Bonsoir à tous ! Voici le nouveau chapitre. Merci à Vibrasax de l'avoir relu.

RARs aux anonymes :

Un grand merci à : Marie la petite, Sherlock (ce sera encore 2 cette semaine, je crois bien), Arty, Thsy, big rabbit (il va falloir laisser aux fouineur le temps de chercher et décider de ce qu'ils vont faire des résultats), Cataplasme (c'est très flatteur, merci), Potiron (nous n'allons pas tarder à revoir Nott. Enfin pas tarder… quelques chapitres, quoi ^^), Lil (bienvenue !).

Kaadajin : Je sais, tu n'es pas une anonyme. Mais suite à une mauvaise manip', je ne reçois plus les alertes de ffnet. Je dois donc répondre par MP, mais puisque tu ne les autorises pas, je n'ai pas pu te répondre, désolée. Les liens entre les deux parties s'étoffent, notamment grâce à des liens familiaux. Harry avait déjà écrit une lettre, mais le temps des parties de Draco n'avait pas encore rattrapé celui des parties d'Harry. Merci beaucoup pour ton enthousiasme et ta fidélité sans faille ^^ A bientôt j'espère.


Résumé de l'épisode précédent :

Draco a découvert le phénomène des sources et sait désormais que la magie repose en équilibre sur trois éléments : les sources – qui suintent une énergie qui se mélange sur Terre et compose la magie (l'âme), les créatures magiques – qui sont un mélange d'êtres terrestre et d'êtres exilés d'autres dimensions (le sang) et les sorciers (l'esprit).

Les professeurs ont diagnostiqué chez Draco un problème d'harmonie et de contrôle sur sa magie qui rendent les flux instables. Cependant, ils sont encore incapables d'expliquer la faiblesse des flux et les filaments libres de sa magie.

Il apprend à tracer le Cosmimago, qui d'après les jumelles Aline et Lina Lenain, raconte la légende des Gardiens. Draco comprend que son rôle de rêveur peut être mal vu et fuit les étranges jumelles. Pendant ce temps, Hunter et Soledad découvrent sa réserve de journaux. Qui est Draco Malfoy ? Philippe Piéfort, qui est souvent venu les voir ces derniers jours, peut-il les aider à le découvrir ?


Chapitre 8 : Quidditch dans la Tempête

Partie 1 : Quand le tonnerre gronde

Lundi 21 septembre, début d'après-midi

Paul-Henri longea le couloir. Les dorures au plafond et autour des peintures avaient été refaites l'année précédente. Le bâtiment qui rassemblait toutes les ambassades sorcières, au Brésil, n'était pas grand. Mais toutes les capitales y avaient un émissaire, et parfois plusieurs, quand la capitale sorcière gérait plusieurs pays - selon les découpages de territoires moldus. Il bifurqua à droite, dans l'aile réservée aux Européens.

Il avait rendez-vous avec Calvin Cresswell, le fils d'un petit directeur de cabinet au ministère anglais. Calvin était l'ambassadeur avec lequel il s'entendait le mieux. Là où certains réclamaient une déférence écœurante, lui le traitait en égal, presque en ami. Pour autant, Paul-Henri gardait une certaine forme de distance respectueuse. On ne savait jamais, avec les ambassadeurs.

Cresswell était retourné quelques temps en Angleterre, pour porter le deuil de son père décédé durant la guerre civile anglaise. Il venait juste de revenir à l'ambassade. Aucun Européen ne s'exilait de bon coeur au Brésil, mais Cresswell s'était plutôt bien adapté. Pas comme l'ambassadeur de Mongolie…

Pourtant, leur école sorcière brésilienne prenait peu à peu de l'ampleur ! Preuve en était de leurs échanges avec Poudlard, l'école anglaise. Les visites respectives de correspondants avaient eu cours pendant quelques années. Avant que leur directeur ne stoppe les échanges pour une raison de « sécurité ».

Et même si la magie sud-américaine était encore faiblarde, il fallait bien l'admettre, Paul-Henri était sûr que le Brésil rattraperait son retard dans les années à venir.

La guerre civile anglaise… Une bien triste affaire pour leur population, que la plupart des ambassadeurs postés dans les Amériques étaient parvenus à étouffer pour éviter d'impliquer plus de pays. L'Europe sorcière avait déjà été plus qu'impliquée : les gouvernements français, italiens et allemands étaient d'ailleurs un peu fragilisés par la propagation des débats anglais, à propos de la pureté du sang, sur leur sol.

Enfin, d'après son lointain cousin, le gouvernement français reprenait du poil de la bête. Cela en faisait au moins un.

Paul-Henri frappa à la porte de Cresswell et entra quand il y fut invité. Calvin était apparemment en plein débat houleux avec ses conseillers. Paul-Henri jeta un regard un peu méprisant à Volpino. Vittore Volpino était selon lui un sorcier à la petite semaine, qu'on avait envoyé là parce qu'il gênait plus qu'autre chose.

- Bonjour Paul-Henri, l'accueillit Calvin dans un portugais approximatif.

Il fallait bien dire que même si sa famille gardait des contacts avec la branche originelle française, cela faisait deux générations que les Piéfort naissaient au Brésil. Cependant, si Paul-Henri maîtrisait mal le français si complexe, il parlait parfaitement l'anglais, comme la plupart des employés d'ici. Aussi continuèrent-ils leur conversation dans cette langue.

- Bonjour Calvin, comment allez-vous ?

- Mal, je le crains. Notre ministère est chahuté par la population et mes conseillers ont eu quelques difficultés à gérer les affaires courantes pendant mon absence. Mais venons-en à ta question, le tutoya Cresswell. Tu voulais me voir pour… ?

- Je me renseigne sur un anglais – un certain Draco Malfoy – et son appartenance possible à vos Mangemorts. Si vous avez quelques informations…

La grimace de Cresswell fut éloquente.

- Tu peux parler d'appartenance certaine aux Mangemorts, à vrai dire. Lucius Malfoy, chef de la famille Malfoy, a mis son empire financier et son nom au service de Tu-sais-qui. Il a été blanchi et continue aujourd'hui à être relativement libre et à diriger ses diverses sociétés, mais tout le monde connaît son implication. Draco Malfoy a suivi son père comme le bon héritier qu'il est. Il a été banni d'Angleterre justement il y a peu. Pourquoi cet intérêt ?

- Draco Malfoy est dans l'école de mon fils et Philippe se pose des questions sur son équilibre, exposa Paul-Henri.

- Draco Malfoy n'a presque plus aucun pouvoir. Son père est assigné à résidence et ne peut plus agir, politiquement parlant, intervint Vittore Volpino. De plus, le fils est magiquement atteint : il a brisé sa baguette.

