Chapitre 6 : Nouveaux départs

Partie 5 : Désacralisé

Lundi 7 septembre – fin de soirée

Le ministère était bien calme, maintenant que les journalistes et la commission sur la Coupe du Monde de Quidditch étaient partis. L'annonce officielle qui annonçait les préparatifs de l'organisation de cet événement avait déclenché un enthousiasme et un tourbillon de questions, certes prévisibles, mais particulièrement exacerbés.

Dans un bureau relativement caché aux regards, au fond d'un couloir où l'on se rendait toujours en toute discrétion, deux hommes attendaient la venue du Ministre Zorille avec un verre de Martibullé*.

- L'annonce a eu l'effet que vous escomptiez, non ?

- Oui, mon cher. La ferveur des journalistes me laisse espérer que les mordus de Quidditch seront aussi nombreux que dans les précédentes éditions. Avec un peu de chance, les Etats-Unis parviendront à remplir leurs stades démesurés.

- C'est pour la taille de leurs stades que vous souhaitiez que la coupe s'organise là-bas ? demanda l'homme mince, en levant, sous la surprise, ses sourcils noirs.

- En partie, seulement, consentit à répondre son patron. L'aspect politique était important également. Je voulais rassembler un maximum de population au même endroit – une coupe du monde est idéale – mais j'ai surtout besoin de placer mes pions auprès du Président de la Magie américain et cette coupe peut m'aider.

- Vous voulez parler de Jack Drewback, votre espion ? Mais il fait de toute façon partie de l'équipe de conseillers du Président, désormais. Je pensais que c'était là le volet politique pour exercer votre influence sur le pouvoir politique américain.

- C'est vrai que Jack est devenu conseiller. Mais il ne fait pas encore partie des plus proches, les intimes… J'ai besoin qu'il devienne indispensable au Président. Je veux que le moindre de ses conseils soit parole divine. Il faut qu'on puisse influencer le président et qu'on entre dans sa vie privée. Il faut que nous connaissions ses points faibles, ses failles…

- Pourriez-vous m'expliquer cette partie-là du plan, monsieur ? Je ne suis pas sûr de suivre tout ce que vous projetez, bien que je connaisse votre objectif final.

- Tu es au courant de ces passages sur le déferlement de pouvoir, dans les carnets d'Orion ? Celui qui explique comment déclencher le réveil de ce pouvoir ?

- Je me souviens, mais… je ne comprends pas le rapport.

- A ton avis, très cher, s'il suffit de sept meurtres pour réveiller une immense puissance… Qu'en sera-t-il si des milliers de sorciers sont offerts en sacrifice ?

L'homme à la fine musculature ne répondit pas, les yeux écarquillés, sans parvenir à envisager la vague qui se réveillerait…

- Pourrez-vous contenir un tel déferlement de pouvoir ? finit-il par demander.

- C'est ce à quoi je m'emploie depuis des années. Et tu n'es pas sans savoir que j'ai déjà absorbé une bonne partie de magie ancienne et puissante, il y a quelques années.

Oui, il s'en souvenait. Il n'avait pas vu le phénomène, ni même les jours qui avaient suivi, mais il connaissait les évènements dramatiques qui avaient permis à son patron de devenir plus qu'un survivant. Un demi-dieu, comme il l'avait cru pendant quelques jours. Il savait désormais que ce n'était pas le cas, mais il était toujours ébloui quand il voyait ce pouvoir fascinant à l'œuvre, quand il se trouvait face à ses résultats. C'était incroyable. Son patron s'en servait avec parcimonie, mais dans les premiers jours, il s'en était servi sans restriction.

Et ils avaient dû fuir leur pays, après cela…

- C'est vrai, marmonna soudain son patron pour lui-même, en faisant quelques pas nerveux, que c'était par hasard. J'ai eu ma vengeance, mais je n'ai pas encore compris tous les rouages de ce transfert… Cependant, si je l'ai fait une fois, il n'y a aucune raison pour que je n'obtienne pas la totalité de la magie brute, n'est-ce pas ? L'avoir à mon service. Pouvoir enfin agir à la lumière sans crainte…

- Vous souhaitez donc organiser un sacrifice massif ? l'interrompit doucement son collaborateur.

- C'est cela. Et je me servirai de Drewback pour transmettre des informations sensibles à propos d'un attentat au Président, même si rien ne pourra l'empêcher. Jack obtiendra alors sa pleine confiance et pourrait même, qui sait, devenir son plus proche… ami ? expliqua l'homme massif avec une pointe d'amusement. Pour mieux le faire chuter, ensuite. Et nous installerons le Président que nous désirons à la tête du pays.

- Croyez-vous que cela sera si simple, monsieur ? Il n'y a rien de facile dans les élections sorcières américaines, comme vous le savez.

- Ne t'inquiète pas pour ça. Après l'attentat que nous allons fomenter, l'ambiance de peur panique incitera les sorciers à élire celui qui leur promettra la sécurité. Mon candidat sera parfait. Jamais les Etats-Unis sorciers n'ont été atteints dans leur intégrité, et encore moins sur leur propre sol. Crois-moi, les élections suivant le scandale que je vais provoquer ne pourront qu'être en notre faveur…

Les deux hommes reprirent une gorgée de Martibullé en silence. Les choses sérieuses s'approchaient de plus en plus. Quelques années auparavant, quand il s'agissait d'installer des pions et d'apprendre comment tirer au mieux les ficelles du pouvoir, leur objectif semblait encore bien loin. Quand Voldemort était revenu officiellement, l'année précédente, ils s'étaient servis de lui autant que possible.

Ils commençaient à voir le temps de leur règne arriver. Et même si Potter leur avait mis – et leur mettait – des bâtons dans les roues en permanence, rien ne pourrait les empêcher de toucher finalement à leur but. Le pouvoir suprême.

Un léger coup contre le bois de la porte les tira de leurs pensées. Alors que l'un d'eux allait s'asseoir dans son large fauteuil de cuir, l'autre ouvrit la porte au Ministre Zorille. Ce dernier laissa à la porte les deux Aurors chargés de sa sécurité et alla s'installer dans le fauteuil libre, face au bureau.

Il était visible que le ministre n'était pas ravi d'être là. La colère de la population ne s'était pas calmée depuis l'explosion à Pré-au-Lard et Zorille était sur la sellette. Mais les deux hommes qui l'avaient invité ce soir avaient réussi à imaginer un processus de gestion de crise et de gestion de l'image de Zorille qui servirait – en plus – parfaitement leurs intérêts.

- Monsieur le ministre, salua l'homme blond qui paraissait encore plus imposant, assis derrière son bureau en chêne massif.

- Passons ces formalités, voulez-vous, proposa Zorille avec agacement, je ne me sens pas d'humeur à vous décrypter aujourd'hui. Je viens seulement écouter cet avis sur les procès que vous vouliez absolument me donner. La population me réclame la tête des Mangemorts, alors pourquoi donc voulez-vous qu'on s'embarrasse avec des jugements ?

- La population a le sentiment que le ministère ne remplit pas son rôle, d'où sa colère. La peur des Mangemorts reste vivace, c'est bien normal. Mais si vous précipitez les choses, cela risque de se tourner une nouvelle fois contre vous. Annoncez dans la presse que les procès vont s'ouvrir et expliquez pourquoi cela nous a pris du temps. Prouvez votre sérieux en prenant l'excuse de la recherche de preuves…

- Pourquoi tant de précautions ? s'agaça une nouvelle fois Zorille, en lissant sa moustache.

- La presse, lui répondit-on calmement, ne doit être manipulée qu'en périodes d'urgence. Si on lui impose une voix, comme pendant la guerre, la population s'en détournera et deviendra incontrôlable. Et vous savez autant que moi, Zorille, à quel point la population sorcière est volage. Le seul moyen de la contrôler et de garder votre place est de vous servir habilement de la presse pour gérer votre image. Et bien gérer votre image signifie montrer que vous êtes le plus compétent…

- Je vois… marmonna le ministre.

Ils restèrent silencieux quelques instants, Zorille pesant le pour et le contre et tentant d'imaginer comment il allait devoir agir ces prochaines semaines pour s'en sortir au mieux. Le ministre décida finalement de faire confiance à cet homme qui faisait presque partie du décor, depuis le temps qu'il traînait dans les couloirs obscurs du ministère. Il devait savoir ce qu'il faisait. Le ministre décida qu'il prendrait peu de risques à se fier à lui.

- J'étais peut-être un peu trop… pressé, dit-il en secouant la main avec dédain.

L'essentiel n'était pas son inaptitude passée à gérer la crise, mais de désormais maîtriser la population qu'il était censé diriger.

- Que me conseillez-vous ?

- Annoncez l'ouverture des procès, commencez par les jeunes terroristes et rappelez bien, pour ne susciter aucune pitié, les nombreuses exactions dont sont coupables les Mangemorts qui vont passer en jugement. Je connais très bien leurs dossiers, je pourrais vous donner des détails… intéressants.

Cette discussion continua encore un peu plus d'une heure, à propos de détails, puis Zorille s'empressa de sortir du bureau sombre pour rappeler l'une de ses journalistes fétiches de la Gazette, la toute jeune Rose Elmack. Quand il fut sorti, l'homme maigrichon qui était resté dans l'ombre se tourna vers son patron avec un air amusé.

- Vous savez, monsieur, que vous pouvez être particulièrement retors, dit-il avec approbation. Zorille n'imagine pas à quel point vous connaissez les détails des vies des Mangemorts…

- Non, il ne l'imagine pas. Mais c'est un jeu d'autant plus amusant, n'est-ce pas ?

