il se laissait envahir par un sentiment de chaleur et ça lui faisait du bien.

Elle s'arrêta soudain, un peu plus sérieuse.

- Est-ce que tu vas mieux ?

- Ce n'est pas merveilleux, avoua-t-il, mais oui, ça va mieux.

- Je vais te dire une bonne chose : ne te fie jamais aux apparences !

- Vous me l'avez déjà dit.

- Oui, mais tu ne m'as pas écouté. Je t'ai dit qu'une jolie chose pouvait faire beaucoup de mal, mais l'inverse est vrai également.

- Quoi, le mal peut faire beaucoup de jolies choses ? fit-il, sarcastique.

Margaux secoua la tête. L'humour de son protégé n'avait rien de tendre.

- Non, je veux dire que la lettre que tes parents t'ont envoyée n'est peut-être pas ce qu'elle semble être.

- Comment ça ? demanda Draco, sur la défensive.

- Ils essaient peut-être de te protéger ? Ou autre chose. Tu ne peux pas savoir pourquoi leur lettre était si courte, tu n'étais pas dans leur tête.

- Non, mais j'ai vécu avec eux toute ma vie, répondit-il avec amertume.

- Ecoute bien ce que je vais te dire. Toi tu as l'air d'un ange, mais je sais parfaitement que tu n'en es pas un. Moi, j'ai l'air d'être vieille et faible, mais je suis puissante et je possède de nombreuses connaissances capables de donner des cauchemars à tout autre que moi. Pour d'autres, j'ai l'air d'être folle et dangereuse, mais je passe beaucoup de mon temps à guérir les autres… C'est pareil pour tout. Rien, et j'insiste là-dessus, rien n'est totalement ce qu'il y paraît.

Draco, plein de ressentiment envers ses parents indignes, ne voulait pas croire à autre chose que ce qu'il avait lu : ils n'avaient rien à faire de leur héritier. Il songea à un moyen de démontrer à Sanchez qu'elle rêvait. Et s'il y avait une chose qu'il avait comprise, c'est qu'elle n'aimait pas les Deepest.

- Alors, dit-il, Christobald a l'air dangereux, mais c'est un agneau.

Elle lui lança un regard mi-amusé, mi-fâché.

- Pour les Deepest, c'est différent. Des loulous comme ça ne sont jamais intéressants à fréquenter.

Draco ne répondit pas. Quoi qu'en pense Sanchez, il continuerait à voir Chris. Il lui ressemblait bien trop pour qu'il le laisse tomber. Draco avait eu sa réponse : ses parents n'allaient probablement plus évoluer. Il pouvait peut-être faire quelque chose au moins pour Chris, pour qu'il n'ait pas à se retrouver dans la même situation que lui.

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Jeudi 23 juillet, après-midi

L'air était étouffant, dans le jardin des Deepest. Draco suait à grosses gouttes malgré un sort de brise permanente censé le rafraichir un peu. Chris avait abandonné son sort et retiré ses vêtements. En temps normal, ses parents n'auraient jamais accepté. Mais actuellement, ils n'étaient pas là et Christobald appréciait pouvoir se lâcher un peu.

Pour effectuer un contre sort, les deux jeunes hommes allaient injecter un sort de glaciation dans les barrières légères délimitant la propriété Deepest. Le sortilège de sécheresse allait ainsi passer son temps à combattre son opposé et la température redeviendrait équilibrée.

Actuellement, ils travaillaient à deux : Chris en traçant des petits rectangles de terre nue dans l'herbe brûlée, tout autour du domaine, et Draco en reliant ces rectangles entre eux par de fines bandes de sable. Les rectangles seraient les récipients du froid et le sable du chaud. En plus de rétablir l'équilibre de la température, cette solution permettrait au domaine d'intégrer une deuxième frontière naturellement solide.

Pendant qu'ils s'affairaient, Chris ne cessait de faire des plaisanteries vaseuses et Draco se laissait aller à cette ambiance bon enfant.

- Draco, dit-il en se tournant vers lui, tu peux augmenter un peu la largeur des bandes de sable, je pense. Le sortilège du Palais est assez fort, donc il faut pouvoir contenir correctement la chaleur.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Plus petites, elles seront plus flexibles et plus endurantes.

Il y eut un instant de silence avant que Chris ne se mette à sourire comme un dément.

- Est-ce que c'est vraiment ce que tu penses ? demanda-t-il d'une voix grave et particulièrement chaleureuse.

