Bonjour à tous ! Voici le début d'un nouveau chapitre, le chapitre 7. Nous venons, aujourd'hui, de dépasser la moitié de ce premier tome. Merci mille fois à vous pour votre fidélité et vos encouragements qui me motivent ! Et merci à Wyny pour sa patience et ses corrections : s'il reste des fautes, ce sont les miennes.

RARs aux anonymes

Rikokooo : Il y a encore pas mal de parties de chapitres avant qu'Harry et Draco ne se rencontrent, malheureusement. Disons, pour te donner un ordre d'idées, qu'ils ne se rencontrent pas avant le chapitre 9… C'est que j'aime assez prendre le temps de développer cette histoire qui est comme mon bébé. J'espère cependant que tu apprécies le reste de l'histoire.

Marie la petite : Exactement ! Harry va pouvoir enfin progresser et se comporter en adulte ^^ Merci et à bientôt !

Doloris : Hem… En fait, ce n'est pas seulement son mariage avec Harry qui l'intéresse. Là, en l'occurrence, elle est touchée par son image. Certes parce que ça peut lui retomber dessus, mais aussi parce qu'elle est gênée pour Harry. Et ne t'en fais pas, les elfes n'ont pas disparu. C'est juste que je ne peux pas tout mettre dans un chapitre – trop long sinon. Mais merci de me suivre et à bientôt !

Trolinette : Tu vas avoir un premier élément de réponse sur Draco dés ce chapitre. J'espère qu'il te plaira !

Yuuchan : Oui, la Coupe aux USA est l'occasion d'obtenir à la fois un grand pouvoir magique et politique. Quand à l'objectif final... Monsieur X n'a pas encore expliqué tout ce qu'il désire... Je ne connais pas Full Metal Alchemist, mais j'irai jeter un oeil sur le web, à l'occasion. Par ailleurs, tes suppositions sur les Temps Sombres et la Guerre de la boue sont assez justes. Reste à savoir à quel point, à comprendre la prophétie dans son entier et qui elle concerne. Pour Harry : la Gazette, Thorn et sa salle des peut-être lui donnent un coup de fouet pour devenir adulte et réfléchir à ses actions. C'est une étape essentielle s'il doit un jour se confronter au "méchant". La partie choix de la prophétie est importante, effectivement : cette notion me fascine. Comment, pourquoi on fait un choix, quelles sont les conséquences... ? Bref. Sinon, je suis ravie que l'histoire te plaise toujours et que tu repères mes petits jeux littéraires ^^ Merci et à bientôt !

Antinéa : Tu es ma plus longue review, je crois. Merci beaucoup ! ^^ Et parce que je souhaite y répondre pleinement et correctement, je t'envoie ma réponse sur ton compte, tout à l'heure. ^^ (Ici, je n'ai pas vraiment la place, désolée)

Un grand merci également à Orange (je suis ravie), à Ashton (j'espère que ton inscription te sera utile ^^) et à tous ceux qui ont mis cette histoire en alerte ou en favorite, cette semaine.


Note : Je ne vous l'avais jamais dit, mais j'avais décidé que le jour où je recevrai 20 reviews signées pour un même chapitre, je posterai le suivant dans la foulé, en cadeau. J'ai atteint les 20 aujourd'hui, donc je publie, même si c'est seulement avec une petite avance. Mais parce que vos commentaires, signés comme anonymes, sont aussi et surtout d'une très grande qualité, j'essaierai de vous en publier exceptionnellement deux, la semaine prochaine, en cadeau bonus supplémentaire. C'était ma petite surprise du jour, en espérant qu'elle vous plaise ^^


Résumé de l'épisode précédent

Draco est accepté au Palais et réparti à Hibouleau, la spécialité des chercheurs médicomages. Il n'a pas l'occasion de parler de son problème de baguette à sa directrice de spécialité parce que les bois sont, parait-il, étrangement agités. On leur a expliqué qu'ils sont très dangereux, surtout la nuit. Le sorcier découvre avec plaisir et fascination ses nouvelles matières et il est motivé pour travailler. Le bibliothécaire du Palais l'a d'ailleurs accueilli à bras ouverts. Mais il ne parvient pas à se mêler à ses camarades - même s'il essaie, à l'occasion de l'annonce officielle de la Coupe du Monde aux Etats-Unis - et son cours d'Arts se passe assez mal. Harry Potter semble le suivre partout. Et puis, il y a ces étranges jumelles qui semblent absolument vouloir se rapprocher de lui...


Chapitre 7 : Les ennuis commencent

Partie 1 : Rumeurs

Mercredi 9 septembre – matin

Draco avançait dans le couloir sombre parce qu'il n'aimait pas que la lumière artificielle entre dans sa chambre. Il détestait être réveillé à cause de cela. Les menottes qu'il portait aux poignets n'étaient pas particulièrement pratiques pour porter le lourd plateau d'argent qu'il avait dans les mains, mais il ne renverserait rien. Il avait fini par être assez bon.

Il avait remisé son orgueil au placard quand il avait réclamé son dû. Il n'avait pas eu d'autre choix. Il n'avait plus aucun contrôle. En soupirant intérieurement, remisant sa colère loin au fond de lui, il posa le plateau en équilibre sur sa hanche pour pouvoir pousser la porte de l'autre main. Au moins était-il reconnaissant pour ces portes battantes qu'il avait installées partout hormis dans son bureau. Ça facilitait sa tâche. De toute façon, personne n'aurait osé entrer dans une pièce où il était sans son autorisation explicite.

Laissant la porte derrière lui reprendre sa place dans un mouvement souple et silencieux, Draco alla déposer le plateau sur la table basse qui se trouvait au milieu de cette pièce qu'il connaissait par cœur. La nourriture n'était pas pour tout de suite, elle venait seulement après. Les pieds nus sur le tapis épais, il s'avança vers les lourds rideaux.

Il aimait son rituel matinal. D'abord, repousser les rideaux rouge sang. La lumière était alors filtrée par la deuxième couche de rideaux, composés d'un tissu plus léger et orangé. Draco jeta un œil rapide sur le double lit, contre le mur d'en face. Il commençait à bouger.

Avant qu'il ne l'appelle d'un simple geste, Draco se pencha pour passer les mains sur ses chevilles. Rassuré par la présence de la chaine, il en profita pour réchauffer rapidement sa peau fraîche. Il détestait sentir ses pieds froids, même s'il ne lui accordait pas le droit de porter des chaussures. Il trouvait que ça pouvait dénaturer ses pieds fins.

Ses pieds… féminins, comme il aimait le dire. Draco détestait cette manière qu'il avait de le regarder de haut, cette manière qu'il avait de l'associer au moindre adjectif un tant soit peu féminin. Ses chevilles, avec les petits poils blonds qui parsemaient sa peau, étaient anguleuses. Carrées. Masculines. Mais il adorait lui dire le contraire.

Même s'il était obligé de l'encaisser, Draco savait qu'il n'était plus aussi doué qu'avant pour garder son masque. Et qu'il le faisait exprès pour le provoquer. Pour lui rappeler son rôle auprès de lui, en quelque sorte. Mais il lui faisait peur. Il avait tous les pouvoirs. Alors il lui obéirait toujours, quoi qu'il arrive. Ses rêves de liberté étaient bien loin…

On y était. Il venait de faire un geste pour qu'il s'approche. Alors Draco s'approcha. Comme à chaque fois, le matelas s'affaissa un peu sous son poids quand il grimpa sur le lit. Il était bien réveillé, désormais, même s'il gardait les yeux fermés. Draco s'approcha encore.

Contrairement à ses habitudes, il attrapa ses épaules et le plaqua sur le lit. Il pesa étrangement sur son estomac en se penchant vers lui. Ses cheveux chatouillèrent ses joues. Il allait ouvrir les yeux. Il ne voulait pas qu'il ouvre les yeux. Il savait que c'était effrayant. Il avait peur.

- Miawww !

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Draco s'assit soudain sur son lit, les yeux écarquillés et le cœur battant. Baissant le regard sur son estomac, il put voir Oline se tendre vers son visage pour se frotter à lui en ronronnant. Elle le chatouillait. Il observa la pièce, un peu partout autour de lui, et fut rassuré de ne voir ni rideaux rouges, ni tapis au sol. Et personne dans son lit. Il s'essuya le front en poussant un soupir encore un peu tremblant, avant de caresser l'énorme chatte qui n'avait toujours pas bougé.

- Toi, ma belle, tu viens de me sauver d'un horrible cauchemar, murmura-t-il. Tu as senti que je n'allais pas bien, n'est-ce pas ?