HPRTHPRTHPRTHPRTHPRT

Mardi 8 septembre - matin

Harry se leva particulièrement reposé ce matin-là. La méditation avait un effet particulièrement apaisant sur lui. Elle calmait son comportement emporté et lui permettait de mieux gérer la tension, en lui apprenant à se détendre complètement à n'importe quel moment de la journée. Maintenant qu'il utilisait une clef pour entrer et sortir de son esprit, il n'avait plus les maux de tête du début. La transition entre l'état subconscient et l'état conscient se faisait naturellement quand il faisait appel à sa clef.

Au petit-déjeuner, sa bonne humeur ne fit que croître en lisant la Gazette : une grande partie du quotidien était consacrée à l'annonce de la coupe du monde de Quidditch. Le journal commençait déjà à spéculer sur les travaux qui allaient avoir lieu aux États-Unis pour accueillir cet événement mondial et sur les équipes sélectionnées et leurs chances de finir en finale.

Harry, s'il ne faisait et ne ferait partie d'aucune équipe, était toujours mordu de ce sport sur balais. Et l'idée qu'aucun Mangemort ne viendrait entacher cet événement, cette année, le rendait de meilleur humeur encore. Et peut-être pourrait-il assister à de grands matchs, maintenant qu'il était relativement libre. La vie était belle.

En constatant que Thorn sortait de la Grande Salle pour aller préparer sa salle de cours, Harry replia le journal et le rendit à Neville, qui le lui avait prêté. Son premier cours de DCFM de ce côté de l'enseignement allait bientôt avoir lieu. Tout du moins, son premier cours officiel en tant qu'enseignant.

Il suivit l'homme dans la très grande salle de classe et l'observa installer un espace libre en repoussant les tables et les chaises des premiers rangs au fond de la salle. De sa voix froide, avec une pointe de mépris, Thorn lui adressa enfin la parole.

- Aujourd'hui, nous allons avoir les deux classes de septième année de Gryffondor et de Poufsouffle. Je leur donnerai le programme de cette année, donc je compte sur vous pour être attentif. J'ai entendu dire que vous n'avez pas effectué votre dernière année, vous aurez donc des choses à apprendre.

L'homme s'interrompit un instant pour observer avec plaisir la rougeur de colère et d'indignation sur les joues d'Harry. Mais ce dernier, résolu à se montrer professionnel, ne réagit pas.

- Bien. Peut-être allons-nous pouvoir collaborer, finalement, marmonna le professeur de Défense.

Les élèves arrivèrent bientôt et s'installèrent derrière les pupitres libres. Harry haussa les sourcils en voyant la masse d'étudiants. Avec les effectifs doublés de septième année, rassemblés pour ce cours, il était face à une classe plus grande qu'il ne l'avait prévu. Est-ce que la guerre avait pu pousser tous ces étudiants à choisir de continuer la DCFM ?

Il ne pouvait s'empêcher d'angoisser, craignant de ne pas être à la hauteur. Il n'avait pas vraiment remarqué les regards confiants voire admiratifs des étudiants, contrairement à Thorn.

- Bien, commença celui-ci. Deux règles pour commencer. Quiconque osera perturber mes leçons ou parler sans ma permission explicite sera renvoyé du cours. Et quiconque ratera deux de mes leçons sans une excellente raison, un renvoi n'étant pas une bonne raison, obtiendra un T comptant pour sa moyenne finale.

Un silence ahuri mais total suivi cette première prise de parole. Tout le monde avait spéculé sur le caractère du nouveau professeur et le type de leçon qu'il allait donner, d'autant plus que le bruit avait couru qu'il venait de Durmstrang, mais personne n'avait réellement imaginé un Snape deuxième version.

- Je suis le professeur de Défense contre les Forces du Mal cette année, et je compte bien vous permettre de comprendre ce qu'on appelle communément les « forces du mal ». Certains d'entre vous ont eu, l'année dernière, un aperçu des sorts classés dans cette catégorie. Nous allons pousser votre enseignement plus loin.

Harry regarda Thorn avec inquiétude. Qu'était-il en train de faire ? Que cherchait-il à dire ?

- Car seule une bonne connaissance de ces sorts vous permettra de les contrer efficacement. Par ailleurs, je serai votre professeur de duel. Mon cours sera divisé en deux, la partie « Défense contre les Forces du Mal » étant consacrée à la théorie et à l'apprentissage de nouveaux sorts, et la partie « Duel » étant consacrée à une mise en pratique de cet apprentissage.

Harry, un peu rassuré sur les intentions de cet homme dur, se détendit légèrement. Cela ne dura pas alors que Thorn continuait son discours désagréable.

- L'enseignement des duels sera l'occasion pour moi de vous apprendre la subtilité, les Anglais n'étant pas vraiment réputés pour cela. Sachez que, comparés à mes élèves de Durmstrang, vous n'êtes que des animaux sauvages à la force brute et sans aucun sens d'adaptation.

Tout en bouillant intérieurement, Harry se retint de faire une scène. L'homme l'agaçait autant que Snape à la grande époque, c'était dire.

- Afin que je puisse juger à quel degré de médiocrité se situe votre niveau actuel, vous allez me remplir ce dossier d'examen préalable, fit Thorn en secouant un tas de parchemins reliés dans sa main. Il est composé de questions théoriques sur les nombreux sortilèges d'attaque et de défense qui me semblent indispensables à votre niveau, et d'un essai à composer sur la dénomination magique du bien et du mal.

Tout en découvrant ses dents pointues dans un sourire plutôt sadique.

- Si tant est que vous soyez capable de différencier intelligemment les deux.

Puis il fit voler une pile de parchemins reliés devant chaque élève avant de donner le départ. Il se tourna ensuite vers Harry, qui était visiblement curieux de voir les questions choisies, et lui tendit un exemplaire également.

- Avez-vous le niveau pour être ne serait-ce qu'un étudiant de ma classe, monsieur Potter ? demanda-t-il, sarcastique.

Harry bénit égoïstement le sentiment de panique qui émanait des étudiants, alors qu'ils regardaient leur copie. Car ils n'avaient rien entendu de la remarque humiliante de ce professeur arrogant.

Il saisit brusquement les feuilles de parchemin en gratifiant Thorn d'un regard noir. En tirant de là une certaine forme de vengeance, il alla ensuite s'installer dans le fauteuil, derrière le bureau professoral. Croisant une jambe au-dessus de l'autre, le jeune homme jeta un regard provoquant en direction de Thorn en le défiant de faire une remarque supplémentaire.

Avec un simple ricanement, celui-ci se détourna d'Harry pour tourner entre les tables et surveiller la progression des étudiants.

Harry se lança alors dans la lecture des questions. De plus en plus effaré, à mesure qu'il tournait les pages, il s'aperçut qu'il ne connaissait pas la moitié des réponses. Certains noms de sorts lui étaient totalement inconnus : il était donc incapable d'en décrire les effets. D'autres définitions ne lui disaient rien ou si peu. Quels étaient les sorts associés déjà ? Il grimaça en lisant des définitions un peu trop crues des ravages de certains sorts.

Soudain, il prit conscience que ses examinateurs d'Aspics n'avaient pas eu tort. Il manquait de connaissances et d'imagination. Quand tant de sorts existaient, il s'était contenté d'utiliser l'Expelliarmus… Comment avait-il fait pour être le seul à avoir obtenu un optimal cette année ? Comment avait-il fait pour obtenir un optimal, d'ailleurs ?

Harry leva la tête après avoir lu l'énoncé de l'essai à rédiger. Thorn était fou. C'était impossible de remplir correctement son questionnaire et de rédiger un essai acceptable en deux heures. A peine possible si l'on en connaissait déjà toutes les réponses.

Il put constater, effectivement, que tous les étudiants étaient crispés sur leur plume et que certains visages reflétaient presque du désespoir. Surtout chez les étudiants de Poufsouffle, que Neville lui avait présentés comme facilement angoissés. Harry soupira. Si les élèves de Durmstrang étaient capables de répondre aux exigences de Thorn, alors ce dernier avait peut-être raison en considérant que Poudlard leur était inférieur dans ce domaine. Et pourtant, Poudlard était considéré comme l'une des meilleures écoles de magie au monde…

Finalement, après une heure et demie de cette interrogation silencieuse, Thorn exigea que les élèves posent leur plume. D'un coup de baguette, il fit voler tous les parchemins jusqu'à son bureau.

- Vous aurez vos résultats dés la semaine prochaine et je vous donnerai le détail de notre programme de l'année. Notre prochain cours, vendredi matin, sera consacré aux Duels. Vous êtes en septième année, et vous avez donc la chance de profiter de cette heure supplémentaire de travail. Mais une heure, c'est court. Alors je vais vous demander de bien noter les consignes que je vais vous donner aujourd'hui et que je ne répèterai pas.

Il constata avec satisfaction que tous les étudiants se dépêchaient de sortir leurs parchemins pour écrire ses consignes.

- Parce que c'est la règle de tout duel officiel, tous les combats commenceront par les salutations réglementaires. Mais le duel se terminera lorsque le temps que je vous aurai imparti sera écoulé. Seuls ceux qui auront obtenu la baguette de leur adversaire pourront espérer avoir une note correcte. Pour les autres…

Avec ce sourire sadique qui commençait à être familier à Harry, Thorn interrompit son discours. Mais tout le monde avait compris, avec un soupçon de nervosité, qu'il fallait attendre un Troll en cas d'échec.

- Vous aurez donc chacun très exactement 5 minutes pour vaincre votre adversaire. Notre salle de cours comportera quatre pistes : vous serez donc huit à passer à chaque fois. J'aurais largement le temps d'évaluer votre niveau. J'attends de vous de l'implication, de l'imagination et de la ténacité : les meilleures combinaisons seront récompensées. Mais bien sûr, je serais déçu si ces combinaisons se terminaient par un résultat nul… Tous les sorts, et j'insiste bien, tous les sorts sont autorisés.