Paul-Henri ne put s'empêcher de pousser une exclamation surprise.

- Oui, confirma Vittore. D'ailleurs, on peut se demander s'il n'est pas aussi psychologiquement atteint, pour avoir fait ça. Ou complètement stupide. Ça m'amuse quand même que ce soit ton fils qui ait posé cette question, ricana l'homme. Comment se porte sa schizophrénie ?

- Vittore s'il te plaît, souffla Calvin, excédé par le manque de tact de son conseiller imposé.

Celui-ci haussa les épaules, un sourire fier de lui, et sortit du cabinet.

- Excuse-le. Tu sais qu'on a du mal à en tirer quoi que ce soit.

- Il faudra que vous fassiez le ménage dans votre ministère, un de ces jours… La corruption n'est pas le meilleur moyen de faire tourner un pays, marmonna Paul-Henri, vexé par la remarque. Moi, au moins, je fais des efforts pour soigner mon fils. Il devrait pouvoir accorder ses personnalités grâce à la magie verte du Palais.

- Je sais, mon ami. Mon médicomage est d'ailleurs d'accord avec le tien sur ce point. Pour en revenir à Draco Malfoy, je n'ai pas beaucoup plus d'informations. Le père avait de l'influence, mais le fils est loin d'avoir eu autant d'importance, donc…

- D'accord. Je vous remercie pour ce début de réponse.

- Si je peux t'aider, dit joyeusement Calvin, c'est avec plaisir !

Paul-Henri Piéfort sortit à son tour du cabinet pour écrire une réponse à son fils.

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Lundi 21 septembre, matin

- Je vous rends aujourd'hui vos copies sur les anciennes civilisations sorcières disparues.

Le professeur Lemaire s'avança entre les rangées de bureaux pour déposer les copies devant leurs auteurs respectifs. Elle avait un petit commentaire à faire pour chacun d'entre eux.

- Vous avez majoritairement choisi de travailler sur les Atlantes et la fièvre rouge. Aussi commencerons-nous nos cours de civilisations par là. Seuls deux d'entre vous avez choisi les Aztèques et l'anémie congénariale. Mademoiselle Caruso, c'est un très bon travail, bien que très classique. Monsieur Malfoy, votre copie est intéressante, mais je pense que vous accordez un peu trop de valeur à l'artefact attribué à Cortès, dans la disparition des Aztèques.

Une moue légèrement déçue naquit sur les lèvres du sorcier.

- Vous avez entièrement su analyser les origines de l'anémie épidémique qui a touché ce peuple – les effets de la consommation de la magie de leurs congénères est très bien expliqué – mais votre hypothèse sur les effets de cet artefact jamais retrouvé est plutôt hors sujet.

- Nous ne savons pas si cet artefact magique a pu augmenter ou modifier la progression de la maladie chez les Aztèques, puisque nous ne l'avons pas encore retrouvé justement, contra Draco.

- J'ai bien senti la fascination qu'exerçait sur vous ce trésor mystérieux, en lisant votre description approximative de l'objet et en lisant vos hypothèses.

Hunter et Soledad haussèrent les sourcils en se regardant. Malfoy était vraiment à côté de la plaque, à s'intéresser ainsi aux trésors disparus. Draco, de son côté, se disait que les trésors existaient : ils avaient constitué l'unique travail de Christobald Deepest et sa famille pendant des années.

- Mais ne vous laissez pas avoir par votre imagination, continua le professeur. Il existe beaucoup trop de légendes pour toutes les suivre ou tenter de les prendre toutes en compte. Ne serait-ce qu'ici, au Palais, où plusieurs légendes courent sur les fées, des vœux exaucés ou des trésors cachés.

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Mardi 22 septembre, fin de soirée

Philippe Piéfort décacheta la lettre envoyée par son père, agacé comme toujours de voir qu'il utilisait le sceau de son directeur comme s'il en était un lui aussi, et l'ouvrit.

« Mon cher Philippe,

J'ai les renseignements que tu m'as demandés sur ce Draco Malfoy. Il est bien l'héritier de l'empire financier Malfoy, comme tu le supposais, et il a bel et bien été Mangemort sous le règne du sorcier dictateur Voldemort. On ne sait pas grand-chose sur lui, précisément, hormis le fait qu'il ait brisé sa baguette avant le procès qui l'a envoyé en exil aux Etats-Unis. »

Philippe grogna. Malfoy était en quelque sorte un fils à papa sans le moindre problème financier. Son opposé sur ce plan-là. Lui avait toujours dû supporter le métier de serpillère exercé par son père, sans pour autant que la contrepartie financière vaille le coup de ramper sur le sol.

« Même s'il a été jugé et puni, méfie-toi de lui mon garçon. Je pense que tu avais raison en parlant de son côté louche. Si on ne sait pas trop ce qu'il en est du fils, on sait que le père a été un grand meurtrier. »

Les Hibouleaux avaient fait courir le bruit que Malfoy était un peu fou et qu'il était violent. Mais lui n'y croyait pas réellement. Ce n'était pas ça la folie.

Ce qu'il avait remarqué, lui, c'était que Malfoy évitait et méprisait les autres. Il se croyait sans doute supérieur. Il était arrivé le premier au Palais, le soir des admissions, et il avait observé avec une grimace évidente Cathy, la fille qui était arrivée en même temps que lui. Ils étaient arrivés seconds. Et alors ?

Philippe détestait ces sorciers qui s'amusaient des autres, dans l'ombre, sans jamais se mêler à leurs semblables. Malfoy était un sorcier agaçant.

« Continue à bien travailler sur tes personnalités et à me tenir au courant de tes progrès. Je suis fier de toi. »

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Mercredi 23 septembre, matin

Un colis arriva par porteur jusqu'au sombre couloir qui s'enfonçait au cœur du ministère.

Les hiboux ne venaient jamais jusque là, mais le courrier et les colis qui étaient régulièrement adressés à cet homme étrange, qui avait son bureau au bout du couloir, étaient toujours apportés avec la même efficacité et la même discrétion, par le même porteur. Il posa le colis, apparemment des friandises, sur le pas de la porte. Puis il frappa et repartit comme il était venu.

Tout le monde avait ses exigences étranges, au ministère. Il ne fallait pas poser de questions, jamais. D'ailleurs, le porteur ne se retourna pas quand il entendit la porte s'ouvrir.

Un homme émacié se pencha sur le colis et, en voyant l'adresse d'expédition, le saisit pour le déposer sur le bureau de son patron. Ce dernier l'ouvrit et fourragea au milieu des spécialités brésiliennes jusqu'à trouver une friandise qui n'avait pas sa place dans ce paquet. Il défit l'emballage et déplia un morceau de parchemin qui y était caché.

