Bonjour à tous ! Je publie un peu plus tôt que prévu, mais j'essaie de retrouver mon rythme hebdomadaire du dimanche, maintenant. ^^ Merci à tous pour vos commentaires !

Mille mercis à ma bêta Wyny, qui travaille beaucoup à retrouver mes fautes et mes incohérences.

RAR aux anonymes

Sherlock : moi de même ^^ Contente de tous vous retrouver.

Marie la petite : merci beaucoup pour tes compliments, ça me fait plaisir ^^

Cataplasme : Bienvenue ! Effectivement, avec les deux fouineurs, Draco n'est pas sorti de l'auberge.

Thsy : Bienvenue également. Je suis ravie que mes théories t'intéressent. Elles ne sont pas évidentes, mais elles s'éclaireront toujours plus au fil de l'histoire.

Résumé de l'épisode précédent

L'article de Luna lovegood dans le Chicaneur fait grand bruit, à Poudlard comme dans la société sorcière. Harry est choqué de voir à quel point il connaissait peu les autres élèves de sa génération et ne sait plus quoi penser : où se situent le bien et le mal ? Et Thorn n'est pas prêt de l'aider à trancher. Mais Harry décide quand même d'intervenir lors du procès de Pansy Parkinson pour qu'elle soit prise en charge à Sainte Mangouste et qu'elle ne subisse pas le baiser du Détraqueur.

Il remet également en question son geste de briser la baguette de Draco Malfoy, après avoir lu le compte rendu de son procès et discuté avec Ollivander. Il envoie une lettre d'excuses à son ancien ennemi.

Monsieur X, de son côté, est fâché de l'influence qu'exerce Harry Potter sur la société sorcière. Il doit se débarrasser de lui ainsi que du ministre Zorille, dont la côte de popularité ne cesse de chuter. Son premier acte : discréditer peu à peu Harry Potter dans l'opinion publique.


Chapitre 8 : Quidditch dans la tempête

Partie 1 : Le manoir Black

Lundi 28 septembre, matin

Harry Potter était assis dans son fauteuil de prédilection, devant le feu de cheminée. Il était perplexe : comment devait-il réagir aux articles de la Gazette ? Ce n'était pas une campagne de calomnie à proprement parler, sinon il aurait probablement porté plainte. Non. C'était insidieux. De petites remarques loin d'être innocentes, de petites critiques, des remises en questions de sa parole, l'expression de doutes…

Réagir trop fort, c'était prendre le risque de donner du crédit à ces remarques. Ne pas réagir, c'était également accepter implicitement les remises en question des journalistes, comme pendant sa scolarité. Il était perdu et il n'aimait pas ça. Même Kreattur ne savait pas comment l'aider, et Harry savait que l'elfe était attristé de le voir se morfondre, ces derniers jours.

Sa seule consolation, quand il entendait les bruits de couloir dubitatifs, c'était le calme dont il jouissait pendant les cours de Défense. Le silence et le respect étaient les maîtres mots dans la classe de Thorn…

Harry avait parfois des difficultés à comprendre comment et pourquoi cet homme parvenait à s'imposer : même les cours de Snape et de McGonagall paraissaient bruyants et bordéliques, à côté des siens.

Peut-être son côté résolument dangereux et effrayant ? Ou alors sa manière de rabaisser tout le monde sans distinction de maison ? Personne ne souhaitait être sous le feu de ses projecteurs et chacun savait qu'il pourrait un jour être visé.

Mais le fonctionnement de Thorn, s'il garantissait le calme et une atmosphère propice à l'étude, avait un revers pervers, selon Harry. Il était toujours mal à l'aise quand il voyait grandir dans le regard d'un élève une grande fierté, et presque une gratitude sans borne à l'égard de Thorn, quand ce dernier le félicitait.

- Monsieur, l'interrompit Kreattur en apparaissant à ses côtés. Je crois que vous devriez m'accompagner à square Grimmaurd.

En voyant l'inquiétude de son elfe, dont les oreilles bougeaient en tous sens, Harry se glissa à ses côtés et s'accroupit.

- Que se passe-t-il, Kreattur ? demanda-t-il en posant une main sur son bras.

- Les ouvriers ont découvert quelque chose d'étrange, monsieur. Mais il serait mieux que vous voyiez par vous-même, répondit l'elfe avant de les faire transplaner.

En reprenant son équilibre – transplaner sur les genoux n'était définitivement pas confortable – Harry atterrit dans ce qui deviendrait bientôt l'aire de transplanage des invités. Les travaux avaient bien avancé dans cette pièce. La cheminée était toujours vieillotte, mais le sol était carrelé et les boiseries déjà presque toutes posées. Kreattur l'invita à le suivre.

- Les ouvriers ont beaucoup de difficultés, depuis deux semaines déjà, à travailler sur la magie des fondations de la maison, expliqua l'elfe. Bris et moi les avons aidés comme nous le pouvions, mais même madame Black – Harry et Kreattur lui firent un signe de tête en passant dans le couloir – n'a pas su nous dire ce qui nous bloquait. En tout cas, jusqu'à ce matin.

- Qu'avez-vous découvert ?

- Dans un des vieux secrétaires que nous avons débarrassés avant que les ouvriers ne viennent, j'avais trouvé des vieux carnets de Walburga et des notes d'Orion. L'une d'elles faisait part d'une altération dans la magie de la maison, mais je n'y avais pas fait attention tout de suite. J'ai demandé à Walburga, ce matin, et elle a enfin pu constater cette altération. Le plus intéressant pour nous, c'est de savoir que c'est un héritier Black qui a modifié la magie des fondations.

Tout en écoutant Kreattur, qui avançait devant lui, Harry jeta un œil du côté de la cuisine et de l'ancien salon. Il en profita pour faire un petit signe à Bris, qui s'occupait apparemment de la vaisselle du petit-déjeuner.

Les colonnes n'étaient plus et la pièce agrandie, tout en longueur, était bien plus agréable. Moins étouffante. Par contre, ici, le sol et les murs étaient toujours nus. Le seul grand changement venait des deux grandes baies vitrées qui donnaient sur le jardin.

Pour l'instant, celui-ci abritait toujours les tentes de ses ouvriers, mais Harry avait dans l'idée d'y installer une piscine et un potager. Contrairement à ce que croyaient son oncle et sa tante, il aimait bien travailler la terre, lors de ses corvées. C'était juste s'occuper des fleurs, bien trop fragiles, qui l'ennuyait.

Harry sortit de ses souvenirs quand Kreattur ouvrit la porte, sous l'escalier. Il s'y engouffra à la suite de l'elfe. Il avait détesté la visite de la cave, quand il était descendu avec l'architecte la première fois. C'était lugubre, froid et suintant de cette humidité qui faisait proliférer les moisissures, les cafards et les doxys à poils sombres.

Il fut donc surpris de l'atmosphère désormais saine du sous-sol. Les ouvriers avaient vraiment fait un excellent travail !

- Bonjour, monsieur Potter ! l'accueillirent l'architecte et trois de ses ouvriers.

Harry serra la main de chacun, heureux de se souvenir des noms de ces travailleurs acharnés. Augustin Audegond, père de six enfants turbulents, Léopold Larchet, qui s'était chargé de l'étonnant cabinet de toilettes de la famille Croupton et Gustave Granjean, qui s'était occupé de l'alcôve spéciale du manoir Fudge… Trois hommes parmi les meilleurs ouvriers sorciers d'Angleterre, capables de réaliser vos rêves architecturaux.

- Je suis désolé de vous avoir fait appeler, monsieur Potter, lança l'architecte, mais nous avons tout essayé pour consolider les fondations sans que notre acharnement ne paie. Nous avons même commencé l'aménagement du rez-de-chaussée, avant d'avoir terminé les fondations, pour ne pas rester désœuvrés.

- Qu'est-ce qui vous pose problème, exactement ?

- Suivez-moi, c'est au fond de la cave.

Le sorcier emboita le pas de son architecte, dont la baguette éclairait le chemin. Pas que la cave soit immense, mais elle était fort sombre et surtout, les murs étaient tordus dans tous les sens, créant des coins et des recoins dangereux.

Harry savait que les ouvriers, quand ils auraient terminé la consolidation magique de la maison, installeraient quelques fausses fenêtres destinées à éclairer la cave. Kreattur tenait tant à en faire son seul domaine, qu'Harry avait décidé de lui rendre au moins la vie un peu plus facile.

Au fond de la pièce, l'atmosphère devenait soudain beaucoup plus humide.

- C'est un maléfice que nous ne parvenons pas à maîtriser et à contrer, qui provoque ces suintements. Vous voyez, tout vient de cette trappe, sur le sol. Avant, elle était recouverte par un empilement de vieux meubles et mes sondes magiques ne m'avaient pas révélé d'espace caché, donc je ne l'avais pas vue… Nous avons découvert que toute l'instabilité et l'humidité du sous-sol proviennent de ce maléfice.

L'architecte montrait les blocs de pierre légèrement mouvants, certains étant même descellés, ainsi que les gouttes d'eau qui perlaient au plafond, au dessus de la trappe.

- D'après l'analyse de votre tableau, là-haut, il s'agit bien d'une magie familiale. Mais comme madame Black est justement un tableau, elle ne peut rien faire pour corriger ça.