Il était content que ses animaux aient trouvé leur chemin seuls et qu'ils l'aient accueilli joyeusement, si tant est qu'il était capable de comprendre l'humeur de ses animaux, la veille.

Il jeta un œil sur la petite horloge en forme de citrouille, qu'il avait posée à côté de son lit. Sept heures du matin. Il était tôt. Ses cours ne commençaient qu'à dix heures le mercredi. Cependant, il se leva en repoussant Oline sur le côté : il ne pourrait pas se rendormir. Il ne se souvenait plus de cet homme au pouvoir effrayant, mais il ne voulait pas prendre le risque d'en rêver encore.

Il ne savait pas ce que cela signifiait, mais il avait conscience que ça n'annonçait rien de positif. Sous l'eau de la douche, il songea que ce devait être un contrecoup de sa tension et de son angoisse de la veille. Il avait horreur d'être enchaîné à quelqu'un, même si ces chaînes étaient invisibles. Se rappeler sa dette envers Potter n'était pas le meilleur moyen de rester zen. Il termina sa douche rapidement avant de s'habiller et de retourner dans sa chambre.

Il voulait se changer les idées, il voulait se décharger de cette peine qui lui pesait. Margaux le comprendrait. Ethan aussi, sans doute… Puisqu'il avait du temps devant lui, il décida de s'atteler à l'écriture des lettres qu'il leur avait promises. Il voulait aussi tenir sa famille au courant de son admission.

Mais il commencerait par Margaux et Ethan. Kerta pourrait déposer les lettres suffisamment rapidement et revenir pour les lettres destinées à l'Angleterre. Il leur raconta donc ses découvertes sur le Palais, ses cours, ses camarades, ses peurs et ses questions, avant de leur demander de leurs nouvelles.

Kerta était arrivée en cours de route. Peut-être avait-elle senti qu'il allait avoir besoin d'elle. Finalement, ses lettres furent prêtes et il se leva pour les accrocher à la patte de sa chouette. Docile, celle-ci s'envola immédiatement vers les destinataires. Draco, lui, s'en retourna à son bureau pour se pencher sur la lettre qu'il destinait à ses parents.

Chers père et mère.

Je vous annonce avec fierté avoir été admis au Palais des Bois sans encombre. Je suis même arrivé le premier après les épreuves d'admission.

Tenant à ce qu'ils soient fiers, il décida de ne pas détailler les épreuves, qui leur auraient sans doute paru trop simples.

Je suis intégré à la spécialité Hibouleau, la plus cérébrale des quatre spécialités. On y met à l'honneur des matières telles que les Potions, qui comme vous le savez réclament doigté et précision.

Draco leva sa plume et relut ses premières lignes. Cette façon de leur présenter les choses devrait avoir leur approbation. Même loin, il ne doutait pas que son père comptât sur lui pour honorer, encore et toujours, le nom des Malfoy.

Je n'ai pas encore eu le temps de mesurer mes camarades et, contrairement à l'Angleterre, notre nom n'est pas encore connu ici. Pourquoi, père, n'as-tu jamais investi aux Etats-Unis ? Et comment se passent nos affaires en Angleterre ?

« Voilà, » pensa Draco avec satisfaction, « père sera ravi que je sois dans la lignée de ses attentes, que je me montre comme son héritier… » Le jeune homme n'était pas forcément ravi de ce jeu, mais il prenait ce que ses parents voulaient bien lui donner.

Je vais probablement être très occupé pour les semaines à venir : les cours sont nombreux, denses, et réclament beaucoup de travail personnel. Mais je penserai à vous. J'attends avec impatience de vos nouvelles et des nouvelles du pays,

Sincèrement,

Draco Abraxas Malfoy.

Draco reposa sa plume un instant. Il avait donné des nouvelles à ses parents sans faire part de ses questions et son inquiétude sur sa santé. Il était dommage qu'il soit incapable d'écrire une plus longue lettre à sa mère – il la savait angoissée, à l'époque de Poudlard, de ne pas l'avoir avec elle. Mais là… Ses états d'âme ne les intéresseraient probablement pas. Ou alors il serait capable de les inquiéter inutilement…

Son rêve du matin, qui semblait si vrai, lui rappelait son statut de rêveur et lui faisait peur. Et puisqu'aucun rêveur n'avait vécu assez longtemps pour répondre aux questions qu'il se posait, il préférait tenter d'oublier ses étranges visions. Et le malaise qui les accompagnait. Il devait avouer que ce n'était pas évident. Parfois, ce songe éveillé qu'il avait fait chez Christobald lui revenait en mémoire. Mais il essayait vraiment de l'oublier.

Draco se leva et s'étira un instant. Il ne voulait pas voir l'avenir, surtout si c'était pour avoir des visions aussi perturbantes et effrayantes.

Il fit quelques pas et attrapa Oline qui était restée étalée sur le lit pour la câliner. Ses animaux semblaient intelligents et lui donnaient l'impression de le comprendre. C'était apaisant. Avant, c'était Severus qui jouait ce rôle. Il ne le câlinait pas, bien sûr, mais il l'écoutait toujours. Maintenant, il était à l'autre bout de l'océan.

Relâchant la chatte, qui s'étira en ouvrant la gueule, il retourna à son bureau. Il pouvait au moins lui écrire. Il pouvait lui poser des questions ou lui ouvrir son cœur. Severus Snape était le seul homme en qui il avait suffisamment confiance pour le faire : il savait qu'il ne le jugerait pas. Qu'il serait toujours là, même s'il désapprouvait ses choix.

Très cher parrain,

Je t'écris du Palais où j'ai été admis sans encombre. Les cours sont vraiment très intéressants, même s'ils annoncent déjà beaucoup de travail, et je pense pouvoir me plaire ici. La seule inconnue qui reste concerne mon petit problème de baguette, dont je n'ai pas encore pu parler à ma responsable d'année. Elle est – comme les professeurs de cette école – obnubilée par les réactions apparemment étranges de la forêt.

Draco s'arrêta une fois de plus. Est-ce que les réactions de la forêt – lui n'avait rien remarqué d'étrange – étaient si inquiétantes que ça ? Et pourquoi s'effrayer : si la vie des étudiants était en danger, il suffisait de leur interdire l'accès au bois. Quoi qu'il en soit, il songea qu'il devrait peut-être aussi écrire à Igor, pour lui demander pourquoi la forêt était réputée si dangereuse… Reprenant sa plume, il continua sa lettre.

Comme je te l'ai promis, j'ai beaucoup travaillé les potions. Les poisons et les contrepoisons que j'ai appris à concocter pendant l'été me seront probablement utiles. J'ai aussi un cours de Potions, demain. Je te dirai comment il s'est passé et je t'enverrai mes notes. Tel que je te connais, tu réussiras à y redire, mais tu y découvriras peut-être des éléments intéressants.

Je suppose que la rentrée n'a pas été de tout repos, comme chaque année. J'espère seulement que tu auras moins de problèmes qu'à notre époque maintenant que la guerre est terminée. Personnellement, je suis toujours aussi « doué » pour me faire des amis. On dirait que Poudlard a été une trêve agréable où tout s'est fait naturellement, mais que j'en reviens à mes erreurs de jeunesse.

Tu me manques. J'attends de tes nouvelles avec impatience,

Draco Abraxas Malfoy.

Draco reposa sa plume pour plier soigneusement sa lettre. Autant il n'avait pas cacheté celle pour ses parents, étant donné qu'il avait utilisé le code du Grimoire, autant son parrain lui tirerait les oreilles s'il laissait son courrier partir sans un minimum de protection. Il sortit la cire et le cachet que Pony avait glissés dans sa malle et cacheta la lettre.

Il était huit heures et demie. Il avait encore le temps d'écrire à Igor. Il lui fit part de ses impressions sur le Palais, se moqua légèrement des épreuves d'admission, et l'interrogea sur la forêt qui entourait l'école. Peut-être, après trois ans passés ici, avait-il découvert des choses intéressantes qu'il pourrait exploiter...

Alors qu'il signait et se demandait ce qui prenait tant de temps à sa chouette, celle-ci entra par la fenêtre restée ouverte en faisant voler ses parchemins et ses cheveux en tous sens. Draco gloussa en se souvenant de l'air pincé de sa mère, la première fois qu'ils avaient vu Kerta dans l'animalerie. La chouette s'installa finalement sur son perchoir en tendant la patte. Deux lettres y étaient attachées. Draco se leva pour les récupérer.