« Cher associé,

Mon informateur à l'ambassade m'annonce qu'un employé s'est intéressé aux Mangemorts et notamment à l'un d'entre eux. Draco Malfoy semble faire parler de lui là où il a été exilé et il soulève des questions. Je ne sais pas si c'est important, mais vous en informer m'a semblé l'être.

Pour ce qui est de mon ami, il semble se complaire à suivre mes conseils. Dès que vous le désirerez, je serai prête à agir. »

- Ce courrier est-il important, monsieur ? demanda un homme sec, dans l'ombre de la pièce.

Son patron, qui avait d'abord eu une mine soucieuse, venait de sourire de satisfaction en repliant le parchemin qui lui avait été envoyé dans un paquet de pâtisseries.

- Il l'est. Je vois qu'Eva Brooks fait plus que des ravages auprès du Grand Ministre Brésilien, répondit l'homme avec satisfaction. Il semblerait que Jairo Volgran se soit entiché de notre espionne…

- C'est une bonne nouvelle, donc.

- Oui et non. Où en est-on du déchiffrage du courrier des Malfoy ?

- Nous sommes toujours bloqués. Les phrases sont logiques et ont du sens, mais elles ne veulent rien dire quand on les met bout à bout. En plus, elles ne donnent aucun renseignement à propos de la vie des Malfoy. On dirait que le fils se fiche de raconter ses journées et que les parents lui répondent à côté.

- Il nous faut ce code. On s'agite autour de cette famille et je veux savoir pourquoi.

- Je pense que les Malfoy sont les seuls à connaître leur code. Une perquisition ne nous aiderait en rien, et un interrogatoire en règle les pousserait seulement à changer de code.

- Il y a plus discret, dit le patron en se levant. Nous pouvons faire tourner les équipes de surveillance des Malfoy et y affecter au moins un Auror qui nous est fidèle à chaque fois. Quand les parents recevront une lettre de leur fils, nous pourrons découvrir le code.

- Où allez-vous ? demanda l'homme sec.

- Je dois voir quelqu'un… marmonna son vis-à-vis, en enfonçant son habituel chapeau mou sur ses yeux. Avant les tirages de Quidditch de la semaine prochaine.

- Quand est-ce que vous annoncerez officiellement la date de ce tirage ?

- Lundi prochain, répondit l'homme succinctement avant de sortir.

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Mercredi 23 septembre, matin

Il était 7 heures 45, et cela faisait un quart d'heure que Draco était allongé sur un divan de cuir marron, dans le bureau du professeur Asuya. Celle-ci lui avait demandé de lui parler de son enfance et de sa famille. Mais fidèle à sa résolution, il avait décidé de rester silencieux.

Pourquoi est-ce que les professeurs – Kimi Asuya aujourd'hui, le professeur Twitter hier – cherchaient tant à le faire parler de sa famille ? Ne comprenaient-ils pas que, comme pour la plupart des sorciers élevés dans les traditions, il était extrêmement attaché à sa famille ? Raconter quoi que ce soit sur eux lui donnait l'étrange impression de les trahir.

Alors en attendant que l'heure passe, il avait compté les poutres de bois qui traversaient le plafond, puis calculé le nombre de boutons de cuir qui gainaient le fauteuil sur lequel il était allongé, puis il avait vérifié si ses ongles étaient parfaitement propres. Il ne voulait pas penser à son enfance ou à quoi que ce soit dans la même veine. Il savait qu'il en sortirait blessé, fragilisé. Il préférait passer outre.

Draco regarda une nouvelle fois l'horloge magique qui trônait sur le mur. 7 heures 55. Il se retint de grogner, mais son visage se renfrogna un instant en constatant à quel point le temps passait lentement.

Puis il repositionna inconsciemment son masque neutre en se demandant pourquoi le professeur ne lui posait pas plus de question. Depuis qu'il avait décidé de rester silencieux, elle ne prononçait plus un mot, elle non plus. Elle écrivait parfois sur son carnet, même si Draco était incapable de déterminer ce qui pouvait bien être intéressant pour elle.

En même temps, il ne voulait pas sortir de cette salle. Certes, il protestait à sa manière contre les entretiens psychologiques, en se taisant. Il se souvenait de l'état de détresse dans lequel ça le mettait, plus jeune. Mais il appréciait tout de même les efforts des professeurs pour le soigner.

Quand il était petit, il était passé devant de très nombreux médicomages et de moins nombreux psychomages – son père détestant quand son fils lui revenait tremblant et larmoyant. Lucius essayait de soigner sa faiblesse magique. Il était fier d'avoir un héritier, mais il avait déchanté en voyant que ses manifestations magiques et ses essais de sorts ne dépassaient pas un certain seuil de puissance. Alors il l'avait fait passer devant tous les spécialistes de l'époque qu'il connaissait.

Draco pesta une seconde contre le médicomage qui avait confirmé le diagnostic d'une faible puissance magique, puis il eut un sourire cruel, en songeant au sort que lui avait réservé son père. Il se demanda un instant si cet homme pouvait à nouveau s'asseoir. Mais il redevint rapidement calme un air de regret sur le visage, en songeant que de toute manière, cela n'avait rien changé à sa condition.

Ses parents… Ils l'aimaient, sans aucun doute. Mais à leur manière tordue.

Sa mère appréciait le résultat de son union avec son père, parce qu'elle voyait en lui un Lucius en plus jeune. Elle aimait le savoir proche et aimait le gâter, mais il passait toujours derrière son amour pour son mari. Il arrivait assez régulièrement qu'elle le prenne dans ses bras dans un élan de tendresse, mais tout comme son père, elle n'avait jamais eu cette étincelle de fierté qui faisait briller les yeux des parents de ses amis.

Pendant quelques années, Lucius avait eu honte de lui, il le savait. L'une des raisons qui l'avait poussé à suivre le Lord Noir était la promesse de ce dernier de soigner la faiblesse magique de Draco. Voldemort, pensa-t-il avec une petite grimace craintive, leur avait expliqué qu'il était capable de stimuler ses réserves magiques pour en faire au minimum un sorcier moyen.

Son père était plutôt fâché de voir que le dernier d'une lignée de puissants sorciers de sang-purs soit aussi… maladif. Il ne comprenait pas comment cela avait été possible, ce qui avait pu se passer. D'autant plus qu'ils avaient, en tant que parents, respecté les rituels de l'enfance, de l'adolescence et ainsi de suite, pour s'assurer du soutien de la magie…

Et puis finalement, le Lord était parvenu à faire penser à son père que c'était la présence des Moldus et des Sangs-de-Bourbe qui affaiblissaient la Magie. Et son père était devenu un Mangemort dans l'âme, se vengeant de sa frustration sur ceux qu'il estimait responsables de la déchéance magique de sa famille. De son fils.

