Voici donc la partie sur Draco. J'ai hésité à la nommer Interlude, vous comprendrez pourquoi. En espérant qu'elle vous plaise. Merci également à Wyny pour le temps qu'elle passe à corriger ces chapitres pour vous ^^


Résumé de l'épisode précédent

Draco est toujours assailli par ses rêves mais espère pouvoir bientôt les comprendre et les maîtriser grâce à sa professeur de Littérature Betty Noisy. Il échange de nombreuses nouvelles avec ses proches et apprend notamment que la rentrée à Poudlard n'est pas paisible et que la population sorcière est agitée par les procès des Mangemorts. Il s'aperçoit également que son comportement solitaires et les étranges manifestations de sa magie ont conduit ses camarades à le penser suicidaire ou violent. Il tente de contrer la rumeur, mais c'est mal parti...

Bonne lecture !


Chapitre 7 : Les ennuis commencent

Partie 3 : Les Aztèques, le calme avant la tempête

Samedi 12 septembre - matin

Recroquevillé sous sa couverture, avec l'envie de rester caché tout le week-end, Draco marmonnait. Il avait échappé à Voldemort, ce dont il avait rêvé sans réel espoir toute l'année précédente, et voilà qu'il était pourtant dans les ennuis jusqu'au cou. Enchaîné à Potter, vulnérable sans baguette, en exil loin de tous ceux qu'il avait connus, malade depuis les origines et souffrant à chaque nouveau rêve, et maintenant, soumis à des rumeurs idiotes qu'il ne savait pas du tout comment gérer… Il était mal parti…

Comme un Malfoy ne s'apitoyait pas longtemps sur lui-même et que Draco avait bien l'intention d'être heureux – un jour – il avait tenté de passer son vendredi comme un jour normal, son masque d'héritier d'une grande famille à nouveau en place.

En cours de Sortilèges, avec le professeur Edmond Jansson, il avait malheureusement dû révéler à tous qu'il n'avait plus de baguette, même s'il avait évité de parler de la cause de cette perte. Car la première année de ce cours consistait à apprendre à se sevrer de sa baguette pour réaliser les sortilèges de magie verte, mais il était nécessaire d'en posséder une pour suivre le processus de manière logique.

Ce n'était pas son seul problème : comme pour le cours de Littérature, le professeur de Sortilège avait testé leur affinité avec sa matière. Ce qui l'intéressait, lui, c'était la puissance de leur noyau magique et la capacité de leur magie à s'affranchir des autoroutes du corps humain.

Comme l'avait expliqué le professeur Sweets, en Anatomie, le corps sorcier bénéficiait d'un système de flux pour faire circuler la magie dans le corps, depuis leur noyau jusqu'à la main qui tenait la baguette, notamment. Mais certains sorciers avaient beaucoup de réserve magique et, dans ces cas-là, il pouvait arriver que les flux s'affranchissent des règles et que la magie se promène partout dans le corps.

Et le test avait montré deux choses perturbantes pour le professeur Jansson : Draco n'avait que très peu d'affinités avec les Sortilèges et son flux magique était ridiculement tenu, et pourtant, il avait cru repérer une réserve importante d'où quelques filaments de magie s'échappaient et s'affranchissaient des règles.

« Vous devriez voir votre professeur principal, » avait-il dit. « Il pourrait être intéressant d'envisager une rencontre avec le professeur Asuya également. Merci de bien vouloir transmettre ce mot au professeur Lemaire. Il me semble que vous la voyez juste après. »

Draco avait accepté à contrecœur le mot scellé et avait tenté d'oublier les regards intrigués qui pesaient sur lui : qu'on lui conseille d'aller voir le professeur de Psychomagie n'avait rien de rassurant, que ce soit pour lui ou pour ses camarades…

Draco repoussa sa couverture et décida de prendre sa douche matinale rituelle pour se sentir mieux. Sous l'eau chaude, il songea que son cours avec le professeur Lemaire n'avait pas été très agréable non plus. Le cours lui-même avait été tout aussi intéressant que le lundi précédent, mais sa conversation en tête à tête avec son professeur principal l'avait un peu énervé.