- De… De quoi ? bredouilla Draco, perturbé par la lueur qui faisait ressortir les paillettes de ses yeux encore plus que d'habitude.

Chris, qui était accroupi pour tracer les rectangles, se releva et s'approcha de Draco lentement. Il n'était absolument pas menaçant, mais il dégageait quand même une aura brute et très… masculine. C'était le seul mot qui venait à l'esprit de Draco tant celui-ci se demandait ce qui était en train de se passer. Christobald se pencha vers lui et lui souffla quelques mots d'une manière un peu sur-jouée, certes, mais indubitablement séduisante.

- Je peux t'assurer que même grandes, elles sont flexibles, endurantes et gèrent particulièrement bien la chaleur et tous les moments torrides…

Draco sentit son cœur accélérer, eut un étrange coup de chaud et il sut avec certitude qu'il était rouge comme une tomate. C'était la surprise et la gêne, ça ne pouvait être que ça, songea-t-il au même instant. Il repoussa Chris.

- Tu es trop près.

Simplement, sa voix n'avait rien d'aussi insensible que d'habitude. Elle était aiguë et tremblante. Il se racla la gorge et reprit la parole.

- La prochaine fois que tu t'approches aussi près de mon visage, je t'assure que le tien portera la marque de mon poing une nouvelle fois.

Chris se contenta de rire et s'accroupit à nouveau pour continuer son travail. Seulement, l'ambiance avait changé. Le sorcier percé sourirait d'un air supérieur et passait son temps à le draguer et le frôler.

Au bout d'une heure, Draco était à bout de nerfs. Il devait reconnaître à contrecœur que les attentions de son voisin avaient quelque chose de plaisant et de frustrant à la fois. Il ne savait plus comment réagir. Comme ils venaient juste de terminer, Chris se leva et enlaça spontanément Draco.

- On fait du bon travail, tous les deux, non ?

Draco le repoussa violemment et lui cria dessus en perdant le contrôle de ses nerfs.

- Je t'ai déjà dit que je n'étais pas de ce genre !

- Tu en es sûr ? demanda calmement Chris.

Interloqué, Draco baissa d'un ton.

- Bien sûr ! Pourquoi je ne le serais pas ?

- Un homme qui n'aimerait absolument que les femmes m'aurait envoyé boulé il y a déjà presque trois quarts d'heure de cela. Soit il était tolérant et m'aurait simplement mis en garde qu'il refusait tout contact et tout sous-entendu… Soit il était intolérant et m'aurait démoli.

- Je t'ai frappé ! se défendit Draco.

- Dans ton cas, ça ressemble plus à un geste de colère parce que tu ne sais pas comment gérer tes émotions.

- Tu n'es pas dans ma tête ! Tu n'as aucune idée de ce à quoi je peux penser ! se remit à crier Draco, visiblement sous le coup de la colère, en corroborant malgré lui ce que venait d'affirmer son vis-à-vis.

- Alors éclaire ma Luminette*, proposa Chris toujours aussi calmement.

Cette fois, Draco se calma net. Même s'il disait des choses particulièrement désagréables, Christobald ne semblait pas vouloir l'agresser. Et ses questions étaient gênantes, mais justement, elles méritaient peut-être qu'il s'y attarde quelques secondes.

- A quel propos ? demanda-t-il.

- Dis-moi ce que tu penses, ce que tu ressens, quand je te frôle ou quand je tente – maladroitement, on est bien d'accord – de te séduire.

- Je… Je ne sais pas exactement. De la gêne, beaucoup. Mais… peut-être…

« Peut-être que c'est un peu agréable, parfois, » pensa-t-il sans le dire.

- Je suis un peu perdu, avoua finalement Draco. Mais je ne suis pas homosexuel ! souligna-t-il avec conviction.

- Comment le sais-tu ?

- Je le sais, c'est tout, fit Draco d'un air buté qui lui donnait l'air d'un petit garçon plutôt que celui d'un adulte réfléchi.

Il ne put s'empêcher, à cet instant, de se souvenir du troublant phénomène qui l'avait submergé, ce jour où il avait tenté de soigner son parrain avec le rituel d'Igor. Il avait ressenti cette fois-là un bien être indescriptible, en se laissant porter par sa magie qui avait créé pour lui une image d'homme. Il s'était retrouvé en situation délicate nécessitant une douche froide, quand il s'était enfui dans la salle de bain… Est-ce que cela voulait dire qu'il… pourrait être d'un autre bord ?

- Comment le sais-tu, insista Chris, si tu n'as jamais essayé ?

