Chapitre 6 : Nouveaux départs
Partie 3 : Rentrée à Poudlard
Mardi 1er septembre, matin
Il était déjà bien dix heures du matin quand Harry passa les grilles du château de Poudlard. Il était un peu en retard pour ce qu'il avait prévu, mais ça l'amusait plus qu'autre chose. C'était à cause de la famille Weasley, chez qui il avait passé la nuit.
Impossible de les laisser de toute la journée, hier : ils étaient trop heureux de le voir en pleine forme. Et ce matin, le petit-déjeuner traditionnel de sa famille préférée avait pris beaucoup de temps. C'était l'inconvénient, ils mangeaient tous énormément.
En passant les grandes portes, Harry faillit marcher sur Miss Teigne, la chatte du concierge. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait plus vue. Elle miaula d'indignation et s'enfuit dans un couloir. Harry ricana : il n'était plus étudiant et ne craignait plus les réactions de l'animal. Il monta les marches du grand escalier : il se rendait chez la directrice. Hier, il avait longuement discuté avec Ginny à propos du poste d'assistant de DCFM.
La jeune fille n'appréciait pas du tout la raison qu'il lui avait donnée, même si elle n'avait pas dit non au poste lui-même. Elle lui en voulait de ne pas lui faire assez confiance pour être capable de se défendre face à un professeur de Durmstrang.
Elle lui avait rappelé qu'il l'avait déjà laissée se débrouiller seule dans un château investi par les Carrow et qu'elle s'en était parfaitement sortie. Par ailleurs, elle lui avait rappelé avec une moue que s'il devenait assistant, ils ne pourraient plus avoir – durant l'année scolaire – que des relations professeur-élève. Il avait trouvé cette moue adorable.
Cependant, fidèle à la promesse qu'elle lui avait faite la semaine précédente, elle le laissait seul maître de sa décision finale. Elle lui avait même dit, avec humour cette fois, que s'il souhaitait devenir assistant, elle pourrait toujours y trouver des avantages. Le voir tous les jours, obtenir des punitions en tête à tête… Avec une légère rougeur sur les joues, il n'avait pu s'empêcher d'imaginer le genre de punitions qu'elle sous-entendait. Est-ce que c'était vraiment fait pour le pousser à refuser ?
Alors qu'il allait tourner dans le couloir du bureau de la directrice, Harry fut stoppé par une discussion. Toujours aussi curieux, le sorcier s'approcha de la source du bruit. Dans une salle de classe qui avait dû subir les foudres de Peeves, Rusard était en train de ranger des bouteilles d'encre et des piles de parchemins qui avaient été renversées. En compagnie de Rupert Thorn, dont il ne voyait que le dos.
- Je vous avais bien dit que vous rêviez, fit ce dernier d'une voix moqueuse et grinçante, dés notre première rencontre aux Trois Balais. J'ai cherché moi-même, au cas où, et je n'ai rien trouvé. Malinovski est et restera un incapable.
- Laissez-moi au moins ma dignité, grogna Rusard.
- Dignité ? s'esclaffa l'homme. Pour un Cracmol ?
Harry fut atterré par le mépris qu'il ressentait chez Thorn. Il se demanda comment Rusard pouvait retenir ses poings. Il était conscient que lui-même aurait été moins patient.
- Je ne suis pas un Cracmol ! s'exclama soudain Rusard en se tournant vers Thorn, le visage déformé par la colère. Sinon comment aurais-je pu obtenir un Fléreur ? Et mes machines ?
- Votre… animal, répondit Thorn avec un dégoût évident, n'est pas un Fléreur. Et un peu d'huile de coude et le goût de la torture suffisent pour créer vos machines. Ne rêvez pas, Rusard. Tout comme Malinovski ne sera jamais plus qu'un incapable, vous ne serez jamais plus qu'un Cracmol.
Les poings serrés par la haine et la rage, Rusard encaissa la moquerie. Il avait l'habitude de ces réactions moqueuses et hautaines. Cela ne signifiait pas qu'il les acceptait facilement. Thorn, avec un sourire fier de lui-même qu'Harry imaginait aisément, ajusta sa capuche.
- Au plaisir de vous croiser en train de balayer un couloir, Rusard ! lança-t-il avant de se diriger vers la porte.
Harry se cacha dans un renfoncement du mur, les yeux écarquillés par la surprise. Bien sûr qu'il se souvenait de cette voix, de cet homme ! Cet homme louche sous une capuche qui avait mangé aux Trois Balais le même jour où il avait emmené Ginny se consoler des dures paroles de Malfoy. Qu'est-ce que Rusard avait pu demander à cet homme méprisant, ce jour-là ? Qu'est-ce qui pouvait bien tracasser le concierge de Poudlard ?
Alors que Thorn avait disparu au détour d'un couloir, Harry put voir Miss Teigne se précipiter dans sa direction. Elle fit à peine un arrêt pour lui jeter un regard avant d'entrer dans la salle dévastée. Harry osa y jeter un œil. Rusard s'était assis sur une chaise, le visage enfoui dans ses mains ridées et tremblotantes. C'était véritablement une vision perturbante et Harry préféra rebrousser chemin. Il n'aimait pas Rusard, mais il pouvait au moins laisser un peu d'intimité à cet homme sans cesse moqué.
Alors qu'il passait enfin la gargouille qui menait au bureau de McGonagall, il songea qu'il ne pouvait décemment pas laisser sa fiancée aux prises avec un homme aussi détestable que Thorn. Cet homme, recommandé par Voldemort à l'époque où Snape dirigeait l'école, était en phase avec les idéaux du tyran. Il méprisait clairement les Cracmols. Et la directrice ne pouvait pas casser facilement le contrat signé avant la bataille finale… Qu'en était-il de son avis sur les autres « impurs » ?
Le seul moyen d'avoir un certain contrôle sur le comportement de Thorn était d'accepter le poste d'assistant. Et c'était bien ce qu'il allait faire.
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Mardi 1er septembre
Il était onze heures et demie et Harry venait d'arriver au square Grimmaurd. Poussant les montants de bois de l'entrée principale, dont les poignées avaient déjà été changées pour quelque chose de plus sobre, Harry fut surpris de voir le sol complètement à nu. La dalle cimentée de l'ancienne maison des Black avait été mise au jour.