Pour son problème de baguette, le professeur Lemaire avait décidé de lui donner des cours intensifs de magie sans baguette elle-même, tous les vendredis après-midi. Ça, c'était une partie qui lui avait plu.

Mais à côté de ça, elle lui avait imposé des rendez-vous avec les professeurs d'Anatomie et de Psychologie, pour comprendre son problème de douleurs physique et de faiblesse magique. Ce passage-là de la conversation lui avait donné un désagréable sentiment de honte : il avait eu l'impression de retomber en enfance, quand ses parents enchaînaient rendez-vous sur rendez-vous avec les plus grands spécialistes, pour comprendre pourquoi il était si faible…

Draco sortit de la douche et s'emmitoufla dans sa serviette.

Il avait trouvé cette conversation désagréable, mais moins que les questions que certains camarades étaient venus lui poser. Est-ce qu'il allait bien ? Est-ce qu'on pouvait l'aider ? Il avait endigué le flux en affirmant que tout allait parfaitement bien et avait passé ensuite tous ses repas avec Ramon, qui lui au moins, ne posait pas de question. Il faut dire qu'il en connaissait déjà les réponses.

Il avait d'ailleurs décidé que ce week-end, ses repas se dérouleraient de la même manière. Avec Ramon et Jil, et c'était tout.

Draco s'habilla enfin et retourna dans sa chambre. La chaleur ne faiblissait pas en ce deuxième week-end de septembre.

Il s'assit à son bureau et se réchauffa la peau en profitant des rayons lumineux. Les livres qu'il avait empruntés à la bibliothèque plus tôt dans la semaine, pour faire son devoir sur les Aztèques, attirèrent son attention. Puisqu'il n'avait pas vraiment d'autre ami que Ramon, que ce dernier passait son temps avec Jil, et puisqu'il ne voulait pas faire face aux questions des autres, il décida de passer son week-end dans sa chambre, à travailler.

Il avait choisi, parmi les deux devoirs proposés en Civilisations, de se pencher sur « l'anémie congénariale aztèque. »

Il fouilla attentivement le livre d'histoire écrit par Alan Mixcoa (1), un de ces sorciers qui prétendaient descendre d'une grande lignée magique ayant un mage aztèque dans ses ancêtres… Car Draco avait découvert que les Aztèques faisaient partie d'une des plus anciennes civilisations magiques du monde. La première en Amérique, en tout cas.

Il avait commencé à découvrir avec plaisir les inventions, croyances et modes de vie de ces anciens sorciers, et il se demandait comment une civilisation si avancée avait pu disparaître. Mais il avait aussi quelques difficultés à saisir les bénéfices et les leçons qu'il fallait en retirer, pour leur avenir de médicomages…

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« Avant d'être sédentaire, la tribu des Azteca a connu une longue période d'errance : la pérégrination. Dés le début de leur marche, ils forment un peuple religieux à la recherche de leur terre promise. Ils sont certains d'être un peuple élu. Et même si cette période est vécue comme chaotique, elle est également vue comme un cheminement, une épreuve nécessaire.

Dans les faits, ils sont effectivement élus au sens où ils sont la population la plus réceptive de leur environnement à cette époque. Ils le voient comme un grand vase saturé de magie, un système complexe et clos sur lui-même. Leurs huit premiers guides spirituels, premiers sorciers d'Amérique du Sud, suivent le flux de magie qu'ils y ressentent, ou du moins, ils suivent les traces que ce flux laisse percevoir.