- Excepté les Impardonnables, crut bon de préciser Harry, étant donné qu'ils sont illégaux.

- Evidemment, siffla Thorn en lui jetant un regard agacé.

Ce qui énerva profondément cet homme, dans l'intervention d'Harry, c'était que le jeune assistant professeur venait juste de briser la crainte respectueuse de ses élèves en leur rappelant sa présence. Il était évident qu'il n'avait pas l'intention de se faire virer pour une raison aussi stupide qu'avoir laissé des étudiants jouer avec les « Impardonnables ». De toute façon, presque aucun d'eux n'était capable d'en lancer un correctement.

En plus, il détestait ces regards admiratifs et confiants qu'attirait le « Survivant ». Il était nécessaire de rappeler à tous ces jeunes gens que c'était lui le plus compétent et celui dont la parole était la plus importante.

- Puisqu'il nous reste un gros quart d'heure avant la fin de ce cours, il me paraît intéressant de vous montrer à quoi doit ressembler un duel. Assistant Potter, voulez-vous bien me servir d'adversaire ?

- Heu. Oui, répondit Harry en fronçant les sourcils.

Thorn, dans l'espace qu'il avait libéré plus tôt, délimita une piste de duel à l'aide de sa baguette, d'où aucun de leurs sorts ne devait s'échapper. Il s'agissait de protéger les étudiants de la bêtise de cet assistant qui serait capable, contrairement à lui, de rater sa cible.

Ils se mirent dos à dos avant d'avancer en comptant dix pas. Au dernier, tous les deux se firent face dans un mouvement brusque et synchronisé. Thorn était un peu plus rapide qu'Harry – des années de pratique intensive – et son sortilège d'Incarcerem volait déjà vers Harry alors que ce dernier finissait à peine de prononcer sa propre formule.

Mais si Thorn était rapide, Harry était prudent. Les cordes entourèrent le bouclier qu'il venait juste de former autour de lui avant de disparaître en même temps qu'Harry relâchait son sort. Thorn grimaça et envoya immédiatement plusieurs sortilèges à la suite vers le jeune homme qui, en se souvenant de ses difficultés avec l'Auror Dora, préféra s'accroupir et rouler sur le côté pour les éviter plutôt que d'y faire face.

Thorn haussa les sourcils, décontenancé une seconde par le mouvement d'Harry. Celui-ci riposta à son tour par un Avis, destiné à le déconcentrer suffisamment longtemps pour avoir le temps de se remettre en position. Il envoya les oiseaux attaquer Thorn d'un Oppugno efficace.

Cela marcha tout juste car, sans pitié pour la nuée d'oiseaux qui volaient vers lui, Thorn lança un Totalis Diffindo autour de lui. En observant la baguette effectuer un demi-cercle autour du professeur, quelques jeunes femmes Poufsouffle et Gryffondor poussèrent un petit cri. Il faut dire que les giclées de sang des oiseaux sectionnés en plein vol n'avaient rien d'esthétique. L'une des jeunes femmes s'évanouit, sous l'effet de l'angoisse et à cause du sang, mais personne n'osa déranger les duellistes pour l'emmener à l'infirmerie.

Harry, lui, eut une seconde de surprise en entendant et en voyant agir le sort : il ne savait pas que le sortilège de coupure pouvait avoir cet effet, comme si un sabre invisible était venu prolonger la baguette de bois. Il avait toujours cru que le Diffindo se contentait de couper la matière – bois, métal, chair – à l'aide du rayon lumineux produit.

Mais il se reprit au moment même où la baguette de son adversaire se levait vers lui. Thorn lui lança un Reducto en même temps qu'il lui lançait un Expelliarmus. Les deux sorciers évitèrent les sorts qui leur étaient destinés d'un pas, mais Thorn, dans la foulée, répliqua en lançant vers Harry un presse-papier relativement lourd qui était sur son bureau.

Harry fit un nouveau pas de côté, anticipant l'endroit où arrivait l'objet, et se prépara à envoyer un Jambencoton à Thorn. Mais ce dernier, toujours dans son mouvement, avait lancé à l'objet un Amplificatum. Harry ne vit pas le presse-papier augmenter immédiatement de volume et celui-ci percuta durement son bras gauche.

Surpris par cette soudaine douleur, Harry baissa sa garde une seconde. Thorn envoya sur le sol un Glisseo qui lui donna l'aspect d'une patinoire et lança ensuite plusieurs sorts de suite à Harry. Ce dernier, pour ne pas tomber, ne pouvait plus les esquiver. Il mit immédiatement en place un sortilège de bouclier autour de lui, mais le premier sort de Thorn, un puissant Reducto, le fit exploser. Le second,Furunculus, lui laissa de désagréables furoncles sur la peau, et le dernier, l'Expelliarmus, le fit voler en arrière. Sa baguette atterrit dans les mains du professeur de Défense.

- Bien, fit celui-ci en se tournant vers ses étudiants avec un sourire satisfait. Le combat est terminé.

Harry se releva, en tenant discrètement son bras gauche, et prit la parole à son tour.

- J'espère que vous avez pu noter les diverses ripostes que vous avez à votre disposition. Un bon combattant ne fait pas qu'attaquer. Même si les sorts de bouclier ne sont pas efficaces contre tous les sorts et que les esquives peuvent se révéler dangereuses en terrain meuble ou glissant, il vous faudra parfois les utiliser.

Thorn grinça des dents et ajouta.

- Bien sûr, il faut, pour être efficace, que vous mettiez suffisamment de puissance dans vos sorts de bouclier et que vous soyez agiles dans vos esquives.

Harry se raidit en sentant que la remarque lui était adressée. Il était déjà suffisamment humilié, pas besoin d'en rajouter. Il continua cependant à expliquer ce qu'il estimait intéressant dans ce combat, avec un sourire qui se voulait rassurant.

- Vous aurez également appris aujourd'hui que même un bon combattant, qui jusqu'ici est sorti vainqueur de tous ses duels avec des Mangemorts, trouvera toujours un adversaire à sa hauteur.

Conscient de minimiser sa défaite, Harry était satisfait de rabattre un minimum l'arrogance de Thorn.

- Alors retenez bien que ce cours a son importance et que vous aurez toujours quelque chose à apprendre.

Alors que la sonnerie indiquait la fin du cours, et que les étudiants rangeaient leurs affaires, Harry se tourna vers Thorn et tendit la main. Avec un sourire sarcastique, le professeur lui rendit sa baguette. D'une voix basse, Harry siffla.

- Qu'est-ce qui vous a pris d'être aussi violent devant ces étudiants ?

- Ils sont suffisamment âgés pour savoir que le monde est dur, répondit l'homme nonchalamment. Et si ce n'est pas le cas, alors c'est à nous de les préparer, ne croyez-vous pas ? Après tout, nous sommes leurs professeurs…

Harry serra les dents en soutenant le regard méprisant de son vis-à-vis.

- Ce n'est pas parce que vous semblez adulé par vos concitoyens que vous êtes à la hauteur, continua Thorn. Vous n'avez rien d'un combattant. Je ne comprends même pas comment vous avez pu vaincre un mage noir aussi connu dans le monde sorcier pour sa puissance. Je ne comprends même pas comment vous avez pu être catapulté professeur assistant. Je n'ai pas besoin de vous pour juger le niveau d'un élève et je suis tout à fait capable de gérer mes classes.

- C'est que la directrice a dû juger que j'avais la compétence pour ce poste, répondit Harry avec une pointe d'arrogance.

- Alors prouvez-le-moi, dit Thorn en se tournant vers son bureau. Corrigez la moitié de ces copies, fit-il en séparant le tas en deux, et si je vois que votre correction est juste, alors peut-être envisagerais-je que vous êtes utile. J'en ai besoin pour ce week-end. Pour le moment, emportez cette jeune femme à l'infirmerie, je n'ai plus besoin de vous pour la journée.

Sans un mot, inquiet que ses paroles dépassent sa pensée, Harry se contenta de jeter à Thorn un regard énervé. L'homme savait très bien ce qu'il faisait et il essayait par tous les moyens de le faire sortir de ses gonds. Probablement pour se débarrasser de lui. Mais si Harry voulait le garder à l'œil, il était obligé d'encaisser et de rester calme.

Il réduisit les copies pour les glisser dans sa poche – son bras gauche étant trop douloureux pour qu'il les porte – et il se tourna vers l'étudiante évanouie à son pupitre. Il rangea ses affaires sans un mot. Il sentait parfaitement le regard de Thorn suivre ses mouvements mais l'ignora. Puis il fit léviter le corps de l'étudiante devant lui et sorti de la salle.

Les étudiants qui attendaient dans le couloir – les septièmes années Gryffondor et Poufsouffle – le regardaient d'un air effaré. Il aperçu le regard horrifié de sa belle alors qu'il passait à côté d'elle. Avec ses furoncles un peu partout et sa peau toujours un peu abimée par les flammes, il n'était sans doute pas très beau à voir.

Il secoua la tête et parcourut les couloirs vides. Il était heureux, quelque part, que cette étudiante soit tombée dans les pommes. Il pouvait se servir de ce prétexte pour voir Igor : il n'avait pas voulu montrer qu'il avait mal, mais il avait clairement besoin d'être soigné.

Arrivé à l'infirmerie, il tendit la main pour pousser la porte entrouverte. Mais il se figea en écoutant une conversation qui avait lieu entre Igor et quelqu'un – une jeune femme – qu'il ne connaissait pas. Il songea que ça devenait une habitude pour lui d'écouter aux portes, mais il n'en fit pas grand cas.