Margaux et Ethan lui avaient tous les deux répondu immédiatement. Il n'était pas tellement surpris pour Margaux : elle se levait toujours très tôt. Il était un peu plus surpris pour Ethan, étant donné que son magasin ouvrait tard, mais il était ravi.

Mon cher petit Draco,

Je suis heureuse de voir que tu tiens ta promesse. Je ne m'inquiétais pas beaucoup car ni toi ni Ramon n'êtes revenus déconfits en ayant trouvé porte close, mais je préfère de beaucoup avoir de vos nouvelles. Les lutins de Lucia sont étrangement déçus de ne plus pouvoir veiller sur toi. Rudolphe te trouvait « drôle », selon ses dires. Je leur transmettrai ton bonjour.

Si les cours demandent tant de travail, puis-je te demander de surveiller Ramon et de le pousser de temps en temps. C'est un très bon garçon, mais il a tendance à se laisser aller quand personne ne regarde. Je compte sur toi !

Draco sourit. Il imaginait bien l'air sévère de la vieille femme à ce moment-là. Elle avait tendance à donner à son petit-fils des tapes derrière la tête, quand il dépassait les bornes. Assez souvent, donc. Ramon aimait beaucoup faire enrager Margaux, même si c'était plus pour jouer que réellement la provoquer.

Du côté de la ville, il ne se passe pas grand-chose, excepté l'étrange effervescence provoquée par le jeune Deepest. Je t'avais dit qu'il n'était pas de très bonne fréquentation : il va bientôt passer devant le tribunal pour avoir tué plusieurs sorciers. C'est bien dommage : il était louche et je le soupçonnais, ainsi que ses parents, de petits larcins, mais je ne l'imaginais pas forcément méchant… Pour une fois, j'ai dû me tromper dans mon jugement.

Il a aussi entamé un procès contre ses parents pour maltraitance et manipulation. Cette famille était dangereuse et j'ai eu tord de t'envoyer chez eux, pendant les vacances. Tu n'imagines pas mon soulagement quand je pense qu'il ne t'est rien arrivé.

Oui, il ne doutait pas que Margaux se sente soulagée. Et coupable. Elle tenait à sa famille plus que tout et elle le comptait dedans. Penser qu'elle ait pu mettre un de ses enfants en danger par un trop plein de confiance devait la miner. Il se promit de lui envoyer régulièrement une lettre pour la rassurer.

Helena est repartie en Amérique du Sud, alors je passe mon temps entre le Temple où résident les lutins et mes parties de bridge avec les autres. Ethan m'a demandé de tes nouvelles, hier, et il a beaucoup à te raconter.

Continue à m'écrire souvent. Je t'envoie un énorme câlin comme tu les aimes et je t'embrasse.

Draco leva les yeux au ciel, même si son sourire s'était agrandi, quand il vit à quel point Margaux avait souligné « comme tu les aimes ». Elle savait qu'il n'était pas très tactile et qu'il avait tendance à fuir les contacts quand ils étaient trop nombreux. Cela le mettait mal à l'aise, même s'il avait apprécié – de temps en temps – se laisser aller entre ses bras de grand-mère aimante.

Curieux, il ouvrit également la lettre d'Ethan – écrite sur du papier moldu lisse et glissant – pendant que sa chouette picorait quelques graines qui lui restaient d'Angleterre.

Bonjour Draco !

Annette et moi avons été ravis de recevoir une lettre de ta part. Nous nous demandions justement comment te faire parvenir une excellente nouvelle ! Aaron est né lundi. C'est un magnifique bébé de 3 kilos. Il a les yeux bleus, même si on ne les voit pas sur la photo que je t'ai donnée.

Draco s'interrompit et secoua le papier blanc pour en faire tomber une image. Il la ramassa : la photo était étrangement figée. C'était un détail qui continuait à le perturber et il se demandait ce que pouvaient bien faire les personnages quand ils s'ennuyaient. Le bébé avait la peau assez foncée et un peu fripée. Il ne le trouvait pas spécialement beau, mais il était malgré tout attendri par l'enthousiasme qui transparaissait dans la lettre d'Ethan. Il reprit sa lecture.

Le nouveau papa lui donnait beaucoup de détails sur les changements que l'arrivée d'Aaron avait provoqués dans leur vie de tous les jours et lui envoyait plein d'encouragements pour ses études. Ce qui était agréable, c'était cette manière dont Ethan l'incluait sans crainte à sa vie personnelle.

Draco était, encore aujourd'hui, surpris de l'ouverture d'esprit, de l'intelligence et de l'amitié offerte sans complexe de ce moldu qu'il aurait dû mépriser. Arrivé à la fin du courrier, il fut surpris par le post-scriptum du vendeur de fruits et légumes.

Christobald est actuellement sur le point d'être jugé, tout comme ses parents, pour des crimes qu'il a choisi d'avouer de lui-même. J'ai bien vu, la dernière fois dans la ruelle, que vous n'étiez pas en bons termes : tu l'avais brûlé assez profondément je dois bien l'avouer. Mais il m'assure qu'il ne t'a jamais fait de mal. Une lettre de ta part, soulignant le fait qu'il n'est pas naturellement violent, pourrait l'aider à alléger sa peine.

Je pense que tu dois être surpris de ma demande, surtout que Christobald m'avoue que vous vous êtes quittés en mauvais termes. Mais voilà plusieurs jours qu'il habite à la maison et je n'ai pas eu le loisir de me plaindre de lui, au contraire. Il aide Annette autant qu'il peut. Je peux me tromper sur son compte – après tout, il a été placé sous restriction magique ou quelque chose comme ça et ça peut influencer son comportement – mais si tu penses également qu'il n'est pas foncièrement mauvais, j'apprécierais grandement ton aide.

Quoi qu'il en soit, soit franc ! Ne mens pas sur son compte pour me rassurer ou me faire plaisir.

Draco haussa les sourcils. On lui demandait de faire un geste pour aider un criminel qui aurait pu s'en prendre à lui ? Alors qu'il lui avait fait peur et qu'il avait craint pour sa vie même ?

En même temps… Lui-même était considéré comme un criminel et il n'avait pas l'intention d'en devenir un… Peut-être aurait-il apprécié qu'on l'aide et qu'on le soutienne quand il avait dû passer en jugement. Potter avait sans doute un peu aidé en sauvant les autres membres de sa famille. Mais disons qu'il aurait apprécié tout autre aide que celle de Potter…

Il replia la lettre et y replaça la photo, avant de glisser tout son courrier dans sa malle. Il verrait ça en temps voulu, mais pas maintenant. Les clochettes allaient annoncer le premier cours et il n'avait toujours pas envoyé ses lettres et pris son petit-déjeuner. Après avoir confié la mission de porter son courrier à bon port à Kerta, il la regarda s'envoler. En passant une main dans ses cheveux à nouveau dérangés, il soupira. Il avait oublié de demander, pour son gel…

Tant pis. Il était temps d'aller manger un morceau.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Draco alla s'installer juste à temps à un des bureaux encore libres, devant le professeur de Littérature. Il avait les joues un peu rouges et les cheveux n'importe comment parce qu'il avait fini par courir dans le couloir qui menait à cette salle de classe, pour ne pas être en retard.

Mais ça en valait la peine : écrire à toutes ces personnes qui comptaient pour lui avait été vraiment bénéfique : il se sentait mieux. Apaisé par rapport à la veille.

- Bonjour à tous et bienvenue au Palais ! Je serais votre professeur pour les trois années à venir. Je suis sûre que nous allons bien nous entendre ! Si vous avez la moindre question à me poser, je suis à la bibliothèque tous les jours à partir de seize heures, section Littérature. Ah ! Au fait, je m'appelle Betty Noisy. Ensemble, cette année, nous allons étudier la théorie des prophéties, qu'on désigne plus souvent sous le terme générique de Littérature, même s'il ne s'agit que d'une branche particulière de l'étude des textes. La pratique elle-même de cet art complexe est plutôt prévue pour les deuxième et troisième années d'études, mais tout dépendra de votre avancée en cours.

Draco, comme ses camarades, avait commencé à prendre quelques notes. Mais il songeait que le professeur portait bien son nom si elle était toujours aussi bavarde et enthousiaste.

- Ce matin, continua-t-elle, est une séance un peu particulière dans votre cursus. Bien sûr, j'ai prévu de vous donner le programme pour l'année, mais il s'agit aussi pour moi de tester votre affinité avec cette branche de la magie verte et de vous laisser me poser toutes les questions que vous souhaiterez. Il est parfois difficile de tout saisir du premier coup, mais prenez bien vos notes, car j'ai horreur de répéter dix fois les mêmes choses.