Cette période d'errance est marquée par les notions de fatigue, de dépense, d'épreuve physique. En voulant rattraper l'origine du flux, qu'ils sentent sans cesse au-devant d'eux, ils avancent à marche forcée et s'épuisent. Pour autant, ils ne parviennent jamais à apercevoir leur but et désespèrent de rentabiliser leurs efforts…

Les hommes comme les sorciers aztèques ont sans doute tiré de cette expérience l'idée que le mouvement de la vie est un épuisant gaspillage d'énergie. Et de là vient sans doute leur hantise de la dépense énergétique vaine, non rentable, au sein de la tribu. »

Draco releva la tête quelques minutes, en fermant ses yeux agressés par les reflets du soleil sur les pages du livre. Il ne parvenait pas à visualiser ce qu'avait pu être ce monde aztèque, un monde où la magie suivait son chemin en-dehors des sorciers… Où elle était indépendante d'une volonté vivante…

Son père lui avait toujours expliqué que si la magie existait, et survivait depuis tant d'années, c'était grâce aux sorciers qui la transportaient dans leur sang, qui la nourrissaient de leur corps et de leur volonté. Il lui avait aussi toujours raconté qu'elle était plus puissante chez les sorciers de sang pur.

Le jeune sorcier songea que ça n'était qu'en partie vrai. Lui-même n'avait hérité de cette soi-disant puissance que les inconvénients : il était lié à ce fichu Potter... Et même Longdubat, qui aurait dû présenter des capacités hors normes, n'était qu'un faible sorcier pathétique. Certes, il s'était élevé contre le Lord Noir, mais il n'était pas puissant.

Il secoua la tête, inspira lentement et reprit sa lecture.

« La pérégrination commence en 1168, après la chute de Tula. Les Azteca quittent la ville où ils ont passé plus de 1000 ans, Aztlan, conduits par les huit prêtres qui parviennent à ressentir la magie. Ces prêtres considèrent que c'est elle qui permet à toute la tribu de vivre et qu'elle anime tous les hommes. Ils veulent donc atteindre la source de la magie pour la protéger, protéger la vie, et se protéger en même temps.

Car les Aztèques sont hantés par la précarité des êtres et des choses. Leur histoire, plus ou moins mythologique, est secouée à plusieurs reprises par des destructions catastrophiques.

Le premier soleil, « quatre-jaguar », s'effondra et fut enseveli sous la terre. A la faveur des ténèbres, les géants qui peuplaient le monde furent dévorés par des jaguars. Le deuxième soleil, « quatre-vent », finit dans un ouragan qui balaya le monde et changea les hommes en singes. Le troisième soleil, « quatre-pluie », fut anéanti par le feu qui tomba un jour du ciel et embrasa la terre. Les hommes devinrent des dindons. Le quatrième soleil, « quatre-eau », disparut dans un déluge qui dura 52 ans. Les montagnes elles-mêmes furent submergées, et les hommes changés en poissons. »

Draco trouva étrange cette légende des origines du monde, imaginée par les Aztèques. Il avait l'impression, en lisant ce passage, de revoir une partie de son cauchemar : la terre – ou la boue – le vent fétide qui agresse les hommes, les pluies de feu et de sang… Et le fait que le soleil ait disparu du monde…

« Seul un couple fut sauvé des eaux par le dieu Titlacauan-Tezcatlipoca, placé dans une barque, avec pour seule nourriture un épi de maïs. Pour avoir voulu faire du feu et manger un poisson alors que tout n'était que ténèbres, ils déclenchèrent la colère des dieux.

Titlacauan-Tezcatlipoca leur coupa la tête d'un coup de lame métallique et tranchante, la recolla sur leur postérieur, et ils devinrent des chiens. Alors, Xolotl, le dieu à tête de chien, connu aussi sous le nom de Quetzalcóatl, le serpent à plumes, remonta du monde des morts les « précieux os », desquels naquit l'actuelle humanité. »

Et quelle étrange manière d'imaginer leurs origines. La terre, l'air, le feu et l'eau qui détruisent le soleil, les plantes qui ne suffisent pas aux hommes et le métal qui les conduit à la mort… Quelque chose lui parlait, dans cette légende. Comme si elle résonnait en lui, même s'il ne parvenait pas à comprendre d'où cela pouvait venir.