Un air de défi se peint sur le visage du sorcier blond et Chris sourit. Il avait appâté le Strangulot, il n'avait plus qu'à lui proposer un petit essai.

- Montre-moi !

- Avec joie, répondit Chris légèrement moqueur.

Il s'approcha et se pencha vers Draco. Sauf que cette fois, il continua sa route jusqu'à rencontrer les lèvres du sorcier. Le blond ne réagissait pas, analysant plutôt son ressenti. Cela ne lui faisait rien de plus qu'avec une fille. Peut-être moins, même… Pour en être définitivement sûr, Draco prit l'initiative d'aller à la rencontre de la langue de Chris. Et celui-ci répondit avec enthousiasme.

En fait… C'était sans aucun doute vraiment agréable. Il y avait quelque chose de dominateur chez Chris qui le faisait frémir sans son accord. Il reprit le dessus et dut bien avouer que, si ce n'était pas là le meilleur baiser de sa vie, il faisait définitivement partie de ses meilleures expériences. C'était un baiser plus brut, moins humide et définitivement moins ennuyeux que d'autres.

Quand ils se séparèrent, Draco avait les joues légèrement rosées et il était encore plus perdu que tout à l'heure. Etait-il anormal ? Il trembla légèrement en songeant à quel point ses parents seraient encore plus déçus de lui si c'était le cas. Mais il se maîtrisa rapidement : ses parents faisaient peu de cas de lui. Il pouvait bien passer outre leur approbation pour une fois.

Christobald le regardait débattre intérieurement avec un regard amusé. Il savait très exactement quels doutes, quelles questions étaient en train de l'assaillir. Et le meilleur moyen de lui donner envie de continuer ses découvertes était de le laisser en paix.

Ne sachant plus comment agir, Draco laissa toutes ses interrogations de côté et termina avec Chris le contre-sort qui devait rendre son apparence normale à la maison. Ils eurent besoin d'une quantité magique non négligeable pour lancer les nombreux sorts dans les nombreux rectangles : c'est Chris qui lançait les sorts, mais Draco le laissait piocher dans ses propres réserves. Et une fois la barrière de glace bouclée, le sort se mit en marche tout seul. Comme prévu, les deux forces s'équilibrèrent et la température redevint enfin normale.

C'est à ce moment-là que Chris repartit à l'attaque.

- Je te propose d'explorer un peu une relation avec moi. Un baiser n'est peut-être pas assez pour te convaincre, mais ta réaction plutôt positive me laisse toujours penser que tu as le même penchant que moi…

- Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée, refusa Draco.

- Tu es sûr ? Je ne te demande rien… Je peux te montrer quels baisers et quelles caresses pourraient te faire monter au ciel… Tu m'arrêtes quand tu veux, tu es maître de la situation.

Draco ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine curiosité pour ce que Chris pouvait lui montrer. Ce n'était sans doute pas correct, mais il voulait au moins pouvoir affirmer sans doute « je ne suis pas un inverti » à quiconque lui demanderait.

- Il y a la grande fête de Fineborough, ce week-end, reprit Chris. Nous pourrions nous y retrouver ? Je connais la ville par cœur et pourrais te montrer quelques coins sympathiques…

Chris voyait Draco hésiter encore. Alors une fois de plus, il s'approcha de lui et l'embrassa. Cette fois, il serra le jeune homme contre lui et le baiser fut bien plus animal que doux. Et Draco aima. Parce que pour une fois, quelqu'un s'intéressait à lui. Parce qu'il n'était plus l'héritier d'une grande fortune, la manne financière ou le futur esclave, il était un simple sorcier. Sans fond, sans réputation. Et on avait envie de le connaître.

- D'accord, capitula-t-il finalement après quelques minutes. On se retrouvera là-bas.

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Samedi 25 juillet, début de soirée

Ce soir-là avait lieu la grande fête de Fineborough. La fête rassemblait sorciers et moldus pour rappeler que c'est grâce à leur collaboration que les colons irlandais avaient survécu. Elle commémorait leur arrivée à Fineborough et servait également de fête annuelle pour chasser le mauvais œil de la ville.

Le jour commençait à tomber. Sanchez portait devant elle une caisse de bouteilles d'alcool d'Agave, préparées par ses soins. Draco avait pris goût à cet alcool sucré qui soûlait aussi sûrement que du Whisky-pur-Feu. La première chose qu'il fit en arrivant sur la place fut de chercher Ethan des yeux. Il le trouva en compagnie de sa femme, qu'il n'avait pas encore rencontrée.