Harry se pencha vers la trappe. Une simple trappe en bois, à première vue, mais des filets de vapeur nauséabonde s'échappaient des interstices, et des insectes répugnants montraient, à intervalles réguliers, leurs antennes.

- Si nous voulons que la magie de la maison soit parfaitement équilibrée et durable, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cet endroit tel quel, dit encore l'architecte.

- Je comprends bien, murmura Harry en regardant un insecte noir et luisant s'enfuir dans les ombres de la cave.

- Je pense qu'il s'agit d'un sortilège repoussoir, expliqua Kreattur en se rapprochant.

- Oui, confirma l'architecte, je le crois aussi. Ça y ressemble beaucoup, en tout cas. Ils permettent généralement de saper le moral des gens et de les faire fuir une maison, exposa l'architecte en voyant que son employeur ne connaissait pas ses effets. Ce sont des sortilèges destinés à ronger un foyer.

- Mais qui aurait pu lancer un tel sortilège ici ? Un héritier Black, d'accord, mais qui ? marmonna Harry en réfléchissant. Bellatrix, peut-être ? Mais non… Comment aurait-elle pu ? Et ce n'est pas un sort dans le gabarit de ceux qu'elle aimait…

- Euh… hésita Kreattur en se balançant d'un pied sur l'autre. Il est possible que ce soit l'œuvre de votre parrain. Il… Il n'aimait pas la maison. Il ne la voyait pas comme son foyer… Je suis désolé, monsieur.

L'elfe n'avait pas pu s'en empêcher : il devait s'excuser pour son comportement avec monsieur Sirius Black. Il n'avait pas été un bon elfe, à l'époque.

Et il s'excusait aussi de parler de cet homme. Parce que son maître souffrait toujours de la disparition trop brusque de son parrain. Mais il était normal qu'il lui fasse quand même part de ses soupçons : Harry Potter méritait son honnêteté.

- Ne t'excuse pas, Kreattur. Tu es sûr de toi ?

- Monsieur Sirius Black est en tout cas le dernier héritier Black à être descendu ici. Il passait son temps entre sa chambre et cette cave, qu'il interdisait à tout le monde.

Kreattur n'ajouta pas que selon lui, Sirius Black s'enfonçait dans cette cave sombre et humide pour retrouver l'atmosphère qu'il avait connue bien trop longtemps à Azkaban.

L'héritier Black devenu homme n'avait plus rien à voir avec l'adolescent turbulent qu'il avait été, excepté pour sa haine envers lui. C'était pour cette raison qu'il préférait s'occuper de Regulus Black, quand les deux garçons n'étaient encore que des enfants.

Sirius Black était à la limite de la folie. Peut-être même l'avait-il franchie. Car Kreattur avait senti que la cave et sa chambre exiguë avaient eu un effet paradoxalement apaisant sur Sirius Black, dans ses plus mauvais jours.

Il savait aussi que cette impression d'apaisement provoquait systématiquement chez cet homme, auparavant adepte des grands espaces ouverts, un sentiment de honte profond.

Comment pouvait-il aimer être enfermé ? Comment pouvait-il être soulagé de ne pas devoir faire face à l'extérieur ? Ses nombreuses bravades, sur la fin, n'avaient été qu'une réaction de lutte envers cette tendance peureuse. Car Sirius Black avait été un homme d'action et il ne voulait pas admettre qu'il ne l'était plus.

Severus Snape avait bien compris tout cela et c'était probablement ce qui avait mis Sirius le plus en colère.

- Le meilleur moyen de savoir qui a fait ça et pourquoi, c'est d'ouvrir cette trappe pour découvrir ce qu'elle cache, affirma Harry.

- Attendez ! l'arrêta l'architecte en le voyant lever sa baguette. N'essayez pas de l'ouvrir avec un sort ou à l'aide de vos mains : nous avons déjà essayé et cela provoque des réactions pires encore.

- Qu'est-ce que je dois faire, dans ce cas ? Kreattur, dit Harry en se retournant vers son elfe, je suppose que tu m'as amené pour une bonne raison. Alors guide-moi, s'il te plaît.

La confiance et la sérénité qui transparaissaient dans sa voix faisaient du bien à l'elfe inquiet. Il lui expliqua le fonctionnement de la formule qui pouvait défaire le sort, s'il s'agissait bien d'un repoussoir. Avant de le lancer, Harry demanda quand même pourquoi c'était lui qui devait le lancer.

- Vous êtes le propriétaire légitime de la maison et vous partagez un lien avec Sirius Black. Vous êtes le plus à même de réussir, monsieur.

Harry acquiesça – c'était logique – avant de prononcer la formule adéquate.

- Principii Perditum

Les vapeurs nauséabondes s'amplifièrent d'un seul coup dans un sifflement sinistre et Harry toussa, les yeux rougis par le gaz piquant et odorant. Kreattur lui lança un Anapneo, ainsi qu'à l'architecte, et fit transplaner les trois ouvriers, qui étaient là en support, à l'étage.

Harry attrapa le bras de l'architecte, son instinct les pressant de s'éloigner, et ils se jetèrent derrière un pan de mur saillant.

- Kreattur ! Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? cria Harry pour couvrir les sifflements infernaux.

- Tout a fonctionné, monsieur, affirma l'elfe revenu, même si l'impact du contre-sort est plus violent que prévu. Attendez une seconde.

A peine Kreattur eut-il terminé sa phrase que la trappe fut projetée violemment au plafond dans un grand fracas de bois brisé. La vapeur collante s'épaissit encore un peu avant de commencer à disparaître. En claquant des doigts plusieurs fois, Kreattur aida à rendre l'air à nouveau respirable.

Des bestioles, grouillant dans un horrible bruit de pattes et de crissements, fuirent le passage révélé par le sort et s'éparpillèrent sur le sol. Avec l'aide de l'architecte et de son elfe, Harry parvint finalement à en venir à bout.

L'architecte ôta le sort de respiration et haleta. On ne voyait que rarement des sorts mineurs, comme celui du repoussoir, avoir autant d'efficacité.

- On dirait bien que votre maison comportait une cachette supplémentaire, monsieur Potter, dit-il.

- Supplémentaire ?

- Ho oui ! Nous avons pu en révéler plusieurs, notamment grâce à madame Black, mais nous pensions en avoir fait le tour. Apparemment pas.

Harry s'approcha du trou. Des escaliers, taillés dans la terre et la roche et soutenus par des étais métalliques, s'enfonçaient dans le noir. Ce n'était pas un noir complet, puisque quelques reflets verts dansaient sur les murs. Mais le passage était suffisamment sombre pour ne pas en voir le bout.

- Lumos, murmura le jeune sorcier en descendant les premières marches. Restez en haut, conseilla-t-il à l'architecte. Par contre, Kreattur, je veux bien que tu m'accompagnes.

L'elfe acquiesça, toujours heureux de sentir la confiance de son maître, et lui emboîta le pas.

Les marches irrégulières obligeaient Harry à se retenir d'une main au mur. C'était un mélange de roche brute et de parties plus lisses. Malgré les reflets mouvants, qui pouvaient faire penser à de l'eau, le mur était parfaitement sec. Pris d'un doute sur la nature des parties lisses, Harry se tourna vers Kreattur.

- D'après toi, qu'est-ce que c'est ?

- De l'émeraude, monsieur. C'est une pierre couramment utilisée dans les maléfices pour sa capacité à résister aux forces extérieures, quelles qu'elles soient : ennemis, tempêtes, sorts d'attaque mineurs… Cela explique sans aucun doute la force du sortilège de repoussoir. Il est possible que nous nous dirigions vers un coffre familial de très ancienne facture.

- Je croyais que c'était les Gobelins qui s'occupaient de tout. Et est-ce que Sirius aurait pu mettre un sortilège de repoussoir sur un ancien coffre ? Comme je l'ai connu, il aurait préféré tout donner à l'Ordre…

- Pour les Gobelins, répondit Kreattur, sachez que nous n'entretenons une paix relative avec eux que depuis peu de temps, comparé à l'ancienneté des familles sorcières. N'oubliez pas les nombreux conflits qui nous ont opposés à eux, au fil des siècles. Ils ne gèrent l'or sorcier que depuis une centaine d'années environ et il fallait pourtant, avant cela, protéger les fortunes familiales. D'où ces caches anciennes.

- D'accord. Et Sirius, dans tout ça ?

- Sirius Black a bel et bien lancé le sortilège de repoussoir sur la trappe. Mais ce passage a quelque chose de plus… ancien.

Continuant leur descente, ils arrivèrent bientôt dans une large pièce arrondie. Le sol était couvert de pierres taillées, un peu irrégulières certes, mais qui permettaient de ne pas se salir les pieds dans la terre. Les murs avaient toujours cet aspect luisant et verdâtre, amplifié par la lueur de sa baguette.

Il faisait chaud mais l'air était respirable. Plusieurs arches, autour de la pièce, conduisaient probablement à d'autres lieux.

- Tu es sûr que c'est un vieux coffre ?

- Non, monsieur. Mais je suis sûr qu'il a été exploré récemment : voyez les traces de pas, laissées dans la poussière qui recouvre le sol ?

- Tu as raison, constata le sorcier. Les pas se concentrent là-bas, dans les deux ouvertures de gauche. Allons voir.