« Après ces quatre destructions, les dieux se réunirent à Teotihuacan pour décider que l'un d'eux, Nanauatl, deviendrait le soleil. De leur côté, Tlaloc, dieu de l'abondance végétale, et Nappatecutli, dieu des roseaux, désignèrent une certaine Nahui Tecpatl pour devenir la lune. »

Draco se figea. Il était curieux qu'une fois de plus, le roseau soit associé à la lune. L'une des maisons de cette école n'avait-elle pas justement pour nom Roselune ?

« Après quatre jours de rituels – jeûne, scarifications par des épines – Nanauatl se couvrit de plumes et se jeta dans un gigantesque brasier. Un aigle le saisit et l'emporta au ciel ; il devint le soleil. Mais il ne bougeait pas. Les dieux l'interrogèrent sur cette étrange immobilité, et le soleil répondit qu'il voulait leur sang et leur royaume. Alors les dieux et les déesses se sacrifièrent pour donner vie et mouvement au nouveau soleil : le « soleil-mouvement ». »

A nouveau, Draco sentit que le texte lui parlait. Et sans savoir exactement pourquoi, il fut saisi d'effroi quand le soleil réclama du sang.

« Parce qu'il est né de la combinaison des quatre premiers soleils, le soleil-mouvement est promis à la destruction dés sa création. Pour éviter cette nouvelle catastrophe, pour que le monde qui a besoin du mouvement du soleil subsiste, il faut entretenir celui-ci comme l'ont fait les dieux auparavant. Pour s'animer, le soleil a besoin du sang des sacrifiés. D'abord celui des dieux, puis celui des hommes. Pour les Aztèques, l'énergie n'est pas une source, elle consomme. »

Draco reposa son livre un instant. Son malaise ne faiblissait pas. Le sacrifice d'êtres humains pour la survie du meilleur monde possible, voilà ce qu'il comprenait de sa lecture. Et il ne pouvait s'empêcher de faire un parallèle idiot avec ce que le Maître, enfin, l'ancien Maître prônait dans ses discours…

Ceux qui ne donnaient pas le bon sang à la magie, qui n'étaient pas des sangs-purs, la souillaient et l'affaiblissaient… Tout comme les sangs-purs qui ne se mettaient pas à son service gaspillaient leur potentiel et affaiblissaient, eux aussi, la magie. Et il fallait se débarrasser de ces gens-là pour redonner à la magie son éclat et sa puissance originelle.

Tout comme les Aztèques pensaient qu'il fallait sacrifier des êtres humains et donner leur sang au soleil pour soutenir son mouvement, sa puissance…

Le jeune homme se souvint un instant de ces moments où tous les Mangemorts étaient réunis dans la grande salle du Manoir Malfoy, il n'y avait pas si longtemps de ça. Le Lord Noir s'exaltait sur la puissance du sang pur, puis il s'asseyait sur son trône et laissait la parole à l'un de ses seconds – Draco n'avait jamais su qui il était – pour sublimer son discours.

Et si, comme tous ses « camarades », il sentait confusément que la seule chose qui importait pour le maître, c'était son propre pouvoir, il se laissait à chaque fois séduire par les discours de ce Mangemort, à la voix étouffée par sa cagoule. Ces mots qui disaient qu'ils réussiraient à recréer l'ordre juste, originel, la magie pure…

Cet homme, qui n'avait jamais intégré le cercle, semblait jouir de l'oreille attentive du Lord Noir et il avait de l'influence sur quelques uns des plus anciens Mangemorts. Mauvais souvenirs que tout cela. Il reprit son livre en mains.

« Le dieu soleil réclamait le sang et le royaume des dieux. A leur échelle, les Aztèques ont donc mis en place le sacrifice humain pour éviter l'anéantissement de l'énergie, et un système de société basée sur l'économie pour éviter la dépense et la dissipation dans le royaume. Economie des gestes quotidiens et occupation continuelle pour ne pas gaspiller le temps, ils agissaient dans la continuité de leurs croyances. La gestion de la société aztèque, c'était la gestion de l'univers entier. »

Draco sourit un instant : comment les Aztèques avaient-ils pu imaginer tout cela ?

