Chapitre 6 : Nouveaux départs

Partie 1 : Conséquences de l'attentat

Vendredi 28 août, fin de l'après midi

Harry gémit. Il savait, d'après l'odeur et d'après sa peau qui picotait, qu'il se trouvait à l'infirmerie de Poudlard. Il papillonna des yeux, faisant glisser quelques larmes d'éblouissement sur ses joues. Il se passa ensuite la langue sur les lèvres mais cela ne changea pas grand-chose à son sentiment de sécheresse.

Il se souvint des événements qui avaient dû le conduire ici. Il avait assisté à l'inauguration d'un complexe commercial à Pré-au-Lard. Mais des Mangemorts avaient attaqué la population et incendié le bâtiment. Et il avait aidé Malinovski à sauver une camarade Gryffondor coincée dans les flammes… Bientôt, sa vue se stabilisa et il s'aperçut qu'on s'affairait autour de lui.

Il tourna les yeux vers Igor Malinovski qui prenait soin de lui et lui fit un faible sourire. Le médicomage l'aida à se redresser et il accepta avec plaisir le verre d'eau qu'il lui tendit. En s'humidifiant les lèvres doucement, il écouta l'homme marmonner. Il voulait savoir pourquoi il se sentait tiraillé de partout, mais il ne comprit pas les mots russes.

Au bout de quelques instants, Igor s'adressa réellement à lui.

- Merci de m'avoir aidé à sauver la jeune fille, jeune homme. Cela en fera au moins une.

- Comment ça « une » ? demanda-t-il d'une voix rauque, en se figeant.

- Avoir arrêté les jeunes terroristes n'a pas arrêté les flammes et les explosions. Une partie du bâtiment s'est écrasé sur les maisons avoisinantes, expliqua Malinovski. Il y a eu quelques morts, malheureusement.

Harry resta silencieux. Pour une fois, il pouvait dire que ces morts n'étaient pas de son fait. Il avait fait ce qu'il pouvait pour sauver la jeune Camomille. Mais c'était le rôle des sapeurs-sorciers de prendre en charge les flammes et les maisons alentours. Il avait fait ce qu'il pouvait. Il n'était coupable de rien. Et vraiment… C'était un soulagement pour sa conscience de pouvoir enfin penser de cette manière.

- Que m'est-il arrivé ? demanda-t-il finalement.

- Epuisement magique et brûlures diverses, répondit le médicomage. C'est d'ailleurs étonnant que tu aies pu nous aider d'un bout à l'autre sans t'évanouir avant. Tes bras sont assez amochés, mais ton visage guérit plutôt bien.

Harry leva ses bras à hauteur de regard, même s'il voyait flou, et observa d'un air absent les tâches roses et rouges, plissées, qui parcouraient ses avant-bras. Elles étaient sans doute dues aux débris enflammés qui l'avaient touché pendant leur course au cœur du complexe commercial. Il se souvenait bien de la fournaise et il se demandait, lui aussi, comment il avait pu ne pas être plus blessé.

Il cligna des yeux et tâtonna sur la table basse, à côté de lui. Ses lunettes avaient été tordues par sa chute, mais il soupira de soulagement quand sa vue s'affina. Il regarda le médicomage qui était toujours en train de l'analyser et de marmonner en russe.

- Vous êtes toujours aussi pâle, lui dit-il.

- Ton bouclier nous a parfaitement protégés, il faut bien l'admettre. Les brûlures et les poumons de la jeune Camomille ont pu être soignés correctement. Elle est sortie de l'infirmerie hier, même si elle refuse de quitter Poudlard tant qu'elle n'aura pas constaté de ses propres yeux ta guérison.

- Elle parle à nouveau ?

- Non.

Harry ne s'interrogea pas sur la certitude du médicomage : s'il était capable de retrouver une jeune fille perdue au milieu d'un brasier, il était sans doute capable de comprendre ce qu'elle voulait dire d'un simple coup d'œil. Le sorcier ricana un instant à cette pensée : il était finalement tombé lui aussi sous le charme brut de cet homme qui ne faisait pourtant rien pour s'attirer la moindre sympathie.

Le médicomage passa ses mains sur divers nœuds de son corps pour apaiser la douleur. Harry devait admettre que cela fonctionnait particulièrement bien. Il lui fit finalement boire deux potions avant de s'asseoir sur le lit, à ses côtés, pour lui passer un baume de régénération sur les mains, les bras et le visage.

S'il l'avait laissé travailler en silence, Harry ne put s'empêcher de lui demander si ses bras allaient garder cet aspect étrange et fripé.

- Non, le rassura l'homme, probablement pas. Il est possible que les poils de tes bras remettent un peu de temps à pousser normalement, mais la peau reprendra un aspect normal d'ici quelques jours. Mon baume est plutôt puissant.

- Pourquoi avez-vous décidé de pratiquer la magie verte ? demanda Harry, une fois son visage apaisé par la crème froide.

- C'est une longue et dure histoire que tes oreilles n'ont pas besoin d'entendre, jeune homme, répondit Igor d'un air sombre, en se relevant.

Harry haussa légèrement les sourcils quand le médicomage se retourna brusquement pour remettre le flacon de baume dans l'armoire de l'infirmerie qui était désormais la sienne.

- Il est tard, mais plusieurs personnes attendent de pouvoir te voir, dans le couloir. Est-ce que tu veux que je les laisse entrer ?

Harry fut surpris de la conciliation de l'homme envers les visites aux malades. Il n'attendait personne, réellement, puisque tous ses amis étaient en Roumanie pour les vacances, mais il accepta. Igor ouvrit la porte de l'infirmerie et invita les personnes à entrer, avant de s'éclipser dans la pièce annexe où Harry, un matin, l'avait surpris couvert de sang.

- Harry, mon chéri ! s'écria la matriarche des Weasley en se précipitant à son chevet. Nous étions tous si inquiets en apprenant la nouvelle ! Comment vas-tu ?

Harry fut plus que surpris en voyant tout ce monde entrer dans sa chambre. Ron, Hermione et toute la famille Weasley – excepté les deux aînés et Fred, bien évidemment – entouraient son lit. Il fut également surpris mais soulagé de ne pas se retrouver sous l'étreinte solide de madame Weasley.

- Oh ! Harry ! Tes bras ! murmura Hermione d'une voix compatissante et effrayée.

