Chapitre 6 : Nouveaux départs

Partie 2 : Le chant de l'Arbre Creux

Vendredi 4 septembre, matin

Margaux Sanchez serrait Draco dans ses bras, dans une étreinte étonnamment chaleureuse pour quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de profiter de marques d'affection de ce genre. S'il ne serrait pas vraiment Margaux en retour, Draco profitait de la chaleur de celle qui s'était occupée de lui pendant un peu plus de deux mois. Il avait le sentiment d'être materné, mais ça ne le dérangeait pas le moins du monde. Au contraire, c'était… agréable.

- Promets-moi que tu m'écriras de temps en temps. Et tu reviendras me voir pendant les vacances, n'est-ce pas ?

- C'est promis, affirma le jeune homme.

- Tu pars un peu trop tôt. Moi qui pensais pouvoir profiter de toi encore aujourd'hui…

- Je sais, marmonna Draco. Mais je n'en peux plus.

Margaux acquiesça. Elle comprenait. Chaque année, c'était le même cirque. Des dizaines d'étudiants débarquaient du monde entier avec l'espoir de pouvoir entrer au Palais. Et ils investissaient la ville bruyamment. Draco était déjà un sorcier stressé de nature, mais elle l'avait vu angoisser plus que de raison depuis deux jours. Ramon, lui, avait toujours adoré cette ambiance festive et il était probablement en train de faire connaissance dans la ville.

- Bien. Tu as pris de quoi manger en attendant l'ouverture des grilles ?

- Oui.

- Et à boire ?

- Oui.

- Tu vas me manquer.

Draco lui sourit et osa, pour la première fois depuis qu'il était arrivé à Fineborough, l'embrasser sur la joue. La vieille femme gloussa et le laissa enfin partir. Elle avait grandement allégé sa malle et lui avait ajouté des roulettes pour qu'il puisse la tirer tranquillement aujourd'hui. C'était que, malheureusement, il était toujours incapable d'utiliser la magie sans baguette, malgré sa bonne volonté.

Quand il passa les limites du domaine Sanchez, il eut la surprise de passer entre les deux gargouilles de pierre qu'il avait vues la toute première fois où il était arrivé. A nouveau, il eut l'impression qu'elles montaient la garde. Il se demanda à quelle magie Margaux faisait appel, mais ne chercha pas plus loin. Ses deux animaux, sachant probablement déjà où il se rendait, le dépassèrent. Kerta passa au dessus de lui et Oline se glissa entre ses jambes avec souplesse.

Avant de monter au Palais, il avait choisi de descendre vers la ville pour dire au revoir à Ethan et à certains marchands avec qui il avait connaissance durant ces deux premiers mois d'exil. Il fut assez surpris des « au revoir » chaleureux et des encouragements de ces gens.

Il arriva bientôt devant le petit magasin de fruits et légumes, fier d'avoir su éviter les différents groupes de jeunes gens qui déambulaient dans les rues, et sonna à la porte. Il était tôt, comme l'avait souligné Margaux, et la boutique d'Ethan n'était pas encore ouverte.

- Bonjour Draco. Je vois que tu es prêt à partir, remarqua Ethan en voyant le jeune homme vêtu d'habits de randonnée légers.

- Oui. Mais je voulais quand même te dire au revoir.

- Viens là.

Ethan attrapa Draco pour une accolade aussi chaleureuse que celle de Margaux, bien que différente.

- Draco ? fit la voix d'Annette, la femme d'Ethan. Oh ! Tu t'en vas déjà ?

- Oui, madame, répondit le sorcier blond.

La femme enceinte s'avança vers lui et le pressa doucement contre elle. Cela semblait être une mode, à Fineborough, de serrer les autres dans ses bras. Seulement, l'étreinte d'Annette, qui faisait attention à son ventre rond, était résolument plus douce que les autres.

- Tu nous écriras, n'est-ce pas ? demanda la jeune femme joyeusement.

- J'essaierai, dit Draco en souriant. Et vous me direz quand le bébé sera né.

- Bien sûr ! s'exclama Ethan fièrement. Bonne chance pour ton entrée au Palais. J'y crois.

Draco leur fit un petit signe de la main et partit enfin pour le Palais. Il avait vu tous ceux qu'il voulait voir. Il ne vit pas Ethan se retourner vers l'intérieur de sa boutique et ne l'entendit pas s'adresser à un jeune homme resté dans l'ombre.

- Tu es sûr de ne pas vouloir lui dire au revoir ?

- Non, merci. Je ne pense pas que ça l'aurait intéressé. Et puis… dit Christobald avec hésitation, à quoi ça servirait de renouer contact si je dois me retrouver enfermé…

Ethan ferma la porte, assez fier de la décision du jeune homme de traduire ses parents en justice et de faire face lui-même à ses actes. Il ébouriffa les cheveux de Christobald qui avait dû retirer ses piercings quelques jours plus tôt.

- C'est bien mon garçon. C'est une sage décision.

De son côté, Draco était assez heureux de l'idée de Margaux d'ajouter des roulettes à sa malle. Les moldus, enfin les non-sorciers, qui ne pouvaient pas faire léviter leurs affaires avaient une imagination fertile quand il s'agissait de faciliter leur vie de tous les jours. En tout cas, ces roulettes aidaient grandement alors que le chemin de terre était déjà assez difficilement praticable.

Il connaissait assez bien la forêt, puisqu'il l'avait traversée en long, en large et en travers chaque matin ces dernières semaines. Mais il n'était encore jamais allé du côté du Palais. Margaux s'y refusait. La barrière était trop dangereuse, selon elle. Curieusement, monter vers l'école lui prenait des heures : les gens du village n'avaient pas menti en disant qu'elle n'était pas facilement accessible.

Même s'il marchait à l'ombre des arbres et que l'hiver n'avait jamais été si proche, le jeune sorcier se sentait écrasé par la chaleur. Il s'arrêta un instant pour grignoter du fromage : il devait être midi. Quand il se remit en route, il lutta contre la fatigue. Un étrange mal de tête sourd s'était réveillé et l'épuisait.

Bientôt, il crut apercevoir la barrière, la limite du domaine du Palais. Ho ! Ce n'était pas une barrière physique, mais Draco pouvait voir l'air bouger et l'image des arbres devenir parfois floue sous l'effet de la magie. Comme dans les cas de grandes chaleurs.

Une sorte de petit chemin, recouvert de feuilles, semblait courir le long de cette barrière. Il semblait également bénéficier de plus d'ombre que le reste de la forêt et Draco s'y engagea avec délices. Oui, il faisait beaucoup plus frais et son mal de tête semblait s'être évaporé. Il avait l'impression d'avoir l'esprit plus clair et soupira de bonheur. Un éclat doré attira soudain son regard, plus loin sur cette petite route. Fasciné, il lâcha sa malle et avança pour le rejoindre. La forêt semblait se joindre à lui dans un murmure doux et encourageant.

- Draco ! cria une petite voix qu'il ne voulut pas écouter.

- Draco ! cria une autre petite voix, bien qu'il passât outre.

- Il n'entend pas !

- Il est pris !

- Attrapez la branche qui est là et tirez. Encore ! Ho hisse !

Draco, seulement obnubilé par l'éclat doré qui se montrait parfois au loin, ne regardait pas où il mettait les pieds. Aussi, la branche basse qui fut mise en travers de son chemin le fit basculer et tomber.

- Outch ! grogna-t-il sourdement quand il rencontra le sol.

- Draco, tu m'entends ?

Draco, qui n'avait pas eu conscience d'avoir fermé les yeux, les ouvrit pour tomber nez à nez avec un lutin.

- Rudolph ? Mais qu'est-ce que vous faites ? demanda-t-il en apercevant derrière lui d'autres lutins farceurs.