« La croyance en l'utilité du sacrifice pour le bien commun leur vient de l'observation de la nature à leur époque, sur plusieurs plans différents…

D'abord, la pérégrination révéla aux prêtres successifs que le flux de magie qu'ils suivaient sans relâche formait en fait un cercle en mouvement, certes, mais sans point d'origine, donc sans source visible. Ce flux s'étendait sur toute la terre connue alors par les Aztèques.

Ils avaient pu observer qu'il aidait à la fécondation des plantes sur son passage ; quand il était assez épais et qu'il passait sur telle fleur ou sur tel arbre, ceux-ci croissaient incroyablement vite et en bonne santé… Sans lui, la végétation ne serait pas aussi luxuriante, et cela fonctionnait sans doute de même pour les hommes. Toujours est-il que le flux magique participait activement au maintien de la vie et qu'ils l'avaient bien compris. »

Draco se souvint des mots de John Doe. Il avait dit que le monde magique et le monde non-magique étaient étroitement imbriqués. D'après les observations aztèques, c'était assez évident…

« Cette observation de la nature les a menés à une autre découverte. Le maguey, un cactus de l'Amérique du Sud, meurt lorsqu'il n'est pas éventré, privant les hommes d'un liquide précieux dans ces contrées arides. Il faut donc « sacrifier » le maguey, lui ouvrir le cœur, pour libérer le necutli que consommeront les hommes. De la même façon, ils considèrent que le sacrifice humain permet de libérer le précieux sang qui nourrit le Soleil, élément nécessaire à toute vie. Le sacrifice humain sauve le monde.

La règle de survie des Aztèques peut ainsi se résumer de la façon suivante : dévorer pour ne pas être dévoré. C'est pour cette raison que la moindre éclipse – nommée « le soleil dévoré » en nahuatl – leur faisait peur : ils y voyaient la fin du « soleil-mouvement » qui serait la fin de toute vie. On disait alors : si le soleil est mangé, jamais plus il ne brillera. Les ténèbres éternelles et les larmes infernales se répandront et la Terre dévorera les vivants. »

En même temps, ils n'avaient pas tord, songea Draco : les Temps Sombres qui s'annonçaient signifiaient la disparition du soleil et la fin de toute vie… Le sorcier eut même l'impression d'être face à une sorte de songe d'anticipation, d'être face à un peuple visionnaire qui annonçait les Temps Sombres bien avant lui-même.

« Les Aztèques considèrent que l'organisme humain recèle une considérable énergie potentielle, et qu'il est possible de libérer cette énergie par le sacrifice. Le stock énergétique de chaque individu se forme à la naissance, en puisant dans l'énergie brute du monde, et il se perd dans la terre quand cet individu meurt de mort naturelle. Le sacrifice est nécessaire pour éviter cette perte. »

Draco ne put s'empêcher de repenser à un enterrement auquel il avait assisté, plus jeune, avec ses parents : ils lui avaient expliqué qu'on devait brûler le corps pour libérer la magie qui s'était incarnée dans le sorcier à sa naissance. Ce rituel ressemblait étrangement, dans sa symbolique, à ceux que les Aztèques avaient mis en place.

« Ce sacrifice n'est pas excessif, car la croyance aztèque réprouve autant la dépense excessive d'énergie que la paresse. Dans la vie quotidienne, il s'agit d'être toujours actif, mais jamais trop. La prohibition généralisée du gaspillage, pour préserver le taux d'énergie ambiante, explique également l'anthropophagie de ce peuple.

Quand les prêtres arrachent le cœur du sacrifié, le sang jaillit et s'épanouit comme le ferait une fleur. Cette fleur de sang jaillissant sur les autels magiques doit libérer la réserve magique, puis le corps est rejeté au bas des pyramides. A la fin du rituel, ces corps sont récupérés et partagés pour que les hommes partagent la force qu'ils contiennent encore.