- Avez-vous trouvé l'élu ? demanda la voix inconnue avec des intonations enfantines. Je ne sens plus sa trace. Ou plutôt, je la sens très faiblement. Je ne comprends pas bien…

- De quoi parlez-vous mademoiselle ? demanda à son tour Igor, après un long instant de silence.

- Vous pouvez me tutoyer. Surtout que vous en êtes un, affirma la voix féminine.

- Un quoi ? demanda le médicomage. Lève les bras.

- Outch ! Mais ça fait mal !

- C'est bien pour ça que tu es là, non ? Reste calme et laisse-moi te soigner.

- Ce n'est pas pour ça que je suis venue, non, dit la jeune fille d'une voix espiègle. Vous aussi vous avez été appelé ?

- Par un ancien ami qui m'a enseigné l'art des potions, oui.

- Pfff… Vous savez que vous êtes frustrant, monsieur Malinovski ? Je suis sûre que vous en êtes.

Un étrange grondement animal perturba Harry une seconde.

- Ferme la bouche, tu ferais mieux de serrer les dents. Et calme ton familier ou je me sers de lui comme ingrédient pour mes potions.

La voix pouffa avant de s'exclamer : « Vous êtes drôle, monsieur Malinovski ! »

Harry secoua la tête et se décida enfin à pousser la porte. Une jeune sorcière était assise sur l'un des lits de l'infirmerie, dos à lui. Elle avait trois profondes griffures du haut du dos jusqu'au milieu environ, sur lesquelles Igor était en train d'appliquer l'une de ses crèmes.

Harry déposa son étudiante évanouie sur un lit libre et observa le gros chien blanc, poilu et baveux, qui était couché au pied du lit de la demoiselle blessée.

- Voilà ! s'exclama Malinovski en terminant son bandage autour du torse de la demoiselle. Vous devrez tenir votre chien à carreaux pour les dix prochaines heures, si vous voulez que la blessure ne se rouvre pas. D'ailleurs, vous devriez faire attention. Un animal n'est jamais recommandé dans une école pleine d'enfants.

- Oh ! Vous exagérez monsieur Malinovski. Bulle n'est pas un animal. C'est mon familier. Elle ne ferait jamais de mal à une mouche !

Un nouveau grondement du chien blanc la fit rire.

- En tout cas, s'il ne fait pas de mal aux mouches, il n'a pas l'air de m'apprécier beaucoup, dit laconiquement Igor en baissant la tête vers l'animal qui le fixait.

- Bulle m'a griffée parce qu'elle a été surprise. Elle n'a pas l'habitude des environnements bruyants. Autour de chez mes parents, on peut trouver des hectares de terrain vides de toute population.

La jeune femme se tourna vers Harry et lui sourit.

- Bonjour professeur Potter !

- Mademoiselle O'Brien, salua Harry qui avait reconnu la pétulante jeune femme de Poufsouffle.

Alors qu'elle remettait ses vêtements, Harry se tourna vers le médicomage.

- Bonjour Igor. Tu veux bien soigner mon élève ? Elle est tombée dans les pommes pendant le cours de Défense.

Igor s'approcha sans attendre de la jeune femme allongée et Harry ne put s'empêcher d'observer la jeune Anna O'Brien avec curiosité. Elle s'était accroupie devant son chien avec une légère grimace et fourrageait maintenant dans les longs poils blancs. L'animal gémissait pitoyablement.

- Ne t'en fais pas, Bulle, tu es toute excusée, murmura Anna en souriant. Allez, rentre dans ta poche, maintenant, ordonna-t-elle en se relevant.

Le chien – qui devait en fait être une chienne – rétrécit jusqu'à avoir la taille d'une souris et sauta dans les mains ouvertes de sa maîtresse.

- On va retourner en cours, tu veux bien ? Mais pas de bruit, sinon je vais devoir te laisser dans le dortoir la prochaine fois.

Le chien couina et elle le glissa dans la poche de sa robe aux couleurs de sa maison.

- Au revoir monsieur Malinovski, au revoir professeur Potter ! Au fait, j'aime beaucoup votre nouveau style ! lança-t-elle en sortant gaiement de l'infirmerie.

Le silence dans la pièce fut aussi soudain que profond. Harry soupira. Ses furoncles ne passaient certainement pas inaperçu… Igor réveilla bientôt la jeune femme avec des sels – méthode apprise auprès des moldus, comme il le lui avait expliqué une fois – et elle papillonna des yeux. Il lui donna une potion pour l'apaiser et lui permettre en même temps de reprendre ses esprits.

- Voilà. Vous vous êtes évanouie en cours, mais vous irez bien, maintenant. Je vous dispense du prochain cours, pour être sûr que vous ne fassiez pas de rechute, mais vous pourrez rejoindre vos amies au moment du déjeuner. Reposez-vous et appelez-moi si vous avez de nouveau des vertiges.

- D'accord, souffla-t-elle timidement. Merci.

Igor tira les rideaux autour de son lit et leur lança un sort d'intimité, pour qu'elle reste au calme, avant de se tourner vers Harry, qui n'était toujours pas parti.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il avec un semblant de sourire. Pourquoi ne t'es-tu pas déjà enfui en courant ? Je croyais que tu avais peur de l'infirmerie.

Harry retira sa robe et la posa soigneusement sur la chaise qui était à côté du lit, puis il se tourna vers Igor. Il lui sourit franchement et s'installa sur le lit précédemment occupé par Anna.

- Ce n'est pas de l'infirmerie que j'ai peur, mais de l'infirmier, lança-t-il joyeusement en déboutonnant d'une main le haut de sa chemise.

Kreattur avait insisté pour regarnir sa garde-robe, mais il n'arrivait pas à se sentir très à l'aise dans ses nouveaux vêtements. Lui qui avait l'habitude des T-shirts larges de Dudley, cela faisait un grand changement. Il se sentait même parfois à l'étroit…

- Je vois que depuis tout à l'heure, tu évites de te servir de ton bras gauche.

Harry perdit son sourire et soupira.

- Je suppose que c'est pour cette raison que tu es médicomage… Je me suis effectivement blessé au bras. J'ai reçu un choc rude juste au-dessus du coude, sur l'extérieur.

Igor l'aida à retirer le vêtement et se pencha sur l'hématome qui commençait déjà à noircir, entre les furoncles qui recouvraient son corps.

- Et je suppose, vu l'état de cette jeune fille et le tien, que Thorn n'est pas étranger à tout ça.

- Effectivement, répondit Harry en le suivant des yeux.

Igor fouilla dans son armoire à potions en grands gestes nerveux.

- Pourquoi est-ce que tu détestes autant ce prof ?

- Je t'ai déjà dit que tu n'avais pas à le savoir, répondit Igor.

- Si je te révèle comment j'ai atterri ici, tu voudras bien m'expliquer ? Et je t'assure que c'est un grand sacrifice pour mon égo.

Igor sourit légèrement en tendant une fiole au jeune homme. Alors qu'Harry avalait ce qu'il reconnu comme une potion antidouleur, Igor secoua la tête.

- Tu n'as pas besoin de m'expliquer. Je connais très bien les méthodes d'enseignement de Thorn. Je suppose qu'il est parvenu à effrayer sa classe encore plus vite qu'à l'époque. A Durmstrang, tous les élèves ont l'habitude d'en voir des vertes et des pas mûres, et Thorn n'était pas le professeur le plus inquiétant. Par contre, il était celui qui avait les méthodes d'apprentissage les plus musclées. Il ne respecte rien à part la puissance…

- Je ne suis pas sûr de l'efficacité de ses méthodes.

Igor lança quelques sortilèges destinés à retirer tous les furoncles d'Harry, avant de saisir son bras gauche. Harry, sous potion antidouleur, ne grimaça même pas, laissant l'homme faire son travail. Alors qu'il massait le bras et manipulait le coude dans tous les sens possibles, Igor reprit la parole.

- En fait, Thorn est compétent. Ses élèves sont capables de grandes choses en sortant de Durmstrang. Ils sont vifs, ont acquis de bons réflexes, sont durs au mal et connaissent sans doute plus de sorts que la plupart des étudiants de Poudlard. Mais il fait des dégâts sur le moral et la morale de ses élèves. Gagner à tout prix, quitte à détruire les faibles, ne leur fait plus peur. Il est… spécial.

Harry hocha la tête. Cela voulait dire qu'il allait devoir surveiller ce que les étudiants de Poudlard pensaient du bien et du mal, avec toute la subjectivité recouverte par ces deux termes. Déjà qu'il trouvait étrange cet essai sur la « dénomination magique du bien et du mal ».

- Il respecte la puissance, c'est ça ? finit-il par demander à Igor.

- Oui. Généralement, seuls quelques uns de ses élèves de dernière année parviennent à se faire respecter de Thorn. Il est très exigeant.

- Dis-moi, toi qui as été à Durmstrang, est-ce que tu pourrais me décrire ses cours et les livres que vous deviez étudier ?

- Bien sûr. Que veux-tu faire ?

- Prouver ma valeur.

Il allait montrer à Thorn qu'il était plus compétent que lui. Qu'il était capable d'être professeur en toute autonomie. Il allait lui corriger ses copies, oui, et parfaitement en plus. Mais à sa manière.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Mardi 8 septembre - Midi

Harry baillait ouvertement à table, même s'il cachait sa bouche derrière sa main. Il avait commandé, la veille, les livres les plus utilisés par Thorn à l'époque où il faisait cours à Durmstrang. Il les avait reçus rapidement – en fin de soirée – et il s'était senti infiniment soulagé. Il avait tenté, l'après-midi, de corriger une copie. Avec effarement, alors même qu'il cherchait des informations dans les manuels courants de la bibliothèque, il s'était aperçu que certains sorts lui étaient complètement obscurs.