- La forêt t'a appelée, dit le lutin d'une voix angoissée qui ne lui était pas habituelle. Tu dois aller de l'autre côté. Tu dois aller au Palais.

Draco se releva et s'épousseta en regardant derrière lui. La valise qu'il avait lâchée il y avait à peine quelques secondes – du moins était-ce son impression – n'était déjà plus qu'un petit point à l'horizon. Effrayé soudain, en s'apercevant qu'il n'avait pas été lui-même pendant un temps indéfini, Draco remercia les lutins.

L'éclat doré attira encore son attention, tout comme les murmures de la forêt, mais les cris des lutins le ramenèrent une fois de plus à la conscience.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il, un peu paniqué.

- Suis-nous et écoute-nous, on va te raconter, dit Rudolph.

En se concentrant sur les voix des lutins, qui avaient décidé de l'accompagner jusqu'aux grilles, Draco arriva bientôt jusqu'à sa malle abandonnée. Il la saisit et continua à s'éloigner du chemin sombre qui lui avait parut si attirant tout à l'heure et qui semblait si effrayant maintenant.

- C'est la source, expliqua Rudolph. A certains endroits, elle a été pervertie.

- C'est à cause des mauvais sortilèges.

- Et des mauvaises actions, renchérit un autre lutin.

- Il y a des endroits de la forêt qui son devenus dangereux, à cause de la source, et qui cachent des monstres maintenant.

- Mais ils attirent des animaux, d'habitude.

- Les humains n'ont pas de problème, en général, continua Rudolph.

- Alors, reprit Draco, ça veut dire que j'y suis plus sensible que les autres, c'est ça ?

- Apparemment, confirma Rudolph.

- Mais pourquoi moi ? Est-ce que c'est parce que je suis un rêveur ? demanda le sorcier blond.

Le silence et les haussements d'épaules des lutins autour de lui furent assez pour lui faire part de leur ignorance, mais Draco se demanda s'il ne devait pas faire des recherches à propos du rêveur et des sources. S'ils étaient liés, il comprendrait peut-être mieux son rôle.

Et bien qu'il ne soit pas pressé de découvrir ce qu'il en était, il pourrait peut-être faire quelques recherches sur ces fameux « Temps Sombres », ainsi que sur les mots de Doe qui, parfois, lui revenaient en mémoire. Qu'étaient donc les gardiens ? Et que représentait réellement cette histoire d'équilibre, pour le monde magique. Qu'est-ce qui pouvait déclencher ce cauchemar dont il avait rêvé ? Pouvait-on l'éviter ?

Au bout d'un certain temps, il aperçut une trouée dans les arbres, et il ne put détacher ses yeux de l'entrée étrange du Palais. En plein milieu des arbres et cachées aux yeux de qui ne la cherchait pas, se trouvaient deux grandes portes en fer forgé. Hautes et élancées, elles étaient composées d'entrelacs complexes qui semblaient raconter une histoire.

Draco sentait que la petite clairière devant les grilles était une sorte de havre de paix : aucune magie négative ne venait la perturber. Les lutins, ayant accompli leur devoir, s'éparpillèrent entre les arbres et disparurent. Le jeune sorcier était visiblement le premier sur les lieux : il s'approcha des grilles. Si l'on ne voyait à travers elles qu'un simple chemin de terre conduisant probablement au Palais, on pouvait apercevoir des tours au loin, dominant la forêt et éclatantes sous le soleil.

La vision était pleine de promesses, mais sachant désormais à quel point les apparences pouvaient être trompeuses, il décida d'attendre un peu avant de se faire un avis. Il voulait voir par ses propres yeux si le domaine ressemblait à la description d'Igor, qui disait que c'était un endroit merveilleux. Il scruta enfin les alentours. Dans cette petite clairière bien entretenue étaient éparpillés quelques bancs de pierre. Sachant qu'il était à l'avance, Draco s'assit en silence à l'ombre d'un arbre, et ferma les yeux, fatigué par sa marche et ses émotions.

Il fut réveillé au crépuscule par un groupe d'une cinquantaine de jeunes gens, probablement ceux qui avaient envahi la ville ces derniers jours. En ouvrant les yeux, il tomba nez à nez avec un jeune sud-américain au sourire éclatant. Ramon…

- Bonjour ! Enfin, bonsoir ! Tu es là depuis longtemps ? Tu savais que la rentrée se ferait vers minuit ? Et qu'il n'y a jamais eu autant de prétendants pour entrer au Palais ?

Draco grinça des dents, sentant son mal de tête revenir au grand galop. Mais pour éviter de toujours avoir le mauvais rôle et pour ne pas faire mauvaise impression sur ses potentiels futurs collègues qui écoutaient avidement, il décida de faire un effort et de répondre à l'enthousiasme de Ramon.

- Je suis là depuis le début de l'après-midi. Non, je ne savais pas que l'entrée se ferait tard et non, je ne savais pas qu'on était plus nombreux que d'habitude.

- Tu viens d'où, toi ? lança quelqu'un parmi les étudiants qui l'entouraient.

- L'Angleterre ! s'exclama Ramon. Tu sais, reprit-il pour Draco, c'est super ! Je ne te l'ai pas dit ? J'ai de la famille là-bas ! D'ailleurs, c'est drôle parce que mon cousin par alliance…

C'est à ce moment là que le ventre de Draco, coupant Ramon dans son élan, se mit à gargouiller fort peu élégamment. Draco fit une grimace et soupira : après tout, il n'avait qu'un morceau de fromage dans le corps. Le sourire de Ramon grandit encore, si toutefois cela était possible, et il lui tendit une énorme miche de ce qui semblait être du pain, qu'il venait de sortir de sa besace.

- Vas-y, j'en ai toujours plein dans mon sac !

- Mais… C'est sucré ! s'exclama le sorcier après avoir mordu dans le pain.

- Oui. C'est moi qui les ai faits, ajouta le jeune brun rayonnant. Mamie me les a laissé faire cet après-midi. Elle sait que j'adore et que ça risque de me manquer au Palais.

Il resta ensuite étonnamment silencieux, lui laissant le temps de manger. Draco en profita pour l'observer à la dérobée, comme il le faisait parfois : Ramon avait de beaux cheveux bruns et des yeux noirs particulièrement brillants. Il lui rappelait souvent Blaise et c'était à la fois plaisant et blessant.

- Tu penses aller dans quelle spécialité ? lui demanda Ramon, pensif.

C'était rare qu'il ait un visage sérieux : il était du genre à sourire tout le temps et à être amusé pour un rien.

- Une spécialité ? De quoi est-ce que tu parles ?

- D'une des quatre spécialités dispensées au palais. Tu sais ? Les Hibouleaux, les Faucochênes… Les spécialités quoi…

- Je ne comprends pas, avoua Draco en s'apercevant que ni Igor ni Ramon ne lui en avaient parlé avant. Ce sont des sortes de « maisons », c'est ça ?

- Oui, dit-il à nouveau souriant de toutes ses dents, mais les maisons c'est quand on est jeune ! On est étudiants maintenant, on entre en spécialités. Tu te rends compte on sera considérés comme des adultes à part entière ! C'est cool.

Draco grimaça. « C'est cool. » Ramon avait parfois des expressions totalement… populaires.

- Moi j'espère devenir Faucochêne, reprit Ramon, parce que je veux être rapide et efficace pour soigner les autres ! Tu vois le problème, tu l'enlèves, et hop ! Ton patient est guéri. Et comme ça, tu peux en soigner des tas dans ta journée. Et tu peux te faire plein d'argent, ajouta-t-il en murmurant, avec un clin d'œil appuyé et le sourire revenu.

Une jeune fille à la longue chevelure noire, que Draco avait remarquée plus tôt, renifla avec mépris. Draco sourit légèrement en se disant qu'elle l'avait devancée, et qu'il aurait bien fait la même chose. Mais en même temps... au fond de lui, cette attitude le dérangea.