Draco secoua la tête et soupira. Ses yeux, qui évitaient le professeur Asuya, se dirigèrent vers la fenêtre. C'était tellement fatigant d'être le mauvais cheval, d'être celui qu'on prenait en pitié. Ou dont on se moquait, pensa-t-il avec amertume. Le mauvais temps de ce matin gris et nuageux s'accordait bien avec son humeur sombre.

Il était possible que ses parents l'aient aimé plus… facilement, si les amis de son père ne s'étaient pas acharnés à lui rappeler que lui, Draco, n'était pas à la hauteur. Plus jeune, il s'était parfois battu contre des sorciers comme Adrian Pucey ou Grégory Goyle. Avant que ce dernier ne devienne l'un de ses gardes du corps. Il avait subi des moqueries et de nombreuses vexations dont ses parents n'avaient probablement jamais eu vent.

Heureusement, finalement.

Il se souvenait bien de cette époque où il enchaînait les bêtises et les bagarres, cette époque où ses parents ne cessaient leurs remontrances. Ils essayaient de lui inculquer le calme et l'attitude noble qu'un Malfoy se devait d'avoir. Il avait fini par s'y plier, mais il n'avait jamais vraiment pu passer outre sa colère d'être vu comme un inférieur.

Cela avait d'ailleurs été un bon moteur pour forger son masque et lui donner l'attitude nécessaire pour se faire obéir des autres. Il s'était imposé comme un sorcier incontournable et puissant – bien que ridicule la première année de Poudlard. Et Crabbe et Goyle, ce dernier s'étant fait pardonner, l'avaient bien aidé à faire entendre ses arguments.

Ensuite, il s'était lié d'amitié avec les autres – Blaise, Pansy, Nott. Leurs propres failles personnelles ne leur permettaient pas de se moquer de lui et, indirectement, ils s'étaient soutenus les uns les autres. Une période douce…

Draco tapota le fauteuil de ses doigts, nerveux devant l'afflux de souvenirs et de regrets qui le submergeait presque. Il détestait se souvenir. Il devait penser à autre chose. Il regarda l'horloge. 8 heures 20. Bien, le temps était passé plus vite qu'il ne l'aurait cru. Plus que dix minutes et il aurait le droit de partir.

Il jeta un œil à Kimi Asuya, qu'il avait presque oubliée alors qu'il était perdu dans ses songes, et il sentit une légère pression sur ses barrières mentales.

- Je vous remercierais de ne pas essayer de lire dans mes pensées, dit-il calmement et froidement, bien qu'il fût intérieurement agité.

- Excusez-moi, répondit le professeur, qui ne semblait pourtant pas désolée.

Heureusement que Draco était rodé à contrôler ses sentiments. Il était au bord de la rupture, dans ce silence trop propice aux souvenirs, mais il tenait bon. 9 minutes.

Ses barrières mentales étaient sa grande fierté. Il avait travaillé avec acharnement, sous l'autorité de Severus, pour les ériger. Il avait compris le principe aussi bien que possible et avait même profité de l'enseignement de son parrain pour constituer une petite boîte enfermant toutes ses frustrations. Parce que même si sa famille n'était pas idéale, il ne voulait pas se disputer avec elle. Il tenait à elle.

Severus n'aurait sans doute pas apprécié le principe, lui qui avait fait de sa langue acérée un art de vivre. Mais même s'il ne cachait presque rien à son parrain, la seule personne à l'accepter sans restriction, il ne lui avait pas parlé de cette boîte. C'était en quelque sorte son « jardin secret », celui où il se lâchait sans contrainte avant de refermer le couvercle et de réendosser son masque.

Mais honnêtement… Il y avait des jours où se restreindre pesait plus lourd sur ses épaules que jamais. Des jours comme aujourd'hui, où il aurait aimé faire tomber les masques pour hurler sa souffrance et sa solitude.

Potter avait été un bon exutoire, à Poudlard. Le parfait Gryffondor, parfait pour se défouler avec la bénédiction de ses parents.

Enfin, jusqu'ici. Puisqu'il devait maintenant aduler le héros qui avait sauvé sa famille.

Draco grogna. Il ne fallait pas penser à Potter. A son maître. A celui qui avait tout pouvoir sur lui.

Ce fut un gémissement qui s'échappa cette fois de sa gorge. Il se sentait étouffé. Il avait vraiment besoin de sortir, de s'aérer ou il allait exploser. Et il n'en était pas question, parce qu'il risquait de révéler des choses qu'il voulait garder pour lui.

Il regarda nerveusement l'horloge. Encore 3 minutes. Il devait se taire. Il devait redevenir maître de lui-même. Mais… il n'était pas maître de lui-même. Il était un esclave en sursis. Et ces pensées qui s'enchaînaient de plus en plus vite, qui tournaient en rond dans son esprit étaient en train de le rendre fou. Ses souvenirs… Il ne fallait pas.

Ridicule. Conspué. Battu. Esclave. Il ne devait pas y penser, mais…

Il se redressa, la tête entre les mains. Il allait vraiment exploser.

- Vous pouvez sortir, la séance est terminée, déclara le professeur Asuya.

En jetant un œil à l'horloge, Draco s'aperçut qu'il était 8 heures et demi. Enfin ! Il se leva précipitamment, marmonna un « au revoir » pour rester poli et sortit du bureau.

Kimi, quand la porte fut refermée, étira les jambes. Son petit carnet glissa et elle le rattrapa avant qu'il ne tombe. Elle l'ouvrit pour relire ses notes.

Aborder le thème de la famille, qui permettait souvent d'avoir une idée du milieu dans lequel avait évolué une personne, avait été une erreur tactique avec Draco Malfoy. A ce mot, son visage poli s'était immédiatement refermé. Ses réflexions, qu'elle n'avait pas pu apercevoir, l'avaient conduit à être tantôt en colère et tantôt triste, même si ses micro-expressions étaient rapidement balayées par un visage à nouveau lisse.

Il semblait que Draco Malfoy ait beaucoup à dire sur le thème de la famille, même s'il refusait d'en parler. Mais le sorcier lui avait prouvé par là même que ce sujet était important pour lui.

Par ailleurs, elle avait compris qu'il avait une tendance naturelle à refouler ses émotions – son masque neutre permanent en était une bonne preuve – et qu'elle ne pouvait pas déclencher sa parole en utilisant des souvenirs et des images saisis ici et là. Ses barrières mentales étant bien trop ancrées en lui.