L'elfe jeta un regard circulaire à la salle. Il avait le sentiment de connaître la magie qui vibrait dans la pièce, mais ce n'était ni celle de Walburga et Orion, ni celle de Regulus ou Sirius. Et en même temps, par sa nature si sensible à la magie sorcière, il sentait confusément quelques éclats d'une très vieille magie inconnue.

Si Walburga avait réaménagé la maison, pourquoi n'était-t-elle pas au courant de l'existence de cet endroit ?

- Oh ! s'exclama soudain Harry.

En ressentant, au fond de ses entrailles, l'étonnement de son maître, Kreattur se hâta de le rejoindre au fond du passage. Après un petit couloir qui ressemblait beaucoup à celui des escaliers, on débouchait sur une large pièce en trapèze. Ce qui avait sidéré son maître, c'était les nombreuses vitrines et les coffres ouvragés qui remplissaient la pièce.

- C'était donc bien un coffre familial, souffla Kreattur en claquant des doigts.

Et alors que les vitrines enchantées et les torches sur le mur s'éclairaient, il se demanda tout haut à qui avait pu appartenir ce coffre.

- Je crois qu'on peut dire qu'il est à moi, aujourd'hui… murmura Harry en ouvrant sans difficulté l'une des vitrines. Hermione serait heureuse de venir ici…

Kreattur acquiesça. Les livres et les piles de parchemins roulés qui trônaient dans les vitrines, au milieu des pierres précieuses et des boules de cristal, étaient clairement antiques. Quelques vieilles épées un peu rouillées mais de belle facture faisaient également acte de présence.

Harry referma la vitrine qu'il avait ouverte et se pencha sur les coffres. Dans l'un d'eux étaient entreposés des Gallions un peu attaqués par le temps. Dans un autre, il trouva de nombreuses étoffes encore chatoyantes, qui respiraient à la fois l'âge et le luxe.

- Je pense que les talents de madame Guipure seront utiles pour réparer ces vêtements, déclara Kreattur avec pragmatisme.

- C'est vraiment joli, constata Harry en déployant une robe aux allures aristocratiques.

- Je ne suis pas sûr que cela vous aille, monsieur, dit Kreattur malicieusement.

En souriant, Harry replia sommairement la robe avant de la fourrer à nouveau dans son coffre.

- Allons voir à côté, dit-il. L'autre passage est aussi plein de traces de pas.

Kreattur éteignit les vitrines et les torches – elles réagissaient particulièrement bien à sa magie d'elfe domestique, ce qui le surprenait encore plus que l'existence de cette grotte sous la cave – et suivit son maître.

La pièce suivante, de la même forme que la première, ressemblait plus à une chambre, avec son petit lit et son large bureau. Elle sentait un peu le moisi, mais les draps défaits et les papiers éparpillés sur le bureau donnaient l'impression que son occupant venait à peine de la quitter.

- Tu avais encore une fois raison, dit Harry à son elfe. C'était bien Sirius, le dernier à être venu ici.

Il saisit un petit carnet déchiré en plusieurs endroits pour le lui montrer. A n'en pas douter, l'écriture était celle de Sirius Black. Harry éparpilla un peu plus les parchemins sur le bureau et saisit plusieurs documents et un second carnet au nom de Regulus Black.

- Je ne suis pas sûr de comprendre ce que Sirius faisait ici, admit Harry à voix haute. Nous ferions mieux de jeter un coup d'œil aux autres passages.

A chaque fois, la pièce au bout du petit couloir avait une forme de trapèze. Mais ils ne découvrirent plus rien de réellement intéressant.

Des meubles aux bois précieux – dont la plupart avaient été brisés à la hache – s'entassaient dans l'une d'elles. Des armes définitivement obsolètes et hors d'usage occupaient la seconde et des fioles brisées, dont le contenu s'était depuis longtemps volatilisé, jonchaient le sol de la troisième.

La dernière était vide, mais le mur du fond était percé. Une grille laissait voir une immense canalisation traversée par un cours d'eau à l'aspect douteux. Une partie enfouie de la Tamise ? Une partie des égouts de Londres ? C'était difficile à déterminer, mais cela expliquait comment l'air était renouvelé.

- Nous pouvons remonter, Kreattur. Préviens les ouvriers qu'ils peuvent terminer leur travail sur les fondations, mais demande leur de ne pas toucher à cet endroit. J'ai comme l'intuition que ce serait une mauvaise idée.

- Bien monsieur. Merci de vous être déplacé. Souhaitez-vous rentrer maintenant à Poudlard ?

- Non merci, pas tout de suite. Est-ce qu'il reste une chambre utilisable, ici ?

- Oui, au deuxième étage. Nous n'y avons pas encore touché. Nous avons stocké les quelques meubles que vous avez gardés dans l'une d'elles, si vous avez besoin d'un fauteuil.

- C'est parfait, merci Kreattur. Je t'appellerai quand je voudrai rentrer.

Harry grimpa les escaliers et put voir à quel point le premier étage avait été… épuré. Les murs et les sols nus, comme au rez-de-chaussée, réclamaient avec impatience les aménagements décidés par Harry. Arrivé au deuxième, ce dernier chercha la chambre dont avait parlé Kreattur.

Une fois qu'il l'eut trouvée, il saisit un petit fauteuil et le traîna jusqu'à la fenêtre pour s'y installer et lire à son aise. Dés qu'il avait vu les carnets et les quelques parchemins de la grotte, il avait éprouvé l'intense désir de s'y plonger pour, peut-être, retrouver Sirius, ce parrain qu'il avait trop peu connu.

Le carnet décharné, sur lequel Sirius avait écrit son prénom, était vieux mais encore lisible. Les premières pages étaient principalement remplies de prénoms féminins, à côté desquels il avait noté des dates. Harry secoua la tête : l'adolescence de Sirius avait été fort bien remplie par de nombreuses romances, s'il comprenait bien.

L'écriture, d'abord ronde et soignée, était parfois coupée par quelques mots rageurs concernant sa famille ou les Serpentards. Au fil des pages jaunies, Regulus était mentionné de plus en plus souvent. Sirius lui reprochait d'être faible et de se laisser corrompre par ces « foutus Mangemorts ».

S'il avait su… Regulus avait été aussi courageux, et sans doute infiniment plus respectueux des créatures magiques et de la vie que Sirius ne l'avait été…

Harry referma le petit carnet pour saisir celui de Regulus Black. Quand son frère avait listé ses conquêtes et poussé ses coups de gueule dans le sien, Regulus s'était d'abord servi des pages comme un journal intime, avant d'y exposer des notes de recherches.

Le jeune sorcier parcourut rapidement les feuillets, s'arrêtant parfois en repérant des noms connus. Celui de Sirius, souvent, et des noms Mangemorts, encore plus souvent.

RABRABRABRABRABRABRABRAB

« 25 août 1972

Père vient de m'offrir mon premier journal. Nous sommes allés acheter mes fournitures pour Poudlard, et je suis impatient. Je n'avais même pas remarqué que mon père l'avait acheté, avant qu'il me l'offre. Il considère qu'un homme digne de ce nom doit toujours avoir un support pour noter ses pensées et ses réflexions. J'ai surtout besoin d'évacuer mon excitation, ou Mère me fera un sermon.

Bientôt, je verrai toutes ces choses dont Sirius m'a parlé. Il dit que Poudlard est une bonne école, mais surtout un immense terrain de jeu. Il m'a promis qu'il me protégerait, si je suis embêté par les Serpentards. Il espère que je le rejoindrai à Gryffondor, parce qu'il dit que je peux être très fort. Mais je sais qu'il essaie de me faire plaisir. Je suis peureux.

Si je vais à Gryffondor, je crois que Père et Mère ne me le pardonneraient pas. Ils sont désagréables avec Sirius et je ne veux pas qu'ils deviennent désagréables avec moi. J'aime qu'ils s'occupent de moi, je me sens moins seul. Sans eux, cette année, je serai devenu fou. Mais heureusement, dès la semaine prochaine, j'accompagne Sirius à l'école.

Sirius… J'espère que tu tiendras quand même ta promesse de me protéger, si je vais à Serpentard. »

« 1er septembre 1972

J'ai peur. J'ai bien aimé le voyage dans le Poudlard Express, mais Sirius m'a laissé seul pour partir avec ses amis. James Potter n'est pas aussi agréable que Sirius me l'a dit. Il m'a regardé de haut et je crois qu'il s'est moqué de moi, même si je n'en suis pas sûr. Je voulais rester avec Sirius, mais je ne voulais pas le gêner, alors j'ai pris un compartiment au hasard.

J'ai croisé Evan. Il est déjà en troisième année, mais il s'est arrêté un peu pour parler avec moi. Même si on n'est pas exactement cousins, je l'aime bien. Quand Narcissa s'amusait à m'agacer, à la réunion familiale de l'an dernier, c'est lui qui est venu la calmer. Elle lui a obéi, même s'il est plus jeune qu'elle. Je voudrais avoir le même courage. Comme Sirius, quand il se défend contre les bêtises de Bella.

Mais moi, j'ai peur.

Quand Antonin Dolohov est venu chercher Evan, je me suis retrouvé seul. Il y a bien deux personnes qui sont passées et qui sont entrées en même année que moi, mais ils sont bizarres. Lors de l'appel, j'ai entendu leur nom. Les Carrow, je crois. Et le frère est dans la même chambre que moi, maintenant.