Tous observaient son visage et ses bras brûlés, et Harry pouvait sentir leur malaise.

- Je vais bien, dit-il pour briser l'espèce de tension qui s'était installée. Mais… Pourquoi êtes-vous là ? demanda timidement le sorcier alité.

- Nous avons tenu à rentrer dés que nous avons lu les journaux, répondit obligeamment Arthur. De toute façon, Charlie était aussi inquiet que nous : il nous aurait poussés dehors pour que nous venions aux nouvelles.

- Les photos étaient assez effrayantes, tu sais, intervint Ginny d'une voix tremblante.

Harry, qui jusque là n'avait pas voulu regarder sa petite-amie parce qu'il était toujours blessé de ne pas avoir reçu de nouvelles d'elle ou d'excuses, tourna le visage vers le plus jeune membre du clan Weasley.

Recroquevillée sur elle-même, très pâle, la jeune fille avait les yeux brillants de larmes. Il avait l'envie contradictoire de crier son sentiment d'abandon et de la prendre dans ses bras pour la rassurer. Et il était sûr qu'elle pouvait s'en rendre compte : il n'avait jamais été doué pour cacher ses émotions.

- Je ne suis pas au courant pour les journaux, dit-il finalement en se tournant vers Hermione et Ron.

Il ne voulait pas répondre à Ginny tout de suite. Il ne savait pas si ses mots pouvaient dépasser sa pensée, et il n'était surtout pas question de montrer au reste de la famille Weasley qu'ils s'étaient disputés.

- Franchement mon pote, Ginny n'exagère pas, intervint Ron avec une légère grimace. La photo où on te voit t'écrouler, à moitié brûlé, est assez impressionnante !

- La Gazette a parlé de l'attentat il y a deux jours, dans une édition spéciale de l'après-midi, expliqua Hermione. Les Mangemorts n'ont pas tous été arrêtés et certains de ceux qui étaient à Azkaban sont parvenus à s'évader, même si personne ne comprend comment ils ont fait, pour le moment. Ceux qui sont dehors fomentent des complots pour reprendre le pouvoir, à ce qu'on dit. Alors la population sorcière est très agitée, dehors.

- Hier matin, plusieurs journaux d'Europe ont repris ta photo pour parler de l'instabilité de l'après-guerre en Angleterre, précisa Percy à son tour. Quand nous avons vu qu'on parlait de toi dans la « Vrajitoare Adevarul »*, nous avons cherché activement la Gazette. Et dés qu'on a lu les articles de l'attentat, nous sommes rentrés pour te soutenir.

Harry sourit faiblement. Il se sentait réellement comateux. C'était sans doute un effet secondaire des potions ou de la crème apaisante.

- Harry, mon chéri, je suis tellement rassurée de voir que tu es enfin réveillé. Mais il est tard et je pense qu'on ferait mieux de te laisser récupérer dans le calme, maintenant, dit Molly sur un ton maternel, en voyant Harry réprimer un bâillement.

- Est-ce que je peux rester une minute, maman ? demanda Ginny d'une petite voix.

Molly observa sa fille défaite. Elle n'avait pas dormi depuis qu'elle avait vu la photo d'Harry. Elle pouvait bien lui laisser quelques minutes en tête à tête avec son fiancé.

- D'accord pour une minute, ma chérie. On t'attend dans le couloir. Mais si tu es trop fatigué, Harry, ajouta madame Weasley à l'intention du jeune homme alité, tu lui demandes de repasser demain, d'accord ?

- D'accord, madame Weasley, accepta Harry.

Arthur prit Molly par les épaules comme Ron avec Hermione et ils se dirigèrent vers la porte. George et Percy allaient les suivre, mais Harry parvint à leur faire un signe discret pour qu'ils repassent le lendemain matin. Ils acquiescèrent et sortirent à leur tour. Quand ils furent seuls, Ginny fondit en larmes.

- Je suis désolée, je suis tellement désolée, hoqueta-t-elle, le visage caché entre les mains. J'étais si énervée contre toi. Et soudain, j'ai cru que je ne te reverrais jamais.

Harry sentit sa propre amertume fondre tout doucement et sa fatigue s'envoler un peu. Il n'aimait pas voir sa fiancée aussi abattue.

- J'ai eu tellement peur ! Je ne supporterais pas de te perdre, Harry, continua Ginny en baissant les mains. Je t'aime, chuchota-t-elle.

Les mains de Ginny tremblaient et sa voix tremblait de peine et d'inquiétude. Elle venait de se mettre à nu, de prononcer ces mots en face à face pour la première fois, et elle avait peur de se faire rejeter. Ses larmes ne s'étaient d'ailleurs toujours pas arrêtées.

- Viens t'asseoir, Gin, dit Harry en tapotant le matelas à côté de lui.

La jeune fille, absolument pas rassurée, obtempéra. Harry la prit doucement dans ses bras, sans mouvement brusque pour ne pas abimer sa peau déjà bien meurtrie. Il ne vit pas le mouvement de recul incontrôlé de la jeune femme, quand elle toucha cette peau fripée, et prit la parole.

- Gin… Je n'ai pas l'intention de t'abandonner. Moi aussi je t'aime. Oui, assura-t-il avec un sourire quand elle leva les yeux vers lui, moi aussi. Je pensais que c'était évident.

Ginny s'essuya doucement les yeux tout en continuant à écouter son fiancé avec attention.

- Je n'ai pas été très heureux, ces derniers jours, dit Harry avec une voix qui avait prit une tonalité à la fois froide et blessée. J'attendais avec impatience ton hibou d'excuse pour notre dispute, le jour des sélections. Tu avoueras que tu n'as pas été tendre avec moi.

- Mais tu m'avais dit que tu ne voulais pas me voir changer, protesta doucement Ginny.

Elle entendait l'accusation derrière les mots d'Harry, mais elle ne voulait pas endosser tous les torts : elle aussi s'était sentie blessée. Et en plus, elle se souvenait parfaitement du soir où ils avaient fêté le diplôme de Dean Thomas : Harry lui avait dit qu'il acceptait cette part d'elle, cette partie qui pouvait parfois faire ressortir son tempérament un peu trop vif, un peu trop colérique.