Elle allait devoir trouver une autre méthode : peut-être choisir des mots susceptibles de le faire réagir et observer ses micro-expressions pour le comprendre ? Elle aurait beaucoup de mal à l'aider, si elle devait travailler dans le vide, sans connaître son patient. Les exercices mentaux d'apaisement étaient efficaces, mais seulement s'ils étaient adaptés…

Elle allait avoir du travail. Bien plus qu'avec le jeune Philippe, qu'elle suivait déjà depuis la rentrée.

Il était plutôt étonnant de voir Draco Malfoy courir dans les couloirs du Palais, du moins, pour les élèves qui le connaissaient. Alors que le jeune homme traversait les arches qui menaient au Grand Hall, quelques étudiants, derrière lui, lui jetèrent un œil curieux. Il poussa les portes malgré les mises en gardes de ses camarades sur le mauvais temps.

La pluie tombait drue et le vent faisait voler les feuilles d'arbre. Un orage d'été se préparait.

Philippe Piéfort s'avança sous l'Arbre Creux, curieux de voir si ce fils à papa allait revenir où s'il allait être pris dans la tempête qui s'annonçait.

Dans la bibliothèque, deux étages plus haut, Aline et Lina observaient le temps. Elles aperçurent une personne sortir du Palais et leurs yeux le suivirent naturellement. Une bourrasque plus forte que les autres fit voler la capuche blanche et révéla les cheveux blonds de Draco Malfoy.

- Qu'est-ce qu'il fait ? demanda Aline.

- Il s'aère, j'imagine.

Une nouvelle bourrasque fit voler les cheveux du sorcier en tous sens, jusqu'à ce qu'il remette correctement sa capuche.

- Arrête, dit Lina à sa sœur.

- Ce n'est pas moi.

- Comment ça ?

- Je ne peux rien faire pour atténuer le vent. La source est en crise, même si je n'arrive pas à en déterminer la raison, et elle m'empêche d'utiliser correctement mes pouvoirs. Et est-ce que je te demande d'arrêter la pluie, moi ?

- Tu sais très bien que c'est le temps qui me sied le mieux, soeurette, déclara Lina avec un sourire un peu tordu.

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Draco s'avança entre les arbres, sa capuche enfin fixée. Il était agréable de constater qu'en plus de réguler la température en cas de grande chaleur, l'uniforme du Palais le protégeait de la pluie et du vent frais.

Il s'enfonça avec délectation dans la verdure agitée, heureux de voir le temps se déchaîner pour lui, autour de lui. Il cria sa rage, le vent mugissant recouvrant sa voix. Il avançait au hasard, sans suivre de piste précise, juste guidé par son besoin d'être seul et de s'éloigner de ses mauvais souvenirs en s'éloignant du Palais. C'était un besoin urgent, dicté par son ressentiment et ses regrets.

Il ne fallait pas qu'il succombe à la tentation d'être faible ou il ne reviendrait jamais en arrière.

Il s'était fait la promesse, lors de son anniversaire de 9 ans, après sa chute de balai au-dessus des bois Malfoy*, qu'il ne serait plus jamais affecté par les actes de ses parents. S'il se laisser toucher, il perdrait toute sa force mentale, acquise durement depuis cette promesse.

Il ne fallait pas espérer que l'avenir serait un jour meilleur : il avait cru qu'être débarrassé du Lord Noir serait un changement positif, mais il se retrouvait encore plus esclave que jamais, à cause de sa dette envers Potter. Il fallait endurer et survivre. C'était la seule règle. Surtout si des « Temps Sombres » aussi noirs que dans son rêve, sur le bateau, étaient en train de se déclencher.

Pourquoi avait-il dû rêver de cela, d'ailleurs ? Pourquoi lui et pourquoi ce jour-là ? Et qu'est-ce qui avait bien pu déclencher ces Temps Sombres ? Pourquoi maintenant ?

Bientôt, Draco déboucha dans la clairière avec la statue du cheval cabré, là où il était passé le jour de son admission**. Depuis quelques minutes, le tonnerre grondait presque sans discontinuer. Sans les arbres au-dessus de sa tête, Draco voyait mieux les éclairs déchirer le ciel, à intervalle réguliers. Il resta à la lisière de la clairière, les bras ballants, à profiter du déchaînement naturel qui l'entourait.

Un éclair plus fort que les autres vint éclairer la statue cabrée, lui permettant de voir plus clairement à travers les gouttes de pluie serrées. Il crut soudain apercevoir une silhouette féminine se détacher sur les arbres, de l'autre côté de la clairière. Mais le temps de cligner des yeux et il n'y avait plus que les arbres qui s'agitaient.

Il était presque sûr d'avoir vu une femme courir… Et on le traitait de fou parce qu'il voulait profiter un peu du mauvais temps ? Il n'était apparemment pas le seul.

Il s'avança un peu, se demandant s'il devait poursuivre la silhouette, mais un éclair encore plus près de lui l'interrompit, faisant briller le sol de la clairière de mille feux. Qu'est-ce que cela pouvait être ? Encore un problème supplémentaire pour lui ?

C'était un éclat doré tellement similaire à celui qui l'avait entraîné sur le chemin sombre, au bord de la frontière, qu'il en fut effrayé. A l'époque, les lutins l'avaient sauvé en le ramenant sur le droit chemin**. Aujourd'hui, il était seul. Il valait mieux rentrer. Immédiatement.

Draco secoua la tête, faisait voler des gouttes de sa capuche, et se détourna.

De toute façon, il allait beaucoup mieux après cette marche dans l'air exceptionnellement rafraichi des bois du Palais. Sans doute parce qu'il retrouvait là le rituel qui avait bercé ses dernières semaines chez Margaux, quand elle faisait en sorte qu'il se sente bien…

Il décida de suivre le chemin boueux qu'il aurait dû emprunter à cheval, le jour des admissions, pour retrouver le Palais. Il était arrivé là par hasard, mais avec le mauvais temps et cet éclat doré, il valait mieux qu'il ne se perde pas dans les bois. Et puis, le fait qu'on n'entende plus que la pluie et le tonnerre avait quelque chose de surnaturel et d'inquiétant. Les animaux s'étaient-ils tous terrés et cachés dans leur refuge ?

Draco trébucha, la boue ayant fait adhérer l'une de ses bottes en cuir de vache sur le sol. Celles-ci souffraient, dans la gadoue collante, mais elles le protégeaient bien. Il était content de les avoir achetées avant de venir aux Etats-Unis, lorsqu'il préparait son départ.