A Serpentard.

Je voudrais voir Sirius ou Kreattur, mais ils ne sont pas là. En plus, je crois que Sirius m'en veut. J'essaierai de le voir, demain. »

« 9 novembre 1972

J'ai encore reçu une lettre de Père. Lui et Mère sont toujours aussi fiers de moi, même si je n'ai pas encore atteint les notes de Sirius. Quant à Sirius, il m'en veut beaucoup de recevoir des lettres : je le vois bien à son regard, dans la Grande Salle. Peut-être qu'il en a reçu moins, l'an dernier ? Ou peut-être pas du tout.

Je vais essayer de lui parler. »

« 20 décembre 1972

J'ai rencontré Janice Jorkins, la petite sœur de la grosse Bertha. Elle est très jolie et j'adore ses yeux noirs. Sirius a rigolé quand je lui en ai parlé. Son rire m'avait manqué. Il revient me parler, de temps en temps, mais il parle beaucoup trop des Serpentards des années supérieures. Il dit qu'ils sont mauvais. Je ne lui dis plus qu'il a tort, parce qu'il ne m'écoute pas.

Ce sont surtout les Serpentards de mon année qui sont tordus. Je crois que les Carrow chassent des rats et des souris dans le château, et j'entends parfois des couinements désagréables derrière les rideaux d'Amycus, mais je ne vois pas bien l'intérêt…

Par contre, Evan et Rabastan sont toujours très polis et respectueux envers moi. Antonin me regarde souvent de haut, à la manière de Potter, mais il ne me dit rien. Le seul qui soit un peu mauvais, en troisième année, c'est McNair. Mais il préfère embêter Snape, le garçon aux cheveux gras qui est dans l'année au-dessus. »

« 15 février 1973

Sirius m'a encore laissé en plein milieu d'une conversation, ce soir. Il m'a dit devoir soutenir l'entrainement de Quidditch de Potter. Je n'apprécie pas spécialement ce sport, mais Sirius en a toujours été mordu. Depuis que son meilleur ami est dans l'équipe Gryffondor, on passe encore moins de temps ensemble.

Mais il m'a menti. Je l'ai aperçu dans le parc avec sa cavalière d'hier, à flirter. Pourquoi fait-il passer cette potiche blonde avant moi ? C'est mon frère ! Il m'a promis d'être là… »

« 1 avril 1973

J'ai mal. Sirius et ses copains ont fait une blague aux Serpentards et ce soir, ça s'est retourné contre moi. Je sais que c'est eux. Tout le monde sait que les Maraudeurs, ce sont eux. Mais d'habitude, ils n'embêtent que Snape. Pourquoi il m'a fait ça ?

Ce soir, je me suis battu contre les Carrow. Ça faisait longtemps qu'ils attendaient ça : ils ne m'aiment pas du tout. Ils n'aiment personne. Et ce soir, personne ne m'a défendu. Même Evan et Rabastan se sont détournés. Je les ai vus rentrer dans les dortoirs.

J'ai envie de pleurer. Si seulement j'étais à la maison. Père serait fâché, sans doute, mais Kreattur m'aurait consolé. J'en ai assez d'être seul… »

« 3 juin 1973

Père m'a répondu. Il accepte de m'apprendre les sorts que je lui ai demandés. Je ne lui ai pas dit pourquoi, mais il pense probablement que je vais m'en servir contre les Sang-de-Bourbe.

Je pense qu'il ne m'en voudrait pas si je m'en servais contre Potter et ce sang-mêlé de Pettigrow, mais je les réserve surtout à Rodolphus et les Carrow. Rodolphus est sans cesse sur mon dos maintenant, à cause des blagues que mon frère et ses amis font à Snape. Et Rodolphus s'entend bien avec Snape.

Son grand frère, Rabastan, est définitivement passé à autre chose : il ne m'adresse même plus le moindre regard. Et comme ils sont amis, il entraîne Rosier avec lui. Du coup, je suis bien obligé de me débrouiller seul.

Sirius, tu m'avais promis de me défendre, mais tu empires ma situation. »

« 12 août 1973

Les disputes entre Sirius et Mère sont de plus en plus fréquentes. Sirius n'arrête pas de la provoquer. Il refuse de l'écouter et il part des heures dans le bois autour de la résidence d'été. Il n'a vraiment peur de rien, avec toutes ces bêtes qui grouillent dans la forêt. Il me laisse seul, mais heureusement, Père s'occupe de moi. J'ai déjà appris plein de sorts pour me protéger.

Et Sirius ne m'adresse presque plus la parole, à cause du temps que je passe avec Père. C'est à cause de ses amis, Père me l'a dit : ça lui monte à la tête et il préfère les faire passer avant notre famille. Je les déteste ! »

« 5 septembre 1973

Je crois que les Carrow n'essaieront plus jamais de me toucher. Et je pense que Rodolphus non plus. Rabastan l'a empêché de se rapprocher de moi, quand je les ai brûlés. Evan a arrêté mon sort et le préfet les a soignés, mais ni l'un ni l'autre ne m'ont reproché de m'être défendu. Je crois que tout le monde trouve les Carrow bizarres.

Evan m'a proposé de dormir dans sa chambre, pour me protéger de leur malveillance, mais j'ai refusé. J'ai 12 ans, maintenant, et je sais me défendre. J'ai moins peur. Je pense que Sirius serait fier de moi. »

« 12 septembre 1973

Père m'a envoyé un colis ce matin. Il m'a offert un balai de course, pour me féliciter d'avoir impressionné les Rosier. Apparemment, Evan leur a parlé de ma prestation et ils ont félicité l'éducation de mon père.

Même si je joue peu au Quidditch, j'ai été immensément heureux, sur le coup. J'ai cru que je pourrais recoller les morceaux avec Sirius, maintenant que les vacances sont finies. Je voulais lui passer mon balai pour qu'il joue avec. Mais je n'aurais jamais dû lever les yeux vers lui. C'est la première fois qu'il me regardait aussi méchamment.

J'ai envie de pleurer, mais j'ai 12 ans. Je n'ai pas le droit. J'ai cogné sur Amycus, qui s'est moqué de mes yeux rouges, mais cela ne m'a pas beaucoup consolé. »

« 3 février 1974

Aujourd'hui, je suis passé premier dans le classement des deuxièmes années de Serpentard. J'ai atteint le niveau de Sirius. Mais il n'est toujours pas fier de moi, pourquoi ?

J'ai aussi été pris comme remplaçant batteur dans l'équipe de Serpentard, au dernier moment. L'ancien n'est toujours pas remis de son choc avec le batteur de Serdaigle, et le capitaine Rowle a entendu parler de mes nouvelles performances sur mon balai de course. Yaxley m'a donné quelques conseils et je pense pouvoir être utile pour le match contre les Poufsouffles.

Sirius sera là. Peut-être qu'en voyant que je m'intéresse un peu plus au Quidditch, il viendra me parler. Peut-être même qu'il sera fier de mes performances. »

« 17 février 1974

J'avais tort. Serpentard a gagné et j'ai même réussi à mettre un Poursuiveur Poufsouffle hors jeu, mais Sirius n'est pas fier de moi. Quand Evan et Antonin sont venus me féliciter – Antonin est un grand ami de Rowle, même s'ils ne sont pas de la même année – j'ai entendu Potter et Sirius se moquer de moi.

Potter a dit que je commençais à aimer écraser les autres, et Sirius a dit que c'était d'autant plus facile maintenant, avec mon nouveau balai. Il est jaloux et inutilement méchant. Je veux bien lui donner, moi, mon balai. Snape m'a défendu, mais je crois que c'était plus pour les énerver. Et ça a marché. »

« 25 juin 1974

Rowle m'a invité à venir faire quelques matchs dans sa résidence familiale, cet été. Je verrai aussi Evan : les Rosier ont invité ma famille pour un voyage d'une semaine en Forêt Noire puis en Roumanie. Je suis devenu plus populaire. Alors que j'étais seul l'an dernier, je commence à être entouré et apprécié. Comme mon frère.

Des Serpentards des années supérieures sont même venus me souhaiter de bonnes vacances et Janice m'a embrassé sur la joue.

Je crois que je l'inviterai au bal de Noël, l'année prochaine… »

« 10 juillet 1974

Père m'a présenté au Gobelin familial. J'ai désormais accès au coffre Black, le mien ne sera plus vraiment utile. Père souhaitait me récompenser de cette année : premier de ma promotion, de nombreux compliments de la part de mes professeurs et beaucoup d'échos positifs dans les grandes familles sorcières l'ont comblé.

Je me suis violemment disputé avec Sirius, mais il avait tort. Voilà un an qu'il m'ignore et me méprise, se moquant de mes amis avec les siens, tellement vulgaires, et il veut que je les renie tous pour lui faire plaisir.

J'ai dit non. Ils ne m'ont pas tourné le dos, eux. »

« 30 octobre 1974

Janice m'a quitté, sur le conseil de sa sœur. La grosse Bertha était jalouse, mais je ne pensais pas que Janice serait assez bête pour la suivre plutôt que moi. Elle dit que je suis devenu froid et que, comme mes amis, je commence à mépriser les femmes. C'est faux. Ma cousine Bellatrix est devenue une duelliste hors pair et je l'admire beaucoup ! Je crois même que Rodolphus en pince pour elle.