Il leva les yeux et vit qu'il en était de même pour les murs, dont les tapisseries avaient été retirées, et qui laissaient désormais voir leurs briques nues. Les têtes d'elfes décorant les escaliers avaient également disparu. Il croisa alors le regard de la vieille Walburga Black dont le tableau, lui, était toujours là.
- Bonjour monsieur Potter. Bienvenue. Le changement est surprenant, n'est-ce pas ?
Elle avait posé cette dernière question avec un soupir plus résigné que joyeux, mais elle tenait sa parole : elle n'agressait plus les sorciers qui entraient dans la demeure.
- Effectivement. Je n'imaginais pas les travaux de démolition si rapides…
- Bonjour, monsieur ! lança Bris après être apparu devant lui dans un pop. Je peux vous débarrasser ?
- Heu, oui, merci Bris, dit Harry en lui tendant sa lourde cape. Est-ce que tu sais par hasard si Kreattur est ici ?
- Il est dans la cuisine, monsieur, pépia l'elfe en disparaissant avec le manteau.
Harry entra dans ce qui était auparavant le salon de la maison. Le mur qui séparait le salon de la cuisine avait été détruit, mais quatre colonnes métalliques un peu rouillées faisaient actuellement office de « mur porteur ». Dans la cuisine, Kreattur s'affairait à préparer un repas.
- Bonjour, monsieur ! lança l'elfe. Puis-je faire quelque chose pour vous aider ?
- Je souhaitais avoir une conversation avec toi, mais… tu as l'air occupé.
- Que diriez-vous de partager le repas des ouvriers ? demanda Kreattur. Ils sont actuellement en train de se rafraichir dans leurs tentes avant de venir à table. Vous auriez l'occasion de vous faire une idée de leur manière de travailler et de contrôler l'avancée. Je serai complètement disponible après ça.
- Kreattur…
- Oui, monsieur ?
- Pourquoi est-ce que tu prépares leur repas ?
- Ho ! fit l'elfe en s'essuyant les doigts sur un vieux tablier blanc et en se retournant. Vous n'avez pas encore eu l'occasion de lire attentivement le contrat que nous avons passé avec eux, je crois, fit-il avec un air joyeux et fier. Le prix de leur travail a fortement baissé en échange du gîte et du couvert – n'oubliez pas que cette équipe est formée des meilleurs et qu'ils viennent d'un peu partout en Angleterre. Comme je vous l'ai dit, j'ai fait installer leurs tentes dans le jardin. Et croyez-moi, même s'ils mangent beaucoup, nous rentrons largement dans nos frais.
Harry fit une moue approbatrice et félicita Kreattur pour son sens des affaires. « Je suis vraiment heureux de t'avoir à mes côtés ! » Il avait beaucoup de choses à apprendre dans l'art de la négociation.
- J'aimerais consulter ce contrat et celui que nous avons passé avec Seamus Finnegan, dit soudain Harry en laissant à son elfe le temps de perdre sa rougeur. Je n'ai pas eu le temps de m'en occuper sérieusement, et j'aimerais que tu m'expliques le fonctionnement des contrats magiques.
- Bien sûr, monsieur.
- Je vais voir les ouvriers. Et je veux bien manger ici ce midi : je n'ai aucun rendez-vous.
L'elfe hocha la tête et s'en retourna à sa tâche.
- Merci Kreattur, dit Harry avant de sortir par la porte qui menait au jardin.
- De rien, monsieur, murmura Kreattur en continuant son travail avec entrain.
Harry descendit les trois marches qui le séparaient de la terrasse et s'avança vers l'architecte qu'il avait reconnu, dos à lui.
- Bonjour, monsieur Beltane.
- Oh ! Bonjour monsieur Potter, salua l'architecte avec surprise. J'ai appris pour l'attentat, dans les journaux. C'est affreux. Je suis ravi de vous voir en pleine forme. Nous nous sommes inquiétés.
- Merci. Mais ce n'est rien, vraiment. Je viens juste faire un petit tour sur le chantier.
- Si vous voulez, je peux vous faire une visite guidée, proposa l'architecte avec un plaisir anticipé évident.
- Je veux bien, merci.
Les vingt minutes suivantes permirent à l'homme de présenter le travail qui avait déjà été effectué et de rappeler les travaux qui restaient encore à faire. Il était très enthousiaste quant à son travail. « Je n'ai jamais eu de chantier si complexe, » jubilait-il. « D'habitude, on me demande une création ou un aménagement ex nihilo, et la magie se plie rapidement. C'est différent, ici, avec toute l'histoire des lieux. »
- Est-ce que vous pensez tenir le délai ? Il vous reste six mois de travaux, c'est bien ça ?
- C'est ça. Nous n'avons pour l'instant investi que le rez-de-chaussée et le premier étage, expliqua-t-il, à cause d'un petit contretemps. Mais je comprends de mieux en mieux la magie de cette maison et la manière de lui apporter les changements voulus. Et les ouvriers que vous avez embauchés, même s'ils n'ont jamais travaillé ensemble, respectent scrupuleusement mes directives et le travail de chacun. Donc ça devrait aller.
- Vous avez eu des problèmes ?
- Je vous l'avais expliqué, il faut agir avec prudence quand on lance des travaux dans une maison comme celle-ci : il faut laisser à la magie le temps de s'habituer. Nous avons eu une surprise assez désagréable quand nous avons détruit le mur de la cuisine. La maison n'a pas apprécié ce brusque changement et nous avons dû remplacer ce mur par des colonnes temporaires pour rétablir les habitudes de circulation de sa magie. Au début, il y en avait trois de plus, mais nous en enlevons une de temps à autre, quand la modification ne présente plus de risque.
- Je vois.
Les deux hommes terminèrent le tour en revenant dans le jardin, où plusieurs hommes discutaient en souriant.
- Messieurs, lança Yann Beltane, je vous présente votre employeur : monsieur Potter.
Harry fit face aux salutations de ces hommes qui se disaient honorés de travailler pour lui. Très gêné, il consentit cependant à signer deux ou trois autographes pour des fils, filles, neveux et nièces, quand il comprit que ce geste ne pouvait que faciliter ses rapports avec eux.
Kreattur annonça enfin que le repas était servi et tout le monde monta au deuxième étage, où une pièce avait été temporairement aménagée en salle-à-manger. Le repas fut agréable, et Harry écouta avec un plaisir non dissimulé les anecdotes des ouvriers à propos de leurs anciens chantiers. Les parents des élèves de son année avaient parfois des goûts et des commandes bien étranges.