Il avait donc passé la première partie de la nuit à feuilleter ces livres, incapable de s'en détacher. Avec une fascination presque morbide, il s'était rendu compte que la plupart de ces livres présentaient des sorts qu'il aurait qualifiés de « magie noire » à l'époque, tant ils semblaient… mauvais. Mais Durmstrang semblait axer son enseignement sur les différents types de magie, car les livres choisis séparaient les sorts et autres maléfices en fonction de leur appartenance à la magie rouge, la noire, la grise… Donc techniquement, les sorts décrits n'étaient pas tous « noirs ».

Harry avait encore quelques difficultés à savoir où était la limite, quels étaient les sorts possibles ou non dans les différents domaines magiques. Mais il ne désespérait pas de comprendre. Il savait que certains sorts étaient inaccessibles aux simples utilisateurs de la magie, comme lui, mais il supposait que ceux qui étaient présentés dans ces livres étaient possibles.

Il avait en tout cas la désagréable impression que Thorn avait raison en parlant de la supériorité de son école sur Poudlard, et il pensait savoir pourquoi. L'enseignement en DCFM de Poudlard avait été chaotique ces sept dernières années. Incompétents, menteurs, biaiseurs… Les élèves n'avaient que rarement eu l'occasion de bénéficier d'une réelle expérience dans le domaine. On leur avait appris tout et son contraire. Il allait avoir un sacré boulot pour rattraper tous ces dégâts.

Ce matin, il n'était absolument pas intervenu dans les deux cours de Thorn. Il avait écouté, pris des notes sur ce que voulait faire cet homme, et il admettait que son enseignement était équilibré entre théorie et pratique, entre connaissance des sorts dangereux et manière de s'en défendre. La seule chose qui le dérangeait vraiment, c'était cette façon de traiter impitoyablement ses étudiants, et sa volonté de leur apprendre les pires sorts que les sorciers avaient inventés.

Mais il s'était tu et Thorn semblait avoir apprécié son attention, même s'il restait méprisant envers lui.

Là, il se sentait un peu vidé et n'arrivait pas à fixer son attention sur son repas. En attrapant son exemplaire de la Gazette – Kreattur lui ayant vivement conseillé de la lire ce matin – il décida de s'accorder une pause en espérant se réveiller un peu.

Cela fonctionna au-delà de ses espérances, dés la une.

« Ouverture des Procès. Les Mangemorts face aux accusations de la Nation. »

La Gazette avait repris la photo de Blaise, lors de l'attentat à Pré-au-Lard, et Harry eut encore un frisson en voyant le regard fou du Serpentard qui se débattait durement entre deux Aurors. Il ouvrit fébrilement le journal en jetant un œil à la Grande Salle.

Il comprenait mieux le climat de tension qui régnait dans la pièce et les regards mauvais de certains élèves envers la maison Serpentard. Il secoua la tête en voyant les plus jeunes enfants avoir les larmes aux yeux. Les Serpentards ne semblaient pas, à ce moment-là, être des gens irrémédiablement insensibles et froids. C'était perturbant. Il jeta un œil à sa gauche et aperçut Rogue très tendu.

Il décida qu'il ne pouvait rien faire pour le moment et se plongea dans sa lecture. Le sommaire annonçait une interview du ministre Zorille en page trois et une liste des Mangemorts arrêtés et les chefs d'inculpation pour lesquels ils allaient comparaître à partir de la page cinq. Le dossier semblait particulièrement fourni. Cela lui semblait un peu « voyeur », mais la Gazette ne faisait jamais dans la nuance.

Harry tourna la page et se pencha sur l'interview du Ministre.

« La Gazette Du Sorcier : Pourquoi les procès des Mangemorts ne commencent-ils que demain, mercredi, alors qu'on les sait coupables et qu'ils sont actuellement presque tous détenus à Azkaban, donc sous la main de la justice ?

Le Ministre Zacharie Zorille : A vrai dire, le délai que nous avons instauré entre la capture et le procès des Mangemorts est relativement court, si on le compare aux délais qui peuvent exister dans d'autres états sorciers. Nous voulions avoir le temps de réunir un maximum de preuves avant de démarrer les procès. Nous ne voulons pas réitérer les erreurs que la justice a commises la première fois que nous avons cru Voldemort vaincu. A l'époque, trop de coupables ont été relâchés faute de preuves ou à cause de pots-de-vin. Cela ne fonctionnera plus.

GDS : Comment avez-vous récolté les preuves ? Pensez-vous qu'elles seront suffisantes ? Comment ferez-vous si les accusés affirment avoir été manipulés ?

ZZ : Nous avons donc récolté des témoignages, fait analyser l'historique de chaque baguette par des experts… Contrairement au procès précédents, nous utiliserons systématiquement du véritasérum : plus personne ne nous fera croire qu'il était manipulé par l'Imperium pour se tirer d'affaire, si cela s'avérait faux. Nous avons également fait appel à des psychomages pour établir le profil psychologique des accusés, afin d'adapter le type de peine à leur infliger et de vérifier si les accusés étaient ou non responsables de leurs actes.

GDS : Et si les psychomages déclarent un Mangemort irresponsable, que lui arrivera-t-il ?

ZZ : Dans ce cas, il sera théoriquement enfermé dans une nouvelle aile de Sainte Mangouste que nous voulons créer. Cette aile, placée à part du bâtiment principal actuel, alliera enfermement, comme à Azkaban, et soins médicaux.

GDS : Pensez-vous à des accusés en particulier ?

ZZ : Non. Les psychomages seuls sont capables de déceler la folie.

GDS : En tant qu'accusateur principal, représentant la population sorcière anglaise, quels types de peines attendez-vous à l'issue de ces procès ?

ZZ : Pour la majorité des Mangemorts, nous nous attendons à ce que la Justice inflige le baiser du Détraqueur afin d'éviter toute récidive. Pour les autres, nous espérons Azkaban à vie. Et pour les quelques uns qui se révéleraient fous, ce sera Sainte Mangouste directement.

GDS : Pourquoi avoir accepté la demande d'Exil du Mangemort Draco Malfoy, dans ce cas ? »

Harry interrompit sa lecture une seconde. C'était vrai… Pourquoi avait-il été épargné, envoyé en exil plutôt qu'à Azkaban ? Au fond, il était aussi coupable que tous les autres détenus d'Azkaban… Et pourquoi lui avait-on refusé aussi sèchement son blanchiment s'ils le considéraient finalement « moins coupable » que les autres ? Le ministère lui avait pourtant bien dit que son rôle dans l'intrusion des Mangemorts à Poudlard et la mort du directeur était bien trop important pour le laisser libre… C'était assez troublant pour soulever des questions.

Peut-être devait-il demander quelques informations à Kreattur. Il saurait sans doute où chercher le compte-rendu du procès de Malfoy…

« ZZ : Heu… Hé bien… Hum. Aucun commentaire pour cette question.

GDS : Certaines créatures magiques ont suivi le Lord plus facilement que d'autres : vous les faites actuellement surveiller, est-ce vrai ?

ZZ : Parfaitement. Pour certains, comme les Détraqueurs, nous n'avons pas de problème. Il ne reste qu'une douzaine d'entre eux sur l'île d'Azkaban. Pour les autres, nous prenons des mesures. Je peux d'ailleurs d'ores et déjà vous annoncer que nous préparons actuellement un projet de loi révolutionnaire sur les créatures magiques. Il s'agit d'améliorer le décret CM – 9083, sur la circulation… »

Le reste de l'interview, plus politique, intéressait moins le jeune homme, qui tourna les pages du journal pour lire la liste des Mangemorts dont on attendait actuellement la sentence. Cette liste, sur cinq pages, était plutôt longue. Le journal précisait qu'il restait encore des Mangemorts présumés ou convaincus dans la nature, que les Aurors s'appliquaient actuellement à traquer dans tout le pays et au-delà, et que d'autres Mangemorts étaient morts.

Une bonne partie des partisans de Voldemort étaient passée par Serpentard. Il fallait trouver là l'une des raisons qui poussaient les nouveaux venus à regretter leur envoi dans cette maison… Harry leva une nouvelle fois les yeux pour observer la table Serpentard. C'était décidément malheureux que les plus jeunes élèves soient ceux qui pâtissent le plus de la mauvaise image de cette inquiétante maison.

Harry observa l'agitation qui régnait à la table des Gryffondors. La jeune Camomille lança soudain le contenu de son verre au visage de l'un de ses camarades. En pleurant silencieusement, elle s'enfuit de la Grande Salle. A sa droite, Neville se leva pour aller régler le problème. Il supposait, en voyant les étudiants parler avec animation en secouant leurs journaux entre leurs mains, que la dispute venait de l'édition de ce matin et qu'elle tournait autour des Mangemorts…

En fait, il constatait que le même type d'agitation rendait les tables de Poufsouffle et de Serdaigle plus animées que jamais. Harry poussa un léger soupir. Madame Pomfresh lui avait dit, lorsqu'il était sorti de son coma d'après la bataille finale, qu'il était difficile de sortir d'une guerre. Que les reconstructions demandaient beaucoup d'énergie. Elle n'avait pas tord.

Il replongea dans son exemplaire de la Gazette. L'auteur insistait sur la minutie de son enquête, qui avait apparemment duré un peu plus d'un mois sans discontinuer, et sur la précision des informations fournies. Harry haussa les sourcils, peu convaincu par cette annonce de la part de la Gazette, et décida, par pur esprit de contradiction, de commencer sa lecture par les derniers noms de la liste.