- Rustre ! s'exclama-t-elle. Faucochêne… C'est ridicule ! La force à l'état brut, alors que pour soigner correctement, il faut de la subtilité alliée à la puissance ! Les Roselunes font des médicomages rares, les plus doués.

- Tu parles, Cathy ! Ajouta une troisième fille. On en a déjà parlé au village ; les trois quarts partent avant d'avoir terminé leurs trois années. Ceux qui restent font des médicomages brillants, d'accord, mais de toute façon, passer par Roselune les rend trop imbus d'eux-mêmes. Du coup, ils sont peu appréciés des autres médicomages, et surtout des clients.

Draco pensa que s'il ne voulait pas être détesté à nouveau, ni se retrouver avec des gens qui ressemblaient à Cathy la brune, il ne devait pas aller à Roselune. Mais il trouvait pourtant que la combinaison entre subtilité et puissance correspondait parfaitement à sa vision du métier. C'était comme pour les potions…

En même temps… Si on parlait de puissance, bien sûr, il n'avait plus sa place dans cette maison.

- Ca ne sert à rien de se faire aimer par les malades, dit Ramon en secouant la tête. Tu viens pour les soigner, c'est tout. Il n'y a bien que les Rossisaules pour croire en un lien entre un patient et son médicomage !

Cathy la brune rit doucement, et l'autre fille, croisant les bras, s'exclama : « Et alors, si moi je veux être Rossisaule, c'est pas ton problème ! »

A partir de ce moment là, l'esprit de Draco décrocha de la dispute qui animait les trois autres jeunes gens. Il n'avait pas les codes pour comprendre les arguments des uns et des autres, qui eux semblaient déjà connaître le fonctionnement du Palais.

Le jeune sorcier courbaturé se remit debout et s'avança vers la grille du palais.

« Au moins, » pensa-t-il, « personne ici n'a l'air de me connaître ou même me reconnaître, même si les étudiants viennent d'un peu partout dans le monde. Malgré sa puissance en Angleterre et ses entreprises américaines, mon père et son nom ne sont pas très connus ici… Et c'est tant mieux. Comme ça, personne ne cherchera à me juger et je ne risque plus d'être lynché… »

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Alors que le jeune homme était debout devant les grilles, il vit clairement les derniers rayons du soleil venir frapper les demi-cercles qui attachaient les portes ensemble. Celles-ci s'illuminèrent et s'ouvrirent lentement, invitant les futurs étudiants à entrer. Draco fit quelques pas en arrière, pas vraiment rassuré.

Il restait perplexe devant le chemin vide qui s'ouvrait devant lui. Il s'attendait quand même à être accueilli par des êtres humains. Ou même par des êtres tout court. Il était angoissant de s'engager sur un chemin de terre si étroit, alors que la nuit allait tomber, sans aucun guide jusqu'au Palais.

- Allez ! C'est maintenant que les épreuves commencent !

Ramon, qui venait de pousser ce cri surexcité, s'était déjà élancé à travers les grilles d'un pas alerte, et il n'entendit pas Draco lui demander de quelle nature étaient ces « épreuves ». Fâché, ce dernier tapa du pied, mais son attention fut bientôt attirée par une étrange scène devant lui.

Un jeune garçon en colère semblait donner des coups de poing dans un mur invisible, juste au seuil de la grille. La compréhension de cette scène étrange lui vint lorsqu'une voix montant de nulle part clama : « Tu n'as pas l'âme, tu ne peux pas entrer. »

Une partie des jeunes gens autour de lui passaient les grilles sans aucune difficulté, d'autres comme lui restaient bloqués.

Draco s'avança à son tour, avec l'inquiétude de ne pas être accepté. Il était venu ici sur la proposition soudaine d'Igor, mais il n'avait pas réfléchi plus que ça. Au seuil de la grille, il sentit une faible résistance, pendant peut-être cinq secondes. Il eut un instant de panique réelle et s'imagina déjà devoir se trouver un autre travail. Mais il put finalement passer. Il poussa un soupir de soulagement et s'avança sur le chemin.

En s'enfonçant dans le bois, il desserra le col de son léger manteau. Igor n'avait pas menti en disant qu'un microclimat de chaleur moite régnait sur les terres du Palais. Il ne distinguait rien du domaine, mais il supposa que les bois entourant le Palais étaient plutôt étendus. Il marchait doucement, et beaucoup d'élèves l'avaient déjà dépassé sur ce chemin de terre et de cailloux, mais il s'en fichait. Même si cela impliquait d'être en queue de peloton, il préférait avancer doucement et ne pas avoir de mauvaise surprise.

Il détestait les mauvaises surprises.

Bientôt, une sorte d'arche de bois surgit derrière l'un des coudes du chemin. Le jeune sorcier s'approcha pour tenter de lire le petit écriteau sur l'un des pieux, mais sans baguette et sans Lumos, il avait quelques difficultés. Faisant courir ses doigts sur le bois, déchiffrant les mots gravés, il finit par en comprendre le sens global : il allait entrer dans un labyrinthe et cette voie tortueuse était nécessaire pour atteindre le Palais.

Surpris de cette mise en garde explicite sur la nécessité de suivre un chemin tortueux, Draco supposa qu'il valait mieux ne pas tenter de forcer les murs de végétation qui composeraient le labyrinthe. De toute façon, même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas pu effectuer la magie nécessaire pour trouer la végétation. Sa baguette lui manquait vraiment…

Haussant les épaules, il décida qu'il n'avait plus rien à perdre, donc autant qu'il essaie d'aller au bout. Tout bêtement, son esprit pratique prit le dessus et il décida de toujours prendre à droite à chaque fois qu'il aurait le choix des croisements. Peut-être lui faudrait-il la nuit entière pour réussir, mais il était sûr de s'en sortir de cette manière.

Il passa le portail et constata que les arbres et les buissons formaient effectivement un « mur » dense. Et il faisait beaucoup plus sombre encore, dans cette partie du bois. Frissonnant – son sentiment de vulnérabilité ayant pris le pas sur le reste – il prit à droite au premier croisement. Et encore. Et encore. Il revenait parfois sur ses pas, mais cela ne l'inquiétait pas.

Peut-être marchait-il depuis une demi-heure déjà. Il avait aperçu deux ou trois fois ses futurs camarades courir dans tous les sens et en avait même croisé un qui se reposait en tailleur dans le chemin, écrasé par la fatigue de la journée et la chaleur de la nuit.

Draco, lui, se félicita d'avoir tant marché avec Margaux, d'avoir dormi tout l'après-midi et d'avoir choisi des vêtements de marche légers grâce à la mise en garde d'Igor – à l'époque où il préparait son départ en exil, avec sa mère. Il avait probablement un peu gagné en endurance…

Cependant, cela ne l'empêchait pas d'avoir relâché son attention en s'apercevant qu'il ne croisait que peu de bêtes et aucune vraiment dangereuse. Quelques rongeurs, quelques oiseaux de nuit, une nuée de chauve-souris. Il n'avait plus peur des chauves-souris : il avait appris à faire avec, pour le jour où la belette femelle voudrait encore lui lancer un de ses sorts de Chauve-furie.

Quelques étranges éclats de couleur, parfois, surgissaient ici ou là en la faisant sursauter, mais ils disparaissaient dés qu'il tournait la tête dans leur direction.

Il sursauta une nouvelle fois, mais c'était seulement un futur élève à moitié paniqué parce qu'il ne trouvait toujours pas la sortie. Draco haussa les épaules en le voyant se précipiter dans une allée qu'il savait être un cul-de-sac. Cela ne servait à rien de paniquer. Avec un peu de méthode, il était toujours possible de sortir d'un labyrinthe. Et lui avait de quoi manger et boire dans son sac : il n'était donc pas inquiet.