Après presque une demi-heure de marche – la piste boueuse décrivant un large demi-cercle – il ne fut pas mécontent de voir enfin les portes de bois du Palais.

Lorsqu'il rentra dans le Hall, il fut surpris du nombre d'élèves qui étaient massés là, à discuter.

- Où est-ce que tu étais ? lui demanda Ramon en lui sautant dessus. Est-ce que tu te rends compte qu'on était tous inquiets ? Quelle idée de sortir dans les bois par un temps pareil ! Tu sais bien qu'ils sont dangereux !

- Seulement la nuit, l'apaisa Draco. J'avais juste besoin de prendre un peu l'air.

- Par ce temps ? s'exclama Ramon, incrédule. Même les plus vieux ont hésité à te suivre dehors pour te ramener au Palais ! Qu'est-ce qui t'a pris ?

Soudain, Ramon cessa de le secouer par les épaules et reprit plus calmement, les sourcils froncés de méfiance.

- Tu n'allais pas bien ? Tu as encore reçu une lettre de tes parents ?

- Mais pas du tout ! se défendit Draco. Je voulais juste aller dehors prendre un peu l'air, ce n'est pas plus compliqué que ça, fit-il pour tenter de rassurer son ami.

- On ne va pas prendre l'air par un temps pareil, s'exclama soudain Cathy la brune à ses côtés, que Draco n'avait plus vue depuis un moment. Qu'est-ce que tu faisais ?

L'air inquisiteur de la jeune fille, qui visiblement lui en voulait toujours d'être arrivé avant elle le jour des admissions, ne plut pas à Draco. Si elle voulait absolument qu'il avoue avoir fait quelque chose de louche, elle allait être servie.

- Je cherchais un trésor, évidemment, que voulais-tu que je fasse d'autre ? dit-il avec un air de mépris absolu.

Ramon s'esclaffa et entraîna Draco plus loin, lui proposant de venir faire sécher ses vêtements dans sa chambre, où il avait commencé une partie de bataille explosive avec Jil et quelques amis à lui. Draco le remercia mais déclina la proposition : son premier cours de la journée n'allait pas tarder.

Appuyé contre le tronc de l'Arbre Creux, d'où il avait pu suivre les débats et l'inquiétude de certains élèves qui se demandaient s'il fallait appeler un professeur ou pas, et s'il fallait aller le chercher ou non, Philippe Piéfort observa Draco Malfoy passer les grandes arches du Hall.

Il grinça des dents : ce Hibouleau méprisait visiblement Cathy, sa collègue de Roselune, et il ne se souciait pas des autres. Ramon Sanchez, un Faucochêne bruyant mais globalement sympathique, avait failli se jeter sous la pluie grondante quand il avait entendu dire que son ami était sorti du Palais. Et Draco Malfoy ne voulait même pas passer un peu de temps avec lui pour le rassurer correctement.

Visiblement, c'était un sorcier détestable.

Hunter et Soledad, qui n'étaient pas loin de lui, se rapprochèrent. Il les avait vus s'intéresser de près à Draco Malfoy, la semaine précédente, et il s'était mêlé à eux, curieux de savoir ce qui semblait tant les intriguer. La rumeur de la perturbation de ce blondinet avait déjà fait le tour du Palais, en en faisant rire ou jaser certains.

Lui qui avait réellement des problèmes psychologiques, il en était conscient, avait été intrigué par cette rumeur.

Il avait espionné un peu les deux jeunes gens, en espérant tomber sur quelque chose de croustillant qui satisferait sa personnalité noire, et il leur avait finalement proposé son aide dans leurs recherches. C'était à cause de son attitude snob qu'il l'avait pris en grippe. Draco Malfoy avait le don de lui taper sur le système, en lui rappelant tous ces ambassadeurs méprisants qui avaient regardé sa famille de haut pendant tant d'années.

Mais en plus de cette attitude énervante, il s'avérait être quelqu'un au passé trouble et potentiellement dangereux…

Hunter et Soledad, arrivés à son niveau, jasèrent sur la dernière phrase de leur confrère. Draco Malfoy avait annoncé chercher un trésor et les deux Hibouleaux semblaient le croire. Ils disaient qu'il était vraiment obnubilé par les trésors et qu'il était fou.

L'affirmation énerva un peu plus Philippe. Draco Malfoy, en plus d'être un sorcier détestable et dangereux, était quelqu'un d'idiot. D'énervant. Pourvu que tout le monde s'en aperçoive.

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Mercredi 23 septembre, fin de soirée

C'est avec surprise que Draco découvrit ce soir-là, en revenant de la salle de bains, une chouette inconnue en train de frapper au carreau de sa chambre. Avant même qu'il ait pu réagir, celle-ci laissa tomber une lettre sur le rebord de la fenêtre et s'envola.

Il récupéra le parchemin, étonné qu'on n'attende aucune réponse de sa part, et il décacheta le sceau aux armoiries de Poudlard. Qui pouvait bien lui écrire de là-bas ? Son parrain utilisait toujours Tempête, sa petite chouette noire. Igor, peut-être ?

En apercevant la signature au bas du parchemin, Draco fronça les sourcils et alla s'asseoir sur son lit, le cœur battant. Potter lui écrivait. Il se doutait bien, ce matin, qu'il ne fallait pas penser à lui. Qu'il ne devait pas espérer quoi que ce soit. Potter avait-il eu vent de sa dette envers lui ? Venait-il lui réclamer ses services en paiement ? Les doigts légèrement tremblants, il entama sa lecture.

« Malfoy,

J'ai lu le compte-rendu de ton procès, celui qui te bannit d'Angleterre pour avoir suivi Voldemort. J'ai lu avec curiosité et effarement ton petit mensonge à propos de ta baguette. Après une longue discussion avec Ollivander, j'ai mieux compris l'importance d'une baguette pour un sorcier. Mon expérience avec Ron m'avait fait penser que le bris d'une baguette était anodin et il semble que j'aie eu tort. »

Si le bris d'une baguette de Weasley était anodin, c'était sans doute à cause de son caractère brut. La belette n'avait jamais changé d'opinion à propos de quoi que ce soit, il n'avait que peu évolué depuis son enfance. Il n'était pas étonnant qu'il puisse retrouver sans problème une nouvelle baguette.

« Tu ne le sais sans doute pas, mais c'est moi qui ai cassé ta baguette. »

Il savait déjà que c'était Potter qui avait brisé sa baguette. Il était le seul à pouvoir y parvenir sans alerter sa magie interne. Mais bien sûr, le « Sauveur » ne pouvait pas le savoir, il était ignare en matière de magie.