- Tu dois comprendre que ce n'est pas tant le ton que tu as pris, qui m'a blessé, expliqua Harry. C'est ton refus de m'écouter et l'impression que tu m'as donnée de vouloir maîtriser toute ma vie. Je viens à peine d'être libéré d'une prophétie, je commence à peine à pouvoir faire mes propres choix, et tu espères me voir embrasser la carrière d'Auror sans avoir entendu mes doutes. J'avais l'impression que tu cherchais à me dominer, à… m'écraser, en quelque sorte. Tu vois, c'est ça qui m'a blessé. Et j'espérais vraiment que tu t'en rendes compte de toi-même.

- Je suis désolée, Harry. Sincèrement. Tu ne veux donc pas être Auror ?

- Je l'envisageais encore il y a quelques jours, même si c'était sans enthousiasme. Mais aujourd'hui, non, je refuse d'être Auror.

- Pourquoi ?

- Je ne veux pas être quotidiennement confronté à la mort, au risque de blesser quelqu'un à cause de mes mauvais choix. Tu sais bien que je ne suis pas né pour tuer. Et puis… Est-ce que tu te rends compte que les Aurors que nous connaissons sont presque toujours seuls ? Et moi je voudrais vraiment avoir une famille, des enfants…

« Et en plus de ça, » songea Harry, « je ne veux pas travailler pour le ministère. Il faut des gens pour protéger les hommes politiques, c'est évident, mais pas au détriment de la population ou d'une petite fille en danger. »

Car une chose n'était pas passée, pour Harry, au moment de l'attentat. C'était le réflexe de trop nombreux Aurors de transplaner avec le ministre, au lieu de rester sur place pour aider les gens. Le fait qu'il vienne d'apprendre que les sapeurs-sorciers du ministère avaient été inefficaces était juste un poids supplémentaire dans la balance.

Alors qu'à côté de ça, un médicomage à qui l'on n'avait rien demandé avait risqué sa vie pour une inconnue qu'il n'était même pas sûr de pouvoir sauver… Non, il ne pensait pas être capable de travailler au service de l'administration magique. Il avait le sentiment que s'enchaîner au ministère lui ferait perdre sa liberté aussi sûrement que si on l'enfermait à Azkaban…

- Que vas-tu faire, alors ? demanda timidement Ginny.

Cet abandon de la carrière d'Auror ne l'enchantait pas, mais elle avait décidé de faire un effort pour laisser un peu plus de marge de décision et d'action à son fiancé.

- Je n'ai pas encore décidé de ma carrière. Mais je dois au moins apprendre à gérer ma fortune familiale, alors… je suppose qu'en attendant de trouver ma voie, je vais continuer à jouer au sorcier d'affaires.

C'était une option minimale, dans la tête du jeune homme, que celle de devenir un chef de famille aussi respecté que ses ancêtres, ou au moins, que son père et son grand-père. Avec ce choix, il avait l'impression d'être enraciné à une famille, d'avoir une autre identité que celle du « Survivant ». Après tout, n'étant pas dans le besoin, il avait encore un peu de temps pour comprendre qui il était et déterminer sa voie.

Ginny ferma les yeux une seconde. Peut-être son envie de toujours tout précipiter n'était pas la meilleure solution, avec Harry. Il lui restait du temps avant de finir ses études, alors elle pouvait bien attendre encore un peu…

- Très bien, finit-elle par dire en souriant pour la première fois ce soir. Je vais te laisser te reposer, maintenant. Je rentre au Terrier avec mes parents, mais écris-moi tous les jours pour me dire que tu vas bien, jusqu'à ce que tu puisses venir nous voir. Tu veux bien ?

Harry acquiesça en répondant à son sourire et elle se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres sèches. Puis elle sortit en lui faisant un petit signe de la main, avec l'image un peu écornée d'un héros abimé. Harry, lui, s'endormit rapidement en éprouvant un réel soulagement quant à leur couple et un goût de trop peu quant à ce baiser d'au-revoir.

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Samedi 29 août, matin

Harry était réveillé depuis plusieurs heures déjà, quand George et Percy Weasley entrèrent dans l'infirmerie.

- Salut Harry ! Alors, il semble que tu voulais nous parler, hier ?

« George, » salua Harry avec un signe de tête. « Percy…, » fit-il en se tournant vers l'autre sorcier roux, « Fred, » conclut-il en regardant toujours Percy dans les yeux.

Les deux frères Weasley se tournèrent l'un vers l'autre avec un grand sourire et entamèrent ce qui semblait être une discussion silencieuse. Quelque part, Harry était ravi de cet état des choses. Il avait longuement hésité sur la conduite à tenir pour tester son hypothèse, parce qu'il avait eu peur de blesser les deux hommes en leur rappelant leur frère disparu. Mais il semblait bien que son hypothèse de partage du corps de Percy soit la bonne.

- Très bien, finit par dire Percy. Je suppose que je peux te saluer de la part de Fred.

- Est-ce que vous partagez le même corps ?

- Oui, répondit Percy.

- Pourquoi ?

- Est-ce que tu te souviens de la manière dont Fred est mort, lors de la grande bataille ? demanda George avec un sérieux inhabituel.

Harry chercha profondément dans ses souvenirs. Il se souvenait parfaitement de son sentiment d'injustice alors que Fred était soudain enseveli sous un pan de mur. Il se souvenait parfaitement du choc et de la brutalité de cette mort alors qu'une seconde plus tôt, le jeune homme riait encore à une plaisanterie de… Percy ?

Harry se tourna brusquement vers Percy et ce dernier prit la parole.

- Je crois que tu te souviens, effectivement, dit-il. Fred et moi sommes liés parce que Fred m'a sauvé et que son inattention était due à une mauvaise blague de ma part. Normalement, ce genre de lien ne prête pas à conséquence. Mais l'autre monde lui a ouvert les yeux sur certaines informations, et il a cherché par tous les moyens possibles comment te les transmettre.

- Oui, je vois, acquiesça Harry en se souvenant de la Dame Grise qui lui expliquait que les morts pouvaient parfois avoir connaissance de l'avenir du monde terrestre. Mais pourquoi à moi ?

- Je n'en sais rien, avoua Percy. Tu es peut-être tout simplement concerné par une autre prophétie, ou quelque chose dans ce goût-là…

- Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, grommela Harry qui pestait contre les mots flous.