- Bonsoir Draco, bienvenue à la fête. Je te présente Annette, ma femme. Annette, je te présente Draco, le protégé de Margaux dont je t'avais déjà parlé.

Draco salua poliment la jeune femme au ventre bien rond.

- Elle a tenu à venir voir le feu malgré mes conseils de rester couchée, expliqua Ethan après que Draco les ait félicités.

- Le bébé est pour très bientôt, affirma Annette en souriant joyeusement.

- Tous mes vœux de bonheur. Ethan, est-ce que je pourrais te parler d'un sujet délicat en privé ?

- Bien sûr, confirma le jeune homme en emboitant le pas du sorcier. Je t'écoute, fit-il quand ils furent assez éloignés de la foule.

- Comment les gens réagissent quand ils croisent un homosexuel, dans ton monde ? Est-ce qu'il est considéré comme un… anormal ?

- Anormal ? Mon Dieu, ce que je hais ce mot… Eh bien, ça dépend des gens, comme partout. Il est des gens qui sont ouverts et qui tolèrent les gays sans soucis, il y en a d'autres qui ont plus de mal et d'autres qui ne supportent absolument pas. Ce sont des homophobes ou des fanatiques qui ont une idée précise du monde tel qu'il devrait être alors qu'ils n'appliquent eux-mêmes que rarement les préceptes qu'ils prônent.

- Ce n'est pas une réponse très pratique pour moi, marmonna Draco.

- Es-tu homosexuel ?

- Non. Enfin, je ne crois pas.

- Mmmm… fit Ethan en observant le jeune homme. Pour te répondre plus précisément sur nos réactions au phénomène… Il y a des pays, par exemple en Europe, ou il est possible de se marier, d'autres où l'on peut s'afficher sans crainte… Les mentalités ont évolué là-dessus depuis l'époque de mes parents. Mais il reste de toute façon des pays où c'est interdit, tabou.

- Comment ça se passe à Fineborough ?

- Ici ? Aucun souci. Voilà des années que Christobald Deepest s'affiche clairement avec ses différents petits-amis, et personne ne lui en a jamais tenu rigueur, à ma connaissance.

- D'accord, merci, souffla Draco avec un sourire de soulagement qui adoucissait ses traits auparavant durs et inquiets.

Christobald, plus loin, vit ce sourire de lui et gronda pour lui-même. Pas question de se faire rafler la mise par un autre au dernier moment, après tous ses efforts pour faire admettre à Draco qu'il avait des penchants homos. Il se rapprocha et passa un bras possessif autour des épaules du sorcier blond.

- Salut Draco ! Alors tu es venu ? Ça te dirait que je te fasse faire le tour, comme promis ?

Draco accepta et salua Ethan de la main avant de s'éloigner avec Chris. Ethan, lui, avait un sourire en coin. Il n'était pas dupe du tout du manège de Christobald Deepest et constatait qu'il rendait jaloux un môme de vingt ans à peine… Il secoua la tête et rejoint sa femme qui l'attendait. Draco était tout à fait capable de se débrouiller seul.

Chris attrapa deux coupes d'alcool d'Agave avant que le stock ne soit épuisé et fit faire le tour des rues annexes à Draco. Ce dernier connaissait la ville de jour, mais il devait avouer qu'elle avait un air très différent la nuit. Le jeune homme percé lui montra les divers jeux et les aménagements de la ville pour accueillir tout le monde cette nuit et offrir un minimum de confort.

Après plus d'une demi-heure de marche, et deux verres supplémentaires, Chris emmena Draco dans une ruelle annexe très peu fréquentée.

- Que dirais-tu de passer aux choses un peu plus sérieuses ? proposa-t-il à Draco en prenant cette voix séduisante qui lui plaisait assez.

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Le cœur battant, inquiet devant les nouveautés qu'il allait expérimenter, Draco se laissa appuyer contre un mur. Les briques chauffées par le soleil toute la journée dégageaient une chaleur confortable et rassurante. Chris plaça une main de part et d'autre du sorcier blond et se pencha vers lui. Maintenant qu'il avait un sorcier consentant et toute une soirée tranquille devant lui, il comptait bien prendre son temps. Il embrassa le jeune homme un peu partout sur le visage.

- Tu me prends pour une fille ? demanda Draco, impatient de voir si les baisers de Chris allaient provoquer les mêmes sensations de la fois d'avant.

Chris gloussa et secoua doucement la tête.