Alors qu'elle distribuait des parchemins sur lesquels elle avait inscrit son plan de cours, Draco observa le professeur Noisy. Finalement non. Elle n'était pas en permanence enthousiaste : la fin de son discours était plutôt cassante. Il se demanda si elle était quelqu'un de lunatique…

- Donc. Je vous parlerai d'abord de la théorie générale : ce que sont une prophétie et une vision, leurs modes d'apparition possibles, les multiples mondes virtuels, leurs mécanismes avec la théorie des fourches notamment… C'est déjà un programme assez lourd, vous le devinez.

Draco fit une moue. Non, il ne devinait pas à quel point cette dimension de la magie verte était lourde ou non, complexe ou pas. Il avait toujours plus ou moins méprisé la branche divinatoire de la magie. Même si force lui était de constater qu'il avait tord, maintenant qu'il avait acquis le statut de rêveur…

- Puis nous aborderons le point délicat de l'interprétation de ces prophéties. Vous comprendrez pourquoi les prophéties peuvent vraiment être dans certains cas de la Littérature. Les plus complexes sont souvent aussi les plus exactes, les plus proches de la réalité, pour ne rien simplifier. Il s'agira pour vous d'acquérir un regard critique, voire méfiant, sans pour autant ignorer leur potentielle vérité.

Alors là, elle commençait à sérieusement l'intéresser. Pourrait-il apprendre comment reconnaître la vérité de ses visions ? Serait-elle capable de lui expliquer comment il devait les comprendre et comment il était censé réagir face à ses songes ?

- Enfin, termina le professeur, nous étudierons les mécanismes d'apparition et de révélation des prophéties. Savoir comment est née une prophétie vous aidera à juger de sa fiabilité. Et en bonus, si vous êtes attentifs, travailleurs et que nous avançons assez vite, je n'exclue pas quelques exercices pratiques.

- Je ne comprends pas bien à quoi servent les prophéties quand on veut devenir médicomage… osa dire l'un des élèves.

- Pour quelle raison êtes-vous venu au Palais des Bois, jeune homme ? demanda le professeur en réponse, d'une voix plutôt douce par rapport à l'enthousiasme de sa présentation.

- Pour apprendre la médicomagie.

- Et pourquoi n'êtes-vous pas allé dans une université de médicomagie sorcière ?

- Parce qu'ils n'apprennent à soigner que les sorciers, répondit l'étudiant, de plus en plus hésitant.

- Vous avancez sur la voie de la lumière, fit Betty Noisy avec un petit sourire en coin. Et pourquoi ces universités n'enseignent-elles qu'à soigner les sorciers ? Un petit effort, l'encouragea-t-elle avec un nouveau sourire alors qu'il restait silencieux.

- Parce qu'elles ne connaissent pas la magie verte. Enfin je veux dire qu'elles ne l'enseignent pas.

- Précisément, fit le professeur d'un air satisfait. Quelqu'un peut-il me rappeler quels sont les composantes de la magie verte ? Quels sont les possibilités qu'elle vous ouvre, vous qui êtes encore des utilisateurs de magie communs ?

La jeune Soledad, pressée de pouvoir – pour une fois – répondre à un professeur en étant à la hauteur, leva la main. Invitée par Noisy à s'exprimer, elle expliqua. Ou plutôt, Draco eut l'impression qu'elle récitait un livre. Un peu à la manière de Miss-je-sais-tout Granger…

- La magie verte est une magie proche de la nature et des êtres vivants. Elle permet de s'ouvrir à tous les êtres et de les comprendre totalement ou en partie. En connaissant mieux ces êtres, le pratiquant de la magie verte est capable de voir les liens qu'ils tissent avec les autres, ainsi que leurs propriétés intrinsèques. C'est ce qui fait qu'ils sont doués en Potions notamment, et en sortilèges liés à la nature, et qui fait que la majorité d'entre eux décident de devenir médicomages. Et ils sont aussi doués en divination sous toutes ses formes.

- Nous y voilà. Les trois branches magiques auxquelles nous prédestine le domaine de la magie verte sont les Potions, les Sortilèges – même si nous ne les maîtrisons pas tous – et la Divination. C'est vrai que cet art n'est pas au cœur de votre futur métier, mais il est un appui important qui peut même parfois devenir essentiel pour des chercheurs comme vous le deviendrez probablement.

Alors que tous étaient désormais extrêmement attentifs, elle développa son argumentation.

- Tous les grands médicomages n'utilisent pas les prophéties. Je dirais même qu'ils préfèrent les ignorer, bien souvent, parce qu'il est complexe de les maîtriser et qu'ils veulent privilégier l'efficacité. Mais elles peuvent donner une bonne vision de l'avenir et guider un choix, en en révélant les conséquences. L'art de la prophétie peut faire la subtile différence entre un grand chercheur et un génie du domaine. Il permet aux professionnels de prendre toutes leurs responsabilités dans leurs décisions.

- Mais vous dites vous-même que de grands guérisseurs n'ont jamais touché à ça mais qu'ils sont quand même de grands médicomages… Je ne comprends pas l'apport précis de votre matière.

- Effectivement, je parle de grands guérisseurs, mais seulement dans la mesure où ils guérissent énormément de personnes ou beaucoup de maladies différentes, comme beaucoup de Faucochênes, ou une maladie mais rare, comme aiment à le faire les Roselunes.

Le professeur s'arrêta une seconde, comme plongée dans ses réflexions, avant de reprendre.

- Tout ceci, bien sûr, est valable dans le cas où vous voudriez devenir médicomages. Mais vous pouvez aussi vous destiner à plusieurs autres carrières, ce n'est pas interdit. Il y a quelques décennies de cela, nous avons eu un grand maître des Potions. Encore avant, l'école avait pu former des Pythies. Mais celles-ci font presque partie des légendes, désormais. La divination est un des arts magiques les plus complexes.

Draco déglutit. Si la divination était si complexe, serait-il capable de s'en sortir ? Pas qu'il n'ait pas les capacités, bien évidemment. Mais quand même…

- Dans le cas où vous voudriez vous concentrer sur le domaine de la médicomagie, alors ma matière est surtout un appui lorsqu'il faut faire des choix peu évidents, lorsque vous vous retrouvez devant un cas unique ou devant une grande épidémie. Dans ces cas-là, il faut éviter de se tromper… L'école du destin aurait été utile lors de grandes erreurs historiques qui ont entraîné un grand nombre de victimes… Les épidémies surtout sont un des événements difficiles à maîtriser…

- Mais aujourd'hui, on n'a plus besoin de tout ça, se risqua à nouveau l'élève sceptique. On sait ce qui est bon ou mauvais pour un patient. Et on vit dans des sociétés modernes. Le temps des grandes épidémies est bel et bien révolu.

- Vous croyez ça ? demanda le professeur d'un ton doux qui leur donnait l'impression qu'elle allait leur révéler à contrecœur une mauvaise nouvelle. Pourtant, même si nous parlons de circonstances différentes, souvenez-vous de ce chercheur-médicomage sorti de Hibouleau il y a quelques trente ans de cela : Stanley Caporal.

Certains élèves de la classe poussèrent des cris de surprise : Draco voyait à leurs regards éclairés qu'ils comprenaient l'allusion du professeur Noisy. Lui, par contre, n'avait jamais entendu parler de ce sorcier…

- Parti d'une bonne intention, Stanley a voulu créer une bactérie capable de se métamorphoser pour détruire à elle seule toutes les mauvaises bactéries du corps humain. Celles qui provoquent des maladies. Mais s'il avait ouvert les yeux et analysé un peu le destin, il aurait su qu'il était en train de créer l'un des pires virus imaginables, un monstre… Car son invention fonctionne : elle se transforme, mais elle attaque tout ce qu'elle trouve sur son passage dans le corps. Donc les éléments vitaux également.

Draco était de plus en plus perdu. Il n'avait jamais entendu parler d'une telle maladie autour de lui. Soudain, une peur irrationnelle lui tordit le ventre. Etait-il possible qu'il ait contracté cette maladie ? Etait-ce de là que ses flux magiques combattaient ses flux vitaux et détruisaient inlassablement ses organes, comme le lui avait expliqué Igor en Angleterre ?

- Nous, nous avons la chance de posséder des flux magiques qui combattent ce virus. Et même s'il nous affaiblit, puisqu'une partie de notre magie est affectée à la circonscription de la maladie, il ne nous tue pas.