Draco se souvint à quel point la forêt de Poudlard lui faisait peur, à l'époque. Aujourd'hui, après avoir vu et vécu bien pire dans des lieux dits « civilisés » et dans son propre manoir, il ne considérait plus une forêt, même la nuit, comme un lieu si dangereux. C'était vrai qu'il sursautait et sentait monter l'angoisse, parfois, quand un mouvement brusque faisait bouger les branches ou quand le bois devenait bien trop silencieux. Mais ce n'était en rien de la peur…

La peur, c'était ce sentiment qu'il avait éprouvé une fois très fortement, un soir, alors qu'il s'était aperçu que parfois, il n'y avait d'autre issue que celle de fuir et se cacher pour tenter de se préserver. C'était l'impression d'avoir le ventre rongé par l'impuissance et la colère, et en même temps l'impression qu'il allait se faire dessus quand l'idée fugace d'être aperçu, débusqué, lui venait à l'esprit.

Certains auraient dit lâcheté – il n'en doutait pas en se souvenant de la tirade enflammée de la Weaselette, le jour où il avait pris le bateau pour son premier jour d'exil. Mais lui n'en démordrait pas. C'était la peur. Et rien ne pouvait égaler ce fameux soir où il avait assisté à l'une des scènes les plus traumatisantes de sa vie. Ce soir qui l'avait rendu malade des heures, enfermé dans l'une des salles de bains du manoir.

Il ne pensait pas à son lynchage par les Gryffondors ou à la torture qu'il avait vécue sous la lame de la folle Samson. Non. Même pas. Il pensait à Pansy. Il pensait à Greyback, à Parkinson sénior et à cette brute de Rabastan Lestrange. Il pensait à ce soir-là où il avait voulu descendre discrètement en cuisine pour un en-cas – les elfes de maisons étant presque tous déjà morts sous la torture et les jeux sadiques des Mangemorts – et à cette porte entrouverte…

Si seulement il n'était pas descendu ce soir-là, s'il n'avait pas été curieux à causes des bruits étranges qui lui parvenaient, alors peut-être n'aurait-il jamais eu ces cauchemars qui lui donnaient envie de hurler et de tout briser sous son passage.

Il était d'autant plus affecté par l'ignoble torture qu'il avait entrevue, que Pansy et lui avaient toujours été proches. Pendant leur scolarité, ils avaient de nombreuses fois apprécié l'humour caustique et les vacheries qu'ils s'échangeaient. Si elle ne s'était pas tournée vers cet abruti de Dean Thomas, peut-être même auraient-ils fait le choix de passer le reste de leur vie ensemble. Ils n'étaient pas amoureux mais partageaient les mêmes goûts et des valeurs proches…

Et aujourd'hui encore, cette scène qu'il n'avait qu'aperçue avant de s'enfuir à toutes jambes, cette scène le révulsait et était capable de lui retourner l'estomac.

Draco était sadique, certes. Il appréciait le pouvoir que sa cruauté lui avait parfois conféré. Mais cette cruauté ne s'était exercée que par les mots. Et il n'était pas si lâche qu'il puisse lever la main ou la baguette sur une femme. En fait, il ne se serait jamais permis de toucher, de briser une jeune femme de cette manière, qu'elle soit moldue ou sorcière.

Draco s'arrêta un instant et lutta contre l'envie de se recroqueviller pour laisser libre cours à son chagrin. Ces souvenirs étaient traumatisants et ils avaient rendu Pansy à moitié folle…

Mais surtout, il savait que même en devenant médicomage, il resterait aussi impuissant devant son état actuel qu'à l'époque, dans le manoir. Car jamais il ne pourrait lui rappeler que son propre père avait joué avec elle pour mieux la renier. Jamais il ne lui rappellerait ce qu'elle était devenue pour les Mangemorts en manque.

Il avait mal, mais à chaque fois que son esprit s'égarait sur ses souvenirs de la jeune femme, il pensait que son état de débilité actuel était le mieux qui lui soit arrivé.

Finalement, il se secoua et reprit sa marche, s'interdisant cette fois la moindre pensée.

Il arriva enfin à la sortie – une deuxième arche de bois clair – après un temps qu'il était incapable de définir, et s'approcha de la nouvelle pancarte.

« Félicitations pour être arrivé jusqu'ici. Le Palais est plus loin : vous pourrez apercevoir l'une de ses tours sur votre gauche. »

Draco tourna la tête et aperçut effectivement une tour claire se détacher sur le ciel noir. C'est qu'une fois sorti du labyrinthe, avec la pleine lune, il ne faisait plus si sombre. Il eut un sourire en coin en songeant que ce panneau faisait très publicitaire.

« Mais prenez garde sur votre chemin, »déchiffra-t-il ensuite, « car seul le Palais vous apportera l'illumination. »

Draco ricana cette fois.

Les deux panneaux qui marquaient l'entrée et la sortie du labyrinthe ressemblaient beaucoup aux énigmes appréciées par les Serdaigle, même si ici, ils ne posaient aucune question.

L'illumination pouvait faire référence à l'apport de connaissance tout comme – trivialement – elle pouvait faire référence aux lumières du Palais qui attendait l'arrivée des élèves. Et puisque « seul » le Palais pouvait apporter la lumière, il était sans doute nécessaire de finir la route sans Lumos. Mais, encore une fois, Draco s'en fichait. Il n'avait toujours pas de baguette.

Traînant toujours sa malle derrière lui, ce qui avait pu étonner ses camarades aux bagages réduits, il s'avança sur le chemin. Il pouvait voir de temps à autre des légers faisceaux lumineux, au loin, qui devaient provenir de ses futurs collègues. Il n'était pas à l'avance, mais Draco refusait de courir. C'était trop… rustique. Il arriverait quand il l'aurait décidé, un point c'est tout.

Un cri de frayeur particulièrement aigu le fit brusquement frissonner. Effectivement, il valait mieux ne pas attirer l'attention, dans le bois. Tout le monde lui avait dit qu'ils étaient dangereux. Pour autant, il ne s'y sentait pas menacé. C'était un simple bois. Tous les bois avaient des dangers propres.

Le jeune sorcier blond s'arrêta un instant pour observer autour de lui. Un éclair lui attira l'œil, une fois de plus, et il réussit cette fois à apercevoir une silhouette masquée. C'était le masque, doré, qui avait produit l'étrange reflet. Il eut un sursaut et s'éloigna de quelques pas, mais la silhouette disparut presque aussi vite qu'elle était apparue.

Draco s'approcha d'un arbre et brisa une branche assez épaisse pour s'en servir d'arme, au besoin. Puis il reprit sa malle et sa route, plus attentif aux mouvements qui agitaient les bois. De ce fait, il réussit plusieurs fois à apercevoir des silhouettes masquées. Elles arrivaient, le temps d'un reflet, et disparaissaient.

Le cœur battant à un rythme bien trop rapide, il avait encore ralenti sa marche. Pas à pas, il était attentif au moindre bruit. Une feuille bruissant, une course d'animal effrayé, un hululement de hibou… Quand une haute masse surgit devant lui, il hurla, lâcha sa malle et brandit sa batte de fortune d'instinct. Il asséna un coup et la masse qu'il n'avait pas su identifier s'enfuit en gémissant.

Reprenant difficilement son souffle, Draco se demandait à quoi pouvaient rimer ces étranges épreuves. Qu'est-ce que cela signifiait ? Qu'est-ce que le Palais pouvait bien tester ? Reprenant ses affaires et sa marche, le sorcier se demanda un instant comment ses collègues s'en sortaient.