- Si tu étais une fille, je me serais déjà enfui en courant. Laisse-toi faire : les baisers peuvent être très agréables tu sais ?

Draco lui lança un regard dubitatif. Les baisers servaient à satisfaire les filles avant de se satisfaire soi-même. C'était ainsi chez ses amis de dortoir. Lui-même n'avait daigné embrasser que quelques filles. Ce qu'il préférait, c'était les voir succomber et soupirer après lui. Mais il se tut et laissa Chris agir.

Celui-ci s'attarda dans son cou et son souffle lui envoya des frissons le long de la colonne vertébrale. Il ferma les yeux et renversa légèrement la tête en arrière, pour offrir à Chris une meilleure prise. Il se demanda un instant si une fille pouvait lui faire le même effet mais oublia ses questions quand le jeune homme aux cheveux sombres s'attarda sur l'une de ses oreilles. Après quelques secondes de ce traitement, et totalement malgré lui, il avança légèrement le bassin. Un mouvement incontrôlé qui lui fit prendre conscience qu'il était légèrement excité.

Il était un peu gêné d'être dehors, où n'importe qui pouvait les surprendre, mais en même temps… C'était plutôt agréable… L'air frais lui permettait de mieux respirer. Il n'avait pas l'habitude de sentir son coeur cogner aussi fort dans sa poitrine.

Il faillit pousser un glapissement quand Chris posa sa main sur son entrejambe. Il avait été surpris. Chris appuya un peu tout en effectuant de légers mouvements en suivant la courbe, et il s'acharna sur l'oreille. Draco oublia un peu le caractère étrange de toute cette scène en songeant que c'était bien plus agréable ainsi que quand il était tout seul…

Après quelques minutes de ce traitement, il haletait et venait lui-même à la rencontre de la main de Chris. Celui-ci avait une furieuse envie de sourire triomphalement, mais il appréciait surtout l'abandon du blond. Certes, l'alcool de la vieille Sanchez devait aider à cela, mais il n'avait pas l'intention de s'en plaindre.

Il cessa ses caresses et attrapa les hanches du blond pour le coller à lui. Draco reprit conscience du fait que c'était un homme devant lui. Il pouvait le sentir. Ce n'était pas désagréable, mais c'était tout de même un peu gênant. Un peu beaucoup. Il se demanda un instant ce qu'il faisait là. Il allait protester mais laissa tomber quand Chris saisit ses lèvres pour l'embrasser de cette manière entraînée qui lui plaisait beaucoup.

Quand il s'arrêta, Draco prit conscience qu'il s'était frotté consciencieusement à l'autre garçon… Définitivement, partager ce moment avec quelqu'un était très agréable…

Chris glissa une main dans le pantalon de Draco en le regardant dans les yeux. Le sorcier blond apprécia moins cette intimité et ferma les siens. Sentir une autre main que la sienne sur cette partie de son anatomie était pour le moins déroutant. Bien sûr, il l'avait déjà fantasmé. Mais le vivre était très différent. Il soupira avant d'agripper fermement les épaules de Chris et de se mouvoir lui-même.

Chris voyait Draco boire la coupe de la curiosité jusqu'à la lie… Et sa manière de prendre les choses en main tout en n'ayant aucun contrôle… C'était définitivement ce genre de mec qu'il voulait avoir. Heureusement que pour une de ces très rares fois, sa mère était d'accord avec lui… Il sourit avec satisfaction quand il sentit le jeune homme se raidir en exhalant un léger gémissement plutôt bien contrôlé. Il l'avait appâté et ferré. Il n'avait plus qu'à attendre qu'il lui coure après.

Il lui jeta un sort de nettoyage et l'embrassa fort avant de le laisser en lui murmurant qu'il devait y aller mais qu'il espérait le revoir bientôt.

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Draco sortit de la ruelle un peu hagard, après s'être remis longuement de ses émotions et avoir fait son introspection. Il se dirigea vers le grand feu de joie qui brûlait maintenant au milieu de la place. Il repéra Ethan et alla s'asseoir à côté de lui. Il lui piqua ensuite son verre d'alcool et l'avala d'un trait.

- Ethan, souffla-t-il d'une voix basse en regardant le feu. Je crois…

Il piqua la bouteille qui était innocemment posée à côté du jeune homme et en avala une grande goulée.

- Je crois que je suis différent… dit-il en redressant comiquement le dos.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda celui-ci, amusé par le ton très solennel.

- Je crois que je suis homosexuel, souffla Draco encore plus bas.


* La Luminette est l'équivalent sorcier de la lanterne.