Et puis, je ne suis pas comme mon frère, moi. Je suis fidèle et respectueux… Vraiment, c'est à n'y rien comprendre… »

« 8 mars 1975

Père dit qu'il me présentera à son ami Lord Voldemort, pendant l'été. Les autres en parlent souvent. Ils disent qu'il est le seul à pouvoir sauver notre mode de vie et notre magie contre les impurs. J'ai hâte de le rencontrer.

Peut-être que quand le Lord aura chassé de notre société les impurs et les traîtres, Sirius reviendra vers nous. Vers moi. Sans Potter et ses acolytes, sans Evans et ces sangs-de-bourbe qui lui font tourner la tête, nous pourrons redevenir frères.

Et il pourra de nouveau tenir sa promesse de ne pas m'abandonner. »

« 17 août 1975

Sirius me reproche d'avoir suivi Père. J'ai rencontré Lord Voldemort, hier. Je pense qu'il veut vraiment rendre son éclat à notre magie et protéger nos anciennes traditions. Mais quand il l'a appris, Sirius s'est mis dans une colère noire. Il me reproche de suivre bêtement et aveuglément mes amis Serpentards, il me reproche d'obéir comme un mouton à Père et Mère, il me reproche mes croyances.

Il veut que je sois comme lui. Je lui ai dit que je lui ressemblais plus qu'à n'importe qui, mais ça l'a mis encore plus en colère.

« Ne me compare plus jamais à ces malades ! Je ne suis pas comme eux ! Je ne suis pas comme Mère ! J'ai le courage de ne pas me traîner aux pieds d'un maître et de lever la patte quand il me l'ordonne ! Je croyais que toi aussi, tu grandirais. Je croyais que tu cesserais d'être ce gamin lâche qui se cache dans les robes des autres, mais j'avais tort ! »

Il ne veut pas comprendre ! Je fais ça pour notre monde, pour notre famille et pour lui. Voilà bien longtemps que je ne suis plus un lâche. Il est… Il était mon modèle.

J'ai l'impression que je n'oublierai jamais ces mots. Ils résonnent encore dans ma tête, comme le claquement de la porte de ta chambre. Sirius, ce soir, je crois que je te déteste. »

Harry secoua la tête en voyant les pages suivantes. Regulus commençait à moins écrire sur sa vie, mais il reportait toujours ses mésaventures avec Sirius. Il aimait visiblement beaucoup son frère. Il l'avait longtemps admiré, d'ailleurs. Harry s'arrêta sur un paragraphe qui faisait mention des Potter, un an après cette altercation qui avait profondément blessé Regulus.

« 1 juillet 1976

Sirius n'est pas rentré avec moi. Il est parti vivre chez les Potter. Je ne pensais pas qu'il puisse être capable de tourner ainsi le dos à sa famille. A moi. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ressenti ce vide, cette solitude. »

« 3 août 1976

Voilà un mois que Sirius est parti. Père a dû recevoir un choc : il est de plus en plus distant avec nous. Mère en veut beaucoup à Sirius : elle a brûlé son nom, sur la tapisserie. Elle pense que Père s'éloigne à cause de la honte qu'il a apporté sur notre famille. Je l'ai même vue pleurer… »

« 25 août 1976

Oncle Alphard est encore passé à la maison, aujourd'hui. Je ne comprends pas ce qu'il vient faire. Père passe presque tout son temps avec lui. J'ai l'impression qu'il a peur. Mais de quoi ? Je ne comprends pas. »

« 29 août 1976

J'ai surpris oncle Alphard remonter de la cave, aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il est venu faire ? Père n'était pas là… Il m'a demandé si je voulais suivre le Lord Noir. J'ai répondu avec enthousiasme : peut-être qu'il fait pression sur Père de la part de Voldemort, parce que Sirius a quitté la maison, alors j'ai défendu l'honneur de notre famille.

Une fois sa réponse en poche, il est parti. Je suis descendu voir à la cave, mais il n'y avait rien d'intéressant. »

« 23 décembre 1976

Je n'ai pas trouvé de cavalière pour le bal de Noël. Les gens se méfient de moi, de nous. Et Sirius me hait. Il refuse toutes mes tentatives d'approche. Pourquoi ne veulent-ils pas comprendre ? »

« 8 janvier 1977

Père ne m'a pas emmené voir le Lord, pendant les vacances. Les autres se moquent de moi, parce que j'ai manqué la grande fête qui a suivi l'engagement de plusieurs de nos anciens camarades en tant que Mangemorts.

Mais que Père m'y emmène ou non, j'irai voir le Lord aux prochaines vacances. Moi aussi, je veux être de ceux qui vont sauver notre culture ! »

« 2 juillet 1977

Je ne pensais pas que la marque du Lord serait si douloureuse. »

« 5 juillet 1977

Je n'y comprends rien. Oncle Alphard vient de faire don d'une partie de sa fortune à Sirius. Il l'a même mis comme bénéficiaire unique dans son testament. Mais je croyais qu'il travaillait avec Voldemort et qu'il faisait pression sur les suiveurs trop tièdes…

Mère a brûlé son nom, aussi. Père est tout le temps enfermé dans son bureau à faire je ne sais quelle recherche et il ne voulait pas faire disparaître Alphard de la tapisserie. Mère pense sans doute qu'il regrette d'avoir renié son fils. Je le pense aussi. La famille est plus importante que tout le reste, après tout. C'est par vengeance et par haine envers Sirius qu'elle a brûlé Alphard. »

« 10 juillet 1977

Sirius a acheté une maison avec l'argent d'oncle Alphard. Il m'a définitivement abandonné. Je le déteste ! »

« 31 décembre 1977

Il se murmure dans les couloirs que le Lord aura 51 ans ce soir. Il en fait toujours 30. Certes, il a la peau cireuse et tirée, et parfois, ses yeux injectés de sang lui donnent un air fatigué. Mais il est toujours très en forme, bien plus que les autres sorciers qui ont la cinquantaine et que j'ai parfois croisés, au manoir. Quand on respecte la magie, elle peut faire des miracles. »

« 14 février 1978

Oserai-je l'écrire ? Mais je commence à comprendre pourquoi Père reste distant de Lord Voldemort. Il nous a accompagnés dans une ville moldue, aujourd'hui, pour montrer au monde l'étendue de sa puissance. Il disait que c'était une date idéale pour répandre la terreur. Je m'attendais à quelque chose de spectaculaire et j'ai seulement assisté à un massacre. Une orgie.

Nous avons tué des moldus et quelques sorciers de sang-mêlé. Je pensais qu'on allait chasser cette engeance de notre société, pas qu'on allait les chasser au sens propre. Je ne comprends pas le plaisir de mes camarades à torturer et tuer ces hommes, ces femmes et pire ces enfants… Nous avons décimé de nombreuses familles, nous qui nous targuons de notre mode de vie et de nos valeurs. Je croyais que le respect des familles en était une.

J'ai ressenti un étrange regret, en voyant le Lord s'abaisser à torturer une moldue. Quel était l'intérêt, pour notre grand dessein ?

J'ai eu vent de ces raids, mais je pensais que c'était de jeunes Mangemorts indisciplinés qui les perpétraient. Ai-je été naïf ? Oui, sans doute. J'ai peur, Sirius, que tu n'aies eu raison sur la folie de mon engagement. »

« 22 mars 1978

Mes soupçons se confirment. Le Lord, qui nous ordonne désormais de l'appeler « maître » et qui se vante de son immortalité, ne semble pas craindre la mort. Il la donne. Un jeune dissident a tenté de le frapper dans le dos, mais son Avada, s'il l'a surpris, a été étrangement dévié… Par contre, le Lord ne l'a pas raté, lui.

Il s'est vengé sur nous après sa torture. Il nous a tous fait subir le Doloris. Longtemps. Comment peut-il tenir ce sort aussi longtemps ? D'où tire-t-il cette volonté de nous faire mal ? Qu'avons-nous fait ? Je commence à avoir peur que nous tous, Mangemorts, suivions aveuglément un monstre… »

« 30 mai 1978

J'ai surpris une conversation. J'ai été imprudent, certes, mais je n'ai pas été pris. Du moins je ne le pense pas. Le conseiller de Voldemort voulait lui présenter un grand projet pour pousser la magie bien plus loin encore que cela n'a été fait… Ils se sont interrompus quand Mulciber et Avery sont arrivés en discutant. J'ai fait semblant de ne faire que passer, mais je suis inquiet. Je dois savoir quel est leur nouveau projet. »

Harry, à cet endroit, put constater que le carnet se remplissait plus de notes de recherches, à partir des indices et des conversations qu'il parvenait à espionner ici et là. Trop arrogant, le Voldemort de la fin des années 1970 n'en était pas encore à vouer un culte aux plans secrets…

« 7 août 1978

Le Lord soupçonne un traître dans ses rangs. Mes camarades sont devenus paranoïaques au point d'être presque idiots. »

« 18 novembre 1978

J'ai envoyé Kreattur aider le maître. Impliquer mon elfe, presque ma famille, est la meilleure preuve de loyauté que je puisse lui apporter. Le Lord le sait très bien. Mais il ne sait pas que j'espère que Kreattur pourra m'aider à glaner quelques informations sur ses œuvres.