A vrai dire, ce n'était pas par simple divertissement qu'il les écoutait. Il parvenait, grâce à ces histoires, à saisir quelques bribes d'information sur les membres de grandes familles sorcières. Cela présentait un grand intérêt pour lui car il ne doutait pas de les rencontrer un jour ou l'autre.
Quand les ouvriers retournèrent travailler, Kreattur emmena son maître dans une pièce insonorisée pendant que Bris se chargeait de débarrasser et nettoyer.
- Vous vouliez donc me voir, monsieur ?
- Oui. D'abord pour t'annoncer que je travaillerai à Poudlard cette année, comme professeur assistant en Défense Contre les Forces du Mal.
- C'est un très beau poste, monsieur, approuva la créature.
- J'en suis conscient, crois-moi, dit Harry avec un sourire. J'ai beaucoup de choses à préparer pour cette rentrée. Voilà déjà quelques jours que je te laisse te charger de tout, Kreattur, et je crois que je vais devoir laisser définitivement le chantier de cette maison sous ta responsabilité. Je n'aurai pas le temps de m'en charger moi-même.
- C'est plus sage ainsi, confirma l'elfe.
- Tu me feras simplement un état des lieux de l'avancée du travail chaque semaine, comme tu le fais actuellement. Ensuite, je venais justement pour ce point d'avancée sur mes affaires. Je n'ai pas eu le temps de les suivre, comme tu le sais.
- Bien sûr, monsieur, dit l'elfe en claquant des doigts pour invoquer sa sacoche.
Il fouilla quelques instants entre les divers dossiers de couleur qui se laissaient entrevoir pour finalement en sortir trois.
- Tout d'abord, nous avons terminé de faire l'inventaire et l'aménagement de votre coffre, commença Kreattur en tendant un document à son maître. Comme je vous l'avais dit, nous avons analysé chaque objet pour y déceler d'éventuelles propriétés magiques.
Harry tourna les quelques pages qui listaient ses possessions et leurs effets. Le travail était minutieux et clair. Il soupçonnait Kreattur d'avoir expliqué plus en détail certaines propriétés magiques en sachant qu'il ne les connaîtrait pas. Il rendit le dossier à Kreattur.
- Je m'y pencherai en détail une prochaine fois. Est-ce que tu peux juste me faire un point global et me dire ce que vous avez trouvé d'intéressant ?
- En vidant la maison pour l'arrivée des ouvriers, j'ai gardé pour vous certains objets et deux meubles qui pourront vous être utiles. Globalement, vous possédez donc désormais non plus 487 objets magiques mais 765. Vous avez 176 objets d'art, 118 objets à faible résidu magique et 203 à fort résidu magique. Avec les armes récupérées à Gringott's, vous possédez également un arsenal de 268 armes.
Harry secoua la tête. A quoi donc allaient lui servir ces objets ?
- Nous avons trouvé plusieurs objets intéressants que vous pourriez récupérer pour votre usage personnel, comme des vêtements hors-saison et des bijoux protecteurs. Nous avons également découvert que l'un des coffres ouvragés – issu de l'héritage Black – contenait de nombreux parchemins de valeur. Nous pouvons faire confiance aux Gobelins pour déterminer la valeur des choses, donc je vous conseille d'y jeter œil, quand vous en aurez l'occasion.
- Bien. Mais si l'analyse de mon coffre familial est terminée, alors Arnold Kent se retrouve sans travail, fit remarquer Harry, qui ne savait toujours pas quoi faire de l'ancienne usine.
- Il sollicite justement un rendez-vous avec vous, monsieur. En sa qualité d'armurier, il a pu nous aider à rassembler ses créations et à analyser leurs propriétés d'origine. Les Gobelins se sont chargés d'analyser les modifications opérées après-coup par Orion Black.
- S'il est libre, j'apprécierais de le rencontrer demain. Peux-tu prendre un rendez-vous avec lui ?
- Bien sûr, monsieur. Peut-être souhaitez-vous maintenant que nous analysions les contrats passés au nom de la famille Potter ? suggéra Kreattur en voyant que son maître était plongé dans ses pensées.
- Oui, bonne idée. Chaque chose en son temps. Kent aura peut-être lui-même une suggestion à faire sur la transformation de son usine. Je m'en soucierai après.
Kreattur rangea alors le dossier concernant le coffre familial et tendit à son maître les deux autres. L'un d'eux concernait le magasin de farces et attrapes des jumeaux Weasley et l'autre l'auberge de Seamus Finnegan.
- Pourquoi me donnes-tu le contrat des Weasley ?
- Comme vous le savez, vous êtes actionnaire de leur société, monsieur. Avec la mort de monsieur Frédéric Weasley, il devenait nécessaire de redistribuer les parts. J'ai accepté la proposition de monsieur Percy Weasley de racheter les parts de son frère avec l'accord de monsieur George Weasley. Etant donné qu'ils sont vos amis et que vous auriez préféré ne pas être l'un des dirigeants de leur société, je n'ai pas racheté ces parts en votre nom.
- Tu as bien fait, approuva Harry dans une grimace. Sinon, j'aurais eu l'impression de… faire du profit sur la mort de Fred. Je n'aurais même plus osé regarder George en face.
Harry referma le dossier et passa à celui qui concernait Seamus Finnegan. En plus du contrat lui-même, le dossier rassemblait une étude de marché, des schémas et des projections commerciales probablement effectués par l'Irlandais. Kreattur avait ajouté une note sur la situation financière du jeune homme – avec accord de celui-ci et aide des Gobelins – afin de s'assurer des possibilités de remboursement du prêt accordé par Harry.
- Les Gobelins t'ont donc conseillé sur la manière de rédiger ce contrat dans les meilleurs termes ?
- Tout à fait. J'ai simplement fait en sorte que le rapport entre les risques et les bénéfices encourus par chaque partie soit le plus intéressant possible. Aussi ne s'agit-il pas d'un simple prêt mais d'un véritable partenariat. Monsieur Finnegan ne remboursera qu'une partie de sa dette et vous posséderez 25% du capital de son auberge en échange. Il sera propriétaire à 55%, George et Percy Weasley investissant chacun à hauteur de 10%.