« Je ne pensais pas que cela puisse avoir des conséquences sur ta magie, mais si c'est le cas, sache que j'en suis désolé. Je ne sais pas ce que tu feras de ces excuses, mais j'espère que tu trouveras rapidement une nouvelle baguette. »

Il espérait ? Il était désolé ? Mais qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire, à lui, d'avoir les excuses de ce Gryffondor stupide ? Est-ce qu'il n'aurait pas pu se retenir de la lui casser, plutôt ? Evidemment que ce bris avait eu des conséquences sur sa magie : il ne pouvait plus en faire consciemment ! Potter, en tant que maître, lui avait sans doute interdit l'utilisation d'une baguette ad vitam aeternam. Mais ça non plus, Potter n'en était pas conscient !

Et puis qu'est-ce qu'il avait voulu faire, avec cette lettre ? Lui rappeler sa condition ? Soulager sa conscience ? Est-ce qu'il croyait vraiment que cela lui ferait plaisir de savoir qu'il était désolé ? A quoi ça pourrait bien lui servir ?

La seule chose un tant soit peu rassurante dans ce mot, c'était d'avoir la preuve qu'Harry Potter ne soupçonnait rien de la dette de vie qu'il avait envers lui. C'était peut-être seulement un semblant de liberté, mais il s'y accrochait.

En secouant la tête devant tant de beaux sentiments inutiles, Draco replia la lettre et la glissa dans l'une de ses poches. Il louait le « courage » de son correspondant qui se contentait de lui écrire sans attendre de réponse. Sans doute savait-il à quel point il serait en colère, sans doute voulait-il éviter un retour de flammes.

Harry Potter était un idiot.

Mais au moins, il pourrait l'aider à briller un peu plus aux yeux de ses parents. Allumant une bougie, à cause de l'obscurité due au temps couvert, Draco s'assit à son petit bureau pour écrire une lettre. Il la confia à Kerta, qui ne rechigna pas : elle rêvait de sortir depuis le matin, mais elle n'avait pas pu à cause du vent et de la pluie.

- Là… Et fait comme d'habitude, ma belle. Ne te défend pas quand le ministère intercepte ce courrier.

En regardant sa chouette s'envoler, il songea qu'encore une fois, il venait de jouer son rôle d'héritier Malfoy talentueux à la perfection. Ses pensées de la matinée lui revinrent en tête et il ne put s'empêcher de vouloir passer à autre chose. Mais on ne se défaisait pas facilement de tant d'années d'éducation stricte. Il était difficile, parfois, de composer avec son propre passé.

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Vendredi 25 septembre, fin d'après-midi

Un homme, dont la fine musculature roulait sous sa peau bronzée, frappa à la porte du bureau de son employeur. Il avait, dans une main, une lettre interceptée en chemin par des employés zélés. Il entra en entendant la voix grave de son patron l'y inviter.

Il était visiblement en pleine lecture du livre de prophéties qu'il avait dû dérober à la communauté de Saint Louis, quelques semaines auparavant. Ses sourcils clairs froncés de concentration, cet homme accueillit avec un plaisir évident la distraction proposée par son serviteur dévoué.

- Est-ce un courrier pour moi ? demanda-t-il.

- Pas cette fois, monsieur, répondit l'homme sec. C'est l'une des lettres de la correspondance entre les Malfoy. Elle vient d'arriver. Je ne sais pas ce que vous avez finalement décidé de faire à ce propos, alors je vous l'ai amenée.

- Montre-moi ça, mon cher.

L'homme, assis derrière le bureau imposant, déplia la lettre non cachetée.

- « Le rossignol se mit à chanter, au cœur des pages jaunies, et le vieil homme senti son cœur s'apaiser », lut-il à haute voix. Effectivement, cela ne veut rien dire… Ca me rappelle vaguement quelque chose, mais je ne parviens pas à revenir dessus… Renvoyez ce courrier et faites prévenir notre Auror qu'il aura un travail d'espionnage à faire ce soir.

Tout en gardant pour lui le double qu'il venait de produire, l'homme rendit à son serviteur la lettre originale destinée aux parents Malfoy.

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Il était près de 20 heures, quand Kerta frappa à la fenêtre du petit salon des Malfoy. Sans un regard pour l'Auror de faction juste à côté, la chouette entra lorsque Narcissa ouvrit la fenêtre. Elle avait décidé de snober ces personnes en uniforme qui la brutalisaient parfois pour récupérer le courrier qu'elle devait apporter aux parents de son maître.

Personne ne remarqua l'oreille à rallonge qui fut glissée par la fenêtre avant qu'elle ne soit refermée, Narcissa et Lucius étant trop accaparés par l'arrivée toujours attendue de la chouette de Draco.

Narcissa prit le courrier et le lut, à voix haute, pour en faire bénéficier son mari comme à chaque fois.

« Père, Mère,

J'ai de bonnes nouvelles pour notre famille. Vous vouliez que je me rapproche un peu de Potter, pour faire oublier notre participation à la guerre du Lord Noir. Voici qui est chose faite. J'ai reçu, aujourd'hui, une lettre de la main même d'Harry Potter. Il s'est apparemment intéressé au compte rendu de mon procès et au fait que ma baguette soit brisée.

J'estime que c'est un premier pas intéressant pour réhabiliter notre nom.

Je continue mon travail avec application, même s'il m'arrive de voir trop loin. Mon essai sur les Aztèques était intéressant mais mon hypothèse à propos de l'artefact de Cortès, celui dont je vous ai parlé, était un peu hors cadre. Ma directrice de spécialité me trouve trop intéressé par les trésors qui sont cachés de par le monde, mais je trouve, moi, qu'elle manque d'imagination.

Les effets de cet objet continuent de me fasciner. Si vous avez plus d'informations, je suis toujours preneur. Heureusement que j'ai mes livres pour passer le temps : mes camarades de promotion sont sans intérêt pour nous.

Je pense à vous, à bientôt,

Draco Abraxas Malfoy. »

- Je n'ai rien appris de plus que la dernière fois sur cet objet, déclara Lucius à la fin de la lecture.

- J'ai peur qu'il ne s'ennuie, là-bas. Je ne le sens pas heureux.

- Il est supérieur à toute cette population, c'est ce qui doit le peser.

Narcissa se tourna vers la chouette de son fils.

- Penses-tu pouvoir porter un colis de friandises jusqu'en Amérique ? lui demanda-t-elle.

Kerta hulula son accord alors que le maître de maison protestait.

- Narcissa, ne parle pas aux animaux. Ils ne te comprennent pas, de toute façon.

- Tu es une bonne chouette, tu peux aller te reposer à la volière, continua sa femme sans se soucier de son avis. Et je fais ce que je veux, lança-t-elle à Lucius, avant de sautiller jusqu'à la cuisine.