Comme j'ai envie de fuir loin de tout ça, comme Sirius. De le rejoindre. Mais il ne m'écoutera pas. Et puis, il faut bien que quelqu'un fasse quelque chose pour arrêter ce monstre. A ce rythme, notre société sorcière perdra tous ses plus valeureux membres… »

« 20 novembre 1978

Kreattur est revenu, enfin. Mais dans un tel état que ça m'a mis en rage. Comment a-t-il pu faire souffrir autant un être aussi dévoué que lui ? Mais je ne peux pas laisser libre cours à ma rage. Ma peur est encore bien plus grande. Je crois que je connais cette magie rouge que le maître a utilisée. Mais quelqu'un peut-il être assez fou pour… »

« 30 décembre 1978

Demain soir, Kreattur et moi partirons récupérer le médaillon : le maître souhaite marquer la fin de l'année avec un gigantesque massacre. Il sera occupé.

Le Lord a bel et bien perdu la tête. Il a créé des horcruxes et divisé son âme. Si seulement je pouvais prévenir quelqu'un pour arrêter cette folie ! Mais le camp de la lumière ne m'écoutera jamais. Dumbledore n'est pas fiable. Et Sirius rêve de me crucifier. Quant à mes camarades… Savoir que leur maître est potentiellement immortel ne fera que les confirmer dans leur désir de le servir. »

« 1er janvier 1979

Tout s'est bien passé. Ou presque. Le poison que j'ai dû avaler me ronge. Bientôt, il faudra que je me cache à la vue de tous ou Voldemort comprendra. J'ai offert le médaillon à Kreattur. Il est le seul digne de confiance, le seul qui ne m'aura jamais abandonné, même au seuil de la mort comme il l'était après que le Lord l'ait torturé. »

« 6 janvier 1979

Je pense écrire mes dernières lignes. Les Doloris que je reçois bien trop souvent, pour ne pas avoir participé à la « grande fête » de fin d'année, augmentent l'efficacité du poison. Je ne parviens pas à lutter contre lui, quand je dois déjà lutter pour ne pas perdre la tête.

Mon seul regret est de n'avoir pas pu te dire au revoir, Sirius. Même si tu m'as trahi, même si tu m'as humilié et haï, tu étais mon frère. »

Harry secoua la tête et referma le carnet. Regulus n'avait pas eu vraiment d'autre choix que de suivre ses parents. Comme il s'en rendait compte grâce à Luna, la famille était une valeur sacrée chez les sorciers. Et si seul Voldemort pouvait leur faire miroiter le pouvoir de protéger leurs familles – ironique, de la part d'un handicapé des relations comme lui – alors les sorciers l'avaient volontiers suivi.

L'attitude de Sirius, du point de vue de Regulus, avait vraiment semblé horrible. L'insouciance de son parrain était légendaire, mais… Harry regrettait plus que jamais que Sirius n'ait pas pu savoir tout cela avant de mourir.

A moins que…

Harry attrapa vivement le paquet de parchemins qu'il avait emportés avec lui. Si Sirius était venu dans le coffre caché et que Regulus n'avait jamais découvert celui-ci, alors seul Sirius avait pu amener le journal de son frère jusque là.

Un des parchemins attira son attention. C'était une lettre. Une lettre datée du jour où avait eu lieu la bataille au ministère, deux ans auparavant. Une lettre écrite pas Sirius à son frère décédé. L'écriture spécifique de cette lettre, typique des plumes à papote, dénotait au milieu des autres documents couverts de notes hachées.

« Je te demande pardon.

J'ai lu ton journal. Tu as raison, j'ai trahi ma parole. Mais j'ai cru que tu m'avais trahi, toi aussi. Si seulement j'avais su ton revirement, si seulement j'avais su pour les horcruxes, j'aurais tout fait pour te sauver ! J'ai lu tes notes. Je ne pensais pas qu'une telle abomination était possible. Comment vais-je annoncer tout cela à mon filleul ? Si seulement…

Aujourd'hui, je crains que le plus courageux de nous deux ne soit mort. J'aurais préféré prendre ta place, je te le jure. Si j'avais un moyen de te faire revenir… J'aimerais mieux inverser nos rôles, parce que je ne suis pas sûr de pouvoir supporter ce que j'ai appris.

Nous nous entendions bien, enfants. J'ai retrouvé un peu de toi chez James. C'est mon meilleur ami. Enfin, c'était. On n'aura jamais vraiment eu l'occasion d'en parler. James était moqueur, mais jamais méchant. Si vous aviez discuté, vous auriez peut-être pu devenir amis. Quoi que… Avec mère, rien n'est moins sûr. Cette vieille bique est toujours dans son tableau.

Tu sais que je n'existe plus, sur la tapisserie ? Ah oui, bien sûr, tu le sais. C'est comme le reniement d'oncle Alphard. Toi aussi tu le trouvais louche, alors ! Je peux te dire qu'il était fou. J'ai vu ses affaires, dans la pièce d'à-côté. Tu savais qu'il connaissait ce coffre ? Parce que je t'écris depuis un coffre familial, tu sais. Eh bien oncle Alphard a détruit tous ses meubles à la mode moldue. Il y a même un berceau en miettes.

Complètement fou, je te dis. Mais je comprends mieux pourquoi, maintenant. Je crois que Père a réagi comme moi en lisant les documents d'Alphard. Il a dû passer des heures et des jours à chercher une faille, une preuve que ces parchemins étaient faux, une solution.

Tu sais, je me suis parfois demandé pourquoi il m'avait légué ses biens plutôt qu'à toi. Il était plus proche de toi au début, après tout. Mais il a pensé que me faire confiance était une meilleure idée, parce que je ne cherchais pas le pouvoir absolu. Peut-être aurait-il mieux valu qu'il te lègue son héritage. Tu aurais su quoi en faire. Je ne suis pas aussi courageux que dans notre jeunesse. Aujourd'hui, j'ai peur.

Je me sens seul. Et j'ai peur. Aujourd'hui, je me sens plus lâche qu'un Serpentard. J'ai presque envie d'en finir. Je ne suis pas fait pour une telle connaissance. Je n'ose même pas en parler à Albus – je sais que tu ne lui faisais pas confiance – ou à Remus.

Si seulement je pouvais te revoir. Si seulement je pouvais t'expliquer. Je regrette tellement mon comportement. Avec toi. Ou en chassant Pettigrow au lieu de prendre soin de mon filleul. Je lui ai promis d'être là, à lui aussi. Et tant pis pour mes peurs, j'irai au devant de tous les dangers, pour lui. Je ne ferai pas la même erreur qu'avec toi.

J'ai toujours fait les mauvais choix, j'ai toujours foiré nos plus belles entreprises. Aujourd'hui, je n'ai pas le droit à l'erreur, mais c'est difficile quand on n'a aucune idée de ce qu'on est censé faire.

Oui, Directeur ? Quoi ! Mais pourquoi ? Par les culottes de Merlin ! J'arrive. »

La lettre s'arrêtait net. Elle était décousue et presque incompréhensible, mais elle était de Sirius, aucun doute possible.

La plume avait apparemment retranscrit un dialogue avec Albus. D'après la date, il l'avait probablement contacté avant de donner l'assaut au ministère avec l'Ordre. Assaut où Sirius avait trouvé la mort. Harry ressentait un pincement au cœur, en songeant une fois de plus à cette mort brutale, mais la curiosité dépassait son chagrin.

Qu'est-ce que cet « oncle Alphard » avait de si particulier pour intriguer et effrayer Orion et Sirius Black ?

Il devait voir Walburga, il avait quelques questions pour elle…

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Harry descendit les escaliers et se planta directement devant le tableau de Walburga.

- Bonjour, madame Black.

- Bonjour, répondit la peinture avec une certaine rigidité. J'ai constaté que vous avez pu vous occuper de l'altération de la cave.

- Effectivement. Et j'ai fait plusieurs découvertes très intéressantes. Mais avant d'en discuter, j'aimerais que vous me parliez de l'histoire de cette maison et de l'histoire d'Alphard Black.

- Qu'est-ce que vous voulez savoir, exactement, demanda Walburga en s'adoucissant à l'idée de parler de l'histoire de sa famille.

- Avez-vous acheté cette maison ou appartenait-elle à votre famille avant vos travaux d'aménagement ? Etiez-vous au courant de l'existence du coffre familial, sous la cave ? Alphard Black aurait-il pu être au courant ? Quelles étaient vos relations avec lui ? Ce genre de questions…

- Je vois. Si je me souviens bien, cette maison appartenait à l'origine à la famille Dewinte, une famille de sorciers français aujourd'hui disparue. Ils ont émigré en Angleterre vers 1042 avec Edouard le Confesseur qui devait être couronné roi et qui, jusque là, était resté en Normandie. Quand Guillaume le Conquérant a succédé au roi Edouard, il a dû faire face à une révolte de saxons. Les Dewinte ont accepté de lui prêter main forte à la condition expresse de recevoir une partie du territoire de Londres.

Walburga s'interrompit un instant et secoua la tête de dépit.

- Mais il ne faut pas faire confiance aux Moldus cupides. Au début, tout s'est bien passé : les Dewinte ont construit un petit manoir sur leur territoire et Guillaume le Conquérant leur a même accordé une charte les laissant libres d'administrer leurs terres. Mais les souverains moldus suivants, attachés à la chrétienté qui chassait les sorciers, ont remis en cause cette alliance et rasé une partie des constructions. Seule une partie du manoir, fortifiée magiquement, a survécu. La cave comporte encore les vestiges de vieilles pierres de cette époque.