Et Kreattur expliqua patiemment comment et pourquoi il avait rédigé ce contrat sous cette forme, les informations qui étaient nécessaires dés lors qu'on souhaitait investir dans une société existante ou à venir, et comment négocier avec les Gobelins pour ne pas qu'ils se sentent remplacés dans leur rôle de banquier.
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Vendredi 4 septembre, soirée
Harry était actuellement assis à la table des professeurs et observait l'arrivée bruyante des étudiants de Poudlard. Il fit un sourire et un signe discret à Ginny qui partait s'installer à la table de Gryffondor.
Alors que les élèves s'installaient, il jeta un œil à son voisin. Il avait eu l'immense surprise d'accueillir Neville, deux jours auparavant, qui malgré son jeune âge devenait le professeur de Botanique du château. S'il avait tant hésité à avouer son désir d'avenir, cette fameuse soirée où ils s'étaient raconté leurs rêves, c'est qu'il attendait les résultats de ses examens et l'avis de madame Chourave.
Harry était heureux de ne pas être tout à fait seul cette année. Hermione avait été acceptée au ministère en cours de semaine et elle était indisponible, de même que son meilleur ami qui était parti depuis plusieurs jours déjà avec son équipe, pour une mise au vert. Apparemment, les Tornades de Tutshill s'entraînaient sérieusement mais discrètement avec l'espoir d'écraser le championnat.
Ils avaient pu se libérer pour ce soir, exceptionnellement, pour fêter sa première rentrée du côté des professeurs, mais ils devraient repartir rapidement. Ils passaient juste pour un verre, parce que c'était la fin de la semaine. Avec le week-end, chacun avait ses obligations, d'après ce qu'ils lui avaient dit.
Il était vraiment reconnaissant envers la directrice pour sa proposition de poste. Il s'était installé la veille dans ses nouveaux appartements. Le point moins positif, dans cette situation, c'est que Thorn n'était pas du tout coopératif. Ils avaient fini difficilement par accepter un compromis : Harry observerait les premiers jours, pourrait faire des propositions éventuellement, et – si et seulement s'il faisait ses preuves – il pourrait prendre en charge l'enseignement des trois premières années.
Harry n'avait même pas pu jeter un œil au programme de l'enseignant, mais il n'avait pas cherché à se plaindre. A la place, il s'était penché sérieusement pendant plusieurs jours sur le programme possible qu'il enseignerait à ses futurs élèves, pour ne pas être pris de court.
Avec une grimace, il s'était penché sur les archives de ses prédécesseurs. Vraiment… Peu de professeurs de DCFM avaient été efficaces… Et les devoirs donnés ne lui semblaient ni particulièrement pertinents – surtout à l'époque de Lockhart – ni suffisamment pragmatiques – particulièrement à l'époque d'Ombrage. Il aurait du travail…
Les élèves actuels étaient désormais tous installés et les nouveaux n'allaient pas tarder à entrer. On attendait beaucoup de monde à la répartition. L'une des solutions du ministère et de Poudlard, pour équilibrer les effectifs, avait été d'ouvrir la cinquième et la sixième année à des élèves extérieurs et de créer exceptionnellement deux septièmes années parallèles.
D'après Malinovski, avec qui il avait beaucoup discuté ces derniers jours, beaucoup de postulants étaient ravis de pouvoir entrer dans l'une des plus prestigieuses écoles de magie. Et l'équipe des directeurs de maison avait reçu suffisamment de dossiers pour pouvoir effectuer une sélection et laisser de côté les moins bons.
Les portes de la grande salle s'ouvrirent enfin sur deux groupes d'élèves. Certains, minuscules, étaient vraiment des enfants. Ils paraissaient tellement fragiles. Harry sourit en coin en songeant qu'à l'époque, du haut de ses onze ans, il avait dû prendre sur ses épaules le destin des sorciers. Il ne fallait jamais sous-estimer les capacités de ces jeunes gens.
Les autres élèves, ceux qui venaient de l'extérieur pour prendre le parcours en route, étaient bien plus grands et visiblement posés. Ils furent tous applaudis joyeusement par l'ensemble de la salle.
Harry observa d'un œil un peu absent le Choixpeau, qui lui rappelait malgré lui la bataille finale. Il pensa à l'épée de Gryffondor et se tourna une fois de plus vers Neville. Heureusement qu'il avait été présent. C'était d'ailleurs grâce à son aura de héros, tout en étant accessible, qu'il avait été promu au rang de directeur de la maison Gryffondor. Personne d'autre n'avait voulu prendre la succession de la directrice, de toute façon.
Alors que le Choixpeau entamait sa chanson qui, pour la première fois depuis plusieurs années, parlait de la paix revenue, Harry songea à Arnold Kent. Il avait visité l'usine et Kent lui avait expliqué le fonctionnement des machines qui ne tournaient plus depuis plusieurs années. Comme le lui avait expliqué cet homme, il s'était rapidement mis à travailler à une toute petite échelle pour le bénéfice d'Orion…
Pour sa propre contribution à la paix, Harry avait tenu absolument à transformer cette usine en autre chose qu'une usine de fabrication d'armes. Arnold Kent l'avait invité à manger pour poursuivre leur discussion de façon plus conviviale et il avait fait la connaissance de la famille de son employé. Sa femme avait un air perpétuellement émerveillé qui contrastait beaucoup avec le sien, blasé.
Elle avait fini par s'intégrer à la conversation avec une proposition des plus farfelues. Une usine de jouets. « Ma femme est commerciale dans le secteur du jouet, » avait dit le chef de famille avec un sourire indulgent, « et elle est sans cesse à la recherche de nouveautés attractives et pas trop chères. » Harry n'avait pas su réagir, dans l'immédiat, mais Debbie, comme l'appelait son mari, avait continué son babillage dans l'insouciance.
« Je ne sais fabriquer que des armes, » avait fini par l'interrompre Arnold. Harry avait observé avec effarement le calme revenu à table, alors. Jusqu'à ce que François, le plus jeune fils de Kent – plus âgé que lui de quelques années cependant – ne prenne la parole.
- Tu es assez doué en matière de mécanique, n'est-ce pas, papa ?
- Oui.
- Et tu inventes sans arrêt des armes avec de nouvelles fonctionnalités inédites, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Alors, dit le jeune homme en relevant la tête, tu n'auras qu'à fabriquer les jouets que j'inventerai !
- Tu n'as pas encore ton diplôme, répondit Kent laconiquement.
- Mais à quoi va-t-il me servir ? Tout ce que je veux, c'est faire quelque chose que j'aime !