- Je crois que c'est le mode habituel, avança Percy, parce que l'au-delà ne peut que donner des indices sans interférer trop directement dans notre monde. D'après ce que j'ai compris, Fred a obtenu de la part du conseil des morts une dérogation pour te parler à travers ma bouche. Comme je te l'ai dit, j'étais son dernier lien avec la vie, même si George, son jumeau, a survécu.

- Notre lien n'est pas si fort qu'il nous permette de rester en contact après sa mort, dit George avec un certain regret.

- Mais comme l'avenir ne semblait pas vouloir s'améliorer, continua Percy, il fallait te donner un coup de pouce supplémentaire. Je ne sais pas exactement ce que Fred a voulu te dire en te transmettant l'expression « Temps sombres », malheureusement, mais je n'ai pas l'impression que ce soit quelque chose de joyeux.

- Pourquoi tu ne saurais pas ? Je croyais que tu partageais ton âme avec Fred ?

- Nos âmes sont effectivement suffisamment proches pour que je sache tout ce que savait Fred en matière de farces ou à propos de George. Mais pour tout ce qui concerne la prophétie que je t'ai transmise, ça reste opaque. Je suppose que ce qui appartient intrinsèquement au monde des morts doit y rester.

Harry acquiesça. Désormais, le plus important pour lui était d'avancer dans la compréhension de la prophétie. Il savait de qui elle émanait précisément, alors il n'avait pas besoin de comprendre comment avait fait Fred pour la lui transmettre. Du moins, pas pour le moment…

- Y a-t-il un autre moyen pour vous de m'aider ? demanda Harry avec un peu d'espoir.

- Pas en matière de prophéties, dit joyeusement George, mais on peut peut-être t'aider à augmenter encore un peu ton patrimoine, monsieur le futur sorcier d'affaires !

- Comment vous… ?

- On a entendu Ginny expliquer à papa que tu ne voulais plus être Auror mais que tu voulais te lancer dans les affaires, expliqua George. Ça tombe très bien pour nous !

- Pourquoi ?

- Hé bien, commença le jumeau survivant, Seamus Finnigan est venu nous voir, hier soir, à la boutique. Il voulait savoir comment on avait fait pour l'ouvrir et il voulait quelques conseils…

- J'ai appris que tu avais honteusement financé mes frères, intervint Percy avec un sourire de remerciement.

- … il souhaite ouvrir sa propre auberge, continua George comme s'il n'avait pas été coupé, comme tu dois sans doute le savoir.

Harry acquiesça. Après tout, Seamus était de sa promotion, et ils avaient passé une soirée agréable au coin du feu, il y avait quelques semaines de cela, à parler de leurs projets respectifs.

- Nous avons longuement discuté avec lui, dit Percy, parce qu'il avait l'air vraiment sérieux dans sa démarche.

- Percy lui a expliqué les règlements particuliers du ministère en matière d'auberges, reprit George. Et je ne savais pas à quel point les restrictions étaient nombreuses, d'ailleurs, ajouta-t-il d'un air de conspirateur. Nous, nous n'avons pas eu toutes ces difficultés pour la boutique de farces et attrapes.

- Et George lui a expliqué les démarches plus commerciales, pour faire fonctionner son entreprise, dit Percy. Je n'imaginais pas les jumeaux aussi rigoureux qu'imaginatifs.

- Et où est-ce que j'interviens ? demanda Harry, bien qu'il ait une idée très précise de ce que les deux Weasley allaient lui demander.

Percy et George échangèrent un regard avant que George lui explique son idée.

- Quand nous avons compris qu'il était sérieux et qu'il avait préparé un peu son terrain, on a expliqué à Seamus que c'est toi qui nous avait financés.

- Les Gobelins ont refusé de lui accorder un prêt à taux correct, précisa Percy, parce qu'il est trop jeune et que sa famille n'a pas un coffre particulièrement rempli. Donc il était soulagé de découvrir une nouvelle solution.

- Par contre, il est beaucoup trop gêné de venir te demander un prêt alors que tu ne vas pas bien. Surtout que son projet s'est concrétisé grâce à l'attentat.

- Et vous, ça ne vous dérange pas ? demanda Harry avec un sourire en coin.

- Voyons, Harry, nous on sait parfaitement que tu prendras un grand plaisir à jouer les héros au grand cœur en aidant Seamus, dit George gaiement.

- Humpf, se renfrogna Harry.

- Seamus voudrait racheter certains des terrains qui ont subi l'effet des flammes, à côté du complexe, pour construire son auberge, reprit Percy.

- Pourquoi là ? demanda Harry.

- La valeur des terrains a chuté d'un coup. Avec l'attentat, une grande partie du complexe détruit, les familles veulent fuir un lieu qu'ils disent souillé par les Mangemorts. La plupart des sorciers considèrent que c'est une zone sinistrée.

- Et pas Seamus ?

- Non. Je pense qu'il a raison quand il nous explique que le complexe sera reconstruit rapidement : le ministère n'a jamais aimé rester sur un échec et il n'avait mis que trois mois à le construire. Alors Seamus veut acheter les terrains rapidement, avant que d'autres se mettent sur le créneau, pour pouvoir éventuellement bénéficier des retombées économiques.

- Est-ce qu'il est sûr de pouvoir faire tourner sa boutique ? demanda Harry en essayant d'imaginer le résultat de ce projet.

- Nous on est sûrs que l'auberge sera rentable, dit Percy.

Alors qu'Harry haussait les sourcils, le sorcier roux développa.

- Il s'avère que même si j'ai quitté le ministère, je suis resté en contact avec quelques anciens collègues. On dit que les responsables du projet sont très en colère de cette destruction. Tu ne le sais peut-être pas, mais la plupart des sorciers sont assez superstitieux.

- Ha bon ?

- Oui. Un lieu de drame est souvent un lieu fui. Alors pour attirer de nouveau du monde, le ministère a décidé de changer les plans d'origine. Ils vont passer par les jeunes enfants pour attirer les adultes : ils vont proposer un espace de loisirs dédié aux jeunes, particulièrement attractif. Si on prend la nouvelle offre culturelle qu'ils vont développer et cet espace de loisirs, il y a des chances pour que les sorciers réinvestissent les lieux assez rapidement. Du coup, une auberge bien implantée peut être intéressante.

- Mmm… Est-ce que le ministère n'aura pas déjà prévu des lieux d'accueil intégrés au complexe ?

- Étonnamment, non. Ils s'attendent à ce que les sorciers viennent et partent par cheminée ou par transplanage.