Après quelques minutes de marche supplémentaires au clair de lune, sans avoir croisé un seul de ses camarades, il atterrit au milieu d'une percée dans les arbres, avec au centre une statue de pierre représentant un cheval cabré. « C'est tellement cliché ! Mais on doit se rapprocher du Palais, » pensa le jeune homme. « Que veulent-ils qu'on fasse ici ? Il n'y a rien d'indiqué ! »

Soudain, un gémissement à sa droite le fit sursauter. Il contourna la statue et découvrit Ramon, couché sur le flanc, suant à grosses gouttes. Mais ce qui attira son regard fut plutôt le serpent qui s'était installé sur le corps couché, un gros serpent verdâtre redressé et menaçant.

- Mordred ! s'exclama-t-il, impressionné par cet animal qui l'avait toujours fasciné.

Est-ce que Margaux lui en voudrait s'il s'enfuyait pour mettre de la distance entre lui et cette source de danger ? S'il abandonnait Ramon ? Oui… Sans aucun doute, elle lui en voudrait… Et d'après ce que lui avait raconté Helena, la maman de Ramon, Margaux avait déjà perdu un enfant. Elle serait sans doute très affectée si elle perdait son petit-fils. Pas qu'il s'en soucie, il tenait à ce que ce soit clair : un Malfoy ne s'intéressait qu'à sa propre famille. Mais quand même… Margaux, c'était un peu… sa grand-mère.

Draco lâcha sa malle et s'agrippa à sa branche et s'approcha très lentement. S'il voulait faire fuir l'animal, il devait prendre garde à sa vitesse : beaucoup de serpents étaient tellement rapides qu'on s'apercevait qu'ils étaient sur nous uniquement lorsqu'il était déjà trop tard.

- Va-t-en, le serpent, marmonnait-il tendu, déguerpis… Va-t-en de là. Allez, ouste. Pars bien gentiment…

Draco sursauta et tomba sur les fesses quand, vif comme l'éclair, le serpent partit et traversa la clairière. Loin de Ramon. Le sorcier se releva en marmonnant et s'approcha du garçon étendu. Il était très pâle, presque blanc sous la lune. Pour un sud-américain au teint mat comme Ramon, c'était inquiétant.

- Ramon, tu m'entends ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Serpent… mordu.

Draco se mordit la lèvre : honnêtement, il ne savait pas quoi faire dans ce cas, et aucune des potions de sa malle n'étaient indiquées lorsque du venin de serpent coulait dans les veines d'un malade. En entendant le jeune homme avoir de plus en plus de mal à respirer, Draco défit la ceinture qui maintenait la tunique du jeune homme en place, et la lui retira. Ramon gémit de douleur.

- Je ne vais pas pouvoir te porter jusqu'au Palais… Comment on va faire ?

- Magie…

- Je ne peux pas, rappelle-toi. Ma magie ne me répond plus : je n'ai plus de baguette. Je risquerai de te blesser encore plus…

- Prends… cheval… Mien… enfui.

Draco secoua la tête. Ramon devait déjà avoir perdu l'esprit sous l'action de la fièvre s'il parlait de chevaux : la statue dans cette clairière devait l'avoir marqué. Mais il tenta de le rassurer en lui parlant doucement. Il lui dit qu'il allait en chercher un, que tout irait bien, qu'il ne devait pas s'inquiéter, et d'autres choses dans ce goût là.

Il passa une main dans les cheveux du jeune garçon et fut surpris de les trouver si doux. Il s'était attendu à un toucher rêche et râpeux. Se relevant, Draco se demanda s'il devait appeler à l'aide. Mais il doutait que quelqu'un l'entende sans l'aide de la magie : voilà un moment qu'il n'avait plus eu signe de vie de ses camarades. Par ailleurs, il ne souhaitait attirer l'attention ni des animaux dangereux, ni des silhouettes inquiétantes qui semblaient parfois le suivre.

Pour évacuer l'angoisse qui montait, il longea la lisière de la clairière en marchant rapidement. Que devait-il faire ?

Il fut surpris, soudain, de découvrir une rangée de poteaux dressés dans l'herbe, auxquels étaient attachées des lanières de cuir, un peu comme des longes… Un peu comme dans l'écurie de son père. Il y avait bien eu des chevaux ici, mais il n'y en avait plus désormais… Ramon n'était peut-être pas encore totalement en train de délirer.

Un nuage noir passa devant la lune et la masqua quelques secondes, plongeant la clairière dans le noir complet. Quand il fut passé, Draco fut frappé par la présence imposante de la statue de pierre, éclairée par la lune, et par sa ressemblance avec sa jument alezane, Nymphe, resté en Angleterre.

Las de ne savoir que faire, effrayé et agacé à la fois, le sorcier blond s'approcha de la statue.

- Ça serait sans doute bien plus simple si tu pouvais nous emmener au Palais, n'est-ce pas ? Qu'en dis-tu ? demanda-t-il avec un sourire désabusé, en flattant la croupe de pierre.

Il entendit une sorte de hennissement moqueur et releva la tête, surpris. Il fit le tour de la statue pour vérifier si son ouïe ne lui jouait pas des tours : la statue avait-elle henni ? D'accord, il était sur un domaine magique, mais quand même.

- Tu es prête à nous emmener ? demanda-t-il, incertain.

Mais la statue resta de marbre. Soupirant après sa propre bêtise, Draco retourna auprès de Ramon.

Puisqu'il était sans doute déjà très en retard, le sorcier blond décida de prendre son collègue sur son dos et de le porter jusqu'au Palais. Tant pis pour la malle, il l'abandonnerait. Il souffrait d'avance en imaginant le corps lourd du sorcier brun peser sur son dos, mais il ne se sentait pas de le laisser là. C'était sans doute la mauvaise influence de Margaux.

Draco s'accroupit près de Ramon et lui demanda de s'agripper à ses épaules le mieux possible. Mais quand il tenta de le soulever, il eut beau tenter de se redresser, il n'y parvint jamais.

« Par Mordred, je ne suis pas assez fort », pensa-t-il. « Normalement, c'est Potter qui saurait quoi faire, c'est lui le héros… Il serait capable de porter Ramon et ma malle sur le dos, cet idiot. Mais je n'ai pas besoin de lui ! Je devrais pouvoir le faire… Allez, on réessaie. »

Draco se pencha à nouveau, et tenta de prendre Ramon pour le porter à la manière d'une jeune mariée. Réussissant à se redresser, il avança doucement de quelques pas et tituba sous le poids du jeune homme.

- Tu devrais arrêter le pain sucré, c'est mauvais pour ta ligne ! râla-t-il en direction de la masse tremblante qu'il portait.

Il entendit à nouveau un hennissement moqueur – il n'avait donc pas eu d'hallucination – presque un rire, même. Se moquait-on de lui ? Scrutant méchamment l'obscurité devant lui, il aperçut un éclat argenté, mais pas le même genre d'éclat que les masques qui surgissaient de l'obscurité. C'était beaucoup plus imposant.

Et soudain, une licorne jaillit des fourrés, juste devant lui. Surpris, il voulut reculer mais il tomba sur les fesses, à nouveau, Ramon l'écrasant de tout son poids. Cette fois, il en était sûr, c'est bien de lui que se moquait la licorne, couchée sur le flanc, étalée sur le sol.

- Ça te va bien de te moquer, stupide canasson tu pourrais m'aider plutôt ! Râla Draco en repoussant Ramon sur le côté.

Pestant à nouveau en voyant l'état lamentable de ses vêtements, il ne vit pas l'animal s'approcher de lui. Quand il s'en aperçut, il eut un sursaut de surprise de la voir si proche et faillit une fois de plus tomber sur les fesses. La licorne le dominait de toute sa taille il fut plutôt surpris de voir un tel animal aussi grand. Et même un tout petit peu effrayé. Mais un tout petit peu, hein !