« Qu'est-ce que tu étudies ? » avait-il demandé au jeune garçon. « Je termine mon diplôme d'ingénieur sur les nouvelles technologies respectueuses de l'environnement. Mais ça m'ennuie. Tout le monde fait ça. Moi, je veux travailler dans le jouet, comme maman. » La femme de Kent avait gloussé avec plaisir et avait ajouté sans remord : « Je crois que j'ai perverti mon fils en m'en servant comme cobaye durant toutes ces années ! »
Et désormais, Harry était le propriétaire d'une usine de jouets en devenir. Ho ! Ce n'était pas pour tout de suite. François devait d'abord imaginer les jouets du futur et chercher avec son père le meilleur moyen de les produire en série. Quand les premiers prototypes seraient montés, il faudrait encore leur trouver des débouchés – le travail de Debbie Kent – et adapter toute la machinerie actuelle pour produire les jouets.
Harry viendrait donner son avis et son accord pour les grandes décisions – puisqu'il était l'investisseur – mais il avait encore du mal à imaginer son rôle en tant que patron d'une usine de jouets. Lui qui n'en avait jamais eu durant son enfance, c'était un peu ironique… En prenant en compte sa participation dans le magasin de Farces et Attrapes Weasley et cette future usine de jouets, Harry se demanda un instant s'il serait pris au sérieux par ses homologues investisseurs…
Au moins était-il heureux d'avoir offert une perspective d'avenir à son employé et sa famille sans avoir eu besoin de revendre l'usine Black.
Le jeune sorcier revint au présent quand les applaudissements saluèrent la performance sans cesse renouvelée du Choixpeau.
- Je vais maintenant appeler vos noms par ordre alphabétique, expliqua le professeur Flitwick – devenu le directeur adjoint – aux nouveaux venus. Et vous poserez le Choixpeau sur vos tête. C'est lui qui décidera de la maison dans laquelle vous serez envoyés, qui deviendra pour vous comme une deuxième famille. Commençons. Affenpinscher Josh.
Un garçon grassouillet à l'air ennuyé et aux joues tombantes s'avança vers le tabouret et coiffa l'antique objet. « Serpentard ! » s'exclama rapidement le Choixpeau.
Les applaudissements qui suivirent cette annonce furent encore moins nourris que dans le souvenir d'Harry. Il faut dire que Serpentard était la seule maison qui n'aurait pas besoin de deux septièmes années. C'était malheureux à voir, mais beaucoup des étudiants qui auraient dû passer leur diplôme cette année avaient été arrêtés. Et ceux qui restaient à la table ne jouaient pas les fiers. Beaucoup des plus âgés avaient la tête baissée et semblaient vouloir disparaître.
Harry se pencha un peu en avant et tourna la tête vers la droite, en direction de Snape. Le sombre potionniste était visiblement crispé sur son siège.
- Bottillon Stephen, continua le minuscule professeur Flitwick sans se formaliser de ce premier accueil peu chaleureux.
- Poufsouffle ! lança le Choixpeau après quelques instants de silence.
Les applaudissements étaient bien plus chaleureux. Harry balaya la table des Poufsouffle du regard. Il vit Hannah Abbott, qui avait malheureusement loupé une partie de ses ASPIC, applaudir avec plaisir le nouveau venu, ses nattes blondes voletant autour d'elle alors qu'elle tournait la tête vers lui. Elle s'était sans doute sentie observée.
La guerre avait encore cet effet là sur eux : l'instinct de survie et la méfiance seraient probablement des réflexes difficiles à surmonter.
La répartition continua, entre les applaudissements nourris de trois maisons et les applaudissements discrets de Serpentard. Harry détestait ce que cette maison symbolisait, d'après lui. Couardise, fierté mal placée, magie mal utilisée, désir de pouvoir en écrasant les autres… Du moins, c'était ce que symbolisait Serpentard pour les élèves de sa promotion.
Cependant, Harry ne pouvait s'empêcher d'éprouver un pincement au cœur pour les jeunes élèves qui semblaient au bord des larmes en apprenant qu'ils étaient envoyés chez les serpents. Ils étaient trop jeunes pour devoir racheter les fautes de leurs aînés… Mais Dumbledore n'était jamais parvenu à l'unité entre les maisons et ce n'était sans doute pas d'un coup de baguette magique que lui, Harry Potter, allait y remédier.
La répartition des enfants de onze ans se termina par la répartition de Varis Eliane, à Gryffondor.
- Cette année, reprit le professeur d'Enchantements, nous allons avoir une seconde répartition exceptionnelle pour les étudiants de cinquième et de sixième année. Nous commencerons par les élèves de cinquième année, venus passer leurs BUSE à Poudlard, et nous terminerons par les sixièmes années. Je compte sur vous tous pour faciliter leur intégration au sein de vos maisons !
Après les cris d'encouragement de la part des étudiants assis, le professeur Flitwick commença à égrener son chapelet de noms. Les élèves intégrés en cours de route étaient somme toute peu nombreux. Si les quatre premières années de Poudlard conservaient un effectif normal, les suivantes allaient toutes être composées de promos plus petites.
- Passons maintenant aux sixièmes années ! tonna Flitwick avec toujours trop d'enthousiasme. Cyprès, Tiberius.
- Serdaigle ! fit le Choixpeau à peine posé sur les cheveux noirs.
Harry observait cette dernière répartition d'un œil un peu distrait. De temps en temps, un futur étudiant attirait son attention, mais il attendait surtout que le repas soit servi. Il ne se souvenait pas que les cérémonies de répartition aient été si longues. A vrai dire, il n'avait assisté qu'à deux d'entre elles et il avait été, à chaque fois, obnubilé par des craintes qui faisaient passer le temps trop vite.
- Gallagher, Océane.
- Serpentard ! lança l'artefact magique après quelques instants d'hésitation.
- Host de Saint Just, Ruth.
- Gryffondor !
Harry fut assez surpris du choix du Choixpeau : la jeune femme à l'air hautain et méprisant avait plus le profil d'une Serpentard, selon lui. Et c'était sans mauvaise arrière pensée de sa part, malgré son antipathie pour la maison verte. Peut-être était-ce sa façon d'être sûre d'elle qui l'avait envoyée dans son ancienne maison ?
- O'Brien, Anna.