Afin de toujours avoir des sacrifiés – ce qui est un grand honneur pour les Aztèques – les différentes tribus qui se sont associées au fil des ans organisent des guerres fleuries. Ces guerres ne sont pas pour tuer ou obtenir des terres, mais les guerriers s'assomment et se capturent pour fournir des prisonniers qui seront sacrifiés pour faire jaillir la fleur de sang dans les règles. »

Draco interrompit sa lecture, un peu verdâtre. Il venait de comprendre d'où était apparue l'anémie congénariale des Aztèques. En consommant la chair de leurs sacrifiés, de leurs congénères, ils consommaient également le sang, l'un des trois éléments de la magie. Par conséquent, la magie avalée dans le même mouvement devait entrer en conflit avec la magie interne du sorcier et devait affaiblir son propre sang.

Au fil des années, ce fonctionnement avait dû affaiblir ce peuple, parti d'une bonne intention envers l'univers, et affaiblir leur magie. Il aurait quelques recherches de confirmation à faire, mais le plan de son devoir était bien formé dans sa tête, désormais. Cela n'expliquait cependant pas comment ils avaient disparu… Aussi continua-t-il sa lecture.

C'était l'invasion du pays par Cortès, qui avait apporté une maladie inconnue sur le territoire aztèque, qui avait provoqué la mort de ce peuple. Intrigué par ce passage du livre, Draco lut attentivement.

« Les derniers aztèques rapportent que Cortès avait en lui le feu de la guerre et une violence innée. Contrairement aux guerres fleuries que les Aztèques organisaient entre leurs différents peuples, pour avoir une réserve de prisonniers à sacrifier, Cortès et ses hommes tuaient leurs adversaires directement sur le champ de bataille, répandant de sang sans aucun respect de la vie.

Cortès était particulièrement puissant. Et l'artefact qu'il portait au cou, un demi-soleil, avait pu faire penser aux prêtres sacrificateurs que Cortès était le dieu soleil annoncé par leurs devins. Cet artefact, par la lumière qu'il reflétait, faisait tomber les hommes comme des mouches. Et les prêtres ont pensé que c'était cet objet particulier qui renfermait la maladie qui les tuait.

On ne sait pas aujourd'hui ce que serait devenu cet objet magique puissant, et aucune preuve n'atteste de son existence, mais on peut se demander comment et pourquoi Cortès a fini par devenir roi à la place de Moctezuma II et pourquoi il a cessé ses massacres. Beaucoup parlent de la volonté d'avoir de l'or et des esclaves.

Mon avis est que les prêtres ont échangé l'artefact contre cette promesse de pouvoir sur les hommes. Cette théorie s'appuie sur les recherches de Xochitl Tonatiuh à propos de la fin du monde vue par les Aztèques. Car il est étrange de constater qu'aujourd'hui, l'Amérique du Sud est devenue une partie sinistrée du monde magique. Un pacte magique ? La conséquence de la présence de cet objet dans cette partie du monde ? Rien n'est sûr aujourd'hui, mais je ne désespère pas de comprendre un jour comment mon peuple a pu disparaître. »

Draco referma le livre. La similarité entre ce que tout le monde semblait appeler « les Temps Sombres » et certaines croyances des Aztèques était troublante. Il était sûr de pouvoir trouver quelque chose à propos du rêveur et de cette fin du monde annoncée en poussant ses recherches avec cette Xochitl Tonatiuh.

Maîtriser ses rêves était une chose. Vérifier la réalité des Temps Sombres et, le cas échéant, les combattre en étaient une autre.


(1) Mixcoa signifie homme en nahuatl. Pour plusieurs passages que vous lirez ici, il s'agit de données tirées du livre de Christian Duverger, L'origine des Aztèques, que j'ai lu dans ma jeunesse. Seules les mentions qui se rapportent à la magie sont totalement inventées par mes soins : le reste consiste globalement en l'histoire réelle, la vie et les croyances aztèques, même si j'ai évidemment mis l'accent sur les données qui sont utiles à mon histoire.


Voilà pour le deuxième chapitre de la semaine. C'est court et c'est pourquoi j'ai hésité à l'appeler Interlude ^^ J'espère cependant que vous avez apprécié cette histoire, importante pour la suite. N'hésitez pas à me laisser un petit mot en partant ! Lena.