Draco fut juste un petit peu rassuré et se demanda s'il devait se faire examiner par l'un des professeurs du Palais… L'un d'entre eux serait sans doute capable de lui dire ce qu'il avait !

- Par contre, Stanley a contaminé des Moldus qui se sont contaminés les uns les autres… Et aujourd'hui, des centaines de milliers de Moldus tentent de combattre la maladie, mais ils ne peuvent pas s'en débarrasser…

Draco songea fugitivement que si Voldemort avait connu Caporal, ils auraient pu à eux seuls éradiquer la population Moldue de la planète. Mais il ne put s'empêcher d'être horrifié pour tous ces Moldus qui ne devaient pas comprendre d'où était apparue cette maladie incurable. Ethan pourrait-il encore avoir confiance en lui s'il apprenait un jour qu'un sorcier était en train de tuer son peuple par négligence ?

Il n'avait jamais entendu parler de cette histoire auparavant. Ses parents n'éprouvant aucun intérêt pour les Moldus. Ils ne devaient même pas la connaître. Ils savaient seulement que pas une once de magie ne coulait dans le sang des Moldus. Au fond, s'il n'avait pas rencontré Ethan, il serait lui-même toujours aussi ignare sur ce monde.

- Vous parlez du sida, madame ? demanda Soledad d'une toute petite voix.

- Exactement ! Une épidémie destructrice qui peut toucher n'importe qui, sorciers et Moldus, une épidémie typique de nos « sociétés modernes ». Pensez-vous toujours que les épidémies n'existent plus à notre époque ?

Seuls le silence et des regards baissés sur les parchemins lui répondirent.

- Bien. Maintenant que nous sommes bien d'accord sur l'utilité de ma matière, passons à mon test. La magie du Palais étant très particulière, un mélange entre la magie verte et la magie féérique héritée de sa conception, nous avons pu créer un rituel pour avoir une idée de votre capacité à vous ouvrir à la divination. Nous allons procéder par ordre alphabétique. Rejoignez-moi, mademoiselle Burana.

Soledad se leva et rejoignit le professeur de Littérature sur l'estrade. Celle-ci lui demanda de s'assoir en tailleur au milieu d'un cercle tracé par ses soins.

- Bien. Maintenant, je vais vous donner une gorgée de cette potion et vous fermerez les yeux, en essayant de vous laisser porter par vos visions. Vous tiendrez entre vos mains cette boule de cristal. Sa couleur varie du blanc au rose selon votre affinité naturelle avec ma matière.

- Pourquoi voulez-vous mesurer notre capacité à voir ?

- Pour savoir si je dois axer mon enseignement sur la théorie et les rituels d'apparition ou sur l'interprétation, mademoiselle. C'est une simple indication qui me permet de mesurer globalement le niveau de la classe et d'adapter mon cours en fonction de ce niveau. Si vous n'avez plus de question, voici la potion en question. Une seule gorgée suffit.

La jeune fille but comme il lui était indiqué et referma ses mains sur la boule de cristal qui semblait si fragile. Rien, en apparence, ne semblait se produire, mais la boule vira rapidement au rose clair. La couleur sembla satisfaire Betty Noisy qui renvoya Soledad à sa place d'un sourire.

- Mademoiselle Caruso, c'est à vous.

Le même rituel recommença. La boule était à peine rose pour Stefanie et elle n'eut aucune couleur pour Hunter Back. Draco regardait distraitement, mais il était plutôt plongé dans ses pensées. Des pensées qui tournaient, une fois de plus, autour de ses visions et de Potter. Potter, à qui il avait à peine pensé pendant les vacances, trop heureux de sa toute nouvelle liberté relative, et à qui il pensait sans cesse depuis son arrivée au Palais. Pourquoi d'ailleurs ? Y avait-il quelque chose ici qui le liât un tant soit peu au Survivant ?

- Monsieur Malfoy, c'est à vous.

Se secouant légèrement, il se leva et imita ses prédécesseurs. Sa gorgée avalée, la boule bien entre les mains, il ferma les yeux et se laissa porter. Il eut la sensation d'être pris au milieu d'un tourbillon et sentit son cœur s'accélérer, avant d'avoir l'impression d'être dédoublé.

Un autre lui, dont il avait pourtant bien conscience, fut projeté en avant et traversa en un éclair l'océan qui le séparait de l'Angleterre. Comment le savait-il ? Il ne s'y attarda pas mais observa l'endroit où il était. Un cimetière. Charmant.

Il voyait sa propre mort, c'était cela ? En même temps, ce n'était pas comme si c'était incroyable ou spectaculaire. Il était évident qu'il allait mourir, un jour. Ah non. Ce n'était pas cela. Il était devant la tombe des Potter. Des parents Potter. A sa droite, sans l'avoir remarqué, le Survivant parlait tout seul. Il le savait bien, lui, qu'Harry Potter était fou ! Mais personne ne le prenait au sérieux.

Peu intéressé par ces marmonnements, Draco se promena autour des tombes et aperçut plusieurs silhouettes s'avancer vers Potter, courbées derrière des stèles. Ça, c'était curieux. Et soudain, sous ses yeux ébahis, les hommes cagoulés se levèrent ensemble en pointant une baguette sur Potter. Celui-ci sembla ne rien voir, trop perdu dans ses souvenirs ou sa douleur, et les hommes prononcèrent en chœur l'Avada.

Figé, Draco vit les six rayons se diriger vers le Survivant et hurla. Potter avait levé la tête, mais c'était trop tard.

Dans un flash blanc, les yeux ouverts, il revint peu à peu à lui, à la réalité. Avec l'impression de se fondre à nouveau dans son propre corps.

- Alors ça, c'est peu commun, commenta le professeur Noisy, les sourcils haussés.

Draco suivit son regard vers ses mains qui le piquaient et c'est là qu'il vit la couleur de la boule. Rouge. Rouge sang. Il la lâcha de surprise et s'aperçut que ses paumes saignaient. C'était deux coupures, au creux de ses mains, qui le piquaient. Ses camarades haletèrent et le professeur lui lança un sort de guérison.

Avec un frisson, il acquiesça quand elle lui demanda de venir la voir à la fin du cours.

DMBNDMBNDMBNDMBNDMBN

Alors que ses camarades sortaient pour déjeuner, certains en lui jetant un regard intrigué, Draco se leva pour rejoindre le professeur Noisy sur l'estrade. Elle alla fermer la porte elle-même et revint à son bureau en lui jetant un regard perçant.

- Cette boule de cristal, que vous teniez entre vos mains, c'est la première fois que je la vois aussi sombre. Je n'ai jamais pu obtenir plus qu'un rose soutenu aux reflets rouges et cela fait des années que je suis spécialiste de la magie verte, et notamment de sa branche divinatoire. Comment est-il possible que vous obteniez un rouge de ce ton ? Pouvez-vous m'éclairer ?

Draco était surpris du calme et de la claire curiosité qui transparaissaient dans le ton de la jeune femme. Il ne savait pas exactement ce qu'il en était, mais il avait un énorme doute.

- Je suppose que c'est parce que je suis un rêveur, avança-t-il.

- Qu'est-ce qu'un rêveur ?

- J'avoue ne pas savoir exactement. Ce sont des lutins des bois qui m'ont dit que j'en étais un, mais la seule chose qu'ils semblent savoir, c'est que je peux voir. Passé, présent, futur. Mais ils disent aussi qu'on ne peut pas savoir si ce que je vois consiste en un simple rêve ou en quelque chose de réel…

Si le professeur tiqua à la mention des lutins des bois, elle resta songeuse à la fin de l'explication de Draco.

- Ne pas savoir si c'est vrai ou pas. C'est le problème avec les songes… C'est bien la différence avec les prophéties.

- C'est-à-dire ?

- C'est l'un des points d'enseignement théorique de l'année. Les prophéties s'accomplissent, peu importe quand ou comment et peut-être pas dans le sens que tout le monde attendait, mais elles s'accomplissent. Les songes sont des visions qui peuvent ou non s'accomplir selon les choix que l'on fait. On a encore la possibilité d'influer sur leur accomplissement. Ce sont des visions des futurs possibles.

- Comment sait-on la différence ?

- Les prophéties sont des mots transmis par d'autres mondes parallèles qui connaissent et voient des choses qui nous échappent. Les visions sont des images que tu perçois. Les deux laissent libre cours à l'interprétation. Il arrive aussi que certains sorciers, souvent des sorcières d'ailleurs, produisent des prophéties, mais ils sont plus rares. Ce sont les pythies.