La jeune femme qui s'avança vers le tabouret en balançant des hanches attirait le regard niais des garçons plein d'hormones et les regards agacés des jeunes femmes. Harry eut envie de ricaner. A part Cho – et plus récemment Ginny – il n'avait jamais regardé une fille avec cet air d'envie.
- On sait déjà qu'elle va faire des remous, celle-ci, marmonna le professeur Babbling – enseignant l'étude des Runes – à sa gauche.
- Pourquoi dites-vous ça ?
- Tu peux commencer à me tutoyer, Harry. Même si nous n'aurons pas beaucoup l'occasion de discuter, nous sommes collègues. Et pour te répondre : il suffit de sentir la tension monter dans la salle. Cette jeune O'Brien a une façon d'être qui attire l'attention, en bien comme en mal.
- Ha oui ?
Harry observa la jeune fille, qui avait un grand sourire un peu moqueur, s'asseoir à son tour sur le tabouret. Sa façon d'être ? Ha oui, peut-être. Cette façon un peu maniérée de croiser les jambes, de coiffer précieusement le chapeau. Serpentard, cette fois ?
- Poufsouffle ! cria le Choixpeau.
La jeune femme se leva, reposa l'artefact et se dirigea avec joie vers la table qui l'accueillait dignement. Harry la suivit attentivement du regard. Elle avait quelque chose de très féminin et sa démarche respirait tout à la fois une certaine douceur et un côté prédateur. Quel étrange mélange…
Elle rejoignit la jeune Poufsouffle qui tenait tant à passer ses BUSES et qu'il avait croisé pendant les vacances, à l'époque des révisions… Eléonore Elboeuf, s'il se souvenait bien.
Alors que les derniers élèves étaient répartis, Harry sentit un regard hostile depuis la table Gryffondor. Intrigué, il balaya les élèves du regard pour tomber dans les yeux colériques de sa fiancée. Surpris, il haussa les sourcils, mais elle tourna la tête en le snobant.
- Mais enfin ?
Neville, à sa droite, rit aussi discrètement que possible.
- Tu as encore beaucoup de choses à apprendre sur les filles, Harry.
- Je crois bien, effectivement.
Il avait comme l'impression que cette année ne serait pas de tout repos…
Vendredi 4 septembre, fin de soirée
Harry servit à ses deux meilleurs amis deux verres de champagne, une bouteille ramenée par Kreattur. Il était heureux de les voir parce qu'il savait qu'ils seraient indisponibles pour le reste du mois, à peu de choses près.
- Ginny n'est pas là ? demanda Ron.
- Non. C'est une étudiante, donc elle dort dans le dortoir Gryffondor. On ne se voit pas tant qu'on est en période scolaire.
- Hum…
- Tu as fait un étrange choix, Harry, dit Hermione en traduisant sans doute les pensées de son petit-ami. Tu pouvais faire plein d'autres carrières plus utiles. Je veux dire, tu sais… Avec ton nom… Et tu n'aurais pas été obligé de t'éloigner de Ginny.
Harry sourit à la jeune fille.
- Nous sommes plus proches ici que si elle était restée au château et moi au loin. Et puis… Considères-tu désormais que l'enseignement n'a rien d'utile ?
- Non ! Non, pas du tout ! Ce n'est pas ce que je voulais dire… Juste. Je m'attendais tellement à te voir Auror. Mais je suppose que tu seras très bon ici. Après tout, ajouta-t-elle en souriant, tu étais très bon à l'époque de l'AD.
- Je confirme, fit Ron après une gorgée de champagne. Hé ! C'est très bon ! Qu'est-ce que c'est ?
- Un alcool moldu, pour les fêtes, expliqua Harry. Ça pétille comme la Bierraubeurre.
- Je devrais peut-être en proposer à l'équipe, si on gagne nos premiers matchs !
- Comment ça se passe, à ce niveau-là, d'ailleurs ? demanda Harry.
- Plutôt bien, répondit Ron avec satisfaction. Je fais partie des plus jeunes et je ne suis pas titulaire, mais on me laisse la possibilité de faire mes preuves. Je ne suis pas mauvais, à l'entrainement. C'est assez incroyable, cette ambiance autour de notre mise au vert. J'ai fait la rencontre des plus grands fans de l'équipe, ceux qui la suivent depuis des années. Je n'imaginais pas la carrière comme ça, mais pour l'instant, c'est que du bonheur.
- Effectivement, tu as l'air très heureux, approuva Harry avec plaisir.
- Tu sais, je crois vraiment qu'on va être bon dans le championnat. Moi, je ne suis pas encore au niveau, mais tout le monde joue rudement et rapidement. J'adore ça ! Et je m'entraîne beaucoup : j'aimerais vraiment faire partie de la sélection nationale. Et pour ça, je dois me distinguer. Je suis encore un peu trop « neuf » dans le métier pour être pris pour ma technique. Mais ma motivation fera peut-être la différence.
- Et est-ce que tu sais quand le recrutement national se fera ?
- Les premiers matchs amicaux auront sans doute lieu d'ici trois ou quatre mois. C'est pour ça que je vais être très pris dans les semaines à venir. Croise les doigts pour moi, même si j'ai peu de chances d'être pris.
- Je le ferai, acquiesça Harry. Et toi, Hermione ? Cet arrangement te convient ?
- Parfaitement, confirma la jeune sorcière. Je viens juste d'entrer au ministère, mais j'ai encore un petit poste d'assistante. Si je veux faire bouger les choses, je dois d'abord m'imposer comme une interlocutrice incontournable. Du coup, j'ai énormément de dossiers à potasser. Je n'aurai pas beaucoup de temps les prochaines semaines, moi non plus. Et puis, de toute manière, les femmes des joueurs ne sont pas autorisées pendant les premiers entraînements.
- Le coach dit qu'elles risquent de nous déconcentrer.
- Ce n'est pas forcément l'idéal pour vous non plus, fit remarquer Harry en parlant de leur couple.
- En fait, si, dit Ron avec un sourire en coin.
- Pourquoi ? s'étonna le sorcier brun.
- Parce que les retrouvailles sont d'autant plus… intéressantes, répondit le sorcier roux en jetant un regard en biais à sa petite amie rougissante.
- Epargne-moi les détails ! S'il te plaît ! s'amusa Harry.
La conversation se termina assez tard, et les trois amis se quittèrent bien plus joyeux que ne l'aurait demandé la décence. Harry leur proposa sa cheminée pour rentrer, peu désireux de les voir se désartibuler. Alors qu'Hermione disparaissait dans les flammes, Ron se tourna vers Harry.