Elle voulait choisir les gâteries de son fils elle-même, avant de lui répondre.

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Samedi 26 septembre, matin.

L'Auror chargé de surveiller les Malfoy la veille pénétra dans un petit local qui tenait plus du placard que du bureau proprement dit. Il venait faire son rapport à cet homme sec qui, il le savait, ferait lui-même un rapport complet au grand patron par la suite. Il n'avait jamais vu ce dernier, seulement conscient qu'il occupait une bonne place au ministère.

Tous ses contacts le laissaient du moins supposer.

Il tendit la transcription de la conversation qu'il avait épiée la veille à son vis-à-vis. Narcissa Malfoy lui avait grandement facilité la tâche, en faisant la traduction de cette lettre incompréhensible en direct et à voix haute. Désormais, ils avaient au moins un bon début de piste pour pouvoir craquer le code qu'utilisaient les Malfoy pour correspondre.

L'Auror repartit sur un signe de l'homme sec qui lui faisait face, satisfait d'avoir rempli sa tâche correctement.

Après son départ, l'homme dans le bureau se rendit immédiatement chez son patron. Ce dernier, le double de la lettre dans une main et la transcription de l'Auror dans l'autre, se mit soudain à éclater de rire.

- Les Malfoy sont décidément très malins, quand ils le veulent, s'exclama-t-il quand il se fut un peu calmé. Je ne les aurais jamais imaginés utiliser le vieux code du Grimoire de l'Oncle Edgar. Et qu'ils aient choisi ce livre-là parmi tous les autres est particulièrement ironique.

- Que voulez-vous dire, monsieur ?

- Mon cher, ce code est un des premiers que l'on apprend, lorsqu'on apprend à lire. Il est tiré d'un conte pour enfant, dans lequel un homme passe sa vie à tenter de lire un grimoire magique codé, plein de secrets, qui ne se révèle qu'à celui qui a le code… Un livre moralisateur plein de bons sentiments. C'est amusant.

A peine surpris par la connaissance vaste de son patron, l'homme sec lui demanda s'il était satisfait par ce qu'il lisait.

- Non. Pas du tout. Notre travail pour envoyer Draco Malfoy au loin n'a servi à rien : il est en contact avec Potter. Par ailleurs, je ne comprends pas comment il a pu entendre parler de l'artefact, marmonna l'homme. S'il tombe avant moi sur le pouvoir oublié, j'aurai plus de mal à réaliser nos desseins.

- Que voulez-vous faire ?

- Je crois que Malfoy devient à son tour une menace potentielle.

- Ce qui veut dire ?

- Normalement, il doit me conduire jusqu'au demi-soleil. Ses particularités magiques sont un signe. Mais si la marque ne me prévient pas quand il s'en approche, alors il ne me sert à rien.

- La marque… Est-ce qu'elles vous sont toutes reliées, maintenant que le Lord Noir est mort ?

- Non, seulement celle de Draco Malfoy, normalement. Voldemort me faisait confiance jusqu'à un certain point, mais pas jusqu'à me donner sur ses Mangemorts le même pouvoir qu'il possédait. Il avait bien trop peur d'être doublé. La marque de Malfoy est juste ma récompense pour un service que je lui ai rendu.

- Si Draco Malfoy ne vous sert à rien, que voulez-vous faire ?

- Comment crois-tu que Lucius Malfoy réagira s'il perd son héritier ?

Même si la question était plus rhétorique qu'interrogative, son serviteur lui répondit.

- Mal. Très mal.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Et nous aurons sans doute besoin de son or, quand le temps sera venu. J'ai besoin qu'il reste en de bonnes dispositions, pour le moment. Gardez-moi un œil sur le fils, puisque la marque ne fonctionne plus. S'il est définitivement une menace, hé bien… J'aviserais.

- Comment voulez-vous faire cela ?

- Rapprochez-vous d'Eva Brooks et de son informateur. Je veux savoir qui s'intéresse à Draco Malfoy. Nous pourrons peut-être nous servir de lui…

- Très bien, monsieur. J'y vais.

Lina était une fois de plus à la bibliothèque, penchée sur le « Traité des Destins Tissés ». Elle était censée faire son devoir de Littérature en observant les étoiles, bien que celles-ci soit difficiles à voir entre deux nuages noirs, mais elle s'intéressait plus au destin de Draco Malfoy. Elle était soucieuse.

Les étoiles avaient montré un changement dans le destin de ce garçon, et elle vérifiait la signification de ce changement dans le Traité, qui était devenu sa référence.

Quand elle eut vérifié ce qu'elle soupçonnait, elle secoua la tête. Elle n'était pas parfaitement sûre que Draco Malfoy fût le rêveur ultime, même s'il en avait les caractéristiques, mais si c'était le cas, l'avenir était inquiétant. Le destin déjà sombre du jeune homme, ce qui était logique compte tenu du déclenchement probable des Temps Sombres, venait de s'assombrir un peu plus.

Lina releva les yeux et s'approcha de la grande baie vitrée. Les nuages cachaient totalement les étoiles, désormais. Cela faisait presque une semaine que les orages dus à chaleur s'enchaînaient. Ce soir, le temps serait en harmonie avec ses visions de l'avenir. « Si sombre ».

- Tu parles du temps ? lui demanda soudain Aline, à ses côtés.

- J'ai encore pensé tout haut ?

- Apparemment. Alors ?

Un éclair déchira soudain le ciel, suivi presque immédiatement par un grondement de tonnerre qui fit sursauter Aline. Elle n'avait jamais aimé la violence des orages. Lina la prit dans ses bras, comme quand elles étaient plus jeunes, et la serra fortement contre elle.

- Tu n'as rien à craindre, soeurette, le tonnerre ne fait pas de mal.

« C'est l'orage qui suit qui peut être dangereux. »


*Voir le chapitre « les préparatifs ».

** Voir le chapitre « le chant de l'Arbre Creux »


J'espère que ce chapitre vous a plu. Pour ceux qui cherchaient le lien du chapitre précédent : il s'agit de Margaux, qui était l'épouse française d'Alphard Black.

J'en profite également pour lancer un appel : je cherche un(e) deuxième bêta pour soulager un peu Wyny, mon actuelle correctrice. C'est mieux si vous connaissez assez bien le début de cette histoire, mais je peux aussi vous faire un rappel et/ou répondre à vos questions. Si vous êtes motivé(e) et prêt(e) à passer pas mal de temps dessus (correction de français mais surtout vérification de la cohérence), alors n'hésitez pas. Merci d'avance.

Quoi qu'il en soit, à dimanche pour le prochain chapitre !

Lena.