- Alors qu'est-ce que je suis ? Une sorte de pythie ?

- Ça dépend… Pouvez-vous me dire ce que vous avez vu ?

- Bien sûr. Un tourbillon dans lequel je me suis perdu, puis je me suis projeté en Angleterre tout en restant là et j'ai vu… des hommes.

- Des hommes ? demanda Betty Noisy en plissant les yeux, surprise par l'hésitation de Draco.

- Des hommes, confirma Draco en ne voulant pas s'étendre sur sa vision perturbante.

- Bien. En tout cas, tes visions sont des images qui sont probablement plus proches des songes que des prophéties. Et effectivement, il est dur de confirmer ou d'infirmer leur réalité. Je te l'ai dit, ce que tu vois ressemble à des futurs possibles. Tu peux faire le choix de les aider à se réaliser ou de les rendre obsolètes. Est-ce que ça t'est venu naturellement ?

- Oh oui, soupira Draco. Il semblerait qu'on devienne rêveur quand on accepte le fardeau des visions qui viennent à soi. Mais j'étais un peu… Disons que je n'étais pas dans mon état normal quand j'ai accepté. Ces visions apparaissent n'importe quand et ont tendance à me blesser en même temps. J'espérais pouvoir maîtriser tout cela grâce à la magie verte.

- Vous avez frappé à la bonne porte. D'abord parce que je vais vous apprendre une chose : aucune vision n'apparait par hasard. Ce que je vais vous apprendre à tous cette année, c'est à maîtriser et comprendre leurs apparitions. Et ensuite, si j'avais entendu parler de la possibilité qu'un corps sorcier ne supporte pas la magie qui accompagne les visions, je n'avais encore jamais vu le phénomène. Mais rassurez-vous. La magie verte va justement vous aider à adapter votre corps et vous pourrez voir sans crainte.

- Vous pourrez donc m'aider, marmonna Draco pour lui-même, soulagé.

- Je pourrais vous aider, mais j'aurais quand même des recherches à faire sur vous. Je me demande à quoi sert un rêveur… Je suis également surprise par ce qu'on vous a dit : normalement, les songes se cantonnent à montrer des futurs potentiels. Mais si vous pouvez également voir le présent ou le passé… Peut-être avez-vous une magie spécifique que nous pourrions développer. Voilà bien des années que je n'ai plus eu d'élève réellement prometteur dans ma matière. Et je ne voudrais pas faire d'erreur avec vous.

- J'ai peut-être un morceau de réponse, dit Draco avec une légère hésitation.

- Je vous écoute.

- On dit que le rôle d'un rêveur, c'est d'annoncer… euh… les Temps Sombres.

- Et qu'est-ce que c'est ?

- Euh. En fait, je ne sais pas exactement. On dit que c'est quelque chose de terrible.

- Vraiment ? demanda le professeur en fronçant les sourcils. Encore des recherches à faire, alors.

- Je comptais me renseigner.

- Si vous trouvez quelque chose d'intéressant, pourriez-vous venir m'en parler ?

- Bien sûr, professeur. J'ai une question à mon tour. Vous avez provoqué en nous une vision – ou quelque chose approchant. Et vous avez dit que c'était grâce à la magie particulière de ce Palais. Pourriez-vous m'en dire plus sur cette particularité ?

Betty Noisy eut un sourire amusé.

- Ta question est proche de celle d'une autre élève de ta spécialité. Elle m'a demandé l'année dernière pourquoi la magie du Palais avait des réactions différentes par rapport à d'autres écoles qu'elle avait pu fréquenter.

Draco ne l'interrompit pas mais son visage demandait clairement au professeur de continuer.

- Le Palais est une construction née de deux ingrédients assez originaux : deux types de magie différents. Il est réellement un héritage des fées – et leur magie vit dans l'arbre – mais un héritage qui ne vit que parce qu'il est intimement lié à la magie de quatre sorciers, nos fondateurs, qui pratiquaient la magie druidique. Ou la magie verte, dans son ancienne appellation. C'est une association inédite dans notre monde magique qui ouvre des possibilités magiques étendues à nos étudiants. Même si, malheureusement, ces possibilités magiques ne survivent pas toutes à leur sortie de l'école.

- Est-ce que vous avez des exemples de possibilités magiques ?

- Certains de nos élèves parviennent à avoir des affinités fortes avec la magie féérique. En tout cas, avec certains sorts liés à la magie féérique. C'est la proximité avec la source qui leur permet de s'ouvrir à d'autres formes de magie.

- J'ai souvent entendu, quand j'étais à Fineborough, que le Palais était une source. Est-ce que vous pourriez m'expliquer ce que c'est et à quoi ça sert ?

- J'aurais besoin de tout le reste de votre pause déjeuner pour vous expliquer ce qu'est une source. Mais attendez un peu et vous saurez tout sur le sujet grâce à vos cours d'Histoire et de Géographie. Est-ce que ça vous ira d'attendre jusque là ?

- Oui, merci.

- Je vous revoie donc la semaine prochaine. Sauf si vous avez une question, bien sûr. Comme je l'ai dit ce matin, je suis souvent à la bibliothèque en fin d'après-midi.

En se rendant au Self, Draco songea qu'il y avait de l'espoir pour lui. La magie verte était sa solution.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Les clochettes de 14 heures avaient retenti depuis cinq minutes, déjà, et les étudiants Hibouleaux de première année étaient toujours debout devant la porte de la salle de cours. Ils avaient Sciences de la Terre et attendaient le professeur Agatha Cornaline. Quand cette petite femme replète arriva, elle les embarqua tous avec elle dans le petit parc du Palais – tout petit quand on considérait la taille de la bâtisse.

- Les bois s'apaisent, expliqua-t-elle, mais ils sont encore un peu trop agités pour que nous puissions faire cours là-bas. Mais nous allons pouvoir travailler grâce aux plantes du potager, pour aujourd'hui.

Les étudiants s'avancèrent jusqu'au buisson de baies violettes que le professeur Cornaline présentait et Draco s'essuya discrètement le front. Il faisait vraiment chaud et lourd à l'extérieur du Palais. Heureusement que leur robe blanche les gardait au frais.

- Cette année, quand nous arpenterons les bois du Palais, je vous apprendrai à reconnaître diverses plantes, à les récolter, à observer – grâce à leur nature même et à leur environnement physique – les propriétés qu'elles contiennent. Soyez toujours attentifs car les fleurs, feuilles et autres herbes que vous récoltez ici seront les ingrédients que vous utiliserez chaque jeudi matin pour vos cours de Potions.

Le professeur expliqua les propriétés de quelques plantes – Draco en connaissait beaucoup, mais pas toutes – et la manière dont il fallait les récolter. Après avoir distribué flacons, boites et gants individuels à chaque étudiant, elle les envoya récolter ce dont ils allaient avoir besoin pour les cours de Potions à venir.

Draco observa piteusement son matériel : il allait devoir en prendre soin si c'était là le matériel de leur année. Il ne fut pas mécontent d'avoir emmené, dans sa malle, un nécessaire à Potions complet. Au moins, il avait des dizaines de fioles et autres bocaux tout prêts à être utilisés…

Alors qu'il était penché derrière le buisson aux baies violettes, un Viola Aeglosia, Draco surpris une conversation entre deux camarades de classe.

Hunter et Stefanie, tous les deux penchés sur des algues terrestres communes, étaient en train de parler de lui. S'il hésita à se montrer pour provoquer un petit scandale – il avait toujours détesté qu'on parle derrière son dos – Draco préféra ouvrir grand ses oreilles pour savoir ce que chuchotaient ses camarades de promo.

- Puisque je te dis qu'il était vraiment coupé. J'étais au premier rang, disait Stefanie.

- Mais comment est-ce possible ? Ce n'est arrivé à personne d'autre. Tu crois que la couleur rouge de la boule venait de son sang ?

- Sans doute. Il n'a pas récolté le même sourire que Soledad quand la prof a vu sa couleur rose. Je suppose qu'elle a été surprise. Ce n'était pas naturel.

- Je crois, moi, qu'il se mutile, affirma Hunter.

- Ah bon ?

- Mais oui ! Il est bizarre ! Il ne parle à personne, il se met en colère pour rien… Tu n'étais pas à côté de lui, en cours d'Arts, mais moi oui. Je te dis qu'il était flippant ! Et puis de toute façon, tu as remarqué son insolence ? Il n'a pas répondu à l'exercice du prof ! Il a tout du comportement soit suicidaire, tellement il est renfermé, soit violent. Tu ne crois pas ?