Draco fut mal à l'aise : l'impression d'être inspecté et jaugé, sans doute. Il détestait ça. Ce genre d'animal n'aurait jamais dû l'approcher, d'abord ! Les licornes étaient faites pour les jeunes filles vierges et innocente, pas pour les anciens Mangemorts en exil.

Trois longues secondes passèrent avant que le cheval ne se remette à hennir de rire. Il est vrai qu'il devait avoir l'air bien pitoyable, dégoulinant de sueur, couvert de terre, à parler aux statues et aux animaux qui passaient… Sentant retomber sa colère, Draco émit également un petit rire doux, surpris lui-même de s'entendre produire un son agréable.

L'animal, pas effrayé pour deux sous, fourragea dans la robe du jeune homme à l'aide de sa corne. C'était là qu'il gardait la besace dans laquelle il avait entassé ses provisions. Draco sortit de la poche de tissu le reste du pain que lui avait donné Ramon tout à l'heure et le tendit à l'animal. Celui-ci l'attrapa délicatement, malgré ses grandes dents, et se laissa flatter les naseaux.

- C'est bon ? lui murmura Draco. C'est cet imbécile, là-bas, qui les a cuisinés… Tu ne voudrais pas l'aider ?

La licorne s'approcha de Ramon en trottinant. Elle était tellement grande… Prenant le geste comme un oui, il murmura un remerciement – une fois n'est pas coutume – et redressa son compagnon pour le hisser en travers du dos de l'animal. La licorne fit quelques pas, mais Ramon n'était plus assez conscient pour se tenir lui-même et glissait petit à petit. Se résignant totalement à abandonner sa malle derrière lui, Draco se hissa sur la licorne à son tour.

Se couchant à moitié sur le corps de son camarade pour le maintenir de son poids, il s'accrocha d'une main à la crinière presque blanche de l'animal, et maintint la tête de Ramon de l'autre, pour éviter qu'il ne se cogne ou se rompe le cou pendant la chevauchée.

L'animal, sans attendre un geste de sa part, partit au triple galop. Draco ne savait pas si la licorne avait compris leur désir de se rendre au Palais, mais il n'avait aucun moyen de la guider. Elle allait à une vitesse surnaturelle entre les arbres : il n'y voyait rien. A chaque seconde, il avait l'impression qu'ils allaient s'encastrer dans un arbre qui surgissait devant eux. Il devait se concentrer pour rester sur la licorne, dont les muscles puissants roulaient et faisaient glisser Ramon à droite et à gauche, alors qu'il n'avait qu'une poignée de crins à laquelle se raccrocher.

Il fit un magnifique vol plané quand la licorne arrêta brusquement sa course à la fin du bois. Le visage dans la terre, Draco eut envie de se rouler au sol comme quand il était petit, pour montrer sa colère. Il se contenta cependant de donner quelques coups de poing rageurs dans l'herbe. Parce qu'évidemment, son visage avait atterri dans le seul endroit où il n'y avait pas d'herbe.

- Hé ! s'exclama quelqu'un. Ça va ? Vous êtes déjà là ?

Draco releva la tête et eut le souffle coupé. Devant lui, trois jeunes gens descendaient les marches de ce qui devait être le Palais. Effectivement, on pouvait dire qu'il était lumineux ! Tout en hauteur, les lignes aériennes et les fenêtres nombreuses, le Palais des Bois avait quelque chose d'impressionnant. Tout en se levant, Draco continua à lever le visage. La plus haute tour du Palais se perdait dans la nuit, loin, haut.

- Moi, ça va, répondit Draco à ceux qui venaient de les atteindre. C'est mon ami qui va mal : il s'est fait mordre par un serpent.

Il désigna Ramon qui était tombé au sol, lui aussi, alors que la licorne avait disparu.

- Merlin ! s'exclama une étudiante, depuis combien de temps ?

- Je n'en ai aucune idée, avoua Draco en secouant ses vêtements.

Les jeunes gens prirent le malade en charge et Draco monta les marches. Elles étaient étonnamment en bois. Un bois qu'il était incapable de reconnaître, mais qui était plutôt clair et très solide. Arrivé dans le hall, il haussa les sourcils. Un arbre gigantesque trônait au milieu de la pièce.

- Bienvenue ! s'exclama une jeune fille rousse en venant à sa rencontre. Tu as été drôlement rapide, dis-moi ! C'est impressionnant. Suis-moi, le buffet est à côté. Tu vas pouvoir te reposer en attendant que tout le monde arrive.

Draco ne répondit pas et suivit l'étudiante. Comme tous ceux qu'il avait croisés, ils étaient vêtus d'une longue robe blanche à capuche et apparemment légère, retenue par une ceinture de couleur. Dans une pièce annexe au Hall, de longues tables regorgeaient de nourriture et de boissons pour accueillir les nouveaux élèves. Plusieurs étudiants vinrent à sa rencontre pour faire sa connaissance.

Après quelques minutes de présentations qui lui passèrent loin au-dessus, on finit par lui demander ce qu'il avait pensé des épreuves. Avec une moue dubitative, il avoua qu'il avait du mal à en saisir l'intérêt. Mais avant qu'ils puissent entamer une discussion, deux élèves entrèrent à leur tour dans le hall.

Draco suivit les autres étudiants pour les accueillir. L'un d'eux était un jeune sorcier qui – du point de vue même de Draco – était très charismatique. On lui sentait une personnalité forte voire écrasante, mais il avait un visage qui permettait d'adoucir cette impression. La seule chose qui gâchait un peu le tout était cet air énervé lorsqu'il regardait la sorcière qui était entrée en même temps que lui.

Quant à cette dernière, Draco reconnut sans mal Cathy, la jeune femme qui semblait mépriser une partie de ses camarades. D'ailleurs, le regard qu'elle lançait à son compagnon était mauvais.

Comme tout le monde les accueillait et que les discussions s'enflammaient, Draco préféra s'éclipser un peu plus loin, derrière l'une des tables du buffet. Il observait son environnement. Il ne connaissait rien de cette école, de ses règles, de son fonctionnement. Alors que ses futurs camarades de promo arrivaient les uns après les autres, il observait les anciens. Pouvait-il apprendre d'eux ce qui l'attendrait cette année ?

Enfin, les derniers élèves attendus entrèrent, accompagnés par ce qui semblait être leurs futurs professeurs, puisqu'ils n'étaient pas vêtus de l'uniforme des étudiants. Ramon arriva également dans la salle et s'approcha de lui dés qu'il l'aperçut.

- Merci Draco, fit-il avec un sourire pétillant, merci de m'avoir emmené jusqu'ici.

- Comment as-tu fait pour te faire mordre par un serpent aussi gros ? demanda Draco.

- Ce n'est pas de ma faute, grogna Ramon. J'ai eu l'impression de reconnaître Cathy qui me lançait ce serpent. C'était une fille, en tout cas, et elle le tenait bien avant de me l'envoyer. C'était fait exprès. C'était de la triche.

- De la triche pour quoi ?

- Pour arriver premier !

- A quoi ça aurait servi ? Ça change quelque chose ?

- Non, rien. Mais ça donne une bonne impression à l'équipe. Tu t'es donné à fond pour arriver jusque là, quoi. Tu es motivé. Voilà ce que ça dit, quand on arrive premier. En tout cas, grâce à toi, on a passé les portes les premiers, dit-il en jubilant.

Draco sourit en coin. Arriver en premier ou en dernier, l'essentiel était plutôt d'arriver en un seul morceau, selon lui. Quelqu'un frappa dans ses mains et coupa leur conversation.

- Merci à tous les élèves de se rassembler au milieu du Hall !

Draco avança et imita les autres nouveaux élèves qui s'étaient installés en tailleur sous le feuillage de l'arbre. Quatre personnes entrèrent dans le hall et Draco dut se contorsionner pour les voir. Quatre personnes qui portaient des masques et des robes colorées.