- Comment les Black en sont-ils venus à posséder cette maison ?

- Il ne restait plus aux Dewinte que ce petit bout de manoir et leur famille se réduisit régulièrement pendant les deux siècles suivants, à force de guerroyer contre les moldus fanatiques, leurs seigneurs cupides et leur église qui voulait construire ici toujours plus de lieux de culte. C'est d'ailleurs principalement entre 1100 et 1300 que les sorciers d'Angleterre se sont séparés des moldus. En 1348, Thomas et Aliénor Dewinte étaient aux prises avec la peste noire qui ravageait Londres. Les potions n'étant pas encore assez efficaces pour les soigner, ils décidèrent de marier leur jeune fille à Lothaire Black, à la seule condition qu'il garde « vivants » leurs armoiries, leur devise et leurs terres.

Harry comprit mieux pourquoi la devise de la famille Black, si attachée à son histoire, était française. « Toujours purs »…

- Donc il est possible que le coffre familial de cette maison date du manoir Dewinte, supposa-t-il.

- Il y a de fortes chances, en effet, confirma Walburga.

- Pourquoi n'étiez-vous pas au courant de cette extension alors que vous et votre mari avez apporté votre magie pour aménager cette maison.

- Nous n'avons pas décidé de tout. Mon arrière-grand-tante Elladora avait amorcé une grande partie des aménagements vers 1900. Et puis, si je connais l'histoire des Dewinte, je ne les avais pas imaginés suffisamment intelligents pour se construire un coffre familial sorcier.

- Pourquoi cela ?

- Ils prônaient la pureté et la royauté de leur sang mais ont insisté pendant deux siècles pour vivre avec les Moldus. Cela les a amenés à voir leur famille disparaitre.

- Vous avez suivi Voldemort et cela aussi a amené votre famille à disparaître, lui rappela Harry qui détestait l'importance qu'avait le sang aux yeux de la plupart des sorciers.

Walburga pinça les lèvres mais retint ses remarques.

- Est-ce qu'Alphard Black aurait pu être au courant pour ce coffre familial ? demanda Harry.

Dans la lettre de Sirius, il avait cru comprendre qu'Alphard avait entreposé là ses possessions. Dans le carnet de Regulus, il était fait mention d'un héritage pécuniaire pour son parrain, mais peut-être y avait-il également une mention de cette grotte. Cela expliquerait comment Sirius était parvenu à la trouver et pas les autres Black.

- Alphard a toujours été passionné par la France. Cela ne m'étonnerait pas qu'il ait fait des recherches sur nos origines familiales. Il a même voulu épouser une Française. Ou plutôt, il l'a épousée, mais elle a quitté le domicile familial. J'avais honte pour lui. Nous l'avons supprimée de la tapisserie, pour qu'il puisse épouser une autre femme plus digne s'il le désirait. Je n'ai jamais compris pourquoi il avait décidé de rester célibataire, puisque de toute évidence, il en devenait fou.

- Comment cela ?

- C'est à peu près à cette époque qu'il a fréquenté Orion. Pendant environ une année, ils étaient inséparables. Orion s'est lui aussi passionné pour la recherche et je ne le voyais presque plus. Ils se sont disputés, se sont évités pendant plusieurs années, puis Alphard est finalement revenu voir mon mari à l'époque où Sirius a quitté la famille. Cet homme m'a volé mon mari, dit-elle sèchement.

- Savez-vous sur quoi votre mari faisait porter ses recherches ? demanda Harry, en se souvenant que quelqu'un avait volé les carnets d'Orion.

Si Orion voulait que ses fils utilisent leurs carnets pour exposer leurs pensées et leurs recherches, c'est qu'il faisait sans aucun doute la même chose. Il était regrettable qu'il ne puisse pas se pencher dessus.

- Je n'ai aucune idée de ces recherches. Et je ne m'y intéressais pas.

Alors qu'Harry haussait les sourcils, surpris de ce désintérêt, Walburga daigna développer un petit peu plus.

- Orion et moi n'étions pas spécialement en bon termes, vous savez. J'étais incapable de savoir tout ce qui pouvait bien lui passer par la tête et lui-même ne désirait pas tout me confier. Nous nous sommes mariés plus par convenance que par conviction.

- Puis-je vous demander pourquoi ? demanda Harry, avec curiosité mais aussi toute la délicatesse dont il était capable.

Le tableau représentait maintenant une Walburga outrée par l'impolitesse de son vis-à-vis. Mais Kreattur, qui avait discrètement écouté la conversation derrière son maître, lui répondit.

- Orion Black savait qu'il n'était pas le cousin que Walburga voulait épouser. Elle aimait Hector Potter.

D'abord choqué et silencieux – la peinture à l'air renfrogné faisait écho à sa gêne – Harry se ressaisit, intrigué par un détail.

- Veux-tu dire que mon grand-père était le cousin de madame Black ?

- Parfaitement. Hector Potter était le fil de Dorea Black, sœur de Pollux Black et donc tante de Walburga, et de Charlus Potter. Orion Black connaissait assez bien son cousin Hector Potter et je pense qu'il était au courant de l'affection que madame Black lui portait.

Alors que le rideau cachant la peinture de Walburga se refermait sur elle – elle n'avait pas apprécié que sa vie privée soit ainsi dévoilée, sans le moindre tact – Harry se demanda sur quoi Orion et Alphard Black avaient bien pu travailler. Quelque chose d'effrayant, s'il en croyait la lettre de Sirius qui ne savait pas quoi faire de ses connaissances nouvellement acquises. Lui aussi avait été poussé à faire des recherches, d'ailleurs.

Cela méritait certainement un tour supplémentaire dans le coffre souterrain. Les notes éparpillées sur le bureau de la petite chambre comportaient des schémas et des annotations variées. Il pourrait peut-être comprendre ce qu'il en était ? Par contre, il allait avoir besoin d'aide.

Harry remercia Kreattur ainsi que Walburga, toujours cachée derrière son rideau, pour leur aide et leurs réponses. Le reniflement de mépris de la mère de Sirius le fit sourire : elle était beaucoup moins effrayante, maintenant qu'il l'imaginait en jeune fille amoureuse de son grand-père. Puis il se dirigea dans la salle de transplanage.

- Kreattur ! appela-t-il. Avons-nous de la poudre de Cheminette ? Merci, dit-il quand son elfe lui eut apporté le pot de poudre.

Il vérifia l'heure. Midi et demi, Hermione devait être en pause, au bureau. Il jeta une pincée dans le feu, se mit à genoux et appela au ministère, directement à la cheminée de son amie.

- Hermione, tu es là ?

- Ho ! Harry, c'est toi ? Bonjour.

- Bonjour, Hermione. Comment vas-tu ?

- Toujours aussi débordée, mais je m'accroche. Je connais les procédures ministérielles par cœur, maintenant. Ou presque.

- Penses-tu avoir le temps de passer chez moi, après ta journée ? J'ai découvert une pièce cachée avec de nombreux livres et vieux parchemins, et j'ai besoin de faire quelques recherches. Tu penses pouvoir m'aider ?

La jeune femme se mordit nerveusement les lèvres, visiblement très tentée par la proposition. Mais quand elle répondit, ce fut pour refuser.

- Je suis sincèrement désolée, Harry ! Mais cette semaine, Ron revient exceptionnellement de son entraînement et j'aimerais profiter un peu de lui. Tu comprends, ce soir, ça fera presque un mois que je ne l'ai pas vu. Ou juste en coup de vent. Est-ce que c'est urgent ?

- Non, ne t'inquiète pas. Je vais me débrouiller. Merci et passe le bonjour à Ron de ma part.

- Bien sûr, Harry. A bientôt !

Harry coupa la communication, se releva et s'épousseta les genoux. Il allait se débrouiller seul. Bien sûr, il pourrait attendre les quinze prochains jours, mais sa curiosité était bien trop forte. Si cette semaine, Hermione voulait profiter de Ron, elle serait indisponible jusqu'à la fin du week-end. Et attendre le week-end suivant pour commencer ses recherches était au-delà de sa patience.

Harry se rendit à la cuisine pour prendre quelques sandwichs – son ventre grognait depuis qu'il avait regardé l'heure – avec la ferme intention d'aller les manger dans la crypte. Il fut surpris de voir trois elfes s'affairer aux cuisines pour ses ouvriers.

- Bonjour Horn, salua-t-il. Que fais-tu ici ?

- Bonjour, monsieur Harry Potter ! s'exclama le frère de Bris en souriant. J'aide à la cuisine.

- Ne te sens surtout pas obligé, lui dit gentiment Harry. Profite d'être encore libre pour le moment. Kreattur, où est-ce que je peux trouver de quoi me faire un sandwich ?

- Ne vous occupez pas de cela, monsieur, dit Bris après un signe de Kreattur. Je vous les apporte tout de suite.

Les manières policées enseignées par Kreattur détonnaient étrangement avec cette voix qui sonnait encore l'enfance, même si l'elfe avait encore grandi de quelques centimètres. Mais visiblement, Bris essayait vraiment de ressembler à son aîné.