- Eche-ce que tu voud… Est-ce que tu veux bien… donner ça à Ginny ?
- Qu'eche-que-ch'est ?
- Un coupo… Un coup…
- Tu es saoul ! s'esclaffa Harry.
- Je chais. Che sai… Rhoooo…
Les deux garçons rirent bêtement avant que le roux ne fasse un nouvel essai.
- Je. Sais, articula Ron exagérément.
Harry prit le morceau de papier cartonné tendu par son ami. Il était écrit « passe pour une visite personnalisée ».
- C'est pour venir voâr l'entraînement, expliqua Ron laborieusement.
- Je peux auchi ?
- Ben… Euh… Ouais, s'tu veux, mon pote. Mais discret, hein ! J'veux pas qu'on m'prenne que paske t'es mon meilleur pote.
- Je suis ton meilleur pote, répéta Harry, émerveillé.
- Voui ! confirma Ron en se dandinant avec un sourire niais.
Les deux garçons tombèrent dans les bras l'un de l'autre.
- Je te l'ai jamais dit, mais je t'aime, Harry ! dit Ron avec tout le sérieux qui lui restait.
- Moi aussi, Won… Ron…
- Vous voulez peut-être que je vous laisse entre vous ? résonna la voix d'Hermione, revenue discrètement dans l'appartement d'Harry en ne voyant pas Ron revenir.
En ayant sans doute déjà pris elle-même de ce breuvage, elle leur tendit une potion de sobriété.
- Hermione ! Je t'aime aussi ! s'exclama Harry.
- Moi aussi ! T'es ma chérie chérie, ajouta Ron.
Alors que les deux amis ingurgitaient leurs potions, leurs pensées devinrent plus claires.
- Je peux compter sur toi, alors ? demanda Ron.
- Bien sûr ! Je suis certain qu'elle va adorer ton passe.
- Tu viendras ?
- Nan. Je viendrai te voir en match, plutôt. Pas la peine de te prendre la vedette, dit Harry en souriant.
Ron lui tomba une nouvelle fois dans les bras. « Tu sais que t'es le meilleur ? »
Et enfin, le couple repartit par la cheminée. Harry, qui attendait que la potion ait terminé son effet, alla appuyer son front contre la fenêtre fraîche qui donnait sur le lac. Il observa la lune qui se reflétait dans l'eau. Curieusement, il ressentit comme un petit coup de déprime. Il se sentait seul, soudain, dans le calme revenu de ses appartements.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Dimanche 6 septembre
Harry était seul cet après-midi. Il avait décidé de parfaire sa méditation et de définir enfin une clef pour explorer son esprit. La lune lui semblait être un élément un peu simple, mais elle suffirait pour le moment. Il chercherait quelque chose de plus sophistiqué dans les semaines à venir.
Harry entra dans l'état de méditation idéal et visualisa sa porte. Il lui ajouta comme une serrure ronde, que seule sa lune grise devrait pouvoir ouvrir. Puis il poussa la porte. Pour la première fois, il entra dans son propre esprit avec la ferme intention de l'explorer.
Le labyrinthe était pareil à la fois précédente. Des parchemins volaient en tous sens. Curieux, il en saisit un. Ce n'était pas des lignes griffonnées, mais bien des images, qui remplissaient le feuillet. Sur celle qu'il avait ramassée, il voyait une toile d'araignée sur laquelle se promenait une petite bête à huit pattes. Il voyait là une bribe de souvenir datant de l'époque de son placard, chez les Dursley.
Sur un autre parchemin qu'il attrapa, il reconnut l'un des nombreux dessins qu'il avait faits, enfant, en espérant qu'ils plaisent à la tante Pétunia. Ces parchemins n'avaient pas grand sens, pour un visiteur lambda, mais lui connaissait leur signification, leur contexte. Il avait oublié ça depuis longtemps… Bien entendu, il ne s'agissait pas des souvenirs qu'il considérait comme les plus importants.
Abandonnant les tourbillons de parchemins, Harry s'avança au travers des hauts couloirs. Il se promenait au hasard, curieux de ce qu'il allait voir. Une porte en bois très abimée, pleine de coups, l'intrigua. Il la poussa et entra dans une pièce sombre dans laquelle plusieurs objets déglingués étaient entassés. La pièce ressemblait en quelque sorte à la deuxième chambre de Dudley, mais en plus noir.
Harry saisit un robot démembré et fut soudain assailli par les images des corvées qu'il subissait dans cette famille. Il lâcha le jouet, un peu secoué, et ressortit. Il y avait donc des pièces pleines de souvenirs dans son labyrinthe. Peut-être un peu inquiet, il continua à avancer le long des couloirs. Il finit par ouvrir une porte verte.
A l'intérieur, des affaires scolaires entassées n'importe comment. Un balai. Une banderole Serpentard, une plume mâchonnée sur un bureau tâché d'encre. Une robe d'écolier posée sur un fauteuil vert. Il saisit l'habit et fut cette fois assailli par des souvenirs concernant Malfoy. Sa première rencontre avec le jeune homme, chez madame Guipure, et la désagréable impression qu'il avait eue.
Curieux, et étrangement nostalgique, Harry saisit cette fois le balai qui traînait au sol. Son premier match contre le blond. Sans regarder le souvenir jusqu'au bout, il saisit la banderole Serpentard en pensant qu'il verrait son intrusion dans la salle commune sous Polynectar. Mais ce fut le souvenir des paroles du Choixpeau, lors de sa répartition, qui s'imposa à lui. Il lui avait dit que Serpentard lui aurait bien convenu… Perturbé, il reposa l'objet.
Les salles qu'il pouvait rencontrer contenaient des souvenirs regroupés par thème, apparemment. Il ressortit et ouvrit la porte de plusieurs autres salles. Une chambre de bébé. Un lac entouré de bois. Un cimetière. Il frissonna et avança encore un peu, pour constater que la porte suivante contenait plusieurs loquets. Etait-ce lui qui les y avait placés, inconsciemment ?
Un peu effrayé par ce qu'il pourrait découvrir, il préféra reporter une visite plus poussée à une autre fois. Il fallait de toute façon qu'il comprenne comment et pourquoi il avait agencé son esprit de cette manière. C'était à cette condition qu'il accéderait à son animal d'âme. Même s'il avait déjà compris, intuitivement, que ses souvenirs les plus importants étaient placés profondément dans le labyrinthe, dans des pièces fermées, tandis que les moins importants n'avaient même pas de salle attitrée et voletaient de ci de là.