Zabini Blaise. Etat : à Azkaban. « L'un des Mangemorts les plus actifs parmi ceux qu'on a appelé « la jeune garde ». Est notamment soupçonné d'avoir torturé et assassiné 47 moldus dont 14 enfants à l'aide de nombreux impardonnables. A participé à l'attentat de Pré-au-Lard en juillet dernier et à la tentative d'assassinat du ministre Zorille. Porte la marque infamante de Voldemort. »

Snape Severus, Serpentard. Etat : Blanchi. « Assassin de Dumbledore, mais sur son ordre. Coupable de 29 meurtres de Moldus, pour conserver son statut d'espion. Travaille en faveur de la résistance depuis la fin de la première guerre et a soutenu le Survivant dans sa mission de libération du pays. »

Harry remonta jusqu'à trouver le nom de celui qu'il considérait comme l'assassin de ses parents, au même titre que le décédé Tom Jedusor.

« Pettigrow Peter. Etat : mort. « Gardien du secret des Potter, il les a trahis pour le compte du Lord Noir. Coupable de tortures et de meurtres, utilisation d'Impardonnables. Est à l'origine de la première confrontation Harry Potter – Voldemort. »

Parkinson Pansy. Etat : à Azkaban. « Soupçonnée d'avoir torturé une Moldue de 12 ans. Porte la marque infamante de Voldemort »

Harry fut surpris par le peu qui était reproché à la jeune femme. Il s'était attendu, d'après les souvenirs qu'il avait d'elle, à ce qu'elle soit au moins aussi active que Draco Malfoy…

« Nott Théodore, Serpentard. Etat : En fuite. »

La Gazette n'avait visiblement relaté aucun des crimes éventuels commis par les Mangemorts en fuite. Harry supposait que cette lacune permettait au ministère de ne pas provoquer de panique au sein de la population, déjà ben agitée.

Il se demanda quand même comment Nott s'était débrouillé pour fuir le théâtre de la dernière bataille. Il savait que transplaner après la défaite de Voldemort avait été impossible, grâce aux barrières de Poudlard activées par Minerva McGonagall. Comment Nott avait-il réussi à conserver sa liberté ?

A côté des noms de Narcissa et Lucius Malfoy, passés par Serpentard, il était simplement précisé : « Etat : en liberté surveillée. Parmi les plus proches et les plus actifs partisans de Voldemort. »

Harry, même s'il était à l'origine de ce fait, trouvait choquante l'association du terme « liberté » et du constat de leur association avec Voldemort. Il éprouvait un sentiment de gêne en voyant les faits couchés sur le papier, même s'il savait parfaitement que sans Narcissa Malfoy, il n'aurait jamais pu remporter la guerre.

Curieux, il observa la ligne au-dessus du nom de Lucius Malfoy : Draco Malfoy. « Etat : En exil. Le jugement rendu confirme sa responsabilité dans l'intrusion des Mangemorts à Poudlard, dans la mort d'Albus Dumbledore et le condamne pour le port de la marque du Lord Noir. »

Harry replia le journal. Oui, il demanderait à Kreattur de lui ramener le procès-verbal du jugement. Il voulait comprendre comment, alors que les faits reprochés étaient si graves, Draco Malfoy avait pu bénéficier d'un simple exil. Même s'il ne l'appréciait pas plus que ça, il en était curieusement content – après tout, Narcissa Malfoy ne pourrait pas invoquer contre lui la moindre dette de vie. Mais il sentait profondément que ce jugement avait quelque chose d'étrange…

Ayant l'appétit définitivement coupé, il se leva et sortit de la Grande Salle. Comme il lui fallait de nouveaux parchemins pour le prochain cours de Défense, il se dirigea vers ses quartiers. Mais il fut rapidement interrompu par des cris. Bifurquant dans un couloir, Harry se trouva nez-à-nez avec deux groupes de Poufsouffles en train de se battre.

Ou plutôt, il constata que deux jeunes femmes s'étaient agrippées par les cheveux et roulaient l'une sur l'autre en se mordant et en s'insultant, et que les autres, autour, regardaient.

- Ça suffit ! tonna-t-il en leur lançant un sort pour les séparer.

L'une des deux combattantes n'était autre qu'Anna O'Brien, qu'Harry avait l'impression de voir partout ces derniers jours.

- Expliquez-moi ce qui vous prend !

Comme aucune des jeunes filles ne voulait prendre la parole, Anna arborant une moue butée et l'autre jeune femme – Floriane Houston s'il avait bonne mémoire – gardant les yeux baissés, il se tourna vers les spectateurs silencieux.

- Que s'est-il passé ? gronda-t-il d'une voix imposante. J'exige une réponse.

- C'est à cause de la Gazette, répondit timidement l'une des Poufsouffles.

Harry se tourna vers elle et reconnut Eléonore Elboeuf. Il lui fit signe de poursuivre.

- La Gazette a fait la liste des Mangemorts qui vont bientôt être jugés, et elle rappelle les crimes qui sont reprochés à chacun d'eux. Floriane a perdu son demi-frère moldu par la faute d'un Mangemort. Et euh… hésita la jeune femme un instant.

La dénommée Floriane jetait maintenant à sa camarade un regard noir : où était passée la loyauté des Poufsouffles ?

- Et elle a vu que le fils de celui-ci venait d'être réparti à Serpentard, alors… Elle s'est un peu fâchée sur lui et Anna s'est jetée sur elle. Et elles se sont disputées… euh… et vous êtes arrivé, professeur.

- Je me dois de vous retirer 20 points à chacune, dit froidement Harry alors que les spectateurs murmuraient de protestation. 20 points pour vous, mademoiselle Houston, pour avoir tenté de molester un enfant de onze ans. 20 points pour vous, mademoiselle O'Brien, pour avoir provoqué une bagarre au sein de l'établissement. Et croyez-bien que j'en informerai le professeur Flitwick.

Voilà. C'était les premiers points qu'il retirait à une maison et il avait été obligé d'être strict. Il ne tolérait plus la violence, maintenant que la guerre était terminée. Que ce soit celle provoquée par sa propre maison avant les vacances ou celle de Poufsouffle, les étudiants devaient apprendre qu'il ne laisserait plus rien passer.

Alors que les élèves se dispersaient en commentant avec crainte la sévère perte de points infligée à leur maison, Harry put entendre Eléonore affirmer à Anna que si elle ne s'était pas interposée, c'était elle qui l'aurait fait. Et que des points perdus étaient bien peu en comparaison de l'honneur maintenu de leur maison. La jeune Anna se recoiffait avec suffisance, même si le sourire qu'elle avait envoyé à Eléonore semblait sincère.

Harry secoua la tête et s'éloigna. Il avait toujours imaginé Poudlard comme un havre de paix pour la plupart des étudiants. Bien sûr, Draco Malfoy et lui avaient été un cas à part, mais il pensait qu'ils avaient été les seuls à se battre entre eux. Maintenant que la guerre était terminée, il découvrait avec stupéfaction et angoisse les tensions qui continuaient et qui agitaient toutes les maisons confondues.

Poudlard aurait dû être un château magique où les enfants étaient protégés. Où allait-on si même la maison réputée la plus calme se mettait à provoquer des batailles ? Etait-ce vraiment ce dont il avait rêvé, était-ce vraiment ce qu'il avait attendu de la fin de la guerre ? Non. Et il était inquiet pour cette école, sa maison…

SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS

Severus Snape était un homme amer et malmené par la vie. Il détestait la majorité de ses semblables et méprisait tous ces sorciers stupides qui désiraient lyncher les Serpentards pour venger leurs maux. Rares étaient ceux qui s'étaient levés pour se battre, mais tous étaient aujourd'hui solidaires pour tenter de briser sa maison.

Sauf les Poufsouffles. Il avait observé les deux jeunes femmes se battre, laissant à l'un de ses plus jeunes étudiants la possibilité de fuir. Et il avait observé la réaction de Potter qui, il devait l'admettre, était parvenu à rendre un jugement probablement plus équitable que le sien, bien que sévère.

S'il y avait bien une chose qui lui tenait à cœur depuis toujours, c'était sa maison, ses élèves. Il était temps pour lui d'agir. Il était temps pour lui d'obliger tous ces aveugles aigris à ouvrir les yeux sur la nature profonde, la réalité de sa maison. Et il savait exactement ce qu'il avait à faire. Ce week-end, il irait la voir.

HPGWHPGWHPGWHPGWHPGW

Mercredi 9 septembre

Ginny s'assit à la table de sa maison un peu morose. La soirée de la veille avait été un peu étrange. Le silence blessé de la jeune Camomille les avait tous rendus honteux sans qu'ils comprennent bien pourquoi. Certains élèves avaient même échangé quelques mots virulents sous l'effet de la tension…

A table, le midi, une polémique avait éclaté entre deux étudiants de dernière année à propos des Mangemorts et des Serpentards. L'un d'eux, Alcide McGregor, avait fini par affirmer que les Serpents étaient tous mauvais et qu'ils devaient être exterminés, alors que son adversaire avait répliqué que d'autres – et même des Gryffondors – avaient commis des actes impardonnables. « La violence envers des Serpentards est toujours justifiée ! » s'était exclamé Alcide.

C'était à ce moment-là que Camomille lui avait jeté son vers de jus de citrouille au visage. Ils étaient tous restés interdits alors qu'elle fuyait hors de la Grande Salle. Juste après, Melinda et son petit-ami avaient soigneusement enguirlandé Alcide qui n'avait pas compris ce qui lui tombait dessus. Au fil de la journée, d'autres camarades de sa promo et de la promo de Camomille s'étaient mis à lui battre froid.