Il travaillait avec enthousiasme, secondé efficacement par son frère. Ils s'entendaient bien, tous les deux. Harry se demanda s'ils pourraient, eux aussi, se disputer violemment comme l'avaient fait Sirius et Regulus. Y avait-il un lien affectif entre les elfes ?

Winky était d'abord attachée à son travail avant d'être attachée à ses enfants, ce qui expliquait leur prise en charge par Kreattur. Mais les deux frères travaillaient avec une harmonie qui prouvait une compréhension intuitive et une anticipation étonnante des gestes de l'autre. Ils étaient proches, même s'ils ne vivaient plus ensemble en permanence.

Harry songea avec force qu'il n'avait pas le droit de les séparer. Que ce soit avec Percy, à une époque, ou avec Sirius, la séparation d'un membre d'une famille faisait souffrir les autres. Toujours. Si Horn, une fois que ses douleurs apparaîtraient, désirait être lié à lui, Harry le ferait.

- Voilà votre repas, monsieur, lui dit Bris en lui apportant un petit panier avec des sandwichs, une bouteille de Biéraubeurre fraîche et une pomme.

- Merci. Dis-moi, Kreattur, est-ce que tu as besoin de Bris, cet après-midi ?

- Non, monsieur. Je pourrai me débrouiller seul.

- Bien, bien. C'était seulement ce que je voulais savoir. A tout à l'heure !

Harry, son panier en main, descendit jusqu'à la trappe. Ses ouvriers avaient consolidé les fondations toute la matinée et la cave était désormais parfaitement saine. Ils installaient les sortilèges et les fenêtres enchantées en attendant que le repas soit servi. Ils saluèrent Harry au passage, alors qu'il se glissait dans le couloir verdâtre.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Lundi 28 septembre, 17 heures

Harry était assis sur le lit de la petite chambre, perplexe. Devant lui, sur le sol dépoussiéré par Bris, s'étalaient divers documents qu'il avait explorés plus tôt. Il lui avait d'abord fallu près de trois heures pour déchiffrer et comprendre les notes d'Orion, Alphard et Sirius Black. S'ils s'appuyaient sur de nombreuses lectures, ouvrages et connaissances, Harry avait fini par remonter à l'origine de leur réflexion.

Tous faisaient référence à un antique parchemin écrit par un certain Joseph d'Arimathie.

Cet homme était apparemment reconnu dans le milieu magique, puisqu'aucun des sorciers ne remettait en doute ses paroles, mais Harry n'en avait jamais entendu parler. Il n'était même jamais tombé sur une carte de Chocogrenouille à ce nom.

Il avait dû faire appel à Bris et Horn, en demandant à ce dernier s'il voulait lui rendre service, pour chercher le rouleau de référence parmi tous ceux qui trônaient dans les vitrines de la première grotte.

Les deux elfes avaient travaillé en équipe, aussi efficacement que le midi, pour retrouver le parchemin de Joseph d'Arimathie. Quand Bris était les bras, sortant et rentrant les rouleaux, Horn était la tête, triant et éliminant les parchemins au fur et à mesure. Ils avaient été dix fois plus efficaces que lui.

Quand il avait eu le parchemin en mains, Harry avait eu l'espoir de comprendre ce qui intriguait et effrayait tant la famille Black. Mais Joseph d'Arimathie écrivait en latin. Et s'il était capable de reconnaître la langue, Harry était incapable de la déchiffrer.

Encore une fois, il espérait pouvoir bénéficier de l'aide précieuse d'Hermione. A cette heure-ci, elle devait être sur le point de terminer sa journée. Il avait peut-être une chance de l'intercepter au bureau : il ne voulait pas l'appeler à la maison pour ne pas déranger ses retrouvailles.

Il remonta les deux escaliers et se dirigea à nouveau vers la salle de réception du rez-de-chaussée. Il fut plus que surpris – mais enchanté – de constater que les ouvriers avaient terminé de poser les boiseries de la pièce. Il piocha une pincée de poudre et se réinstalla devant la cheminée.

- Hermione ? Est-ce que tu es encore là ? appela-t-il.

- Harry ? Mon pote ! Je voulais justement te voir, mais tu ne répondais pas à Poudlard ! l'accueillit Ron en apparaissant à sa vue.

- Je suis au square Grimmaurd. Comment vas-tu ?

- Très bien ! s'écria le sorcier roux avec un enthousiasme impressionnant. Tu as écouté la liste des joueurs sélectionnés pour l'équipe nationale ?

- Heu non. C'était quand ? demanda Harry, qui avait été trop occupé par ses soucis ses derniers temps pour s'intéresser au Quidditch.

- Il y a une heure, à la radio. Je suis pris comme remplaçant gardien ! s'écria-t-il une nouvelle fois.

- Oui, enfin, comme deuxième remplaçant, précisa Hermione en apparaissant à son tour dans le champ de vision d'Harry.

- Le sélectionneur me propose de venir voir de près comment se passe une grande compétition internationale. Lui et l'entraîneur m'ont remarqué dans les matchs amicaux de mon équipe contre les Crécerelles de Kenmare et les Flèches d'Appleby, et ils disent qu'il me manque l'expérience mais que mon enthousiasme et mon engagement sont mon point fort.

- Je suis très heureux pour toi, lui dit chaleureusement Harry. Tu commences l'entraînement quand ?

- La semaine prochaine ! Logiquement, nous aurons nos premières rencontres en novembre, dans un mois. Ils vont faire les tirages des matchs de qualification samedi prochain. Tu viendras, n'est-ce pas ? Hermione est déjà invitée en tant que membre du ministère, alors je t'invite !

- Oui, confirma Hermione en soupirant. Je savais que les sorciers aimaient se montrer, mais à ce point ! C'est à croire qu'il y a au moins un événement mondain par week-end qu'il ne faut pas manquer. Mon chef, du moins, veut que je l'accompagne. Je n'ai déjà pas beaucoup de temps à moi, mais je suis de plus en plus prise le week-end…

- Oh ! fit Harry, un peu déçu. Tu n'as pas de temps à consacrer à la traduction d'un vieux texte latin, alors ?

- Du latin ? Qui l'a écrit ?

- Un certain Joseph d'Arimathie. C'est un rouleau assez long, mais très bien conservé.

- C'est un nom qui me dit quelque chose, dit pensivement Hermione. Pourquoi pas ! Je le lis assez bien.

- Mione… commença Ron. Je veux bien, mais pas cette semaine. On est d'accord ?

- Oui, on est bien d'accord, répondit Hermione avec un petit sourire d'excuse. Tu peux attendre une semaine, Harry ?

En sentant qu'une discussion avait déjà eu lieu entre les deux amoureux à propos de l'enthousiasme d'Hermione pour la lecture, Harry se sentit un peu coupable.

- Je peux. Mais tu peux aussi me donner quelques trucs pour que je me débrouille tout seul.

- Bien sûr ! Je t'envoie un dictionnaire et une petite méthode que j'utilisais il y a quelques années, par hibou, répondit Hermione en se détournant, avec son habituelle efficacité.

Ron réinvestit tout le champ de vision d'Harry, sans perdre son sourire.

- Alors ? Tu viens, samedi ?

- Je ne crois pas que ce serait une bonne idée. Je suis, comme qui dirait, en froid avec le ministre actuel et avec la presse.

Ron eut un léger rire et se pencha un peu plus vers Harry.

- Il n'y a que toi pour parvenir à agacer les ministres de la magie et avoir la presse sur le dos à peine trois mois après avoir été le héros de toute la population !

- Je sais, soupira Harry, un sourire en coin. Je ne dois pas être très doué pour les relations mondaines…

- Tu sais, Harry, reprit Ron avec sérieux, je voudrais vraiment t'avoir à mes côtés pour ce tirage. Je vais vivre l'un de mes rêves et je voudrais vraiment le partager avec mon meilleur ami.

- J'aimerais beaucoup, mais… Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Tu vas commencer ta carrière. Si on me voit à tes côtés, tu risques d'être emporté par les critiques qui vont pleuvoir sur moi.

- Je n'en ai strictement rien à faire. Tu comptes pour moi, et je ne t'abandonnerai plus jamais comme je l'ai fait l'an dernier. Tant pis pour les revers de bâton.

Ron s'interrompit un instant et reprit en fronçant les sourcils.

- Si tu veux vraiment travailler ton image avant de venir, tu devrais en parler à Ginny. Je sais que je risque de paraître intéressé ou partisan, mais elle a toujours su bien appréhender le fonctionnement de la presse. Tu as d'ailleurs vu avec moi qu'elle voulait devenir journaliste…

- Je vais te sembler idiot, mais je n'y avais même pas pensé… J'irai la voir.

- Alors, tu viendras samedi ? insista encore Ron en souriant à nouveau de toutes ses dents.

- D'accord, Ron, d'accord, accepta Harry, intérieurement touché de l'amitié que le rouquin lui témoignait. Je viendrai.


Les informations sur les liens familiaux des Black proviennent de la tapisserie réalisée par JKR. Le cousin Potter de Walburga Black n'est donc pas une invention. Les origines françaises du manoir, par contre, si. Avez-vous remarqué les liens qui commencent à se tisser entre la partie Harry et la partie Draco ?

J'espère en tout cas que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à me laisser un petit mot d'encouragement, et à la semaine prochaine ^^ (J'espère)

Lena.