Harry invoqua la porte par laquelle il était entré et appliqua dans la serrure l'image de la lune grise, avant de sortir. Et au moment où il sortait, il eut la surprise de voir s'étendre devant lui un ciel nuageux, et non plus seulement bleu.
Un mouvement attira son attention. Etait-ce un animal qui venait de se cacher derrière un nuage ? Son animal d'âme ? Si c'était le cas, il pouvait au moins affirmer qu'il s'agissait d'un animal à quatre pattes assez petit… Un peu plus joyeux, le sorcier sortit de sa méditation. Il était en bonne voie !
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Ce lundi 7 septembre, première matinée de cours, aucune leçon de DCFM n'était prévue au programme. Les premières leçons commenceraient au cours de l'après-midi et il s'agirait plus pour Thorn d'annoncer le programme de l'année que de faire réellement cours.
Harry était donc à la bibliothèque. Dans la Réserve, plus précisément. L'avantage d'être professeur assistant, c'est qu'il y avait un accès illimité, autorisé sans problème par la directrice. Il feuilletait actuellement des livres sur les matières de l'esprit. Il se demandait s'il pouvait modifier consciemment la structure de son labyrinthe et de ses souvenirs, tout en les explorant. Car son labyrinthe et ses portes s'étaient installés inconsciemment.
Il avait le désir de découvrir son animagus – il fallait donc qu'il explore ses souvenirs et qu'il comprenne la structure actuelle de son esprit – mais il voulait, dans la foulée, organiser cet esprit de manière à repousser les éventuelles intrusions de légilimens.
Après avoir compilé plusieurs ouvrages, Harry était parfaitement sûr que son intuition était la bonne. Les souvenirs qui avaient le plus marqué ses actions, ses décisions et sa personnalité étaient ceux qui étaient enfouis au plus profond et les mieux protégés – même si un bon légilimens ne serait pas arrêté par une simple porte verrouillée.
Plus confiant, Harry fit une nouvelle tentative d'exploration de son labyrinthe. Quand il poussa la porte de son esprit, il décida de s'arrêter à chacune des portes des pièces du labyrinthe, pour plonger en douceur dans ces souvenirs qui avaient vraiment compté pour lui, dans sa vie.
Les premières salles contenaient des souvenirs d'enfance. Deux d'entre elles attirèrent plus particulièrement son attention. Dans la première, qui reproduisait parfaitement le salon trop net des Dursley, étaient regroupés ses plus mauvais souvenirs. L'indifférence ou le mépris de son oncle et de sa tante, la « chasse au Harry », les anniversaires solitaires, ses espoirs brisés…
La seconde pièce était son petit placard sous l'escalier. Pas exactement comme dans la réalité, puisque les objets qui s'y entassaient en faisaient une sorte de débarras, mais presque. Là étaient ses meilleurs souvenirs d'enfance. Sa première sucette, offerte à 8 ans par une camarade de classe, en cachette. C'était la seule fois où elle avait fait attention à lui, à cause des menaces de Dudley, mais ça avait été agréable. Ses premiers crayons de couleur, même s'ils avaient été mâchonnés copieusement par son cousin.
Harry revit avec nostalgie et auto-apitoiement ses premières années. Pourquoi n'avait-il pas mal tourné, comme l'avait fait Voldemort ? Sans doute grâce à ce petit placard accolé au salon, ce petit placard dont les maigres souvenirs étaient cependant encore capables de lui gonfler le cœur. Il avait su voir les bons aspects de la vie et il avait appris à prendre tout ce qu'on lui offrait avec reconnaissance.
En continuant son chemin, Harry se perdit dans un cul de sac qui comprenait un escalier s'arrêtant abruptement. A chaque fois qu'il montait une marche, il voyait un souvenir concernant Cho Chang. Rien sur Cédric, uniquement elle. La dernière marche était celle de sa rupture, et il n'y avait plus rien après. Peut-être aurait-il pu se construire un autre avenir, si cette relation avait perduré. Mais il ne regrettait rien. Il n'était pas doué avec les filles et Cho semblait trop sensible.
Il revint sur ses pas et bifurqua dans un nouveau couloir. Plein de portes s'alignaient là avec derrière, de bons souvenirs concernant ses deux meilleurs amis. Il changea d'endroit. Il savait déjà que son amitié avec Ron et Hermione avait été un très grand moteur pour lui.
Il retrouva bientôt le couloir dont les portes semblaient amener vers de sinistres souvenirs. Il passa la chambre de bébé et le lac pour arriver au cimetière. Les noms sur les tombes parvinrent à le choquer profondément. Ses parents, Sirius, Rémus, Tonks, Cédric.
Chaque pierre frôlée le ramenait au moment de la mort de ces personnes qu'il avait aimées. Alors ces morts avaient eu un impact sur sa personnalité profonde. Il s'en doutait, mais il se demandait en quel sens il avait été influencé. Sans doute ces morts l'avaient-elles conduit à se sacrifier au nom du monde magique… Il était mort une fois, pour les sorciers, et il avait survécu. Une fois de plus.
Ressortant du cimetière, Harry jeta un œil à la pièce aux divers loquets. Une autre fois. Bientôt, mais pas tout de suite. Il continua sa route et observa longtemps autour de lui. Il sentait qu'il s'éloignait du cœur de son esprit quand les pièces découvertes contenaient des souvenirs moins chargés d'émotions. Et qu'il s'en rapprochait quand les souvenirs parvenaient à le remuer.
Il finit par ressortir, sans savoir qu'il allait être l'heure de se rendre à la session d'informations organisée par Thorn. Son exploration avait pris plusieurs heures et il avait loupé le déjeuner. Quand il retrouva son ciel, il était une nouvelle fois couvert, rempli de nuages.
Et une nouvelle fois, il crut apercevoir un petit animal. Un petit animal à quatre pattes, aux grandes oreilles pointues et à la queue assez touffue, pour sa taille. Il ne put cependant le distinguer suffisamment avant qu'il disparaisse une nouvelle fois derrière un nuage.
Son animal d'âme semblait l'attendre. Mais qu'était-il donc ? Et qu'attendait-il de lui ?