- Je n'en sais rien… Pourquoi voudrais-tu qu'il se mutile ?

- Ça doit venir de son passé, ou un truc comme ça. On ne sait pas trop d'où il vient, mais je te parie qu'il a eu un problème dans sa jeunesse qui le rend comme ça.

Alors que leur conversation continuait sur le même ton, Draco se glaça. Mais comment en était-on arrivé au point qu'on l'imagine suicidaire ? Il était en colère pour toutes ces bêtises, mais en même temps, il était conscient que s'il s'énervait maintenant, il corroborerait l'autre hypothèse qui faisait de lui quelqu'un de violent.

Soudain, il fut inquiet. Si quelqu'un – un stupide bon Samaritain à côté de la plaque – venait à fouiller son passé, il risquerait de tomber sur sa condamnation… On le prendrait pour un meurtrier. Il devait absolument réagir pour faire taire les rumeurs avant qu'elles ne se propagent trop. Il devait leur faire oublier son comportement asocial. Mais comment ?

Alors qu'il angoissa durant les deux heures de cours, il eut sa solution en fin de journée. Une camarade de sa promo supérieure organisait ce soir une petite fête pour resserrer les liens entre élèves des diverses promotions d'Hibouleau. Il devait absolument participer activement.

Lorsqu'il entra dans la salle de repos du rez-de-chaussée qui avait été réquisitionnée pour l'occasion, il se força à saluer la fille qui organisait la fête. L'une des jumelles. Comment déjà ? Ah oui ! Lina. Ou bien était-ce autre chose ? Et pourquoi l'avait-elle regardé de travers, d'abord ?

Puis, se servant un peu trop d'alcool pour rester sobre, mais suffisamment peu pour être encore conscient de ses actes, il se mêla à tout le monde.

Quand il remonta dans sa chambre, ce soir-là, il était satisfait. Il pensait s'être suffisamment rapproché de certains élèves pour endormir la méfiance de sa promo et pour éviter la propagation de rumeurs stupides. Il était content de lui. Mais il allait devoir faire attention à son comportement, ces prochains jours, juste au cas où…

Son parrain, lui, ne serait sans doute pas content de cette décision de tout contrôler. Mais il ne voulait pas être haï à nouveau : il était trop vulnérable, pour le moment.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Jeudi 10 septembre

Ce fut Kerta qui le réveilla à l'avance, ce matin-là. Une petite demi-heure avant que son réveil ne sonne. Il avait repris conscience grâce à ses coups de bec contre la vitre. Avec difficulté, il s'extirpa de ses couvertures pour lui ouvrir et récupéra trois lettres, dont deux cachetées, et un paquet emballé.

Kerta semblait épuisée. Elle avait sans doute volé toute la journée d'hier et toute la nuit pour être revenue aussi vite d'Angleterre… ça et le fait qu'elle ait porté un paquet si lourd, sur une si grande distance. Il la remercia et lui servit de l'eau en abondance.

Posant le tout sur son bureau, il tituba jusqu'à la salle de bain commune : une bonne douche l'aiderait à ouvrir les yeux, comme chaque matin. Lorsqu'il revint, il était de bonne humeur : tous les destinataires de ses lettres lui avaient répondu sans tarder et il en était ravi. Il commença par la lettre de ses parents. Ils lui donnaient de leur nouvelles – rien de neuf par rapport à la fois précédente – et le félicitaient pour son admission au Palais.

Son père lui expliquait que le marché sorcier américain était trop risqué et instable pour qu'il investisse là-bas de façon sûre, pour le moment. Mais il lui conseillait de faire connaître leur nom juste au cas où.

Draco pouvait ressentir, grâce aux détails fournis, la fierté de Lucius Malfoy qui aimait beaucoup qu'il s'intéresse à ses affaires. En réalité, il ne trouvait aucun intérêt dans tous ces chiffres, mais se forçait pour son père. La seule chose qui l'intéressait, dans tout ça, c'était la possibilité de dépenser plein d'argent pour se faire plaisir…

Ses parents avaient également rassemblé, dans le paquet envoyé, les exemplaires les plus intéressants de la Gazette. Sa mère lui demandait seulement de prendre les informations avec recul. Elle précisait également qu'elle se renseignait auprès de la Gazette pour un éventuel abonnement – la seule chose l'ayant inquiétée jusqu'ici était le ministère qui, actuellement, était bien trop occupé par les procès en cours pour s'intéresser à eux.

Draco préféra se pencher sur ses deux autres lettres avant de lire les journaux.

Draco,

Tu as intérêt à te secouer : je n'ai pas envie de te ramasser à la petite cuillère quand tu rentreras à la maison. Alors tu vas me faire le plaisir de te rapprocher de tes camarades de promo. Tu ne voudrais pas finir comme moi, n'est-ce pas ?

Maintenant que les choses sont claires, je voulais te prévenir que j'ai dû fouiller ta « boîte à secrets » ou peu importe comment tu l'appelles. Je vais en avoir besoin bientôt, étant donné que non, la rentrée de Serpentard ne s'est pas bien passée. J'ai hérité d'enfants de onze ans à moitié traumatisés par leur envoi chez nous. Ce que je trouve inadmissible. Mais je prends des mesures.

Draco leva les yeux et les sourcils : son parrain ne semblait pas très heureux dans cette lettre. Il était même carrément tendu. Le jeune homme espéra que la rentrée ne s'était pas si mal passée. La guerre était finie, il n'y avait plus aucune raison pour que les dissensions de son époque subsistent… Par contre, s'il était inquiet pour la tension de Severus, cela ne lui plaisait absolument pas qu'il soit allé fouiner du côté de ses objets personnels. Pour quelle raison pouvait-il avoir besoin de ces trucs, d'ailleurs ?

Il reprit sa lecture et constata que le reste de la lettre était sur le même ton, excepté un soupçon d'intérêt heureux pour ses cours de Potion. Eh bien on ne pouvait pas dire que c'était agréable, mais Draco tiendrait parole : il lui enverrait en fin de semaine les notes qu'il allait prendre au cours d'après…

La lettre d'Igor était étonnamment plus chaleureuse, ce qui étonnait Draco compte tenu du personnage. Il avait répondu à ses questions sur le Palais et le bois, dans la mesure de ses moyens. Il lui donnait un peu le même genre d'informations que le professeur Noisy, la veille, et insistait sur l'aspect « magie des fées ».

Méfie-toi de certains aspects de leur magie. Quand tu entres dans l'arbre, par exemple, le temps est différent de celui qui passe à l'extérieur. Pendant la répartition, avec la présence des fondateurs, le temps passe plus lentement. Mais le reste de l'année, il passe exceptionnellement vite. Si tu t'y retrouve enfermé, tu peux perdre des années de ta vie en quelques instants.

Bien. C'était au moins une chose qu'il allait éviter.

Pour le bois autour du Palais, on en revient au même problème. La magie des fondateurs protège le château, mais pas la forêt. Elle est le repère de la magie des anciennes fées : elle n'a pas disparu parce qu'elle est alimentée par le fait que ce lieu – le domaine du Palais – soit une source magique. Du coup, tu peux avoir des problèmes si tu y restes trop longtemps : la magie des fées prendra possession de toi. Ce n'est pas forcément mauvais, mais ce n'est pas toujours beau à voir non plus.

On dit, d'après les légendes étudiantes, que quelques élèves sont par exemple tombés sur un « trésor » qui aurait dû exaucer leur souhait, mais ils se sont retrouvés avec de nombreux problèmes : santé, fortune, famille… Il y a souvent un revers de la médaille avec les fées… Donc, une dernière fois, méfie-toi. Fais attention.

Le reste de la lettre était moins dramatique. Igor lui donnait quelques nouvelles de Poudlard – qui ressemblaient globalement à ce qu'avait dit son parrain – et il lui demandait où en était sa progression en magie verte. « Donne-moi quelques nouvelles, de temps en temps, » avait-il ajouté à la fin.

S'il en croyait ses lettres, le climat d'Angleterre ne faisait pas bon vivre en ce moment. Au moins était-il, lui, loin des problèmes… Il rangea son courrier dans sa malle et se saisit du paquet de Gazettes. Il fut atterré par l'interview de Zorille.