Et malgré de très nombreuses hypothèses, Ginny avait été incapable de comprendre pourquoi tant de gens avaient réagi si violemment à la remarque d'Alcide. Elle n'approuvait pas ses propos, loin de là, mais elle avait toujours su que certains membres de sa maison étaient devenus très radicaux avec la venue de la guerre.

Elle avait tenté d'apaiser tout le monde, comme Neville l'avait parfois fait l'année dernière, quand il fallait se défendre des Carrow et des Serpentards. Mais elle n'avait pas réussi et la tension régnant dans la salle commune avait épuisé tout le monde.

Elle but une gorgée de chocolat chaud et jeta un œil à la table des professeurs. Harry n'était pas là, ce matin. Déjà, la veille, elle l'avait trouvé très fatigué. Elle se demandait si c'était dû aux cours de Défense. Quand elle l'avait vu sortir de la classe, mardi matin, il était couvert de pustules. Elle avait entendu dire, plus tard, qu'il avait perdu un duel contre le nouveau professeur, Thorn.

Elle savait que son fiancé se méfiait de cet homme. Etait-ce pour cette raison qu'il lui semblait si… à l'ouest, parfois ? Qu'est-ce qui pouvait bien le tracasser ? Elle attendait avec impatience le week-end, pour pouvoir lui parler un peu.

Une nuée de hiboux la sortit de ses pensées et elle attrapa son exemplaire de la Gazette du Sorcier. En ce moment, le Chicaneur ne sortait plus. Elle avait entendu dire que Luna voulait prendre la succession de son père et qu'elle travaillait pour adapter le matériel et pour monter une petite équipe de journalistes dévoués. Elle se demandait bien quel genre de personnages étranges elle allait rassembler pour remplir ses pages.

Toujours est-il qu'ils s'étaient tous habitués à suivre les informations, dans les journaux ou grâce à la radio et que, même si elle n'appréciait pas plus que ça la Gazette, elle n'imaginait pas rester sans nouvelles du monde. Ses frères s'étaient souvent moqués de sa curiosité maladive, mais elle avait pu être très utile dans le mouvement de libération de Poudlard, l'année précédente.

Elle se pencha sur la une du journal. « La Guerre Noire : Nouvelles révélations ! »

Ginny trouvait le titre un peu timoré : la deuxième guerre contre Voldemort avait été bien pire que « noire ». Le sommaire annonçait en page 4 « Le grand récit de la Bataille Finale : la capture des Mangemorts »et en page 6 une « Interview de Théodore Nott, un témoin en première ligne ».

Ginny s'interrompit, interloquée. Si elle se souvenait du numéro de la veille, Nott était en fuite. Elle tourna fébrilement les pages. Evidemment. Cette série d'articles était le fait de Skeeter. La journaliste de la veille, Rose Elmack, avait su être à peu près neutre, même si son style laissait un peu à désirer. Mais Skeeter… Comment avait-elle détourné la réalité, cette fois ?

Ginny parcourut les quelques lignes de résumé de la Bataille Finale. Mais la prose de Rita Skeeter la mit effectivement mal à l'aise. Elle avait une façon de présenter les choses qui donnait l'impression qu'Harry n'avait pas été très héroïque.

« Après avoir fait semblant d'être mort… », « une stratégie qu'il est étonnant d'avoir vu fonctionner… », « il a tenté de désarmer Voldemort avec un sort de première année… », « Un miracle que l'Avada Kedavra se soit retourné contre lui… » lu-t-elle en survolant l'article.

D'abord, il n'avait pas fait semblant : il était vraiment mort avant d'avoir ressuscité. Bon peut-être était-ce une demi-vérité puisqu'à ce moment-là, Harry avait vraiment feint d'être mort. Ensuite, son sort de désarmement n'était pas un sort de première année et il avait réussi à récupérer la baguette de Voldemort, pas seulement tenté

« Un héros étonnamment modeste qui a disparu immédiatement après la bataille, laissant le soin à nos Aurors expérimentés d'arrêter tous les Mangemorts présents. »

Pourquoi avait-elle l'impression que cela sonnait comme une fuite, que l'article présentait Harry comme étant un héros par hasard, loin d'être aussi compétent que les Aurors ? Déjà bien énervée par ce récit biaisé de la bataille finale, elle se rendit à la page de l'interview de Nott. Qu'allait-elle y trouver ?

« Harry Potter n'est pas le héros que tout le monde s'évertue à décrire, » me dit Théodore Nott sans autre forme de préambule. Il semble tout à la fois abattu et en colère. Les épaules voûtées mais les poings serrés, il m'explique que le Survivant n'a été qu'un sauveur sélectif qui n'a gagné la guerre que par chance.

« Durant toute sa scolarité, il n'a été qu'un élève médiocre qui ne connaissait presque rien du monde magique. Il a passé son temps à briser des règles, à empirer la relation déjà tendue qui pouvait régner entre les maisons Serpentard et Gryffondor. Il est chétif et colérique. Je ne comprends même pas comment on a pu lui offrir un poste de professeur à Poudlard. »

Ginny froissa le journal dans ses mains tremblantes de colère. L'article de Skeeter continuait sur trois pages. Mais si elle se fiait aux deux premiers paragraphes, c'était un article à charge. Elle n'avait aucune envie de le lire.

Autour d'elle, ses camarades commentaient déjà les articles de la Gazette et parlaient, pour certains, avec scepticisme de l'héroïsme d'Harry. Ha non ! Ils n'allaient pas recommencer comme avant, quand la moindre remarque de Skeeter pouvait faire changer l'opinion des gens ! Elle leur fit part de sa façon de penser, mais plusieurs d'entre eux restèrent sourds à ses arguments.

- Si tu avais vu Thorn le battre, tu aurais aussi des doutes sur sa puissance, affirma un étudiant de dernière année.

Enervée autant pour la réputation d'Harry que pour la sienne, elle quitta la table à grands pas. Thorn avait fait des dégâts. Les étudiants mettaient en avant l'incapacité d'Harry, qui ne disait jamais rien en cours et avait perdu son seul duel contre le prof de Durmstrang. Alors qu'elle croisait son fiancé, qui descendait enfin pour le petit-déjeuner, elle s'approcha de lui.

- Bonjour, ma chérie !

- Bonjour, grommela-t-elle.

- Hou… Qu'est-ce qui se passe, Gin ?

- Ce qui se passe ? Ce qui se passe ? C'est que tu restes inerte ! C'est que tu te fais battre par un simple prof de Durmstrang et que tout le monde se demande comment tu as pu battre cette fichue Peau-de-Serpent ! C'est que Skeeter et Nott te font passer pour un imbécile faible et que les gens les croient ! Bouge un peu !

Sans avoir eu le temps de saisir sa petite amie, Harry ne put que se demander pourquoi Ginny s'était enfuie en pleurant…

Inquiet, il bifurqua vers les cuisines : il prendrait un petit-déjeuner sur le pouce et pourrait appeler Kreattur sans crainte au milieu des autres elfes. Il devait comprendre pourquoi Ginny semblait bouleversée par Skeeter. Après tout, il avait bien prévenu la Gazette qu'il refuserait désormais toute atteinte à sa vie privée…

HPKPHPKPHPKPHPKPHPKP

Kreattur arriva immédiatement après son appel et Harry le remercia, une pomme à la main. Il ne fallut que quelques minutes à l'elfe domestique pour exposer le problème qui agitait Ginny : l'article de Skeeter et la propre propension d'Harry à rester dans l'ombre et à minimiser ses exploits.

- Bien que, termina Kreattur, je sache parfaitement que ce comportement est dû à votre désir d'être un sorcier normal.

- Est-ce que c'est mal, Kreattur, de vouloir vivre une vie moyenne, fondu au milieu de tout le monde ?

- Ce n'est pas mauvais en soi, monsieur, mais il faut nécessairement vous attendre à une chute de votre popularité. Vous êtes actuellement classé comme étant un sorcier exceptionnel, donc redevenir un anonyme au milieu de tous les autres anonymes implique cette baisse dans votre image. Bien sûr, cet article-ci est exagéré et remet en cause vos actions pendant la guerre. En tout cas, être normal vous ouvrira moins de possibilités en tant que sorcier d'affaires. Les plus grands sorciers d'affaires sont avant tout des charmeurs qui usent et parfois abusent de leur image. Cela fait partie du travail…

- Merci pour tes réponses, Kreattur, répondit calmement Harry malgré sa colère intérieure.

Alors que l'elfe allait transplaner de nouveau, les ouvriers du square Grimmaurd ayant beaucoup de questions à propos des sous-sols de la maison, il fut rattrapé de justesse par son maître.

- Attend ! Dis-moi, est-ce qu'ils ont vraiment écrit « chétif et colérique » ? demanda-t-il, préoccupé.

- Oui, monsieur. Et comme je vous l'ai dit, cela peut nuire à votre crédibilité. Tout dépendra de votre manière de réagir. Je ne suis pas sûr de connaître la meilleure solution, il vous faudra vous en remettre à votre instinct, monsieur.

- Ils se vengent probablement pour la lettre que je leur ai envoyée, il y a plus de deux mois. Je pensais qu'ils ne parleraient plus jamais de moi, mais j'ai sans doute été un peu trop présomptueux…

- La Gazette n'a pas franchi la limite que vous leur aviez imposée.

- Comment ça ?

- Le journal ne parle pas de votre vie privée mais de votre personnage public et de vos actes en tant que personnage public. Vous ne pouvez pas vraiment les attaquer en justice pour ça.