- Ce ne sera pas le cas ?

- Je pense qu'il y aura des gens pour rester dormir sur place afin de profiter plus longuement du complexe. Surtout quand il y a des enfants : les files aux cheminées vont sembler trop longues à beaucoup de parents. Et puis, comme l'auberge du Sanglier a été détruite, il y a aussi un manque au niveau de l'offre de lits à Pré-au-Lard…

- En gros, résuma Harry sur un ton neutre, vous soutenez totalement ce projet et vous comptez sur moi pour financer Seamus.

- C'est ça. Mais on se porte garants pour lui, précisa George précipitamment.

- Pourquoi autant d'enthousiasme ? demanda Harry en continuant sur le même ton.

- Parce que si nous travaillons en collaboration avec Seamus, il pourra être une sorte de point de vente secondaire pour nos produits de farces et attrapes, auprès des enfants en visite et des étudiants de Poudlard en sortie. Et si Pré-au-Lard devient un site attractif pour les sorciers qui viennent en visite dans notre pays, alors l'auberge pourra être une vitrine pour élargir notre clientèle internationalement.

- Je vois. Je pense que c'est un projet intéressant… Comme je n'ai pas encore l'habitude de gérer ce genre de contrat et que je ne suis pas en excellente forme, je vous propose de prendre rendez-vous avec Kreattur. C'est le meilleur moyen pour vous d'aller vite et bien. Faites en sorte que Seamus soit présent : j'aimerais qu'il défende lui-même son projet, même si vous pouvez l'assister.

- D'accord, on va transmettre. Mais… tu dis « Kreattur » ? Le vieil elfe des Black ? demanda George.

- Je l'ai lié à moi. Il comprend très bien le monde de la finance et il a l'habitude de traiter avec les Gobelins. Il saura parfaitement mettre en place un contrat valable qui convienne à toutes les parties, faites-moi confiance.

- Hermione est au courant ? demanda George avec des yeux pétillants.

- Oui.

- Tant pis pour le spectacle, soupira théâtralement le sorcier roux. Je suppose que si tu es encore en vie, c'est que tu avais une bonne raison pour le lier, dit-il en haussant les épaules. Comment est-ce qu'on doit le contacter ?

Harry était assez reconnaissant envers George. Les jumeaux n'avaient jamais été de ceux qui le harcelaient ou lui posaient des questions embarrassantes. Ils acceptaient ses choix, s'en amusaient parfois, mais ne cherchaient jamais à le faire changer d'avis.

- Je l'enverrai à la boutique cet après-midi. Ça vous laissera le temps de contacter Seamus et de l'aider à travailler sa présentation. Est-ce que ça vous convient ?

- Ce sera parfait, mon très cher banquier ! s'exclama George en lui serrant la main.

- Je suppose que tu sais ce que tu fais, depuis le temps, se contenta de dire Percy en lui serrant la main à son tour.

- Je l'espère, dit Harry dans un sourire, en suivant des yeux le départ des deux frères.

- Passe nous voir quand tu veux…, lança George depuis la porte.

- …tu es toujours le bienvenu, conclut Percy en fermant derrière eux.

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Dés qu'ils furent sortis, Harry appela Kreattur.

- Je suis heureux de vous voir enfin en forme, monsieur, fit l'elfe d'un air soulagé, en apparaissant immédiatement à ses côtés. Et je crois que Bris et Horn seront également rassurés. Avez-vous besoin de moi ?

Harry lui expliqua ce qu'il attendait de lui dans l'après-midi, et Kreattur proposa ensuite de lui faire un point sur les derniers événements qui avaient eu lieu pendant son coma.

- Je t'écoute.

- En ce qui concerne la maison square Grimmaurd, l'équipe d'ouvriers et l'architecte sont arrivés mercredi, un peu avant l'attentat. Etant donné que vous n'étiez pas en état, j'ai proposé aux ouvriers de s'installer dans le petit jardin, derrière la maison. Ils ont commencé les travaux hier, sous les ordres de l'architecte et sous l'œil de Bris, que j'ai placé là-bas en cas de besoin ou de question. Il serait intéressant que vous alliez voir assez rapidement si leur travail à tous vous convient.

- J'irai aussi vite que possible, mais tu as bien réagi, Kreattur.

- Merci monsieur. Il s'avère également que nous avons presque terminé d'analyser les objets magiques qui constituent votre patrimoine à Gringott's. Là aussi, il faudra envisager d'aller voir de quoi il retourne. Par ailleurs, Arnold Kent s'interroge sur le travail que vous allez lui donner ensuite.

- Bien… Je vais voir ce que je peux faire…

- Enfin, je pense que vous devriez jeter un œil aux exemplaires de la Gazette parus ces trois derniers jours. On y parle de vous et de l'agitation de la population sorcière. Je crois, monsieur, qu'il serait malvenu que vous ne soyez au courant de rien.

- Je suppose que tu as raison, Kreattur, soupira Harry. Peux-tu m'apporter les derniers numéros ?

L'elfe disparut quelques secondes avant de revenir avec quatre journaux qu'il posa sur le lit en agitant frénétiquement les oreilles.

- Ce sont les exemplaires de jeudi, vendredi, et celui de ce matin, ainsi que le fascicule spécial sorti mercredi après l'attentat, précisa-t-il. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi, fit-il avant de disparaître.

Harry étala les quatre numéros sur le lit et observa les photos des unes. L'exemplaire de mercredi ne faisait que quelques pages et était totalement dédié à « l'attentat de Pré-au-Lard ». Dessus, on pouvait voir Blaise, en tenue de Mangemort, qui se débattait avec hargne de la poigne ferme de deux Aurors. On le voyait se jeter devant l'objectif et hurler des imprécations envers le photographe, et c'était assez impressionnant.

Celui de jeudi mettait en évidence ce qui devait être une manifestation de sorciers, dans la rue principale du Chemin de Traverse. Ils étaient particulièrement nombreux. « Colère populaire ! » titrait la Gazette. L'exemplaire de la veille et du matin, eux, semblaient faire la part belle aux annonces du ministère de la Magie en réaction à cet attentat et aux protestations de la population.

Harry feuilleta les deux derniers numéros pour constater que la vindicte populaire était effectivement virulente. Les sorciers réclamaient le baiser du Détraqueur pour tous les porteurs de la marque du Lord noir, quels qu'ils soient et sans aucune distinction.