Blanc et noir, bronze et rouge, argent et bleu et enfin, or et vert. Draco haussa un sourcil : il ne fallait pas être un sorcier pour comprendre le symbole des quatre saisons. Les masques étaient de la même couleur que les ceintures qui retenaient les robes blanches des élèves.

En observant mieux, Draco s'aperçut que le long des quatre murs de la pièce étaient rassemblés des élèves qui portaient des ceinturons de même couleur. Probablement les quatre nouveaux arrivés correspondaient-ils aux silhouettes qu'il avait pu apercevoir dans les bois. Probablement étaient-ils également les responsables des quatre spécialités, chacune rassemblée d'un côté du Hall.

- Dis Lina, tu ne trouves pas que c'est chouette d'être de ce côté-ci de la répartition cette année ? chuchota une voix derrière Draco.

- Mais oui sœurette, mais oui… acquiesça une seconde voix.

- Tu te souviens comme j'avais eu peur ? gloussa la première voix.

- Je me souviens.

- Heureusement que tu étais là.

- Comme toujours, sœurette, comme toujours.

Draco se retourna discrètement pour voir qui étaient les deux élèves qui chuchotaient derrière lui : un coup d'œil rapide lui révéla deux jumelles aux cheveux fauves, accroupie comme pour se cacher.

D'après leur discours, elles faisaient déjà partie de l'école. Mais elles ne portaient pas les tenues blanches réglementaires… Pourtant, est-ce qu'elles ne devraient pas être à l'écart des nouveaux élèves elles aussi ? Avec tous les autres ? En tout cas, leur comportement n'était pas fort différent de celui des étudiants du Palais : elles étaient absorbées dans la contemplation du tronc de l'arbre.

- Regarde Aline, régale-toi, ça commence…

Effectivement, Draco perçut un bruissement grandissant dans le Grand Hall. Une voix légère s'éleva et une femme brune à la peau extraordinairement foncée sembla sortir du tronc de l'arbre. Vêtue de vert et de bottes sombres, elle était grande et semblait sans âge.

- Mes chers enfants, je suis heureuse de vous accueillir au Palais des Bois, une académie entièrement dédiée à la médicomagie. Je suis la directrice de cette école. Vous ne me verrez pas dans les couloirs et je n'ai pas de bureau, mais si vous avez besoin de moi, venez en faire la demande sous ce feuillage.

De la main, elle désigna les ramures gigantesques de l'arbre qui semblaient former le toit du Grand Hall.

- Je souhaite que chacun d'entre vous, au bout des trois ans de formation que nous dispensons, fasse honneur à notre réputation en répandant son savoir par le monde et en allant soigner avec tout son savoir-faire, et sans aucune discrimination, chaque être vivant qui en fera la demande.

Elle fit une pause et sourit comme l'aurait fait une grand-mère fière de ses petits-enfants, balayant toute la salle du regard.

- L'aube va se lever dans quelques heures et vous êtes tous fatigués par votre petit voyage jusqu'ici. Aussi je vous invite sans attendre à suivre avec attention notre répartition en spécialités. L'Arbre prendra en compte votre comportement de cette nuit, vos goûts et vos désirs pour vous trouver la meilleure spécialité, celle dont l'approche vous permettra de maîtriser au mieux et au plus vite le savoir des médicomages.

Draco ne pouvait s'empêcher de penser au Choixpeau. S'il pouvait donner son avis, alors il choisirait une maison dont il n'aurait pas à rougir, mais tout sauf Roselune. L'attitude des autres postulants envers ceux qui se réclamaient de cette spécialité avait été bien trop froide, cet après-midi. Et il refusait de faire les mêmes erreurs que dans sa jeunesse. Il voulait vivre en paix.

- Entrez sans crainte au creux de l'Arbre dès que votre nom sera cité. Laissez-vous porter par la suite des événements, tout sera fait au mieux pour vous.

La directrice s'écarta de l'arbre et alla s'asseoir sur un large siège de bois sculpté, contre l'un des murs de la pièce. Derrière elle était apparu un creux dans le tronc de l'arbre, tout juste assez haut et large pour que quelqu'un puisse s'y asseoir en tailleur.

Installée sur la droite de la salle, l'étrange femme semblait contempler quelque chose au-delà des arches, face à elle, là où s'était tenu le buffet. Elle eut mouvement inattentif de la main gauche, les yeux dans le vague.

Draco fut surpris par le grand bruit derrière lui et, se retournant, il vit que les Grandes Portes étaient désormais fermées. « Elle maîtrise bien la magie sans baguette » approuva Draco, favorablement impressionné. Au moment où les portes claquèrent, une mélodie mélancolique sembla monter entre les branches de l'arbre, partout au-dessus de lui. Draco leva les yeux, les sourcils froncés par le doute : est-ce que son imagination lui jouait des tours ?

- L'Arbre va chanter, Lina ! C'est toujours si merveilleux !

- Je sais, Aline… Ecoute, alors.

Draco, en entendant les demoiselles chuchoter de nouveau, décida qu'il ne rêvait pas et regarda plus attentivement l'arbre devant lui, et notamment son tronc où une étrange bouche de bois, tordue, semblait être apparue de nulle part.

Au temps où le peuple des fées, magie dorée,

Remplissait mes branches de ses cris, belle magie,

Les hommes sont arrivés, avec une maladie.

Et toutes ont trépassé sauf la reine Amalthée.

.

Seule, triste et âgée, elle m'a demandé

De se cacher dans mon écorce, protégée.

.

Et moi encore bien jeune, comme à peine né,

Frémissant de mes feuilles, j'ai accepté.

.

La douce musique sembla à nouveau s'élever entre les branches, plus gaie et entraînante.

Après quatre saisons, elle a fait un seul être de tant d'entités,

Qu'il vous faudra bien tout écouter, afin de comprendre le Palais…

A partir de cet instant, le professeur au masque d'or et à la robe vert pomme s'avança, alternant son récit avec celui de l'Arbre Creux.

- Alors que le printemps chassait le triste hiver des fées, un jeune homme blond comme le blé, au sourcil cendré, de ce refuge malheureux s'est approché. Marchant paisiblement, il semblait rêver.

Sur la plus haute de mes plus hautes branches, un rossignol se mit à chanter, exprimant ma souffrance et celle de ma fée.

- Levant les yeux, le jeune homme demanda : « Toi rossignol, qui chante les airs les plus beaux et les plus ardus, pourquoi es-tu si triste, et ton chant pessimiste ? Nous sommes au printemps. » Et le rossignol vint se poser sur son épaule.

Le jeune homme, féru de poésie, ses vers joyeusement déclama, chassant mon ennui, et celui de la fée en moi.

Et il dit : « Si je pouvais chanter aussi bien que toi, je ne cesserai pas, et j'apporterai réconfort et joie, partout autour de moi ».

- La fée au nouveau souffle parla alors au jeune humain.

Quel est ton arbre préféré ?

- C'est le saule pleureur qui, toutes branches recourbées, protège en son cœur des malheureux les secrets.

Quel est ton rêve ?

- Chanter si bien que ma voix pourrait consoler tous ceux qui m'écouteraient.

Fonds-toi dans mon arbre creux, donne-moi ce réconfort pour guérir mes larmes,

Je te donnerais ce que tu veux, et nous deviendrons une seule âme.

- Et le jeune garçon et son rossignol entrèrent dans l'arbre. Et depuis, l'arbre entre ses branches semble respirer et chanter.

Le professeur ôta son masque et alla le poser dans le creux de l'Arbre Protecteur, puis se retira. Et ce fut au tour du professeur au masque blanc et éclatant, et à la robe noire, de s'avancer et de prendre la parole…

- En plein solstice d'été, une nuit sans étoile ni lune, dans la dense forêt on put voir une grande et étrange silhouette déambuler jusqu'à l'aube. Puis l'être étrange, à la peau noire et aux cheveux d'anges, vint s'installer sous l'arbre creux et resta silencieux.