Le Ministre voulait éliminer les Mangemorts – Draco espéra de tout cœur que Pansy soit déclarée comme irresponsable vu son état – tout en réalisant une partie de ce que le Lord Noir avait toujours voulu mettre en place : restreindre la circulation des créatures magiques et parquer certaines d'entre elles. Il était étonnant que les « héros de la lumière » n'aient pas réagi… Sans doute étaient-ils trop incultes pour savoir ce qu'était le décret CM 9083… Sans doute aussi étaient-ils trop contents de voir que les Mangemorts allaient bientôt être jugés.

Il passa à la Gazette suivante, celle de la veille. Et voir que Théodore était toujours libre lui amena des larmes aux yeux. Il n'imaginait pas pouvoir être soulagé à ce point de savoir Nott – le seul de ses anciens amis toujours à peu près sain d'esprit – vivant et en sécurité, loin des Aurors. Il lut l'article de Skeeter et ne put s'empêcher d'être d'accord avec son ancien ami : Potter avait toujours empiré la situation des Serpentards.

Enervé en pensant que sa vie aurait pu être différente, il referma le journal et le cacha, avec les autres, tout au fond de sa malle. Puisque la Gazette parlait de lui, de ses crimes et de son exil, il valait mieux être prudent : il ne manquerait plus que ses camarades tombent dessus pour que les rumeurs de sa « violence » soient confirmées.

Il referma le coffre et se dépêcha de descendre pour le petit-déjeuner. Il ne doutait pas que Ramon soit déjà à l'attendre et qu'il ait, lui aussi, des choses à raconter sur la soirée des Faucochênes. La promo de Ramon avait rapidement pris exemple sur les Hibouleaux, la veille, pour organiser une soirée censée « resserrer les liens entre étudiants »… Il eut donc le loisir de rencontrer Jil Tuck, une jeune Faucochêne avec qui Ramon avait resserré ses liens, avant d'entrer en cours de Potions.

- Ce mois-ci va être l'occasion de révisions, expliqua le professeur de Potions Andrews Burke, et principalement des potions de base qui doivent se trouver dans la pharmacie de chaque sorcier moyen. En deuxième lieux, nous nous pencherons sur la science exacte des ingrédients de potions. Vous devrez apprendre quels sont les ingrédients plus ou moins courants, leur puissance, leur stabilité et leurs interactions. Ensuite seulement, nous nous consacrerons à l'étude des poisons et des remèdes, des plus courants au plus rares, afin de parfaire votre connaissance des fléaux qui touchent la plupart des créatures vivantes.

Alors qu'un ou deux élèves faisaient la moue – Draco lui-même était frustré qu'une grande partie de leur enseignement soit consacré à la théorie des ingrédients – le professeur Burke repris la parole.

- De la même façon que pour toutes les autres matières, expliqua-t-il, la première année d'enseignement est centrée sur la théorie. Il est nécessaire que votre esprit, votre intelligence, s'exerce à penser et à voir le monde comme un pratiquant de la magie verte. C'est la première étape de transformation de votre magie. La deuxième année, surtout, est consacrée à la pratique.

- Et la troisième année, professeur ? demanda un étudiant.

- La troisième année est celle de votre spécialisation : le choix de votre branche fétiche, en quelque sorte. Les deux premières années vous donnent des éléments centrés autour de la médicomagie, parce que le rôle de la magie verte est principalement de soigner les être vivants. Mais dans votre dernière année, le choix de votre branche vous permettra d'aller au-delà.

Avec des yeux soudain plus brillants, Andrews Burke s'exalta.

- Si vous choisissez les Potions, par exemple, alors nous nous pencherons ensemble sur tous les types de potions existant et pas uniquement celles qui sont centrées sur la maladie ou la santé. C'est la même chose pour les Sortilèges. Et bien évidemment, par nature, c'est le cas aussi pour la Divination.

Draco eut un petit sourire en coin. Si ce professeur était aussi passionné par son sujet, ils allaient probablement bien s'entendre. Alors qu'il leur demandait de sortir les ingrédients récoltés la veille, il leur expliqua de quelle manière il fallait les traiter et les résultats qui en sortaient. Draco adorait cette matière depuis toujours et il ne boudait pas son plaisir.

Quelque part, il était impatient d'apprendre à voir et comprendre un ingrédient à la manière des pratiquants de la magie verte.

Pour les baies violettes qu'ils avaient récoltées, par exemple, il n'aurait jamais pu deviner seul qu'elles puissent avoir deux utilisations différentes selon leur mode de traitement. Ainsi, si on pressait le jus des baies, on obtenait un élément de cicatrisation accélérée. Si on les hachait grossièrement avant de les faire bouillir, on obtenait une sorte de sucre pâteux qui servait à adoucir les maux de gorge. Un seul ingrédient, deux manières de le traiter, deux résultats différents.

Le professeur Burke, pour la deuxième heure, leur fit réviser la potion de Pimentine. Rien de bien compliqué, donc. Draco exécuta son travail rapidement et précisément, avec en prime un sourire aux lèvres. Il se sentait bien. Mais… le cours suivant lui fit perdre sa bonne humeur.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Il aurait dû s'en douter. Passer à côté d'une rumeur aussi facilement ne pouvait être qu'un leurre.

Il avait cru être tranquille, mais il n'avait pas de chance : il n'avait pas fait assez attention à son emploi du temps. Car ce matin, assis derrière son pupitre, il sentait de nombreux regards converger vers lui, dans son dos. Tout ça à cause de la présentation du cours de Kimi Asuya, leur professeur de Psychomagie…

Il n'avait pas fait tout de suite attention, quand elle leur avait expliqué que l'esprit était l'un des trois ingrédients de la magie de chacun, avec l'âme et le sang. Il n'avait même pas réagi quand le professeur avait expliqué que la magie de chacun pouvait être influencée par l'état d'esprit de quelqu'un et qu'un trouble de l'esprit ou du comportement pouvait avoir des répercussions magiques.

Mais il avait bien été obligé de lever la tête de son parchemin quand quelqu'un avait demandé : « Est-ce que les perturbations magiques peuvent se traduire sous forme, par exemple, de blessures corporelles ? »

- Oui, bien sûr ! s'exclama le professeur après un instant de surprise. C'est même un des cas les plus fréquents de perturbation magique. Souvent, la victime d'un trouble du comportement aura tendance à faire inconsciemment resurgir sa souffrance psychique au plan physique, parce que la douleur physique est plus facile à maîtriser et lui donne l'impression d'avoir le contrôle. La magie, obéissant à cet ordre inconscient, réalise parfois concrètement ce désir. Ça dépend de la profondeur du trouble.

Draco eut envie de se taper la tête sur la table. Qu'avait-il fait pour mériter ça ? Il pouvait aisément suivre la réflexion silencieuse de ses camarades : si son corps avait présenté des blessures physiques, la veille, c'était parce qu'il avait des troubles du comportement. N'importe quoi, vraiment !

Il n'était pas question qu'il parle de ses réelles souffrances physique à qui que ce soit si c'était pour qu'on les interprète comme le résultat de troubles du comportement. Et dire qu'il avait cru avoir dépassé les rumeurs, la veille, quand il avait fait la fête avec les autres… Il songea à ce moment-là que ça ne pouvait pas être pire.

Mais encore une fois, il s'était trompé.

Car après le déjeuner, où il avait déjà été mal à l'aise à cause des regards de plusieurs étudiants, il s'était retrouvé en cours de Langues Vivantes. En soi, ce n'était pas gênant. Apprendre à parler de façon presque universelle aurait même pu être intéressant. Mais tout avait été gâché par les questions du professeur Ichabod Headache, qui, dés le début du cours, leur avait demandé à tous de quel pays ils étaient originaires. Il voulait « mesurer la diversité de sa classe », comme il l'avait si bien dit.

Franchement, qui cela pouvait-il intéresser que Soledad vienne d'Espagne, Hunter d'Australie ou Stefanie de Grèce ? Pas lui en tout cas. Et le pire, c'était d'avoir été obligé de dire qu'il venait d'Angleterre. Parce qu'il avait bien repéré le petit regard de connivence entre Stefanie et Hunter…

Un petit regard qui rappelait leur complicité dans le potager, alors qu'ils étaient en train de médire à son sujet et qu'ils se demandaient s'il était bizarre à cause de son passé.

Un regard qui lui fit penser que son réflexe de cacher ses Gazettes était le bon.

Un regard qui lui fit croiser les doigts pour que ses deux camarades n'aient pas l'idée de chercher des informations dans les journaux anglais.

Un petit regard qui lui faisait craindre le début des ennuis…


Et voilà pour aujourd'hui. J'espère que vous attendrez la suite avec impatience ^^ N'hésitez pas à me donner votre avis !

Lena.