Apparemment, d'après les quelques témoignages retranscrits dans le journal, les gens étaient surtout en colère de voir que des Mangemorts étaient encore libres de sévir même lors d'un événement aussi officiel et encadré qu'une inauguration ministérielle. Et ils étaient inquiets pour leurs enfants : l'attentat avait eu lieu à Pré-au-Lard, juste à côté de Poudlard, alors que la rentrée était très proche.

Les différents hommes politiques et le ministre lui-même avaient réagi drastiquement : ils annonçaient ce matin que les procès débuteraient à la mi-septembre, en commençant par les trois jeunes terroristes de Pré-au-Lard.

Mais entre chaque article qu'il lisait, Harry ne pouvait s'empêcher de jeter un œil à la photo de Blaise, sur le journal qu'il avait laissé de côté. Elle était tellement violente, tellement dérangeante. Et même si la photo ne pouvait retranscrire les mots du jeune homme, ses gestes rudes et rageurs et ses yeux fous parlaient pour lui… Il finit pas craquer et attrapa le numéro spécial.

Il était surtout constitué de photos, du récit des événements et de témoignages de spectateurs choqués. Harry savait déjà ce qui s'était passé : il avait été là. Aussi se contenta-t-il de parcourir des yeux les photos choc prises par la Gazette. Il tomba bientôt sur l'image dont avaient parlé ses amis et les Weasley, hier.

On le voyait tituber, le corps brûlé en plusieurs endroits et les vêtements mal en point, et tomber au sol. Il était noir et semblait tousser à s'en arracher la gorge. Et il tombait à nouveau. L'image recommençait, à l'infini. Lui, il se trouvait plutôt faible et ridicule qu'autre chose. L'article présentait sa bravoure, son « incroyable courage » alors qu'il avait sauvé une petite fille des flammes. Mais il n'avait rien d'un héros quand on regardait cette image qui se focalisait sur sa chute sans grâce…

Agacé, il referma le journal spécial sèchement et replia les trois exemplaires. Il avait lu l'essentiel : il était au moins au courant de ce qui se passait au-dehors.

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Dimanche 30 août 1998

Harry discutait avec Igor à propos des filières professionnelles qui existaient dans le monde sorcier, quand un coup léger sur la porte de l'infirmerie les coupa. Igor invita la personne à entrer et Harry vit la toute jeune Camomille ouvrir la porte timidement.

- Bonjour Camomille, la salua-t-il.

La jeune sorcière, qui devait avoir treize ou quatorze ans, lui fit un petit signe de la main et entra plus franchement dans l'infirmerie. Alors qu'elle refermait la porte derrière elle, Igor lui demanda si elle allait bien. Elle lui répondit par un grand sourire mais resta loin d'eux, en se balançant d'un pied sur l'autre. Le mouvement faisait onduler sa longue chevelure brune.

- Tu peux t'approcher tu sais, dit Igor qui semblait comprendre son dilemme.

Elle regarda Harry qui acquiesça et elle s'avança, toujours aussi timide, vers le lit. Harry haussa un sourcil quand elle se pencha vers lui pour le serrer doucement dans ses bras et Igor ricana.

- Je t'avais dit qu'elle voulait voir de ses propres yeux si tu allais bien, dit-il. Je crois qu'elle t'est reconnaissante de l'avoir sauvée.

La jeune fille acquiesça et Harry se sentit un peu gêné.

- Je n'aurais jamais pu te sauver si Igor n'avait pas été là.

Camomille se redressa et eut à nouveau un sourire lumineux pour le médicomage.

- Je suppose qu'on peut parler d'un bon travail d'équipe, s'amusa Igor avec son accent un peu rude.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit soudain et un homme qu'Harry n'avait jamais vu s'invita lui-même à entrer. La brusquerie de cette arrivée avait fait sursauter Camomille, assise à côté du lit, et Harry lui prit spontanément la main, pour l'apaiser.

- Malinovski… On m'avait dit que je pouvais te trouver ici, dit l'homme avec un sourire aux dents pointues. Médicomage… Alors tu as finalement compris comment fonctionnait la magie ? Qui aurait cru que tu en arriverais là ? fit-il en secouant la tête.

- Thorn, salua froidement Igor qui s'était tendu. Que faites-vous là ?

- Je voulais saluer un futur collègue, ricana le dénommé Thorn. Je suis embauché à Poudlard. J'espère que j'y trouverai enfin des éléments intéressants… pas comme à Durmstrang. Quoi que j'ai eu droit à de belles années, tu dois t'en souvenir.

Harry était presque sûr d'avoir entendu le médicomage grincer des dents. Il observait l'échange, un peu perdu. La voix de l'homme émacié lui disait quelque chose, mais il ne parvenait pas à revenir dessus… Après l'avoir ostensiblement ignoré pendant les deux premières minutes, Thorn tourna vers lui ses yeux vert sombre.

- Monsieur Potter, le salua-t-il d'une voix clairement moqueuse, très belle photo que celle qui a fait le tour de l'Europe. Il me semble qu'elle vous place à votre juste valeur.

Les lèvres fines se recourbèrent encore un peu plus, découvrant totalement les dents carnassières. Avant qu'il n'ait pu réagir, Harry vit Malinovski se redresser de toute sa haute taille.

- J'ai été enchanté de vous revoir, Thorn, mais je vais vous demander de sortir et de ne plus importuner mes patients.

Thorn fit rouler son cou qui craqua dans un bruit sinistre, avant de jeter un regard clairement dédaigneux à Igor. Sans répondre, il prit la direction de la porte. Mais avant de fermer, il s'adressa au médicomage.

- J'espère que nous aurons l'occasion de discuter du bon vieux temps.

Harry observa Igor se passer nerveusement la main dans les cheveux avant de triturer l'une de ses mèches rouges. C'était étonnant de voir le médecin flegmatique perdre ses moyens.

- Qui était-ce ?

- Rupert Thorn, cracha presque le médicomage… L'un de mes anciens professeurs à Durmstrang. Je ne pensais pas le revoir un jour…

Harry n'eut pas le loisir de pousser son interrogatoire plus loin : le médicomage venait de tourner vivement les talons pour partir s'enfermer dans la pièce annexe à l'infirmerie. Il devrait sans doute aller voir la directrice, s'il avait des questions à propos de ce Thorn. Encore faudrait-il qu'elle ait le temps de lui répondre.