Au plus profond de mon branchage le plus profond, un hibou aux grands yeux dorés revint de la chasse et, expulsant les chauves-souris qui s'étaient installées dans son nid, il poussa un cri indigné.

- Levant les yeux, le jeune homme demanda : « Toi sage hibou, créature de la nuit qui chasse tes amis, pourquoi es-tu si indigné ? Rien n'est noir ou blanc. » Et le hibou vint se percher sur son épaule.

Le jeune homme, attrapant ses pinceaux, étala des nuances de couleur sur une feuille auparavant immaculée.

Et il dit : « Si je pouvais voir aussi bien que toi la nuit, je saurais alors enfin comment nuancer ses tons gris, et je partagerais la connaissance de ce nouveau monde partout autour de moi. »

- La fée aux yeux à nouveau ouverts parla alors au jeune humain.

Quel est ton arbre préféré ?

- C'est le bouleau qui, noir et blanc, reste le même par tous les temps et donne les meilleurs pinceaux...

Quel est ton rêve ?

- Découvrir sans cesse de nouveaux mondes et de nouvelles nuances, que mes dessins pourraient transmettre au monde entier.

Fonds-toi dans mon arbre creux, donne-moi cette connaissance pour nourrir mon âme,

Je te donnerais ce que tu veux, et nous deviendrons une seule âme

- Et le jeune garçon et son hibou entrèrent dans l'arbre. Et depuis, l'arbre semble avoir un cœur et ses feuilles naissent en mille couleurs.

Le professeur au masque blanc l'ôta également et le posa à côté de l'autre dans l'arbre creux. Draco commençait à comprendre le système de la cérémonie, mais n'avait pas encore saisi le but où le sens profond du récit… Un troisième professeur à la robe rouge sang prit alors la place du précédent, un masque de bronze sur le visage, et éleva la voix.

- Dans la forêt parée aux couleurs de l'automne, on entend des pas cadencés qui résonnent. Quand surgit au milieu des troncs une jeune femme rousse, c'est de saison. Une dague tranchante au côté, toute de cuir parée, la demoiselle flamboyait.

Bien plus haut que ma plus haute branche, un aigle aux plumes de feu volait.

- Levant les yeux, la jeune femme demanda : « Toi l'aigle majestueux qui plane au plus haut des cieux, ô chasseur toujours en guerre, connais-tu le monde de la terre ? C'est important. » L'aigle plongea soudain et loupa de peu l'arbre creux. Il se percha ensuite sur l'épaule de la jeune femme et lui fit cadeau d'un petit animal qui poussait de faibles cris.

Immédiatement, d'un coup de lame tranchant, elle sectionna une de ses pattes blessées, entoura le moignon d'un solide ruban, sans tenir compte de son mécontentement. Effrayé mais guéri, l'animal s'enfuit.

Et la jeune femme dit : « Si je pouvais être aussi rapide que toi, avec ton ouïe, j'entendrais tous les blessés malheureux et pourrais leur mal emporter dés mon entrée en jeu. »

- La fée de quelques années rajeunie parla alors à la jeune humaine :

Quel est ton arbre préféré ?

- C'est le chêne qui, solide et droit, domine la forêt comme un roi et protège ses sujets.

Quel est ton rêve ?

- Etre si vive et si rapide que je pourrais apporter mon aide à tous et les soigner.

Fonds-toi dans mon arbre creux, toi donne la vie avec des armes,

Je te donnerais ce que tu veux, et nous deviendrons une seule âme.

- La jeune femme et son aigle entèrent dans l'arbre. Et depuis l'arbre semble nous regarder et ses feuilles paraissent danser.

Le professeur au masque de bronze l'ayant reposé également fut remplacé par le dernier professeur, à la robe bleu clair. Il portait, lui, un masque d'argent.

- Quand vint le temps de l'hiver, le silence envahit la forêt : on n'entendait plus que le vent siffler. Puis la neige crissa sous les pieds d'une jeune fille vêtue du même manteau blanc que la forêt. Elle vint, mais elle ne dit rien, elle ne fit rien, et s'assit sur une pierre fendue par l'hiver.

Plus haut, si haut que je ne pourrais jamais l'atteindre, la lune pleine s'éleva dans la nuit et darda ses rayons sur cette jeune fille.

Sa peau si blanche s'illumina et ses cheveux noirs étincelèrent comme une nuit aux milliers d'étoiles.

- Levant les yeux, la belle dit simplement : « Toi la lune si mystérieuse qui veille sur notre sommeil, ta beauté me ravit et j'admire ton éclat blanc. »

Alors la jeune fille ne fit rien de plus que fermer les yeux.

- La fée, à qui l'intruse n'avait rien apporté, demanda, intriguée :

Quel est ton arbre préféré ?

- Si je voulais te plaire, je dirai le tien, mais les arbres, je ne les vénère guère : ce sont toutes les plantes qui sont à mes yeux importantes. Et surtout le roseau qui chante.

Quel est ton rêve ?

- Pouvoir communiquer avec le monde entier et continuer à rêver.

Alors ma fée réfléchit, perturbée, et elle dit :

« Fonds-toi dans mon arbre creux, donne-moi tes pensées si étranges,

Je te laisse la liberté, mais je te veux toi qui dérange. »

- Alors la belle alla cueillir un brin de roseau et entra dans l'arbre.

La fée, guérie de ses peurs, de ses rancœurs et de toutes ses souffrances, se détacha de l'arbre et dit :

" Les fées ne sont plus, mais il reste la magie.

Vous m'avez bien guérie. Je crée ce palais,

Et ainsi lui dédie vos personnalités.

Je donnerai nos savoirs à tout humain doué,

Pour que de par le monde se répande la santé."

Le dernier professeur reposa son masque et alla rejoindre les autres. Les quatre masques utilisés par les professeurs semblèrent alors être absorbés par l'arbre, engloutis lentement.

Alors qu'ils disparaissaient, on pouvait entendre s'élever de l'arbre une douce mélodie et un rythme entêtant, les feuilles semblaient littéralement danser, dans tous les sens, sans l'aide du vent. Regardant autour de lui, Draco eut l'impression que tous les élèves étaient comme hypnotisés. Lui-même ressentait une étrange sensation de chaleur et de bien-être.

La voix rauque de l'arbre s'éleva une dernière fois.

Vous êtes comme les enfants

De ces jeunes fondateurs.

Ici en apprenant,

Soyez leurs successeurs.

.

Rossisaules vous êtes compatissants et bons,

Et pour vous consoler s'apparente à un don.

Avec vos chants, vos joies, apportez le bonheur,

Vous êtes le vert espoir, et d'or est votre cœur.

.

Hibouleaux vous êtes grands par l'esprit devant nous,

Et pour vous la recherche est la base de tout.

De vos pinceaux croquez, enchantez les malades,

Vous êtes noirs et blancs, autant bien autant mal.

.

Faucochênes vous êtes comme l'éclair si prompts,

Et pour vous c'est d'abord le résultat qui compte.

Battez mesure en rythme, faites fonctionner les corps,

Vous aimez le rouge feu, et le bronze en décor.

.

Roselunes vous êtes changeant, intelligents,

Et pour vous, pour guérir, il faut être puissant.

Les sentiments des gens, vous traduisez en airs,

Vous êtes bleus et argent, mais vous êtes solitaires.

Et l'arbre se tut.

- Que la répartition commence ! s'exclama joyeusement la directrice du Palais en frappant deux fois dans ses mains.


J'espère que cette cérémonie vous a plu. Il n'était pas évident d'imaginer un pendant à la cérémonie de répartition de Poudlard et à la chanson du Choixpeau. ^^