- Même s'ils profèrent des mensonges à mon encontre ? Je ne suis pas très au fait de la loi sorcière, mais il me semble que les journaux bénéficient d'avantages gigantesques et d'un grand pouvoir devant le citoyen lambda…

- Certes. Mais ils se sont améliorés. Il n'y a là aucune diffamation avérée, seulement quelques biais qui ne pourront pas nous faire gagner le moindre procès. J'ai vérifié et ils précisent que les opinions évoquées dans les articles qui vous concernent ne reflètent pas les convictions de la rédaction, et qu'il est nécessaire de les prendre avec recul. Bien sûr, les gens prendront une partie des articles comme parole d'évangile, mais on ne peut rien reprocher au journal. Ils sont très bien conseillés.

Harry remercia une fois de plus Kreattur, qui transplana ensuite. Le sorcier resta assis, un peu hagard, en croquant dans sa pomme et en réfléchissant aux conséquences de cet article. Que voulait-il vraiment ? Allait-il laisser les journaux s'en donner à cœur joie et faire de lui un minable, alors qu'il voulait être normal ? Ou voulait-il plus, en réalité ?

Son plaisir à faire des affaires, même s'il n'était encore qu'un tout jeune débutant, ne pouvait être nié. Il aidait ses amis tout en faisant fructifier le patrimoine familial. Il était conscient qu'une bonne image pouvait toujours jouer en sa faveur, mais il détestait par contre la moindre pression journalistique. Comment devait-il réagir ?

Thorn et Nott insistaient tous les deux sur sa faiblesse – il était conscient de ne pas être aussi baraqué que d'autres camarades, comme Neville par exemple – sur son incapacité, sur son imposture presque. L'un à propos de son poste d'assistant, l'autre à propos de son statut de héros. Ce dernier ne lui manquerait pas, si on le lui retirait. Mais une chose était sûre : il ne voulait pas perdre sa crédibilité en échange.

Il aimait travailler, comme il le faisait ces deniers jours, pour être à la hauteur dans l'enseignement de Défense. Il aimait monter des projets, des entreprises et contribuer aux rêves de sorciers ou de moldus grâce à ces sociétés. Une conclusion s'imposait donc.

Il devait retrouver son calme et prouver à tous qu'il était largement à la hauteur. Qu'ils l'appellent héros s'ils le désiraient, il les oublierait. Il ferait simplement ce qu'il trouvait juste et en accord avec ses convictions. Il allait avoir du travail, mais ça en valait la peine… Il allait se battre pour être maître de sa vie.

Sans prêter plus d'attention à son environnement – les elfes ne s'étonnaient plus de le voir traîner dans la cuisine au milieu d'eux – il plongea dans son état de méditation favori. Il savait que le meilleur moyen de rester calme et de voir les choses avec un peu de recul était de se changer les idées. La méditation fonctionnait particulièrement bien, autant ne pas s'en priver.

Sa pomme, dont il ne restait plus grand-chose, tomba sur le sol alors que son corps s'était complètement détendu. Le trognon disparut bien vite alors qu'un elfe passait à côté de lui. Harry poussa la porte de son esprit et se dirigea au cœur de son labyrinthe. Il s'arrêta devant la porte verrouillée. Il était peut-être temps de franchir le pas…

Il défit lentement les nombreux cadenas qu'il avait inconsciemment posés sur cette partie de son esprit et poussa la porte qui était presque au cœur de lui-même. Il s'avança dans une sorte de désert de sable où seuls des rochers torturés venaient briser la ligne d'horizon. Il fit quelques pas dans le sable chaud. Il se sentait plutôt bien. Pourquoi cet endroit était-il verrouillé alors qu'il semblait si paisible ?

S'approchant d'un rocher, il s'y adossa. Fausse bonne idée. Il fut assailli par des rêves plus ou moins éveillés qu'il avait fait dans sa jeunesse. Des rêves de vengeance, de torture, de meurtres. Des rêves où il était parvenu à lancer le Doloris sur Bellatrix Lestrange, où Lucius Malfoy mourrait sous le baiser d'un Détraqueur, où – plus récemment – il avait molesté Draco Malfoy…

Effrayé, il se précipita loin du rocher. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Etait-ce lui ? Avait-il raison de craindre ses côtés sombres, avait-il raison d'avoir peur de devenir un nouveau mage noir ?

Aucune crainte à avoir, fit sa propre voix autour de lui.

Harry, qui n'avait pas ouvert la bouche, scruta les alentours. Il n'y avait personne. Devenait-il fou ?

Non plus, résonna une nouvelle fois la voix si mystérieuse et si familière.

Il sursauta alors que le sable, à sa gauche, faisait d'étranges remous. Bientôt, deux larges oreilles pointues sortirent du sol, rapidement suivies par une petite tête pointue aux poils beiges, puis par le reste d'un étrange animal à quatre pattes. C'était celui dont il parvenait parfois à saisir l'image, au détour d'un nuage, quand il sortait de son esprit.

- Qu'est-ce que…

Bonjour Harry. Je me demandais quand tu oserais entrer dans ta salle des « peut-être ».

- Ma salle des « peut-être » ? Heu… C'est-à-dire.

Ici sont les choix, parfois difficiles, qui ont fini de forger ta personnalité. Ici sont des rêves ou des fantasmes inachevés qui pèsent parfois sur ta manière d'appréhender ton avenir, ou sur une échelle plus vaste, qui pèsent sur ta manière de voir le monde.

- Mes… euh cauchemars emplissent cette pièce ?

Tes rêves et tes désirs, qu'ils soient bons ou mauvais, remplissent cette pièce. Tous ces rochers sont le reflet de ce que tu aurais pu devenir, à un moment ou à un autre, et de ce que tu peux toujours devenir, selon tes choix. Ils sont des morceaux plus ou moins construits et développés de ta personnalité et changent à chaque choix que tu fais. Contrairement aux grains de sable que tu foules et dont tu ne peux même plus lire l'essence, parce qu'ils ne sont composés que de rêves éphémères ou impossibles.

- On est au cœur de ma personnalité ?

Au cœur de tes possibles, plus précisément. Ici, tu as la vérité nue, parfois difficile à accepter, de qui tu es, de tes personnalités. Cette pièce est la plus intime et la plus refoulée de ton esprit. Là où tu te laisses aller en toute liberté, en dehors de tout cadre et de toute contrainte. Elle contient tes plus fortes émotions et tes plus chers désirs.

Harry déglutit.

- Est-ce que c'est normal que je… que je sois si effrayé ?

Bien sûr. Il n'est jamais facile de s'accepter entièrement. Vous, sorciers, avez tous des côtés plus ou moins sombres et inavouables.

- Je suppose que… enfin, je veux dire que tu sembles bien me connaître et tu es là, enfoui dans ma… dans mon esprit… tu es mon animagus, c'est ça ?

Parfaitement.

- Et qu'est-ce que tu es ?

Un renard des sables. Un fennec. Comme tu voudras.

- Pourquoi est-ce que tu m'apparais aujourd'hui ?

Tu as pris deux tournants importants aujourd'hui. Tu as décidé de cesser de renier une partie de ton histoire et tu es prêt à découvrir les méandres de ta personnalité. Ce sont deux choix importants qui me laissent penser que tu es prêt à nous accepter.

- Dans quel sens suis-je censé nous accepter ?

Au sens où tu seras conscient de tes possibilités – toutes tes possibilités – à chaque choix que tu feras. Au sens où tu seras prêt à accepter des vérités douloureuses, où tu seras capable d'assimiler tes souvenirs sans chercher à les oublier, où tu seras prêt à accepter mon identité.

- Je peux difficilement te renier : tu es là. Et je ne sais rien des renards des sables, donc je n'ai aucune idée de ton « identité » animale.

N'oublie pas qu'il s'agit de Ton identité animale, jeune homme.

- Est-ce que ça veut dire que je peux me transformer, maintenant ?

Non, pas encore. Tu dois d'abord m'apprivoiser. Nous aurons encore l'occasion de nous rencontrer et de nous rapprocher, ne t'en fais pas.

Alors que le renard creusait pour se replonger dans un trou sombre, Harry se leva et fit un tour sur lui-même, pour observer le paysage assez vaste qui l'entourait. Il avait l'impression d'avoir une personnalité complexe, multiple, et il se demanda si tous les sorciers animagus avaient été confrontés au même problème.

En même temps, il était sans doute plus facile de trouver son animal d'âme quand on était jeune et qu'on n'avait vécu que peu de choix, et surtout, peu de choix lourds et capables d'influencer la vie d'autres gens.

Invoquant sa porte et sa clef, il reporta son exploration à plus tard et sortit de son esprit satisfait. Il avait quelques recherches à faire sur les renards des sables et ses copies à corriger. Cela lui paraissait, à l'instant, plus important que l'exploration, qui s'annonçait longue, de cette salle.

En se dirigeant vers le cours de Thorn – ce matin, il allait découvrir coup sur coup les premières et les quatrièmes années Serpentard et Serdaigle – il songea qu'il se chargerait de son image dans la presse un peu plus tard. Son image… Une chose qui l'intéressait véritablement pour la première fois de sa vie… Il voulait prouver sa valeur.

Entre son image qui battait de l'aile à cause de Thorn et de la presse, et Poudlard qui devenait le théâtre renouvelé des tensions du dehors, il avait l'impression que les sorciers jetaient au rebut ce qui avait eu de la valeur pour eux ces dernières années…

Il allait avoir beaucoup de travail pour rendre un caractère sacré aux valeurs qui comptaient pour lui…


* Une sorte de Martini gazeux, vin qui n'en finit pas de bouillir bien qu'il soit très rafraichissant.