Camomille, toujours assise à côté de lui, n'avait pas bougé d'un pouce, mais continuait à serrer sa main. Harry songea que sa maison avait fait plus que la traumatiser en battant Draco Malfoy. Il devait avouer lui-même que les quelques images qu'il avait vues étaient encore capables de lui retourner l'estomac.

- Camomille, dit-il pour attirer son attention, je te remercie de t'être inquiétée pour moi. Je vais beaucoup mieux maintenant, je suis presque guéri. Je ne suis pas aussi doué que Malinovski pour comprendre les gens, alors j'espère que tu guériras vite toi aussi, pour qu'on puisse discuter tous les deux, de temps en temps.

La jeune fille, qui l'avait regardé attentivement alors qu'il parlait, baissa les yeux. Il y eut quelques secondes avant qu'il ne voit sa tête acquiescer doucement. Puis, avec un léger sourire et un petit signe, elle lui fit comprendre qu'elle partait.

- Profite bien de la fin des vacances, Camomille. Et si on se recroise, n'hésite pas à venir me voir, d'accord ? Alors à bientôt, dit Harry quand la jeune fille sourit plus franchement.

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Lundi 31 août, matin

Harry eut l'autorisation de sortir de l'infirmerie le lendemain. Sa peau était toujours un peu étrange au toucher, mais il n'avait plus mal. Par ailleurs, ses réserves magiques étaient à nouveau pleines, d'après l'avis de Malinovski.

Son premier réflexe fut d'aller voir la directrice. La nervosité du médicomage, depuis l'arrivée de Thorn, était bien trop étrange. Et les leçons qu'il avait prises avec cette femme leur avaient étrangement permis de se rapprocher : elle lui expliquerait probablement la raison de son choix.

La gargouille n'était toujours pas remise en place, alors Harry en profita pour monter directement les escaliers. Il fut plutôt surpris d'entendre une discussion vive entre Minerva McGonagall et le tableau de l'ancien directeur Dumbledore.

- Je vous assure, Albus, je l'ai observé pendant trois jours, et il ne me paraît pas digne de confiance.

- Je suis désolé, Minerva, mais les contrats magiques ne sont pas de ceux qu'on peut briser facilement. Estimez-vous heureuse qu'il ne dure qu'une année.

- Mais Albus… Je n'oserais même pas laisser des enfants seuls avec lui.

- Eh bien, en cas de faute de sa part, vous pourrez peut-être faire quelque chose pour le remplacer. Mais vous savez à quel point l'école a des difficultés pour trouver de bons professeurs de Défense. Rupert Thorn a peut-être le caractère particulier des professeurs de Durmstrang, mais il est très compétent dans son domaine. Laissez-lui au moins une chance.

- Croyez-vous Albus ? Il vous est déjà arrivé de vous tromper…

Harry ne pouvait pas voir la peinture de l'ancien directeur, mais il pouvait deviner, dans le silence qui suivit la réplique de la directrice, que son visage devait arborer une expression de regret profond.

- Je le sais, Minerva… Mais peut-être devrais-je vous laisser vaquer à vos occupations : le jeune Potter est à la porte.

Harry sursauta mais ne put s'empêcher de sourire. Est-ce que même sous forme de tableau, le directeur pouvait être omniscient ?

- Entrez, monsieur Potter, lança la directrice alors que la porte s'ouvrait sous l'effet de la magie. Comment allez-vous ?

- Assez bien, merci. Je viens d'avoir l'autorisation de sortir.

- Pourquoi vouliez-vous me voir ?

- Je… commença le sorcier un peu mal à l'aise. Je venais vous demander si vous étiez sûre de vous en choisissant d'embaucher monsieur Thorn. Mais… J'ai l'impression, d'après ce que j'ai entendu par accident, que vous n'avez pas vraiment le choix.

- Pas vraiment, non. Voldemort avait poussé Severus à embaucher Rupert Thorn, du temps où il était directeur. Le contrat a été signé et il ne peut être annulé facilement.

- Voldemort voulait que Poudlard enseigne de la DCFM ? demanda Harry, incrédule.

- Non, bien sûr que non, Il avait été embauché pour des cours intensifs de duel. J'ai tenté de recruter un professeur de Défense, cette année, mais je n'ai eu aucun candidat hormis monsieur Thorn, qui s'avère en plus être compétent dans le domaine. Je n'ai donc pas beaucoup de choix… Rupert Thorn va assurer les cours de Défense cette année en plus de donner des leçons de duel.

- Oh. Et pourquoi pas le professeur Snape ? demanda Harry, plus par curiosité que par réel désir de le voir prendre le poste.

- Avec le contexte actuel, aucun parent n'acceptera de voir ses enfants apprendre à se défendre des forces du mal avec un ancien Mangemort, soupira la directrice.

- Oh, fit à nouveau Harry.

Effectivement, ça se tenait. Mais le sorcier n'avait pas vraiment envie de penser que sa fiancée allait passer toute une année aux côtés d'un professeur aussi louche que Thorn… La pensée fugace qu'il exerçait sa méfiance contre Thorn de la même manière qu'il l'avait exercée contre Malinovski ne lui vint jamais à l'esprit.

Son désaccord impuissant dut en tout cas se lire sur son visage, parce que la directrice l'observait maintenant avec une attention calculatrice qu'il n'avait pas l'habitude de voir chez elle.

- Où en êtes-vous de votre recrutement chez les Aurors ?

- Je me suis désinscrit ce matin, dès l'ouverture du ministère, dit Harry avec une légère grimace en songeant qu'il avait plutôt envoyé Kreattur là-bas. Je sais que vous m'aviez soutenu dans mon choix, mais je ne suis plus aussi sûr de vouloir faire cette carrière, aujourd'hui. J'ai envie de trouver autre chose.

- Bien, bien, marmonna la directrice. J'ai l'impression que vous arrivez toujours à pic, monsieur Potter, dit-elle finalement avec un sourire. Que diriez-vous de devenir professeur assistant en Défense contre les Forces du Mal ?

- Moi ? s'étonna vivement Harry. Mais je viens à peine d'obtenir mon diplôme !

- Je le sais, c'est bien la raison pour laquelle je ne peux décemment pas vous proposer le poste, dit la directrice avec un léger claquement de langue agacé. Mais je pense que Thorn aura besoin d'un peu d'aide pour monter son programme et donner les cours. Ce que nous attendons des leçons de Défense n'a rien à voir avec ce que propose Durmstrang.

« Et j'ai besoin de quelqu'un pour surveiller Thorn, quoi qu'en dise Albus, » songea-t-elle sans en faire part.

- J'aimerais y réfléchir un peu avant de vous donner ma réponse, dit Harry que l'idée intéressait, mais qui ne voulait pas se précipiter bêtement.

- Bien entendu, accorda la femme de tête. J'aimerais simplement avoir votre réponse avant la rentrée, pour pouvoir m'organiser. Cela vous convient-il ?

- Oui, merci, répondit Harry.

La directrice le raccompagna à la porte et Harry ne pouvait s'empêcher de se sentir tourneboulé. Il était venu dans ce bureau par simple besoin d'être rassuré – bien qu'il ait eu conscience de sa puérilité en la matière – et il repartait avec une offre d'emploi qu'il n'avait pas envisagée un seul instant… Et il devait maintenant se rendre chez les Weasley qui attendaient sans doute sa visite avec impatience.

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Lundi 31 août, Soir, Quelque part au ministère

- Tu en as mis du temps pour revenir ! furent les premiers mots qui accueillirent un homme épuisé quand il entra dans le bureau de son patron.

- La communauté de Saint Louis où vous m'avez envoyé le mois dernier a finalement été plus difficile à convaincre que les membres de la commission, s'excusa-t-il en voyant que son patron était particulièrement agité.

- Quels sont les résultats ?

- J'ai procédé dans le cimetière comme vous l'aviez décrit, j'ai intégré le cercle et j'ai finalement obtenu l'ouvrage que vous m'avez envoyé quérir, dit l'homme sec en sortant un très vieux livre de son sac de voyage.

Son patron, malgré des yeux brillants et avides, posa le livre sur son bureau après l'avoir feuilleté rapidement, pour reprendre sa marche de long en large.

- Bien. Qu'ont-ils demandé en échange ?

- Rien.

- Comment ça ? demanda l'homme en cessant un instant de marcher.

- Je vous l'ai dit : ils étaient difficiles à convaincre. Quand j'ai entendu notre réseau parler de l'attentat, j'ai finalement emprunté le livre pour rentrer au plus tôt.

L'homme auparavant agité se calma un peu.

- Tu as bien fait. Et pour la commission ?

- Je suis passé outre, en négociant directement avec l'équipe du président. Jack Drewback l'a intégrée au cours de l'été. Vous avez donc un nouvel espion dans le rang. Quand la possibilité d'organiser la coupe du monde aux Etats-Unis est parvenue aux oreilles du Président de la Magie, la commission n'a pas su refroidir son enthousiasme. Ils sont actuellement en train d'étudier l'organisation et la faisabilité avant de faire une annonce officielle.

- Combien de temps ?

- Une semaine, peut-être deux, et nous saurons.

- Bien.

Le silence s'installa quelques instants, et l'homme sec observa son patron reprendre ses va-et-vient stressés.

- Monsieur ? osa-t-il. Que s'est-il passé pendant que j'étais parti ?

- Rien n'a marché comme prévu ! explosa enfin son vis-à-vis comme il rêvait de le faire depuis plusieurs jours. Les imbéciles n'ont pas suivi mes ordres : ils ont ajouté des artefacts incendiaires aux explosifs que je t'avais demandé d'éparpiller dans le complexe. Il est en grande partie détruit ! Des maisons autour ont été écrasées, il y a eu des morts. La colère de la population dépasse mes objectifs de bien trop loin !

- Mais ils réclament la tête des anciens Mangemorts, c'est ce que vous vouliez.

- Ça aurait été positif si Potter ne s'était pas soudain désintéressé de la carrière d'Auror ! A peine remis de ses blessures et il se désinscrit du programme ! Je ne comprends pas : nous avions pourtant tout fait pour lui. Nous avons gonflé ses résultats aux Aspics, mis en avant son héroïsme dans la Gazette… Mais Potter est imprévisible : c'est ça qui le rend dangereux !

- N'y a-t-il aucun autre moyen de le surveiller de près ?

- Je n'en sais rien encore. Et c'est ça qui me met tellement en rage ! Il peut tout faire basculer, s'il met son nez dans nos affaires : nos projets, notre influence, notre pouvoir ! Il a la population derrière lui, plus que jamais !

- Vous devriez vous reposer, monsieur. Je peux prendre le relais.

- Oui… Oui… Tu as sans doute raison. Il faut vraiment trouver un moyen de le tenir en laisse, faire baisser son influence potentielle. Et de sauver les fesses de Zorille. Et éplucher le reste des carnets, j'ai trouvé des passages intéressants. Et explorer ce nouvel ouvrage. Et…

- Monsieur, le stoppa l'homme de main.

- Je rentre, finit par capituler son patron en attrapant son habituel chapeau mou. Ma femme et mes enfants ne m'ont pas vu depuis trois jours. Tiens-moi au courant.

- Bien monsieur.

L'homme déposa son sac de voyage sur le sol. Il se dirigea vers le mini frigo qui trônait dans un coin du bureau. Il lui fallait se rafraichir un peu s'il voulait être à la hauteur de la situation. Il était lui aussi très fatigué, mais son patron venait de franchir un cap dangereux : il ne l'avait que rarement vu craquer.

Quand ils s'étaient rencontrés, bien des années auparavant, il lui avait expliqué à quel point la colère était mauvaise conseillère. Bien sûr, il lui était parfois difficile de lutter contre sa nature agressive, dominatrice et ambitieuse, mais il n'était pas arrivé à la place où il était avec les poings. Au contraire. Il avait une nature assez… discrète.

Alors quand son patron avait laissé éclater sa colère devant lui, il avait compris qu'il était dépassé. Le mieux dans ce cas, pensait-il en avalant une eau pétillante, était qu'il se repose. Il était sûr que demain, à la première heure, il aurait élaboré une nouvelle stratégie.

L'homme jeta la petite bouteille, s'étira et songea qu'il était vraiment grand temps de s'occuper du cas Potter…


* Je ne sais pas si on peut parler d'une traduction exacte, mais ça doit normalement signifier la « Vérité sorcière », en roumain.